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Contenu rédigé par Religionnaire
Classement des meilleurs critiques: 31.116
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Commentaires écrits par
Religionnaire (Paris, France)

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Endgame
Endgame
Prix : EUR 11,49

3 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 8 octobre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Endgame (CD)
Dave Mustaine, grand seigneur paranoïaque du thrash, peine à sortir de ce que nos ancêtres appelaient la névrose d'échec. Du fait de sa grande psychorigidité et convaincu de sa supériorité, le diablotin se condamne depuis plus de vingt ans à suivre la même route. Ces choix artistiques, systématiquement orientés par son instinct revanchard vers les quatre cavaliers, ont conduit Megadeth vers autant de grands succès que d'échecs personnels pour le rouquin sardonique. En effet, paradoxalement, toute la réussite de Megadeth réside dans ce désir non assouvi de surpasser Metallica. Le collectif n'aurait pu naitre, et ne peut survivre sans le sentiment d'injustice moteur de son meneur. L'accomplissement de cette vengeance signerait par ailleurs la mort du groupe, et probablement celle de Mustaine qui verrait alors sa principale raison de vivre anéantie. L'hibernation ramollie des quatre cavaliers, qui, le Religionnaire aime à le rappeler, a duré plus de quinze ans, a logiquement plongé le riffeur paranoïaque dans une profonde dépression artistique. Le réveil brutal et magnétique de Metallica est bien entendu venu agiter les neurones endormis sous la tignasse rousse du dictateur. Ce dernier a naturellement trouvé l'énergie d'une seconde jeunesse, l'envie d'un retour à ses heures les plus glorieuses et a rapidement proclamé avoir écrit le meilleur album de sa carrière. Plus qu'un simple lapsus, le titre Megadeth Magnetic résume à lui seul ce disque que le Religionnaire espère une fois de plus testamentaire.

Endgame surpasse aisément les cinq voire six derniers albums du groupe et les rend ainsi quasi obsolètes. Ceci pourra évidemment irriter les nombreux mustainophiles qui doivent pourtant comprendre que ce réveil était impossible tant que les quatre cavaliers n'étaient pas ressuscités. Si ces onze ébats demeurent tout de même loin de la férocité d'un Rust in Peace, Mustaine y renoue avec ses jérémiades diaboliques, politiques, apocalyptiques ainsi qu'avec quelques riffs dignes de Countdown to Extinction et Youthanasia. Le Religionnaire ne s'attardera pas sur cette énième recrue de co-guitariste si ce n'est pour dire qu'il s'agit d'un très bon faire-valoir, en somme ce qu'exigeait son dictateur. Ce bon disque à vélocité variable ne bénéficie pas de la signature d'un producteur de renom ni de l'aura médiatique, pour ne pas dire magnétique, de Metallica. Pourtant, Endgame n'est pas loin d'égaler Death Magnetic, et perpétue ainsi admirablement la tradition de poursuite entamée il y a maintenant plus de vingt ans. Megadeth enchaine avec succès onze épreuves très variées, du thrash traditionnel aux lourdeurs plus mélodiques en passant même par une sympathique parenthèse acoustique et orchestrale. La principale limite de ce disque reste cependant liée à son approche nostalgique : le metal ne s'est effectivement pas arrêté à la fin des années quatre-vingt et a même superbement franchi le nouveau millénaire. Voilà pourquoi le Religionnaire n'imagine pas Endgame demeurer longtemps sur les platines du monde moderne. Si la croisade de Mustaine n'est plus aussi palpitante qu'à ses débuts, il est ravissant de constater que le préjudice subi il y a vingt cinq ans continue d'alimenter son esprit créatif de fort belle manière. Megadeth Magnetic est bon, et peut-être le dernier. Tout dépend des quatre cavaliers...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 26, 2011 3:30 AM MEST


