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Contenu rédigé par Roger Dominiqu...
Classement des meilleurs critiques: 24
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Commentaires écrits par
Roger Dominique Maes (Bruxelles)
(COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)    (TOP 50 COMMENTATEURS)   

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Kalman:Graefin Mariza [Excerpt
Kalman:Graefin Mariza [Excerpt
Prix : EUR 8,27

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Schramm, Schock, Stolz!, 29 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Kalman:Graefin Mariza [Excerpt (CD)
Emmerich Kálmán, "Gräfin Mariza" (1924), extraits, Berliner Symphoniker, Robert Stolz, (sans date), 1 CD Eurodisc-BMG, 1994.

Margit Schramm (1935-1996), soprano munichoise, célèbre Outre-Rhin sur scène comme sur l'écran, et partenaire habituelle de Rudolf Schock dans les années 60, (c'est-y pas qu'elle est mignonne sur la pochette avec sa choucroute à la Mylène Demongeot!), a la voix un peu maigre pour le rôle de Mariza. La comtesse est une femme, et de caractère, non une jeune fille; face au Tassilo, sombre et puissant de Schock -la silhouette de Walther von Stolzing semble parcourir son interprétation- elle manque de chair et de sang, le couple est en déséquilibre vocal. Dommage!

L'intérêt de ce CD d'extraits du chef-d'oeuvre d'Emmerich Kálmán sera donc dans le mémorable Tassilo de Rudolf Schock, étonnant d'héroïsme refoulé dans "Auch ich war einst ein feiner Csárdáskavalier" (une des plus prenantes interprétations qu'on puisse en entendre), et dans la direction tonique de Robert Stolz... même si Dorothea Chryst en Lisa et Ferry Gruber en Kolomán Zsupán ne déméritent en rien.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 29, 2015 11:39 PM MEST


Le défunt recalcitrant
Le défunt recalcitrant
DVD ~ Robert Montgomery
Proposé par MEDIA PRO
Prix : EUR 9,90

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Joe et son archange gardien..., 29 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le défunt recalcitrant (DVD)
"Here Comes Mr Jordan" (Voici Mr. Jordan), Alexander Hall, NB, 1941, VF et VOST, excellente copie.

L'hypothèse de départ de ce genre de film: obliger ou permettre à un mort, tout frais arrivé aux portes de l'au-delà, de retourner sur terre pour réparer ses torts, ou achever ce qu'il n'a pas eu le temps d'accomplir, m'a toujours parue assez vaine. A part le célèbre "Le Ciel peut attendre" de Lubitsch (1), il y un film italien de Carlo Bacchi avec Jean Gabin, tourné en 1949, intitulé "Pour l'Amour du Ciel"... histoire assez sinistre qui montre l'inutilité, sinon l'inconséquence, qu'il y a dans d'aussi bonnes intentions.

Je me garderai bien de raconter quoi que ce soit d'une intrigue farfelue mais d'une grande cohérence, dont la scène finale clôt de manière délicieuse un parcours dramatique plein de rebondissements cocasses.

Si Robert Montgomery n'est pas le plus enthousiasmant des acteurs- et en boxeur professionnel, bon, faut y croire...-, et si la beauté qui l'envoûte n'est que celle d'Evelyn Keyes, il y a le manager Corkle dont la pauvre tête se débat entre le monde réel et le fantastique -le rôle offre à James Gleason quelques numéros irrésistibles-; il y les préposés d'En-Haut, l'éternel gaffeur Edward Everett Horton, et Claude Rains qui, en réparateur de destinées, est exceptionnel comme toujours. A force de l'avoir vu dans des rôle de traîtres, de cyniques, d'assassins cauteleux, on oublie ses rôles positifs (un improbable et convaincant Jules César), parfois délicieux de fragilité ("Mr Skeffington") ou comme, ici, ce rôle d'archange gardien à la bonhommie souveraine.
Le titre original du film "Here comes Mr Jordan" fait de lui, non de Joe, le défunt, le personnage principal, il en est bien digne.

C'est un peu bavard, mais bien filmé, l'image est superbe, et... ce bombardier blanc attendant sur un tarmac de nuages ses passagers pour l'au-delà est une belle trouvaille! Donc, même si le film contient le message philosophico-religieux selon lequel rien n'est l'effet du hasard, tout arrive à dessein car l'univers est prémédité, une comédie qui procure un plaisir presque constant.

