Profil de Roger Dominique Maes > Commentaires

Fiche d'identité

Contenu rédigé par Roger Dominiqu...
Classement des meilleurs critiques: 23
Votes utiles : 3535

Chez vous : découvrez nos services personnalisés en pages d'aide !

Commentaires écrits par
Roger Dominique Maes (Bruxelles)
(COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)    (TOP 50 COMMENTATEURS)   

Afficher :  
Page : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11-20
pixel
Les uniformes du premier Empire. La Maison de l'Empereur
Les uniformes du premier Empire. La Maison de l'Empereur
par Commandant Bucquoy
Edition : Broché

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Toute la Maison impériale., 4 juillet 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les uniformes du premier Empire. La Maison de l'Empereur (Broché)
Cdt Eugène Bucquoy, "Les Uniformes du Premier Empire - La Maison de l'Empereur", Jacques Grancher, éditeur-Paris, 1977, reliure simili-cuir vert sous jaquette, 127 pages

Ce neuvième et dernier volume de la série qu'Eugène Bucquoy (1879-1958) consacra à partir de 1908 aux costumes et uniformes du Premier Empire (1), et qui réunit au total plus 3.500 figures, s'emploie à détailler ceux de l'Empereur, de sa famille, des deux Impératrices, des dignitaires et ministres, de sa Maison Civile et Militaire, à l'aide, comme dans les volumes précédents, de dessins "colorés au pochoir en quatre couleurs", format carte postale, réalisés par quelques uns des meilleurs dessinateurs du genre, à partir des documents les plus sûrs.

A tout seigneur tout honneur, Job, s'est vu confier les costumes et uniformes de l'Empereur: après deux tenues de Général en chef (1800) et de Premier Consul (1802), ce sont les grand et petit costumes du couronnement, ses deux uniformes habituels, celui de colonel des Chasseurs (vert) ou des Grenadiers (bleu) de la Garde, sa fameuse redingote grise, et les polonaises, manteaux fourrés à brandebourgs qu'il portait en hiver, parfois coiffé d'un bonnet de fourrure comme lors de la retraite de Russie. Neuf planches superbes. Avec tout le respect qu'inspire les autres illustrateurs, ils sont dominés et de haut par Job, sans comparaison pour la finesse du trait, l'exactitude des visages, la justesse des expressions, le naturel des montures, la science du coloris, et l'on regrette qu'il n'ait pas pu illustrer tout l'ouvrage. Mais Benigni, Rousselot, Huen, Boisselier, et Bucquoy lui-même, pourtant assez laborieux dessinateur, complètent très honorablement le travail (2), avec, en fin de volume, tout un chapitre, pas moins de trente-huit planches, consacré à Murat, qui changeait d'uniformes comme d'autres de chemises; on le voit en général, en maréchal, en amiral, en commandant de la place de Paris, en grand duc de Berg, à Vienne, à Berlin, Smolensk ou Torontino, commandant à Eylau, passant le Niemen, chargeant à la Moskova, dans des tenues plus chamarrées, plus improbables les unes que les autres, et toujours coiffé d'extravagants couvre-chefs... Et encore, Bucquoy n'a-t-il pas voulu s'égarer dans la délirante garde-robe de Joachim Ier, roi de Naples, cela aurait fait sans doute un volume entier; on peut trouver quelques une de ces tenues dans le "Murat" de Georges Montorgueil, illustré par Job, et réédité, en petit format à reliure souple, aux Editions AOJB.

A côté de tous ces uniformes rutilants qui font rêver, il y a ceux des emplois de service, les valets de chambre et valets de pied, pages, piqueurs, fourriers, chirurgiens, et ils ne sont pas moins intéressants, eux qui suivaient l'Empereur aux armées sous la direction des deux Grands Officiers de sa Maison Civile, le Grand Maréchal du Palais, Michel Duroc, duc de Frioul, puis le comte Bertrand, et du Grand Ecuyer, Caulaincourt, duc de Vicence...

Le texte, d'une précision méticuleuse, est entièrement celui du commandant Bucquoy, augmenté de textes données par Guy Devautour, maître d'oeuvre de cette réédition. Un ouvrage indispensable aux amateurs comme les huit autres volumes.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

(1) Il y a bien un volume 10, paru sous le titre générique des "Uniformes du Premier Empire", mais il déborde largement ce cadre puisqu'il traite des "Fanfares et Musiques des troupes à cheval de 1640 à 1940".

(2) On découvre même le dessin d'un casque et d'une cuirasse (de parade?) destinés à l'Empereur, réalisés en 1806, mais qui ne furent jamais portés.


Napoléon - La Grande Epopée
Napoléon - La Grande Epopée
DVD ~ Andre Castelot
Prix : EUR 14,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Une excellente approche., 2 juillet 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Napoléon - La Grande Epopée (DVD)
David Grubin, "Napoléon", Documentaire, 2002, VF uniquement, VOST pour le bonus, 2 DVD, Play On, 2010.

Le réalisateur, écrivain et producteur américain David Grubin, membre de la "Society of American Historians", a réalisé un des meilleurs documentaires sur Napoléon qu'on puisse voir en DVD. Une riche iconographie, des reconstitutions cinématographiques, alternent avec les interventions d'historiens français et américains (Jean Tulard, Jean-Paul Kaufmann, Jacques Jourquin, Jean-Paul Bertaud, Antoine Debaecque... mais en aucun cas, le regretté André Castelot, comme annoncé sur la jaquette), et de très heureuses citations de Napoléon, bien sûr, mais aussi de Stendhal, Chateaubriand, Caulaincourt, ou Las Cases.
Le texte de cette version en français est dit par Claude Rich.

Si le film est solide, intelligent, plutôt admiratif du "prodige Napoléon", mais sans partialité, il n'est qu'un documentaire, il ne peut entrer dans toutes les complexités d'un personnage qui échappe aux définitions, qui vient toujours apporter une contradiction à l'idée qu'on s'est faite de lui, et qui oblige à l'explorer toujours sans l'épuiser jamais... Mais surtout, il me semble faiblir dans sa deuxième partie.
Si Grubin s'attarde sur la Guerre d'Espagne et la Campagne de Russie, montre les horreurs de la première (avec les terribles dessins de Goya) et les malheurs de la seconde, il néglige d'en expliquer les causes.
Après Trafalgar, plus aucun pays d'Europe n'a de flotte capable de s'opposer à la flotte anglaise. Napoléon n'a aucune chance de battre l'Angleterre sur mer, cette Angleterre qui est décidée à ne jamais faire la paix, et qui finance toutes les coalitions auxquelles il doit faire face. Il faut donc qu'il la batte autrement. Il invente la guerre économique. Le Blocus l'asphyxiera, pense-t-il. Londres étouffera sous les richesses coloniales affluant dans ses ports -ce ne fut pas loin d'arriver. Mais pour cela, il faut que l'Europe soit imperméable à ses produits, d'Anvers à Naples, de Lisbonne à Saint-Pétersbourg. Si les Bourbons d'Espagne se laissent circonvenir, et renoncent même à leur trône avec une étonnante facilité, le peuple espagnol, moins par fidélité dynastique que par fanatisme religieux, rejettera ce que ses moines et ses prêtres appellent les soldats de l'Antéchrist. Pour le Tsar, qui, à Tilsit, séduit par Napoléon, se montrait prêt à tous les accommodements, il n'appliquera le blocus qu'avec mollesse avant de retomber sous l'influence anglais, et de redevenir un ennemi. La Campagne de 1812, l'Empereur pensait la terminer rapidement par un accord. On sait ce qu'il en fut...