Tibet
Tibet
Prix : EUR 17,82

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 28 septembre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tibet (CD)
Très inspiré par les escapades indiennes des formations psychédéliques, Jürgen Krutszch constitue sa formation en 1972 et souhaite la dévouer aux instruments tibetains. Ce désir de surenchère périlleuse est pourtant rapidement réfréné une fois ses quatre compères recrutés. Du collectif n'émanera finalement qu'une faible résonnance tibétaine, ainsi que le mysticisme caractéristique. Les cinq allemands s'embarquent alors sur la voie planante du rock progressif floydien, un style plus accommodant, notamment en concert, car propice à d'interminables digressions passionnées et catalysées par les psychotropes. Les envolées cosmiques de Tibet sont très voisines de celles du compatriote Eloy, les guitares demeurant bien en retrait au profit des claviers et autres synthétiseurs, le tout étant propulsé par de puissantes lignes de basse aussi élémentaires qu'infatigables. Si les soli du six-cordiste, presque inexistants, ne redent pas hommage aux prestations déchirantes de David Gilmour, les performances du vocaliste Klaus Werthmann évoquent parfois celles de Roger Waters dont il adopte volontiers la hauteur et le ton plaintif. Enfin, à l'instar de son équivalent de chez Eloy, ce chanteur adopte la langue anglaise, mais avec un accent boche moins perceptible, ce qui n'est pas sans réjouir le Religionnaire. Dieu sait effectivement à quel point l'inflexion teutonne peut nuire à l'harmonie poignante d'un genre aussi soigné que le rock astral anglo-saxon.

Entre deux mouvements de survol galactique, Tibet flirte occasionnellement avec d'autres courants internes au rock progressif. Le groupe parsème ainsi son album de sections symphoniques plus sophistiquées et empreintes de l'indolence médiévale de Genesis. Du haut de son piédestal, le claviériste initie régulièrement quelques ritournelles un soupçon jazzy, qui ne sont pas sans rappeler les groupes de l'école de Canterbury, notamment Caravan dont la discographie révèle également une phase plus spatiale. Heureusement, ces sympathiques excursions demeurent timides et brèves et Tibet ne saurait trop se tâter avant de redéployer ses ailes musclées, au point parfois de frôler la grandiloquence d'Uriah Heep lors du décollage. Cette puissance allemande déterminée permet également à Tibet de se rendre bien plus accrocheur que Camel dans la majeure partie de son œuvre. Tandis que Latimer évolue mollement à dos de chameau dans une fidélité postfloydienne soporifique, l'école allemande ne sait offrir au rock planant une seconde jeunesse mais parvient au moins à allonger son espérance de vie. Malgré ce disque très consistant, Tibet ne parvient pas à percer et le quintet se dissout en 1980. Avec cet unique album éponyme, les allemands se hissent jusqu'à la catégorie du rock "planant mais pas barbant", une prouesse admirable.


Jagged Little Pills
Jagged Little Pills
Prix : EUR 7,02

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 4 septembre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Jagged Little Pills (CD)
Chère Alanis,

Tu avais le profil de l'artiste maudit, celui dont le décès aussi tragique que stratégique conduit à une idéalisation immortelle. Alternativement rongée par l'anorexie, gavée par la boulimie et vidée par les vomissements, tu apparaissais déjà très fragilisée par les exigences des métiers d'actrice et de chanteuse. Braquée lors de l'une de tes escapades à Los Angeles, tu as rapidement développé un trouble panique, la récurrence de ces violentes crises d'angoisse t'ayant même conduite à l'hôpital. C'est dans ce contexte que tu as connu ce fameux coup de foudre artistique avec le producteur et compositeur Glen Ballard. Si les diverses psychothérapies entreprises peinaient à soulager ton ébullition affective, ce confectionneur de tubes semble avoir trouvé la clef de ta libération émotionnelle. Plus qu'un simple défouloir, plus qu'une agression féministe, Jagged Little Pill (1995) est la véritable affirmation de ta personnalité, de tes forces, de tes faiblesses, à travers ton histoire ou ta conception du monde. Le Religionnaire ne saurait effectivement résumer ton œuvre au très remonté et rancunier "You Oughta Know", tantôt récupéré par les suffragettes, tantôt soumis à nombre de spéculations futiles quant au garnement désigné. Les plus scrupuleux linguistes ont également souligné l'utilisation inappropriée de l'adjectif "Ironic" pour des situations qui s'apparentent davantage à la malédiction. Si les poètes se sont effectivement révélés désappointés, les vrais mélomanes ont su te pardonner cette méprise en raison du caractère musicalement imparable de ce titre.

