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Contenu rédigé par Franz D.
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Commentaires écrits par
Franz D. (Tours)

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Soumission
Soumission
par Michel Houellebecq
Edition : Broché
Prix : EUR 21,00

3 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Livre super cool !, 13 janvier 2015
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J'ai bien aimé parce qu'il parle de Huysmans. Parce que, par exemple, Guillaume Musso, lui, eh ben, il ne parle jamais d'autres écrivains, et c'est pas bien. Le moins, c'est certaines remarques du style : "J'étais dans la force de l'âge, comme j'ai dit ; et si après quelques semaines d'un dialogue laborieux où certains moments d'enthousiasme au sujet de n'importe quoi - mettons par exemple les derniers quatuors de Beethoven - seraient provisoirement parvenus à dissimuler un ennui croissant et global, à faire miroiter l'espérance de moments magiques ou d'une complicité faite d'émerveillements et d'éclats de rire, si après ces quelques semaines je me décidais à rencontrer l'une de mes nombreuses homologues féminines, que pourrait-il s'ensuivre ? Panne érectile d'un côté, sécheresse vaginale de l'autre ; il valait mieux éviter ça." (p 184-185). Franchement, ça me déprime et je lis quand même pour me détendre. Sinon, je le recommanderai à un ami sans problème. C'est un livre super cool !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 13, 2015 3:31 PM CET


Société et solitude
Société et solitude
par Ralph Waldo Emerson
Edition : Broché
Prix : EUR 9,65

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un essentiel de la pensée Américaine..., 2 juillet 2014
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“Les hommes ne parviennent pas à se réunir grâce à leurs mérites, mais ils s’ajustent par leur démérites – par leur amour des commérages, par simple tolérance ou bonne nature animale. Ils troublent et font fuir les nobles aspirations.
Le remède consiste à fortifier chacune de ces aspirations. La conversation ne nous corrompra pas si nous rejoignons l’assemblée avec nos propres atours et notre propre façon de parler, et l’énergie de la santé pour choisir ce qui est nôtre et rejeter ce qui ne l’est pas. Nous avons besoin de la société, mais il faut qu’elle soit la société et non des nouvelles qu’on échange ou un simple plat que l’on partage. Est-ce être en société que de s’asseoir sur l’une de vos chaises ? Je ne puis me rendre chez mes parents les plus proches, parce que je ne souhaite pas être seul. La société existe par affinités chimiques et pas autrement.
Réunissez des gens ensemble, en leur laissant la liberté de discuter entre eux, et très vite, ils se partageront d’eux-mêmes en groupes et en couples. On accuse les meilleurs d’être exclusifs. Il serait plus exact de dire qu’ils se séparent comme l’huile de l’eau, comme les enfants des vieillards, sans que l’amour ou la haine y soit pour grand-chose, chacun cherchant son semblable, et toute interférence dans les affinités produirait la contrainte et la suffocation. Toute conversation est une expérience magnétique. Je sais que mon ami peut parler avec force éloquence ; vous savez qu’il ne peut pas articuler la moindre phrase : nous l’avons vu dans des sociétés différentes. Assortissez vos hôtes, ou bien n’invitez personne.
Roboratif...


Secrets de Polichinelle
Secrets de Polichinelle
par Alice Munro
Edition : Broché
Prix : EUR 7,60

