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StarChild - Destination Rock (France)

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Rocks
Rocks
Prix : EUR 6,99

9 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Diamants éternels..., 22 décembre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Rocks (CD)
Bien avant que le groupe ne se brade pour des motifs aussi peu louables que la rentabilité et la facilité radiophonique, il fut un temps, une époque durant laquelle Aerosmith fut le hard rock. Un hard rock trempé de blues. Bourré de feeling comme s'il en pleuvait. Pourtant rien ne fut facile pour les cinq de Boston. Tout d'abord, il y eu le circuit des bars et des campus. Ensuite, l'improbable comparaison avec les Stones dont il fallut se défaire malgré soi. Enfin, il y eu la rencontre avec Jack Douglas sur l'album Get Your Wings. Une rencontre qui allait tout changer. Tant pour la mise en profondeur du son du groupe, que pour une certaine sophistication des compositions... Mais revenons à notre sujet, car cela est déjà de l'histoire ancienne. En effet, précédant Rocks, l'inattendu Toys in the Attic vient de prendre tout le monde de court. Sweet Emotion, Walk this Way, Uncle Salty ou No More No More portées par une section rythmique au groove hypnotique viennent de propulser l'Aero au sommet des Charts américains. Cinq ans de travail acharné, pour enfin la gloire. Cet instant exaltant. Hors du temps, durant lequel tout est encore possible. Pour autant, l'état de grâce ne dure qu'un moment. Et bien que le succès commercial soit au rendez-vous, il faut confirmer. Aussi, après s'être amusé avec quelques jouets dans le grenier, il appartient désormais au groupe d'aller jeter un oeil sur ce que font les rats dans la cave.

Toys avait pris le parti de jouer sur la lumière. Rocks joue sur la noirceur. Poudre et noirceur, pourrait-on dire. Car depuis un moment Steven Tyler et Joe Perry se sont mutés en toxics twins. Néanmoins, ce n'est que sur le prochain album que les effets secondaires se feront vraiment sentir. En attendant, Kiss, Journey et le Boston de Tom Scholz n'ont qu'à bien se tenir, puisqu'un disque sur lequel figurent cinq diamants va tout balayer sur son passage. Tourmenté, dense, sophistiqué, Rocks est avant tout une sorte de matrice originelle. Un pas franchi vers l'inconnu dont on se demande s'il pourra être renouvelé. En fait, l'élément central de cet enregistrement, hormis la classe folle de chacune des séquences qui le compose, c'est avant tout un son. A la fois sombre et irradiant. Presque charnel. Un son doué d'une présence physique quasi palpable. Exactement ce qu'il fallait à la musique des Dupont Volants pour que celle-ci s'élève à une autre dimension. Néanmoins, l'enveloppe ne fait pas tout. Encore faut-il que la qualité d'écriture soit au rendez-vous. A cette question, tous les titres gainés par cette étrange matière vont répondre présents. Mieux que cela même ; ils vont s'ériger en maîtres absolus et infuser dans l'esprit de toute une génération de futurs musiciens. Pour l'exemple, parmi d'autres, on soulignera que c'est une rencontre fortuite avec cet album qui décidera de la carrière d'un certain Saul Hudson.

Débordant de maturité, Rocks est définitivement un de ces grands moments où l'envie prend le pas sur toute notion de calcul. Que ce soit sur Back in the Saddle, Sick as a Dog ou Nobody's Fault, tout est question de guitares. Celle de Joe Perry principalement. Parce que mise en avant. Décisive. Au demeurant, à l'écoute, on remarquera que les crédits se doivent d'être partagés avec Brad Whitford. Celui-ci repoussant sans cesse le soliste dans ses derniers retranchements. D'ailleurs, leur complémentarité est telle que dans l'euphorie électrique de Rats in the Cellar, bien avisé celui qui pourra en démêler l'écheveau. Des guitares, soit. Mais également une voix. Une voix polymorphe pourrait-on dire, tant elle se facette à l'envie en passant du simple feulement au jaillissement le plus intense. Derrière ce chant, Steven Tyler. Bien autre chose qu'un simple chanteur. Une âme. Une présence. Celui par qui passe l'émotion. Qu'elle soit exaltée ou amère comme sur l'inévitable Last Child. Et puis, il y a Tom Hamilton et Joey Kramer. D'un côté le groove, de l'autre l'énergie. L'omniprésente charpente d'un Combination embrasé à un Get the Lead Out funkysant. Braver les interdits, pousser son hard rock vers le côté obscur du heavy, l'Aero vient de le faire. D'ici peu, l'objet volant va devenir un roi que personne ne pourra nier. Et dire que tout commença dans l'arrière boutique d'un marchand de glaces pour échouer sous des tonnes de poudre blanche.
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50 Words For Snow
50 Words For Snow
Prix : EUR 9,98

6 internautes sur 21 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Service minimum..., 6 décembre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : 50 Words For Snow (CD)
Dans la foulée d'un Director's Cut qui avait fait passer du réchauffé pour une lanterne, Miss Babooshka revient aux affaires avec moon boots et chapka. Nouvelle tendance, le sillon se veut introspectif. Epuré. L'approche de l'hiver, sans doute. Un hiver qui débute ganté de blanc sous le minimalisme d'un Snowflakes aussi soporifique qu'une mauvaise grippe. En effet, Kate ne chante plus. Elle égrène. Susurre. Sur l'instant, Le trouble est immédiat. Insidieux. La queue de comète d'Aerial semblant être passée par là. Tombe la neige et elle te reviendra en pleine gueule, disais l'autre. En fait, c'est exactement ce qu'il se passe dans cet album destiné au ralentissement de nos ondes cérébrales. Le minimalisme contemplatif vient de remplacer le côté arty. Pire, le cocooning est devenu matière première. Voyons les venir avec leurs gros sabots lestés de neige les aficionados bons teints qui vous diront que cet album se compose de plages hivernales, amples, terriblement sensuelles et narratives. Ils auront raison. Raison de la fin d'une aventure qui avait placé le design, la collision des mots comme label de qualité. L'orchestration dépouillée peut bien donner le change ; Kate Bush a décidé de faire dans l'immobilisme abstrait. L'épure, histoire que les diverses températures fassent leurs petits chemins dans nos cortex immatures.