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(1) Le film de Lubitsch est tiré d'une pièce de Leslie Bush-Fekete, intitulée "Birthday", et non de la pièce de Harry Segall, "Here Comes Mr. Jordan": leurs intrigues n'ont rien en commun. Une confusion peut naître du fait que Warren Beatty pour sa nouvelle adaptation de la pièce de Segall a repris le titre "Heaven Can Wait", mais il s'agit d'un remake du film d'Alexander Hall non de celui de Lubitsch.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 29, 2015 11:57 PM MEST


Talleyrand. N° 8, série "étui grenat". illustrations de Pierre Brissaud, bois gravés par Henri Jadoux, 1 des 302 Ex. Num. sur vélin de Johannot filigrané.
Talleyrand. N° 8, série "étui grenat". illustrations de Pierre Brissaud, bois gravés par Henri Jadoux, 1 des 302 Ex. Num. sur vélin de Johannot filigrané.
par GUITRY Sacha
Edition : Broché

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 "Talleyrand" et "Le Diable boiteux"..., 26 août 2015
Sacha Guitry, "Talleyrand", pièce en trois actes et neuf tableaux, (1947), illustrations de Pierre Brissaud gravées par Henri Jadoux, 1 des 302 exemplaires sur velin filigrané de Johannot réalisés par Raoul Solar pour les Editions EDIFI, Bruxelles, 1950, broché, sous emboitage grenat, 193 pages.

Voici le début de la préface de Sacha Guitry:
"Cette pièce de théâtre est constituée par les scènes principales d'un film intitulé Le Diable Boiteux. Ce film m'avait été refusé par la censure parce qu'il était de nature -au dire du censeur- à provoquer des réactions du public.
Or le théâtre, par bonheur est préservé de la censure. Il ne me restait qu'à "tirer" une pièce de mon film -et je l'ai fait- et les réactions prévues se sont produites - mais dans un sens si favorable que la pièce, telle quelle, si décousue qu'elle soit, vécut des soirs heureux - et dès lors elle était digne qu'on l'imprimât."

Les différences entre le film -qui fut malgré tout réalisé en 1948- et la pièce sont les suivants: pas de récit de l'enfance et de la jeunesse de Talleyrand, suppression du grand divertissement donné à Valencay par le prince de Bénévent pour les infants d'Espagne; quant à la mort du prince qui, dans le film, se résume à une image, un long travelling arrière à partir du corps gisant de Talleyrand: pendant qu'il s'enfonce dans le passé, la foule de ses proches -et peut-être de la postérité- s'agenouille autour de lui, elle forme, dans la pièce, un tableau entier, axé sur la réconciliation de l'ancien évêque d'Autun avec l'Eglise, et se termine par la visite de Louis-Philippe, avec ce fameux échange, sûrement apocryphe, mais irrésistible:
Le roi : Vous souffrez?
Talleyrand : Sire, comme un damné.
Le roi : Déjà.

Parmi d'autres différences, j'ai été surpris par une partie de la longue scène entre Napoléon et Talleyrand où les deux hommes traitent du style Empire:
N : Vous ne l'approuvez pas, ce style?
T : Non. Du tout.
N : De quoi l'accusez-vous?
T : De n'être ni allemand, ni français: d'être un mélange. Tout ce qui vous entoure est d'un luxe érudit.
N: Erudit?
T : Il est pris un peu partout. Il a quelque chose de grave comme celui de l'Autriche, quelque chose d'asiatique tiré de Pétersbourg, il étale quelques matériaux pris à la Rome des Césars - mais, en revanche, il montre bien peu de choses de l'ancienne cour de France, où la parure dérobait heureusement la magnificence sous le charme de tous les arts de goût.
N : Ce qu'il a de savant vous contrarie sans doute.
T : Sire, il y a trois savoirs: le savoir proprement dit, le savoir-faire et le savoir-vivre. Or, il m'a été donné d'observer que le savoir-faire et le savoir-vivre peuvent assez souvent dispenser du savoir.

En dehors de ce dédain -un peu provocateur- de l'ancien cancre pour le savoir, auquel le savoir-faire et le savoir-vivre pourraient suppléer "assez souvent", il y a bien des choses à relever dans ces affirmations de Guitry. S'il est habile de faire dire à Talleyrand que le style Empire est "érudit", plutôt que de l'appeler composite, ce qu'il est, en effet, il est faux de dire que il "étale quelques matériaux de la Rome des Césars", il en est tout imprégné -aussi césarien que pompéen-. Par contre, personnellement j'ai difficile à y voir quoi que ce soit d'allemand ou d'autrichien, au sens où l'entend Guitry, et plus encore d'"asiatique tiré de Pétersbourg"; son quelque chose d'oriental, il l'a pris, et avec quels bonheurs, aux bords du Nil, non de la Néva. Mais, en effet, il est bien érudit, composite, dès lors "emprunté", au sens propre de "pris à d'autres" comme au sens figuré, de "mal à l'aise".
S'il est vrai encore que le style de l'ancienne cour "dérobait la magnificence sous le charme" -comme c'est heureusement dit!- cela n'a pas empêché le style érudit et "emprunté" de Percier et Fontaine et de Jacob-Desmalter d'envahir l'Europe, et plus durablement que les armées de Napoléon.
L'Empereur détestait le style galant; il ne voulait pas d'une cour à la Louis XV, ni vivre dans le décor d'"une fille de l'Opéra". Les commandes faites pour lui portent souvent la mention : "Faites simple, c'est pour l'Empereur". Du faste, oui, mais au service de la grandeur, pour le reste de l'efficacité, ce qui n'empêche nullement ce style de nous avoir laissé des ensembles qui réussissent à dérober l'apparat sous l'élégance, comme dans les appartements de l'Impératrice Joséphine, à Malmaison, ou de l'Empereur à Fontainebleau...