Le documentaire commence par cette phrase de Napoléon: "Qu'est-ce que l'Histoire, sinon un conte sur lequel on s'accorde..."
Ah, l'habile homme qui, prétendant donner une définition de l'Histoire, en donne une de la légende!... et la sienne de légende sera longtemps, est encore pour beaucoup, ce "conte sur lequel on s'accorde". Non, Sire, l'Histoire -comme la mer, toujours recommencée- n'est pas un conte, c'est un récit, une tentative de récit du passé, sans cesse revu, corrigé, enrichi, discuté, sur lequel on ne s'accorde guère, et c'est tant mieux. L'Histoire est un domaine où tant qu'on cherche, on trouve.


L'autre Corse
L'autre Corse
par Yvon Toussaint
Edition : Broché
Prix : EUR 25,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Quand une grande haine égale un bel amour..., 30 juin 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'autre Corse (Broché)
Yvon Toussaint, "L'Autre Corse", Fayard, 2004, broché, 346 pages.

Yvon Toussaint (1933-2013), journaliste et romancier, né et mort à Bruxelles, a fait toute sa carrière au journal "Le Soir", où il entre en 1957, et dont il sera le directeur de 1979 à 1989. Auteur de romans policiers, il se tourne vers le roman historique dans les années 2000 avec "Le Manuscrit de la Giudecca (2001), tandis que le meurtre d'un homonyme, médecin et homme politique haïtien, abattu d'une balle dans la tête en 1999, lui inspirera son dernier roman, "L'Assassinat d'Yvon Toussaint", sorti en 2010, que couronna le Prix de l'Académie royale de langue et de littérature françaises. Avec le livre qui m'occupe, Toussaint a le grand mérite de braquer la lumière sur un personnage des plus curieux et des plus négligés de la Révolution et de l'Empire, le général comte Charles-André Pozzo di Borgo, né à Alata (Corse) en 1768 et mort à Paris en 1842, militaire, diplomate, conseiller, ambassadeur de sa majesté le Tsar à Paris, pair de France, et le plus constant et implacable ennemi de Napoléon, un personnage qui n'avait encore fait l'objet d'aucun étude.

Ces faux mémoires, il faut, pour en parler, faire mine de les croire authentiques, afin d'éviter des aller-retours exténuants entre l'auteur prétendu et l'auteur véritable. Ce que je ferai, et d'autant plus facilement que Toussaint a habilement conçu son livre, au point qu'on sait toujours ce qui appartient au romancier ou à son personnage.
Le livre commence par un entretien entre Pozzo et la comtesse de Boigne, celle-ci le convaincant d'écrire ses souvenirs, comme elle-même est occupée à le faire. Après chaque chapitre nous retrouvons la comtesse qui, en compagnie d'Etienne Pasquier, les commente brièvement. L'ancien préfet de police et ministre de la justice de Napoléon est mieux que tout autre en position de corriger certains faits ou allégations, de combler des oublis, volontaires ou non, de Pozzo, tandis que la comtesse, d'une petite voix qu'on imagine acidulée, ironise finement et trace quelques portraits au jus d'agrumes.
Par le style, ça ne peut passer pour des Mémoires du XIXème siècle, Toussaint ne cherche pas à en faire le simulacre, et c'est tant mieux; il écrit efficacement, plus en journaliste qu'en écrivain, même s'il y a de fort jolis paragraphes, de bonnes évocations: Londres, aux années fortes du blocus, étouffant de marchandises, faisant faillite sous ses richesses impossibles à écouler ; le début de la campagne de Russie, Gand à l'époque des Cent-Jours où l'Autre Corse a suivi Louis XVIII, et Waterloo, bien sûr, que Pozzo, qui y fut blessé deux fois, se garde bien de raconter: "On ne raconte pas une bataille qu'on a faite. Tout au plus parle-t-on de "sa" bataille." (p.320), épisode fatal, dans des deux sens du terme, aux deux hommes, puisqu'il termine la carrière de l'un et assouvit la haine de l'autre.

En Corse, à la veille de la Révolution, les famille Pozzo et Bonaparte sont très proches. Carlo Andrea et Napoleone n'ont qu'un an d'écart et tous deux, dès l'adolescence, manifestent une ambition dévorante. Leur héros, Pascal Paoli, les unira avant de les séparer, Pozzo restant fidèle au Babbu, comme on l'appelle, et à la Corse, tandis que Bonaparte et sa famille choisiront de miser sur la République française. L'épisode, souvent à peine évoqué par les historiens, de Paoli "offrant" la Corse à l'Angleterre est ici raconté en détails et la position de Paoli défendue ardemment par Pozzo, qui démontre que l'île y acquiert enfin, sinon une impossible indépendance, du moins une véritable autonomie, le roi d'Angleterre se posant en protecteur, non en souverain. Mais l'ingouvernabilité chronique des Corses fera échouer l'entreprise. George III et son gouvernement préféreront laisser les insulaires à leur querelles: ils retomberont sous la coupe des Français. Pozzo réfugié à Londres avec les émigrés, se lie avec tous les adversaires de la République, et refusera de rentrer en France lorsque le Premier consul abrogera les lois qui les condamnaient. Assez vite appelé à Saint-Petersbourg, auprès d'Alexandre Ier, il servira le tsar comme conseiller et ambassadeur pendant toute sa vie, hormis pendant la période où l'empereur de toutes les Russies et l'empereur des Français roucouleront cette étonnante, et unique dans l'Histoire, "romance d'autocrates" après le coup de foudre de leur rencontre à Tilsitt.

