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Contenu rédigé par Franz D.
Classement des meilleurs critiques: 1.621
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Commentaires écrits par
Franz D. (Tours)

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Zibaldone
Zibaldone
par Giacomo Leopardi
Edition : Relié
Prix : EUR 50,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une oeuvre complexe et fascinante !, 10 avril 2015
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Extrêmement difficile à rattacher à un genre littéraire précis, le Zibaldone est une somme de 4 526 feuillets rédigés par Leopardi de 1817 à 1832. C’est un chef-d’œuvre d’une immense portée, témoin magistral du travail de pensée et de recherche d’un des esprits les plus vifs de son époque.
Il a pourtant fallu attendre l’année 1898, centenaire de la naissance de Leopardi, pour que le Zibaldone voie enfin le jour. Publiée par le poète Giosué Carducci, l’œuvre ne comporte pas de titre. Mais des pages foliotées. L’index mentionne cependant l’expression de Leopardi « mon Zibaldone di pensieri ». C’est cette expression, très évocatrice pour le lecteur, qui a été retenue comme titre définitif de l'œuvre. D’étymologie incertaine et brumeuse, ce mot ancien de « zibaldone » serait un terme culinaire, apparenté au « zabaione », le sabayon. Crème onctueuse obtenue grâce à de subtils et habiles mélanges d’ingrédients. Mais encore ?
Pour Leopardi, philologue amoureux des mots et du langage, la lettre Z qui est à l’initiale du mot, est à elle seule porteuse de sens. Elle évoque ces « parole pellegrine » qui conduisent aux pensées vagabondes. Pour le poète, l’aventure de l’écriture consiste avant tout à mettre au jour ces mots « pèlerins », élégants, flous et savoureux. Selon la formule du traducteur Bertrand Schefer, des « mots indéfinis pour un projet infini ! »
Le titre du recueil Zibaldone laisse pourtant imaginer un apparentement de cette œuvre aux « miscellane », à ce que l’on appelle en littérature des « mélanges ». On y rencontre tour à tour des ébauches, des notes, des aphorismes, des dissertations, des critiques littéraires, des réflexions philosophiques. Mais également quelques éléments autobiographiques que Leopardi a intitulés « Polizzine non richiamate ». « Petits bulletins non mentionnés » qui figurent dans l’index général. Y sont abordés les grands thèmes léopardiens, les références aux théories des Arts et des Lettres, Les Mémoires de ma vie. Cependant, pour des raisons qui nous échappent encore à ce jour, Leopardi interrompt brusquement son travail de réflexion, s’éloigne de son œuvre pour se consacrer à la réédition de certains de ses ouvrages antérieurs.
Commencé dès 1817, le Zibaldone est une sorte de « matrice », un « magma » dont émergent des blocs parfaits, qui se suffisent à eux-mêmes. C’est une « chambre noire », une « machine mécanique occulte » dans laquelle Leopardi voit sa propre langue restituée à l’intérieur des langues étrangères. Une œuvre d’où se dégage une « Métaphysique du langage ». La seule qui reste lorsque toute métaphysique a disparu.
Œuvre monumentale à nulle autre pareille, le Zibaldone est « une architecture », dans l'acception proustienne du terme. Un véritable « laboratoire expérimental du roman moderne », qui ouvre la voie à Musil et à Joyce. Une oeuvre difficile, exigeante, mais à l'heure où n'importe quel tâcheron dépressif se prend pour Philip Roth, une oeuvre salutaire.