Bien sûr, la voix a changé. Elle se développe délibérément dans les graves. Bien sûr, les étonnants cristaux de glace qui émaillent chaque séquence feront leur petit effet. Mais, pour les autres, que restera-t-il de ce traitement onirique qui faisait nos rêves ? De cet anticonformisme séduisant qui bâtissait des ailes à notre quotidien. Rien. Ou si peu. Pourtant l'idée de créer plusieurs entités en brassant de la neige est intéressante. En effet, comment survivre à l'amour d'un bonhomme carbonique dont l'inexorable fin s'apparente à une simple flaque ? Kate, vous nous surprendrez toujours. Cependant, là où le flocon sèche, ce n'est certainement pas sur l'éphémère, mais sur l'absence de surprise que nous réserve l'ensemble. Comme par exemple, lors de la facilité d'un 50 Words for Snow plus que confondant, bien que son approche rythmique soit d'une justesse irréprochable. La guerrière a disparu, soit. On aurait mauvaise grâce à le lui reprocher. Néanmoins, que reste-t-il de l'ivresse de nos sens ? De cet état transitoire dans lequel nous laissait une chanson telle Never Be Mine. Aujourd'hui, cette orfèvrerie mise à part, que faire de ce disque coin du feu qui fera bientôt poussière dans tous les sweet home de vos admirateurs ? À la rigueur, seul Misty semble pouvoir sortir la tête de ce lac gelé. Lake Tahoe également, même s'il s'avère le parfait contrepoint de Sea of Honey.

De la profondeur. Pour certains, voilà le maître mot qui sera le plus répété suite à l'écoute de ce nouvel éclat de givre. Mais que savent-il de la profondeur ? De cette marche en notre âme qui bouscule le sacré ? Si peu de choses, qu'ils se contenteront de ces quelques pâles blancheurs en oubliant le mystère visité. En général les premiers flocons atterrissant sur terre sont charmants. Au bout d'une demi-heure, ils gonflent déjà. C'est précisément là que se rejoignent ce disque et ce phénomène naturel. A la longue, on s'ennuie. On se perd en espérant une éclaircie. Un sursaut climatique. Hors, confrontés à nous-mêmes, celui-ci ne vient jamais. Telle une chimère en déroute, le voyage devient pesant. Désincarné. Un monde s'est ouvert, mais il sombre rapidement dans son propre abyme. Tout est périssable, furtif, provisoire ; cela nous le savions déjà chère Kate. Encore aurait-il fallu que vous en preniez la mesure et non les chemins de traverse. Nous convaincre autrement qu'avec Elton John sur Snowed in At Wheeler Street. Toutefois, cette nouvelle voix est intéressante. Elle a le mérite de tracer de nouvelles courbes. Souvent proches de l'intime. On dirait que la maternité vous a changé. Auriez-vous bien d'autres choses à nous dire ?
Vivement la fonte des neiges.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 30, 2011 6:55 PM CET


By A Thread
By A Thread
Prix : EUR 12,17

4.0 étoiles sur 5 Blues protéiné..., 5 décembre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : By A Thread (CD)
Ici pas de pensum masturbatoire. Juste de la tonicité, de la technique. Il faut dire que Warren Haynes n'en est pas à son coup d'essai. L'homme a déjà tant de batailles derrière lui (Allman Brothers Band, The Dead) qu'il ne jure plus que par la promesse tenue. Naturellement, chez Haynes l'expérimentation est une seconde nature. Aussi, lorsqu'il crée Gov't Mule, en référence à la loi non appliquée par Johnson (suite à l'assassinat de Lincoln) qui promettait aux esclaves « 40 acres et une mule », c'est d'honnêteté, de simplicité et d'humanisme musical dont il va s'agir. D'improvisation également. Mais cela, il faut l'avoir vu sur scène, sa terre d'exil, pour en être définitivement convaincu. En fait, avec sa voix proche de la déchirure, une guitare lascive à tendance turbulente, Warren aime à fouiller le blues là où on ne l'attend pas. L'homme est un puriste également. S'il considère la technologie à sa juste valeur, il préfère la prise directe lorsqu'il rentre en studio. La spontanéité faisant le reste. De plus, chose rare chez un guitariste de son envergure, Le Man in Motion sait aussi s'effacer au profit de la seule chanson. La classe, en somme. Une classe que l'on retrouve immédiatement dans ce quinzième volet (si l'on excepte live et best of) dans lequel il nous interroge sur l'avenir de notre planète, voire sur nous-mêmes.

