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Fiche d'identité

Contenu rédigé par Religionnaire
Classement des meilleurs critiques: 25.969
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Commentaires écrits par
Religionnaire (Paris, France)

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Slash
Slash
Prix : EUR 9,68

15 internautes sur 31 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 12 avril 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Slash (CD)
Cher Slash,

Cette tentative de retour glorieux sur le devant de la scène internationale, savamment préparée depuis quelques années, ramène le Religionnaire à sa jeunesse. En ces temps désormais reculés, celui-ci pouvait déjà aisément prophétiser quant à l'avenir de ta carrière et de son buisson plus fumant qu'ardent. A l'instar de la plupart des guitaristes proclamés "héros", tu demeures piètre compositeur. Cette inaptitude semble par ailleurs étrangement reliée, comme proportionnelle, à la virtuosité des instrumentistes. Ton parcours professionnel ne pouvait que se révéler tributaire de celui de tes acolytes, eux qui ne pourraient alors te considérer comme davantage qu'une sorte de fantassin de luxe. Ainsi, Axl Rose, Alice Cooper, Sammy Hagar, Bad Company, Cheap Trick, les Yardbirds, Ray Charles, Stevie Wonder, Michael Jackson et même Quentin Tarantino t'ont tour à tour exploité en tant que musicien de session talentueux et charismatique. Un artiste aussi fier, même caché derrière une haie opaque et frisée, ne pouvait s'y résigner durablement. Ta première tentative en solo s'est également heurtée à une autre de tes faiblesses, tout aussi invalidante : tu chantes abominablement. Quitter l'excellent vocaliste et les brillants compositeurs des Guns N' Roses pour rejoindre un obscur chanteur au sein du Slash's Snakepit s'apparentait à un suicide artistique, aggravé par ton désir d'écrire des chansons. Tu m'objecteras que tu n'avais pas le choix mais cette réponse est aussi facile que la critique de ta carrière.

Tu as parallèlement développé de bonnes compétences politiciennes, indispensables à tout artiste en déclin au sein de la sphère médiatico-musicale. Ton carnet d'adresses s'est rempli d'amis en tous genres aussi respectueux qu'hypocrites mais la réciprocité étant la règle, tu envisageais bien sûr d'exploiter un jour ce petit monde pour satisfaire ta vengeance. L'objectif est aujourd'hui accompli, bien qu'il s'apparente à une sorte d'anéjaculation, phénomène ô combien frustrant mais toujours aussi prévisible. Ce disque évoque ces superproductions hollywoodiennes affichant la participation des acteurs les plus populaires à un film sans queue ni tête. Tu as voulu trop bien faire et tu t'es éparpillé entre Twitter, MySpace, ce titre humanitaire dégoulinant pour Haiti et cette multitude d'invités. Accumulés sans la moindre cohérence, ceux-ci s'étalent sur trois générations, entre metal, rap et RNB. Ton album est politiquement admirable et musicalement insignifiant, en grande partie car aucun de ces invités n'a pris la peine de te composer une chanson convenable. Certains s'en tirent tout de même avec les honneurs, notamment le valeureux Andrew Stockdale avec un "By the Sword" sur lequel tu places un solo poignant. Ton duo rudimentaire avec l'increvable Lemmy ("Doctor Alibi") se révèle également plaisant et devrait bientôt rejoindre les plus grands musées du hard rock, tout comme tes gentilles collaborations avec Ozzy Osbourne ("Crucify the Dead") et Iggy Pop ("We're All Gonna Die"). Enfin, la prestation instrumentale réalisée avec Dave Grohl et Duff McKagan mérite un détour auditif même si le riff principal semble issu d'un énième recyclage de Dream Theater. La tâche la plus rude consiste à distinguer la prestation la plus fade, ceci nécessitant plusieurs écoutes masochiste du reste des échantillons mais le vainqueur est pourtant évident : il s'agit de Chris Cornell sur "Promise".

Avant de te laisser savourer en paix cette petite éclaircie passagère,cette célébrité retrouvée mais fugace, le Religionnaire t'adresse ses habituels bons sentiments et t'assures que cet album médiocre n'altèrera pas l'estime qu'il te porte. Tu devrais te savourer sans quêter l'inaccessible, pour trouver la paix à laquelle plusieurs de tes pairs guitar heroes ont accédé avant toi.