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Le pessimisme gai d'Alice Munro !, 11 mars 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Secrets de Polichinelle (Broché)
Le grand thème des nouvelles d'Alice Munro pourrait se résumer par la question: que sont-ils devenus ? Que la vie a-t-elle fait de nous Comment avons nous, avez-vous, ont ils évolué à travers les années ? Or ce thème est traité avec une ampleur croissante dans les huit nouvelles constituant ce recueil, à commencer par la première, Emportés, d'une longueur notable - plus de cinquante pages - et dont l'action se situe dans la ville de Carstairs, en Ontario, qu'on retrouvera dans plusieurs autres histoires. Employée à la Bibliothèque municipale de Carstairs, Louisa, vingt-cinq ans, reçoit un jour une lettre d'un soldat engagé (cela se passe en 1917) qui l'a remarquée à la bibliothèque et lui demande des nouvelles du pays. S'ensuite une correspondance qui fait naître en Louisa un sentiment tendre et lui fait espérer quelque chose, jusqu'au jour où elle apprend que le soldat, Jack Agnew de son nom, de retour au pays, s'est marié avec celle qu'il lui avait d'ailleurs dit sa fiancée. Un terrible accident coûte cependant la vie au jeune marié, broyé par une machine dans la fabrique de pianos dont le fils du propriétaire, Arthur Doud, rencontre alors Louisa et l'épouse... Qui est emporté ? C'est une question qui va revenir souvent au fil des histoires d'Alice Munro, où les déterminations historiques ou sociales, les destinées personnelles marquées par des ruptures ou des accidents, les bifurcations de l'existence ne cessent d'interférer...
Plus on avance dans la lecture des nouvelles d'Alice Munro, et plus on est impressionné par la variété des thèmes et des milieux qu'elle est capable d'investir avec la même qualité d'observation et la même empathie à l'égard des personnages les plus divers.
La vierge albanaise est l'histoire d'une espèce de rapt "par erreur", qui aboutit à la séquestration d'une jeune touriste américaine dans une tribu des montagnes albanaises. On pense à Somerset Maugham ou à Paul Bowles en lisant le récit des tribulations de "Lottar" par la vieille Charlotte, dont les détails de la narration ont valeur d'illustration quasi ethnographique. Mais rien de pesamment didactique là-dedans: une fois de plus, c'est une vie ressaisie dans une bifurcation inattendue qui retient l'attention de la nouvelliste, laquelle nous "capture" à son tour. Toutes les nuovelles qui suivent sont excellentes mais requièrent un certain effort de lecture car Munro a le formalisme discret mais présent et ses nouvelles demandent toujours un peu d'attention, ce qui l'a probablement éloignée des clubs de lecture avant son intronisation grâce au Nobel. Une des plus brillantes nouvellistes de ce siècle.


El ultimo lector
El ultimo lector
par David Toscana
Edition : Broché
Prix : EUR 8,95

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Le livre que rêve d'écrire Tanguy Viel !, 14 janvier 2014
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Réalité ou fiction ? Difficile de trancher lorsqu’il s’agit du discours de Lucio, « el último lector », vieil homme loufoque, dernier garant de la littérature dans un petit village perdu du Mexique. Lucio est le bibliothécaire d’Icamole, un petit village mexicain. Mais il ne l’est plus officiellement depuis que le gouvernement a fermé sa bibliothèque, et personne ne lit à Icamole. Alors Lucio passe ses journées à écrémer son stock de livre, à tout lire et, au besoin, à mettre au pilon. Les livres qui trouvent grâce à ses yeux sont peu nombreux et émaillent son récit, se mêlant à l’histoire de Lucio jusqu’à ce que l’on peine, parfois, à distinguer les deux. Quant aux autres, il les condamne à l’enfer, à l’ignominie d’une lente décomposition dans une pièce fermée, sombre, habitée par les cafards. Un jour, son fils lui apprend qu’il a trouvé une fillette morte dans son puits, le seul qui n’est pas tout à fait à sec dans un village brûlé par un été sans pluie. Pour Lucio, aucun doute : la réponse à cet embêtement se trouve dans les livres... El último lector se caractérise avant tout par une certaine absurdité, une certaine folie, qui n’est pas sans évoquer l’univers bien particulier de Garcia Marquez. Les personnages agissent selon leur propre logique, qui n’est pas forcément raisonnable et les actes de Lucio et de son fils sont régis par les lectures du vieux bibliothécaire. Lucio s’obstine à ouvrir sa bibliothèque, dans un village qui n’a que mépris pour la littérature. Il dédaigne les auteurs espagnols ou américains, ne jure que par les français et les russes, dénonce la mondialisation de la littérature, l’aspect commercial des publications d’aujourd’hui, le verbiage stérile de certains auteurs. Pour Lucio, la vie entière est un livre, et le livre est vérité. « C’est pourquoi les hommes comme moi doivent faire en sorte que l’histoire soit littérature » dit-il, rejetant la classification habituelle en bibliothèque qui sépare histoire et fiction. Lucio est un critique sévère, n’hésitant pas à s’attaquer aux reliques, et même à la Bible (« Au commencement Dieu créa les cieux et la Terre. Il nie de la tête. Pourquoi préciser que le commencement est le commencement ? »).
Ce personnage haut en couleur qui analyse le monde à travers le prisme de ses lectures est bien davantage au cœur de l’intrigue que l’enquête au sujet de la mort de la fillette, qui demeurera en suspens. Il s’agit plus d’un hymne à la littérature que d’un roman policier. Certains lecteurs peuvent être déstabilisés par ce manque de cohérence, ces digressions, et le fait que la typographie n’est pas très utile au lecteur quant il s’agit de déterminer où commencent et finissent les lectures de Lucio, mais il serait vraiment dommage de ne pas aller au-delà de ces détails et de passer à côté de cette œuvre très imagée et très vivante. Humour et amour de la littérature sont les véritables fils conducteurs de cette œuvre atypique, dans laquelle la mise en abîme finale permet une réflexion sur les livres et l’écriture. Tout ce que n'est pas (au hasard !)le pitoyable "La disparition de Jim Sullivan" de Tanguy Viel que cette fiction mexicaine enterre allègrement.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 15, 2014 3:24 PM CET


