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Contenu rédigé par Denis Urval
Classement des meilleurs critiques: 21
Votes utiles : 5344

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Commentaires écrits par
Denis Urval (France)
(COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)    (TOP 50 COMMENTATEURS)   

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Beethoven / Piano Sonatas
Beethoven / Piano Sonatas
Prix : EUR 19,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Du pays du matin calme à Beethoven, 28 avril 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Beethoven / Piano Sonatas (CD)
Le pianiste Sunwook Kim, né à Séoul en 1988, a gagné le concours de Leeds en 2006. Il vit maintenant à Londres et ses engagements se multiplient. Ceci semble être son premier disque comme soliste, paru en 2015, bien qu’il ait déjà collaboré avec Myung-Whun Chung pour DGBeethoven: Concerto No.5 "Emperor", Symphony No.5. Chez le même éditeur, il a récemment couplé la Troisième sonate de Brahms avec du César Franck (le Prélude, choral et fugueS.Kim / Franck, Brahms).

Enregistrer à la Jesus Christus Kirsche de Berlin (comme Furt, autrefois) un programme composé de deux des sonates les plus importantes de Beethoven, c’est pour un jeune homme moins faire un disque (de plus) que prononcer des vœux : oui, je le jure, je serai un vrai pianiste qui s’intéresse à la vraie, à la noble musique, et non au tiroir-caisse et au marketing des talents.

Il y a sans doute deux façons d’écouter un tel disque : l’une, la moins problématique est d’y voir l’occasion de cerner la personnalité du pianiste ; l’autre la plus risquée, est de comparer le résultat à ce que nous connaissons déjà dans ces œuvres alors qu’elles ont été servies par les plus grand(e)s.

Si on prend ce disque comme un portrait de l’interprète, il est clair que Sunwook Kim joue magnifiquement du piano; la sonorité est constamment superbe; sans doute l’un des meilleurs moments du disque, l’Adagio sostenuto de la sonate Hammerklavier est modelé avec beaucoup d’art (et, ce qui se défend, avec un tempo de base qui n’est pas lent, sans paraître précipité) : ce Beethoven plus délicat et lumineux qu’olympien a d’authentiques vertus, qui font penser à ce que disait Heinrich von Kleist au sujet du Théâtre de marionnettes (la connaissance, qui après avoir traversé l’infini, retrouve la grâce).

Au jeu des comparaisons, en revanche, on peut dire que la Waldstein ne convainc pas complètement, et qu’Annie Fischer (Emi/WarnerAnnie Fischer: The Complete London Studio Recordings), Backhaus, en particulier en concert Beethoven : Sonates pour piano op. 28, op. 31 n° 3, op. 53, op. 109. Backhaus., Maria Grinberg chez Melodiya, chacun à leur manière, donnent bien plus à l’auditeur. Ici, c’est très bien fait, on perçoit que le pianiste peut jouer l’Empereur mieux que proprement, mais, le développement du premier mouvement est trop uniment ludique, les épisodes du Rondo, qui commence pourtant bien, n’ont pas l’ivresse requise. La Waldstein, c’est bien plus grand, bien plus torrentiel que ce qu’on entend ici.

Pourtant, ce n’est pas qu’en oubliant ses illustres devanciers que Sunwook Kim intéresse. Pour les deux premiers mouvements de la Hammerklavier, on peut certes trouver le jeu très contrôlé et un peu sage (loin des emportements d’autres interprètes), mais une forme d’innocence sauve l’interprétation de la banalité. Et pour le Finale fugué, il y a tout de même de quoi être impressionné par l’élégance et la limpidité de l’exécution que nous offre Sunwook Kim, même si on a dans l’oreille de grandes versions (Sviatoslav Richter Sviatoslav Richter, piano - Sonate n°29 "Hammerklavier" / Sonate n°3, op.2 / Bagatelles, op.126 ; Serkin ; l’inusable Solomon chez Emi/WarnerBeethoven Sonates n° 27 à 32).

Présentation très soignée, texte français inclus.

Bilan : des bases très saines, un disque inégal, et de bien belles choses dans l’Hammerklavier.


