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Contenu rédigé par Roger Dominiqu...
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Commentaires écrits par
Roger Dominique Maes (Bruxelles)
(COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)    (TOP 50 COMMENTATEURS)   

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3 Ballets
3 Ballets
DVD ~ Wayne Mcgregor
Prix : EUR 29,49

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Triptyque de vie !, 24 juillet 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : 3 Ballets (DVD)
Wayne McGregor, "Chroma", "Infra", "Limen", Royal Ballet Covent Garden, 2006, 2008, 2009, 1 DVD Opus Arte, 2011.

Quelques fois dans un musée, une galerie d'art, chez un antiquaire, une toile, un bronze, ou un marbre nous arrête: quelque chose, en nous, hurle de bonheur, tant l'oeuvre comble une attente ignorée, satisfait des désirs inconnus... Elle nous manquait et nous le savions pas ! Cette impression est beaucoup plus rare devant un spectacle, qui est, par définition, divers et mouvant; c'est pourtant ce que j'ai ressenti devant "Chroma" dont l'unité, la densité, la cohérence se sont imposées, et s'imposent à chaque fois, évidentes.

L'enthousiasme suscité par "Chroma" à sa création en 2006 valut à Wayne McGregor d'être nommé chorégraphe-résident de la compagnie du Royal Ballet. C'est à ce titre qu'il créera "Infra" en 2008 sur un musique de Max Richter et "Limen" en 2009 sur le concerto pour violoncelle et orchestre de Kaija Saariaho,.

Mis en images par deux réalisateurs différents (Margaret Williams pour "Chroma" et "Limen", et Jonathan Haswell pour "Infra") qui ne songent qu'à servir la chorégraphie et les danseurs, jamais leur égo; dans des décors minimalistes et des éclairages aussi beaux qu'efficaces, voici trois "spectacles" qui dépassent l'habituelle combinaison plaisir-émotion pour toucher l'expérience humaine, vécue en communion avec les danseurs, comme un "triptyque de vie" !

Danse athlétique et désarticulée, câline et violente, combinaison de rigueur frénétique et de géométrie spontanée, le travail de Wayne McGregor me comble et, oeuvre d'art véritable, m'enrichit.


Mémoires de Monsieur Claude chef de la police de sûreté sous le second Empire.
Mémoires de Monsieur Claude chef de la police de sûreté sous le second Empire.

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Un flic moderne et de son temps., 18 juillet 2014
Monsieur Claude, "Mémoires d'un chef de la Police de Sûreté sous le second Empire", Editions Tallandier, série Texto, 2009, format poche, broché, 324 pages.

Un écrivain pointe parfois le bout du nez dans ces mémoires d'Antoine Claude (1807-1880), dit "Monsieur Claude", chef de la police de sûreté de Paris de 1859 à 1875. Si ses maladresses de style, sa pudibonderie prud'hommesque, et ses comparaisons animalières (tous les assassins sont des hyènes, des tigres, des squales ou des pieuvres) font souvent sourire, elles sont compensées par des peintures vivantes, des portraits colorés, d'étonnants bonheurs d'expression, et quelques réflexions bien venues. Pour l'ambiance, on passe des "Misérables" à "Rocambole", d'Eugène Sue à Emile Zola, même si Monsieur Claude, chez qui la tentation littéraire est évidente, retombe trop souvent dans le style emphatique et guindé du rapport administratif... Un curieux mélange.

A part le premier épisode -alors que Claude n'est encore que clerc de notaire-, celui où le futur policier "devina" Lacenaire, à son seul aspect physique, ce qui lui ouvrit les portes de la préfecture de police, les enquêtes qui nous sont contées sont les grandes affaires criminelles du second Empire : l'attentat d'Orsini, l'empoisonneur La Pommerais, un jeune militaire nécrophile très vite surnommé le Vampire, et Jean-Baptiste Troppmann, cet assassin de toute une famille, le père, la mère et leurs six enfants. Dans une ambiance aussi sordide que romanesque, les meurtres se trouvent associés aux menées d'espions prussiens préparant la défaite française de 1870 ... Un imbroglio qui ne sauvera pas la tête de Troppmann mais qui n'est pas encore démêlé.

On cherchera ailleurs* une étude sociologique de la mendicité et de la prostitution, de la délinquance et de la criminalité; Claude raconte, on sent qu'il se plait à raconter, et s'il lui arrive d'émailler ses souvenirs de quelques réflexions, elles ne visent pas à l'étude sociale. Par contre, on y trouve le parfum d'une époque, ses moeurs, et la description de quartiers de Paris de longtemps disparus, toutes choses qui rendent ces mémoires délectables... On y apprend aussi un argot oublié (particulièrement dans le dernier chapitre consacré aux chiffonniers), tout à fait savoureux. Par exemple : "Au Quartier latin, l'absinthe s'appelle une "purée", l'eau-de-vie un "pétrole", le bock un "cercueil"... (p.286). Les policiers sont nommés les "renâcleurs", parfois des "remueurs de casseroles" (p.270); conter son histoire, c'est "déboucler son cadenas" (p.270), "avoir une araignée dans la tourte", équivaut, pour nous, à l'avoir au plafond... Et après une bagarre sanglante, un chiffonnier, "la gorge entaillée, l'oeil presque crevé, le front fendu par un coup de crochet (...)", lance à monsieur Claude qui s'apitoie sur son sort : "Bah ! tout ça, c'est du velours! J'ai voulu dévisser le caillou à Courtebotte, il m'a égratigné le parchemin et soufflé ma mirette, nous sommes manche à manche." (p.311)