Ton premier disque était encourageant, le second légèrement moins, mais ce Glen Ballard a su te révéler de façon plus authentique, et surtout te fournir un support instrumental lumineux. Ce riche artisan, décrié comme peuvent l'être les plus habiles des producteurs, t'a permis de réaliser l'improbable pont entre soft rock féminin et sauvagerie grunge. Tes ballades sont parmi les plus poignantes et majestueuses de la décennie, que tu sois réconfortante sur "Mary Jane" ou plus optimiste, voire insouciante sur "Hand in My Pocket". Ton chant se révèle tout aussi éclatant au sein des échantillons plus musclés. Totalement séduits lors des séances d'enregistrement, Flea et Dave Navarro des Red Hot Chili Peppers t'ont d'ailleurs honorée de leur participation sur "You Oughta Know". L'alternance de couplets au son clair et de refrains saturés à la mode grunge procure encore aujourd'hui les plus belles sensations, que ce soit sur "Right Through You" avec un groove démoniaque, sur "Forgiven" avec tes inquiétudes religieuses ou enfin sur le splendide "Ironic" aussi déluré qu'infortuné. Véritable leçon de vie et délicieuse synthèse musicale du disque, le superbe "You Learn" aurait davantage trouvé sa place à la fin, voilà qui demeure le seul reproche religionnarien à l'égard de ton album Alanis. Prétendu déclenché par un disc-jockey, le succès monumental de Jagged Little Pill était inévitable tant il renferme un parfait cocktail émotionnel et mélodique. Des confections aussi éblouissantes et consistantes ne surviennent aujourd'hui qu'à une fréquence similaire à celle des éclipses solaires.

En voulant déjouer la prophétie du Religionnaire par ta survie, Alanis, tu as du payer le prix fort, à savoir permettre au monde de démystifier ton génie. La suite de ta carrière n'est malheureusement ponctuée que de banalités, qu'elles soient artistiques ou médiatiques.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 9, 2013 11:12 AM MEST


Wolfgang Amadeus Phoenix
Wolfgang Amadeus Phoenix
Proposé par M & L France
Prix : EUR 7,77

9 internautes sur 18 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 21 août 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Wolfgang Amadeus Phoenix (CD)
Ce titre délicieusement pompeux montre à quel point l'équipe versaillaise cerne déjà les rouages histrioniques nécessaires au maintien de la célébrité. Depuis son éclosion légèrement ultérieure à celle de ses compagnons régionaux (Daft Punk et Air), le quatuor est méprisé par une frange non négligeable du public français. Il s'agit d'une espèce de mélomanes aussi éternelle que féroce, et dont le postulat demeure inébranlable : la musique rock ne vaut rien si elle est jouée par des gosses de riches. Le Monde serait probablement plus juste aujourd'hui si des abominations telles que Pink Floyd ou Supertramp ne s'étaient pas odieusement détournées du thème de la révolution sociale. Après avoir judicieusement joué de son statut de victime pour obtenir l'asile chez des américains toujours très friands des facéties françaises, Phoenix revient en force secouer son pays par la provocation avec ce Wolfgang Amadeus Phoenix. Ainsi, le Religionnaire prophétise aisément le ralliement du public auparavant récalcitrant, le populisme n'ayant jamais existé sans masochisme. Dans ses aspects plus musicaux, l'aeuvre de Phoenix demeure toujours pénible à définir : un amalgame de soft-rock et de funk assaisonné de sonorités électroniques, le tout étant soumis à des niveaux de compression effarants. Outre les instrumentations séduisantes, le chant anglais de Thomas Mars ainsi que son admirable accent constituent certainement le principal facteur d'exportation de cette musique.