Au début de la campagne de Russie, Pozzo avoue avec candeur à propos de Napoléon :"Lui, une fois de plus je l'imagine depuis mon bureau londonien. Qu'ai-je d'ailleurs jamais fait d'autre que l'imaginer?" Eh oui, il ne fait plus que l'imaginer. Depuis qu'ils se sont séparés à l'adolescence, déjà rivaux sinon ennemis, ils ne se sont plus revus. Peut-on croire que si Pozzo avait revu Bonaparte, il serait tombé sous le charme du séducteur, du "sorcier", comme les autres? Toujours est-il que sa haine s'est nourrie des succès de l'ennemi, chaque année plus grand, plus victorieux, plus encensé, une haine plus solide que l'amour, une haine qu'il gave d'imagination(s), une haine dont Pozzo se dira "économe", ne la dispersant pas, afin d'être sûr de la voir durer jusqu'au triomphe final...
Et pourtant, qui ne connait Napoléon, et qui connait Pozzo di Borgo?
"Le pathétique, dans son cas, dit Madame de Boigne, est qu'une fois entrée dans sa tête de Corse, l'idée selon laquelle il était LE rival de Napoléon n'en sortit jamais plus. Il ne pouvait l'en déloger. Rival du petit officier insulaire, passe encore, mais aussi rival du vainqueur de l'Italie, du Premier consul, et même de l'Empereur? Il avait trop d'esprit pour montrer ouvertement cette pensée, mais elle fermentait dans sa cervelle." (p.201)
De plus la haine n'est pas un sentiment sympathique, et il n'est guère valorisant. Donc ce Napoléon qu'il exècre, Pozzo ne peut, ne veut pas le diminuer. Entretient-on une haine de 20 ans, aussi constante, exclusive, pour un être médiocre? (1)
Pozzo, qui craint de passer pour "un pauvre petit gentilhomme corse mâchonnant sa rancoeur", doit donc perpétuellement défendre son ennemi, sa personnalité, son oeuvre, contre des attaques imbéciles, contre ceux qui se croient de taille à rabaisser l'adversaire, et cette défense contrainte et forcée ne doit pas peu contribuer à ranimer son animosité; mais c'est parce que Napoléon est "cet être immense et incompréhensible, ce phénomène qui ne se reproduirait plus et qui, à lui seul, est un univers politique" que sa haine pour lui est noble, grande, et admirable... du moins à ses yeux. Et il écrira sur Napoléon (et ces phrases sont dues au vrai Pozzo, non à Toussaint) un texte que tous, admirateurs et détracteurs de l'Empereur, devraient avoir sans cesse en mémoire: "Napoléon n'est pas encore décrit. Il est peut-être destiné à rester dans une sublime et gigantesque obscurité. Il nous a donné l'exemple de tout ce que l'homme peut faire avec la force et de tout ce qu'il peut oser avec le génie. C'est une énigme profonde et presque impossible à expliquer. Jusqu'à présent, ses panégyristes se sont montrés inférieurs à leur sujet. Ses détracteurs sont descendus encore plus bas. L'embarras des uns et des autres et leur manque de succès sont, à mon avis, la preuve que l'objet est plus grand que leurs lunettes. La plus grande louange de cet homme extraordinaire est que chacun veut en parler et que tous ceux qui en parlent n'importe comment croient s'agrandir..."
LA PLUS GRANDE LOUANGE DE CET HOMME EXTRAORDINAIRE EST QUE CHACUN VEUT EN PARLER (comment résister à un tel "sujet"?) ET QUE TOUS CEUX QUI EN PARLENT CROIENT S'AGRANDIR..." (et, pour la plupart, en sortent diminués).
En 1912, dans un livre étrange, intitulé "L'Ame de Napoléon", Léon Bloy rejoignit Pozzo, en écrivant de Napoléon: "Plus on l'étudie, plus on découvre qu'il est l'homme à qui nul ne ressembla et c'est tout. Voici le gouffre. (...) j'ai fini par sentir que j'étais en présence d'un des mystères les plus redoutables de l'histoire."

Yvon Toussaint, qui a daté ces Mémoires de 1840, les arrête à la fin de la bataille de Waterloo, sur cette phrase : "Le cavalier a disparu dans la fumée". Ce cavalier, c'est Napoléon... et celui qui le voit disparaître dans sa lunette, c'est Pozzo, évidemment.
Certains ont vécu dans la lumière de Napoléon, se nourrissant de son éclat, d'autres dans son reflet, ou de sa réverbération, Pozzo vécut dans son ombre, et de son ombre. Et si ses Mémoires s'arrêtent le soir du 18 juin 1815, et néglige Sainte-Hélène, la Légende qui croît à vue d'oeil, et connait son apogée avec le Retour des Cendres, auquel Pozzo dut assister, c'est sans doute, que cette grande passion ayant perdu son objet, se trouvait veuve. Lorsque Napoléon disparut à ses yeux dans la plaine de Waterloo, Pozzo réalisa-t-il qu'il avait vécu dans son ombre et que, sorti de cette ombre, il n'y aurait plus de lumière?
Qui dira la solitude qui suit les vengeances assouvies? Pozzo di Borgo vivra vingt-cinq ans encore, titré, riche, décoré... mais privé de son "indispensable partenaire." (p.311)
Ne serait-ce pas le long, l'interminable vide de ces lendemains de victoire qui explique pourquoi le véritable général-comte Charles-André Pozzo di Borgo, inlassable auteur de Mémoires à l'adresse des cabinets et des souverains de l'Europe, n'écrivit pas les siens quand tous les personnages plus ou moins importants de la Révolution et l'Empire écrivaient les leurs entre 1820 et 1850?

Encore une réflexion dans cette histoire de haine corse, avant de terminer. Qui était "Le Corse" et qui était "L'Autre Corse"? Y avait-il bien deux Corses en présence.
Car Napoléon, que ses adversaires se sont plu à appeler "le Corse", pour mieux lui contester son statut de Français, ou, dans un diminutif injurieux, "le Corsicain", était somme toute assez peu de sa race. Homme de clan, oui, il le fut, mais souvent à son corps défendant. Il devait gaver ses frères et ses soeurs, puisque même couverts d'or, d'honneurs, de couronnes et d'hermine, ils étaient encore insatisfaits, ("Ne dirait-on pas que je vous prive de l'héritage du feu roi notre père?", leur lancera-t-il la veille du sacre), et prêts à se retourner contre lui, ou à jouer cavaliers seuls, à la première occasion. Il avait très vite compris que "tout cela ne valait rien", comme il l'avoua en confidences à Metternich en 1810, mais "on ne devient sage qu'à la longue. Je devais (...) ne nommer que des gouverneurs généraux et des vice-rois. Vous n'avez d'ailleurs qu'à considérer la conduite du roi de Hollande pour vous convaincre que les parents sont souvent loin d'être des amis".
Par contre, si le Corse se définit comme homme de haine et de vendetta, alors Napoléon n'en fut jamais un. Colérique, vindicatif, sûrement, mais "laissant toujours passer la nuit sur une insulte", suivant le bon conseil qu'il donnait toujours, et on ne lui connait pas de haine et aucune vengeance. Quel dictateur haineux aurait laissé en vie Talleyrand et Fouché?
"J'ai toujours eu à me défendre de mon origine corse", dira-t-il un jour. Notons qu'il dit qu'il a eu à se défendre "de", non "contre" cette origine; il répondait aux attaques, à ceux qui faisaient de lui un étranger (Chateaubriand, en tête, et Talleyrand quand cela lui convenait (2), mais Napoléon n'avait rien à combattre en lui-même. Corse, il était, et Français, tout autant. Il avait de longtemps dépassé ces notions étroites, qui n'ont d'ailleurs aucun sens pour qui incarne la Nation et l'Etat. Incidemment parmi les souverains prétendûment légitimes qui le combattaient, le roi d'Angleterre et le tsar n'avaient guère de sang anglais ou russe dans les veines, ils étaient tout allemand; quant à Louis XVIII, comme son aïeul Louis XIV, il avait plus d'hérédité espagnole que française...

Pour conclure, une phrase, et toujours du vrai Pozzo di Borgo:"C'est une grande erreur en politique de créer des intérêts universels et permanents contre soi-même". Voilà qui ne fut pas écrit à Napoléon ou à son propos, mais qui est sans doute une des phrases les plus pertinentes à l'adresse des bâtisseurs d'empire. Si l'Europe s'est sans cesse liée contre lui, c'est que Napoléon a créé "des intérêts universels et permanents" contre lui. Avec tout son génie, il n'a pas vu qu'on ne se fait pas des alliés de force, que des vaincus humiliés ne deviennent pas des partenaires, sinon le temps de reprendre des forces. L'animal qui vous lèche la main, après que vous l'avez battu, n'attend que de vous mordre.... Et les peuples d'Europe ne regretteront son administration que lorsqu'on en aura oublié la poigne, ou en la comparant à celle des anciens maîtres revenus.