- Cette pièce, à ne pas confondre avec le scénario du film paru en janvier 1948 aux Editions l'Elan, sous le Titre "Le Diable boiteux, scènes de la vie de Talleyrand", semble n'avoir été publiée par Raoul Solar, l'éditeur attitré de Guitry, que pour cette collection belge en exemplaires numérotés de 1 à 302, mais a été reprise dans l'anthologie "Le Théâtre de Sacha Guitry", tome XII, éditée par Le Livre Contemporain entre 1959 et 1962.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 26, 2015 8:23 PM MEST


Le diable boiteux
Le diable boiteux
DVD ~ Sacha Guitry
Proposé par Expédition sous 24H
Prix : EUR 14,20

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Talleyrand-Guitry et Guitry-Talleyrand., 25 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le diable boiteux (DVD)
"Le Diable boiteux", Sacha Guitry, 1948, NB, bonne copie.

Succinctement, le théâtre peut se résumer à "des dialogues dits entre deux portes": un décor - on entre, on parle, on ressort. Si, au cinéma, dans un décor mouvant ou multiple, la caméra prend l'acteur et le lâche, pour le comédien il s'agit toujours d'entrée et de sortie, d'être dans ou hors du champ.
Sacha Guitry va, dans ce film, tirer tout le parti possible de ce principe.

D'abord, l'entrée de Talleyrand lui-même, théâtrale au possible, car préparée par l'énigmatique, mais très complet portrait qu'ont fait de lui ses quatre valets: un bruit de pas (triple à cause de la canne) -que le plus jeune des valets vient de singer-, la silhouette qui se devine à travers les vitres, puis le personnage qui s'inscrit dans le cadre de la porte - et la sortie, ironique celle-là, trainant à sa suite ses serviteurs, condamnés à claudiquer comme lui pendant vingt-quatre heures, pour n'avoir pas dénoncé l'imitateur...
Ensuite, les entrées des rois et empereur -Napoléon, Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe- rapides, à deux battants, tandis que le souverain déchu, chassé, s'esquive par une porte dérobée... tragi-comédie de l'Histoire, d'un poignant cynisme, où les monarques s'expulsent les uns les autres, et à une telle cadence, entre 1814 et 1830, qu'au moment où la porte s'ouvre sur Louis-Philippe, on entend Talleyrand ou Guitry, on ne sait, s'écrier: "Pas encore!" ... le temps que Charles X s'éclipse.

Enfin les entrées et sorties combinant champs et contre-champs: il y en a de différents exemples -le jeune diplomate malchanceux, par exemple-, mais le plus parlant est la scène entre Napoléon et Talleyrand. L'Empereur immobile, maître du terrain, rappelle à plusieurs reprises son chambellan, qui prend congé à chaque fois un peu plus humilié, jusqu'à ce que la situation s'inverse. Vainqueur de la joute, du moins le croit-il, l'Empereur se relâche, s'assied à califourchon sur son bureau, demande de l'eau, et Talleyrand revient, s'approche, pour une des plus étonnantes scènes pseudo-historiques que l'on ait vues, culminant avec cet aveu du prince:
-"... curieux sentiment qui nous attache l'un à l'autre. Je n'y vois pas... ça d'amitié -je n'y vois pas de haine- et ce serait de l'amour que je n'en serais pas surpris. Car je vous aime- et vous m'aimez."
Au-delà de toute "faille homophilique", Talleyrand peint assez justement le sentiment qu'inspire Napoléon, hier comme aujourd'hui: on l'aime, avec tout ce qu'un tel battement de coeur contient d'irrationnel, de fougue et de contradictions.
Toujours est-il que le prince a gagné du terrain, phrase après phrase, argument par argument, obligeant le stratège Napoléon à reculer, à quitter la pièce, à se réfugier dans son cabinet, où Talleyrand le poursuit, pour lui signifier une sorte d'ultimatum... Et quand il quitte un Empereur, butté mais vaincu, c'est sur un ton d'une nonchalance impertinente qu'il énonce : "Je suis de votre Majesté le très humble et très obéissant serviteur", ce qu'il n'est plus, évidemment, et depuis longtemps.
Pour l'insulte finale -"Talleyrand, vous êtes de la m*** dans un bas de soie!"- (1), que Napoléon jette par une porte entre-baillée, elle ne change rien; Talleyrand quitte le palais mais pas le plan -"Quel dommage qu'un si grand homme ait été si mal élevé!"-... il ne sort pas, il s'en va, il "abandonne l'Empereur à son destin funeste". Le politique a vaincu le militaire. L'intelligence a triomphé du génie. (2)

Même si la pièce est conçue pour donner à Talleyrand le beau rôle, on regrettera -tout en admirant la prestation d'Emile Drain, son timbre, et sa maîtrise- un Napoléon caractériel, constamment furibond, quand nous savons par tous les témoignages qu'il était la séduction même -"l'objet de séduction", disait le général Bugeaud-, dont le sourire mettait "son âme sur ses lèvres", suivant la belle expression de Laure Junot.
Et en ajoutant: "Il y a dans la puissance de cet homme (...) un vice qui prépare sa chute. Il se plait à humilier ceux qu'il a élevé jusqu'à lui -les plaçant ainsi dans un état constant de méfiance et d'irritation", Guitry-Talleyrand affirme quelque chose de tout à fait erroné. S'il est incontestable que Napoléon est autoritaire, et parfois colérique, il ne se plait pas à humilier ceux qu'il a élevé jusqu'à lui. Après un accès de colère, il se reprend très vite, et met tant de charme à se faire pardonner que nul n'en garde rancune. Aurait-il, sans cela, inspiré de si durables passions?