Le Religionnaire ne peut à nouveau cacher sa déception devant le manque global de consistance de cet album, un défaut que le groupe ne parvient pas à corriger depuis ses débuts. A l'instar des trois premiers disques, Wolfgang Amadeus Phoenix propose un ou deux tubes véritables paradant au milieu d'un amas d'échantillons purement décoratifs. Lancé en avant première, l'imparable "1901" fait aujourd'hui l'effet d'une publicité mensongère. Ce groove tambouriné et alambiqué s'est répandu sur Internet aussi massivement qu'un virus grippal dans une classe de maternelle. Désormais, il se retrouve désormais prisonnier d'un disque au milieu de bien fades échantillons. Seul le réjouissant "Lisztomania" parvient à lui faire honneur grâce à sa mélodie efficace et son appel au trémoussement. Les autres titres s'étalent tranquillement, parfois péniblement, sans jamais attirer l'attention. Si les sonorités sont souvent très soignées, très délicates, elles semblent destinées à caresser l'aire auditive de mélomanes affairés qui souhaitent les entendre et non les écouter. La suite "Love Like a Sunset", découpée en deux parties, ne cesse de promettre un décollage qui n'arrive jamais. Le Religionnaire n'est ainsi guère surpris d'apprendre qu'elle a été inspirée par un trajet sur l'autoroute, une situation dont la monotonie est parfaitement retranscrite. Le minimalisme raffiné dont font preuve les versaillais n'est malheureusement pas assorti des éléments accrocheurs indispensables pour séduire l'authentique mélomane. Ce disque inoffensif conviendra en revanche parfaitement à un intérieur moderne et dépouillé pour accompagner les douces collisions des flûtes à champagne, les mots délicats propulsés à l'haleine mentholée, les petits canapés enfournés entièrement et insuffisamment mâchés, l'épilation dans toute sa splendeur, celle de n'intérieur du nez, de la moustache féminine ou des aréoles. Superficiel et mondain, après son passage, il n'en reste rien...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 29, 2011 2:46 PM CET


Space Hymns
Space Hymns
Prix : EUR 13,49

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 15 août 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Space Hymns (CD)
Modeste vendeur basé en Écosse, Martin Raphael est un jour frappé au volant de sa voiture par une véritable illumination paraphrénique : il est la réincarnation du Dieu Ramsès et se doit ainsi de colporter la bonne parole ("la Terre est vivante et possède une âme comme la nôtre"). La musique apparait alors comme le véhicule idéal de ce délire messianique si bien qu'en compagnie de sa femme rebaptisée Selket, Ramases commence à prêcher sur une délicieuse ritournelle psychédélique nommée "Quasar One" en 1968. Ce premier 45 tours restera confidentiel, de même que son successeur quelques mois plus tard. Ceci n'empêche pas notre Dieu réincarné d'obtenir un contrat avec Vertigo en 1970 qui lui offre la possibilité de sortir son premier album, de bénéficier des futurs instrumentistes de 10cc et d'une illustration de Roger Dean. La fusée, qui symbolise le contact entre Moise et Dieu sur la montagne, constitue en réalité le sommet d'une église. Cette splendide pochette à géométrie variable reste considérée par le Religionnaire comme l'une des plus belles œuvres d'un Roger Dean dont la carrière est sur le point d'exploser.

"Cet album est dédicacé à tous ces êtres humains qui prennent le temps de s'arrêter, de regarder derrière eux, de se demander d'où ils viennent, pourquoi, et où vont-ils!"

Space Hymns constitue un sympathique assemblage psychédélique, les pires aspects du genre y côtoyant les meilleurs. Le Religionnaire y préfère logiquement les excursions mélodiques aux élans plus bruitistes, notamment l'accrocheur "Life Child", qui reste malheureusement le seul échantillon à proposer un groove appuyé. Le disque est largement dominé par les prestations folk, qu'elles soient délivrées sous la forme de chansonnettes inoffensives sur l'entêtant "Oh Mister" et le naïf "Jesus", conduites de manière plus classique sur "And the Whole World", ou plus sombre et solennelle sur "Earth-People". Si ces exercices dévoilent un certain charme, ils peinent à apporter une réelle fraîcheur en matière de folk psychédélique orientalisant, un style pratiqué en masse depuis plusieurs années déjà. En revanche, le Religionnaire ne peut cacher son attachement à l'irrésistible "Balloon" dont le fabuleux phrasé du refrain ("BallOO-OOn/Just on the surface of the mOO-OOn") semble reproduire à merveille l'envolée cannabique. Les divers bruitages et autres mantras psychotiques n'apportent en revanche que l'éphémère réjouissance propre aux cocasseries de l'époque. Le Religionnaire avoue toutefois être charmé par ce disque récréatif dont l'intérêt proprement musical se réduit à deux titres ("Life Child" et "Balloon") mais dont certains aspects, tels que son illustration et son caractère divin proclamé, le rendent insolite.