Un livre vraiment passionnant, amenant, comme on le voit, de nombreuses réflexions, mais qu'on n'appréciera pleinement qu'à condition d'être déjà familiarisé avec l'époque et ses protagonistes.
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
(1) Il serait intéressant de comparer cette rivalité prétendue entre Pozzo et Napoléon et celle, imaginée par Chateaubriand, entre lui-même et l'Empereur... entre l'Enchanteur et le Sorcier... ce Chateaubriand dont Mme de Boigne a dit avec une fine cruauté: "Voilà un homme qui ne s'est jamais occupé que de se hisser sur un piédestal. Il s'est toujours fait une petite atmosphère à part. Dès qu'il en sort, il est saisi par l'air extérieur d'une façon si pénible qu'il en devient d'une maussaderie insupportable. En particulier, il s'est toujours rêvé en homme d'Etat, mais personne ne s'en est jamais avisé."

(2) Il est même d'une ironie, qui dut leur échapper, de voir des hommes qui doivent à des troupes étrangères le retour de leur roi légitime en France, ergoter sur la nationalité de Napoléon... comme si, tout à coup, ils étaient devenus de chatouilleux patriotes.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (5) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 1, 2015 9:20 AM MEST


LE CULTE DE NAPOLEON 1815-1848.
LE CULTE DE NAPOLEON 1815-1848.
par J. LUCAS-DUBRETON
Edition : Broché

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Ou comment l'auréole vint à Napoléon., 28 juin 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : LE CULTE DE NAPOLEON 1815-1848. (Broché)
Jean Lucas-Dubreton, "Le Culte de Napoléon", Librairie Académique Perrin, 1960, broché, 470 pages.

Culte ? Pas vraiment, car il est évident qu'il ne s'agit pas de religion au sens propre, mais "mystique", oui! Et le premier intérêt du livre est de nous montrer que cette mystique de l'Empereur nait -bien avant la parution du "Mémorial"- dès la seconde abdication. Chez les fidèles, le dévouement se métamorphose presque immédiatement en dévotion.
Car si pour nous, aujourd'hui, Waterloo est la défaite de Napoléon, pour la majorité des Français de 1815, c'était une défaite de la France.
Après un rejet de courte durée, le regret, la nostalgie vont l'emporter presque partout: malgré le sang versé, l'âge d'or, cet étonnant sentiment, qui correspond moins à un regret d'un âge de prospérité, et de bonheur, qu'à une impression qu'"en ce temps-là", on vivait plus intensément, que la vie avait un élan qu'elle a perdu depuis, va s'imposer. Le mythe de l'âge d'or, c'est le regret de la jeunesse du monde, ou, dans ce cas, de la jeunesse d'une nation. Napoléon, qui a contribué plus qu'aucun à la croissance d'une nation nouveau-né, à sa viabilité; Napoléon, avec son image simple, son petit chapeau, sa redingote, son aigle et son cheval blanc, va donner à ce regret une silhouette... immédiatement reconnaissable, symbole de jeunesse, de gloire, de dépassement de soi. Le regret contient toujours un espoir.

Le gouvernement de Louis XVIII, la terreur blanche, en voulant "déraciner" Napoléon -après avoir avec Chateaubriand affirmé que les Bonaparte n'avaient que "de fausses racines dans le pays"-, en poursuivant ses fidèles, en cherchant et voyant partout des complots, ne feront que renforcer cette image par réaction, approfondir l'enracinement. Bien vite la nostalgie dépasse le cadre des soldats, des demi-soldes, des ouvriers et des paysans pour gagner les intellectuels. Stendhal qui a toujours défendu farouchement son indépendance, se laisse gagner: opposant Mme Bertrand à Mme de Staël, dont le dernier livre "Considérations sur les principaux événements de la Révolution française" accable sans mesure Napoléon, il écrit que le nom héroïque de Mme Bertrand, exilée volontaire à Sainte-Hélène, sera honoré par la postérité, tandis que celui de Mme de Staël ira se perdre "dans la tourbe de ces âmes communes qui ne savent admirer la vertu que lorsqu'elle est employée au bénéfice du pouvoir". Chateaubriand, "l'adversaire fasciné", après avoir honni l'Ogre dans "De Buonaparte aux Bourbons," est trop vite déçu par Louis XVIII et son gouvernement, pour ne pas revenir à sa fascination. Dès 1818, il entonne des comparaisons idolâtres: "Les peuples ont appelé Bonaparte un fléau; mais les fléaux de Dieu conservent quelque chose de l'éternité et de la grandeur du courroux divin dont ils émanent... Jeté au milieu des mers où Camoëns sembla le prophétiser en y plaçant le génie des tempêtes, Bonaparte ne se peut remuer sur son rocher que nous n'en soyons averti par une secousse." Napoléon sera à l'annonce de sa mort, "le plus grand souffle qui ait jamais animé l'argile humaine"... comme il avait été "l'âme du monde" pour Heinrich Heine, lorsque celui-ci l'avait vu entrer dans Berlin.
Sans parler des Londoniens qui se passionnent de manière presque insensée pour le Proscrit de Saint-Hélène: "En novembre (1818), écrit Lucas-Dubreton, nouvelle sensationnelle d'Angleterre; le scoop "Musquito" arrivé de Sainte-Hélène à Portsmouth apporte des dépêches qui provoquent une réunion immédiate des ministres: Bonaparte, dit-on, s'est sauvé! Aussitôt les Londoniens, à la Bourse, dans la Cité et les quartiers populaires, manifestent une joie incroyable; dans certaines rues des maisons s'illuminent... Voilà le chemin qu'a fait en trois ans l'opinion publique chez les vainqueurs de Waterloo(...)" (p.102)

La nouvelle est fausse bien entendu, mais voici une lettre du duc de Richelieu, premier ministre de Louis XVIII, à son ambassadeur à Londres: "Sainte-Hélène, pour Dieu, qu'on ne la perde pas de vue, et que surveillance et garnison soient fréquemment relevées, car le diable d'homme exerce une séduction étonnante sur tous ceux qui l'approchent, témoin l'équipage du "Northumberland"... Si les mêmes troupes restaient longtemps attachés à sa garde, il trouverait parmi elles des partisans."
"LE DIABLE D'HOMME EXERCE UNE SEDUCTION ETONNANTE SUR TOUS CEUX QUI L'APPROCHENT, TEMOIN L'EQUIPAGE DU NORTHUMBERLAND" (1). Or qu'a été Napoléon, pendant près de trois mois, à bord du vaisseau qui le transporte à Sainte-Hélène? Las Cases et tous les autres témoins l'ont dit: une constance d'humeur inaltérable, aucun reproche, ni sur la nourriture qui n'est pas pour lui plaire, ni sur les odeurs, de peinture notamment auxquelles il est très sensible, ni sur les saluts que les officiers ont reçu l'ordre de ne pas lui rendre: il dort, mange, lit, se promène, converse, et quelques fois avec les marins, regarde la mer assis sur un canon, qui deviendra tout de suite "le canon de Napoléon", tant l'équipage (2) est sous le charme de cet homme affable et digne, dont le visage sait s'illuminer d'un sourire enchanteur (3), et qui ressemble si peu au monstre ou au gnome que les journaux de Londres ont décrit pendant 15 ans.

