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Contenu rédigé par Religionnaire
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Religionnaire (Paris, France)

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Live
Live
Prix : EUR 10,16

6 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 28 mai 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Live (CD)
La débâcle commerciale du malheureux Highway (1970) cristallise logiquement les conflits préexistants au sein du groupe. La paire Fraser/Rodgers, rouillée par la paranoïa et la mégalomanie, ne semble plus en mesure de fonctionner tandis que l'addiction ne cesse de ronger l'élan vital de Paul Kossoff. Si la rupture parait inévitable, la maison de disque ne saurait l'accepter sans la rentabiliser au maximum. Ainsi, cette triste nouvelle est accompagnée du triptyque marketing idéal : l'annonce d'un ultime single, d'un album live et d'une tournée mondiale d'adieu. Cette stratégie permet à l'entrainant mais au combien banal "My Brother Jake" de s'élever à la quatrième place du classement des 45 tours en Angleterre. La tournée débute quant à elle au Japon mais avorte à peine un mois plus tard en Australie. N'étant plus en mesure de tolérer la morosité ambiante, les quatre membres de Free repartent déconfits chacun de leur coté.

Plutôt que ce pathétique dénouement, cet enregistrement prétend capturer la grandeur scénique d'un groupe au sommet de sa forme, quelques mois plus tôt. Comme à l'occasion de la plupart des sorties de concerts sur disque, l'auditeur se voit assurer par la promotion que la formation en question n'a jamais été meilleure que sur scène, et qu'il serait odieux de ne point se procurer cet album indispensable. A l'instar de la plupart de ses équivalents de l'époque, que le Religionnaire aime à nommer les "concerts sans image", Free Live ne peut prétendre au statut d'œuvre mémorable. Il est évident qu'une simple piste audio ne saurait retranscrire au mieux l'expérience d'un tel spectacle, mais il se trouve également que cette prestation n'apporte que peu de bénéfices comparé aux échantillons de studio correspondants. Le Religionnaire, découvre certes avec plaisir que Paul Kossoff est gratifié d'un espace de jeu plus conséquent, mais sur une sélection de titres bien maigre et globalement peu satisfaisante. Après la mauvaise surprise procurée par "All Right Now" dont le groove n'est pas loin d'être saccagé, puis par une version mollassonne et sans fantaisie de "Mr. Big" il ne reste guère que "Fire and Water" qui puisse satisfaire le Religionnaire. Par ailleurs, l'inclusion de deux échantillons blues-rock assez basique du premier album, ajoutés aux deux représentants flasques d'Highway, ne permet pas de compenser l'absence regrettable de l'excellent deuxième album éponyme. L'inédit "Get Where I Belong", issu des dernières sessions en studio, joue en revanche parfaitement son rôle de chanson d'adieu pleine d'amertume et offre ainsi une fin satisfaisante à ce disque moyen. Grâce à Free Live, le groupe renoue tout de même avec le sommet du classement anglais, sans se réconcilier pour autant avec le public américain.


Highway
Highway
Prix : EUR 8,08

6 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 28 mai 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Highway (CD)
Honoré du succès de Fire and Water et de celui de son fameux "All Right Now", Free se laisse envahir par un sentiment de toute puissance. Ne pouvant traverser la rue sans être bombardé de déclarations d'amour, les quatre chevelus finissent logiquement par oublier que les Dieux du rock sont parfois cruels et capricieux. Parallèlement, les pressions exercées sur le groupe au sein de sa maison de disque diminuent brutalement depuis l'obtention du tube longtemps réclamé. Ainsi l'inspiration débordante du jeune duo Fraser/Rodgers n'est plus réellement cadrée ni filtrée, et en proie à l'indulgence massive de cette paire nouvellement étoilée. L'enregistrement d'Highway est alors vécu de façon idyllique, dans un climat d'optimisme béat et de communion spirituelle. Paul Kossoff ne tarde pourtant pas à se révéler très affecté, puis profondément déprimé suite au décès de son idole Jimi Hendrix, un évènement qui l'incite évidemment à augmenter sa consommation de drogues. Le groupe est rapidement en mesure de proposer deux candidats pour succéder à "All Right Now". Malgré la préférence du patron Chris Blackwell pour le simple et efficace "Ride a Pony", le collectif insiste pour sortir "The Stealer", un titre tout aussi appuyé mais au groove plus insolite. Malgré une ligne de basse à nouveau savoureuse d'Andy Fraser, ce nouvel hymne boitillant apparait immédiatement moins accrocheur que son prédécesseur. Quelques semaines après sa parution, "The Stealer" n'est toujours pas rentré dans le classement britannique et stagne à la quarante-neuvième place aux États-Unis.