Clear Blue Sky
Clear Blue Sky
Prix : EUR 16,83

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 15 août 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Clear Blue Sky (CD)
En l'espace de quelques années, le blues-rock, déjà plus ou moins vaporisé de psychédélisme, s'affranchit encore davantage vers l'alourdissement et la sophistication. Cette époque à cheval entre deux décennies demeure selon le Religionnaire la plus captivante de l'histoire du rock. Ces nouveaux territoires vierges à conquérir suscitent une explosion de vocations plutôt bien prises en charge par les maisons de disques qui produisent en masse et en confiance. Ainsi, Vertigo recrute un trio de jeunes londoniens à peine majeurs suite à une prestation remarquée lors d'une compétition au Marquee Club. Anciens camarades d'école, John Simmons (guitare), Mark Sheather (basse) et Ken White (batterie) ont préalablement laissé tomber les reprises blues-rock pour proposer leurs propres créations qui séduisent rapidement en Angleterre et en Allemagne. L'enregistrement de ce premier disque se déroule en 1970 dans les studios Island alors que Led Zeppelin vient d'y finir son second album. Ce premier effort vif et rafraichissant dévoile une musique lourde et musclée à mi-chemin entre Cream et Black Sabbath sur le plan évolutif. Le progressisme y est encore naïf, brouillon mais déjà audacieux et superbement illustré par l'une des premières pochettes du grand Roger Dean.

La première face du disque offre une longue suite approchant les vingt minutes nommé "Journey to the Inside of the Sun". Clear Blue Sky y évolue initialement sur un lourd boogie ponctué d'expérimentations sonores ("Sweet Leaf") qui préfigurent selon le Religionnaire les futurs ébats de Tom Morello. Nettement plus insolente, la deuxième partie ("The Rocket Ride") oscille entre deux riffs très disparates, le premier sauvage et véloce, le second militaire et alambiqué. Ceci ajouté à l'insertion subtile de soli et d'accalmies sans distorsion en fait le passage le plus réussi du disque. Le dernier mouvement ("I'm Coming Home") offre également son lot de riffs plus ou moins sophistiqués, légèrement moins accrocheurs mais toujours séduisants. La seconde face du disque dévoile des performances plus relâchées dont le groove charme d'autant plus. Le Religionnaire admet que le trio, aussi puissant soit-il, n'est pas encore totalement libéré de la prison du blues, mais certains enchainements de riffs évoquent déjà ce que fera Rush quelques années plus tard. Le long et complexe "You Mystify" est en la parfaite illustration sonore entre sombre lourdeur et envolées plus épiques. La disparition de la distorsion pendant les couplets de "Tool of My Trade" est également annonciatrice de l'avenir du hard rock dans les décennies ultérieures. Les quelques passages acoustiques et d'inspiration folk sont évidemment influencés par les aventures de Led Zeppelin mais également par celles de Jethro Tull. L'entêtant et orientalisant "My Heaven" semble matérialiser la démarche de Jimmy Page, sans parvenir à égaler sa finesse mais aussi sans sombrer dans des prestations narcissiques et barbantes dont le virtuose sait parfois faire preuve. Tout aussi narcissique, Ian Anderson se voit honoré d'un savoureux "Birdcatcher" qui mêle riffs tonitruants et sympathiques déclinaisons flûtières.

Si ce premier disque éponyme peut-être considéré comme une œuvre facultative sur un plan historique, il demeure un véritable délice auditif que le Religionnaire prescrit à tout bon mélomane amateur de vieux hard rock téméraire.


Anno Domini High Definition
Anno Domini High Definition
Proposé par Skyvo Direct
Prix : EUR 25,33

2 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 18 juillet 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Anno Domini High Definition (CD)
Longuement convalescente de la tyrannie soviétique, la magnifique Pologne semble aujourd'hui en voie d'épanouissement. Le visa récemment accordé au préretraité David Gilmour pour son grandiose concert de Gdansk révèle, outre la miséricorde de ce dernier, que ce pays s'autorise désormais sans crainte à séduire l'occident chrétien. Depuis quelques années, le quatuor de Riverside s'impose sans peine comme l'un des principaux ambassadeurs rock de cette délicieuse patrie. Le Religionnaire s'était révélé enthousiasmé par leur premier album en 2004, qui, sans remuer la tombe de Chopin ni bouleverser l'écosystème de la musique cyclique, comblait sans peine le mélomane amateur de vols planés et d'atterrissages appuyés. Les deux efforts ultérieurs ont depuis achevé la fameuse Reality Dream Trilogy de manière fastidieuse et surtout globalement décevante. En se libérant du traquenard que constituait ce triptyque conceptuel nébuleux, Riverside s'est offert la possibilité de prendre une distance salvatrice vis-à-vis de l'espoir et de la pression suscitées par son début flamboyant. Le Religionnaire constate avec un plaisir certain que cette occasion a été saisie de main de maitre puisque Riverside a quitté Varsovie et son producteur pour concevoir un album remarquable.

