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Contenu rédigé par Religionnaire
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Religionnaire (Paris, France)

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Portishead : Live in New York
Portishead : Live in New York
DVD ~ Geoff Barrow
Prix : EUR 7,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 22 décembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Portishead : Live in New York (DVD)
Loin des masturbations cacophoniques de Tricky, de la relative inconsistance de Massive Attack et de la nonchalance déployée par Morcheeba, Portishead révèle, dès ses débuts, le trip-hop sous son meilleur jour. Personne n'est, à l'époque, en mesure d'injecter au sein de ce paroxysme de lenteur, un panel émotif aussi varié. D'une angoisse nocturne pesante, suspendue, presque morriconienne, à l'élégance frappante d'un groove dissonant, sensuel et sophistiqué, sans oublier ces mélodies urbaines et automnales à forte tonalité mélancolique, poignantes en profondeur jusqu'à l'humidification oculaire, Portishead inscrit son œuvre parmi les plus belles prouesses musicales des années quatre-vingt-dix. Éloignée de l'histrionisme cultivé par certaines icones rock de la décennie, Beth Gibbons demeure voutée telle une adolescente attardée et mal dans sa peau, une adolescente qui chatouille pourtant son destin en quittant la ferme familiale à vingt deux ans pour se lancer comme chanteuse à Bristol. La réussite s'avère alors inévitable tant cette femme est sirène, capable de séduire, de troubler intensément quelque soit l'atmosphère musicale proposée. Le trio constitué avec Geoff Barrow et Adrian Utley, deux musiciens à la hauteur de son talent, permet à Portishead de connaitre un succès rapide, des deux cotés de l'atlantique. Les trois artistes s'en défendent alors judicieusement par la pudeur et le mystère. Le successeur éponyme de Dummy (1994) est médité, travaillé puis muri durant trois ans, loin des projecteurs, avant d'être dévoilé aux oreilles de tous.

Plus encore que l'œuvre majeure du groupe, ce concert, enregistré en 1997 au Roseland Ballroom de New York, délivre gracieusement toute l'authenticité qui manquait jusque-là au trip-hop. L'inoculation subtile de la spontanéité, des irrégularités et autres imperfections propres au vivant apparait comme l'antidote sublimatoire aux sonorités hip-hop electro volontiers samplées, refabriquées, refaçonnées et désincarnées. Ainsi parfaitement équilibré par cet élan d'humanité, le trip-hop, du moins celui-ci, se démarque définitivement des musiques à 100% artificielles du spectre électronique, et s'affirme comme une des créations artistiques majeures de la décennie. La collaboration de l'orchestre philharmonique de New York est admirable, ses interventions étant judicieusement intégrées à l'effort global sans jamais empiéter sur l'expression du trio de base. Certains arrangements sont même totalement repensés au plus grand bonheur du Religionnaire car encore dans ce souci constant d'une authenticité humaine et émotionnelle. Aux atmosphères soyeuses et jazzy se succèdent les foudroiements d'une souffrance pesante, et surtout cette inquiétude sombre et tenace qu'aucune musique populaire n'avait jusque-là aussi bien suscitée. Gibbons ne cesse de muer, passant d'un chant plaintif et torturé vers une sensuelle et naïve séduction, de l'immaturité la plus attendrissante vers la folie la plus menaçante, parfaitement stimulée par ses deux compagnons dont le groove est tout aussi caméléon. Les onze titres du concert transcendent ainsi largement leur version studio. L'apport de l'image, sur un DVD sorti un an plus tard, ne fait que renforcer un peu plus la fascination du Religionnaire pour cette soirée divine. Cette œuvre doit également être considérée comme le plus beau testament du trip-hop, un genre dont ce qu'il reste de profondeur et d'authenticité sera anéanti par les exigences de la musique populaire du nouveau millénaire.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 24, 2012 12:19 AM CET


Lifeline
Lifeline
Prix : EUR 22,84

7 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 11 décembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Lifeline (CD)
Cher confrère,