Mais comme Jean Tulard l'a dit dans son dictionnaire amoureux de Napoléon, Sacha Guitry s'est "placé sous la protection de Thalie et non de Clio"; il n'est donc pas question de lui faire de vains reproches "historiens", mais plutôt de se servir de son texte pour amener la réflexion...

Un mot encore sur le choix des mêmes acteurs pour jouer à la fois les quatre valets de pieds de Talleyrand et les quatre souverains (Napoléon, Louis XVIII, Charles X, et Louis-Philippe) que Talleyrand servira: il s'agit d'une de ces trouvailles dont Guitry seul était capable, et nullement gratuite; jeu de rôles qui fait des premiers les serviteurs du prince, et du prince le serviteur des seconds; personnages aux deux bouts de l'échelle sociale, double identité, nouvelle image de cette gémellité -vraie ou feinte- qui obsède littéralement Guitry dans ses créations d'après-guerre (notamment dans "La Vie d'un honnête homme" et "Les Trois font la paire").

Je m'arrête, mais un commentaire complet sur ce film, tant au niveau théâtral, cinématographique qu'historique, ferait un livre... d'autant plus que les références autobiographiques sont évidentes.
Après qu'on lui ait lu l'hommage qu'a fait de lui Lord Holland à la Chambre des Lords, Talleyrand-Guitry -et c'est ici plus encore qu'ailleurs le moment d'accoupler leurs deux noms- dit : "La moitié de cela,par un Français, m'aurait suffi."
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(1) Il est à noter que cette image -qui fait image- serait venue à l'esprit du roi Frédéric-Guillaume de Prusse... mais comme on ne prête qu'aux riches.

(2)
-Vous vous croyez plus intelligent que moi?
-Ah! Oui - mais ne me comparez pas à vous, Sire, je vous en prie. Vous êtes un homme de génie. Que dis-je: un homme - un être fabuleux, comme on n'en vit jamais...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 27, 2015 12:24 PM MEST


Sacha guitry : la vie d'un honnête homme ; les trois font la paire
Sacha guitry : la vie d'un honnête homme ; les trois font la paire
DVD ~ Darry Cowl
Prix : EUR 24,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 L'homme et son double., 24 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sacha guitry : la vie d'un honnête homme ; les trois font la paire (DVD)
"La Vie d'un honnête homme", 1953 - "Les Trois font la paire", 1957, Sacha Guitry, NB, bonnes copies, coffret de 2 DVD.

Homme de théâtre par toutes les fibres, Sacha Guitry ne pouvait qu'être préoccupé par le double -celui qui est en nous, Jekill et Hyde, bien sûr- mais plus encore par le personnage et l'acteur, le rôle qu'il investit et qui l'absorbe, qu'il reflète et en qui il se trouve, chacun étant le miroir de l'autre, et finalement par les jumeaux, incarnations naturelles de ce dédoublement, et qui sont les sujets de ces deux réalisations.

"La Vie d'un honnête homme", est un des films les plus forts et les plus originaux de Guitry: des jumeaux, aussi semblables par le physique que différends par le caractère, et l'existence qu'ils ont menée, se retrouvent... Un des deux va prendre la place de l'autre, mort dans ses bras -l'honnête homme à mauvaise conscience devient le gredin sans remords- , non pour vivre la vie du défunt, mais pour revivre la sienne propre, réparer ses torts, renaître en somme... et réaliser un homme complet de leur gémellité disparate. Entreprise dérisoire et sans suite... à moins, comme le chante Mouloudji, au long du film, de se foutre à l'eau...

"Les Trois font la paire" se base sur le postulat que tout homme a dans le monde son sosie. Si cette croyance, dont on n'a jamais apporté la moindre illustration, est vraie, qu'en serait-il du parfait sosie de jumeaux? De ce troisième qui ferait la paire avec chacun des deux autres? Et d'un sosie assassin -source d'un imbroglio policier?
Telle est l'idée farfelue, et brillante, du dernier film écrit, et plus ou moins réalisé -il était à quelques mois de mourir- par Sacha Guitry.
-Le producteur, Clément Duhour, présent comme acteur dans le film, suppléera tant bien que mal aux absences du maîtres.(1)

Deux films qui ont pour thème la dualité et le dédoublement, deux féroces paraboles, où l'on retrouve quelques uns des membres de "la famille Guitry": Michel Simon dans les deux films, Pauline Carton, Jane Marken, Marguerite Pierry, Lana Marconi, Sophie Desmarets, Claude Gensac, Philippe Nicaud, Louis de Funès, Darry Cowl... deux films qui dévoilent l'autre face de Sacha Guitry, l'amertume de la légèreté.
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(1) Il réalisera, après la mort de Sacha Guitry, et en son hommage, le divertissant "La Vie à deux" à partir de quelques unes des meilleures scènes des comédies du maître.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 26, 2015 11:38 PM MEST


Les trois font la paire
Les trois font la paire
DVD ~ Michel Simon
Prix : EUR 16,47

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 L'ironique sourire de la légèreté..., 21 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les trois font la paire (DVD)
"Les Trois font la paire", Sacha Guitry - Clément Duhour, 1957, NB, bonne copie.