Kafka en colère
Kafka en colère
par Pascale Casanova
Edition : Broché
Prix : EUR 25,40

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un peu d'air frais dans la kafkologie !, 11 décembre 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Kafka en colère (Broché)
Aujourd'hui Casanova rouvre le dossier Kafka et le soumet à une analyse méthodique, qui va exemplairement dans le sens d'une histoire sociale de la littérature. Ce qui se traduira par l'examen méthodique de quatre objets étroitement corrélés: le champ littéraire pragois au début du XXe siècle et ses conflits internes; l'habitus de l'écrivain en fondement d'un positionnement politique; la dénonciation par le même des formes littéraires dominantes et l'adoption de nouvelles procédures d'expression; Le Procès et Dans la Colonie pénitentiaire comme démontages, depuis une position de combat, des variétés de la domination symbolique et de leurs effets dévastateurs. Un trajet impeccablement méthodique, qui va donc du «champ des possibles» idéologiques et littéraires pour aboutir à la création et à ce qui fait sens en celle-ci.
De ce parcours exigeant ressort la figure en tout point vivante d'un Franz Kafka animé par une pulsion colérique qui est refus de la situation qu'il subissait en tant qu'intellectuel juif. Il y va chez l'écrivain d'une prise de conscience violemment critique de ce que, à Prague comme à Vienne à l'époque, les gens de son espèce ne trouvaient leur place qu'en cédant à une assimilation à la culture allemande. Pourtant, à travers le sionisme, qui venait d'apparaître, une issue autre se dessinait aux yeux de certains bourgeois libéraux tels que ce Max Brod, qui fut le grand ami de Kafka. Mais, pour ce dernier, qui voit à ce moment-là des centaines de milliers de Juifs de l'Est européen immigrer vers les États-Unis et aller s'y prolétariser, le sionisme est une solution fallacieuse parce que typiquement «occidentale».
C'est ici que se produit une rupture décisive dans la conscience de Kafka. Elle correspond au temps le plus fort de la «démonstration» menée par Casanova –une démonstration parfois trop uniment «démonstrative». En 1911, Franz assiste au café Savoy de Prague à des représentations données par une compagnie théâtrale de Juifs polonais. D'emblée il se lie avec le directeur de la troupe, Löwy, qui lui fait découvrir une culture populaire intense et qui n'a rien de fabriqué, celle des shtetls de Pologne, de Galicie et d'ailleurs. Aux yeux de Kafka, malgré la langue étrange dans laquelle elle s'exprime, malgré la trivialité de ses thèmes, cette culture, cette yiddishkeit va devenir quelque chose de fort et de vrai, exprimant l'existence souvent misérable du petit peuple juif d'Europe de l'Est. Elle proposait d'ailleurs des formes d'expression, telles que conte ou fable animalière, dont l'écrivain de Prague allait s'inspirer. Dans cette ligne, Casanova pointe chez l'écrivain des convictions socialistes et les reconnaît même dans ses écrits «professionnels» lorsqu'il plaide par exemple pour l'extension du droit des ouvriers à l'assurance.
Cette radicalité d'une position va se manifester dans quelques grands textes de l'écrivain tels que les analyse la quatrième partie du volume. Casanova s'y oppose aux interprétations classiques qui versent dans le piège d'une confusion entre le narrateur des récits et l'auteur lui-même. Pour elle, celui qui occupe dans ces récits le point de vue central est la plupart du temps un «narrateur-menteur» qui avalise sans le dire une légitimité scandaleuse. Ainsi, dans La Colonie pénitentiaire, «il semble que l'on ne puisse comprendre la puissance de dénonciation froide du récit que si l'on fait l'hypothèse que le voyageur [par les yeux duquel le lecteur perçoit les choses] est en réalité un parfait représentant des intellectuels occidentaux, lâches et soumis à l'ordre social et à sa violence» (p. 277).
Pour Casanova enfin, la «colère» de Kafka en tant que réponse à une domination socio-historique inscrite et précise, n'handicape nullement la portée universelle d'une œuvre. Tout au contraire, l'écrivain pragois est d'autant plus grand et plus passionnant que sa dénonciation ne se perd pas dans la généralité vague du fonctionnement absurde d'une répression.