VOUS M'AVEZ MANQUE
VOUS M'AVEZ MANQUE
par Guy Birenbaum
Edition : Broché
Prix : EUR 19,90

11 internautes sur 20 ont trouvé ce commentaire utile 
1.0 étoiles sur 5 Livre hyper-narcissique et pénible !, 8 avril 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : VOUS M'AVEZ MANQUE (Broché)
Pour qui connaît l'auteur, son agressivité frustrée, son constant souci de se pousser du coude pour flatter un ego surdimensionné sans talent véritable outre médire de ses contemporains ("Nos délits d'initiés" était un livre ultra faux-derche à ce niveau) sous couvert de néo-transparence et de pseudo-combats de chambrette, alors sa dernière salve d'auto-suffisance dépressive ne devrait pas manquer de faire sourire. Pendant 400 longues pages, Bibi étale son mal-être avec une complaisance qui fera sourire dans certaines chaumières mais qui rassurera le lecteur de Montélimar pour qui "ça peut arriver aussi aux parisiens, hein !". Outre l'aspect prévisible de la pathologie ("Oui, Guitounet, passer sa vie sur internet à blogger pour exister et à polémiquer stérilement finit par user n'importe quel système nerveux" - merci, n'importe quel apprenti psy le sait), le livre n'est qu'un exercice d'auto-dénigrement un peu vain (eh ! Tu vois comme j'ai de la distance par rapport à ma vie !) au travers duquel un mâle alpha exorcise ses pulsions d'arrivisme, non sans faire pleurer Jeanneton au passage (certains passages sur l'amitié, l'amour ou les parents). Pathétique !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : May 1, 2015 11:18 PM MEST


Zola tel qu'en lui-même
Zola tel qu'en lui-même
par Mitterand Henri
Edition : Broché
Prix : EUR 25,50

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Les gens bien n'aiment pas Zola !, 18 mars 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Zola tel qu'en lui-même (Broché)
L'auteur de la monumentale biographie Zola (trois tomes, Sous le regard d'Olympia, 1999, L'Homme de Germinal, 2001 et L'Honneur, 2002, Fayard) et éditeur des Œuvres complètes (Nouveau Monde Éditions, 20 volume, 2002-2008), Henri Mitterand, rassemble dans Zola, tel qu'en lui-même plusieurs essais qui renouvellent la compréhension du romancier et corrigent bien des idées reçues. Il est vrai que l'étiquette de 'naturaliste', certes commode, qui distingue bien l'auteur des Rougon-Macquart des tenants du réalisme, paraît plutôt réductrice face à l'ampleur de son projet et à la richesse de sa production. Car Émile Zola ne se contente pas d'appliquer à la littérature les acquis de la science, et en particulier des médecins. Certes, il a lu le Traité de l'hérédité naturelle du docteur Lucas, la Physiologie des passions du docteur Letourneau et les ouvrages des médecins aliénistes Trélat, Moreau de Tours et Morel, qu'il ne transpose pas pour autant à ses personnages strictement identifiés à des 'cas' cliniques. Il y apporte sa touche romanesque, imaginative, tout en restant fidèle à une description vraisemblable des maux qui les accablent. 'De ce point de vue, observe Henri Mitterand, la brève note 'Famille lâchée dans l'assouvissement moderne', est plus importante que les 'Notes générales sur la marche de l'œuvre', pourtant plus longues, où Zola fait converger tous les éléments qu'il a déjà mis en place : la considération tainienne du milieu, le thème familial, qui s'est dédoublé, la conscience des effets de l'hérédité, la pathologie mentale et morale, et la vision un tant soit peu hallucinée du moment moderne, tenu pour 'fiévreux', 'détraqué', 'trouble', hystérique convulsif : 'les convulsions fatales de l'enfantement d'un monde'.' Monde comprenant le Sexe, la Mort, Dieu et l'Art et qui est magnifiquement servi par l'intelligence sans égale de son enquête sociale, comme en témoignent ses notes préparatoires, dossiers et carnets, et qui lui permettent de dépasser les deux composantes de ses personnages, le 'tempérament' et le 'milieu'.
Parmi ces douze études, pointons-en trois particulièrement novatrices et originales : 'Espaces de l'histoire et espaces du roman', 'Un corps dans la ville' et 'Mise au point : Zola et Cézanne'. Les deux premières s'occupent de l'espace/temps des situations zoliennes et du jeu des corps dans la ville. Les sites sont souvent imaginaires (Montsou, la cité carbonifère de Germinal, n'existe pas) mais Zola veille à toujours bien expliciter les itinéraires de ses personnages, à décrire dans le détail les logements et leur mobilier (Pot Bouille, L'Assommoir, Le Ventre de Paris), les vues (La Curée, Une page d'amour) et les alentours (La Conquête de Plassans, Madeleine Férat), ou encore la nature (La faute de l'abbé Mouret, La Joie, La Terre). Zola dote chacun d'un territoire et d'une place qui influent sur le caractère et même le destin. La troisième étude est un véritable petit dossier (quasi-définitif) sur les relations entre les deux amis d'enfance, Zola et Cézanne : leurs complicités, leurs différends et leur relatif éloignement et brouille. Apprenant la mort d'Émile, Paul s'effondre en larmes, comme quoi' Refusant de conclure, l'auteur insiste sur ce qu'il nous faut encore découvrir dans une œuvre aussi immense, non pas d'un point de vue quantitatif, mais qualitatif. En effet, on dit méchamment 'c'est du Zola', pour désigner des récits misérabilistes, pleurnichards, au premier degré, alors que le gaillard possédait une plume incomparable qu'il maniait sur un large registre, du pamphlet (le 'J'accuse'') à l'émotion la plus subtile (Le Rêve), en passant par la fantaisie, le reportage, la science-fiction (Travail), l'humour, l'érotisme et plus généralement la sensualité. Les gens bien n'aiment pas Zola. Ils préfèrent Maupassant, Mirbeau ou Huysmans, plus présentables et c'est dommage. Il faut relire Zola.