Autrefois présentés comme douteux, ces mémoires, dont la première édition, en 1881-83, faisait dix volumes, sont ici expurgés des parties les plus sujettes à caution, des épisodes de moindre intérêt, et de redites inutiles, car Monsieur Claude a ses obsessions: d'abord certaines caractéristiques physiques (particulièrement les mains) qui dénoncent le criminel, avant même qu'il ait commis un meurtre, les espions prussiens, ensuite, dont les quartiers généraux sont ces "brasseries", où l'on ne sert que bière et choucroute, et qui envahissent Paris à la fin du second Empire, enfin la main du "Château", à savoir les Tuileries, qu'il devine derrière tous les crimes, toutes les turpitudes: il juge la société parisienne au canevas de la Cour et de l'empereur, et corrompue à leur exemple... telle "(...) une sarabande échevelée dont les tourbillons partaient des Tuileries pour se perdre dans les bas-fonds de la société." (p.112) Tout dévoué serviteur de l'Etat qu'il soit, et prêt à bien des compromissions pour étouffer une affaire scabreuse (p.146-148), Claude n'en est moins critique envers Napoléon III (il est vrai qu'il écrit après sa chute!), envers son appartenance au carbonarisme, sa débauche, ses accointances diverses et indignes de son rang... Au début de sa carrière, Claude ne l'a-t-il pas rencontré, alors qu'il n'était que le conspirateur Louis Bonaparte, déguisé en surineur, et fréquentant "Le Lapin blanc", ce repaire de voleurs et d'assassins rendu célèbre par Eugène Sue? Et ce même Louis Bonaparte, en qui Monsieur Claude devine le modèle du prince Rodolphe des "Mystères de Paris", n'avait-il pas, à ses yeux, "une physionomie fatale, burlesque mais attractive", "une de ces têtes qui portent aussi bien un bonnet de galérien qu'une couronne"? (p.43)

On aurait souhaité de la part de l'éditeur quelques notes éclairant des allusions obscures, ainsi que l'identité de personnages évoqués par leurs seules initiales, et sur lesquels il doit être possible de lever le masque aujourd'hui, particulièrement cette "grande duchesse", définie comme une "ennemie de la France, rivale détestée de l'impératrice, et espionne de la Prusse;" (p.140), mais, tels qu'ils sont, voilà des souvenirs qui donnent d'un des premiers policiers "modernes", fin limier, tout à la fois tendre, ironique et crédule, une très vivante image.
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* Par exemple: François Martineau, "Fripons, gueux et loubards - Une histoire de la délinquance de 1750 à nos jours", Jean-Claude Lattès, 1986.


Mutiny On The Bounty
Mutiny On The Bounty
Prix : EUR 8,55

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 Sans surprises, 17 juillet 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Mutiny On The Bounty (CD)
Bronislaw Kaper, bande originale du film "Mutiny On The Bounty", MGM Symphony Orchestra, Robert Ambruster, 1962, 1 CD Hallmark 2012.

Avec déjà 120 musiques de film à son actif, Bronislaw Kaper (1902-1983) connaît les bonnes recettes, et les manières de les accommoder, lorsqu'il entreprend la BO de "Mutiny On The Bounty" -version de Lewis Milestone avec Marlon Brando, Richard Harris et Trevor Howard-, en 1962, et que ce CD nous propose dans son enregistrement original avec le MGM Symphony Orchestra sous la direction de Robert Ambruster.

Cela donne 35 minutes (!) de musique hollywoodienne jusqu'aux clichés -ou la caricature-, pompeuse (la plage 1, où Kaper paraphrase sans vergogne le Miklos Rozsa de "Ben Hur"), énergique et sentimentale, déclamatoire ou exotique ... et sans surprises.

Si Kaper n'a ni la fougue et l'inventivité de Korngold, ni le lyrisme de Steiner ou la grandiloquence héroïque de Rozsa, ce CD, représentatif d'un genre musical qui s'essouffle après trente glorieuses années , et semble se parodier, reste agréable à écouter... au moins pour les amateurs du genre.


Dolores Gray : Bell Telephone Hour Appearances
Dolores Gray : Bell Telephone Hour Appearances
DVD ~ Dolores Gray
Prix : EUR 24,65

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Dolores Gray, une "Américaine haut de gamme" !, 15 juillet 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Dolores Gray : Bell Telephone Hour Appearances (DVD)
Dolores Gray, "Bell Telephone Hour, 1959-1966", 1 DVD VAI, 2006.

Américaine années 50, opulente et fuselée, tous chromes dehors, à la calandre dévorante, et dotée d'une voix de mezzo à la puissance et la stabilité insurpassables, telle est Dolores Gray, face cachée de l'"American sweetheart", aussi acide que Doris Day est sucrée, aussi délurée que June Allyson est innocente; c'est du moins le rôle qu'elle joue , et avec quel brio! dans "The Opposite Sex" de David Miller*.