Epépé
Epépé
par Ferenc Karinthy
Edition : Broché
Prix : EUR 9,95

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le Kafka hongrois !, 5 décembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Epépé (Broché)
Budaï, un père de famille sans histoires, linguiste de profession, s'est endormi dans l'avion qui le mène à Helsinki pour y donner une conférence. Encore groggy de son voyage, il monte dans la navette pour le centre-ville sans faire attention au monde qui l'entoure. Reprenant peu à peu conscience, il réalise que rien de ce qui l'environne ne lui est familier. Lorsque le bus le dépose devant un bâtiment semblable à un hôtel, il est emporté par un invraisemblable flot d'individus, dans un brouhaha inaudible. Il tente de décrypter quelques bribes mais ses efforts restent sans succès. Une langue inconnue, une écriture qui ne ressemble à aucune autre, une foule qui se décline à perte de vue, Budaï est totalement perdu et désemparé. Un heureux concours de circonstances lui permet d'obtenir la clé d'une chambre qu'il rejoint par un ascenseur interminable au sein de l'étourdissante cohue.
Dès lors commence la lutte d'un homme qui tente par tous les moyens de communiquer avec les autres, ne serait-ce que pour parvenir à quitter cette métropole qui s'étend à n'en plus finir, mais l'échange est impossible face aux « édédé, épépé ou étyétyé » inintelligibles de la langue du pays. Sillonner la ville n'est pas plus probant ; l'espace urbain semble infini, sans limites ni frontières. Budaï se débat, privé de repères dans ce lieu hermétique devenu sa prison, s'acharne même pour trouver une logique à cette situation absurde et déroutante. Le lecteur assiste impuissant à son combat forcené, réfléchit avec lui quand il s'engage dans l'étude rigoureuse de la langue, par le biais de sons perçus, d'annuaires ou de tout autre papier qui lui tombe entre les mains. Il se raccroche à la moindre piste avec obstination, sans jamais s'accorder de répit, craignant de capituler sous le poids du désespoir et de l'irrationalité de la situation. Peu à peu, c'est sa condition même d'être-au-monde qui lui échappe. Il est passé en quelques minutes du statut de linguiste reconnu à celui de marginal inculte dans un univers à la fois si proche et différent du monde réel.
Ferenc Karinthy nous plonge donc dans un cauchemar oppressant de 300 pages, où l'absence de limites semble tout aussi aliénante que l'enfermement, où la moindre recherche de nourriture prend des proportions démesurées et devient une odyssée à elle-seule ; la chute de Budaï est fatale, irrémédiable. Alors comment ne pas se demander quel est cet endroit si étrange, dans lequel l'indifférence et l'incompréhension règnent en maîtres ? La condition humaine y est altérée, et la masse de gens s'entasse dans un univers concentrationnaire, suffocant. Publié en 1970, ce texte ne va pas sans rappeler la société de l'époque. Le décor semble emprunté à celui d'une URSS en ruine, au temps de la création des frontières et de l'installation des grandes dictatures soviétiques. À moins qu'il ne s'agisse de la vision anticipée des métropoles du XXIe siècle... L'écriture, efficace et saisissante, confère à ce récit cauchemardesque une dimension lamentablement comique qui ne fait qu'accroître l'intensité du texte. Encensé par la critique et élevé au rang des grandes oeuvres kafkaïennes, Épépé fait partie de ces textes qui laissent une trace une fois la dernière page achevée.