Quatuors a Cordes
Quatuors a Cordes
Prix : EUR 21,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Les Takacs jouent Smetana et Janacek en août 2014, 26 avril 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Quatuors a Cordes (CD)
Des gens très calés pourront peut-être vous dire, grâce à des balances de haute précision, si ce disque constitue une « nouvelle référence », une « référence », ou encore, allons-y gaiement, une « absolue référence ». Pour ma part, je dirai seulement que le quatuor Takacs, qui compte sans aucun doute parmi les meilleures formations en activitéBritten : Quatuors à cordes n° 1, n° 2 et n° 3, possède une palette de sonorités fauves véritablement envoûtante (l'alto corsé de Geraldine Walther), et que je n'avais pas écouté une interprétation des quatuors de Janacek aussi accomplie depuis celle des Prazak chez PragaJanacek : Quatuors à cordes n° 1 et n° 2 - Sonate pour violon et piano, même si la nouvelle venue n'a sans doute pas le côté totalement spontané et extraverti de cette devancière, avec Michal Kanka qui déboulait comme un sanglier à l'orée du bois à l'occasion de chaque solo. Du Quatuor n°1, on retient la manière dont la beauté plastique (on est aux antipodes des stridences voulues par les Hagen) ne vient jamais se mettre en travers du chemin de l'expressivité, mais la soutient. Avec l'exécution du toujours aussi stupéfiant Quatuor « Lettres intimes », les « petits feux dans mon âme » dont parlait Janacek dans sa correspondance s'y allument les uns après les autres, et le Finale garde de la ressource et n'est pas trop dans l'ombre du paroxysme du Troisième mouvement. Qu'on n'aille donc pas trop dire que les Takacs sont des esthètes et qu'ils édulcorent le texte en faisant du beau son; Janacek, au fond, sous ses airs bourrus, c'était un tendre, nous disent-ils. Et l'ami Leos, on l'aime aussi comme cela, en fait.

Pour le quatuor n°1 de ma Vie, de Smetana, placé en premier, il faut sans doute mentionner le disque récent des Pavel Haas chez SupraphonSmetana : Quatuors à cordes n° 1 et n° 2, mais le « cri du cœur » du premier mouvement, les échos de danse du second, l'univers lyrique du Sostenuto, l'entrain retrouvé du Finale où revient pourtant in fine l'écho tragique du début, sont admirablement mis en valeur.

On rappelle que l'«actualité » des Takacs en 2016 est un disque dédié à César Franck (le Quintette, avec Marc-André Hamelin) et à Debussy (Hyperion toujours) et qu'Edward Dusinberre, le premier violon, vient de publier un livre consacré aux quatuors de Beethoven (« Beethoven for a later age »)Beethoven for a Later Age: The Journey of a String Quartet qu'on aimerait trouver le temps de lire un jour.

Notice anglais-français-allemand. Le tableau si bien choisi qui illustre la couverture n'est pas l'œuvre d'un peintre français, mais il est signé du peintre tchèque Antonin Slavicek (1870-1910).


Bartok : Mikrokosmos et autres oeuvres pour piano. Tiberghien.
Bartok : Mikrokosmos et autres oeuvres pour piano. Tiberghien.
Prix : EUR 17,85

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Une nouvelle anthologie du piano de Bartók, 25 avril 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Bartok : Mikrokosmos et autres oeuvres pour piano. Tiberghien. (CD)
Après une anthologie SzymanowskiSzymanowski : Études - Masques - Métopes, le pianiste français Cédric Tiberghien a réuni sur ce disque Hyperion, intégralement consacré à la musique pour piano seul du grand compositeur hongrois, cinq recueils ou cycles : la Suite op. 14 (1916), la suite En plein air (1926), les 15 chants paysans hongrois (1914-18), les 3 burlesques (1908) et le sixième et dernier livre du Mikrokosmos (une collection dont la genèse s’étend sur une longue période, et achevée seulement en 1939). Programme intéressant, même si on regrette un peu l’absence d’autres pièces, comme les Etudes, la jolie Sonatine et les Danses roumaines.

J’ai surtout découvert les qualités de Cédric Tiberghien avec sa très remarquable intégrale des sonates pour violon et piano de Beethoven avec Alina Ibragimova (Wigmore Hall Live)Beethoven: Violin Sonatas - 1, un partenariat qu’ont prolongé d’autres disques chez Hyperion, comme des Mozart tout récents.