Ainsi soit-il...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (11) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 20, 2011 4:40 AM MEST


American VI: Ain't No Grave (Limited Digipak)
American VI: Ain't No Grave (Limited Digipak)

4.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 29 mars 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : American VI: Ain't No Grave (Limited Digipak) (CD)
Johnny Cash revient nous hanter pour la dernière fois, sous sa forme la plus mourante, ceci avant un repos éternel bien légitime. Cette nouvelle parution post-mortem clôt cette géniale collaboration avec Rick Rubin qui sera probablement appelé à recycler cet inépuisable concept avec d'autres grabataires, d'autres candidats aspirant à une authentique rédemption acoustique. Ce sixième volet demeurera le plus agonisant, le plus dépressif, l'Homme en Noir empoignant encore et toujours cette rassurante spiritualité refuge auparavant salvatrice en ce qui concerne ses troubles addictifs. Sa présentation digne, sa résignation qu'il tient tant à afficher comme tranquille, n'ont jamais semblé aussi fragiles et superficielles et illustrent à merveille la précarité de toute croyance religieuse sur un lit de mort. Les sessions d'enregistrement survivent à la stupeur causée par le décès de June Carter Cash. Celle qui veillait sur son homme depuis trente ans ne résiste pas au remplacement chirurgical de l'une de ses valves cardiaques, une opération de routine. Avant de la rejoindre trois mois plus tard, le veuf éploré laisse une dernière fois capturer son chant qui n'a jamais autant tremblé, son compagnon d'infortune Parkinson ne pouvant expliquer ce phénomène.

A l'instar de son prédécesseur A Hundred Highways dont l'enregistrement est contemporain, cet album ne se révèle pas le plus brillant de la série American Recordings. La dégradation de l'état de santé de l'artiste est certainement en cause mais la raison première demeure l'audace moindre des exercices proposés. Ceux-ci se cantonnent au répertoire country folk américain, donc moins aptes à satisfaire l'européen qui se délectait des reprises des plus modernes Soundgarden, U2 et autres Nine Inch Nails. Le seul élan d'exotisme, à savoir une ballade hawaïenne, constitue une bien maigre consolation pour le Religionnaire qui retourne en revanche volontiers au "Redemption Day" de Sheryl Crow, même si celui-ci ne saurait autant satisfaire que l'initial. "First Corinthians", la seule composition originale, ne s'extrait de la banalité que par son statut de dernière chanson de l'Homme en Noir. S'il fallait désigner un sommet au sein de cette aeuvre testamentaire, le Religionnaire brandirait sans hésiter le symbolique et imposant "Ain't No Grave", rythmé par ses chaines et ses incantations damnées. Les autres échantillons sont beaux, gospelisants, parfois touchants, mais si ce disque se révèle très attachant, sa musique n'en est que très partiellement responsable. L'aeuvre ne se rend ainsi indispensable qu'au mélomane souhaitant s'installer au plus près du dernier souffle de cet artiste sublime. Le Religionnaire te bénit Johnny.


With The Beatles (Enregistrement original remasterisé)
With The Beatles (Enregistrement original remasterisé)
Prix : EUR 12,68

9 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 10 janvier 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : With The Beatles (Enregistrement original remasterisé) (CD)
Rares sont les mélomanes osant nier les progrès effectués par les Beatles sur leur second effort seulement six mois après l'ouragan Please Please Me. Rarissimes sont ceux osant proclamer la suprématie de ce With the Beatles sur la première partie du catalogue des Fab Four. La banalité démagogique pousserait volontiers à prévenir tout élan de hiérarchisation dans ce répertoire d'excellence, cependant le Religionnaire n'a que faire des lieux communs et autres portes ouvertes enfoncées. Aucun de ces quatorze titres n'a fait l'objet d'un 45tours mais la plupart d'entre eux se révèlent plus accrocheurs que les trois premiers tubes numéros un, à savoir "Please Please Me", "From Me to You" et "She Loves You". Même l'inclusion du célébrissime "I Want to Hold Your Hand", sorti parallèlement à With the Beatles, n'aurait rendu cet album plus consistant. Sa version américaine, intitulée Meet the Beatles! et remaniée à ces fins n'offre d'ailleurs guère davantage de plaisir. L'amélioration saute en effet aux oreilles, qu'il s'agisse des créations originales ou des reprises cette fois concentrées sur le R&B de Motown à deux exceptions près. Les personnalités distinctes mais complémentaires de Lennon et McCartney se dévoilent déjà clairement. Le premier se livre à des vocalises déchirantes sur "Money (That's What I Want)" qu'il est alors aisé de considérer comme une sorte de successeur de "Twist and Shout". Le second offre un chant aussi limpide et délicat sur "Till There Was You" que sur le futur "Yesterday".