A première vue, la Mule reprend la main là où Dose avait chauffé les braises du mainstream à blanc. Il y a du Hendrix, du Gallagher, sous les cordes de Warren Haynes. Du sud plombé tout autant. Surtout, lorsqu'avec Billy Gibbons - que l'on n'avait pas vu à pareille fête depuis Rythmeen - les deux compères nous servent un Broke Down On The Brazos aussi épineux que le soleil du Texas. Pour autant, cette entame refroidie, bien mal venu celui qui pourrait s'attendre à une quelconque redite sur les morceaux à venir. En effet, il n'y en aura pas, car l'univers qui nous est proposé va bien au-delà du simple hommage aux anciens. Pour preuve, il suffit de se laisser porter par Inside Outside Woman Blues, pour comprendre que chez Gov't Mule le terrain de jeu n'est jamais balisé. Ni figé, comme par exemple, lorsque d'inattendus flamands roses viennent se poser sur l'intro de Monday Mourning Meltdown. Toutefois, s'arrêter à ces seules exemples serait réducteur, tant l'aventure est constante d'une piste à l'autre. À l'écoute, chaque titre, chaque exercice musical recèle de nouvelles protéines qui se nourrissent les unes des autres. Ainsi, dans un album où le moindre détail compte, rien d'étonnant à ce que l'on découvre çà et là, au détour d'un coucher de slide ou d'une wah-wah seventies, de singulières teintes progressives et autres flirts jazzy.

Un peu comme pouvait l'être Robin Trower, Haynes est un aventurier. Son rock, son blues, il ne le récite pas. Il en fait une matière noble. Vivante. Contemporaine. Une matière dont la composition lui échappe autant qu'à nous, puisqu'elle reste toujours à écrire demain. Alors que certains mauvais prêcheurs pensaient le sud moribond. Sa géographie ensommeillée. By A Thread lui invente de nouvelles frontières. Par ailleurs, si besoin était, on pourra noter l'extrême implication de chaque musicien dans ce disque métissé. Souligner le jeu solide, mais toujours inventif, d'un Matt Abts que l'on pourrait situer entre John Bonham et Jeff Porcaro. Mais là encore, c'est en live que l'on se rendra mieux compte de la qualité de chacun. Néanmoins, au terme de ces onze pistes, qu'il semble loin l'épisode reggae du précédent chapitre de l'entreprise Gov't Mule. On pourrait même le situer à des années lumière de cet attachant Railroad Boy, dont l'essence celte rencontre l'électricité d'un certain dirigeable. Sans conteste, Warren Haynes est un grand musicien. Dans la vie, un homme attachant. Pour lui, il semble que le blues soit perçu telle une plante-mère. Une plante qu'il a décidé d'exposer à d'autres chaleurs. Juste pour cela, ce soliste mérite que l'on se penche sur son travail. Comme par exemple, se laisser pénétrer par ce disque, jusqu'à le laisser grandir en soi.


News Of The World - Remasterisé 2011 (2 CD - Titres bonus inédits)
News Of The World - Remasterisé 2011 (2 CD - Titres bonus inédits)
Prix : EUR 14,98

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Créme de lèse majesté, 24 novembre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : News Of The World - Remasterisé 2011 (2 CD - Titres bonus inédits) (CD)
1977 NEWS OF THE WORLD ... Crème de lèse majesté...

Terminées les journées aux courses et autres soirées à l'opéra comique, pour Queen l'heure est maintenant au changement de ministère. Cependant, toujours fidèle à un protocole bien orchestré, si renouvellement de gouvernance il doit y avoir, ce sera en faisant fi du crachat punk et de ces quelques tabloïds qui la prédisent à terme déchue de son trône. La Reine n'aime pas qu'on lui dicte sa conduite. Elle revendique l'indépendance. Donc, il n'y aura pas de concession faite à la mode du moment. Peut-être juste un clin d'aeil. Histoire de se montrer bienveillante envers ces jeunes trublions qui revendiquent le no futur. Pour l'image, Roger Taylor a déjà sa petite idée en tête. Grand amateur de science fiction, c'est lui qui impose ce robot géant au regard perdu (à partir d'une illustration de Frank Kellys Freas) tenant dans sa main de fer les corps sanguinolents des membres du groupe. Graphiquement, la rupture avec la préciosité des précédents albums est consommée. Il en sera de même musicalement. En effet, l'emphase est abandonnée au profit d'un rock résolument plus direct, plus moderne. Une mutation très réfléchie, sans aucun doute. La reine est morte : vive la reine ! Issue de la tradition, cette phrase prend ici tout son sens dès les premières mesures martelées d'un We Will Rock You prophétique. Prophétique, car il traduit manifestement la volonté et l'ambition du groupe sur le moment : conquérir les masses et prendre d'assaut les Charts qui n'attendent que cela.

Néanmoins, pour que son pouvoir ne soit pas contesté, sa majesté ne va pas se cantonner à un seul hymne fédérateur, mais deux. En fondu enchaîné, votre grâce, histoire qu'il n'y ait pas de contestation possible. Un tandem qui deviendra nauséeux à force de se prostituer sur tous les stades et autres films publicitaires. Ainsi, en quelques années, c'est avec regret que l'on verra passer We Are The Champions du statut de chanson prégnante à slogan du 20ème siècle. Affligeant. Pour autant, laissons là ces constatations pour le moins amères, car d'autres séquences sur News Of The World peuvent légitimement se prétendre de sang royal. A commencer par Sheer Heart Attack, une véritable claque sonore qui prouve ici tout son à-propos cardiaque face à la déferlante punk qui pensait être la seule autorisée à pulvériser les codes établis. Un titre rescapé de l'album du même nom, plus l'effet larsen en doigt d'honneur, c'est une chose. Néanmoins, n'oublions pas que Queen est avant tout une formidable machine à explorer les genres. Voire à en inventer. Prenons par exemple, l'anachronique Get Down Make Love. Que dire à l'écoute de cette chanson sexpérimentale, si ce n'est que le quatuor esquisse déjà l'orientation synthétique des albums à venir. Sur le coup, les fidèles de la cour sont décontenancés ; à l'appui de ces deux nouveaux titres, la reine baroque vient de faire son coming out. Reste maintenant à savoir, s'il subsiste quelques reliefs dignes de son récent passé.