Les résultats de l'album ne sont guère plus reluisants. Highway atteint péniblement la quarante-et-unième position en Angleterre et ne rentre même pas dans les cent premières places outre-Atlantique. Certains mettent alors en cause une négligence promotionnelle de la maison de disque tandis que d'autres pointent du doigt la pochette, qui ne mentionne pas le nom du groupe. Selon le Religionnaire, il s'agit avant tout d'une américanisation molle et laborieuse de la musique. L'admiration du groupe pour The Band le conduit effectivement à proposer une réponse anglaise au célèbre Music From Big Pink (1968). Résonnent ainsi des mélodies sirupeuses et rudimentaires, assaisonnées de sonorités country refrénant la distorsion au profit du piano. Le résultat est malheureusement assez pauvre, peu accrocheur et manque cruellement d'authenticité. Il est notamment assez navrant de constater à quel point Paul Kossoff tombe d'admiration devant l'insignifiant et dégoulinant "Be My Friend", au point de le considérer comme le sommet du groupe. A l'instar de ses compagnons, le guitariste semble en effet réellement désorienté par le succès. En dehors des sympathiques "The Stealer" et "Ride a Pony", le Religionnaire ne retient que l'enjoué et parfois surprenant "The Highway Song" pour rivaliser avec les efforts précédents. Bien plus que d'une injustice ou d'une incompréhension du public, il s'agit avant tout d'un échec, un triste échec.


Fire and Water
Fire and Water
Prix : EUR 7,00

2 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 28 mai 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Fire and Water (CD)
Le modeste succès remporté par les deux premiers disques n'empêche pas le groupe de tourner sans relâche et d'attirer par ce biais un public croissant. Ses prestations, en première partie de Blind Faith au Madison Square Garden, lors de la première édition du festival de l'île de Wight ainsi qu'au cours d'incessantes tournées anglaises, apparaissent de plus en plus fédératrices. La paire Rodgers/Fraser poursuit parallèlement sa quête du tube tant espéré, une épreuve incontournable jalonnant le chemin tortueux qui mène à la gloire planétaire. Parmi plusieurs prototypes soumis lors des concerts, une chanson se détache et suscite les rappels de façon systématique. Ce "All Right Now", aussi rustre qu'imparable, semble survenir à point nommé pour symboliser l'éclosion de la branche la plus virile du rock. Porté par le groove lourd et malléable de Fraser, muni d'un riff simplissime qui sert de trame au chant expansif et mysogyne de Rodgers, ce titre s'affirme immédiatement en hymne rock universel. Il grimpe directement à la seconde place du classement anglais et se vend à plus d'un million d'exemplaires en un mois. Logiquement inclus sur Fire and Water, "All Right Now" fait grimper le nouvel album à la deuxième place chez les britanniques et dans les vingt premières positions du classement américain. Le reste du disque est inévitablement éclipsé par le tube mais le mélomane éclairé par le Religionnaire ne doit pas oublier les propos d'un Paul Kossoff irrité par les accusations de compromission. Le guitariste affirme en effet que si "All Right Now" est bien représentatif de la musique de Free, il ne l'est que de sa part la plus frivole.

Le Religionnaire ne peut cacher son admiration pour le splendide "Mr. Big", un spécimen aussi étrange qu'héroïque qui fait resplendir comme aucun autre les nombreux talents du collectif. Andy Fraser y apparait véritablement lumineux, avec une ligne de basse pleine de groove et incroyablement singulière mais aussi grâce à sa prestation de soliste. Alors que l'altruiste Paul Kossoff étouffe une fois de plus ses arpèges, le jeune bassiste déploie un solo éblouissant pendant plus de deux minutes, un passage particulièrement flamboyant à savourer sans modération. La minute de gloire de Kossoff se situe quant à elle sur l'excellent "Fire and Water", véritable modèle de fusion riff & groove. Son admirable solo tout en retenue et en maintien constitue une véritable prouesse de technique et d'instinct, digne des plus grands. Les autres titres, notamment les plus tendres, s'orientent vers une soul hypnotique plus difficile à appréhender. Paul Rodgers n'est toujours pas aussi sensuel que Marvin Gaye, mais son vibrato convaincant parvient presque à faire oublier la mollesse de "Don't Say You Love Me". L'incorporation du piano sur "Heavy Load" n'est pas des plus fines, mais là encore, la prestation façon gospel de Rodgers et le groove de Fraser parviennent à extraire cet échantillon d'une platitude regrettable. La paire tire également les banals "Oh I Wept" et "Remember" vers le haut, au point de les rendre par moment entrainants et enthousiasmants. Ce Fire and Water est donc plutôt contrasté, en grande partie du fait de la présence de son immense tube mais aussi par son taux de métissage qui varie énormément d'un titre à l'autre. Le Religionnaire dément ainsi le manque de consistance fréquemment proclamé à son sujet. Ce disque demeure solide de bout en bout, à condition de savoir appréhender et savourer sa bâtardise.