Né en 1924, Dolores Stein, qui prendra le patronyme de sa mère, se produit déjà dans des restaurants et des cabarets californiens dès l'âge de 14 ans. Rudy Vallee l'y remarque et l'invite dans son émission radiophonique. A vingt ans, elle aura son propre programme. Mais c'est à Londres, entre 1947 et 1950 qu'elle fait l'apprentissage des planches en jouant "Annie Get Your Gun" à guichet fermé (Annie restera un de ses rôles préférés), tout en apprenant l'art dramatique à la Royal Academy. Malgré une apparition, non créditée au générique, dans le film de Bette Davis et Claude Rains, "Femme aimée est toujours jolie" ("Mr. Skeffington"), en 1944, elle devra attendre 1955 pour décrocher un court contrat à la MGM: on la verra dans "Kismet" de Minnelli, "Beau fixe sur New-York" ("It's Always Fair Weather") de Stanley Donen, et enfin, face à Lauren Bacall et Gregory Peck, dans "La Femme modèle" ("The Designing Woman") de Minnelli encore, sûrement son plus beau rôle comme actrice et comme chanteuse, car hélas! dans "The Opposite Sex", elle ne chante pas... Le reste de sa carrière se fera sur scène et à la télévision.
Malgré son air de mante religieuse made in USA, chasseuse de primes, et croqueuse de diamants , "Madame Croque-maris" n'aura eu qu'un époux, un homme d'affaires californien, dont seule la mort, en 1992, la sépara. Preuve que les apparences ...!
La chanteuse, elle, mourra d'un crise cardiaque dix ans plus tard.

Ce DVD réunit les prestations (toutes ?) de Dolores Gray dans "The Bell Telephone Hour", émission en couleur de la NBC, associant musique classique et musique de variété, qui fit les beaux soirs de la télévision américaine, chaque semaine, de 1959 à 1968. Dolores y chante de délicieux medleys de Cole Porter, Gerschwin et Rodgers, ainsi que des extraits de musicals, dont "Destry Rides Again", avec son terrible "air de la pendaison" ("Are You Ready, Gyp Watson?"), d'un humour noir très étonnant pour l'époque...

Dolores Gray regrettait à la fin de sa vie d'avoir fait toute sa carrière à Broadway, dans des spectacles dont il ne reste rien alors que le cinéma, lui, conservera pour toujours ses prestations... On peut y ajouter celles réunies sur ce DVD qui permettront de ne pas oublier une exceptionnelle "entertainer".

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* toujours inédit en DVD, hélas!


Le retour des cendres de l'Aiglon
Le retour des cendres de l'Aiglon
par Georges Poisson
Edition : Broché

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 "Tempête dans un verre d'eau de Vichy" ?, 12 juillet 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le retour des cendres de l'Aiglon (Broché)
Georges Poisson, "Le Retour des cendres de l'Aiglon", Nouveau Monde Editions, Paris, 2006, broché, 173 pages .

13 décembre 1940. Depuis sa visite-éclair à Paris au mois de juin, Hitler a décidé de rendre à la France le corps du duc de Reichstadt (1), cent ans jour pour jour après le retour des cendres de l'Empereur... C'est dans quarante-huit heures !
Mais à Vichy, dans le cadre de l'hôtel du Parc, résidence du chef de l'Etat Français, et siège du gouvernement, deux complots sont fomentés, ou plutôt un complot et un contre-complot. Le complot, c'est celui de Laval, et d'Otto Abetz, ambassadeur du Reich. Il consiste à profiter du retour des cendres de l'Aiglon pour amener Pétain à Paris sans ses ministres, et l'installer à Versailles comme le prévoit la convention d'armistice. Laval se voit très bien "maire du palais" de ce "maréchal fainéant" !...
Pétain, qui a d'abord renâclé devant la perspective de passer en revue des troupes allemandes -comme il l'a déjà fait à Montoire-, et peut-être de devoir se tenir aux côtés d'Hitler (2), se laisse finalement séduire. L'idée de présider à cette célébration, d'autant plus que le Führer finalement ne viendra pas, et de se laisser photographier, lui, "vainqueur de Verdun" devant le tombeau du vainqueur d'Austerlitz, a tout pour lui plaire (3). Qu'une telle cérémonie manifeste la vassalisation définitive de la France au IIIème Reich, et que l'Aiglon en symbolise l'opprobre, semble lui échapper.

Mais pour les ministres, Bouthillier (Finances), Peyrouton (Intérieur), Alibert (Justice), Baudouin ou l'amiral Darlan, le risque est trop grand: tout le pouvoir passerait aux mains de Laval et à ceux qu'on n'appelle pas encore les collaborationnistes. Il faut donc se servir de l'aversion de Pétain pour Laval, l'attiser et amener le chef de l'Etat à "démissionner" le vice-président du Conseil dans la soirée. C'est le contre-complot, rondement mené: avec Pétain, le dernier qui parle a souvent raison. Et le soir de 13 décembre, le maréchal, sous prétexte d'un remaniement ministériel, demande à tous ses ministres d'offrir leur démission. Etrange pratique mais qui a déjà été utilisée précédemment; Laval ne se méfie pas, signe, et l'instant d'après s'entend annoncer par le chef de l'Etat lui-même que sa démission est acceptée. Révolution de palais dans un décor d'opérette? "Tempête dans un verre d'eau de Vichy" comme ironisera Radio Londres ? Pas seulement, car la scène ne manque pas de force qui oppose le maréchal et son Dauphin, ils se détestent et se méprisent (4). Et le départ de Laval, salué par tout le monde, hors les Allemands, laissera la place à Darlan... encore plus souple avec l'Occupant.