Littérature et fantôme
Littérature et fantôme
par Javier Marías
Edition : Broché
Prix : EUR 22,40

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Délicieux !, 14 septembre 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Littérature et fantôme (Broché)
Dans "Littérature et fantôme", Javier Marías nous ouvre les portes de sa bibliothèque et de son atelier littéraire. Il commente avec intelligence et humour les vies et les oeuvres de ses auteurs préférés –Joyce, Faulkner, Shakespeare, Nabokov ou Flaubert – mais il nous parle également d'autres passions plus secrètes – Quiroga, Stevenson,Cervantès ou Melville. Chaque essai est une lecture novatrice et très personnelle par laquelle Marías illumine un aspect peu ou mal connu de l'auteur ou de l’œuvre qui l'intéresse. La fascination de Flaubert pour la bêtise humaine (et son culte presque religieux de l'intelligence), la destinée tragique de Quiroga et de sa famille, ou bien la folie chez Faulkner, sont autant de thèmes qui retiennent son attention et qui de ce fait nous invitent à lire ou à relire Marías sous une autre lumière: celle qui projette sur son œuvre l'ombre de ces géants.
Mais le romancier espagnol est aussi un formidable chroniqueur et un observateur attentif et amusé de la vie contemporaine. A côté des essais et de brillants exercices de critique littéraire, nous retrouvons aussi d'autres textes, plus proches de la chronique ou de l'article, comme les trois petits bijoux qui composent la «Suite Anglaise» au début du recueil. Ils sont, tout simplement, un bonheur de lecture. Ce délicieux petit livre permet ainsi de découvrir les autres visages du romancier espagnol, mais, également, l'alchimie secrète qui a présidé à la composition de chefs-d’œuvre tels que "le Roman d'Oxford", "Un cœur si blanc" ou, plus récemment, "Ton visage demain".


Le faon
Le faon
par Magda Szabo
Edition : Broché
Prix : EUR 9,00

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Joyau de la littérature hongroise !, 19 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le faon (Broché)
Ceux qui ont ouvert La Porte (prix Fémina étranger 2003) sans pouvoir la refermer, hypnotisés par le manège d'Emerence, femme de ménage vampirisant sa patronne, peuvent témoigner de cette expérience de non-retour que constitue la lecture d'un livre de Magda Szabó. Chez cette femme au style âpre et touffu, l'abandon est un exercice de haute voltige que personne ne parvient jamais à exercer comme il l'entend, ni les victimes ni les bourreaux. A double tranchant, ses phrases sont toujours à la fois des coups de fouet dans les jambes du régime communiste qui l'a bâillonnée après-guerre, et des taillades d'automutilation dans son propre coeur, trop sensible et trop lucide. Le Faon n'échappe pas à la règle. Quelle merveille que cette oeuvre de « jeunesse », écrite à plus de 40 ans, après de longues années de disgrâce politique, mais électrisée par une rage frétillante d'adolescente à fleur de peau ! Monologue abrupt, proféré dans une confusion extrême par une actrice de théâtre pétrie de jalousie, ce texte frappe d'abord par sa maîtrise narrative. Eszter aime un homme qui a épousé la bête noire de son enfance : Angela, être de bonté et de beauté, « qu'elle portait comme une armure. S'il devait lui arriver quelque chose de fâcheux, de décourageant, d'effrayant, j'imaginais qu'il lui suffirait de se regarder dans une glace pour reprendre confiance ». La sainte-nitouche lui faisait tellement envie avec son faon apprivoisé, gambadant à petites foulées paradisiaques dans l'enclos derrière sa maison... Sous ses apparences de délire incohérent où tourbillonnent obsessions amères et regrets maussades, la logorrhée d'Eszter est une introspection admirable de clairvoyance. Un parfait mélange d'égarement et de sûreté, qui rend ses ressassements terriblement émouvants.
Toujours au bord de la folie, animée d'un esprit d'escalier qui la fait parler à rebrousse-poil, commençant des phrases avant d'en finir d'autres, Eszter navigue dans des eaux intérieures que la sincérité rend limpides. Parfois, elle soliloque avec la soif de vérité d'une héroïne de Katherine Mansfield ou de Virginia Woolf, et soudain, la voici elliptique et retenue, plongeant la main dans un bassin plein de poissons rouges, comme dans un roman japonais. Mais lorsqu'elle serine à l'homme qu'elle aime : « J'aurais aimé que tu perçoives tout de moi, sans avoir à parler, mais au plus profond de moi, bruissants et rouillés, les mots commençaient pourtant leur lente ascension », affleure alors son aspiration suprême, qui donne au livre une grâce recueillie : le silence.