Ici, la comparaison avec d’autres versions m’a causé au début une relative déception. Dans la très importante suite op. 14, il est un peu anguleux et moins souple dans la pièce initiale qu’un Géza Anda (live, BBC Legends)Anda Geza, Piano - Beethoven, Schumann, Bartok, Brahms, une Irén Marik (pianiste admirable, toujours à redécouvrir chez Arbiter)Bartok Dans Le Désert - The Art Of Irén Marik ou un Deszö Ranki (Hungaroton)Concerto Piano N 3 ; il ne déclenche pas dans le troisième mouvement de la même Suite la même bourrasque que Anda. Il n’atteint pas non plus le « swing » naturel, le sentiment de recréation improvisée d’Annie Fischer dans les chants paysans hongrois (disque BBC Legends)Annie Fischer, piano (coll. BBC Legends), une œuvre où il manque un peu d’humour, d’accent du terroir, de sens de la fête au village; il fait un peu jeune étudiant modèle venu rendre visite à ses grands-parents agriculteurs.

Mais le jeu du pianiste français est loin d’être indifférent et il y a des moments où il est pleinement à son affaire comme le saisissant Sostenuto final de la Suite, où la sobriété paie. On sent la jubilation du pianiste et on la partage dans le début de la suite en plein air, « Avec tambours et fifres ». La Barcarolle qui suit est belle, troublante et fluide comme une Etude de Ligeti. La « musique de la nuit » rappelle ici le merveilleux ravélien, façon Miroirs. L’autre version récente d’En plein air qui m’avait intéressé est celle de Beatrice Rana (Harmonia Mundi).

Le premier des Burlesques, le recueil le plus précoce de tous ceux réunis ici, sonne presque scriabinien, tandis que le Troisième scintille déjà d’un éclat neuf.

La délicatesse du jeu du pianiste convient bien au très riche et divers Sixième livre du Mikrokosmos (cf. plage 30 : "du journal d’une mouche », plage 31 : le post-Debussy des « Arpèges divisés », l’autre musique nocturne du disque « Secondes mineures, septièmes majeures », plage 32, le volubile « Ostinato » plage 36).

Il y a bien sûr plus de musique dans certaines œuvres brèves de Bartók que dans les œuvres majeures de la plupart des compositeurs répertoriés. Le disque de Cédric Tiberghien n’est pas parfait, mais il méritait d’exister et il faut le réécouter plus encore que l’écouter, le déguster lentement plutôt que l’avaler d’une traite.


Holt : ...era madrugada
Holt : ...era madrugada
Proposé par Fulfillment Express
Prix : EUR 15,60

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5.0 étoiles sur 5 Era madrugada, 17 avril 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Holt : ...era madrugada (CD)
Dans la notice en anglais consacrée au compositeur Simon Holt sur Wikipedia, sa musique est décrite comme « complexe, dramatique et souvent énigmatique ». On y ajoute que « La structure interne sophistiquée de ses œuvres est cachée par une nature d'apparence impulsive », ce qui est vraiment juste et bien trouvé, me semble-t-il.

Simon Holt est né à Bolton, dans le Nord-Ouest de l'Angleterre, en 1958. Ce n'est pas parce que, une fois n'est pas coutume, l'Orchestre de Paris programme les Earth dances de sir Harrison BirtwistleTheseus game-Earth Dances lors de sa prochaine saison qu'il faudrait s'arrêter en si bon cheminHolt : A Book of Colours. Hind..

Un compositeur qui parvient à restituer l'univers déroutant et magique de la poésie de Federico Garcia LorcaPoésie IV. Sonnets de l'amour obscur est forcément quelqu'un de rare et d'intéressant. Era madrugada [Entre chien et loup] est fondé sur un poème intitulé Sorpresa [surprise] où il est question d'un homme qui gît dans la rue avec un couteau planté dans la poitrine. Comme la petite lanterne tremblait! Comment peut-il être là, gisant dans la rue, alors que personne ne sait qui il était ? En réponse, Simon Holt a composé une pièce turbulente et bizarre pour flûte, clarinette, cor, alto, violoncelle, contrebasse et piano, dont le charme opère immédiatement et qu'on serait bien en peine de situer sur l'échiquier de la musique d'aujourd'hui tant elle ne ressemble à rien, si ce n'est à un Messiaen qui aurait oublié l'orgue, Dieu et l'ornithologie, et aurait croisé en chemin Morton Feldman.

On reste ensuite sous influence espagnole avec les Canciones pour voix et ensemble, deux poèmes anonymes encadrant un autre poème de Garcia Lorca. Ces trois Canciones ont pour soliste la chanteuse Fiona Kim (poèmes inclus en espagnol, avec traductions en anglais, français et allemand). On pourrait considérer cette œuvre comme un lointain descendant des trois Poèmes de la lyrique japonaise de Stravinsky, ou même des Chansons madécasses de Ravel. Très belle fin du volet central, avec sa ligne de flûte (« Petit cheval noir, où emportes-tu ton cavalier mort ? »). Holt excelle à recréer des univers oniriques et dangereux (dernier poème : « Dans le verger je mourrai, dans la roseraie je serai tué »).