Le Religionnaire accuse réception de votre demande d'expertise concernant Mr Neal Morse. Le début des troubles remonte à 2002, année durant laquelle émerge un délire à thème mystico-religieux et à mécanismes multiples, intuitif, imaginatif et interprétatif. Le facteur déclenchant semble être la guérison inexpliquée de sa sœur d'une maladie cardiaque, un évènement que Neal interprète alors comme la réponse à l'une de ses prières. Dans la foulée, le patient quitte Spock's Beard, le groupe de rock progressif nostalgique dont il est le meneur, afin de se lancer dans une carrière en hommage à Dieu. L'activité délirante demeure depuis incroyablement floride et source d'une dizaine d'albums de rock chrétien, d'influence plus ou moins progressive, en l'espace de six ans. L'abord plus sombre et pesant de sa dernière œuvre Sola Scriptura (2007) avait fortement satisfait le Religionnaire, d'autant plus que Neal y dévoilait ce qui peut être considéré comme une ébauche de critique de son délire. Le concept avait effectivement rapport avec la lutte de Martin Luther contre les excès de l'église catholique.

Son dernier effort, malheureusement, est caractérisé par le retour d'une conviction délirante absolue. Cette recrudescence s'explique probablement par le stress majeur occasionné par la maladie leucémique de son père. Ce Lifeline est ainsi composé durant les soins médicaux de ce dernier, puis pendant la tournée européenne de Neal, une escapade qui se mue rapidement en opération de propagande chrétienne. Les procédés d'écriture et de composition demeurent toujours très stéréotypés et recyclés plus ou moins consciemment sur les disques précédents. Les mélodies, très archaïques, sont une nouvelle fois calibrées habilement sur un modèle symphonique, et assorties de multiples cassures rythmiques. Ces dernières sont propulsées par le batteur Mike Portnoy qui, malgré sa virtuosité revendiquée, peine à leur fournir l'aspect éjaculatoire et inopiné qui compenserait ce caractère global terriblement prévisible. Il semble qu'avec ce Lifeline, les adorateurs de Neal Morse commencent tout juste à prendre conscience que sa discographie n'est qu'un recyclage permanent. Cet album "de trop", ainsi injustement mal considéré, demeure pourtant l'un des meilleurs sur le plan musical, que ce soit dans ses élans d'exaltation ou dans ses passages mielleux. En guise de conclusion, le Religionnaire souhaite manifester son inquiétude quant à l'effet que pourrait avoir cette déception globale du public sur le patient. L'évolution vers un épisode dépressif est à craindre, étant donné qu'actuellement, le processus délirant rend impossible toute transformation artistique.

En restant à votre disposition pour tout élément complémentaire.

Bien confraternellement.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 9, 2011 5:07 PM CET


In the Beginning [Remastered]
In the Beginning [Remastered]
Prix : EUR 13,11

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 10 décembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : In the Beginning [Remastered] (CD)
L'heure est venue pour le Religionnaire de sortir Triumph de l'ombre de Rush, une place souvent justifiée par quelques similarités trompeuses : deux trios puissants, canadiens, portés sur la distorsion et dans une moindre mesure sur le rock progressif. Sur ce premier disque, les trois artistes semblent encore en quête d'une identité musicale propre, et apparaissent véritablement tiraillés entre deux continents et deux décennies. Un titre tel que "Street Fighter", dans sa première partie, évoque incontestablement la métamorphose contemporaine de Judas Priest. Son riff sec, très véloce et menaçant semble annoncer de façon fugace mais bien réelle, ce que sera la révolution de la nouvelle vague du heavy metal anglais. Toutefois, à la différence de Judas Priest, Triumph ne semble pas prêt à délaisser l'exubérance et la grandiloquence des années soixante-dix, comme en témoigne la seconde partie de ce "Street Fighter", typiquement floydienne dans son aspect planant et éthéré. Le trio s'imprègne d'ailleurs admirablement de la sophistication britannique en matière de rock lourd ou progressif. Le fragmenté "Blinding Light Show/Moonchild" propulse de fort belle manière un chant théâtral et torturé rappelant celui de Roger Waters, avant que ce fameux guitariste et vocaliste Rik Emmett ne s'engage dans un interlude étonnant à la guitare classique.