Cela, c'est John Deacon qui va nous l'offrir en nous invitant à l'Emerald Bar. Certainement une des plus belles chansons du groupe, Spread Your Wings possède un charme immédiat, un pouvoir émotionnel très puissant que l'on doit à surtout à un refrain irrésistible et un final irradié. On le savait déjà, la musique possède un réel pouvoir thérapeutique. De fait, avec le temps, ce morceau deviendra le cataplasme de tous les nostalgiques d'une certaine insouciance. Par ailleurs, parlons-en du temps. De l'influence du souvenir. De cet instant où l'homme se confronte à sa vulnérabilité. Qu'en faire lorsque l'on est musicien, si ce n'est une chanson ? Pour Brian May, ce sera donc, All Dead, All Dead, qui en sera les mots. Une jolie ballade à la McCartney dans laquelle il nous confie son désarroi face à la perte d'un être cher. Une ombre que certains aiment apparenter à une femme, bien qu'il s'agisse en fait d'un chat ayant marqué son enfance. Quoi qu'il en soit, porté haut les choeurs par une guitare aux élans symphoniques, cet autre titre n'a rien d'un crime de lèse majesté. Bien au contraire. Parce qu'au-delà de sa singularité, il démontre dans quel état d'esprit fut construit News Of The World. C'est-à-dire, un espace partagé où chacun aura pu s'exprimer. Un éclectisme qui se verra confirmé par Jazz et les productions suivantes. En attendant, calypso, rock ou Melancholy Blues superbement interprétée par un Freddie Mercury plus bateleur que jamais, ces nouvelles du monde vont être portées à la une d'ici quelques semaines. Remarque : les gros titres n'ont jamais fait peur à la Reine.


Back from World War III
Back from World War III

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Fondu enchaîné..., 11 octobre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Back from World War III (CD)
Sorti dans le plus total anonymat, sous l'égide d'un label tout aussi confidentiel, Back From World War III est une décharge d'énergie brute aussi inconnue qu'elle est essentielle. Imaginez un disque brûlant, doué d'une grâce psychotique qui remonte directement au cerveau et vous tenez là le parfait exemple de diamant originel que tout amateur du MC5, des Stooges, de l'Airplane ou du papillon de fer se doit de connaître. Malheureusement, car il y a un mais, bien heureux soient les possesseurs actuels de l'édition vinyle comme du cd, car aucune réédition ne semble se profiler à l'horizon depuis plusieurs années. Dommage. Vraiment dommage, parce que faire découvrir cet album est une mission d'utilité publique. En effet, très peu d'expériences musicales (sonores pourrait-on dire) peuvent se targuer d'être aussi actives sur l'auditeur avant et après emploi. Cependant, déclinons un instant son histoire avant d'entrer dans le vif du sujet. Enregistré lors de diverses sessions s'échelonnant de 1996 à 1999, BFWWIII ne voit le jour sous nos contrées que deux ans plus tard. A ce même moment, la trajectoire de Jack Meatbeat and The Underground Society est déjà sortie de son orbite : le groupe n'existe plus. Reste une météorite. Une griffure incandescente en laquelle de nombreux fidèles y voient toujours l'objet du culte.

Avec ce disque, pas le temps de faire une pause. Tout y est inscrit en fondu enchaîné. Un peu comme si chaque giclée de magma, chaque larsen était libre de passer d'un titre à l'autre au gré de son envie. Pas de ponctuation, donc. Juste de l'envie allant parfois jusqu'au bruitisme. Blues, garage, psyché, folk... l'énumération semble sans fin tant le mélange est bouillonnant. Ainsi, d'une lave à l'autre, se côtoient l'esprit d'Hendrix (Back In The Delta) au punk le plus sauvage (Stay And Dance). Fil conducteur, les Stooges sont omniprésents. Les montées en trip et descentes d'acide impressionnantes (Hotel Escobar). Même sur les pistes les plus modérées, l'incident électrique est en embuscade (Cosmic Power). En 48 minutes ininterrompues, Jack Meatbeat and The Underground Society transporte le rock là d'où il n'aurait jamais du sortir ; au fond du garage. La jouissance débridée en sus. Question artificiers, si tous brûlent définitivement leurs calories sans compter, Speedo Martinez s'impose sérieusement comme prétendant à la réincarnation de l'iguane. Iggy avait laissé Fun House en chantier, l'argentin en remet une couche sur les cendres. Sa voix est toxique, vénéneuse. Aussi suffocante que les guitares sont puissantes d'agressivité. Des guitares carnivores, mordantes, éruptives, toujours bardées de delay, flanger et autres subtilités.

On l'aura comprit, les ravages de l'industrialisation du rock n'ont aucune prise sur ce disque. Tout y est violemment inscrit dans l'urgence (Magnetic K.O.). À l'évidence, on est carrément dans la veine d'un groupe multi influences, genre Jon Spencer Blues Explosion. Un autre pyromane adepte du bordélique furieux et décalé. Sur scène, pour le peu que l'on puisse en voir, Jack Meatbeat and The Underground Society sent la foudre, l'animal à jamais apprivoisé. Et puis, quelle ivresse ! Quelle excitation de se sentir renversé par les fantômes du Voodoo Child, de Can, de toute cette singulière famille qui avait mis l'aventure rock au dessus de toute considération mercantile. D'accord, la production peut laisser à désirer et il est confirmé que le chemin de croix qui le mènera à son acquisition sera long. Pour autant, une chose est certaine, il faudra mériter cette transe musicale qui ne refroidit jamais. Mériter la crudité de ses guitares, comme l'insolence positive qui se dégage de chaque titre. Car Back From World War III est un cas à part. Son refus de l'artifice et de l'édulcoration fait sa matière. Une substance sans concession (Brainwash Time) qui à sa manière nous propose un autre regard sur l'avenir du rock. Un futur dans lequel des amazones chevauchent des panthères noires biomécaniques, à l'image de l'illustration empruntée à Guy Peellaert. Play it loud !