Deux autres pièces, Shadow realm (1983) et le plus développé Sparrow night (1989) complètent le disque, pièces également jouées par le Nash ensemble, et qui poursuivent dans la même veine, celles d'une sorte de surréalisme instrumental.

Si j'ai bien lu, le même valeureux label, NMC, devrait publier prochainement le concerto pour violon du même Simon Holt, Witness to a snow miracle (2005), qui retrace en sept mouvements la vie de sainte Eulalie, une œuvre qu'ont défendue successivement Viviane Hagner et Chloe Hanslip. Comme moi, vous attendez cela avec impatience, n'est-ce pas.


Beethoven / Violin Concerto [Blu-ray]
Beethoven / Violin Concerto [Blu-ray]
DVD ~ Bernard Haitink
Prix : EUR 37,41

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4.0 étoiles sur 5 Bernard Haitink dirige (toujours) Beethoven, 17 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Beethoven / Violin Concerto [Blu-ray] (Blu-ray)
On peut dire sans exagérer que parmi les chefs vivants, Bernard Haitink est un de ceux qui ont eu la collaboration la plus féconde avec le Philharmonique de Berlin : qu'on songe à son cycle Mahler, qu'il n'a hélàs achevé ni au disque, ni en DVDBernard Haitink - Mahler : Symphonies N°4 & 7, ou à son Château de Barbe-BleueBartok : Le Château de Barbe-Bleue.

Ces deux interprétations sont données par Haitink et cet orchestre à Baden-Baden en avril 2015.

Je n'ai pas aimé tout ce qu'a fait la violoniste Isabelle Faust récemment, son Schumann chez Harmonia mundi en particulier, mais il serait injuste de ne pas reconnaître à ce Concerto de Beethoven une belle alliance entre noblesse du geste et petites touches de fantaisie. Pas très loin de ce que fait aujourd'hui Christian Tetzlaff dans cette œuvreBeethoven : Concerto pour violon Op. 61 - Romances pour violon (Op. 40, Op. 50), Isabelle Faust amincit le son sans aller vers quelque chose de trop ingrat, et le volet central se distingue par la fraîcheur de l'approche de la soliste, bien soutenue par l'orchestre. Comme Tetzlaff, Isabelle Faust fait le choix à la fin du premier mouvement de la cadence de Beethoven avec timbales obligées, du plus bel effet. En DVD, malgré une image très médiocre, ne pas oublier qu'on peut voir Szeryng en action avec Karel Ancerl, dans une toute autre esthétique mais le résultat, quand Szeryng atteint sa vitesse de croisière, reste fascinantMa Patrie: portrait de Karel Ancerl.

Haitink a beaucoup remis sur le métier son Beethoven et ce qu'on entend ici est le résultat d'une longue vie passée avec ces oeuvres (lire le commentaire de Bolly sur l'intégrale avec le London PhilharmonicBeethoven:the 9 Symphonies). La Pastorale, malgré un premier mouvement un rien sévère, est ici magnifique. J'ai envie de parler tout de suite de l'orchestre et des bois ; dans la Scène au bord du ruisseau, on est vraiment à un très haut niveau dans la conversation instrumentale. La clarinette de Wenzel Fuchs (certes moins mis en avant qu'Andreas Ottensamer) est un enchantement, et les pupitres de flûte et de basson ne sont pas en reste. La ferveur de l'interprétation, la sobre vigueur du chef, emportent la conviction, et il faudrait tout citer, le Brueghel de la réunion joyeuse des paysans, la violence de l'orage, l'élévation superbe du dernier mouvement.


Symphonie N 33; Symphonie N 9
Symphonie N 33; Symphonie N 9
Proposé par STRADIVARIUS
Prix : EUR 13,90