De lumineuses mélodies résonnent en masse, du mignon "All My Loving" au plus versatile "All I've Got to Do", en passant par des prestations plus énergiques telles que l'irrésistible "Hold Me Tight" ou le sublime "It Won't Be Long". Celui-ci demeure fréquemment réduit à un recyclage de "She Loves You" qu'il surpasse pourtant largement, le Religionnaire n'hésitant pas à le placer parmi les compositions les plus enthousiasmantes de la paire magique. George Harrison propose également déjà l'une de ses meilleures créations, à savoir "Don't Bother Me" dont le groove réverbéré évoque immanquablement le surf rock. Si les Beatles se nourrissent à l'évidence de ce courant californien, ils s'inspirent encore davantage de la musique noire américaine, notamment celle de Motown. Les Marvelettes, Miracles et autres Donays voient ainsi leurs tubes interprétés à la sauce anglaise. "Please Mister Postman", "You've Really Got a Hold on Me" et "Devil in Her Heart" sont ainsi musclés, survitaminés par les quatre androgynes de Liverpool. Ceux-ci sont alors sur le point d'effectuer leur premier voyage transatlantique et de conquérir les États-Unis. Ils ouvrent la voie à la gigantesque invasion britannique dont les américains ne se remettront jamais vraiment malgré leur fierté d'avoir enfanté le rock 'n' roll dix ans auparavant. La version de "Roll Over Beethoven" scandé par Harrison vient d'ailleurs symboliser cette prise de pouvoir des anglais, inaugurant un règne durable, voire éternel...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 27, 2014 8:51 PM MEST


Irm
Irm
Prix : EUR 6,99

10 internautes sur 20 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 27 décembre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Irm (CD)
Douce Charlotte,

Tu n'as jamais su parler, tu ne fais que chuchoter lentement. Le Religionnaire reconnait là un signe hautement évocateur de ce maniérisme timide et maladif mis en avant par certaines vedettes. Cette attitude histrionique si répandue se retrouve particulièrement chez ces femmes hantées par leur passé, familial ou professionnel, ou par leur physique avantageux, et convaincues que la légitimité du statut d'artiste qu'elles convoitent nécessite d'adopter systématiquement une posture pseudo-intellectuelle, philosophique et torturée dans leurs échanges publics. Le Religionnaire aimerait affirmer que tu n'es pas de ces premières dames de France, de ces actrices issues du monde de la mode et aspirant à occuper tout l'espace médiatique en passant notamment par la chanson, de ces filles à papa qui voudraient faire croire que ce statut se dresse en obstacle à leur ascension vers la gloire, mais ce n'est malheureusement pas le cas. Plutôt que de s'en consterner, il serait de bon ton de fournir une analyse argumentée de ton nouveau produit désigné par cette merveilleuse technique d'imagerie médicale. Tu sembles d'ailleurs t'être remise de ce triste accident de jet-ski et du vilain hématome sous dural qui aurait pu te couter la vie. Le Religionnaire s'en réjouit car il t'aime, mais ça ne le rendra pas indulgent vis-à-vis de ton disque.

Tu n'as jamais su chanter, tu ne sais que murmurer. Ceci n'a pas changé d'un poil depuis "Lemon Incest" et ce n'est pas en tranchant ton clitoris (si mignon soit il) que tu règleras ce problème épineux. En effet, ceci n'est pas une réelle castration et cette démarche influe en général plutôt sur la voix masculine. Si ton chant s'encombre de faussetés et de déraillements, ton murmure se révèle juste et charmant. Il est donc regrettable que tu refuses occasionnellement de t'y cantonner. Le valeureux Beck a beau doubler, tripler ton chant, le noyer dans la réverbération façon cold wave au milieu de sonorités bruitistes et industrielles ("Trick Pony", "IRM", "Me and Jane Doe"), ou le pulvériser à travers un haut parleur ("Greenwich Mean Time"), le résultat est au mieux banal, au pire ridicule. Voici également pourquoi "Heaven Can Wait", par ailleurs subtilement recyclé à partir du "Jamming" de Bob Marley, ne sera jamais le tube auquel tu aspires. En revanche, tu susurres admirablement, encore mieux que sur ton précédent effort réalisé avec Air. Ces chuchotis sensuels et feutrés, plus authentiques, révèlent cette délicate retenue ponctuée d'audace que le Religionnaire affectionne tant chez toi. Dunckel et Godin les avaient sublimés à leur façon, Beck le fait à la sienne tout en s'inscrivant dans la continuité de 5:55. Le résultat, très minimaliste, n'est certes guère innovant mais les explorations sont variées. Les élans les plus expérimentaux sont pour la plupart dotés de mélodies primitives et plutôt ingrates. En revanche, les cinq échantillons les plus lents, à savoir le sombre et nonchalant "Le Chat du Café des Artistes" (emprunté au québécois Jean-Pierre Ferland), le naïf et mignon "In the End", le repentant et majestueux "Vanities", le dissocié mais entraînant "Time of the Assassins" ainsi que le final hanté et appuyé "La Collectionneuse" s'inscrivent parmi les petits bijoux offerts jusque là par la touche française. Les splendides orchestrations à cordes menées par David Campbell contribuent énormément à l'aura irrésistible de ces chansons dont les élans grandiloquents sont idéalement freinés par la pudeur de tes douces vocalises.