Ces quelques élans transatlantiques, floydiens comme zeppeliniens, ne sauraient en aucun cas détourner durablement Triumph du continent américain et de son bon vieux boogie. La plupart des titres dégagent en effet ce balancement appuyé, aussi régulier qu'irrésistible, catapultant des riffs, certes non révolutionnaires, mais particulièrement brillants. L'alliance remarquable du groove et du riff évoque alors immanquablement les réussites d'Aerosmith ainsi que celles des débuts de l'arena rock américain. Issu d'un petit label indépendant, ce premier album éponyme se fait plutôt discret avant d'émerger sur les ondes du Texas, grâce à un DJ séduit. Le groupe s'engouffre alors dans la brèche en effectuant une tournée dans la région, ce qui lui permet d'obtenir un contrat chez RCA. Par ce premier effort, ultérieurement réédité en 1995 et renommé In the Beginning, Triumph montre bien qu'un très bon disque de hard rock peut aussi résulter d'une incertitude profonde, si les tâtonnements qui en découlent sont suffisamment appuyés. Les multiples directions artistiques prises par le trio aboutissent ici à des prestations attrayantes. Elles sont donc bien légitimes.


Hard Attack
Hard Attack
Proposé par Expédition Express
Prix : EUR 17,91

4 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 4 décembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Hard Attack (CD)
Après un premier album éponyme qui symbolise à merveille la difficulté des américains à s'engouffrer dans les deux nouvelles tendances, hard et prog, du rock anglais, le trio puissant se lance dans le second avec de fermes intentions d'éclectisme et de sophistication. Le Religionnaire constate ainsi l'intégration plutôt cocasse d'un ensemble de cordes sur le sympathique "Thusly Spoken". Construit sur le modèle des mélodies à vocation orchestrale de Paul McCartney, ce titre dévoile une nonchalance presque moribonde rappelant celle de Procol Harum, tout en aspirant à l'effet conte de fées d'ELO et des Moody Blues. Bien que toujours dominée par la distorsion, la musique de Dust est ici beaucoup plus empreinte de guitare acoustique, pour le pire comme pour le meilleur. Le Religionnaire approuve ainsi les titres énergiques et versatiles que sont "Pull Away/So Many Times" et "Walk in the Soft Rain", deux élans visiblement très inspirés par les efforts contemporains de Jethro Tull. En revanche, quand le trio se lance, avec "I Been Thinkin'" et "How Many Horses" sur les sentiers canadiens déjà foulés par le Loner et The Band, il ne peut fournir que deux ballades fades et mollassonnes à tendance country, sources d'un désagréable prurit cérébral.

Les échantillons purement hard rock ne traduisent quant à eux pas de réelle évolution par rapport au premier album et s'inscrivent toujours dans le sillon vulgaire creusé par les Cactus et autres Mountain. Dust y conserve une approche axée davantage sur les démonstrations instrumentale et bruitiste que sur l'accroche musicale. Les riffs, bien qu'exécutés très lourdement, demeurent trop archaïques pour susciter le moindre balancement. Le trio semble définitivement incapable de se libérer de certaines coutumes rock dictées lors de la décennie précédente : celle du blues rock psychédélique et celle des hymnes proto-punk scandés par les Who. La séparation apparait ainsi pour les trois musiciens comme la seule chance de libération et de survie artistique. Après un séjour chez Richard Hell & the Voivoids, le batteur Marc Bell trouvera enfin sa voix chez les Ramones sous le nom de Marky Ramone. L'excellent bassiste Kenny Aaronson deviendra vite l'un des mercenaires de la basse les plus plébiscités de son temps, en studio comme en tournée. Enfin le guitariste chanteur Richie Wise se lancera comme producteur et travaillera notamment sur les deux premiers albums de Kiss. Si certains aiment à croire que les débuts fort respectables des célèbres clowns à paillettes sont influencés par la courte discographie de Dust, cette dernière ne constitue pas pour autant selon le Religionnaire un passage obligé pour mélomane respectable. L'oubli est parfois légitime dans le monde cruel du rock...


Dust
Dust

6 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 4 décembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Dust (CD)
Dans le monde impitoyable des trios puissants de l'époque, les membres de Dust sont volontiers considérés parmi les premiers américains à s'aventurer sur les territoires du rock progressif anglais. Ce premier album demeure pourtant à un stade antérieur, celui d'un hard rock américain qui peine à s'extraire du blues-rock et du psychédélisme californien. Ce conservatisme frileux, que l'on peut comparer ici à celui d'un groupe comme Cactus, souffre beaucoup de la comparaison avec les efforts contemporains des anglais. Alors que le rock lourd britannique, qu'il soit pataud ou sophistiqué, transcende déjà les formats boogie, blues ou anarchiques de la fin des années soixante, Dust reste obsédé par l'œuvre de Cream ainsi que par celle des Who. Ces deux vénérables formations sont ici bien imitées, avec un alourdissement massif, une énergie admirable, et quelques suppléments typiquement américains comme les guitares glissées et autres boogies routiers. Dust apparait ainsi sur ce premier album comme un groupe sérieux, plutôt sympathique, parfois entrainant mais jamais réellement mémorable.