Le retour des cendres, lui, se fera comme on sait, à nuit noir, sous la neige, dans un Paris désert. Il n'y aura aucun membre de la famille française ou autrichienne du roi de Rome, aucune personnalité civile ou militaire pour suivre le cortège. La prolonge d'artillerie, attelée à un tracteur à chenilles, n'est escortée que par des troupes allemandes. Le convoi, sinistre plutôt que funèbre, va, depuis la gare de l'Est, descendre les boulevard de Strasbourg et de Sébastopol, passer par la place du Châtelet -où la fontaine du palmier rappelle la Campagne d'Egypte-, suivre les quais jusqu'au pont Alexandre III, traverser l'Esplanade, mais au lieu d'entrer aux Invalides par le même chemin que Napoléon, il contournera les bâtiments pour arriver par la place Vauban, face aux dôme. Il est une heure du matin, ce 15 décembre 1940! Quelques fenêtres se sont bien ouvertes au bruit de cet étrange cortège, mais nul Parisien ne sait de quoi il s'agit. Les cendres du père avait traversé Paris sur un char triomphal; on était mort de froid, au propre comme au figuré, pour voir passer sa dépouille; son fils revenait à la dérobée, presque clandestinement, otage, toujours otage! de l'occupant de 1940 comme il l'avait été de l'occupant de 1814...
Sur l'escalier du dôme, Hitler a fait déposer une énorme couronne en forme de croix gammée. Or elle a disparu. Ce sont Georges Morin, employé aux Invalides, et Denise, son épouse, qui l'ont dérobée et brûlée fleur par fleur dans leur poêle avant d'enterrer l'armature métallique aux pieds d'un arbre (5). Otto Abetz devra se présenter les mains vides devant le cercueil de l'Aiglon, alors que l'amiral Darlan est précédé d'une couronne barrée de bleu blanc rouge, au nom de Philippe Pétain, maréchal de France.
Le lendemain, après un office religieux présidé par deux cardinaux, Suhart et Baudrillart, auquel les officiels (Abetz, Darlan, etc.) et quelques membres de la famille impériale assistent, la foule put venir se recueillir: succès de curiosité, sans plus, et qui se termina par ce mot, car à Paris, Gavroche a toujours eu le dernier : "Ils nous prennent notre charbon et nous ramènent les cendres".

Un petit livre qui se lit d'une traite, tant il est passionnant. Mettant en parallèle deux événements qui, à première vue, n'ont rien en commun, il montre qu'en Histoire tout se tient.
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(1) "Pour Hitler, c'était une nouvelle étape de son rêve. Rendre lui-même son fils à l'Empereur dans le temple de sa gloire, et ceci en présence d'un maréchal de France vaincu, au milieu des ombres des maréchaux napoléoniens qui avaient asservi son pays, n'était-ce pas une revanche éclatante, et une nouvelle victoire?" p.78.

(2) Fernand de Brinon, "ambassadeur de Vichy à Paris" (!) n'alla-t-il pas jusqu'à lancer l'idée de faire descendre les Champs-Elysées par Hitler et Pétain côte à côte ?!

(3) "Au fond, Pétain appréciait plus les apparences du pouvoir que sa réalité: il aimait avant tout paraître." p. 35.

(4) "Vous n'êtes qu'un fantoche, une baudruche, une girouette qui tourne à tous les vents!" lancera Laval à Pétain. p. 144

(5) Anne Muratori-Philip a raconté l'héroïsme de ce couple qui sauvera 50 Britanniques et 80 Américains avant d'être arrêté le 5 juillet 1944. Torturé dix-sept heures d'affilée, Georges mourra en déportation le 26 décembre 1944; Denise et leur fille, Yvette, reviendront de Ravensbrück, et retourneront vivre aux Invalides. (Anne Muratori-Philip, "Histoire des Invalides", Perrin, 2001)


l aiglon
l aiglon
par Rostand Edmond
Edition : Broché

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 "Rostand a des ailes, et nous rampons", Jules Renard, 9 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : l aiglon (Broché)
Edmond Rostand, "L'Aiglon", tragédie en six actes (1900), Fasquelle éditeur, 1970, broché, 234 pages.