Soumission
Soumission
par Michel Houellebecq
Edition : Broché
Prix : EUR 21,00

5 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Livre super cool !, 13 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Soumission (Broché)
J'ai bien aimé parce qu'il parle de Huysmans. Parce que, par exemple, Guillaume Musso, lui, eh ben, il ne parle jamais d'autres écrivains, et c'est pas bien. Le moins, c'est certaines remarques du style : "J'étais dans la force de l'âge, comme j'ai dit ; et si après quelques semaines d'un dialogue laborieux où certains moments d'enthousiasme au sujet de n'importe quoi - mettons par exemple les derniers quatuors de Beethoven - seraient provisoirement parvenus à dissimuler un ennui croissant et global, à faire miroiter l'espérance de moments magiques ou d'une complicité faite d'émerveillements et d'éclats de rire, si après ces quelques semaines je me décidais à rencontrer l'une de mes nombreuses homologues féminines, que pourrait-il s'ensuivre ? Panne érectile d'un côté, sécheresse vaginale de l'autre ; il valait mieux éviter ça." (p 184-185). Franchement, ça me déprime et je lis quand même pour me détendre. Sinon, je le recommanderai à un ami sans problème. C'est un livre super cool !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 4, 2015 2:39 PM CET


Société et solitude
Société et solitude
par Ralph Waldo Emerson
Edition : Broché

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un essentiel de la pensée Américaine..., 2 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Société et solitude (Broché)
“Les hommes ne parviennent pas à se réunir grâce à leurs mérites, mais ils s’ajustent par leur démérites – par leur amour des commérages, par simple tolérance ou bonne nature animale. Ils troublent et font fuir les nobles aspirations.
Le remède consiste à fortifier chacune de ces aspirations. La conversation ne nous corrompra pas si nous rejoignons l’assemblée avec nos propres atours et notre propre façon de parler, et l’énergie de la santé pour choisir ce qui est nôtre et rejeter ce qui ne l’est pas. Nous avons besoin de la société, mais il faut qu’elle soit la société et non des nouvelles qu’on échange ou un simple plat que l’on partage. Est-ce être en société que de s’asseoir sur l’une de vos chaises ? Je ne puis me rendre chez mes parents les plus proches, parce que je ne souhaite pas être seul. La société existe par affinités chimiques et pas autrement.
Réunissez des gens ensemble, en leur laissant la liberté de discuter entre eux, et très vite, ils se partageront d’eux-mêmes en groupes et en couples. On accuse les meilleurs d’être exclusifs. Il serait plus exact de dire qu’ils se séparent comme l’huile de l’eau, comme les enfants des vieillards, sans que l’amour ou la haine y soit pour grand-chose, chacun cherchant son semblable, et toute interférence dans les affinités produirait la contrainte et la suffocation. Toute conversation est une expérience magnétique. Je sais que mon ami peut parler avec force éloquence ; vous savez qu’il ne peut pas articuler la moindre phrase : nous l’avons vu dans des sociétés différentes. Assortissez vos hôtes, ou bien n’invitez personne.
Roboratif...