Le bassiste Kenny Aaronson, également guitariste, brille pourtant par sa technique impressionnante et ses interventions particulièrement judicieuses. Le trio semble en accord avec son temps sur ce qui reste sa seule et unique composition, le très véloce "Loose Goose". Le reste du disque est composé par la paire Richie Wise Marc Bell, respectivement guitariste/chanteur et batteur, et sonne à la manière du hard rock balbutiant de la fin des années soixante. Dust y privilégie la puissance vocale, façon Who, et les rampes de lancement pour soli, façon Cream, au détriment des riffs, trop rudimentaires pour se révéler attrayants. Les ballades bluesy appuyées succèdent à des parades instrumentales fort bien exécutées, mais primitives et rébarbatives. "From a Dry Camel" constitue ainsi le véritable paroxysme de ce rock périmé, basé sur une mélodie grossière, répétée inlassablement par l'intermédiaire des riffs et du chant, et sur laquelle se greffent d'interminables soli pour une durée totale typiquement psychédélique approchant les dix minutes. Source d'un plaisir simple et fugace, ce premier effort aussi inoffensif que banal et démodé ne privera pas Dust d'une seconde chance. Son illustration inquiétante, tirée des catacombes, ne donne quant à elle que de faux espoirs quant à une audacieuse noirceur.


Power and the Glory,the
Power and the Glory,the
Proposé par EliteDigital FR
Prix : EUR 24,95

7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 21 novembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Power and the Glory,the (CD)
Suite au succès inattendu d'In a Glass House aux États-Unis, Gentle Giant est prié d'accommoder encore davantage le public américain sur son prochain album. Plein de bonne volonté, le claviériste Kerry Minnear adopte judicieusement la clavinette qui fait à l'époque fureur au sein de la musique noire américaine. Cette nouvelle sonorité amplifie les effluves funky déjà perceptibles sur l'opus précédent et s'adapte plutôt bien à la musique d'un groupe qui parvient ainsi sans difficulté à proposer un groove plus attrayant. Ce nouveau petit compromis n'altère pourtant en rien la singularité et la complexité des compositions. The Power and the Glory est même à considérer parmi les efforts les plus dissonants de la formation. Les élans médiévaux et jazzy sont toujours présents, bien que plus contenus qu'à l'époque d'Octopus, et contribuent à l'exotisme de ce rock toujours aussi farfelu. Le concept de l'album, qui traite des faces cachées de l'exercice du pouvoir, sait une nouvelle fois se faire discret pour ne pas nuire à un contenu musical encore exceptionnel. Également en retrait, lourdeur et distorsion ne se manifestent que sur le final "Valedictory" et l'excellent "Cogs in Cogs". Ce dernier spécimen, échantillon de hard rock aux riffs déjantés, s'impose rapidement comme un nouveau sommet du groupe indispensable à ses prestations scéniques.

Certaines pièces hautement avant-gardistes peuvent déstabiliser l'auditeur mais l'incroyable spontanéité et l'énergie qui s'en dégagent préviennent admirablement toute forme d'irritation auditive. "The Face" ne cesse pourtant de virevolter précipitamment entre plusieurs motifs rythmiques et mélodiques mais n'abandonne jamais son groove et sa délicieuse musicalité. "So Sincere" alterne lui entre des vocalises jazzy et des cassures de rythme sources d'un balancement imprévisible qui suscite l'inquiétude mais jamais la confusion. Dans un style et une cadence beaucoup plus rassurants, "Playing the Game" prouve que Gentle Giant peut également briller de façon plus conventionnelle, en ne conservant qu'un embryon de fugue et quelques fantaisies sonores au milieu d'un cadre plus familier et très entrainant. L'incontestable fleuron de l'album qu'est "Proclamation" demeure selon le Religionnaire l'exercice de rock dissonant le plus savoureux de l'histoire, loin devant les meilleures expérimentations contemporaines de King Crimson. Malgré les doutes et l'insatisfaction de la maison de disques qui réclame au dernier moment un single diffusable, The Power and the Glory rentre dans le top cent américain, à la soixante-dix-huitième place. Il s'affirme alors comme la plus belle réussite commerciale de Gentle Giant outre-Atlantique, avec un concept en pleine adéquation au scandale du Watergate qui fait rage à l'époque. Le fameux single supplémentaire ("The Power and the Glory"), aussi élémentaire qu'efficace, est pourtant réduit au silence. Il préfigure l'évolution ultérieure du groupe vers un rock plus populaire.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 19, 2010 10:22 PM CET