Impossible de résumé un si gros livre, si complet, si instructif, qui est aussi, par la force des choses, une histoire de la Restauration et de la Monarchie de Juillet, vue sous l'angle du Napoléonisme, mais non du Bonapartisme. Car une mystique n'est pas un programme politique, et il n'y aura à proprement parler de parti bonapartiste qu'assez tard, après 1840, après le Retour des Cendres, quand le "Neveu" saura exploiter le mythe à son profit.
Napoléon II, "né prince français" comme le rappelle Napoléon dans son testament, est très vite un prince autrichien. Cette double "étiquette", comme nous dirions aujourd'hui, le desservira. Même à nos oreilles, l'idée de mettre un "duc de Reichstadt" sur le trône de France semble incongrue. Personne ne songe vraiment à lui. Et quand en 1830, la rue crie "Vive l'Empereur!", c'est le père qu'elle invoque, pas le fils qu'elle appelle.
Une infinité d'aigris et de nostalgiques qui s'agglomèrent aux mécontents de tous poils, avant de se lier au vague parti de la liberté, voilà le parti de Napoléon. On y retrouve les ennemis d'hier, Thermidoriens et Brumairiens, Républicains et Libéraux, Jacobins et Orléanistes, que rassemble le drapeau tricolore, ce drapeau que Louis XVIII ne pouvait adopter, pensait-il, sans renier sa "légitimité", mais un drapeau sous les couleurs duquel trop de grandes choses s'étaient accomplies, tant civiles que militaires, pour qu'on puisse s'en défaire.

En rejetant la Révolution et l'Empire dans le même panier d'opprobre, la Restauration a fait un inestimable cadeau à Napoléon, et à son image; elle a transformé l'autocrate liberticide en héros de la liberté, l'Ogre en "empereur du peuple"... elle a entériné son image de "Jacobin couronné", de "Robespierre à cheval", lui a rendu son auréole de Consul, en a refait ce "dictateur de salut public", sauveur de la patrie, et père de la Nation. Avec son sens inné de l'opportunité, en étonnant "gestionnaire de son image", pour parler un langage de publicitaire, qu'il était, l'Empereur qui, à Sainte-Hélène, était mieux informé qu'on ne le croit, sut exploiter tout cela. Le "Mémorial" en témoigne. Et si le livre de Las Cases est un tel succès, c'est qu'il comble une attente. L'Empereur y vit, y parle, grand comme sa légende. Mais, comme je le disais au début de ce commentaire, le Mémorial ne crée pas la Légende, il la structure, la canalise.
Le Retour de Cendres mettra le point d'orgue au mythe, comme une ultime victoire, et parfaite, cette fois, pour l'éternel conquérant... dormant au "puits de gloire" des Invalides, le front ceint de lauriers, des couronnes d'empereur et de roi, et de l'auréole du martyr...
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
(1) Le général Bugeaud appelait Napoléon, en un moderne raccourci, "l'objet de séduction"! La comtesse Potocka, une grande dame qui a l'usage du monde, avoue son émotion lorsqu'elle vit Napoléon pour la première fois : "J'éprouvai une sorte de stupeur, une surprise muette, semblable à celle dont on est saisi devant un prodige. IL ME SEMBLAIT QU'IL AVAIT UNE AUREOLE."
Alexandre Ier, en visite chez la reine Hortense, s'arrête devant un buste de l'Empereur, et soupire :" Je n'ai rien aimé plus que cet homme-là."

(2) Comme l'avait été l'équipage du Bellerophon lors du voyage d'Aix à Portmouth. Son capitaine, Maitland, rapporte ce propos entendu à bord : "On peut dire tout le mal qu'on voudra de cet homme, mais si, en Angleterre, on le connaissait comme nous le connaissons, on ne toucherait pas à un cheveu de sa tête". Et cela est dit par un officier anglais quelques mois après Waterloo!

(3) George Home, autre officier de la marine anglaise, observe :"Le charme de sa bouche, je ne l'ai jamais rencontré en aucun autre visage humain.", comme Bausset, préfet du palais, qui affirme que quand l'Empereur souriait il était impossible de le voir sans l'aimer. "Il y avait alors de l'âme sur ses lèvres et dans ses yeux" , écrit Laure Junot, duchesse d'Abrantès.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 29, 2015 2:24 PM MEST


le culte de napoleon 1815-1848
le culte de napoleon 1815-1848

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Ou comment l'auréole vint à Napoléon., 28 juin 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : le culte de napoleon 1815-1848
Jean Lucas-Dubreton, "Le Culte de Napoléon", Librairie Académique Perrin, 1960, broché, 470 pages.

Culte ? Pas vraiment, car il est évident qu'il ne s'agit pas de religion au sens propre, mais "mystique", oui! Et le premier intérêt du livre est de nous montrer que cette mystique de l'Empereur nait -bien avant la parution du "Mémorial"- dès la seconde abdication. Chez les fidèles, le dévouement se métamorphose presque immédiatement en dévotion.
Car si pour nous, aujourd'hui, Waterloo est la défaite de Napoléon, pour la majorité des Français de 1815, c'était une défaite de la France.
Après un rejet de courte durée, le regret, la nostalgie vont l'emporter presque partout: malgré le sang versé, l'âge d'or, cet étonnant sentiment, qui correspond moins à un regret d'un âge de prospérité, et de bonheur, qu'à une impression qu'"en ce temps-là", on vivait plus intensément, que la vie avait un élan qu'elle a perdu depuis, va s'imposer. Le mythe de l'âge d'or, c'est le regret de la jeunesse du monde, ou, dans ce cas, de la jeunesse d'une nation. Napoléon, qui a contribué plus qu'aucun à la croissance d'une nation nouveau-né, à sa viabilité; Napoléon, avec son image simple, son petit chapeau, sa redingote, son aigle et son cheval blanc, va donner à ce regret une silhouette... immédiatement reconnaissable, symbole de jeunesse, de gloire, de dépassement de soi. Le regret contient toujours un espoir.

Le gouvernement de Louis XVIII, la terreur blanche, en voulant "déraciner" Napoléon -après avoir avec Chateaubriand affirmé que les Bonaparte n'avaient que "de fausses racines dans le pays"-, en poursuivant ses fidèles, en cherchant et voyant partout des complots, ne feront que renforcer cette image par réaction, approfondir l'enracinement. Bien vite la nostalgie dépasse le cadre des soldats, des demi-soldes, des ouvriers et des paysans pour gagner les intellectuels. Stendhal qui a toujours défendu farouchement son indépendance, se laisse gagner: opposant Mme Bertrand à Mme de Staël, dont le dernier livre "Considérations sur les principaux événements de la Révolution française" accable sans mesure Napoléon, il écrit que le nom héroïque de Mme Bertrand, exilée volontaire à Sainte-Hélène, sera honoré par la postérité, tandis que celui de Mme de Staël ira se perdre "dans la tourbe de ces âmes communes qui ne savent admirer la vertu que lorsqu'elle est employée au bénéfice du pouvoir". Chateaubriand, "l'adversaire fasciné", après avoir honni l'Ogre dans "De Buonaparte aux Bourbons," est trop vite déçu par Louis XVIII et son gouvernement, pour ne pas revenir à sa fascination. Dès 1818, il entonne des comparaisons idolâtres: "Les peuples ont appelé Bonaparte un fléau; mais les fléaux de Dieu conservent quelque chose de l'éternité et de la grandeur du courroux divin dont ils émanent... Jeté au milieu des mers où Camoëns sembla le prophétiser en y plaçant le génie des tempêtes, Bonaparte ne se peut remuer sur son rocher que nous n'en soyons averti par une secousse." Napoléon sera à l'annonce de sa mort, "le plus grand souffle qui ait jamais animé l'argile humaine"... comme il avait été "l'âme du monde" pour Heinrich Heine, lorsque celui-ci l'avait vu entrer dans Berlin. Sans parler des Londoniens qui se passionnent de manière presque insensée pour le Proscrit de Saint-Hélène: "En novembre (1818), écrit Lucas-Dubreton, nouvelle sensationnelle d'Angleterre; le scoop "Musquito" arrivé de Sainte-Hélène à Portsmouth apporte des dépêches qui provoquent une réunion immédiate des ministres: Bonaparte, dit-on, s'est sauvé! Aussitôt les Londoniens, à la Bourse, dans la Cité et les quartiers populaires, manifestent une joie incroyable; dans certaines rues des maisons s'illuminent... Voilà le chemin qu'a fait en trois ans l'opinion publique chez les vainqueurs de Waterloo(...)" (p.102)