Tout homme aurait dans le monde son sosie.
Si cette croyance, dont on n'a jamais apporté la moindre illustration, est vraie, qu'en serait-il du parfait sosie de jumeaux, d'un troisième qui ferait la paire avec chacun des deux autres? Et qui, assassin, serait cause d'un imbroglio policier?
Telle est l'idée farfelue, et brillante, du dernier film écrit, et plus ou moins réalisé -il était à quelques mois de mourir- par Sacha Guitry.
Le producteur, Clément Duhour, également présent comme acteur dans le film, suppléera tant bien que mal aux absences du maître (1).

Homme de théâtre par toutes les fibres, Sacha Guitry ne pouvait qu'être préoccupé par le double, celui qui est en nous, Jekill et Hyde, bien sûr, mais plus encore par le personnage et l'acteur, le rôle qu'il investit et qui l'absorbe, qu'il reflète et en qui il se trouve, chacun étant le miroir de l'autre, et finalement par les jumeaux, incarnations naturelles de ce dédoublement. Il en avait déjà fait le sujet de l'extraordinaire "Vie d'un honnête homme", un de ses films les plus forts et les plus originaux: un des frères y prend la place de l'autre, mort dans ses bras, l'honnête homme à mauvaise conscience devient le gredin sans remords, non pour vivre la vie du défunt, mais pour revivre la sienne propre, tenter de réparer ses torts, se dédoubler lui-même... et faire un homme complet de leur gémellité disparate.

Ici le propos n'a pas cette profondeur, et les "triplés" sont plutôt le prétexte à une peinture de personnages, et à des scènes d'une dérisoire férocité, comme celle où l'on voit le comédien assassiné (Jean Rigaux) ayant sur son lit de mort, un oeil fermé, l'autre ouvert, la bouche qui pleure d'un côté et rit de l'autre, tandis que sa veuve (l'inoubliable Jane Marken), sanglote et s'esclaffe tour à tour, ou simultanément, partagée entre son chagrin de commande et sa volonté de décrocher un rôle dans le film de son défunt mari... toujours cette obsession de l'être à double face et du dédoublement.

Si la patte du maître est bien présente dans l'écriture, les dialogues et le découpage (le début du film: le réveil simultané des trois personnages principaux: l'assassin (Philippe Nicaud) auprès de sa maîtresse d'une nuit (Sophie Desmarets), la victime (Jean Rigaux) et sa femme (Jane Marken), enfin le commissaire (Michel Simon) que son épouse (Pauline Carton) rêve de voir égaler Maigret); elle manque dans quelques scènes, et il arrive au film de s'alanguir. Mais la présence de quelques uns des acteurs de la "famille Guitry", tous délectables, suffit à rendre ce testament amer assez jubilatoire.

Il faut un coeur mieux accroché pour supporter de voir Monsieur Guitry comme il apparaît au début et à la fin du film, parodie douloureuse de l'auteur à la légèreté imposante qu'il était autrefois.
Dans l'introduction faite au téléphone -Sacha parle à son vieil ami Albert Willemetz- il donne sans qu'on s'en doute alors, la clef de l'intrigue : "Quand j'en serai à la moitié de mon film, je te téléphonerai pour te dire que j'en suis aux deux tiers", tandis que le mot de la fin : "Il faut bien que tout le monde vive!" prononcé par cet homme émacié, qui, on le sait par ses carnets, recevait trois piqures de morphine par jour depuis plus d'un an, est un des plus déchirants mots d'adieu. L'ironique sourire de la légèreté... dernière.

Le film sortira en mai 1957, Sacha Guitry sera mort deux mois plus-tard...

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(1)Il réalisera, après la mort de Sacha Guitry, et en son hommage, le divertissant "La Vie à deux" à partir de quelques unes des meilleures scènes des comédies du maître.


LA NUIT DE L'EMPEREUR T01
LA NUIT DE L'EMPEREUR T01
par Xavier Delaporte
Edition : Album
Prix : EUR 13,90

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Tuera ou tuera pas Napoléon ?, 21 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : LA NUIT DE L'EMPEREUR T01 (Album)
"La Nuit de l'Empereur", tome 1, "Les Vieilles Moustaches", scénario, Patrice Ordas, dessins, Xavier Delaporte, couleurs, Sébastien Bouet, GRANDANGLE, Bamboo Editions, 2015, cartonné, 48 pages.