Secrets de Polichinelle
Secrets de Polichinelle
par Alice Munro
Edition : Broché
Prix : EUR 7,60

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le pessimisme gai d'Alice Munro !, 11 mars 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Secrets de Polichinelle (Broché)
Le grand thème des nouvelles d'Alice Munro pourrait se résumer par la question: que sont-ils devenus ? Que la vie a-t-elle fait de nous Comment avons nous, avez-vous, ont ils évolué à travers les années ? Or ce thème est traité avec une ampleur croissante dans les huit nouvelles constituant ce recueil, à commencer par la première, Emportés, d'une longueur notable - plus de cinquante pages - et dont l'action se situe dans la ville de Carstairs, en Ontario, qu'on retrouvera dans plusieurs autres histoires. Employée à la Bibliothèque municipale de Carstairs, Louisa, vingt-cinq ans, reçoit un jour une lettre d'un soldat engagé (cela se passe en 1917) qui l'a remarquée à la bibliothèque et lui demande des nouvelles du pays. S'ensuite une correspondance qui fait naître en Louisa un sentiment tendre et lui fait espérer quelque chose, jusqu'au jour où elle apprend que le soldat, Jack Agnew de son nom, de retour au pays, s'est marié avec celle qu'il lui avait d'ailleurs dit sa fiancée. Un terrible accident coûte cependant la vie au jeune marié, broyé par une machine dans la fabrique de pianos dont le fils du propriétaire, Arthur Doud, rencontre alors Louisa et l'épouse... Qui est emporté ? C'est une question qui va revenir souvent au fil des histoires d'Alice Munro, où les déterminations historiques ou sociales, les destinées personnelles marquées par des ruptures ou des accidents, les bifurcations de l'existence ne cessent d'interférer...
Plus on avance dans la lecture des nouvelles d'Alice Munro, et plus on est impressionné par la variété des thèmes et des milieux qu'elle est capable d'investir avec la même qualité d'observation et la même empathie à l'égard des personnages les plus divers.
La vierge albanaise est l'histoire d'une espèce de rapt "par erreur", qui aboutit à la séquestration d'une jeune touriste américaine dans une tribu des montagnes albanaises. On pense à Somerset Maugham ou à Paul Bowles en lisant le récit des tribulations de "Lottar" par la vieille Charlotte, dont les détails de la narration ont valeur d'illustration quasi ethnographique. Mais rien de pesamment didactique là-dedans: une fois de plus, c'est une vie ressaisie dans une bifurcation inattendue qui retient l'attention de la nouvelliste, laquelle nous "capture" à son tour. Toutes les nuovelles qui suivent sont excellentes mais requièrent un certain effort de lecture car Munro a le formalisme discret mais présent et ses nouvelles demandent toujours un peu d'attention, ce qui l'a probablement éloignée des clubs de lecture avant son intronisation grâce au Nobel. Une des plus brillantes nouvellistes de ce siècle.


El ultimo lector
El ultimo lector
par David Toscana
Edition : Broché
Prix : EUR 8,95

