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Contenu rédigé par majdouline
Classement des meilleurs critiques: 7.906
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Commentaires écrits par
majdouline

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Nulle part dans la maison de mon père
Nulle part dans la maison de mon père
par Assia Djebar
Edition : Poche
Prix : EUR 9,70

2.0 étoiles sur 5 Jeunesse d'une algéroise "émancipée" ou presque., 30 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Nulle part dans la maison de mon père (Poche)
Assia Djebbar raconte ici son enfance et son adolescence en Algérie, à l'époque de la colonisation.
Son père est instituteur et elle a la chance d'avoir accès aux études, contrairement à la grande majorité des algériens et algériennes à l'époque. A travers le récit de sa jeunesse, A. Djebbar nous parle de son amour de la lecture et de sa volonté d'émancipation d'une vie de femme recluse. Chez elle, on a de la chance, son père, bien que "conservateur", lui accorde une grande liberté, et ses parents s'aiment.

En fin de compte, je trouve le roman assez décevant. J'ai l'impression que le propos tourne autour de la vie d'une jeune fille qui aime la littérature française et souhaite ardemment se "dévoiler". Pas plus, pas moins. Hormis de la condition des femmes,qui il est vrai, suite à une décadence de la civilisation musulmane, étaient recluses en plus d'être soumises à l'injustice coloniale, on y parle peu de l'Algérie et de la colonisation.

La culture algérienne (l'islamité, la berbérité et l'arabité, ), n'est évoquée que par allusions éparses, les rapports entre colonisés et colonisateurs également. On sent malgré tout un grand attachement et un grand respect pour la culture algérienne mais cet aspect n'est développé que par allusions, comme dit ci-dessus.

Au final, la jeune Assia semble avoir eu des problèmes et des réflexions bien superficiels comparés à ceux de ses comparses, algériens ou algériennes ... La teneur de cet ouvrage s'en ressent : peu d'enseignements, peu d'émotions.

Par contre, le style de Mme Djebbar est magnifique.


Son excellence
Son excellence
par Naguib Mahfouz
Edition : Poche
Prix : EUR 7,70

4.0 étoiles sur 5 Un seul rêve, devenir directeur, 29 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Son excellence (Poche)
Le fonctionnaire "huitième échelon" Othman Bayyouni n'est qu'un seul but dans la vie : grimper jusqu'au premier échelon et devenir directeur général.
Il se consacre corps et âmes à son objectif, s'impose une avarice extrême , trahit les femmes auxquelles il avait fait miroiter un beau mariage car il ne voudrait pas que son travail pâtisse d'une vie en couple, et pour tromper sa solitude, fréquente une prostituée.

Paradoxalement, il fait preuve également d'une certaine religiosité, s'en veut pour ses pêchés et voit dans sa course au premier échelon une illustration de la lutte de tout croyant pour adorer Dieu comme il se doit ... A ce titre, la métaphore filée qui court dans tout le romain est vraiment impressionnante. Une manière de montrer comment on peut diviniser son carriérisme en le mettant au-dessus de tout !

La corruption est évoquée mais elle n'est pas le sujet principal du roman, qui invite surtout à s'interroger sur le sens d'une vie dédiée entièrement au travail et aux ambitions matérialistes. On en ressort avec une profonde pitié pour ce petit personnage dont la vie et les pensées tournent uniquement autour de l'ambition de devenir directeur.


Karnak Café
Karnak Café
par Naguib Mahfouz
Edition : Poche
Prix : EUR 6,70

4.0 étoiles sur 5 Dictature, 29 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Karnak Café (Poche)
D'après ce que j'en connais, ce petit livre me semble être le plus "politisé" de tous les romans de Naguib Mahfouz.

Les personnages principaux sont des étudiants idéalistes qui ont pour tort d'être communistes. Sans qu'ils ne comprennent pourquoi, ils furent jetés en prison et soumis à de terribles sévices.

Le livre, très court, revient sur la peur, l'angoisse, la désillusion et la tristesse qu'engendrent ces arrestations dans le microcosme du café Karnak, en décrivant ainsi les sentiments qui peuvent parcourir toute la société égyptienne dans cette ambiance de répression, d'espionnage, d'arbitraire et d'inhumanité suscitée par la dictature.