Les différentes thématiques d'Anno Domini High Definition s'articulent autour du concept de stress, un domaine que le premier des nigauds s'empresserait de condamner pour son apparente banalité, mais que le Religionnaire cautionne pourtant largement. Il s'agit de l'une des préoccupations universelles de l'espèce humaine civilisée, d'un sujet concret, actuel, dont certaines manifestations émotionnelles et comportementales s'adaptent à merveille à une production artistique musicale. Le Religionnaire se doit ainsi de reconnaitre que les fameuses ramifications du stress que sont l'angoisse pesante, l'agressivité, l'isolement et la lutte contre le temps sont ici magistralement traitées, et particulièrement sur le plan instrumental. Plutôt que de tomber dans le piège de la critique de société stérile et distanciée, le groupe accompagne l'auditeur dans sa représentation musicale brute de cette société afin de l'immerger émotionnellement et souligne ainsi à merveille le caractère très primitif du stress.

Musicalement, la démarche de Riverside n'est guère plus innovante qu'auparavant et se calque toujours en grande partie sur le metal atmosphérique sophistiqué de Porcupine Tree. Si le manque d'originalité ou de caractère propre demeure toujours problématique, il n'empêche pas le groupe de mettre en avant ses qualités et d'éviter la plupart des pièges propres à ce style musical. Riverside est ainsi réellement tiré vers le haut par Mariusz Duda qui, outre son rôle de chanteur, mène la danse avec de splendides lignes de basse. Le groove envoutant qui en résulte constitue bien plus qu'une simple ossature puisqu'il permet à Riverside de distancier la plupart de ses concurrents. Anno Domini High Definition est un disque conçu de façon aussi méticuleuse qu'intelligente. Les contrastes y sont savamment dosés et les passages déterminants sont judicieusement répartis pour prévenir tout effet de somnolence atmosphérique. Les cinq titres s'enchainent avec une fluidité impressionnante tout en affichant chacun leur spécificité. Riverside semble enfin avoir trouvé le juste milieu entre la surcharge indigeste et l'errance planante, et s'offre ainsi tel un idéal compromis entre Dream Theater et Porcupine Tree. Les félicitations religionnariennes demeurent toutefois teintées d'une pensée moins reluisante : tant que les polonais ne se démarqueront pas davantage, leur marge de progression restera limitée à celle de leurs concurrents.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 26, 2009 12:45 PM MEST


Black Clouds & Silver Linings
Black Clouds & Silver Linings

7 internautes sur 19 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 14 juillet 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Black Clouds & Silver Linings (CD)
Jamais la mécanique de Dream Theater, certes bien huilée mais artistiquement déplorable, n'aura été aussi apparente que sur Black Clouds & Silver Linings. Fantasmé comme symbolique, anthologique et péremptoire de par son statut de dixième album studio, il vient constituer l'apothéose de la série du nouveau millénaire entamé avec Six Degrees of Inner Turbulence (2002). Dès sa première décennie d'existence, Dream Theater affiche un décalage évident entre ses aptitudes d'exécution et de composition, ce qui semble au mieux le destiner à une brave carrière de groupe hommage. L'outrecuidance massive de Portnoy et Petrucci les dissuade cependant de se cantonner à la reprise des grands du rock. L'auto-recyclage apparait rapidement comme la seule stratégie permettant de combiner l'impuissance créative et le narcissisme monumental des deux meneurs. Ce délicieux subterfuge, même subtilement réalisé, possède une durée de vie limitée à la richesse du répertoire, ici bien loin de celui d'un Bob Dylan. En ajoutant à cela une tendance à la surenchère, malheureux héritage du rock progressif considéré comme indispensable à chaque nouvel effort, il semble évident que cette trajectoire ne peut mener qu'à l'anéantissement. Dream Theater est un serpent, un serpent bien musclé, mais un serpent qui se mord la queue.