Welcome 2 My Nightmare (Inclus Livret 16 Pages + Poster Exclusif)
Welcome 2 My Nightmare (Inclus Livret 16 Pages + Poster Exclusif)

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Chapitre doué, 30 septembre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Welcome 2 My Nightmare (Inclus Livret 16 Pages + Poster Exclusif) (CD)
Son génie, tout comme son destin ne se mesure pas. Alice Cooper est une singularité. Un être à part. Tel un Shakespeare ayant construit sa carrière hors des conventions, Alice est monstrueux. Monstrueux, parce qu'il a su s'inventer lui-même en édictant ses propres règles. Pour certains, cela s'appelle une identité. De plus, à son crédit, l'homme orchestre a fait école en quelques décennies. Il a même prouvé au monde que le temps n'avait pas d'effet sur sa capacité de création. Avec plus ou moins de réussite, soit. Pour autant, en matière de renouvellement, si un certain scepticisme est encore mesurable lors de la sortie d'un nouvel album, force est de constater que notre prêcheur reste un audacieux. En effet, chez notre homme, l'audace renferme bien plus de richesse sémantique que ce que l'on pourrait croire : Alice est libre. Il a impulsé ou exploré tous les genres musicaux. Fait la fête foraine à tellement de nos soirées, qu'il en est quasiment devenu l'intime. L'humour noir en prime. Seulement, un bémol nous faisait de l'ombre. Un de ses albums à l'effervescence schizophrénique nous avait laissé en suspend. Interdits. Bien sur, les billets d'excuses furent nombreux. L'alcool, la santé ou l'envie ne permirent pas qu'il y eu une suite au superbe album concept de 1975. Welcome to my Nightmare semblait devoir rester le testament d'une époque, d'une gloire à jamais disparue. Ne subsistait que peu d'espoir. Une rencontre. Persuader l'animal que le cauchemar n'était pas terminé. Bob Ezrin fut ce détonateur. Aussi, que son intervention soit sanctifiée.

Fin du grand sommeil ; Steven is back. D'ailleurs, ce ne sont pas les quelques notes de pianos lâchées dès l'introduction de ce nouvel album qui vous diront le contraire. En un seul titre, I Am Made of You, le trait d'union entre passé présent est consommé. Comme Alice, Steven semble avoir trouvé la lumière. La foi. Comme Vincent, il a grandit dans l'épreuve. Cependant, au-delà de cette gémellité évidente, c'est sur le cadre électro rock du morceau qu'il faudra s'arrêter un instant. Un crescendo lumineux d'intensité dans lequel la voix synthétisée d'Alice balaye tous les attendus, jusqu'à vibrer parfois d'une ferveur extatique. Par ailleurs, que dire du fantastique solo floydien de Steve Hunter en bouquet final, si ce n'est qu'il en dit long sur le retour à l'irréel de notre maître de cérémonie. En lever de rideau donc, une totale réussite. Mais qui pourra déplaire, selon le goût de chacun. Surtout aux nostalgiques. Quoi qu'il en soit, une entame choisie ne fait pas son entier. Cela, notre Mister Nice Guy le sait bien et ce qui va suivre ne sera pas soldé. Bien au contraire. D'un bout à l'autre de ce second train de nuit, l'alcool des mots sera aussi prenant que les pirouettes musicales qui nous manquaient tant. Libéré du « Cher effect », c'est donc avec un réel plaisir que l'on retrouve instantanément l'esprit seventies au travers d'un extrait de Caffeine haut de gamme, puis sur les rails d'un express plus fantôme que jamais. Déjanté, hystérique, Alice nous prouve ici qu'il n'a rien perdu de son goût pour la fantaisie, dès lors qu'elle soit fast and furious. D'aucuns diront, du Cooper dans le style.

Très présent vocalement, rejouant sur des nuances abandonnées depuis plusieurs années, Alice assure et rassure. Comme d'habitude, les refrains sont imparables. Passé maître dans l'art de composer des mélodies accrocheuses, de border chaque texte d'une ironie subtile, l'architecte de l'absurde sait qu'il est attendu au tournant. Last Man on Earth sera la réponse. Un billet d'humeur dans la lignée d'un Some Folks. Embarqué dans un délire aussi narratif que musical, entre Tim Burton et Tom Waits, nous voici de nouveau sur la scène du cabaret de l'irrationnel. Tuba, banjo et violon gipsy faisant bastringue. Enfin de l'illusion comme on l'aime et qui se termine sous des applaudissements malsains. Cette fois ci, le grand guignol est vraiment lancé. Comme d'habitude, Alice ne s'interdit aucun genre, aucune mode. Surf, garage punk, electro disco hilarant ou duo pop rageur avec Kesha en guest inattendue, l'artiste se joue de nous sur tous les registres et, une nouvelle fois, la magie opère. On est peut-être loin des incantations de premier chapitre, mais la filiation est indiscutable. Plus moderne, certes. Mais qui aurait pu se satisfaire d'une ressassé ? D'un clone hypocrite ? À 63 ans, le bateleur conserve toute sa curiosité. De l'improbable, il en fait sa chose (What Baby Wants). De l'évidence, il en fait un When Hell Comes Home glauque à souhait, s'attardant au passage sur la violence domestique. Alice est vivant. Moderne. Moins avant-gardiste qu'il ne le fut. Mais encore capable de nous faire croire à ses rêves, même un fois ce dernier opéra rock refermé.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 7, 2011 11:18 PM MEST