1812, Moscou, alors que l'incendie se propage, Napoléon décide de confier sa sécurité personnelle au lieutenant Martel, ancien combattant de Vendée, dont les parents ont été massacrés par les Bleus, mais qui, après la mort de Louis XVII, s'est décidé à servir la France, et d'Arcole à Moscou, a suivi Bonaparte, puis Napoléon:
-Je ne sers ni un homme ni un régime, mais mon pays(...), dit-il à l'Empereur. Je vous suis fidèle tant que vous l'êtes à la France.
-J'allais t'accrocher la Légion d'honneur et tu me menaces?
-Pour la Bamboche, vous m'avez déjà donné la vôtre à Austerlitz, Majesté...
-Maréchal des logis-major Martel, tu m'agaces... mais je te garde auprès de moi!
Dialogue peu probable, mais qui montre un Napoléon assez juste, détestant la contradiction, mais l'estimant.

Il s'agit ici d'une fiction historique, ni plus ni moins croyable qu'une autre -ce n'est pas ainsi déguisé et en la compagnie d'un seul homme, que Napoléon est sorti de Moscou en flammes pour rejoindre le palais Petrovski, et je n'ai jamais entendu qu'il ait exposé des sosies aux balles des assassins, mais qu'importe! cela permet à Napoléon et Martel de faire connaissance, et d'échanger des idées, plus ou moins d'époque, mais intéressantes! Quant à cette comtesse russe émissaire de Marie Walewska, ce qui fait quelques contradictions en une seule personne, mais l'époque n'en est pas avare, qui s'attache au beau Martel -ayant servi sous le fameux Lasalle, il porte ses fières moustaches-, et qui fait le coup de feu avec lui, elle apporte le piment, désormais indispensable, quoique peu crédible, d'une présence féminine.
Il y a cependant une grosse erreur: Armand de Caulaincourt, né marquis et créé duc de Vicence par Napoléon, à qui l'Empereur a fait de si passionnantes confidences pendant la retraite de Russie, n'a pas dépassé le grade de général de division et n'a jamais été maréchal: d'où vient qu'on le nomme maréchal de Caulaincourt en page 26 et 40? Quant à Napoléon, il ne l'aurait pas interpelé par un "Monsieur le maréchal de France", comme en page 11, d'abord parce que Caulaincourt ne l'était pas, ensuite parce que, tant qu'à donner le titre complet, il aurait dit, sarcastique ou non, "Monsieur le maréchal de l'Empire".

Une des originalités de la BD, est de rendre aux soldats de la Grande Armée une partie de leur expressions: en plus de "bamboche", déjà citée, pour Légion d'honneur, ils disaient "côtes de boeufs" pour sabres, "clarinettes à cinq pieds" pour fusils, "crucifix à ressort" pour pistolet, "abreuvoir à mouches" pour blessure, et "les gros talons", c'était la cavalerie lourde...

Delaporte, dont le dessin rappelle parfois celui des époux Funcken, en plus large, et mieux colorés, on peut même dire supérieurement colorés par Sébastien Bouet, donne aux visages beaucoup d'intensité -ses Napoléon en gros plan sont excellents-, mais son trait demande à être encore affiné, la maîtrise n'est pas totale: les personnages en pâtissent, et l'on a parfois quelque peine à reconnaître qui est qui dans les scènes nocturnes ou sous la neige.

Espérons que le tome 2 répondra à l'attente suscitée par celui-ci, et que le scénariste, même si Napoléon a dit qu'il aurait dû mourir à Moscou, ne nous tuera dans les neiges russes que... son sosie!
;-)
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 26, 2015 11:19 PM MEST


Tonight-Welthits Von Berlin Bis Broadway
Tonight-Welthits Von Berlin Bis Broadway
DVD ~ Tonight-Welthits Von Berlin Bis Broadway
Prix : EUR 22,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Que du bonheur (ou presque)!, 19 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tonight-Welthits Von Berlin Bis Broadway (DVD)
"Tonight - Hits mondiaux de Berlin à Broadway"- Staatskapelle Dresden, Christian Thielemann, Semperoper Dresden, 30 et 31 décembre 2013, 1 DVD Unitel Classica-DG, 2014.

Après deux concerts de Nouvel An consacrés à Franz Lehár ("New Year's Eve Concert Dresden 2010" et "Live Aus Der Semperoper"), et un troisième nommé "Operettengala aus Dresden" voué à Emmerich Kálmán, Christian Tielemann a eu la belle idée de consacrer celui de 2013 à ces compositeurs qui, comme le titre du concert l'indique, ont fait le pont entre Berlin et Broadway, entre l'opérette et la comédie musicale, la valse et les claquettes: de Paul Lincke, le père de l'opérette berlinoise à Frederick Loewe, en passant par Hans May, Robert Stolz, Edouard Künneke, Leo Leux, Paul Abraham, George Gershwin, Kurt Weil, Irving Berlin, et Léonard Bernstein.