"The Shattered Fortress" illustre à merveille ce phénomène d'éjaculation rétrograde. Il s'agit de l'épisode final, soit des trois dernières étapes du programme des alcooliques anonymes que Mike Portnoy adapte à sa sauce depuis "The Glass Prison" sur Six Degrees of Inner Turbulence. Alors que jusqu'à maintenant, chaque épisode ne laissait échapper qu'un clin d'œil systématique au précédent, celui-ci est quasi-intégralement constitué de ces fameux extraits, à la façon d'un medley. De par son exubérance assumée, Black Clouds & Silver Linings sombre dans une triste parodie, soulignant les caractéristiques les plus grotesques du groupe. Le dégoulinant "Whiter" résulte une fois de plus de cette obstination à insérer une ballade mielleuse sur chaque album. Cet échantillon, une nouvelle fois directement inspiré des exercices précédents, présente comme seul intérêt le thème abordé, à savoir l'angoisse de la page blanche que Petrucci traite avec une emphase des plus stériles. Les autres pièces, longues, surchargées, enchainent sans grande cohérence des riffs et mélodies parmi les plus pauvres dévoilés par le groupe jusqu'à ce jour. Aux prises avec ces longues suites d'interludes ultra-condensées, le Religionnaire peine à individualiser les trop rares passages accrocheurs qui constituent approximativement 3 à 5% du disque. Ce ratio est globalement superposable au taux d'originalité global de cet effort.

La version karaoké de l'album proposée sur un disque additionnel n'apporte aucun plaisir supplémentaire. En revanche, elle soulage l'œuvre de l'une de ses principales sources de désagrément, à savoir les nombreux bêlements de James Labrie. Le Religionnaire apprécie particulièrement l'autre disque supplémentaire constitué de six très bonnes reprises et qui prouve, une fois de plus que d'excellentes influences ne suffisent pas à faire un grand artiste. Pour le reste, le Religionnaire demeure en proie à cette image d'un culturiste qui ne voit son salut que dans un fantasme d'auto-fellation.

Face à un tel monument, et dans une volonté d'hommage à Dream Theater, le Religionnaire aurait apparemment lui aussi sombré dans l'auto-recyclage. Ainsi, ce dernier n'exclue pas avoir prélevé quelques-uns de ses plus grands extraits pour les intégrer dans cette chronique.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 10, 2011 10:54 PM MEST


Heartbreaker
Heartbreaker

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 28 mai 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Heartbreaker (CD)
Andy Fraser ayant démissionné, et Paul Kossoff étant chaque jour davantage affaibli par sa toxicomanie, la survie du groupe impose désormais le recrutement de nouveaux membres. Paul Rodgers et Simon Kirke ne vont pas chercher bien loin et rappellent le bassiste Tetsu Yamauchi ainsi que le claviériste John "Rabbit" Bundrick. Les deux hommes ont en effet auparavant participé au Kossoff/Kirke/Tetsu/Rabbit (1971) sorti peu après la première rupture de Free. Le japonais, discret et discipliné, ne parvient malheureusement pas à faire oublier l'absence du génial Andy Fraser. En revanche, l'apport de Bundrick est assez réjouissant. Bien meilleur claviériste que Rodgers, ce dernier partage également la composition des titres avec le chanteur. La tension croissante provoquée par cette rivalité aboutira ultérieurement à une véritable bagarre dans un restaurant de Londres. Après quelques séances de stimulation électrique trans-crânienne, Kossoff parvient à rassembler assez d'énergie pour enregistrer la plupart des titres de l'album avec ses compagnons. A son grand désespoir, le guitariste sera pourtant crédité uniquement en tant que musicien additionnel, et non comme membre réel du nouveau Free.