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 K 46, 17 avril 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Symphonie N 33; Symphonie N 9 (CD)
Vienne, 1946. L'ambiance est celle du 3ème HommeLe Troisième homme [Blu-ray], et la capitale de l'Autriche se réveille chaque matin avec les traces de la catastrophe. De son côté, Walter Legge, le producteur britannique, est venu dénicher des talents dans la ville de Beethoven et de Schubert. Il y a rencontré un certain Herbert von Karajan, un chef qui tente de relancer sa carrière dans un contexte défavorable. Les autorités d'occupation, en effet, lui interdisent de se produire en public, suspendent, puis rétablissent ces mesures punitives. Mais Karajan, à la différence d'un Kabasta, qui s'est suicidé en février de la même année, croit en son étoile et il a bien compris que le temps joue pour lui : qui va se soucier vingt ans, trente ans plus tard de son opportunisme de la veille. De plus, Furtwängler, qui ne peut pas le supporter, n'est plus très jeune. La solution en attendant des jours plus faciles, c'est Legge qui la lui apporte : les concerts sont une chose, les disques en sont une autre. Une fois que l'enregistrement existe, il vit sa vie, délivré des contingences. Instrument de la mémoire musicale, le disque est aussi l'agent idéal d'une amnésie sélective, l'instrument rêvé d'un nouveau départ.

Ces enregistrements avec le Philharmonique de Vienne font partie des premiers réalisés avec Legge à l'automne 1946. Les Mozart (Danses allemandes et symphonie n°33) et la grande Symphonie de Schubert témoignent de la volonté qui est celle du chef d'incarner pour l'après-guerre une synthèse entre tradition austro-allemande et style tranchant à la Toscanini. Si les Mozart sont très réussis dans leur grâce et leur vivacité, la grande symphonie en ut de Schubert, elle, ne manifeste pas d'affinité particulière avec l'univers schubertien. D'autres versions historiques, sans bénéficier d'un orchestre aussi remarquable, possèdent plus de charme, vont plus loin et visent plus haut. Dès l'appel des cors, l'introduction du premier mouvement, avec Clemens Krauss, est bien plus mystérieuseSymphonie No 9. Dans l'Andante con moto Karajan garde ses distances et on a déjà entendu une narration plus prenante. Toute trace de Caspar David Friedrich a disparu ; le trio du Scherzo est plus élégant que chavirant. Malgré un début pâteux et hésitant, il y a bien plus d'ivresse et de vouloir-vivre, mais aussi de nuances dans le Finale tel que le dirigeait Furtwängler (Philharmonique de Berlin, concert du 15 septembre 1953, paru chez Tahra), que dans ce qu'on entend ici.

Ces disques préfigurent très nettement ce qui va suivre : tantôt, des réussites éclatantes (la Flûte enchantée de 1950Mozart : La Flûte Enchantée; l'Ariane avec le Philharmonia de 1954, qu'on ne présente plusRichard Strauss : Ariadne auf Naxos), tantôt un style de direction virtuose qui définira une norme de qualité pendant des décennies, un style que Karajan peaufinera comme la mer polit un galet, et ce dans le contexte de l'évolution des techniques d'enregistrement.


Beethoven: Piano Sonatas Vol 7
Beethoven: Piano Sonatas Vol 7
Prix : EUR 11,29

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5.0 étoiles sur 5 Classiques favoris: Maria Grinberg joue Beethoven, 12 avril 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Beethoven: Piano Sonatas Vol 7 (CD)
Dans l'édition que je possède du Dictionnaire des grands interprètes, parue en 1995, on ne trouvait pas le nom de Maria Grinberg (Odessa, 1908, Talinn, 1978), mais on trouvait déjà celui d'Hélène Grimaud, ainsi qu'une notice assez détaillée sur Alain Pâris, l'auteur de ce dictionnaire.

Les choses ont sans doute évolué depuis la réédition en un coffret en 2012 de l'intégrale des sonates de BeethovenBeethoven : Intégrale des Sonates pour piano gravée par cette pianiste. Et comme sa compatriote Maria YudinaBeethoven, Brahms : The Legacy of Maria Yudina, Piano Sonata, N°29, Maria Grinberg est de nos jours l'objet d'un culte discret, mais fervent.

On pourrait comparer à l'infini ses versions de la sonate n°23, dite Appassionata, et de la sonate n°26, « Les adieux, l'absence et le retour », avec celles d'interprètes comme GilelsSonates Pour Piano N°8, N°13, N°14, N°23, Yves Nat, ArrauBeethoven: Piano Sonatas 31, 31 & 23 "Appassionata" ou BackhausBeethoven-Édition Backhaus-32 Sonates Piano-. On trouvera sans surprise que Maria Grinberg est plus proche du premier que d'Arrau dans l'implacable Appassionata qui ouvre le disque. Moins romantique que Backhaus, Maria Grinberg ménage admirablement la progression dans le premier mouvement des Adieux, tout spécialement lorsque l'heure du départ approche et que la musique fait entendre la séparation qui vient.