Comme dans les précédents galas, alternent morceaux pour orchestre, arias pour ténor ou soprano, et duos, avec au beau milieu un joli ballet (sur la musique de "Es Leuchten die Sterne" de Leo Leux) dansé par les membres du Semperoper Ballett dans un palace du XIXème siècle récemment restauré .

Thielemann se donne comme toujours sans réticence à cette musique de charme, de sentimentalité, ou de rythme, et Rénée Fleming, bien mieux en voix encore qu'en 2011, déploie ces aigus sensuels, ce médium chaleureux, ample et moelleux, ces graves souples, qui nous comblent; aussi suave, dans l'air de Stolz tiré de "La Favorite", que précise dans "Fascinating Rythm" de Gershwin, ou qu'ingénue, lyrique, extasiée dans "I could have danced all night" de "My Fair Lady". Que du bonheur!

Ah, si je pouvais en dire autant de Klaus Florian Vogt... en qui, il y a quelques années, on avait mis tant d'espoir!
Quelle idée aussi de commencer sa prestation par "Ein lied geht um die Welt" (Un chant fait le tour du monde)? L'air, ou plutôt la chanson, car c'en est une, n'offre aucune difficulté majeure, mais un chanteur, tout petit de taille mais immense par la voix, nommé Joseph Schmidt, l'a chanté, et comme personne, lui seul, et pour toujours. Comment ne pas l'avoir dans l'oreille, et ne pas comparer? Vogt, avec sa voix jolie, mais dépourvue d'éclat et de profondeur, avec si peu de souffle, peut-il rivaliser avec un tel souvenir?
S'il se sort honorablement des airs lents de Künneke et d'Abraham, si son duo avec Fleming ("Tonight" de "West Side Story") est le moment à retenir de sa prestation, on regrettera encore le peu de présence et vocale et physique -une belle chevelure blonde et des yeux de myosotis ne suffisent pas-, et le manque de tempérament pour affronter Renée dans le duel que constitue "Anything you can do" de "Annie Get Your Gun" d'Irving Berlin...

Où donc chantaient en cette fin décembre 2013 Jonas Kaufmann, Piotr Beczala, et Nikolai Schukoff?

- A l'inverse du DVD du Nouvel An 2012 dont je déplorais, pour une captation paraissant sous le label DG, une image à la définition médiocre, celle-ci est de haute qualité. Donc, même si Klaus Florian Vogt n'est pas tout à fait digne du firmament, les cinq étoiles s'imposent pour l'ensemble d'une soirée heureuse.


Vautrin
Vautrin
DVD ~ Michel Simon
Prix : EUR 12,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Vautrin ou... Pygmalion., 19 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Vautrin (DVD)
"Vautrin", Pierre Billon, NB, 1944, bonne copie.

Evadé du bagne, enrichi par un butin déterré, Vautrin, qu'un crime malencontreux (il est malfaiteur, il n'est pas assassin) a mis en possession des papiers et des effets d'un abbé envoyé par la cour d'Espagne, sauve du suicide Lucien, aussi beau, pauvre et désespéré, que lui, Vautrin, est laid, riche et ambitieux. En un instant, il a vu le parti à tirer du désespoir -et de la beauté- du jeune homme, comment le mener au succès, au prestige, à la fortune, réussir par personne interposée ce qu'il a raté, en faire sa vengeance et son triomphe...
Quel couple ils pourront former! Non, couple, c'est trop dire, ou trop peu: un marionnettiste et sa poupée... ou quand le démon dans l'ombre manipule l'ange dans la lumière.

Vautrin est homosexuel, et sans doute il aime Lucien de Rubempré, mais à l'inverse de ces dames de Sérisy, d'Espard ou de Maufrigneuse, qui se disputent les faveurs du jeune homme; à l'inverse de Clotilde qui ambitionne son amour, ou d'Esther qui l'obtient, mais qui toutes, comme Vautrin le dit, ne voient pas plus loin que leur lit, il transcende son amour, parce que le transcender est le seul moyen de le rendre possible et durable. Aimer Lucien, ce n'est pas caresser l''impossible espoir de le tenir un moment dans ses bras, d'y connaître un plaisir trop passager pour ne pas être décevant, l'aimer c'est le posséder tout entier, corps et âme, et l'un par l'autre, au-delà des aléas de l'amour physique, c'est en faire son double, se régénérer en lui, couvrir la laideur intelligente d'une beauté niaise, être un cerveau parfait dans un corps parfait, atteindre à une forme d'idéal humain...n'être pas deux en un, mais un en deux.

"Je veux que Lucien soit mon chef-d'oeuvre!"
La figure moderne de Pygmalion, ce n'est pas le professeur Higgins de George Bernard Shaw, c'est le Vautrin de Balzac. Oui, un Pygmalion, créant, sans état d'âme, comme Dieu, avec autant de génie, et autant d'inconséquence! Car la marionnette n'était pas de force, Lucien mourra à la peine. L'ange n'était qu'un garçon. Et l'humaine comédie, ambitieuse et dérisoire, a tourné au mélodrame sentimental. La Providence veille, qui change les monstrueux chefs-d'oeuvre en faits divers banals...