In a Glass House
In a Glass House
Proposé par ZOverstocksFR
Prix : EUR 13,01

9 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 9 novembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : In a Glass House (CD)
Après une tournée éprouvante en première partie de Black Sabbath dont le public n'est franchement pas réceptif aux excentricités de Gentle Giant, le grand frère Phil Shulman décide quitter le groupe. Le reste du collectif, qui doit par ailleurs quitter sa maison de disque en pleine crise, décide de ne pas le remplacer. Bien que cette tournée reste un mauvais souvenir, Gentle Giant semble s'être imprégné des prestations de la formation d'Ozzy Osbourne. In a Glass House témoigne en effet d'un retour en force du rock musclé et des riffs audacieux au sein du médiévalisme jazzy déjanté qui triomphait sur Octopus (1972). Si Pink Floyd rayonne jusqu'à la lune en cette année 1973 avec sa caisse enregistreuse, les bris de verre rythmés placés au début de ce disque lui bloquent malheureusement l'accès au marché américain. En renouant avec le hard rock, Gentle Giant devient pourtant plus accessible, sans sacrifier sa pittoresque fougue, comme il l'avait fait sur Three Friends (1972). Les titres sont en revanche plus longs et volontiers segmentés, rassemblant des fragments parfois très disparates mais dont l'enchainement s'avère extrêmement jouissif. Le tout est organisé autour d'un concept vague, heureusement discret, qui tourne autour de l'enfermement et une fois de plus, de l'aliénation, symbolisé par la phrase : "ceux qui vivent dans des maisons de verre ne devraient pas lancer de pierres...".

Manifestant son génie autant dans la composition que dans l'exécution, le groupe virevolte entre riffs extravagants, polyphonies vocales médiévales, hymnes délicats à tendance symphonique et autres détours jazzy, ce sans la moindre indulgence ni grandiloquence. En 1973, les illustres meneurs du rock progressif sombrent dans l'auto-contemplation de leur propre stérilité, établissant alors, de par leurs outrageux excès, des limites à un genre qui se voulait sans frontières. Ce n'est pas le cas des troubadours rabelaisiens, qui, toujours non reconnus à leur juste valeur, conservent cette enthousiasme et cette science de la dissonance jouissive sans équivalent. Le titre éponyme demeure justement l'un des plus beaux exemples d'un affranchissement idéal, qui repousse les contours du rock sans les mépriser. Aussi étranges et imprévisibles que soient les mélodies, harmonies et structures rythmiques, le groove reste permanent, et n'a jamais été aussi resplendissant depuis les débuts du groupe. En dehors d'un léger égarement vocal et percussif, plus expérimental que musical, cet album aussi aventureux qu'attrayant ne possède pas de réel point faible. Chaque seconde y est source d'un bonheur éternellement renouvelable. Ainsi, bien que non distribué aux États-Unis, In a Glass House s'y écoule tout de même à 150 000 exemplaires en importation. Le Religionnaire le sacre ainsi comme une porte d'entrée idéale dans le monde fantasque et réjouissant de Gentle Giant.


Octopus [Ltd.Edition]
Octopus [Ltd.Edition]