J'aurais aimé que le livre soit un peu plus long et qu'il revienne aussi sur la répression des militants islamistes qui ont été victimes des mêmes horreurs que les communistes. Mais le choix peut se comprendre car la répression des militants communistes illustre encore plus l'arbitraire de la dictature puisque les communistes réprimés pouvaient encore moins se douter qu'ils seraient persécutés par le pouvoir. Le régime du "grand" Nasser proclamait en apparence les mêmes idéaux "modernistes", nationalistes et collectivistes.

Le film extrait du livre vaut le coup d'être vu. Dans le livre, tout est dit par allusion alors que dans le film, le propos est encore plus brut donc choquant. Il a été censuré sous Nasser et autorisé sous Sadate, qui se présentait comme un dirigeant "libéral" contrairement à Nasser. Bien évidemment, il n'en était rien, et on est encore plus triste pour les EGyptiens en songeant que de Nasser à As-Sissi, c'est toujours la même tyrannie, les mêmes injustices, les mêmes tortures, et que tous les Egyptiens sont susceptibles d'en être victimes ...


La Belle du Caire
La Belle du Caire
par Naguib Mahfouz
Edition : Poche
Prix : EUR 7,10

5.0 étoiles sur 5 Renier tous ses principes ?, 29 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Belle du Caire (Poche)
Ce qui est intéressant avec Naguib Mahfouz, c'est que ses romans ne sont pas de simples histoires capitvantes et distrayantes : ils permettent également d'explorer la société égyptienne et de donner des leçons de vie, sans aucun jugement mais en invitant simplement à méditer.

Dans cet ouvrage, Naguib Mahfouz raconte l'histoire d'un étudiant pauvre prêt à bafouiller toute règle, convention, principe, pour arriver à ses fins. Il acceptera ainsi de se marier avec une jeune femme de "basse condition" qui a "fauté" avec "l'honorable" Qasim bey. En échange, il sera logé et obtiendra un bon poste ... Il devra 'juste' accepter de "partager" son épouse avec Qasim bey ...

Le décor ainsi planté en dit long sur l'ambiance du roman : jalousie, indignité, ingratitude, corruption, hypocrisie, perversité, superficialité, avarice, "course aux richesses". Le mal paye-t-il ? Est-il possible d'étouffer les appels de sa conscience ? Le jeu en vaut-il la chandelle ? Qu'est-ce qui compte dans la vie ?

Comme dans tous les romans de Naguib Mahfouz, on en ressort avec une profonde compassion pour l'être humain, malgré tous ses défauts, et également pour l'Égypte et les Égyptiens. On s'interroge sur ce qui pousse l'être humain à tomber dans les pires travers et on en conclut qu'il s'agit principalement d'un problème de faiblesse et d'ignorance, faiblesse de l'humain et faiblesse d'une société qui corrompt ses enfants. On déplore mais on ne juge pas.


La coquille : Prisonnier politique en Syrie
La coquille : Prisonnier politique en Syrie
par Moustafa Khalifé
Edition : Poche
Prix : EUR 9,00

1 internaute sur 3 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Ouvrir les yeux sur la dictature, 23 décembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : La coquille : Prisonnier politique en Syrie (Poche)
Moustafa Khalifé est un militant syrien des droits de l'homme. D'origine chrétienne, athée, il fut cueilli à l'aéroport à son retour de France, où il était partir faire ses études, et fut incarcéré dans la tristement célèbre prison de Palmyre, pour un "motif" absurde qu'il ne connut que 12 ans plus tard, à sa libération.

C'est le témoignage de ces 12 années infernales qu'il nous livre dans "la coquille". Entassement de plusieurs dizaines de personne dans une même cellule. Coups de fouet en allant chercher la soupe. Coups de fouets en allant à la douche, coups de fouets en en sortant. Une centaine de coups de fouets au hasard, lorsqu'un gardien décide de "pointer" un prisonnier de la cellule. Une centaine de coups de fouets lorsque le directeur de la prison décide d'appliquer une punition collective aux prisonniers. Famine organisée. Coups de fouets et sévices lors de la "promenade", prisonnier obligé d'en abuser d'un autre. Hommes paralysés, ou aveuglés par les coups de fouets. Humiliations diverses, crachats dans la nourriture, insultes. Exécutions.