Quel rôle pour un acteur comme Michel Simon, et comme il l'incarne! Sans doute le plus passionnant qu'il ait créé, presque horrible, souvent pitoyable, jamais immonde, toujours fascinant, et séduisant, oui, à la longue, alors que la beauté, éblouissante d'abord, au propre surhumaine, du Lucien de Georges Marchal, s'estompe, s'affadit de scène en scène, se laisse oublier. C'est que Lucien, et on voit là la seule faiblesse du film, a trop peu de consistance face à un personnage de la trempe de Vautrin; il n'est qu'un masque quand l'autre est une figure. Et l'on voudrait entre eux plus de tacite compréhension, fût-elle ou non ambiguë, des rapports dépassant ceux du maître et de l'élève, des indices d'une complicité plus profonde, quand bien même elle doit se rompre...

Pour le reste, le film est une éblouissante restitution de l'époque: décors et costumes, distribution (en plus de Simon et Marchal, Madeleine Sologne, Gisèle Casadesus, Louis Seigner, Jacques Varennes, Lucienne Bogaert, Mouloudji, et de parfaits seconds rôles), enfin les dialogues de toute beauté, signés Pierre Benoît.

Sous la splendeur du beau monde, les appétits, larges ou médiocres, les compromissions, les lâchetés, voilà une assez juste peinture du Paris sordide et tortueux de Balzac, qu'on reconnait, et qui, avouons-le, procure de monstrueuses délices. (1)

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(1) Avec "La Duchesse de Langeais" de Baroncelli, "Le Colonel Chabert" de Le Hénaff, et "Le Père Goriot" de Pierre Vernay, Balzac a été plutôt bien servi sous l'Occupation.
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Asphalte
Asphalte
DVD ~ Françoise Arnoul
Prix : EUR 20,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Ne jamais revenir sur ses pas..., 17 août 2015
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"Asphalte", Hervé Bromberger, NB, 1959, très bonne copie.

Nicole, de passage à Paris avec son riche industriel de mari, retombe sous le charme de la ville qu'elle a quittée des années plus tôt, sans qu'on nous donne jamais toutes les raisons de sa fuite honteuse.
Si dorénavant elle traverse l'Atlantique en avion, roule en américaine, si elle loge dans les palaces, ce qui parle à ses yeux, à ses sens, au sortir de ce qu'on appelle encore à l'époque l'Aérogare, c'est "la bonne pluie de Paris"... ce qu'elle regrette, c'est "l'odeur du métro", poésie qui échappe à son pragmatique époux. Elle va profiter de l'absence de celui-ci pour faire le mariage buissonnier, aller retrouver son vieux quartier, la Porte de Bagnolet, et ses copains d'adolescence. Deux d'entre eux se sont rangés, et font le taxi, mais les autres truandent à la petite semaine... et le retour de Nicole va réchauffer des passions inassouvies, chez Michel (le touchant et oublié Jean-Paul Vignon) et chez Gino (Marcel Bozzuffi, parfait comme toujours), provoquant un drame.

Si l'idée de départ est plutôt ingénieuse (le scénario est signé Jacques Sigurd); si Hervé Bromberger, réalisateur d'un excellent polar à la française nommé "Identité judiciaire", ne filme pas mal du tout cette histoire d'un imprudent retour aux sources, il n'est pas dramaturge, et ne sait pas finir: une scène ne doit pas être coupée trop vite, c'est sûr, il faut "laisser filer", mais il faut aussi conclure, avant que l'impression produite ne se dissolve. Comme son histoire est toute de sentiments diffus, Bromberger croit installer l'émotion en prolongeant le ou les plans, il ne fait que la diluer, et nous impatienter... on languit comme son histoire.

La deuxième faiblesse tient à la psychologie des deux personnages principaux, Eric, le riche industriel, tout occupé de ses affaires, et Nicole, sa petite femme boudeuse, ingrate, aimée sans mérite, et qui s'imagine qu'il l'utilise comme faire-valoir.
Massimo Girotti, plus que beau, est excellent en mari qu'on dirait complaisant si le mot n'était pas connoté, disons alors compréhensif jusqu'au laxisme, et incompris. Très supérieur à Nicole mais peu subtil, il a le tort, par amour, de la prendre pour une alliée, une partenaire, une égale, de ne pas avoir saisi qu'elle n'est que sentimentalisme, et inadéquate.
Françoise Arnoul, avec son charme irritant, est idéale pour personnifier une petite femme immature et secrète, à la nostalgie peu saine, qui joue ingénument avec les sentiments des autres. Mais le personnage est souvent par trop bête. Après le gâchis dont elle est cause, elle retournera à la sécurité, bien sûr, se servant d'une phrase de Gino : "Ne dis jamais à un homme que tu l'aimes bien, c'est pire que si tu disais que tu ne l'aimes pas" pour susurrer à Eric: "Je ne vous dirai jamais plus que je vous aime bien, je vous aime mieux..." Beau cadeau ! On n'est pas dupe d'ailleurs, elle confond l'amour avec la reconnaissance comme elle l'avait confondu avec la nostalgie. Triste "fin heureuse".
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