Le Religionnaire s'avoue ainsi conquis par près de la moitié de ton nouvel album Charlotte. L'autre partie, à usage unique, est à réserver à la frange la plus mondaine des amateurs de touches françaises pour leurs réceptions snobes et ambiancées. Le Religionnaire t'adresse par ailleurs ses sincères félicitations par rapport à tes progrès dans ton combat difficile contre l'anxiété sociale. Tu es plus belle que tu ne le crois.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 16, 2011 10:44 AM MEST


Whirlwind
Whirlwind
Prix : EUR 18,99

4 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 9 novembre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Whirlwind (CD)
A l'instar de son faux jumeau hard, le prog se complait aujourd'hui à errer dans la nostalgie, une démarche bien légitime aussi jubilatoire que frustrante. Les deux disciplines reines des années soixante-dix ont survécu à travers l'accouchement de bâtards plus ou moins judicieux jusqu'à l'extinction de leur fécondité. Le traumatisme de la ménopause incite depuis toujours à se réfugier dans un regard rétrospectif, une attitude de réassurance préalable à l'ultime résignation pré-mortem. Les diverses variantes de prog nostalgique, qu'elles soient néo, metal, pseudo-symphoniques ou atmosphériques, ont installé un étrange paradoxe : celui d'un rock progressif bien plus régressif que progressiste. Si ce phénomène n'empêche pas le Religionnaire de savourer quelques uns de ces vestiges reconstitués, il ne saurait estimer ces artistes récupérateurs, ces délicieux écornifleurs, ces baveuses sangsues, autant que les grands pionniers dont ils s'inspirent. Les pénibles masturbations de Dream Theater, le fanatisme chrétien de l'alcoolique repenti Neal Morse, la guimauve hystérique des Flower Kings, et l'inertie ramollie pseudo-cérébrale de Marillion sont sources d'un nombre incalculable de déchets et d'autres regrettables redondances traduisant une frénésie créative mégalomaniaque, inconsidérée et bien mal contenue. Bien que constitué à partir de ces quatre entités, Transatlantic semble échapper à cette agitation stérile, à cette abondance pauvre, en grande partie car ce super groupe demeure fort heureusement une préoccupation secondaire pour ses membres. La veille de huit ans entamée après Bridge Across Forever (2001) semblait en effet suspecte venant d'un quatuor de musiciens plutôt coutumiers de l'éjaculation symphonique précoce, au point de faire suspecter une vasectomie collective dissimulée.

Quelles que soient les raisons de cette reformation, ce nouvel album délicieusement illustré constitue une réelle bonne surprise dans sa catégorie. Pour la première fois le narcissique Portnoy et l'illuminé Morse consentent à partager davantage l'espace musical avec leurs deux compagnons. Plutôt que de surcharger ces aires de jeu réduites, le premier parvient à ne pas hausser la fréquence de ses cassures et le second réussit à concentrer des prêches moins ostentatoires qu'à l'accoutumée. Sans se révéler forcément plus inspiré que ses deux prédécesseurs, The Whirlwind sonne ainsi comme une œuvre plus équitable, plus collective et donc plus originale. Pete Trewavas se révèle enfin en véritable Chris Squire du nouveau millénaire et déploie de savoureuses lignes de basse d'un son lourd et bien claquant tandis que Roine Stolt s'individualise de fort belle manière, en tant que soliste gilmourien mais aussi vocalement. Cette longue symphonie de douze titres est plutôt bien ficelée et parvient même à conserver l'attention du Religionnaire après sa grandiloquente introduction, le contraire étant l'un des signes pathognomoniques de l'escroquerie prog. Malgré son indéniable ramollissement central, ce disque alterne judicieusement les embardées techniques et les passages mielleux, la cadence de ces variations étant idéalement dosée. The Whirlwind transmue ainsi de manière suffisamment hâtive pour prévenir l'habituel et authentique sentiment de "déjà entendu", mais sans aller jusqu'à provoquer l'indigestion. Ceci n'empêchera pas la lassitude de s'installer, le faible durée de vie de cette musique jetable demeurant sa principale limite, un travers qui n'est malheureusement pas corrigé par la présence d'un second disque disponible en option. Celui-ci offre des compositions supplémentaires et des reprises aussi peu désagréables que dispensables, cet amalgame de déchets et d'hommages flagorneurs servant évidemment de prétexte à la mise sur le marché d'une édition de luxe au prix gonflé.