La nouvelle est fausse bien entendu, mais voici une lettre du duc de Richelieu, premier ministre de Louis XVIII, à son ambassadeur à Londres: "Sainte-Hélène, pour Dieu, qu'on ne la perde pas de vue, et que surveillance et garnison soient fréquemment relevées, car le diable d'homme exerce une séduction étonnante sur tous ceux qui l'approchent, témoin l'équipage du "Northumberland"... Si les mêmes troupes restaient longtemps attachés à sa garde, il trouverait parmi elles des partisans."
"LE DIABLE D'HOMME EXERCE UNE SEDUCTION ETONNANTE SUR TOUS CEUX QUI L'APPROCHENT, TEMOIN L'EQUIPAGE DU NORTHUMBERLAND" (1). Or qu'a été Napoléon, pendant près de trois mois, à bord du vaisseau qui le transporte à Sainte-Hélène? Las Cases et tous les autres témoins l'ont dit: une constance d'humeur inaltérable, aucun reproche, ni sur la nourriture qui n'est pas pour lui plaire, ni sur les odeurs, de peinture notamment auxquelles il est très sensible, ni sur les saluts que les officiers ont reçu l'ordre de ne pas lui rendre: il dort, mange, lit, se promène, converse, et quelques fois avec les marins, regarde la mer assis sur un canon, qui deviendra tout de suite "le canon de Napoléon", tant l'équipage (2) est sous le charme de cet homme affable et digne, dont le visage sait s'illuminer d'un sourire enchanteur (3), et qui ressemble si peu au monstre ou au gnome que les journaux de Londres ont décrit pendant 15 ans.

Impossible de résumé un si gros livre, si complet, si instructif, qui est aussi, par la force des choses, une histoire de la Restauration et de la Monarchie de Juillet, vue sous l'angle du Napoléonisme, mais non du Bonapartisme. Car une mystique n'est pas un programme politique, et il n'y aura à proprement parler de parti bonapartiste qu'assez tard, après 1840, après le Retour des Cendres, quand le "Neveu" saura exploiter le mythe à son profit.
Napoléon II, "né prince français" comme le rappelle Napoléon dans son testament, est très vite un prince autrichien. Cette double "étiquette", comme nous dirions aujourd'hui, le desservira. Même à nos oreilles, l'idée de mettre un "duc de Reichstadt" sur le trône de France semble incongrue. Personne ne songe vraiment à lui. Et quand en 1830, la rue crie "Vive l'Empereur!", c'est le père qu'elle invoque, pas le fils qu'elle appelle.
Une infinité d'aigris et de nostalgiques qui s'agglomèrent aux mécontents de tous poils, avant de se lier au vague parti de la liberté, voilà le parti de Napoléon. On y retrouve les ennemis d'hier, Thermidoriens et Brumairiens, Républicains et Libéraux, Jacobins et Orléanistes, que rassemble le drapeau tricolore, ce drapeau que Louis XVIII ne pouvait adopter, pensait-il, sans renier sa "légitimité", mais un drapeau sous les couleurs duquel trop de grandes choses s'étaient accomplies, tant civiles que militaires, pour qu'on puisse s'en défaire.

En rejetant la Révolution et l'Empire dans le même panier d'opprobre, la Restauration a fait un inestimable cadeau à Napoléon, et à son image; elle a transformé l'autocrate liberticide en héros de la liberté, l'Ogre en "empereur du peuple"... elle a entériné son image de "Jacobin couronné", de "Robespierre à cheval", lui a rendu son auréole de Consul, en a refait ce "dictateur de salut public", sauveur de la patrie, et père de la Nation. Avec son sens inné de l'opportunité, en étonnant "gestionnaire de son image", pour parler un langage de publicitaire, qu'il était, l'Empereur qui, à Sainte-Hélène, était mieux informé qu'on ne le croit, sut exploiter tout cela. Le "Mémorial" en témoigne. Et si le livre de Las Cases est un tel succès, c'est qu'il comble une attente. L'Empereur y vit, y parle, grand comme sa légende. Mais, comme je le disais au début de ce commentaire, le Mémorial ne crée pas la Légende, il la structure, la canalise.
Le Retour de Cendres mettra le point d'orgue au mythe, comme une ultime victoire, et parfaite, cette fois, pour le conquérant... dormant au "puits de gloire" des Invalides, le front ceint de lauriers, des couronnes d'empereur et de roi, et de l'auréole du martyr...
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
(1) Le général Bugeaud appelait Napoléon, en un moderne raccourci, "l'objet de séduction"! La comtesse Potocka, une grande dame qui a l'usage du monde, avoue son émotion lorsqu'elle vit Napoléon pour la première fois : "J'éprouvai une sorte de stupeur, une surprise muette, semblable à celle dont on est saisi devant un prodige. IL ME SEMBLAIT QU'IL AVAIT UNE AUREOLE."
Alexandre Ier, en visite chez la reine Hortense, s'arrête devant un buste de l'Empereur, et soupire :" Je n'ai rien aimé plus que cet homme-là."

(2) Comme l'avait été l'équipage du Bellerophon lors du voyage d'Aix à Portmouth. Son capitaine, Maitland, rapporte ce propos entendu à bord : "On peut dire tout le mal qu'on voudra de cet homme, mais si, en Angleterre, on le connaissait comme nous le connaissons, on ne toucherait pas à un cheveu de sa tête". Et cela est dit par un officier anglais quelques mois après Waterloo!

(3) George Home, autre officier de la marine anglaise, observe :"Le charme de sa bouche, je ne l'ai jamais rencontré en aucun autre visage humain.", comme Bausset, préfet du palais, qui affirme que quand l'Empereur souriait il était impossible de le voir sans l'aimer. "Il y avait alors de l'âme sur ses lèvres et dans ses yeux" , écrit Laure Junot, duchesse d'Abrantès.


Baudouin : Biographie
Baudouin : Biographie
par Thierry Debels
Edition : Broché
Prix : EUR 24,90

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Le Roi malgré lui..., 14 juin 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Baudouin : Biographie (Broché)
"Baudouin - biographie", Thierry Debels, traduit du néerlandais par Danièle Istas et Gérard De Rubel, Jourdan Editions, Bruxelles, 2010, broché, 478 pages.

On ne trouvera ici ni voyeurisme, ni sentimentalisme, ni apologie; il ne s'agit pas d'une biographie people, ou à l'inverse hagiographique, -on sait la volonté de certains catholiques de faire canoniser le cinquième roi des Belges -, mais d'un portrait sans complaisance, sans malveillance aussi, qui se veut probe, parfois très légèrement ironique, d'un souverain dont l'image béate et béatifiante est et demeure trompeuse. Thierry Debels note des faits, confronte les documents et les témoignages, les passe au peigne fin, cela sans aucune prétention, ni même tentation, littéraire. Chaque chapitre a la rigueur d'un rapport, il en a aussi la sécheresse.