A propos de "L'Aiglon", on cite à l'envi un "mot" attribué à Jules Renard : "Une pièce où les gens bâilleront d'admiration." Or ce mot -et Renard est comme Voltaire : il s'arrêterait de mourir s'il lui venait un bon mot- qui figure à peu près tel quel dans son "Journal" à la date du 15 mars 1900, doit être relu dans son contexte, c'est-à-dire parmi les phrases qui l'entourent :
"15 mars. <<L'Aiglon>>. Répétition générale. Un prodige, un peu long, de virtuosité. C'est écrasant de beauté et un peu, aussi, d'ennui. On admire sans émotion. Inouï et banal. Une pièce où des gens bâilleront d'admiration (Notons qu'il a écrit "des" gens et non "les" gens comme on le répète, nuance!) On est comme devant une belle chute d'eau: bientôt, on veut s'en aller.
(...)
La première. Après une interminable réclamation du public, Rostand est venu saluer deux fois. Demain, s'il veut, il sera roi de France.
(...)
A la fin, je dis :
- Il n'y a que Rostand qui puisse faire mieux."

Et Jules Renard d'ajouter le 7 décembre 1900 : "L'Aiglon. Lu ces six actes. Rostand est bien le seul à qui je reconnaisse une supériorité rayonnante. Il a des ailes, et nous rampons.
Ce n'est jamais très beau comme du Victor Hugo, mais c'est d'une habileté prodigieuse, et cela passe avec aisance par des sentiers charmants."

Avec ses nuances, ses réticences, ses "retours sur admiration", Renard a dit en quelques courtes phrases, et mieux qu'en une longue analyse, presque tout ce qu'inspire la pièce d'Edmond Rostand: c'est en effet un prodige de virtuosité, c'est écrasant de beauté, inouï, aisé, charmant... et pourtant, oui, c'est un peu long, et quelques fois ennuyeux. Mais si Rostand a des ailes, s'il vole, c'est que l'émotion est là, ô combien ! et la banalité, jamais. Depuis plus personne n'a volé. Dans "une supériorité rayonnante" le dernier rejeton des Racine et Hugo a terminé sa race, Icare se confondant avec le soleil... et nous rampons*.
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*Finalement c'est avec ses six actes sabrés, réduits à un livret d'opéra, que la pièce, mise en musique par deux faiseurs de génie, Ibert et Honegger, devrait connaitre sa plus durable expression... L'Aiglon y retrouve ses ailes.


Hartmann K.A. : Les 8 Symphonies
Hartmann K.A. : Les 8 Symphonies
Prix : EUR 48,68

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Puis-je vous présenter Karl Amadeus Hartmann ?, 8 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Hartmann K.A. : Les 8 Symphonies (CD)
Karl Amadeus Hartmann, "8 Symphonien, Gesangs-Szene", Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Rieger, Leitner, Kubelik, Macal, 1950-1965, 4 CD Wergo, 1989-2007, notices en anglais et en allemand.

CD 1 :
- Symphonie n° 1, "Essai de requiem sur des paroles de Walt Whitman pour voix d'alto et orchestre" (1935/36, révision 1947/48/50), dir. Fritz Rieger; alto, Doris Saffel, 1957
- Symphonie n° 3 pour grand orchestre (1948/49), dir. Ferdinand Leitner, 1951.

CD 2 :
- Adagio (Symphonie n° 2) pour grand orchestre (1946), dir. Rafael Kubelik, 1952
- Symphonie n° 4 pour orchestre à cordes (1947), dir. Rafael Kubelik, 1950
- Symphonie concertante (Symphonie n° 5), (1950), dir. Rafael Kubelik, 1952.

CD 3 :
- Symphonie n° 6 pour grand orchestre (1951/53), dir. Rafael Kubelik, 1953
- Symphonie n° 7 pour grand orchestre (1956/58), dir. Zdenek Macal, 1960.

CD 4 :
- Symphonie n° 8 pour grand orchestre (1960/62), dir. Rafael Kubelik, 1963
- "Scène de chant sur des paroles de <<Sodome et Gomorrhe>> de Jean Giraudoux pour baryton et orchestre", dir. Rafael Kubelik; baryton, Dietrich Fischer-Dieskau, 1965.

Karl Amadeus Hartmann est né en 1905 à Munich, il y mourra en 1963. Son père est artiste peintre, son frère, Adolf, le sera aussi. Celui-ci est d'ailleurs l'auteur du portrait du compositeur figurant en couverture du coffret. Ce n'est qu'en 1924 que Karl Amadeus trouve sa voie et abandonne la peinture pour des études musicales à l'Académie de Munich, où il reste jusqu'en 1927. Il y fait la connaissance du chef d'orchestre Hermann Scherchen -le grand défenseur d'Arnold Schönberg- dont il devient l'élève, et qui collaborera au livret de son opéra pacifiste "Simplicius Simplicissimus". Socialiste militant, Hartmann assiste avec colère et désolation à l'avènement du Troisième Reich mais, à l'inverse de Scherchen qui s'exile, il demeure en Allemagne, se retirant de la vie musicale allemande, alors que certaines de ses oeuvres sont données à l'étranger; c'est ainsi qu'en 1935, son poème symphonique « Miserae » dédié aux prisonniers du camp de concentration de Dachau, et composé l'année précédente, est créé à Prague*, et que sa symphonie "L'oeuvre"** d'après le roman de Zola, l'est à Liège en 1939. Pendant ces douze ans d'exil intérieur, entièrement voués à la composition, Hartmann se liera avec Anton Webern. Même si stylistiquement, leurs oeuvres ont peu en commun, il reconnaîtra lui devoir un souci aigu de la perfection. Après la guerre, Hartmann, rare survivant parmi les opposants allemands au nazisme, créateur de l'association Musica viva pour la défense et la diffusion de la musique contemporaine, cumulera les honneurs et les fonctions officielles.