Malgré ces reproches, auquel il rajoute cette satanée propreté outrageuse de premier de la classe inhérente au prog vintage, le Religionnaire ne peut que partager son affection pour cette symphonie rock nostalgique admirablement fagotée. Il s'agit à l'évidence de l'un des sommets de l'année en la matière qui surpasse aisément les pathétiques cuvées de Dream Theater et Porcupine Tree.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 31, 2010 2:31 PM CET


Love 2
Love 2
Proposé par zoreno-france
Prix : EUR 4,50

5 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 23 octobre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Love 2 (CD)
Après un long et pénible désappointement, le Religionnaire se préparait enfin à entrer dans le processus de résignation face à cette crise de couple interminable. Égarés au sein d'ébats misérables et frustrants (Talkie Walkie et Pocket Symphony), de parties à trois fuyantes avec Sofia Coppola puis Charlotte Gainsbourg, de plaisirs solitaires imparfaits (Darkel), et d'autres aventures poético-chevalines douteuses, les délicieux petits lutins semblent enfin s'être retrouvés. Lassés de ces aventures pimentées plus ou moins extraconjugales, Dunckel et Godin décident de sauver ce qu'il reste de leur amour et investissent dans un nouveau studio non loin de Belleville, un ravissant petit nid douillet destiné à faire repartir leur union sur de bonnes bases. Enfin seuls, les deux malicieux farfadets se redécouvrent, se réapprivoisent lentement, guidés par le souvenir lointain d'un plaisir simple et délicat. Si les gestes sont parfois contrariés par l'exaltation anxieuse, source de quelques maladresses, brusqueries et autres frottements persistants, l'humide sensualité résonne à nouveau et célèbre l'éclosion plus mature de cette libidineuse complicité.

Ce deuxième amour sonne effectivement comme le premier, mais il serait bien exagéré de parler d'un nouveau Safari Lunaire tant le satellite semble encore lointain. Plus qu'un simple retour aux sources, le Religionnaire considère Love 2 comme une habile et rassurante rétrospective. S'y déploient de belles et lentes escapades planantes aussi floydiennes que teutonisantes, les fameuses espiègleries gainsbourgo-morriconiennes des Premiers Symptômes, les suaves emballements instrumentaux du Suicide des Vierges, mais aussi et malheureusement quelques arnaques japonisantes ainsi que d'autres insignifiances électroniques jetables. Les petits Dunckel et Godin, qui ne semblent pas avoir effectué de progrès en anglais, ont en revanche retrouvé le goût des mélodies bien ficelées. Le mignonnet "Sing Sang Sung", outrageusement sirupeux mais jamais mielleux, demeure une prestation légère et rudimentaire, mais au combien exquise. D'autres exercices brillent à travers des battements plus musclés, notamment "Eat My Beat" et son groove envahissant ainsi que le plus fripon et entêtant "Be a Bee". Le Religionnaire ne peut que se réjouir du long vol plané en provenance des années soixante-dix que constitue la première plage du disque. Malgré sa regrettable monotonie, ce "Do the Joy" se brandit comme le véritable symbole d'une mémoire retrouvée, ce avec ou sans narcotiques. Si les élans plus complexes et singuliers sont pour la plupart affligeants, l'envoutant "African Velvet" fait figure d'exception en s'imposant comme une synthèse magnifique de cette rétrospective.

Fort satisfait de ces tendres retrouvailles, le Religionnaire ne saurait oublier que ce Love 2 est aussi réjouissant qu'inconsistant. Le disque conduit autant à l'orgasme qu'à certaines maladies vénériennes désobligeantes. Il devrait pourtant permettre aux deux lutins de repartir sur de bonnes bases et possiblement de hausser le rythme de travail. En effet, douze titres aussi simples en deux ans signent une triste productivité...


The Incident
The Incident
Proposé par Fulfillment Express
Prix : EUR 18,86

5 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 15 octobre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Incident (CD)
Piégé par un embouteillage sur l'autoroute, Steven Wilson se laisse aller à quelques divagations socio-philosophiques. A la découverte d'une enseigne "POLICE - INCIDENT" signalant un accident de la route, il se révèle surpris par le décalage entre cet évènement si traumatisant, si dramatique, et cette désignation si froide, si détachée. Il perçoit alors une présence soudaine, comme si l'esprit d'une personne décédée dans l'accident était rentré dans son véhicule et s'était installé à coté de lui. Ce type d'expérience est favorisé par certains traits de personnalité tels que la suggestibilité ou l'excentricité, et se vit donc régulièrement dans la population des artistes. La visite de ce sympathique fantôme incite alors Steven Wilson à se pencher sur certains faits divers récents que les médias relatent avec la même distance, la même désaffection. Pris d'une sympathie massive et finalement malsaine pour les différentes victimes, il décide de leur rendre une sorte d'hommage en traitant ces évènements à sa manière. Ainsi nait le projet d'un album concept regroupant ces faits d'actualité et au sein duquel l'utilisation de la première personne participerait à un effort global d'humanisation. Cette ébauche aux parfums messianiques s'étoffe rapidement au gré de l'inspiration et de la mégalomanie débordante de son initiateur, deux phénomènes majorés depuis l'irruption du double album solitaire Insurgentes (2008). The Incident est donc lui aussi constitué de deux disques, le premier dévoilant ce fameux concept sous la forme d'une gigantesque chanson de 55 minutes, le second livrant quatre compositions supplémentaires enregistrées auparavant.