Mais j'aimerais aussi distinguer ce qu'elle fait dans trois sonates plus modestes et plus brèves, la 24ème op. 78, la 25ème op. 79 et la 27ème, op. 90.

Montrer que les œuvres « mineures » d'un grand compositeur ne sont pas des œuvres de second rang, mais des émanations différentes d'un même projet esthétique, c'est en effet un signe auquel on reconnaît un très grand interprète et Maria Grinberg est ici une interprète d'exception.

Elle se distingue en particulier par la manière dont elle utilise des tempi rapides (premier mouvement de la sonate n°24, après l'introduction lente ; premier mouvement de la 25ème; second mouvement de l'op. 90) à des fins de caractérisation expressive. Son Beethoven est magnifique dans sa sveltesse, et il a le naturel qui résulte d'une longue familiarité. Ecouter aussi l'Andante central de la 25ème qui rappelle les vertus de son SchubertSchubert/Schubert.

Dans l'op. 90, elle contraste un premier mouvement très dramatique avec l'allant du rondo qui suit, presque espiègle : le résultat est bien différent de celui de la somptueuse version signée par SolomonBeethoven Sonates n° 27 à 32, d'une grande noblesse et d'un modelé unique, mais il est lui aussi vraiment marquant et inspiré.

La prise de son est très décente, on déplorera seulement quelques pré-échos qu'il aurait sans doute été facile d'effacer dans le report CD.

Maria Grinberg n'a pas besoin du pianoforte pour trouver l'univers sonore qui convient, la lettre et l'esprit de cette musique. On invite à la découvrir si ce n'est déjà fait, ici et par exemple dans sa merveilleuse sonate Waldstein.


Clement Krauss-Rarities 1944-45
Clement Krauss-Rarities 1944-45
Prix : EUR 13,00

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4.0 étoiles sur 5 Clemens Krauss dirige Debussy, Ravel et Suk, 7 avril 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Clement Krauss-Rarities 1944-45 (CD)
Dans le volume consacré à Clemens Krauss dans l'édition qui fêtait les 150 ans de l'orchestre philharmonique de Vienne édité par DGBeethoven-Missa Solemnis-Stravinsky-Pulcinella-Cl.Krauss-Duk As-Apprenti Sorcier-, on pouvait lire que Krauss avait continué à travailler avec l'orchestre alors que la guerre, en 1944-45, se rapprochait de Vienne, et que des chefs d'orchestre, il n'en restait plus beaucoup de disponibles. Il dirige cette formation jusqu'à début avril 1945, et à nouveau, le 27 avril, alors que les russes occupent désormais ce qui redevient la capitale de l'Autriche, programmant en seconde partie, pour ce premier concert de l'après deuxième guerre mondiale du Philharmonique, cela ne s'invente pas, la Cinquième de Tchaïkovski. Que le cœur y soit ou pas, c'est bienvenue aux « Ivans », comme on dit dans les romans de Philip Kerr.

Ce disque nous rend des enregistrements de cette période, il ne comporte aucune notice ni précision additionnelle en dehors de son titre ('Rarities 44/45') : c'est le degré zéro de l'édition. Mais le philharmonique de Vienne donne désormais sur son propre site la liste de tous ses concerts, et voici ce qu'on peut proposer de plausible, quoique conjectural. La Sérénade de Suk pourrait bien dater du 23 mars 1945 (elle est redonnée début avril) et la Rhapsodie de Debussy est du 24 mars, le lendemain. On ne trouve aucune trace de l'Alborada del Gracioso en 1944/45, mais Krauss l'avait dirigé avec cet orchestre le 26 novembre 1943. Reste la seconde Suite de Daphnis, peut-être le 27 mars 1945, le site du Philharmonique indique la Première suite ce jour-là.

Le fait qu'il s'agisse d'œuvres françaises et tchèques, aussi peu martiales et propre-aryennes que possible, n'est pas anodin dans un pareil contexteLa musique au pas : Etre musicien sous l'Occupation et il en dit long sur la personnalité musicale de Krauss, un chef cosmopolite qui traitait avec le Diable, mais n'en partageait pas vraiment les goûts.

La seconde suite de Daphnis inclut la partie de chœur, laquelle est généralement omise quand le ballet n'est pas donné complet. Parmi les grandes archives dans cette musique, ne pas oublier le concert de Mengelberg avec un somptueux Concertgebouw en 1938Concertgebouw Series : Gieseking-Mengelberg, mieux restitué, dont les options sont opposées -des tempi plus vifs, plus de contrastes et de brio mais à la vision épicurienne de Mengelberg, Krauss oppose quelque chose de très subtil, quasi-immatériel, où l'univers mythologique du ballet rejoint celui de l'Art Nouveau et les nymphes de Klimt peintes sur fond d'or.