Mou, bonasse, Baudouin Ier (1930-1993) ne l'est qu'en apparence. Il est grand et excellent chasseur, golfeur de haut niveau (handicap 6), et pilote d'hélicoptère. Il conduit ses voitures de sport à grande vitesse, tout en donnant une image plus démocratique en se montrant au volant d'une coccinelle; fasciné par les dictateurs (la reine et lui sont très proches de Franco et de sa famille), ce catholique fervent, qui reçoit des conseils politiques de De Gaulle, est autoritaire et inquisiteur. Ses convictions sont inébranlables, comme ses rancoeurs... Car le christianisme du "moine couronné" ne va pas jusqu'au pardon.
Le caractère, sous le sourire bienveillant, est un caractère dur, plutôt que fort.
La perte de sa mère, en 1935, la guerre, alors qu'il n'a que dix ans, l'Occupation, la déportation, l'exil, la Question royale, l'abdication de Léopold III, en 1951, qui fait de lui, du moins à ses yeux, un usurpateur, ont laissé des cicatrices, et l'ont durci, plus qu'endurci.
Jusqu'à son mariage en 1961, la presse l'appellera "le roi triste". Thierry Debels remarque qu'il aurait fallu dire "le roi maussade". Car derrière ce visage fermé, il y a plus plus de rancoeur que de tristesse: Baudouin en veut à tous de lui avoir fait endosser un rôle qui n'est pas le sien. Roi renfrogné. Roi malgré lui. En s'asseyant sur le trône de son père, il se sent parricide. Les freudiens veulent que le fils tue le père. Toute l'ambiguïté de la situation de Baudouin est de le "tuer" sans s'en défaire, de prendre sa place en restant sous sa coupe: on a parlé pour les dix premières années du règne de "diarchie", tant il semblait évident que Léopold III, sa conception du pouvoir, ses idées, s'exprimaient à travers son fils. Un fils qui se considérait comme souverain de fait mais non de droit.

Ce livre est une somme, et en le lisant, je me suis rendu compte que ce roi "sous" lequel j'avais vécu les deux tiers de ma vie m'était bien peu connu, alors que j'avais lu sur lui tant d'articles dans tant de journaux et de revues. Les rois constitutionnels, officiellement dépourvus de pouvoir, interdits de parole - car, garants d'une démocratie, ils en sont les seuls membres à n'avoir pas le droit d'exprimer leur opinion personnelle-, juste bons, en principe, à apposer leur signature au bas de documents qu'ils n'ont pas rédigés, à prononcer des discours consensuels, lénifiants et insipides, à couper des rubans et inaugurer les chrysanthèmes, ces souverains-potiches, sont des souverains de l'ombre. Le pouvoir que la Constitution ne leur reconnaît pas, leur personnalité peut l'imposer, l'arracher morceau par morceau à des politiciens timides, maladroits, ou impressionnables. Ce que réussit, sans conteste, Baudouin Ier.

A la fin de cet ouvrage, on a l'impression que ce qu'il a fait de bien, le roi l'a fait pour de mauvaises raisons, ou malgré lui, et qu'il a eu l'habileté de camoufler le reste, si l'on excepte son refus, pour des raisons religieuses, de signer la loi sur l'avortement. Pour qu'une loi soit entérinée, elle doit recevoir la signature royale. Devant le refus de Baudouin, le gouvernement devait ou le destituer, ou trouver un subterfuge. On déclara le souverain dans "l'incapacité de régner", le temps que la loi "passe"... L'épisode n'en ébranla pas moins les institutions. Le roi refusait de remplir son rôle, ce rôle qui seul justifie son titre et ses prérogatives. On vit apparaître des graffitis clamant "Vive la République!". Mais s'il n'avait pas "joué le jeu", Beaudouin l'avait fait par conviction religieuse, et j'avoue que, tout en ne la partageant pas, j'ai eu comme de l'admiration pour cet homme, que je croyais falot, en le découvrant capable de s'opposer au gouvernement, aux élus du peuple, donc à son peuple, et de mettre son trône dans la balance, non pour une vaine gloire personnelle, ou par autoritarisme, mais par fidélité à une religion et à des principes. Les convictions lorsqu'elles ont de nobles raisons forcent le respect, et c'est ce qui fit que l'épisode n'eut pas de suites fâcheuses pour le souverain et la dynastie.
Sa mort, inattendue, en 1993, après plus de quarante de règne, le confirma, rassemblant dans une communion des plus surprenantes la population, toutes classes et langues confondues, les partis politiques, et les médias. La soudaineté de cette mort frappa, on se sentit seul... Un peuple entier était en deuil! Le père était mort! Une propagande insidieuse mais têtue avait fini par imposer cette image paternelle... conciliante... rassembleuse.
L'unité nationale dont le roi avait été le garant, et farouchement comme tous ses prédécesseurs, il faut lui reconnaître ce mérite, même si défendre l'unité du pays, c'était garantir son trône, cette unité parut plus que jamais en péril. Autour du souvenir de celui qui, du jour au lendemain, était devenu un "grand roi", on se réunit dans la peur de l'avenir. Ou plutôt, on s'agglutina... un moment. La réunion, c'est autre chose.
Toujours est-il que "le roi malgré lui" était devenu "Pater patriae".


Smash-up, the story of a woman - une vie perdue
Smash-up, the story of a woman - une vie perdue
DVD ~ Susan Hayward
Proposé par ULYSSE Business
Prix : EUR 14,99

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Film moyen, copie médiocre., 13 juin 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Smash-up, the story of a woman - une vie perdue (DVD)
"Smash Up, The Story Of A Woman", (Une Vie perdue), Stuart Heisler, NB, 1947, VOST, mauvaise copie.

Quelque part entre "The Lost Week-end" et "A Star Is Born", c'est le drame d'une chanteuse qui sacrifie sa carrière à celle de son mari et qui, désoeuvrée, se croyant trahie, sombre dans l'alcoolisme... jusqu'à ce qu'un revirement assez invraisemblable amène le happy end.
Susan Hayward, peu soutenue par son partenaire, Lee Bowman, beau garçon mais trop falot pour le rôle, fait comme toujours preuve d'une grande implication, ce qui lui valut une nomination aux Oscars, mais son interprétation ne peut sauver une réalisation qui manque de caractère.

Si l'éditeur nous proposait une image propre et un son correct, sans doute pourrait-on s'émouvoir... d'autant que la chanson du film "Live Can Be Beautiful" est fort jolie.


Je devais être impératrice. mémoires de la dernière princesse héritière d'autriche-hongrie.
Je devais être impératrice. mémoires de la dernière princesse héritière d'autriche-hongrie.
par Comtesse de Lonyay. Princesse Stephanie de Belgique
Edition : Reliure inconnue

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 L'oubliée de Mayerling., 10 juin 2015
Princesse Stéphanie de Belgique, comtesse de Lónyay, "Je devais être impératrice", Le Cri Edition, Bruxelles, 1997, broché, 257 pages.