3 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 9 novembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Octopus [Ltd.Edition] (CD)
Le sacrifice réalisé sur Three Friends porte ses fruits. Gentle Giant est enfin pris au sérieux par les amateurs de Jethro Tull, au point d'être invité à introduire le groupe de Ian Anderson en tournée. Malheureusement, le second batteur du groupe Malcom Mortimore se blesse lors d'un accident de la route, contrariant quelque peu l'ascension de son collectif. Gentle Giant parvient alors à recruter le génial John Weathers, un vétéran dont la polyvalence parait pleinement s'accorder avec celle de ses nouveaux collègues. Le nouvel album est illustré par l'inévitable Roger Dean qui s'attache au sens propre du titre avec sa belle pieuvre, sans probablement avoir pris connaissance du jeu de mot que constitue Octopus ("oct opus" pour huit œuvres, c'est-à-dire huit titres). Musicalement, Gentle Giant semble y retrouver les caractères virevoltants et insaisissables muselés sur Three Friends. Cette liberté récupérée s'accompagne du retour en force des élans médiévaux qui n'ont jamais été aussi présents depuis les débuts du groupe. A ceci s'ajoute la complexité décuplée des compositions qui fait d'Octopus l'album le plus avant-gardiste de toute la discographie du collectif. Du fait de la conception admirable de ses titres, d'une durée relativement courte et d'une efficacité sans faille, ce disque est aussi paradoxalement le plus réputé.

Le Religionnaire déplore pourtant sa trop faible teneur en hard rock. Malgré l'énergie débordante déployée, les riffs musclés s'y font trop rares. Le sympathique "A Cry for Everyone", inspiré de l'œuvre d'Albert Camus, est ainsi le seul échantillon où règne une distorsion appuyée. Désormais admirablement soutenu par les talents percussifs de John Weathers, Gentle Giant s'affirme en revanche de façon définitive comme le plus habile pourvoyeur de la flamme médiévale, loin devant Jethro Tull ou Renaissance. Les polyphonies vocales, qu'elles soient baroques, moyenâgeuses ou jazzy, resplendissent et contribuent encore et toujours au charme singulier de cette musique. "Knots", basé sur le livre du psychiatre écossais R.D. Laing, demeure ainsi sans conteste l'un des plus beaux échantillons vocaux du groupe. Aussi farfelue qu'intelligente, comme l'illustre magnifiquement "The Boys in the Band", la musique de Gentle Giant en devient même poignante et majestueuse sur le sommet de délicatesse qu'est "Think of Me with Kindness", dont l'ampleur rejoint celle des plus grands hymnes orchestraux. Bien qu'Octopus soit l'effort le plus complexe et le plus vanté du collectif rabelaisien, le Religionnaire n'en fait pas pour autant un sommet discographique ni une œuvre à recommander en première intention. Sa découverte optimale nécessite d'apprivoiser auparavant d'autres albums plus consistants, plus attrayants, et surtout plus ancrés dans le format rock.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (5) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 17, 2014 2:13 AM MEST


Three Friends [Remastered Digipak]
Three Friends [Remastered Digipak]

2 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 9 novembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Three Friends [Remastered Digipak] (CD)
Alors que le groupe affichait fièrement sa singularité et son mépris des aspects commerciaux sur Acquiring the Taste (1971), il choisit pour sa première sortie américaine de faire marche arrière vers un rock progressif plus consensuel. La sauvagerie hard rock jubilatoire des deux premiers albums disparait ainsi presque totalement au profit d'une musique plus sage et accommodante privilégiant le ramollissement des déclinaisons jazzy. Gentle Giant se recentre sur une instrumentation plus conventionnelle, privilégiant guitares et claviers et délaissant quelque peu la valse des cordes et cuivres ainsi que la plupart des élans médiévaux. En se pliant aux règles fixées par les grosses pointures du genre, le collectif se prive de cet effet de surprise qui lui procurait une grande partie de son charme. Dans l'espoir d'être enfin reconnu par le milieu, il reste à procéder à la touche séductrice finale, très en vogue à l'époque : masquer l'insuffisance musicale par la poudre aux yeux de l'album concept. Three Friends est ainsi présenté comme une fable sociale s'attardant sur les destins très divergents de trois vieux copains d'école. L'ouvrier plein d'amertume ("Working All Day"), l'artiste peintre psychotique et culpabilisé ("Peel the Paint") et le businessman vantant son mérite ("Mister Class and Quality?") ne doivent pas faire oublier que le producteur Tony Visconti n'est plus de la partie. Cet espace de liberté octroyé survient malheureusement au mauvais moment, laissant les musiciens freiner sans retenue leur excentricité.