La nuit du loup
La nuit du loup
par Javier Tomeo
Edition : Broché
Prix : EUR 15,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Sublime Javier Tomeo !, 19 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : La nuit du loup (Broché)
L’homme est-il un loup-garou pour l’homme ? Macario va-t-il se transformer en loup-garou pour dévorer Ismaël ? La lune va-t-elle inspirer à ce paisible retraité des intentions de lycanthrope ? Javier Tomeo n’a pas perdu une once de son humour noir. Dans La nuit du loup deux hommes se retrouvent face à face, ou plutôt non loin l’un de l’autre : Macario, qui habite dans une campagne isolée, et Ismaël un courtier en assurance-vie. Tous deux se sont foulés la cheville mais pas la même. À eux deux ils pourraient marcher sur leurs deux pieds, mais distants de cinquante mètres l’un de l’autre, c’est impossible, du coup ils se livrent alors à un dialogue absurde, ponctué des « croa, croa » d’un corbeau perché sur l’abribus qui abrite Macario. Macario est un lointain cousin catalan de Mr Sim : il surfe toute la journée sur Internet et s’est constitué un savoir encyclopédique qui masque son manque de lien à autrui. Dans La vie très privée de Mr Sim déjà, Jonathan Coe fustigeait une société de réseaux qui laisse l’individu dans un grand état de solitude. Ici Macario gobe des pages Web toute la journée, mais a laissé filer sa femme avec un autre. Ismaël ne s’y trompe pas : après avoir été fortement impressionné par la mémoire encyclopédique de son interlocuteur, il met en doute – mais n’est-ce pas la voix de Javier Toméo qu’on entend ? – le pseudo savoir accumulé en ingurgitant les pages Web. Ismaël réfléchit un instant et, pour la première fois, se décide à poser une question dérangeante. "Etes-vous sûr que les gens d’Internet vous disent toujours la vérité ? et s’ils mélangeaient les vérités et les mensonges ? Comment distingueriez-vous les uns des autres ? et si, par exemple, tout ce qu’ils vous racontent sur les courges n’était pas vrai ?" Macario aime à citer des proverbes qu’il consigne dans un petit carnet rouge :
"Le proverbe le dit bien : "le poisson meurt par la bouche". Si les poissons n’ouvraient pas la bouche, ils ne mordraient pas à l’hameçon. Ma mère le disait, pour connaître un homme, il vaut mieux l’entendre que le voir."
Sauf que ces proverbes tombent à plat parce qu’ils n’ont rien à voir avec la situation. Peut-être finalement vaudrait-il mieux que Macario se transforme véritablement en loup-garou et qu’on en finisse avec l’incongruité de ce dialogue. Humour, ironie, absurdité, on retrouve ici les thèmes favoris de Javier Tomeo, comme l’incommunicabilité des hommes entre eux.
Ici les deux hommes parlent pour ne rien dire : peut-être une critique de nos médias d’aujourd’hui ?
Comme dans les Histoires minimales, on sait que Javier Toméo est souvent porté au théâtre où ses dialogues font mouche. Beaucoup de ses personnages sont souvent solitaires, autistes, ou en tout cas incapables d’échange véritable. Ici Macario et Ismaël vont passer la nuit côte à côte, mais peut-être le hibou et le corbeau qui les surplombent en sauront-ils plus sur eux que les deux protagonistes, à la fin de cette nuit pas tout à fait comme les autres. Tomeo est décédé il y a deux mois dans l'indifférence la plus totale.