Si le Religionnaire ne cessera jamais d'anticiper un double album de façon très négative, son ami Steven peut lui rétorquer avoir fait d'une pierre deux coups, et éviter ainsi de sortir son nouvel effort puis un album court comme il l'a fait dernièrement. Sceptique, le Religionnaire l'est également quant à cet immense et unique titre découpé en quatorze mouvements. Il ne saurait être question d'une escroquerie, Steven Wilson demeurant un artiste authentique et sincère. Cependant, ce format symphonique adapté au rock conduit systématiquement à un manque de consistance. Certaines sections constituent en effet des préambules, interludes et autres épilogues, certes légitimes et judicieux, mais ne peuvent revendiquer la solidité ni le mérite du titre qu'ils mettent en valeur. Pris indépendamment, les échantillons les plus concrets, qui sont au nombre de sept, ne sont pas aussi accrocheurs que le Religionnaire les aurait souhaités. "The Blind House" délivre une mélodie récurrente, plutôt efficace voire tenace et délicieusement maussade comme Steven Wilson sait les concocter, mais il manque à ce titre une dimension réellement poignante. Les sonorités industrielles incorporées sur "The Incident" pourraient davantage envouter si elles ne survenaient pas de façon inopinée et discordante. Le titre précédent "Drawing the Line" et son insupportable refrain flirtent en effet davantage avec U2 qu'avec Nine Inch Nails, et ne sauraient préparer le terrain de façon adéquate. Légèrement plus musclés, "Octane Twisted" et "Circle of Manias" dégagent des riffs complexes, une musique moins planante et plus condensée, mais pas aussi palpitante et inoubliable que certains exercices du passé, notamment sur Deadwing et In Absentia. Si la pièce principale "Time Flies" se démarque aisément du reste du disque, elle le doit à son charisme floydien. Malheureusement, à vouloir trop s'inspirer d'Animals, de la guitare rythmique de "Dogs", du final apocalyptique de "Sheep", et des magnifiques soli gilmouriens, Porcupine Tree en perd totalement son authenticité. Ce long échantillon dépassant les dix minutes est également l'occasion pour Steven Wilson de se recentrer sur sa vie personnelle. Cet égocentrisme soudain ouvre une brèche malheureuse dans le déroulement du concept et laisse libre cours à quelques banalités dispensables ("je suis né en 67, l'année de Sgt Pepper [...] au bout d'un moment, on réalise que le temps passe") qui feront certainement plus honneur à Dream Theater qu'à Roger Waters.

Considérée dans sa globalité, l'aeuvre est plutôt bien conçue et suscitera sans aucun doute l'admiration des mélomanes avides d'ouvrages rock bien achalandés. Si The Incident fait parfaitement illusion dans sa superficie, il peine à convaincre en profondeur par son manque de consistance. Sa ligne directrice conceptuelle, apparemment claire et cohérente, est malencontreusement brisée par une tendance à l'errance sur le plan musical. Pour couronner le tout, Steven Wilson décide finalement de flatter la frange la plus extrémiste de son public en plongeant ce thème dans l'obscurantisme : The Incident devient alors selon lui "une chanson cyclique et légèrement surréaliste à propos de commencements et de fins, et du sentiment qu'après cela, les choses ne seront plus jamais les mêmes". Voilà qui devrait plaire aux amateurs des Tales from Topographic Oceans. Enfin, le Religionnaire ne saurait conclure sans quelques considérations sur le second disque. Bien maigre consolation, celui-ci ne parvient malheureusement pas à réconforter l'auditeur déçu du premier. Ces quatre titres variés, fort agréables au demeurant, manquent cruellement de caractère et n'attirent tout simplement pas l'attention. Des écoutes répétées ne rehaussent en rien la valeur de ce double album aussi ambitieux que peu attrayant. Steven Wilson devrait veiller à ne pas trop s'éparpiller, à ne pas trop diluer son talent dans de nombreux projets qu'il semble mener tout droit vers l'insignifiance...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 28, 2009 5:51 PM CET