Du même Ravel, l'Alborada del Gracioso. Cette « aubade du grotesque » reçoit une exécution tantôt ironique et enlevée, tantôt ténébreuse. A ranger pas très loin d'une autre grande réussite ravélienne avec le même orchestre, la Valse dirigée par Victor de SabataThe Legendary Concert in Salzburg, August 1, 1953.

La Sérénade de Suk pour cordes est délicieuse, très légère de trait, un peu surréaliste dans un tel contexte, souvenir déjà lointain d'une Mitteleuropa paisible et civilisée.

La 1ère Rapsodie de Debussy, avec clarinette principale, a pour soliste Leopold Vlach (ou Wlach), membre de l'orchestre, un instrumentiste envoûtant. Une interprétation chargée de sensualité et de mystère, qui fait regretter qu'on ne puisse pas entendre davantage le chef dans ce répertoire (mais voir chez DG son Apprenti Sorcier de Dukas, avec les mêmes).

Un disque d'archives édité avec les pieds, mais au contenu inattendu et précieux.


Dvorak : Concerto pour Violon - Josef Suk
Dvorak : Concerto pour Violon - Josef Suk
Prix : EUR 14,99

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Christian Tetzlaff joue Dvorak et Suk, 5 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Dvorak : Concerto pour Violon - Josef Suk (CD)
Et si les apparences n'étaient pas trompeuses ? Naguère le violoniste allemand Christian Tetzlaff portait des lunettes, et une coupe de cheveux de premier de la classe sage et bien élevéViolin Concerto No. 2 (Tetzlaff). A présent, comme la présente pochette le montre, il n'a plus de lunettes, et le bouc et les cheveux longs sont ceux d'un autre homme, toujours jeune, mais bien différent. Cela ne vaudrait pas la peine de le mentionner si le jeu, lui aussi, n'avait pas évolué : naguère, son violon était techniquement très pur, mais un rien crispé ; désormais, comme il le dit lui-même, il joue plus librement, avec plus de prise de risque. Hier et aujourd'hui on retrouve en revanche la même curiosité (celle qui l'a conduit à affronter la Sonate pour violon seul de Schnabel), et la même exigence.

J'ai comparé son nouveau concerto de Dvorák (qui s'en souvient, il l'avait gravé une première fois pour VirginDvorak : Violin Concerto, Lalo : Symphonie espagnole) avec une autre version récente, celle d'Anne-Sophie Mutter, parue chez DGDvorak : Violin Concerto. Celle-ci, dans un de ses meilleurs enregistrements depuis longtemps, a apporté à l'œuvre tout ce que permet son tempérament exalté et sa sonorité très riche. Tetzlaff, format Rooney Mara plutôt que Cate Blanchett, impressionne moins au début, mais peu à peu on comprend sa conception : jeu délié, légèreté, mise en valeur des aspects rythmiques et dansants de l'œuvre ; beaucoup de vaillance aussi, et un bel entrain dans chaque mouvement. L'entrée dans le mouvement central, chantée à mi-voix sans en remettre trois couches, est parfaite. Côté orchestre, Anne-Sophie Mutter dispose d'un superbe Philharmonique de Berlin, mené de manière décidée par Manfred Honeck ; mais la Philharmonie d'Helsinki, avec le toujours vigoureux John Storgards, est loin de faire de la figuration. Deux versions très convaincantes, avec chacune ses propres mérites, quand bien même, mémoire oblige, on garde une tendresse spéciale pour le chic de Nathan Milstein (en concert, Music and Arts) et pour la grande manière de Johanna Martzy avec Ferenc Fricsay chez DG Dvorak / Bruch / Glazounov - Les Concertos pour violon ( Coll. The Originals )et chez AuditeJohanna Martzy: Portrait (il y a aussi chez Supraphon la version de Suk avec Karel Ancerl, mais je ne l'ai pas réentendue récemment).