Entre parenthèses : Essais, articles et discours (1998-2003)
Entre parenthèses : Essais, articles et discours (1998-2003)
par Roberto Bolaño
Edition : Broché
Prix : EUR 25,35

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Le gaucho insupportable !, 11 juillet 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Entre parenthèses : Essais, articles et discours (1998-2003) (Broché)
Entre parenthèses est un recueil d’articles et de discours de l’écrivain chilien Roberto Bolaño (1953-2003), écrits entre 1998 et 2003. Depuis la mort de l’auteur on a publié sept livres posthumes où l’on trouve des romans, des nouvelles, des poèmes et d’autres textes plus hybrides : Le gaucho insupportable (2003), Entre parenthèses (2004), 2666 (2004) — son chef d’œuvre —, La Universidad Desconocida (2007), Le secret du mal (2007), Bolaño por sí mismo (2007), Le Troisième Reich (2010), et Los sinsabores del verdadero policía (2011). Entre parenthèses est à la fois une autobiographie d’autrui et un Journal extime (à la manière d’Antonio Tabucchi et Michel Tournier), à mi-chemin entre la fiction et la chronique des livres. Dans le portrait que Bolaño donne de Günter Grass et de son livre Le siècle, on peut lire ses mots comme une sorte d’autobiographie finale : « Nous nous trouvons ici face à un Grass crépusculaire et fragmentaire, parce que la règle l’exige ainsi, et en apparence fatigué, en apparence seulement, qui entreprend la révision de son siècle allemand, qui est aussi le siècle européen, avec la conviction d’avoir traversé une partie durable de l’enfer, avec la certitude aussi, la vieille et diffamée et magnifique certitude des Lumières, que l’être humain mérite d’être sauvé, même si souvent il ne l’est pas. Nous sortons du XXe siècle marqué au fer rouge. C’est ce que nous dit Grass".
Avec Bolaño nous sommes face à l’expérience intime de l’auteur en tant que fabricant d’un discours sur soi et sur d’autres écrivains — il se concentre surtout sur les auteurs du XXe siècle : Macedonio Fernández, Vila Matas, Kafka, Nicanor Parra, etc. Il y a pourtant deux auteur majeurs pour lui, comme il l’a signalé lui-même : « Dire que j’ai une dette permanente envers l’œuvre de Borges et Cortázar est une évidence ». Il ajoutera aussi que : « Borges est ou devrait se trouver au centre de notre canon ».
Bolaño nous pousse à ouvrir certaines portes et certaines fenêtres qui passent dans son œuvre forcement par la Deuxième Guerre Mondiale. Dans ce sens, Bolaño est un écrivain qui assume et fait sienne la question de Primo Levi au lendemain des Camps, « Comment-écrire après Auschwitz ? ». Ainsi, les grandes questions posées par Bolaño dans Entre parenthèses semblent s’adresser à nous : qu’est-ce que le XXe siècle (du point de vue littéraire) et comment peut-on essayer de saisir ses significations multiples à travers des écrivains liés les uns aux autres pour le problème du mal, une tradition que d’après Bolaño inaugure Hermann Melville : « Il est la clé de ces territoires que par convention ou par commodité nous appellerons les territoires du mal, là où l’homme se débat avec lui-même et avec l’inconnu, et généralement finit vaincu ». Bolaño nous offre ici sa vision fragmentaire de la littérature du XXème siècle. Il s’agit d’un siècle qui pourrait commencer par Bolaño en 1851 avec Moby Dick de Melville et continuerait toujours à Santa Teresa (Ciudad Juarez, la ville la plus violente du monde) épicentre de son dernier roman 2666.
Finalement, dans Entre parenthèses on retrouve l’écrivain dans l’intimité à travers ses lectures des cinq derniers années qui commencent avec son premier « retour au pays natal » après 25 ans d’absence (depuis le coup d’état de Pinochet en 1973) à la fin de 1998 et avec l’obtention de son premier grand prix littéraire (le prix international Romulo Gallegos au Venezuela, pour Les détectives sauvages en 1999). Dans son autoportrait Bolaño évoquera par exemple l’année de sa naissance avec humour : « Je suis né en 1953, l’année où sont morts Staline et Dylan Thomas » et se placera donc au milieu d’un politicien et d’un poète, deux personnages essentiels dans son œuvre (on songera par exemple à La Littérature nazi en Amérique et aux Détectives sauvages). Entre parenthèses se termine dans l’été 2003, quelques jours avant la mort de l’auteur, avec une interview paru dans la Revue Playboy, dans laquelle Bolaño a déclaré : « Je ne crois pas en l’au-delà. S’il existait, quelle surprise. Je m’inscrirais immédiatement à un cours que donnerait Pascal ».


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