Les prisonniers. Pour l'essentiel, des militants islamistes, très éduqués (beaucoup de médecins spécialisés, des ingénieurs, des avocats) et issus de milieux aisés pour la plupart. Une frange de jeunes radicaux. Parce qu'il a dit être athée, Moustafa Khalifé fut longtemps considéré comme un espion du régime, et méprisé pour cela. Il s'enferma alors dans une "coquille", où il observait le monde en ne parlant à personne. Heureusement, il put compter sur l'humanité des leaders de ces groupes, qui décidèrent de le soutenir et de le protéger contre ceux qui voulaient s'en prendre à lui, et allèrent, eux ainsi que leurs militants, jusqu'à s'opposer par la force à un leader radical récemment arrêté et qui avait décidé de s'en prendre à lui.

Ainsi, en décrivant ses codétenus, Moustafa Khalifé esquisse un début de description intéressant et nuancé des mouvements d'opposition en Syrie : des "communistes", militants de gauche, laïcs, d'une part, et d'autres part, des islamistes, parmi lesquels des cadres et des militants très éduqués et aussi humains, mais aussi des radicaux ultra-violents. Comme il l'explique, il y'a les radicaux, qui prônent l'usage d'une violence extrême et indiscriminée, mais aussi les politiques, les pacifiques, les membres de cercles soufis (le soufisme est la tradition spirituelle de l'Islam appartenant à l'Islam sunnite classique, "orthodoxe").
Les radicaux semblent surtout être des jeunes issus, contrairement aux autres islamistes, de milieux moins favorisés, et qui, en l'absence de leader manipulant leurs sentiments d'injustice et en profitant pour prôner la violence, sont capables d'avoir un comportement "normal", humain : "la plupart des radicaux sont jeunes et au fond plutôt bons et candides, tant que ne surgit pas un Abou Al Qa'qa ou un Abou Qatada !" (p.204).
Des observations à prendre en compte si l'on s'intéresse à la dramatique question de l'émergence et de la gestion de groupes radicaux dans ces pays soumis à un régime tyrannique et oppresseur, coupables de traitements aussi cruels que ceux décrits dans ce témoignage. S'il y'a bien une situation où il ne fait pas de doute que l'extrémisme est lié à un vécu réel de violence et d'injustice, c'est bien celle de ces pays soumis à des régimes despotiques. Tout en sachant que la plupart de ceux qui rentrent dans l'opposition ne tombent pas dans le radicalisme.

Une description intéressante est également donnée de ces terribles gardiens, coupables de si cruels sévices : ils sont recrutés parmi les prisonniers de droit commun. Sans aucune perspective autre que celle de la torture qu'on les force, au début, à perpétrer, ils s'enlisent peu à peu dans une impasse de cruauté dont ils ne voient plus comment sortir, et c'est ainsi qu'ils se transforment en ces bourreaux commettant avec "joie" les mêmes sévices qui les faisaient vomir au début. C'est le même processus pour ceux des bourreaux qui ont été recrutés parmi les jeunes faisant leur service militaire.

La solidarité et le courage. Un groupe de jeunes se porte systématiquement volontaire pour recevoir les coups de fouets à la place des autres. La nourriture est partagée équitablement. Lorsqu'un prisonnier reçoit des vivres de sa famille, tout est réparti équitablement entre l'ensemble des prisonniers (y compris le narrateur). De l'argent est réunir pour corrompre les gardiens, le directeur, et acheter des médicaments, soigner les maladies. Les noms des prisonniers exécutes sont retenus et mémorisés par coeur.

Pourquoi ces gens sont-ils en prison . Beaucoup, bien sûr, parce qu'ils s'opposent au régime, y compris lorsque leur engagement était pacifique. D'autres, parce qu'il fallait bien arrêter des gens, et qu'ils ont un jour été ramassés arbitrairement alors qu'ils vaquaient à leur occupation. D'autres parce qu'ils priaient et faisaient le Ramadan. D'autres parce qu'ils avaient un lien de parenté avec un syrien décrit comme radical. D'autres parce qu'ils se sont moqués du président.