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le livre que rêve d'écrire Tanguy Viel !, 14 janvier 2014
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Réalité ou fiction ? Difficile de trancher lorsqu’il s’agit du discours de Lucio, « el último lector », vieil homme loufoque, dernier garant de la littérature dans un petit village perdu du Mexique. Lucio est le bibliothécaire d’Icamole, un petit village mexicain. Mais il ne l’est plus officiellement depuis que le gouvernement a fermé sa bibliothèque, et personne ne lit à Icamole. Alors Lucio passe ses journées à écrémer son stock de livre, à tout lire et, au besoin, à mettre au pilon. Les livres qui trouvent grâce à ses yeux sont peu nombreux et émaillent son récit, se mêlant à l’histoire de Lucio jusqu’à ce que l’on peine, parfois, à distinguer les deux. Quant aux autres, il les condamne à l’enfer, à l’ignominie d’une lente décomposition dans une pièce fermée, sombre, habitée par les cafards. Un jour, son fils lui apprend qu’il a trouvé une fillette morte dans son puits, le seul qui n’est pas tout à fait à sec dans un village brûlé par un été sans pluie. Pour Lucio, aucun doute : la réponse à cet embêtement se trouve dans les livres... El último lector se caractérise avant tout par une certaine absurdité, une certaine folie, qui n’est pas sans évoquer l’univers bien particulier de Garcia Marquez. Les personnages agissent selon leur propre logique, qui n’est pas forcément raisonnable et les actes de Lucio et de son fils sont régis par les lectures du vieux bibliothécaire. Lucio s’obstine à ouvrir sa bibliothèque, dans un village qui n’a que mépris pour la littérature. Il dédaigne les auteurs espagnols ou américains, ne jure que par les français et les russes, dénonce la mondialisation de la littérature, l’aspect commercial des publications d’aujourd’hui, le verbiage stérile de certains auteurs. Pour Lucio, la vie entière est un livre, et le livre est vérité. « C’est pourquoi les hommes comme moi doivent faire en sorte que l’histoire soit littérature » dit-il, rejetant la classification habituelle en bibliothèque qui sépare histoire et fiction. Lucio est un critique sévère, n’hésitant pas à s’attaquer aux reliques, et même à la Bible (« Au commencement Dieu créa les cieux et la Terre. Il nie de la tête. Pourquoi préciser que le commencement est le commencement ? »).
Ce personnage haut en couleur qui analyse le monde à travers le prisme de ses lectures est bien davantage au cœur de l’intrigue que l’enquête au sujet de la mort de la fillette, qui demeurera en suspens. Il s’agit plus d’un hymne à la littérature que d’un roman policier. Certains lecteurs peuvent être déstabilisés par ce manque de cohérence, ces digressions, et le fait que la typographie n’est pas très utile au lecteur quant il s’agit de déterminer où commencent et finissent les lectures de Lucio, mais il serait vraiment dommage de ne pas aller au-delà de ces détails et de passer à côté de cette œuvre très imagée et très vivante. Humour et amour de la littérature sont les véritables fils conducteurs de cette œuvre atypique, dans laquelle la mise en abîme finale permet une réflexion sur les livres et l’écriture. Tout ce que n'est pas (au hasard !)le pitoyable "La disparition de Jim Sullivan" de Tanguy Viel que cette fiction mexicaine enterre allègrement.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 15, 2014 3:24 PM CET


Kafka en colère
Kafka en colère
par Pascale Casanova
Edition : Broché
Prix : EUR 25,40