C'est avec "La Scène de chant pour baryton et orchestre", sur le texte du prélude de <<Sodome et Gomorrhe>> de Jean Giraudoux (le dialogue entre l'archange et le jardinier annonçant au public qu'il va assister à "une" des fins du monde) que j'ai découvert la musique de K. A. Hartmann, et dans la version reproduite ici, la partie chantée, dans un parlando libre, interprétée par le créateur de l'oeuvre, l'incomparable chanteur-diseur qu'était Dietrich Fischer-Dieskau. Le choc que j'ai ressenti ne s'est jamais atténué; chaque nouvelle écoute me rend à mon émotion première... Et c'est à partir de cette oeuvre que j'ai remonté le temps parmi son oeuvre symphonique.

Même si une bonne moitié de ses symphonies empruntent de nombreux éléments à des compositions plus anciennes, et ont été plusieurs fois remaniées, leur langage est étonnement franc, naturel, souvent d'une envoûtante fluidité, puissamment lyrique, aux couleurs chatoyantes, fort et tourmenté; si la violence peut s'y montrer péremptoire, elle n'est jamais agressive ou grandiloquente...
Seule la cinquième symphonie de facture néo-classique étonne dans un cycle d'oeuvres expressionnistes, dont la rhétorique -parce qu'elles ont quelque chose à dire- parle à notre temps de notre temps, dans un forme très élaborée, certes, mais jamais obscure, et que rien ne "date".

Ce coffret contient tous les premiers enregistrements des symphonies de Karl Amadeus Hartmann, en majorité dirigées par Rafael Kubelik, le créateur de la symphonie n°8, à la tête de "son" orchestre de la radio bavaroise dont il fut le chef de 1961 à 1979. Un cachet d'authenticité.
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* Dans le cadre de l'"année Hartmann", décrétée par la Bavière en 2005, 55 concerts furent organisé, dont un au camp de concentration de Dachau où fut joué le "Miserae".

** Plusieurs éléments de cette symphonie, retirée du catalogue de Hartmann, seront réutilisés dans la symphonie n°6.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 14, 2014 7:02 PM MEST


Frankel: Complete Symphonies
Frankel: Complete Symphonies
Prix : EUR 37,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Puis-je vous présenter Benjamin Frankel ?, 5 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Frankel: Complete Symphonies (CD)
Benjamin Frankel, "Complete Symphonies", Queensland Symphony Orchestra, Werner Andreas Albert, 1993-1999, 4 CD CPO, 2002, notice en anlgais, français et allemand.

CD 1 : Symphonie nº 1, op. 33, 1958 - Symphonie nº 5, op. 46, 1967 - May Day (ouverture), op. 22, 1948.
CD 2 : Symphonie nº 2, op. 38, 1962 - Symphonie nº 3, op. 40, en un mouvement, 1964.
CD 3 : Symphonie nº 4, op. 44, 1966 - Symphonie nº 6, op. 49, 1969 - Mephistopheles Serenade et Danse, op. 25, 1952.
CD 4 : Symphonie nº 7, op. 50, 1970 - Symphonie nº 8, op. 53, 1971 - A Shakespeare Overture, op. 29, 1956 - Overture to a Ceremony, op. 51, 1970.

- Il est à noter que dans le CD 1 les deux symphonies sont précédées d'une introduction (de 4 min 10 pour la n°2 et d'une minute 40 pour la n°3) par le compositeur lui-même.

Durant les vingt ans qui ont suivi son décès, en 1973, Benjamin Frankel est pratiquement tombé dans l'oubli. Mais en 1996, la BBC l'a présenté dans une de ses émissions intitulée "le Compositeur de la Semaine". Le concept fut repris dix ans plus tard, permettant à de nombreux auditeurs de découvrir sa musique. "Un tournant majeur est enfin survenu lorsque la maison de disques allemande CPO (Classique Produktion Osnabrück, achetée depuis par JPC) a décidé d'enregistrer la totalité de son œuvre avec l'aide de l'Organisation de radiodiffusion australienne. Cela a permis, pour la première fois de lui faire enfin une place au sein du monde musical", lit-on sur internet. Apparemment cette place au sein du monde musical n'est pas encore bien établie, même en Angleterre, puisque personne (y compris sur Amazon.uk) n'a encore commenté ce coffret de l'intégrale des symphonies d'un compositeur dont l'oeuvre -contemporaine et accessible (ce n'est pas contradictoire)- m'a profondément touché du premier jour où je l'ai entendue et continue de faire partie de mon "monde musical". Je me risque donc à combler cette lacune.