Voici ce qu'est la dictature. Peut-on continuer à soutenir ce genre de régimes, et à faire nôtres les prétextes invoqués par les despotes pour justifier les répressions, juste parce qu'ils s'accordent tristement avec nos préjugés ? Combien faudra-t-il de récits, de témoignages, de chiffres, pour ouvrir les yeux ? Ces régimes sont à l'origine du chaos actuel. On prédisait leur "adoucissement", on en vantait les "bienfaits", on justifiait la répression qu'ils menaient : ils n'ont produit que violences, haines, radicalisme, et loin de s'infléchir, se sont mis à user d'une violence encore plus grande qu'auparavant pour se maintenir. Le cas syrien est un cas d'école. Espérons qu'il serve aux générations futures.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 4, 2016 9:35 AM CET


Au tribunal de mon père : Souvenirs
Au tribunal de mon père : Souvenirs
par Isaac Bashevis Singer
Edition : Poche
Prix : EUR 6,60

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Souvenirs de la vie juive en Europe de l'Est, 22 décembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Au tribunal de mon père : Souvenirs (Poche)
Isaac Singer décrit dans ce livre les épisodes pittoresques de son enfance dans le quartier juif où il a grandi, en Pologne. Son père, un rabbin respecté, était descendant de rabbin lui-même, sa mère était également fille de rabbins.
Les tranches de vie rapportées par I. Singer suscitent tantôt le rire, tantôt l'attendrissement, l'émotion, parfois tout en même temps. Il s'agit de l'histoire de gens simples, plutôt pieux en général, attachés à leur culture et qui ne demandent qu'à vivre paisiblement dans le respect de la Thora, ce qui ne se fait pas sans difficultés compte tenu des contradictions humaines et des problèmes cornéliens qui surviennent au quotidien ...
Quelques allusions sont faites à certains des bouleversements ou drames connus par la communauté juive d'alors : la précarité de la vie dans les shtetl, la guerre, l'antisémitisme, et aussi la montée en puissance des grandes idéologies qui suscitent parfois de vives controverses : la sionisme, l'assimilation, l'attente du Messie, l'éloignement du judaïsme de la part d'une certaine frange de la jeunesse juive.
Ce que j'ai particulièrement apprécié dans ce livre, c'est aussi cette façon de décrire la mentalité, le schéma de pensée de cette communauté juive "traditionnelle", de façon simple, sans jugement d'aucune sorte. Intéressant pour ceux qui souhaitent réellement s'ouvrir à un mode de vie différent.
Je laisserai le mot de la fin à l'auteur :

"Il y'a des gens sur Terre qui sont tous simplement nés bons. C'était le cas de Reb Asher le laitier. (...) Ce Juif simple qui avait bien du mal à étudier jusqu'au bout un chapitre de la Mishnah vivait sa vie toute entière au plus haut niveau moral. Ce que d'autres prêchaient, lui le pratiquait. (...)
Mais ce sont des Juifs comme lui qui ont été traînés dans les camps de la mort. Puisse ce livre de souvenirs lui servir de monument, à lui et à ses semblables, qui vécurent saintement et moururent en martyrs."


Islam de France, l'An I
Islam de France, l'An I
par Mohamed Bajrafil
Edition : Broché
Prix : EUR 16,00

9 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Intéressant et salutaire, 8 octobre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Islam de France, l'An I (Broché)
M. Bajrafil est docteur en linguistique et étudie les sciences islamiques depuis sa plus tendre enfance. Il a reçu une éducation islamique traditionnelle et a obtenu, entre autres, des ijazas (diplômes en sciences islamiques dont l'origine de la chaîne de transmission remonte aux débuts de l'Islam) en soufisme (la tradition spirituelle de l'Islam sunnite) et en fiqh shafi'ite (droit islamique selon la compréhension de l'école juridique shafiite, l'une des 4 écoles juridiques de l'Islam sunnite ). Il fait à ma connaissance partie de ceux qui détiennent le plus de diplômes dans ce domaine, parmi les imams de France.
Ainsi, si vous voulez connaître les positions d'un musulman "pur et dur", d'un imam versé dans l'Islam tout ce qu'il y'a de plus "classique" (et non pas une version "remaniée", qu'on pourrait dire "édulcorée" et donc "pas représentative de 'l'orthodoxie'"), ce sont ses interventions et ses écrits qu'il faut explorer.
Et vous remarquerez que tout "traditionnel" qu'il est, le professeur Bajrafil ne fait qu'inviter à la paix, à la citoyenneté, à cultiver son sentiment d'appartenance à la France et de solidarité avec les autres citoyens Français quelle que soit leur confession. Ce que je veux dire par là, c'est que c'est justement l'Islam authentique qui, de par son universalisme, constitue l'héritage qu'il faut mobiliser pour prôner la paix et l'amour entre les peuples et les compatriotes d'un même pays dans toute sa diversité et dans le respect total de ses valeurs, et donc en harmonie avec le cadre républicain pour ce qui concerne l'exemple de la France.