Bien que toujours immédiatement reconnaissable, la musique de Gentle Giant apparait donc ici contrariée, ramollie, comme émanant d'un espace confiné. Malgré les divers et maladroits artifices de studio réverbérants, les musiciens semblent prisonniers, incapables de se libérer de cette véritable camisole qu'ils se sont infligée. Même les efforts les plus musclés comme "Working All Day" manquent gravement de vivacité, ce dernier dévoilant de plus un riff trop grossier pour passionner. Les passages plus symphoniques et orchestraux peinent à prendre l'ampleur nécessaire à leur rayonnement. Dans sa première partie, "Peel the Paint" en est la parfaite illustration avant d'évoluer vers un déluge jazzy musclé bien plus attrayant. Cette seconde portion et son solo de guitare ravageur constituent d'ailleurs un des seuls passages mémorables de ce Three Friends. A cette courte réjouissance s'ajoutent celles de "Mister Class and Quality?" malgré sa simplicité et son dynamisme laborieux, ainsi que la seconde moitié du titre éponyme où le groupe semble enfin sur le point de décoller vers une symphonie poignante, trop tard malheureusement. Si les sacrifices artistiques sont parfois nécessaires à la survie d'un groupe, Gentle Giant s'y emploie ici à la perfection. Dès sa sortie, Three Friends séduit une part plus large des amateurs de rock progressif, ce qui permet au groupe d'entamer une tournée européenne. Cet album concept musicalement décevant est ainsi avant tout à considérer comme un disque utilitaire, par lequel Gentle Giant se plie aux conventions finalement très restrictives d'un public qui prétendra toujours ne pas en avoir...
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Acquiring the Taste
Acquiring the Taste
Proposé par EliteDigital FR
Prix : EUR 92,95

9 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 9 novembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Acquiring the Taste (CD)
"Notre objectif est de repousser les frontières de la musique populaire contemporaine, au risque de devenir très impopulaires. Nous avons enregistré chaque composition dans une même optique : en faire quelque chose d'unique, d'aventureux et de fascinant. La combinaison de tout notre savoir et notre technique musicale a été nécessaire pour aboutir à cela.". Si à travers ces quelques mots, le groupe peut paraitre aussi pédant que certaines grosses pointures de l'époque, cette impression se dissipe rapidement à l'écoute de ce second album. Gentle Giant parvient effectivement à faire de ce Acquiring the Taste un disques des plus aventureux, uniques et fascinants de l'histoire, mais le collectif se passe également de tous les artifices prétentieux utilisés par Yes ou ELP. Les élans triomphants et la virtuosité des solistes y sont purement et simplement négligés au profit d'une cohésion instrumentale impressionnante. La polyvalence instrumentale impressionnante des trois frères Shulman, qui manient aussi bien les instruments rock conventionnels que les saxophones et violons, se manifeste avec une fluidité impressionnante sans jamais nuire à la cohérence globale de la musique. Ces six multi-instrumentistes échangistes s'évertuent ainsi fièrement à mettre en avant cette unité singulière qu'est Gentle Giant, ce au mépris des rêves de gloire et de la gangrène mégalomaniaque qui sévit déjà chez ces mêmes concurrents.

Gentle Giant poursuit donc ici les aventures rabelaisiennes entamées sur le premier album tout en s'affranchissant encore un peu plus des préoccupations commerciales. Le résultat est évidemment déstabilisant mais très rapidement séduisant. Rarement une musique aussi complexe, mêlant des aspirations à priori incompatibles, n'aura été aussi attrayante. Les nombreux riffs lourds et menaçants s'intercalent à merveille entre les excursions médiévales jazzy plus douces et joviales ("Pantagruel's Nativity", "The House, the Street, the Room"), le tout à travers des arrangements parmi les plus surprenants qui soient (ex. le cocasse "Black Cat"). La multiplicité des vocalistes permet de faire surgir régulièrement de véritables orgies d'harmonies vocales aussi délicates et charmantes que déroutantes ("The Moon Is Down"). L'aisance et l'insouciance dégagées par cette musique amèneraient presque à suspecter la facilité, au combien illusoire puisque cette impression n'est que le résultat d'une magnifique intrication de talent et de cohésion. La discographie du groupe, aussi humble que consistante, permet difficilement d'en extirper un effort au dépend des autres. Cependant, Acquiring the Taste est l'album de la formation que le Religionnaire recommande particulièrement aux amateurs de riffs imposants qui caractérisent l'émergence du rock lourd, qu'il soit metal ou progressiste. La présence de deux monuments de hard rock ("Wreck" et "Plain Truth"), aussi originaux qu'efficaces, y est pour beaucoup.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 28, 2009 1:15 PM MEST


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