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un peu d'air frais dans la kafkologie !, 11 décembre 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Kafka en colère (Broché)
Aujourd'hui Casanova rouvre le dossier Kafka et le soumet à une analyse méthodique, qui va exemplairement dans le sens d'une histoire sociale de la littérature. Ce qui se traduira par l'examen méthodique de quatre objets étroitement corrélés: le champ littéraire pragois au début du XXe siècle et ses conflits internes; l'habitus de l'écrivain en fondement d'un positionnement politique; la dénonciation par le même des formes littéraires dominantes et l'adoption de nouvelles procédures d'expression; Le Procès et Dans la Colonie pénitentiaire comme démontages, depuis une position de combat, des variétés de la domination symbolique et de leurs effets dévastateurs. Un trajet impeccablement méthodique, qui va donc du «champ des possibles» idéologiques et littéraires pour aboutir à la création et à ce qui fait sens en celle-ci.
De ce parcours exigeant ressort la figure en tout point vivante d'un Franz Kafka animé par une pulsion colérique qui est refus de la situation qu'il subissait en tant qu'intellectuel juif. Il y va chez l'écrivain d'une prise de conscience violemment critique de ce que, à Prague comme à Vienne à l'époque, les gens de son espèce ne trouvaient leur place qu'en cédant à une assimilation à la culture allemande. Pourtant, à travers le sionisme, qui venait d'apparaître, une issue autre se dessinait aux yeux de certains bourgeois libéraux tels que ce Max Brod, qui fut le grand ami de Kafka. Mais, pour ce dernier, qui voit à ce moment-là des centaines de milliers de Juifs de l'Est européen immigrer vers les États-Unis et aller s'y prolétariser, le sionisme est une solution fallacieuse parce que typiquement «occidentale».
C'est ici que se produit une rupture décisive dans la conscience de Kafka. Elle correspond au temps le plus fort de la «démonstration» menée par Casanova –une démonstration parfois trop uniment «démonstrative». En 1911, Franz assiste au café Savoy de Prague à des représentations données par une compagnie théâtrale de Juifs polonais. D'emblée il se lie avec le directeur de la troupe, Löwy, qui lui fait découvrir une culture populaire intense et qui n'a rien de fabriqué, celle des shtetls de Pologne, de Galicie et d'ailleurs. Aux yeux de Kafka, malgré la langue étrange dans laquelle elle s'exprime, malgré la trivialité de ses thèmes, cette culture, cette yiddishkeit va devenir quelque chose de fort et de vrai, exprimant l'existence souvent misérable du petit peuple juif d'Europe de l'Est. Elle proposait d'ailleurs des formes d'expression, telles que conte ou fable animalière, dont l'écrivain de Prague allait s'inspirer. Dans cette ligne, Casanova pointe chez l'écrivain des convictions socialistes et les reconnaît même dans ses écrits «professionnels» lorsqu'il plaide par exemple pour l'extension du droit des ouvriers à l'assurance.
Cette radicalité d'une position va se manifester dans quelques grands textes de l'écrivain tels que les analyse la quatrième partie du volume. Casanova s'y oppose aux interprétations classiques qui versent dans le piège d'une confusion entre le narrateur des récits et l'auteur lui-même. Pour elle, celui qui occupe dans ces récits le point de vue central est la plupart du temps un «narrateur-menteur» qui avalise sans le dire une légitimité scandaleuse. Ainsi, dans La Colonie pénitentiaire, «il semble que l'on ne puisse comprendre la puissance de dénonciation froide du récit que si l'on fait l'hypothèse que le voyageur [par les yeux duquel le lecteur perçoit les choses] est en réalité un parfait représentant des intellectuels occidentaux, lâches et soumis à l'ordre social et à sa violence» (p. 277).
Pour Casanova enfin, la «colère» de Kafka en tant que réponse à une domination socio-historique inscrite et précise, n'handicape nullement la portée universelle d'une œuvre. Tout au contraire, l'écrivain pragois est d'autant plus grand et plus passionnant que sa dénonciation ne se perd pas dans la généralité vague du fonctionnement absurde d'une répression.