Dans ce livre, M. Bajrafil s'attache à démontrer la véracité de cette assertion (l'Islam bien compris est parfaitement compatible avec le cadre républicain, prône la paix, l'amour, la justice, et n'est pas du tout incompatible avec la laïcité pour autant que celle-ci reste fidèle à son esprit originel).

Dans le premier chapitre, M.B. Fait une présentation de l'Islam "pour les nuls", en détaillant le statut des Prophètes en Islam et les piliers de la foi islamique, ce qui s'avère intéressant par la suite de son propos car il introduit le fait que l'Islam ne met pas du tout en veilleuse l'esprit critique des musulmans et que même les Prophètes ont pu se tromper de bonne foi une fois sortis du cadre de la Révélation ... Alors que dire de l'avis de savants musulmans, aussi pieux et érudits soient-ils ?
Surtout, il s'étend sur la notion de shari'a, de jihad, de califat, et sur la reconnaissance et l'approbation par l'Islam des actions de justice quelle qu'en soit leurs sources, qu'elles viennent de dirigeants musulmans ou non-musulmans. De façon simple, en s'appuyant sur des exposés de théologiens musulmans (eux aussi des plus classiques et de toutes les époques et horizons) et sur des épisodes et paroles du Prophète Muhammad, le professeur Bajrafil démonte les clichés sur la question. Le jihad n'est pas violence arbitraire, aveugle et injustifiée, mais lutte contre ses propres défauts et stricte légitime défense (tout dépassement est un excès), la shari'a n'est pas oppression et tyrannie mais l'exact contraire, le califat n'est pas "obligatoire" et ne constitue en tout cas pas l'horizon indépassable du régime politique pouvant "convenir" aux musulmans, qui devraient de préférence vivre dans un régime non-musulman mais juste, et donc plus proches des valeurs de l'Islam qu'un régime dit musulman mais injuste et oppresseur.

Le deuxième chapitre est également très intéressant car il expose la tradition d'interprétation islamique de ces sources fondamentales de l'Islam que sont le Coran et la Sunna (ensemble des actes et paroles du Prophète Muhammad). M. Bajrafil y démontre que sont dans l'erreur ceux qui pensent qu'il n'y'a pas "d'interprétation" en Islam, ce qui est un cliché récurrent : le Coran délivre des principes fondamentaux (et parle d'ailleurs très peu de politique, comme expliqué en premier chapitre) et la Sunna est un exemple d'application du message coranique dans un contexte précis. Seuls sont éternelles les valeurs fondamentales prescrites par le Coran et mises en oeuvres par le Prophète, l'excellence du comportement, le bon caractère, les paroles de sagesse. Mais la façon de comprendre le message et d'en adapter l'application à notre contexte est évolutive et faillible car elle est le fait des hommes. Les fondateurs des 4 écoles juridiques de l'Islam sunnite l'avaient très bien compris et toutes ces écoles se respectaient (et se respectent) d'ailleurs entre elles, l'imitation de leurs avis sans créativité et esprit critique est une trahison de l'Islam et de l'esprit qui a animés ces mêmes grands savants et les a mené à produire l'oeuvre inestimable qui fut la leur . Oeuvre inestimable qui pose les bases d'une tradition d'interprétation et de compréhension riche et féconde, mais, qui, comme on le dit, est perfectible, car il s'agit d'un effort humaine et qu'il est possible de remettre en question sur les points qui ne sont plus adaptées à d'autres contextes. Le Coran et la Sunna sont les références de l'Islam, leur compréhension est sujette à évolution.
Dans ce chapitre, M. Bajrafil fait également une présentation simple et nécessaire de ce que sont historiquement le salafisme et le wahhabisme.

Les deux derniers chapitres constituent une sorte de profession de foi de l'imam Bajrafil où il réaffirme sa volonté de paix et de fraternité. Il consacre certaines parties de ces deux derniers chapitres à "détruire" par des arguments islamiques ce qu'il appelle à juste titre "l'hérésie antisémite" et à montrer en quoi l'Islam est compatible avec la laïcité et comment l'Islam est lui-même laïc à de nombreux égards. Il cite aussi des traditions prophétiques appelant à la paix et plaide pour la fraternité entre les civilisations, une diversité heureuse et un traitement équitable de tous les citoyens français.