Benjamin Frankel est né à Londres le 31 janvier 1906, de parents juifs polonais, et mort dans la même ville le 12 février 1973. Pianiste prodige, il s'est vite orienté vers le jazz, et les arrangements de compositions pour le musci-hall et le théâtre, avant de se tourner vers la musique de film (plus de cent longs métrages de 1935 à 1965, dont l'excellent "Night and the City" de Jules Dassin*), mais c'est avec son concerto pour violon "A la mémoire des six millions" (1951), composé pour son ami Max Rostal, en mémoire des victimes du génocide nazi, qu'il connut la célébrité.
Lors d'un séjour en Suisse, en 1957, il entreprend la composition de sa première symphonie, créée en Allemagne deux ans plus-tard, comme le seront la troisième et la cinquième. De santé fragile -il fit sa première crise cardiaque en 1959- Frankel vécut et mourut pour la musique, réclamant encore ses manuscrits dans l'ambulance qui l'emmenait vers son dernier séjour à l'hôpital... Comme beaucoup de grands malades, habitués à fréquenter la mort, à la sentir posée sur leur épaule, Frankel était cependant étranger à toute morbidité, et garda sa joie de vivre, son sens de l'humour -de l'autodérision même- jusqu'à la dernière minute. Sa musique en témoigne. Elle peut être dense ou poignante, cérémonieuse ou ironique, une lumière toujours la traverse, qui doit s'appeler l'espoir...

"Le manque d'attention que public porte à la musique de Benjamin Frankel depuis sa mort, il y a vingt ans, écrivait E.D. Kennaway en 1993 lors de la parution du premier CD de cette intégrale, est tout aussi inexplicable qu'inadmissible. Même dans ses oeuvres sérielles, sa musique reste accessible, ce qui étonne nombre de personnes habituées à une utilisation sèche et académique de cette technique. Il soulignait toujours l'aspect linéaire, mélodique, de la musique et disait : <<La mélodie est la matière indispensable à partir de laquelle se construit la musique>>. Pour illustrer cette opinion, il citait en général son cher Mozart. Il réfuta avec énergie la thèse selon laquelle les techniques sérielles excluent toute trace de tonalité; il prétendait que la notion d'<<atonalité>> avait été <<choisie à la légère au lieu d'être analysée véritablement>>.. (...)
La musique de Frankel est bien trop grande pour rester dans l'ombre. Son héritage, vital pour la postérité, ne doit pas se perdre."

Espérons que le souhait de Kenneway se réalisera.

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*Voilà un film qu'on peut voir avec deux musiques différentes, Frankel ayant composé celle pour l'exploitation anglaise, et Fanz Waxman pour l'exploitation hors de la Grande-Bretagne, phénomène curieux dont je ne sais pas s'il y a d'autres exemples.
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Wagner : Das Rheingold
Wagner : Das Rheingold
Prix : EUR 28,69

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Anthologique !, 5 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Wagner : Das Rheingold (CD)
Wagner, "Das Rheingold" (1869 et 1876), Wiener Philharmoniker, Sir Georg Solti, 1958, 2 CD Decca, 1998. Est reparu en 2008 en coffret plus économique.

Ce qu'il y a de plus surprenant dans le Prologue de ce "Ring en cinémascope, technicolor et stereophonic sound", " tout cuivre dehors" comme dit le commentateur Dabon, dont les géants, les nains, dragon et crapaud ont l'air de sortir de chez Walt Disney (et ce n'est pas un reproche, Wagner voulait du fantastique à grand spectacle), dirigée sans lenteurs inappropriées, et préservant les respirations de l'oeuvre, ces oasis de temps suspendu comme l'instant qui annonce l'éveil de l'Or, l'intermède entre la scène I et II, ou le retour de Freia, dont l'impression d'air embaumé de jeunesse voulue par Wagner est parfaitement rendue par Solti et ce merveilleux instrument qu'est le Wiener Philharmoniker, donc ce qui ressort de ce chatoyant décor aussi pictural que musical, c'est la sobriété des chanteurs.

L'Alberich de Gustav Neidlinger (si ce n'est pour ses ricanements vainqueurs exagérément amplifiés lors du vol de l'Or, mais il s'agit là d'un choix du chef et de John Culshaw) est d'une justesse exemplaire, monstrueux ou pitoyable, jamais grotesque, un Alberich plutôt pathétique, car devant lui le sentiment de pitié le dispute à celui de ridicule.

Un Wotan (George London) d'une stature imposante, jupitérienne, vrai Dieu des Combats (et quelle stabilité dans le si périlleux "Hehrer, herrlicher Bau!" qui salue l'achèvement du Walhall), hautain, presque méprisant face à une Fricka plus vinaigrée que jamais (Kirsten Flagstad), et jusqu'au bout sûr de lui, de sa supériorité, quand il s'est fait manipuler comme un enfant par ce roublard de Loge... Ce Loge maléfique, auteur de tous les maux, c'est un incomparable diseur, le grand Set Svanholm, ironique et jamais bouffon.

Comme le disait Albert Lavignac: "L'humain est partout dans ce surnaturel".