Vitalogy - Digipack
Vitalogy - Digipack
Proposé par thebookcommunity_fr
Prix : EUR 33,99

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Effet thérapeutique, 1 juillet 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Vitalogy - Digipack (CD)
Brutal, étrange, inscrit dans l'urgence, Vitalogy est sans doute l'enregistrement qui ressemble le plus à Eddy Vedder ; il est intransigeant. A la dérive, également. Mais une dérive aux relents punks. Sanguine. De celle qui symbolise le malaise d'une époque, comme d'une génération. Cependant, sur l'instant, tout ne va pas pour le mieux au sein de Pearl Jam. En effet, en plein black-out médiatique observé depuis des mois, les tensions internes ont dépassé la limite du supportable. Déjà, aucune planche de salut ne semble pouvoir sauver Dave Abbruzzese d'une éviction prochaine. Il faut dire que l'excellent batteur s'est mis tout le monde à dos depuis ses déclarations en opposition avec les choix politico artistiques du groupe. Aussi, tandis que chacun tente de survivre à ses propres démons ou addictions, Vedder s'empare du leadership. Son idée ; utiliser les quelques pauses, backstages, de la tournée promo de l'album Vs, histoire d'en extraire une substance qui, une fois recyclée, sera le matériau de leur prochain pamphlet. Voilà pour le fond. Dans le même temps, Eddie a décidé d'associer la forme à son futur propos. Pour ce faire, notre homme s'est choisit un angle d'attaque plutôt original. Original, parce qu'il s'inspire - au niveau concept - d'un manuel datant du XIXème siècle, dans lequel se compilent pêle-mêle diverses conduites à suivre en matière d'hygiène de vie.

Comme chacun le sait, la géométrie du compact disc a remplacé depuis quelques années celle du microsillon. Pour autant, Vedder a de la suie dans les idées. Et quitte à se saborder un peu plus face à une industrie du disque omnipotente, ce sera sur le format vinyle qu'il va porter toute son attention. À ce sujet, la pochette comme le livret accompagnant Vitalogy deviendront de véritables collectors. Pas étonnant, lorsque sur les mêmes pages se percutent, une photo du pape, une pétition pro avortement, d'étranges symboles, des extraits de poésie et le comment du pourquoi l'onanisme est une pratique condamnable. Une sacrée prise de risque pour se confronter de nouveau au fiel de la critique, des lazzi qui n'ont eu de cesse de le cataloguer d'opportuniste. De cela, Crazy Eddie n'en a cure. Par conséquent, aucun battage particulier ne précèdera la sortie de cet album aussi engagé que douloureux. Comme d'habitude, pourrait-on dire, certains grands thèmes récurrents (industrie du disque carnivore, musique pour les masses, dépersonnalisation sociale, star système...) chez Pearl Jam sont de nouveau exploités. Seulement l'attitude a changé. La colère et le militantisme se sont mutés en instinct de survie. Conséquence, certains morceaux tels Spin The Black Circle ou Whipping s'emportent d'une fureur punk aussi jouissive que destructrice. La voix de Vedder presque possédée.

D'un autre côté, avec Not For You, les revendications sont bien là. Les poussées d'adrénaline rythmiques aussi. Eddie Vedder ne lâche rien. Pour lui, la musique est autant un instrument de lutte que l'action politique : le diktat des majors Company ne passera pas. Peu de solos globalement sur l'ensemble des titres. Mais l'essentiel n'est pas là, car toutes les eaux glauques font leur petit effet. A commencer par Better Man, dont le texte et la montée en puissance reste toujours aussi saisissants quelque soit le nombre d'écoutes. On a dit de cet album qu'il était confus, voire brouillon. Que les quelques intermèdes qui le jalonnent renforçaient l'impression d'inachevé. Pas du tout, Vitalogy comporte simplement une large dose d'incertitude. De désespérance face au tas de déchets que laisse derrière lui le quotidien. D'ailleurs, Nothingman, Immortality, Tremor Christ et même Bugs porté par son accordéon décalé sont les parfaits représentants de la déprime ambiante. Eddie susurre, scande, hurle, psalmodie. Tendu comme un arc, il continue de défier les tentateurs quoi que cela puisse lui coûter (Satan's Bed). Derrière, les guitares font corps. Dissonent parfois volontairement. Définitivement, en jetant de nouvelles bouteilles à l'amer, Pearl Jam vient de gagner en noblesse. Soit disant d'une lecture difficile, Vitalogy est en fait le testament vibrant d'un grunge décomplexé.
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Director'S Cut (Livre disque)
Director'S Cut (Livre disque)
Prix : EUR 14,99