Heartbreaker sonnerait presque comme une agréable surprise aux oreilles du Religionnaire. Si son exécution demeure caractérisée par une lenteur impressionnante et parfois pénible, il s'en dégage un certain groove et une agréable pesanteur, ces deux éléments étant anesthésiés depuis Fire and Water (1970). Le groupe se recentre judicieusement sur le hard rock basique et la soul blanche de sa période de gloire et réfrène enfin les néfastes penchants country-rock ultérieurs. Le seul reliquat du genre présent ici, à savoir "Travellin' in Style" prouve une nouvelle fois à quel point l'admiration béate du Band peut conduire Free à se montrer sous ses pires aspects de fadeur et de mollesse. En revanche, "Muddy Water" et "Common Mortal Man" les deux titres à tendance gospel composés par Bundrick se révèlent véritablement poignants et à classer parmi les plus majestueuses incursions blanches au sein de la musique noire. Le Religionnaire se réjouit également du retour de prestations réellement musclées, qui, aussi lentes soient-elles, demeurent très accrocheuses. Le brillant "Wishing Well", qui trouve une septième place bien méritée dans le classement des 45 tours anglais, et le déchirant "Heartbreaker" révèlent des riffs plutôt minimalistes, mais merveilleusement propulsés par un groove lourd et suave. Ce sympathique Heartbreaker pénètre également en tant qu'album dans les dix premières places du classement britannique, une performance plutôt rassurante. La déchéance du guitariste semble toutefois condamner le groupe à un avenir tourmenté si bien que Free cesse toute activité en 1973. Paul Rodgers et Simon Kirke s'en iront former Bad Company tandis que Paul Kossoff trouvera la force de sortir deux albums avant que son cœur, fatigué par la drogue, ne cesse de battre à bord d'un avion en 1976.


Free At Last
Free At Last

3 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 28 mai 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Free At Last (CD)
La rupture de 1971, imaginée comme libératoire et épanouissante par les quatre membres de Free, se révèle finalement décevante. Les projets de Paul Rodgers (Peace) et d'Andy Fraser (Toby) avortent rapidement sans que le public ne puisse réellement y goûter. Paul Kossoff et Simon Kirke parviennent à sortir un album, accompagnés par le bassiste japonais Tetsu Yamauchi et le claviériste John "Rabbit" Bundrick. Ce Kossoff Kirke Tetsu Rabbit (1971) ne s'éloigne guère de la trajectoire entamée par Free, ceci sans la voix de Rodgers ni les savoureuses lignes de basse de Fraser. Le malheureux Kossoff poursuit quant à lui sa descente vers les bas-fonds de l'addiction et ingurgite le mandrax par poignées. L'inquiétude croissante de ses trois anciens compagnons face à l'altération marquée de son état général finit par se transformer en culpabilité. La rupture serait ainsi selon eux responsable des problèmes du guitariste, malgré l'antériorité de sa consommation de drogue. En désignant cette cause illusoire, qui n'est en réalité qu'un facteur d'aggravation, les trois compères se proclament directement sauveurs en brandissant le remède idéal : la reformation. Ce projet que le Religionnaire qualifie légitimement de thérapeutique est accueilli chaleureusement par la maison de disque, bien loin de se préoccuper de la capacité de Kossoff à endurer une telle entreprise.

Ce Free at Last (1972) n'est pas loin d'être aussi désastreux que le postulat qui légitime son existence. La souffrance et l'inaptitude de Paul Kossoff semble contaminer toute l'équipe pour aboutir à une aeuvre musicalement pauvre et sans énergie. Le Religionnaire s'épargne la colère et la déception pour éprouver une grande pitié à l'écoute de titres qui poussent plus loin encore la mollesse déjà extrême entendue sur Highway. Cette exécution neurasthénique ne rend évidemment pas service à des compositions incroyablement peu inspirées. La faiblesse globale du groove n'a d'égale que la misère mélodique qui règne sur ce disque. Un soupçon d'espoir jaillit parfois de façon ponctuelle, lorsque résonne un thème de piano soul psychédélique dissonant sur "Magic Ship", ou un embryon de riff attrayant sur "Travelling Man", mais cet espoir est très vite anéanti par l'évolution monotone et soporifique de ces titres. Étrangement, un échantillon assez sensationnel émerge de ce triste assemblage pour consoler le Religionnaire. Ce dernier retrouve en effet sur "Little Bit of Love", cette alliance idéale de groove et de riff auparavant mise à profit sur "All Right Now". Bien que plus dégoulinant, ce tube salutaire s'élève à la treizième place du classement anglais. L'album bénéficie également d'un succès conséquent, que le Religionnaire préfère attribuer à la pitié du public plutôt qu'à sa stupidité. Face au spectacle affligeant d'un Paul Kossoff qui s'endort en studio, qui parvient à peine à tenir debout sur scène, Andy Fraser prend la décision responsable de quitter le groupe afin d'arrêter le massacre. Le guitariste est quant à lui prié d'aller se faire soigner par des professionnels...


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