Pour ma part, j'ai d'abord ressenti une légère déception car je m'attendais à un exposé plus fouillé, et j'aurais aimé que l'ouvrage se termine comme il a commencé : un plaidoyer en faveurs de valeurs universelles s'appuyant sur de solides références islamiques et une clarification de certaines notions islamiques déformées qui serait intéressante et utile tant pour des musulmans que des non-musulmans. agrémenté.
Ça me paraissait être un bon équilibre entre un livre qui serait trop "spécialisé" pour des non-musulmans et un livre qui serait trop élémentaire pour des musulmans.

En fin de compte, je pense que l'ouvrage a su répondre aux attentex de ceux que l'Islam inquiète en toute bonne foi : dans les deux premières partie, une argumentation islamique accessible à tous, portant sur les principales questions qui interpellent les non-musulmans ainsi que les musulmans, le tout exposé de façon claire et extrêmement simple et plaisante à lire.
Dans les deux dernières parties, une sorte de "profession de foi" plus personnelle, un exposé des valeurs en lesquelles croit le professeur Bajrafil et qui ne sont absolument pas en contradiction avec sa religion mais qui au contraire y trouvent leurs sources, et qui sont à mêmes de participer au bon "vivre-ensemble" de tous. Ici et là, des exposés plus érudits.

Je pense que les personnes qui ne sont pas musulmanes sont intéressées par les argumentations sur base des références de l'Islam, mais aiment aussi à entendre des discours éclairants et rassurants de la part de musulmans. De façon bien légitime, ce ne n'est pas tant l'argumentation qui les intéresse que l'acte en lui-même, c'est-à-dire ici la main tendue que représente un discours pacifique, fraternel et tolérant. Le professeur Bajrafil a su cerner ces attentes et y répondre. Son livre est court mais substantiel, particulièrement dans les deux premiers chapitres. Son style est correct sans être ampoulé ni même universitaire, c'est un imam qui s'adresse à ses concitoyens de tous les horizons, de façon directe, sans chichis, et pour autant sans paroles creuses mais avec un réel argumentaire.

Je mets 4 étoiles parce que même si je suis personnellement restée sur ma faim, je n'en pense pas moins que cet ouvrage fera beaucoup de bien à ses lecteurs quels qu'ils soient. Le musulman apprendra selon moi beaucoup de choses aussi, il sortira de sa lecture éclairé et armé de références solides sur de nombreux points cruciaux, ce qui l'invitera à une démarche encore plus poussée de fraternité, de paix et de respect.
Le lecteur non-musulman y puisera quantité d'informations d'une grande importance sur l'Islam qui sont à mêmes, selon moi, de réellement éclairer sa compréhension du fonctionnement de cette religion de façon plus fructueuse et apaisante. De plus, il aura le plaisir de lire de la part d'un imam "représentatif", c'est-à-dire tout ce qu'il y'a de plus "orthodoxe", un discours vecteur de paix et de meilleure compréhension mutuelle.

Un très bon travail que j'aimerais voir approfondi, avec toujours cette accessibilité, ce franc-parler et cette manière simple de délivrer un grand nombre d'informations fondamentales et éclairantes non-seulement pour les lecteurs non-musulmans mais aussi les musulmans.


Auschwitz : Les nazis et la "solution finale"
Auschwitz : Les nazis et la "solution finale"
par Laurence Rees
Edition : Broché
Prix : EUR 21,80

7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Complet mais manque à mon avis de rigueur, 9 mars 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Auschwitz : Les nazis et la "solution finale" (Broché)
Le titre est parfaitement représentatif du contenu du livre, Auschwitz, les nazis, et la solution finale.

Premièrement, l'aspect"Auschwitz" : le fonctionnement et la "vie" du camp sont décrits de façon détaillée.
Deuxièmement, l'aspect "les nazis" : les changements dans la gestion et la conception du camp en fonction de l'évolution de la politique nazie sont très bien expliqués.
Troisièmement, l'aspect "et la solution finale" : l'étude du camp d'Auschwitz est inscrite dans une observation globale et résumée de la plupart des aspects de la Seconde Guerre Mondiale, à savoir les ghettos, les camps, la stratégie militaire et politique, le contexte d'émergence du fascisme et du nazisme, la fin de la guerre.