Number Seven
Number Seven

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 15 octobre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Number Seven (CD)
Derrière ce combat burlesque entre une musaraigne et une écrevisse, le mélomane interprétatif détectera les messages et autres métaphores qui lui plairont. Ce Tarkus du nouveau millénaire, tout aussi caricatural que l'original, chatouille également les mêmes thématiques à savoir la prophétie écologique, les réflexions pseudo-philosophiques sur l'ambivalence entre opposition et complémentarité, les fantasmes de la science fiction et autres considérations darwiniennes. Pourtant, dans ses aspects proprement musicaux, cet album concept s'éloigne nettement des vieilles fanfaronnades d'Emerson, Lake & Palmer au profit de ses contemporains plus folk et planants. Le talentueux Xavier Phideaux semblait avoir perdu l'inspiration. Très productif depuis ses débuts, il avait marqué un temps d'arrêt en 2007 après Doomsday Afternoon, splendide deuxième volet d'une trilogie entamée avec The Great Lap (2006). Les deux années suivantes n'ont été ponctuées que d'une apparition vocale discrète sur le 01011001 (2008) d'Ayreon. Ce très attendu Number Seven ne constitue pas pour autant le troisième volet de la trilogie mais plutôt une sorte d'intercalaire ou de détour décontracté. Le Religionnaire anticipe avec un certain désappointement la sortie imminente d'un appendice nommé Seven and œ. Ainsi, il est un genre de rock qui ne semble pouvoir se débarrasser de cette satané tendance à la surenchère, un phénomène pourtant responsable de sa déchéance il y a plus de trente ans...

Le cocktail nostalgique réalisé sur Number Seven est des plus délicieux. Xavier Phideaux et ses acolytes semblent s'inspirer de la frange la plus folk et médiévale du rock symphonique. Si le fantôme de l'incontournable Genesis plane à travers certaines excursions pianistiques, le Religionnaire perçoit avant tout l'héritage de formations telles que Renaissance et Curved Air, le chant de Valerie Gracious rappelant immanquablement les prestations respectives d'Annie Haslam et Sonja Kristina. L'association raffinée du piano et du chant féminin fait également écho aux aeuvres de Kate Bush et de son héritière Tori Amos. Certaines promenades mélodiques plus riches évoluent gracieusement et témoignent d'une délicatesse, d'une volupté, voire d'un maniérisme digne des grandes formations italiennes de rock progressif. D'autres échantillons prennent en revanche une dimension planante digne des grandes envolées floydiennes, lentes, ponctuées de cassures simples et nonchalantes et saupoudrées de soli élastico-poignants gilmouriens. Quelques-uns de ses passages saisissants évoluent malheureusement vers une mollesse persistante caractéristique des meilleurs albums de Camel, un des rares phénomènes que le Religionnaire ose condamner sur ce disque. Ce Number Seven ne possède pas la consistance ni l'emphase de son grandiose prédécesseur, mais n'en reste pas moins attrayant pour autant. Xavier Phideaux affiche une nouvelle fois sa suprématie en matière de rock progressif nostalgique, un domaine où ses rivaux peinent encore à développer une signature authentique.


Destined Solitaire
Destined Solitaire
Proposé par dodax-online-fr
Prix : EUR 8,63

3 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 15 octobre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Destined Solitaire (CD)
Nouvelle coqueluche scandinave du rock progressif nostalgique, Beardfish rabâche les glorieuses années du genre d'une manière nettement moins rébarbative que les Flower Kings. Munis de leurs instruments d'époque, les suédois produisent deux premiers disques prometteurs avant d'être recruté par le label spécialisé InsideOut. La solide paire constituée par les deux parties de Sleeping in the Traffic permettent au groupe d'attirer une plus large attention et de partir en tournée aux cotés des grands mandarins du style que sont Dream Theater et The Tangent. La démarche de ce nouveau disque reste globalement la même, à savoir celle d'un hommage éclectique adressé aux formations progressistes de la première moitié des années soixante-dix. Si les suédois semblent affectionner tout particulièrement les prestations délurées de Frank Zappa, ils n'oublient pas pour autant les élans symphonico-mélodiques de Yes, les riffs baroques de Gentle Giant, le théâtre médiéval de Genesis ou encore le groove moelleux de la scène de Canterbury. Le Religionnaire apprécie évidemment ces ritournelles virevoltantes jouées à l'orgue Hammond, ces interludes facultatifs de guitare classique, ces changements de tempo intempestifs, voire même certaines cocasseries façon bal musette, le vieux prog bien chantourné restant l'un de ses plus grands délices. Cependant, ce même Religionnaire constate à nouveau avec un grand désarroi le paradoxe narcissique constitué par ce genre de rock rétrospectif : ces musiciens vénèrent cette musique très audacieuse à un tel point qu'ils ne peuvent l'être eux-mêmes.