13 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Feu Follet, 6 juin 2011
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D'Emily Brontë à James Joyce, le parcours de Kate Bush a souvent été marqué par ses références littéraires. Cinéaste des mots, sans barrière de langage, la diva a toujours su créer au gré de ses albums une alchimie entre réel et fantastique qui force l'admiration. Pour autant, l'artiste majuscule est un sacré personnage. Une insaisissable, pourrait-on dire. En effet, tout en s'éclipsant d'un clip à l'autre, Miss Bush a choisi la discrétion. L'effacement. Par conséquent, l'annonce d'un nouvel album est presque naturellement devenue source de curiosité. D'émois même pour certains. Cependant, avec ce Director's Cut, l'émotion suscitée devrait rapidement laisser place à la surprise. Une surprise de bon goût, certes. Mais sans plus. Car à l'évidence, la native de Kent a voulu se faire plaisir avant d'opérer un vrai retour à l'inédit. L'option retenue ? Nous proposer le lifting de certaines de ses chansons. Une nouvelle couture de qualité certes, mais qui d'une certaine manière n'ajoute pas grand-chose à sa légende. De fait, les avis seront partagés à l'écoute de cet album au coeur vagabond. Et si d'un côté, les inconditionnels seront éblouis par quelques phosphorescences. De l'autre, les plus exigeants n'auront de cesse d'espérer qu'au-delà de la ligne d'horizon se profile une véritable nouveauté. Cependant, ne nous y trompons pas. Car si sur l'ensemble de ce Director's Cut, nombre de titres feux follets (Top of the City et And So Is Love, par exemple) ne laisseront pas de souvenir impérissable, il n'en demeure pas moins que diverses restaurations font leur petit effet.

A commencer par This Woman's Work. Intégralement réenregistrée ; réinventée pourrait-on dire. De l'émotion grand angle sous une nouvelle tessiture électronique. Avec toujours cette voix unique, portée un peu plus haut qu'à l'habitude. Entre délicate et mutine. Un morceau vraiment en décalage avec la version originale, mais qu'il faudra apprivoiser après plusieurs écoutes. Différent également, le piano voix Moments of Pleasure. Dépouillé. Centré sur l'émotion. Un troublant travelling sur ces instants qui nous reviennent après la mort. En final de ce morceau, une saisissante levée des choeurs. Peut-être même des âmes. Pour autant, rien de nettement révolutionnaire dans ce travail de traitement par l'image, si ce n'est une véritable volonté de mise en scène. Nous propulser vers une écoute quasi visuelle. Une intention plus que louable et qui donne un authentique sens à cet album. Un album en amuse bouche qui trouve quand même le moyen de nous captiver sur le long terme grâce à la singulière dimension d'instants, tels Lily ou The Red Shoes. Néanmoins, là où le débat se corse, lorsque l'on est en droit d'attendre autre chose que du réchauffé, c'est au moment où l'on compare les deux interprétations de Deeper Understanding. A vrai dire, tandis que l'original possédait en lui toutes les subtilités (voix, texte et arrangements) le rendant intemporel, l'arrivée de cette voix synthétique ne manquera pas d'en déstabiliser plus d'un. Voire décevoir.

Globalement, en endossant le costume de chef opérateur, Kate Bush nous livre un produit qui, s'il ne fera pas date dans les annales, peut d'ores et déjà être qualifié d'effort louable. Honorable même. Seulement, car il y a un si, une condition à cela : que l'on se comporte en visiteur découvrant pour la première fois un ensemble architectural charmant. Malheureusement, pour tous ce ne sera pas le cas. Et ce, pour une simple raison que d'aucun ne pourra contester. A savoir, la faiblesse de l'équation proposée en comparaison de l'oeuvre passée.


Led Zeppelin III
Led Zeppelin III
Prix : EUR 10,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Lead Zeppelin, 24 mai 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Led Zeppelin III (CD)
La tournée nord américaine a laissé des traces autant dans les corps que les esprits. Il est temps que le groupe puisse se ressourcer en vue de leur future apparition au festival de Bath, prélude à une nouvelle campagne aux Etats Unis. Aussi, direction Bron-Yr-Aur, Pays de Galles, pour quelques vacances bien méritées. Robert connaît bien l'endroit pour y avoir séjourné en famille et c'est donc sans difficulté qu'il convainc Jimmy de l'accompagner. Durant cette pause, ils ne seront pas seuls ; Maureen et Charlotte Martin sont également du voyage. Le cottage est charmant. Sans confort. Isolé. L'endroit idéal pour se détacher de l'effervescence liée au succès. Pour l'anecdote, on soulignera que Robert et Jimmy ne sont jamais partis ensemble prendre des congés. Cette première fois est donc l'occasion de faire le point. Voire, d'entreprendre l'écriture de nouveaux titres en vue de l'enregistrement du prochain album. Est-ce l'isolement ? La nature environnante ? Ou simplement l'envie de se lancer dans l'exercice de style ? Quoi qu'il en soit, la matière qui sera enregistrée à Headley Grange d'ici plusieurs semaines puise sa source dans cette parenthèse. Il faut dire que ce volume III ne va pas atterrir exactement là où le public l'attendait. Car cette fois-ci, la tonalité du dirigeable se veut majoritairement acoustique. Tendance folk, plus précisément. Et ce, même si en première intention, une invasion barbare s'applique nous faire croire le contraire.