Le tout est exposé de façon claire et captivante, et est émaillé de nombreux témoignages qui rendent l'exposé encore plus intéressant.
Ce que je n'ai pas apprécié, c'est le fait que l'auteur ait toujours besoin de rappeler à quel point ce qui est décrit est terrible, atroce, ou à quel point les nazis sont inhumains, et incohérents de surcroît, à la longue ça nuit à la réflexion personelle sur les faits qu nous sont présentés, aisser le lecteur réfléchir tout seul passe aussi par la forme de l'exposé et un ouvrage historique se doit d'être le plus neutre possible, quelque soit le sujet présenté, point.
A un moment, ce manque de distance, de neutralité, est tel que l'auteur se permet de donner son appréciation sur le témoignage d'un prisonnier russe qui raconte qu'il a étouffé un prisonnier qui ne voulait pas lui rendre sa place assise. En substance ça donne :"quand même c'est grave qu'un prisonnier qui a souffert se mette lui-même à en tuer un autre". Ce n'est pas un livre sur la psychologie des prisonniers face à l'épreuve de la survie et de la détention et je pense que l'analyse de ce témoignage mérite un propos un peu plus complexe que ce jugement péremptoire ...
Bref, il faut rester dans le sujet de son livre, pour le reste il faut être neutre, l'analyse personelle ne doit transparaître que sur base d'une analyse détaillée des faits pertinents pour comprendre le sujet du livre. Cet impératif n'est pas toujours respecté dans ce bouquin.

A part ces quelques égarements qui ne nuisent pas à la substance de l'exposé, le livre permet d'avoir une approche générale de la problématique des camps de concentration via l'étude détallée du camp d'Auschwitz et une description suffisament complète du contexte historique. Bien adapté pour les lecteurs qui n'ont pas approfondi le sujet du fonctionnement "technique" des camps et de leur inscription dans la politique nazie.


Muhammad vie du prophète : Les enseignements spirituels et contemporains
Muhammad vie du prophète : Les enseignements spirituels et contemporains
par Tariq Ramadan
Edition : Poche
Prix : EUR 7,65

15 internautes sur 22 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Excellente idée, biographie à l'usage des musulmans et non-musulmans., 19 février 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Muhammad vie du prophète : Les enseignements spirituels et contemporains (Poche)
Je me suis souvent demandée comment on pourrait rendre plus efficace l'apprentissage de l'islam chez les musulmans.
Faut-il commencer par apprendre l'arabe (pour lire le Coran dans le texte), ou le contexte de révélation des sourates du Coran, ou les hadith (les dires du Prophète Muhammad, paix sur lui, afin d' avoir une approche pratique) ?

Dans son introduction, Tariq Ramadan explique que selon lui, la biographie du Prophète constitue une bonne initiation à l'islam, et je pense qu'il a raison. Quoi de plus logique, étant donné qu'il faut s'inspirer du Prophète pour avoir un exemple dynamique et concret de ce que doit être la pratique de l'islam ?

Ainsi, tout en se fondant sur les sources classiques et unanimement reconnues pour ce qui est du déroulement des faits, Tariq Ramadan innove dans son approche de la vie du Prophète puisqu'il accompagne l'exposé des faits de réfléxions très intéressantes sur les leçons spirituelles/humanistes qu'on peut en tirer
Pédagogie, emphatie, compassion, respect de soi-même, respect des autres malgré leur religions ou origines différentes, respect de la nature, rejet des jugements a priori des choses et des gens, exhortations à la patience, à l'humilité ... Tels sont les grands enseignements mis en avant de façon concrète et instructive par cet ouvrage.

Les leçons spirituelles à tirer de la vie du Prophète pourraient remplir plusieurs livres en fonction de ce sur quoi on veut mettre l'accent, ou de sa manière de percevoir les choses, il faut retenir que toutes sont la traduction d'un seul message : la dignité.
Ainsi, au-délà des leçons mises en avant par M. Tariq Ramadan dans cette biographie, il s'agit surtout ici d'une invitation à la quête de sens dans notre approche de la vie en général et de l'islam en particulier : pourquoi tel verset, pourquoi tel comportement, pourquoi telle épreuve, pourquoi le pourquoi ? Si la science sans conscience n'est que ruine de l'âme, il en est de même pour la religion, et ce livre nous montre que la religion assortie du respect de sa conscience éclaire chaque évenement et chaque rencontre de la lumière divine, au nom de la dignité de tous les êtres vivants.