Epépé
Epépé
par Ferenc Karinthy
Edition : Broché
Prix : EUR 9,95

6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le Kafka hongrois !, 5 décembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Epépé (Broché)
Budaï, un père de famille sans histoires, linguiste de profession, s'est endormi dans l'avion qui le mène à Helsinki pour y donner une conférence. Encore groggy de son voyage, il monte dans la navette pour le centre-ville sans faire attention au monde qui l'entoure. Reprenant peu à peu conscience, il réalise que rien de ce qui l'environne ne lui est familier. Lorsque le bus le dépose devant un bâtiment semblable à un hôtel, il est emporté par un invraisemblable flot d'individus, dans un brouhaha inaudible. Il tente de décrypter quelques bribes mais ses efforts restent sans succès. Une langue inconnue, une écriture qui ne ressemble à aucune autre, une foule qui se décline à perte de vue, Budaï est totalement perdu et désemparé. Un heureux concours de circonstances lui permet d'obtenir la clé d'une chambre qu'il rejoint par un ascenseur interminable au sein de l'étourdissante cohue.
Dès lors commence la lutte d'un homme qui tente par tous les moyens de communiquer avec les autres, ne serait-ce que pour parvenir à quitter cette métropole qui s'étend à n'en plus finir, mais l'échange est impossible face aux « édédé, épépé ou étyétyé » inintelligibles de la langue du pays. Sillonner la ville n'est pas plus probant ; l'espace urbain semble infini, sans limites ni frontières. Budaï se débat, privé de repères dans ce lieu hermétique devenu sa prison, s'acharne même pour trouver une logique à cette situation absurde et déroutante. Le lecteur assiste impuissant à son combat forcené, réfléchit avec lui quand il s'engage dans l'étude rigoureuse de la langue, par le biais de sons perçus, d'annuaires ou de tout autre papier qui lui tombe entre les mains. Il se raccroche à la moindre piste avec obstination, sans jamais s'accorder de répit, craignant de capituler sous le poids du désespoir et de l'irrationalité de la situation. Peu à peu, c'est sa condition même d'être-au-monde qui lui échappe. Il est passé en quelques minutes du statut de linguiste reconnu à celui de marginal inculte dans un univers à la fois si proche et différent du monde réel.
Ferenc Karinthy nous plonge donc dans un cauchemar oppressant de 300 pages, où l'absence de limites semble tout aussi aliénante que l'enfermement, où la moindre recherche de nourriture prend des proportions démesurées et devient une odyssée à elle-seule ; la chute de Budaï est fatale, irrémédiable. Alors comment ne pas se demander quel est cet endroit si étrange, dans lequel l'indifférence et l'incompréhension règnent en maîtres ? La condition humaine y est altérée, et la masse de gens s'entasse dans un univers concentrationnaire, suffocant. Publié en 1970, ce texte ne va pas sans rappeler la société de l'époque. Le décor semble emprunté à celui d'une URSS en ruine, au temps de la création des frontières et de l'installation des grandes dictatures soviétiques. À moins qu'il ne s'agisse de la vision anticipée des métropoles du XXIe siècle... L'écriture, efficace et saisissante, confère à ce récit cauchemardesque une dimension lamentablement comique qui ne fait qu'accroître l'intensité du texte. Encensé par la critique et élevé au rang des grandes oeuvres kafkaïennes, Épépé fait partie de ces textes qui laissent une trace une fois la dernière page achevée.


Littérature et fantôme
Littérature et fantôme
par Javier Marías
Edition : Broché
Prix : EUR 22,40

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Délicieux !, 14 septembre 2013
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Littérature et fantôme (Broché)
Dans "Littérature et fantôme", Javier Marías nous ouvre les portes de sa bibliothèque et de son atelier littéraire. Il commente avec intelligence et humour les vies et les oeuvres de ses auteurs préférés –Joyce, Faulkner, Shakespeare, Nabokov ou Flaubert – mais il nous parle également d'autres passions plus secrètes – Quiroga, Stevenson,Cervantès ou Melville. Chaque essai est une lecture novatrice et très personnelle par laquelle Marías illumine un aspect peu ou mal connu de l'auteur ou de l’œuvre qui l'intéresse. La fascination de Flaubert pour la bêtise humaine (et son culte presque religieux de l'intelligence), la destinée tragique de Quiroga et de sa famille, ou bien la folie chez Faulkner, sont autant de thèmes qui retiennent son attention et qui de ce fait nous invitent à lire ou à relire Marías sous une autre lumière: celle qui projette sur son œuvre l'ombre de ces géants.
Mais le romancier espagnol est aussi un formidable chroniqueur et un observateur attentif et amusé de la vie contemporaine. A côté des essais et de brillants exercices de critique littéraire, nous retrouvons aussi d'autres textes, plus proches de la chronique ou de l'article, comme les trois petits bijoux qui composent la «Suite Anglaise» au début du recueil. Ils sont, tout simplement, un bonheur de lecture. Ce délicieux petit livre permet ainsi de découvrir les autres visages du romancier espagnol, mais, également, l'alchimie secrète qui a présidé à la composition de chefs-d’œuvre tels que "le Roman d'Oxford", "Un cœur si blanc" ou, plus récemment, "Ton visage demain".


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