Ce Destined Solitaire est bien long, mais heureusement suffisamment aéré et varié pour ne point susciter l'indigestion. Les titres se basent pour la plupart sur les effets de surprises, les mélodies jazzy et les traits d'humour popularisés par Frank Zappa, le tout étant arrangé avec la propreté caractéristiques des groupes scandinaves du genre. Ce soin lissant probablement appliqué lors du mixage atténue malheureusement la violence et la lourdeur des passages les plus appuyés, notamment sur le titre éponyme. Bien qu'approchant systématiquement les dix minutes, ces neuf échantillons demeurent perpétuellement fringants et enthousiasmants, au point d'aboutir à un résultat fort consistant. Le Religionnaire distingue tout de même "In Real Life There Is No Algebra" pour son succulent groove associé à d'insaisissables déclinaisons mélodiques ainsi que "Destined Solitaire" qui semble revisiter le hard rock de ses fondations psychédéliques et progressives jusqu'à son débouché death metal. Parmi les nombreux voyages dans le temps dirigés vers cette époque du rock sophistiqué, celui-ci demeure sans conteste l'un des plus agréables et soignés. En puisant dans ce réservoir inépuisable, Beardfish peut continuer à satisfaire son public très longtemps. Ces aimables suédois peuvent également choisir une autre voie : arrêter de singer Frank Zappa et utiliser leur talent pour développer une signature propre. Comme le Religionnaire le dit souvent : il faut prendre des risques pour marquer l'histoire...


Barbares
Barbares
Prix : EUR 7,74

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2.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 15 octobre 2009
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Depuis maintenant sept albums, et autant d'années d'existence, des mélomanes aussi marginaux que spécialisés ne cessent de brandir Nemo comme le grand espoir en matière de rock progressif français. Cette aimable formation semble avoir atteint le statut de meneur national en la matière, un titre que le Religionnaire considère aussi difficile d'accès que la première place du championnat de curling au Sénégal. Mieux encore, Nemo semble susciter la curiosité dans quelques pays limitrophes, ce succès relatif incitant à proclamer le nouvel Ange. De nombreux prophètes musicaux osent même dévoiler un fantasme collectif extrêmement délirant, au sein duquel les petits français pourraient un jour rivaliser avec le géant Dream Theater. Cette délicieuse et débordante imagination propulsée par l'énergie d'un patriotisme naïf ne peut qu'attirer la bienveillance du Religionnaire. Ce dernier doit cependant rester fidèle à ses principes et guider le mélomane vers la réalité. Ce nouveau disque laisse effectivement entrevoir quelques progrès, mais de gigantesques obstacles se dressent toujours entre Nemo et la gloire internationale. Le premier, et probablement le plus infranchissable, reste le chant, ou plutôt le chanteur. S'il demeure un excellent guitariste, ce Jean-Pierre Louveton ne peut éviter des performances vocales au mieux insuffisantes, au pire désastreuses. Avec le timbre et l'énergie d'un médiocre chanteur de variété française, ce dernier se voit la plupart du temps submergé par l'instrumentation. Ses vaines tentatives de virilisation n'aboutissent qu'à de banals ronronnements.

Conserver fièrement la langue française est un noble choix dont les conséquences peuvent être désastreuses. La solution idéale aurait été la plus simple, à savoir proposer des textes obscurs et hermétiques, dans la tradition du vieux rock progressif. Au lieu de cela, les paroles oscillent entre le pseudo-intellectualisme de la chanson française et l'affligeante niaiserie de la variété à tendance RNB, ce sans jamais trouver un juste milieu. Le paroxysme burlesque émane du doux "Le Film de ma Vie" au sein duquel résonnent des phrases épouvantables ("Puisque la mort fait partie de notre vie, je suis heureux de devoir partir aussi") récitées avec la sensualité du délicieux et oublié Christophe Rippert. Le Religionnaire ne saurait pourtant résumer un album de rock progressif metalloïde à sa mielleuse ballade, même si celle-ci semble davantage inspirée des comédies musicales de Luc Plamondon que des équivalents ramollis du grand Dream Theater. La face plus instrumentale et technique de ce disque s'avère en effet nettement plus satisfaisante. Ces performances plus ou moins alourdies sont à classer au rayon nostalgique, rappelant une époque où l'accroche pouvait ne pas être immédiate. Ce glorieux rock progressif, malmené, sinistré au fil des années ne parvient ici à se moderniser ou à innover, l'adjonction de sonorités électroniques plus actuelles se limitant aux couches superficielles de la musique. Si les différentes compositions se veulent sophistiquées à la manière des dinosaures de la grande époque, elles ne surprennent que rarement. Les riffs, mélodies et mouvements progressent de façon lente et prévisible, Nemo ne pouvant ainsi rivaliser avec les américains et les scandinaves qu'il vaut mieux imaginer dopés pour se consoler. Le Religionnaire admire pourtant certains passages inspirés, notamment le sympathique riff à cinq temps de "19-59", un morceau du titre éponyme lorsque l'engourdissement pseudo-celtique laisse la place à un enchainement de riffs très vivaces vers la neuvième minute, et quelques soli de basse plutôt intéressants. En dehors de ces maigres éclaircies, le tableau n'est guère encourageant. Si les progrès sont bien réels, le plafond n'est plus très loin. Le Religionnaire ne peut qu'encourager cette sympathique formation à trouver le chanteur et parolier dont elle a besoin, puis à se doper comme tout le monde.
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