Enfance de princesse: dormir fenêtres ouvertes hiver comme été, se laver dans une cuvette où l'eau a parfois gelé, s'habiller, se coiffer et faire son lit, cela en silence, la plus légère infraction à cette règle étant sévèrement punie... Louise et Stéphanie, filles de Léopold II, roi des Belges, reçoivent le fouet, le martinet, ou, pur sadisme de la part de la "bonne reine" Marie-Henriette, doivent rester à genoux sur un sol jonché de pois secs, à la moindre incartade! Quand elles entrent dans la salle à manger pour le petit déjeuner, elles font la révérence à leur père et mère, ceux-ci répondent d'un signe de tête: pas un mot, pas une caresse. Et si la table est couverte de sucreries, petits pains au sucre ou au chocolat, friandises et fruits, tout cela est réservé aux adultes: une princesse doit apprendre à résister aux tentations, du pain et du beurre doivent lui suffire.
Prier, étudier, monter à cheval et remplir les devoirs de leur rang. Rien d'autres.

Si à la veille de son mariage, à dix-huit ans, Stéphanie parle couramment français, allemand, et anglais, un peu moins bien le flamand, elle est gauche, porte mal la toilette, la cour de Vienne la trouve provinciale... et sa nuit de noces lui laissera ce souvenir : "Quelle nuit! Quelle souffrance, quelle terrible déception! Je ne savais rien, on m'avait conduite à l'autel comme une enfant confiante. Et voilà que mes illusions, mes rêves de jeune fille était détruits. J'ai bien cru mourir de désespoir." (p.94)
Combien de jeunes femmes de l'époque auraient pu en dire autant, livrées ignorantes à des hommes qui n'avaient comme expériences que des professionnelles, et se jetaient sur leurs jeunes épouses comme sur des prostituées?

On imagine que ces mémoires aient fait scandale lors de leur publication en Allemagne en 1935 (les éditeurs autrichiens s'étaient désistés), puis en Belgique en 1937; la fille de Stéphanie et de Rodolphe, connue pour ses sympathies communistes au point d'avoir été appelée, "l'Archiduchesse rouge" -elle avait divorcé en 1934 du prince Otto zu Windisch-Graetz pour vivre en concubinage avec un député socialiste-, accusera sa mère d'avoir voulu noircir la mémoire de son père. Or, les confidences de Stéphanie, princesse de Belgique et archiduchesse d'Autriche-Hongrie, ne font que confirmer, en des termes encore très mesurés, ce que les historiens nous ont appris. Le prétendu prince charmant du drame de Mayerling, était un dégénéré supérieur, certes, mais à l'atavisme accablant, un dépressif, rongé de maladies vénériennes, et alcoolique, tandis que Stéphanie, présentée si souvent comme un laideron ou une mégère, moins brillante que lui, mais plus solide, se montra toujours à la hauteur de son rang et de son rôle.

Les Mémoires s'arrêtent à la mort de Rodolphe, et on le regrette, car Stéphanie eut droit à une seconde chance. Elle épousa en 1900, au grand dam de son père, Léopold II, qui lui retira les titre et prérogatives d'altesse royale en raison de cette mésalliance, un simple comte hongrois, le comte Elemér Lónyay de Nagy-Lónya et Vásáros-Namény (1863-1946) -plus la noblesse est basse, plus le titre est long-, avec qui elle semble avoir coulé des jours heureux. La jeune fille un peu godiche de 1881 était devenue une femme splendide, épanouie, d'une élégance exceptionnelle, comme en témoigne ses portraits par J.A. Koppay.
Elle mourut le 23 août 1945, à l'âge de 81 ans, dans un couvent, ayant dû fuir son château d'Oroszvar en Slovaquie devant l'avancée des troupes soviétiques.

La vie est dans les pages de ces Mémoires, Stéphanie était femme de coeur et de tempérament; son témoignage demeure, offrant une étonnante image de la vie de princesse au tournant du siècle.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 29, 2015 11:44 AM MEST


LOUVRE
LOUVRE
par COLLECTIF
Edition : Relié
Prix : EUR 49,95

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Le Musée à domicile., 10 juin 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : LOUVRE (Relié)
"Louvre", Editions Place des Victoires, 2011, reliure entoilée sous jaquette, trois tranches dorées, 600 pages.

Si l'on s'attend à trouver dans ce pavé de près de quatre kilos une histoire du Louvre et de ses collections, on sera déçu.
Il s'agit d'un ouvrage d'art en images, exclusivement... et moins collectif qu'anonyme.
L'introduction, des plus conventionnelles, n'est pas signée, et les textes présentant les collections sont tellement succincts qu'on s'en passerait. On peut le reprocher à l'éditeur, mais, après tout, les études sur le Palais, le musée, ou ses collections, ne manquent pas, de même que les guides à l'usage du visiteur.

Avec ces tranches dorées, l'énorme volume, presque carré, fait office d'écrin. Il nous présente, en pleine ou double page, et somptueusement photographiées pour la grande majorité d'entre elles, les pièces maitresses d'un des plus riches musées au monde. Peintures et sculptures, bien sûr, mais aussi dessins, gravures, orfèvrerie, faïence, près de 500 oeuvres couvrant plus de 4000 ans d'histoire de l'art...
Même si certains agrandissements ne s'imposaient pas, et font double emploi, c'est un livre globalement réussi et que je feuillette avec toujours autant de plaisir, heureux d'y retrouver des oeuvres majeures et d'avoir le temps de les admirer.
C'est Le Louvre à domicile.


PERE DE MADEMOISELLE (LE)
PERE DE MADEMOISELLE (LE)
Prix : EUR 12,95

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Un gentil "boulevard"., 9 juin 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : PERE DE MADEMOISELLE (LE) (DVD)
"Le Père de Mademoiselle", Marcel L'Herbier, 1953, NB, bonne copie.

Ceux qui ont connu dans leur enfance l'émission "Au théâtre ce soir", se souviennent, comme moi, de Barillet et Grédy, de Marc-Gilbert Sauvageon... en plus de Feydeau, Achard, et Bourdet, mais se souviennent-ils de Roger-Ferdinand? A moi, ce nom ne disait rien. Ce fut pourtant un auteur prolixe, président de la Société des Auteurs, et directeur du Conservatoire d'Art dramatique... et sa pièce est aussi bien faite que bien adaptée pour l'écran par Marcel L'Herbier.

Une situation à peine scabreuse, dont nous, spectateurs, connaissons le fin mot, pas d'amant, pas de mari, pas de quiproquos, pas de portes qui claquent ... rien qu'un brave homme de conseiller à la cour dont la carrière stagne, et qui voudrait être nommé à Paris. Il y a droit, mais confit dans sa probité, il se refuse à tout passe-droit; il finira par comprendre que pour avancer, il faut accepter les coups de pouce... que "ne pas reconnaître ses talents, c'est favoriser la réussite des médiocres", comme dira Gabin dans "Le Cave se rebiffe".

"Mademoiselle", c'est la peu connue Suzy Carrier -on se souvient d'elle en Madame Elisabeth, dans la "Marie-Antoinette" de Jean Delannoy-. Elle est un peu âgée pour le rôle mais elle est courtisée par Jacques François, si ceci rachète cela...
André Luguet, est "le père", plus amidonné que son col dur, et si fragile sous ses principes; Denise Grey, son épouse, est aussi vindicative que frustrée d'argent, de luxe et de reconnaissance sociale -ils forment un couple savoureux-, tandis qu'Arletty campe avec le panache qu'on imagine une actrice triomphant tous les soirs en "Madame sans-gêne"... et qui prête sa maison à Mademoiselle et ses parents.

Tout cela ne va pas bien loin, c'est du "boulevard", et ceux qui n'aiment pas cela, crieront à l'imposture, mais c'est bonhomme et spirituel, on passe un bon moment.


Page : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11-20