La pochette à penchant psychédélique est déjà une indication. Il s'est passé quelque chose au pays du tempo d'airain. En effet, passé la transe d'Immigrant Song, dont on saluera les effets bénéfiques sur l'environnement, puis le bottleneck sidérant de Celebration Day, la suite respire le banjo, la steel guitar, la Dobro. A l'évidence, un nouveau noeud intime entre les deux artistes s'est concrétisé. Quelques accords spontanés joués au bord d'un ruisseau. Des mots qui s'enchaînent naturellement à ceux-ci. Et Friends nous apparaît dans sa robe de violons orientaux tout en haussant le folk à des années lumière des inclinaisons du moment. Les influences sont là, certes, mais c'est voulu. D'un titre à l'autre, elles se cultivent, s'ancrent franchement dans le présent pour mieux le dépasser. Comme d'habitude, les guitares de Jimmy Page sont omniprésentes. Les accents qu'elles prennent d'un morceau à l'autre n'appartiennent qu'à lui. À lui, mais à l'Ecosse également. À l'Irlande aussi. Pour en revenir à Friends, on soulignera le climat particulier ressenti à son écoute, car avec l'aéronef il y a souvent du magma sous l'herbe folle. Pour autant, question magma, on n'en trouvera pas derrière les douze cordes de Tangerine. Très joli passage au goût mandarine délicatement ciselée à la pedal steel, où là encore Robert Plant démontre son étonnante faculté à répondre présent lorsqu'il s'agit d'exprimer ses sentiments. Surtout qu'ici, il ne s'agit pas de sa propre histoire.

Page. Plant. N'y aurait-il qu'un seul duo sur ce troisième épisode en eaux folk ? Non, bien sûr. Cependant John Bonham et John Paul Jones, binôme indispensable à l'équilibre du groupe, s'avèrent un peu plus en retrait qu'à l'accoutumée. En retrait, mais toujours prêts à s'investir dès que l'occasion se présente. Un peu comme sur la suppliante Gallows Pole. Chanson traditionnelle revisitée par Page, dans laquelle John Paul assure mandoline, puis basse de haute voltige, tandis que Bonham se mute en Bonzo dès lors qu'il s'agit d'enfiévrer l'appel à la clémence d'un Plant survolté. On reconnaîtra d'ailleurs tout l'art de Led Zeppelin au travers de ce crescendo inattendu ; une approche toute en douceur pour un final plus que débridé. A ce stade de l'album, dirons certains, une razzia sauvage, de l'herbe humide devenue folle, des eaux pétillantes qui se mutent en braises, voilà sans aucun doute du bel ouvrage. Aussi, que dire d'un blues transformé en petit miracle ? Un blues tout en nuances. Sept minutes vingt cinq durant lesquelles la tradition, le don de soi et l'inspiration se mêlent dans un poignant corps à corps. Solo d'anthologie en prime. Que dire, sinon qu'il existe des instants musicaux qui naviguent bien au-delà de la simple expérience immédiate. Loin de toute facilité émotionnelle. Par nature, Since I've Been Loving You est de cette essence là. Organique. Sensuel. Incendiaire. Il est le blues au même titre qu'il est le ventre chaud d'une femme sur lequel on vient poser son visage.

Plutôt sujet à controverses lors de sa sortie, Led Zeppelin III est en fait un disque dont l'ouverture ne peut qu'être saluée. Plus explorateur qu'un flirt avec l'air du temps, il s'inscrit définitivement dans une démarche en totale cohérence avec les albums précédents. Page voulait revenir à ses racines. Les revisiter, quitte à s'en extraire. Cet album, comme le clin d'oeil en direction de Roy Harper, en est le témoignage vibrant. That's The Way.


Speak for Yourself
Speak for Yourself
Prix : EUR 10,94

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Chroniques intérieures, 14 avril 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Speak for Yourself (CD)
Imogene Heap a du talent. Du talent qu'elle réinvente en chansons. De drôles d'histoires dans lesquelles elle met en scène ses émotions, ses états d'âme et même certaines fêlures. Aussi haute en couleurs dans la vie que dans sa musique, Immi s'est construite un univers electro pop qui n'appartient qu'à elle. Un monde peuplé de séquenceurs comme d'instruments plus classiques qu'elle transforme en quelque chose de vivant. De surprenantes pages dont la richesse n'a d'égale que la grande variété. En effet, chaque composition possède un pouvoir d'attraction qui lui est propre. Pour autant, si Imogen semble avoir plus qu'un penchant à titiller l'électronique, il n'en demeure pas moins qu'elle aime aussi écrire. Décrire serait plus précis. Ainsi, sans trop s'exposer, tout en nous considérant comme ses intimes, l'anglaise fait de sa vie, de ses rencontres, le principal fertilisant des ses textes. Pour l'artiste, la parole est opérante. Curative. Qu'il s'agisse de l'amour perdu (Hide & Seek), de l'erreur d'un soir (The Walk), les mots nous renvoient parfaitement les sentiments partagés qu'engendrent le rapprochement puis la séparation de deux êtres.

Cependant, si les mots sont comme un boomerang. S'ils résonnent parfaitement à notre conscience, reste que leur mise en vernis se révèle d'une grande inventivité. Jeu de voix vocodé, pulsations synthétiques ou multi séquençages, la musique d'Imogen a quelque chose de graphique. De graphique, parce que derrière l'agencement esthétique et habile des substances sonores mises en scène, ce sont autant de couleurs que d'images qu'elle tend à stimuler. En cela, Speak for Yourself est une réussite. Car chaque morceau est une évocation, un lieu non commun dans lequel on plonge avec délectation. Case electro ? Pas si sûr, car le cache-cache entre les styles est constant. Neo soul sur Goodnight and Go, fugitive sur Just for Now, sa pop hybride n'a jamais fini de nous surprendre, ni de se réinventer d'un moment à l'autre. Megaphone avait ouvert la voie. Entre soupirs et expirations, ce bel album nourri de détails choisis, confirme tout le potentiel que l'on pouvait attendre de la jeune femme. A n'en point douter, Imogen Heap a autre chose que du talent. Un petit plus qui abreuve instantanément l'esprit. Ce petit plus : de la mélancolie dissoute au coeur de ses chansons.


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