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5.0 étoiles sur 5
Un testament de pure poésie, 5 août 2011
Des chansons d'une infinie mélancolie, des reprises en forme d'amusement, des bruits du quotidien (le choc d'une bouteille, de légers rires) donnent à cet album un cachet particulier. Car ici, nous mettons un pied dans la maison familiale des Drake.
On perçoit cette famille, unie autour du fils le temps d'une session, commentant les enregistrements à la fin des morceaux, et participant même (sur trois titres) d'une façon fort honorable.
Au contraire de ce que j'ai pu lire ailleurs, je trouve que la version d'"All My Trials" est stupéfiante d'émotion et de complicité entre Nick et sa soeur. N'oublions pas qu'il s'agit ici d'enregistrements privés. Les deux titres avec Molly, sa mère sont empreints d'une nostalgie qu'on imaginerait presque prémonitoire...
Ce qui frappe dans cet album, c'est le dépouillement absolu de certains titres. Essayez de ne pas être parcourus de frissons à l'écoute de "They're Leaving Me Behind" (de sa composition) ou de la magnifique reprise de Jackson C. Frank "Milk And Honey". Ici, dans ces arrangements minimalistes, s'exprime le jeu de guitare si particulier de Nick Drake.
Mais d'autres perles vous attendent, comme "Sketch 1", où comment un petit air d'une minute à peine et qu'on dirait bricolé d'un seul jet un soir de pluie peut vous rester longtemps dans la tête voire même vous réveiller la nuit...
Les reprise plus blues sont intéressantes à écouter, notamment pour la guitare toujours impeccable et inventive de ND et apportent à cet album un peu de gaieté...
Car l'effet pervers de cet album est double. D'un côté, vous pouvez, vous DEVEZ l'écouter plusieurs fois ou dizaines de fois pour en capter toujours un peu plus les subtilités et les fulgurances géniales. D'un autre côté, beaucoup d'amateurs de Nick Drake pourront sans doute vous le dire : une écoute trop prolongée peut avoir une fâcheuse tendance à vous tirer... vers le bas.
Mal dans sa peau, insomniaque, de plus en plus dépressif, ND transmet par sa voix, ses mélodies et ses textes à la fois son mal-être et son génie.
Ici, au sein des siens, transparaît par endroits une sérénité inattendue qui ne se départit pourtant jamais totalement de cette mélancolie.
"Chaque homme est un abîme, on a le vertige quand on se penche dessus" nous dit Georg Büchner dans sa célèbre pièce "Woyzeck".
Chez Nick drake, cette phrase prend tout son sens.
Une œuvre saisie à vif, authentique et d'une beauté renversante.