Le disque commence avec la Fantaisie de Josef Suk. En vingt-trois minutes, il se passe beaucoup de choses dans cette partition qui oscille entre un sombre post-romantisme tourmenté, quasi-expressionniste (façon Asrael Suk: Asrael, c'est aussi l'époque du Pelleas de Schönberg) et des épisodes plus délicats qui peuvent rappeler, par exemple, les Humoresques de Sibelius. Storgards anime le tout avec beaucoup de brio, et Tetzlaff, visiblement conquis par l'œuvre, en offre une interprétation pleine de fougue, peut-être un rien trop (le vibrato insistant, heureusement par endroit seulement), mais le bon l'emporte, et on a bien le droit d'être encore sentimental à l'ère des cyniques et des blasés.

La Romance de Dvorak op. 11 complète le disque, et dans sa dimension élégiaque n'a rien d'anecdotique.

Le bonheur d'entendre Tetzlaff au concert, récemment, n'est pas toujours égalé par celui de ses prestations au disque. Mais voici une excellente occasion de le retrouver tel que le temps l'a changé, tel qu'il est et veut être aujourd'hui, un violoniste « moderne » qui s'est découvert un tempérament romantique.


Vivre !
Vivre !
DVD ~ Gong Li
Prix : EUR 13,51

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4.0 étoiles sur 5 Vivre! est un film où on meurt beaucoup, 31 mars 2016
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Alors que le cinéma chinois contemporain est marqué par la figure de Jia Zhang-KeLe monde de Jia Zhang-ke, il faut se souvenir de l'accueil très favorable qu'avaient reçu en Europe et en France, il y a une vingtaine d'années, les premiers films de Zhang Yimou (né en 1951), un réalisateur bien différent, qui avait su accompagner les premiers moments de l' « ouverture » de son pays d'images fortes capables de toucher un large public.

Je connaissais le Sorgho rouge (1987), Ju Dou (1989), Epouses et concubines (1991), Qiu Ju, une femme chinoise (1992)Qiu Ju, une femme chinoise, mais j'étais passé à côté du film suivant du réalisateur, ce Vivre ! qui a reçu à Cannes un Grand Prix (1994), un film qui précède lui-même de peu le film de gangsters qu'est Shanghai Triad (1995) qui devait beaucoup décevoir, bien que j'en aime pour ma part beaucoup l'univers visuelShanghai Triad (Yao A Yao Yao Dao Waipo Qiao) [Import USA Zone 1].

Il est difficile de regarder aujourd'hui Vivre ! sans penser un peu tristement à la manière dont le cinéma de Zhang Yi-Mou a ensuite perdu peu à peu ses vertus initiales, pour aller soit vers des films décoratifs mais mineurs (Le secret des poignards volants, 2004), soit vers des films patriotiques dotés d'un message bien lourd (Hero, 2002, et plus près de nous la catastrophe de The flowers of war, 2011), tandis que le dernier en date, Coming home (2014) tente de renouer avec la peinture de l'histoire douloureuse de la Chine vue par les gens ordinaires, avec un mélange de réalisme et de sentimentalité qui n'a donné à mon sens, au mieux, qu'une demi-réussite.

S'il s'agit de trouver des films chinois qui ont abordé courageusement, non seulement les vicissitudes de l'histoire en général, mais aussi les folies du Grand bond en avant et de la Révolution culturelle, des sujets toujours sensibles lors du tournage, alors par exemple Le cerf-volant bleu de Tian Zhuangzhuang (1993)The Blue Kite (le cerf-volant bleu) version audio chinoise avec sous-titres français, bien moins connu, est une bien plus grande réussite que ce Vivre ! ne serait-ce que par son impeccable construction et sa poignante sobriété.

Cependant, en ce qui concerne Vivre !, malgré des moments nettement plus faibles, le retour du motif des marionnettes, des scènes clés comme la grande ouverture du film dans une maison de jeu, les démêlés du fils avec son père (autour du thé à la sauce piquante), la scène de l'hôpital, et la toute fin, restent tout de même de beaux et bons moments de cinéma, certes un peu didactiques parfois dans l'évocation des ravages de la politique, mais tout de même et au fond pourquoi pas.

Si Gong Li, cantonnée dans un personnage peu consistant, ne trouve pas dans Vivre ! un de ses meilleurs rôles, l'acteur principal, Ge You, connu désormais dans un registre plus léger où il a connu de grands succès en ChineIf You Are the One (Standard Edition) DVD, est remarquable en Fengui, un homme censé dans le film symboliser toute l'évolution de la Chine contemporaine, un rôle qui devrait être écrasant et qu'il parvient à tenir d'une manière vraiment étonnante, au point qu'au sujet de ce Fengui on a envie de parodier la formule de Sartre dans les Mots : « un chinois, fait de tous les chinois, qui les vaut tous et que vaut n'importe qui ».


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