Pour finir, je rajouterais que ce livre est vraiment très bien écrit. Il ne s'agit pas seulement d'écrire correctement , dans ce livre en particulier de T. Ramadan , c'est à un réel style qu'on a affaire, au-délà de la syntaxe et de la construction grammaticale. La cerise sur le gâteau pour ce livre passionnant et consistant tant dans le nombre de pages que par ses multiples enseignements : un ouvrage qui fait partie de ceux dont on sort heureux en fin de lecture .


Mon intime conviction
Mon intime conviction
par Tariq Ramadan
Edition : Poche
Prix : EUR 7,65

2 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Introduction simple mais brillante, 19 février 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mon intime conviction (Poche)
Pour un public qui n'est pas très au fait des questions diverses liées au fait religieux, les propos de M. Tariq Ramadan sur l'Islam et la laïcité peuvent être difficiles à comprendre.
Difficulté accrue si on prend compte des préjugés et des calomnies qui entourent la personne ddu professeur à Oxford ( à mon estime, un intellectuel brillant et bel et bien honnête et cohérent, même si je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il dit) . C'est précisément dans le but de mettre les choses au clair que "Mon intime conviction" a été écrit. Il s'agit de résumer de façon claire et compréhensible la pensée de Tariq Ramadan sur la religion islamique et sa place dans la société occidentale.

Vous avez envie de mieux comprendre la réalité de la place de l'islam dans la société, ou tout simplement de comprendre la teneur de la pensée de M. Ramadan sans avoir forcément lu tous ses livres ou écouté quelques-unes de ses conférences ? Ce livre est fait pour vous.
Il aborde ai début les thèmes du double discours qu'on lui attribue, avant d'enbrayer sur la question de l'identité européenne des français/belges/anglais etc. musulmans (qui sont bel et bien des européens comme les autres, parfaitement intégrés), le piège de la diabolisation de l'Autre, l'erreur des analyses ethniques des problèmes sociaux, les chantiers qu'il reste à mener pour ce qui concerne le vécu de l'islam et son instrumentalisation dans les sociétés instables et/ou qui ne sont pas démocratiques.

Je le dis tout de suite : il se peut que ce livre ne vous apprenne rien que vous ne sachiez déjà, mais il peut aussi offrir une ouverture et des clés que vous ne manquerez pas de trouver tout à fait pertinentes quant à leur principe.
Pour les manière de faire ou les approches pessimistes/optimistes (ce livre est plutôt optimiste) , on sera d'accord ou pas mais cela est finalement secondaire, le plus important dans un premier temps est de s'entendre sur les valeurs essentielles de la dignité humaine et de la rencontre des civilisations. Pourassainir le débat, et d combattre les clichés, instrumentalisations et essentialisations laïcardes et/ou xénophobes et musulmanophobes.

Bref, à tout ceux qui sont intimement convaincus que ce sont des réponses complexes et nuancées qu'il faut apporter à des problèmes complexes et nuancés, malgré qu'on voudrait les réduire à un binarisme manichéen, ce livre sera d'une grande utilité : il offre à ces réponses un support clair, sur lequel on peut revenir plusieurs fois, à son rythme, bref, dans les meilleures conditions pour les comprendre. Et il constitue aussi une invitation à l'ouverture, à l' humilité et au véritable respect mutuel (le "je vous accepte quelque soit votre cooculeur de peau ou votre religion ... mais il faut que vous me ressembliez" n'est qu'un nouveau racisme).

Je conseille de l'emprunter ou à la limite de l'acheter pour l'offrir car comme je le dis dans le titre de ce commentaire, ce livre est surtout une confirmation ou une introduction à une réfléxion très large dont seuls les grands principes sont exposés ici.
Je mets donc 5 étoiles pour mon adhésion totale à la pensée exposée ainsi que pour la clarté du propos et le choix judicieux des thèmes qu'il fallait présenter ici, mais je mettrais 3 étoiles pour le rapport qualité/quantité (la qualité est grande, la quantité non) car c'est un petit livre fait pour clarifier, synthétiser, démystifier, rendre accessible, mais ce n'est pas un approfondissement et il faut en tenir compte en fonction de ce qu'on recherche.


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