- En convaincant Wotan d'accepter le salaire exorbitant demandé par les géants, à savoir la déesse Freia, en lui promettant de chercher une manière de le délivrer de cette promesse, Loge se fait le fossoyeur des dieux, ne trouvant dans le vol de l'Or à Alberich qu'une solution pire que le mal... Car son raisonnement spécieux: voler un voleur n'est pas voler, ne peut pas nous leurrer comme il leurre Wotan. Alberich n'a pas dérobé l'Or aux Filles du Rhin, il l'a acquis, légitimement, au prix de la condition exigée: le renoncement à l'amour. C'est Alberich qui est volé par Loge et Wotan, d'où l'impitoyable pouvoir de sa malédiction, elle aussi, parfaitement légitime. N'innocentons pas Loge, comme lui-même se dédouane à la fin du Prologue, ironisant sur les dieux qui "courent à leur perte", alors qu'il a ouvert le précipice sous leurs pieds. Loge paraît se venger, mais de quoi et pourquoi ? D'avoir été asservi par Wotan? De ne pas être à égalité avec les autres dieux? De ne pas goûter aussi souvent aux pommes d'or de Freia parce qu'il n'est qu'"à moitié aussi divin qu'eux" ? Jalousie, méchanceté pure, plaisir pervers d'exercer la supériorité de son esprit délié sur ces balourds et ces fats que sont les puissants? Car si Wotan a la grandeur et du pouvoir, il n'est guère subtil; c'est tout un monde qui paiera le prix de son inconséquence. Et mettant le feu lui-même au Walhall à la fin du "Götterdämmerung, Loge terminera "en beauté" le travail commencé avant même le début de ce Prologue: la boucle est bouclée.

Direction somptueuse, forte et nuancée, distribution inégalable (il faut encore mentionner : Eberhard Wächter (Donner impressionnant), Waldemar Kmentt (Froh rayonnant), Walter Kreppel (Fasolt tout humain), Kurt Böhme (Fafner noir et brutal), Paul Kuen (Mime acidulé), Claire Watson (Freia juvénile), Jean Madeira (imposante Erda), pour cette grande dispute en musique, où tout le monde en prend pour son grade... avant le flamboyant finale d'une impitoyable ironie!


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DVD ~ Richard Strauss
Prix : EUR 35,81

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 A l'asile ..., 4 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Salomé (Blu-Ray) [HD DVD] (Blu-ray)
Richard Strauss : "Salomé", David McVicar - Philippe Jordan, Covent Garden, 2008, 1 Blu-Ray OpusArte, 2010.

Décor, un sous-sol de bunker (qui peut en rappeller un autre, d'avril 1945), et dont la froideur (perfection des éclairages !) ajoute encore à l'hallucinante galerie de frappadingues dont cette oeuvre est peuplée... Car si la culture chrétienne ne nous obligeait pas, inconsciemment, à prendre Jean le Baptiste au sérieux, nous le prendrions pour ce qu'il est, et tel que McVicar nous le montre, un clodo fou à lier, un sdf prophète de carrefour, shooté de religion comme d'autres le sont de came, et moralisateur haineux avec ça, dangereux comme tous les êtres voués à la haine, juste bon pour le cabanon. Près de lui un magnat lubrique et superstitieux, le tyran Hérode, des religieux prêts à s'égorger pour savoir qui a ou n'a pas vu Dieu, son ombre ou rien du tout, et enfin la gosse de riche, gâtée pourrie, Salomé, gamine hystérique et totalement allumée. Heureusement, pour notre équilibre mental, il y a parmi cette troupe d'aliénés, une personne, rafraichissante de prosaÏsme et de gros bon sens, Hérodias, pour qui "la lune est comme la lune, et rien d'autre", qui ne croit pas aux miracles "parce qu'elle en a trop vus" (!), oh, femme des plus terre à terre, et banale s'il en est, mais combien rassurante parmi ces personnages trop "poétiquement" obsédés de sexe, de sang et de divinité !

Charnière du drame, l'apparition du bourreau, un bodybuilder complétement nu, dégoulinant de sang, la tête de Iokanaan à la main, serait un choc à la mesure de la folie ambiante, si la couverture du DVD/Blu-Ray ne nous avait défloré la surprise !

La danse des sept voiles semble décidément impossible à mettre en scène que l'on opte pour une véritable danse, généralement médiocre, ou comme ici, pour un périple psychanalytique depuis une petite enfance, sans doute abusée, jusqu'à l'âge pubère de Salomé, suite de clichés assez peu convaincante.

Le Iokanaan de Michael Volle, sale et laid à faire peur, (mais vocalement à la hauteur) dénonce par cette apparence répugnante, aussi loin que possible de la figure d'ivoire que Salomé évoque en le contemplant, la folie initiale de la princesse, le pur délire dans lequel elle l'invente et le contemple, et qui ne fait que s'accroître au fur et à mesure que Iokanaan la rejette et l'invective. Nadja Michaël s'épuise assez vite à incarner un rôle qui dépasse un peu ses moyens, mais l'investissement de la comédienne est total et force l'admiration. Thomas Moser, en Hérode, termine à bout de souffle; pourquoi confie-t-on presque systématiquement ce rôle si riche à des ténors sur le retour? Mais Michaela Schuster est à sa place, vocalement autant que scéniquement, en Hérodias, et Joseph Kaiser rend justice au joli rôle de Narraboth, seul être innocent, poétique et sensible tout de suite expectoré par ce monde de fous... tandis que Philippe Jordan dirige avec fougue et précision le bel orchestre du Royal Opera House.

Une production qui fait date !


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