Free
Free
Prix : EUR 12,57

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 28 mai 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Free (CD)
Ce deuxième album témoigne d'une modification notable des rapports de force au sein du groupe. La rigoureuse domination exercée par la paire Rodgers/Fraser aboutit à un véritable clivage qui conduit Free au bord de la rupture. Les rugissements de Paul Kossoff sont alors fortement réfrénés par la volonté des deux compositeurs de s'éloigner de la spontanéité du blues-rock anglais. La composante rythmique, alourdie et ralentie, domine désormais les compositions, pour la plupart basées sur des riffs rudimentaires. Leur aspect très dépouillé pourra ainsi déconcerter les friands de guitares orageuses, de soli en salves et autres distorsions éruptives, mais l'amateur éclairé de musique noire y trouvera en revanche l'un des plus admirables métissages du siècle. Bien que Paul Rodgers soit trop rustre et braillard pour susciter une improbable comparaison avec Marvin Gaye ou Al Green, le Religionnaire doit bien lui reconnaitre une certaine sensibilité. Tout en posant les bases du rock à pénis ("Marry me today, baby/I'll give you everything/But my guitar/But my guitar and my car"), le mufle dévoile une incroyable capacité à communier avec le moindre soubresaut instrumental et à moduler ainsi l'intensité de son chant vers une sensualité noirâtre enthousiasmante. Certains titres résolument patauds tels que "Free Me" et "Morning Sad Morning" sont ainsi illuminés par la transe du chanteur qui les extrait admirablement de la platitude qui semblait les condamner.

Le grand héro de ce disque éponyme demeure pourtant le jeune Andy Fraser. Le bassiste y réalise des prestations éblouissantes, irradiant la plupart des titres d'un groove terrifiant. Son toucher vif et moelleux se distingue aussi bien à travers des efforts simples et appuyés que sur des élans plus effrénés et dévergondés. Sur le génial "Trouble on Double Time", il exécute une ligne de basse absolument divine, parmi les plus orgasmiques ayant émané du rock blanc. Sans délaisser la moindre miette de groove, son rôle se rapproche parfois de celui d'un soliste, comme sur l'épatant "Songs of Yesterday" où il semble provoquer Kossoff en duel. Si Rodgers et Fraser apparaissent véritablement surdoués en tant que musiciens, leur immaturité transparait au niveau de leur travail de compositeurs. Dans une probable quête d'éclectisme et de sophistication, la paire insère plusieurs titres plus calmes et acoustiques au milieu des prestations plus rythmées, pour un résultat mitigé. Ces agréables rafraichissements, bien plus primitifs et embrumés que les futurs efforts similaires de Led Zeppelin, brisent l'élan du groove sans réussir à captiver le Religionnaire. Free se révèle bien plus attrayant sur ses prestations de hard rock embryonnaire, notamment "Woman" et "Broad Daylight" qui conjuguent le groove de Fraser à des riffs poignants. Forcé encore à la modestie, Paul Kossoff parvient tout de même à y placer quelques soli réjouissants. Ce deuxième album savoureux, grand favori du Religionnaire, n'obtiendra pas davantage de succès que son prédécesseur. Le triomphe n'est pourtant plus très loin...


Tons of Sobs
Tons of Sobs
Prix : EUR 9,99

4 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 28 mai 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tons of Sobs (CD)
Sur la branche évolutive qui nait du blues-rock pour se déployer vers le hard rock, Free se situe approximativement à mi-chemin entre Cream et Led Zeppelin. Ce Tons of Sobs, qui sort d'ailleurs un an avant Led Zeppelin I, semble déjà vouloir privilégier le riff et la lourdeur rythmique par rapport à la virtuosité et au respect du format blues. Bien qu'étant à la base un grand admirateur de Clapton, le guitariste Paul Kossoff ne se répand que rarement sur des soli interminables. Parallèlement, l'esprit respectueux et nostalgique des racines du blues ainsi que les divagations psychédéliques laissent ici la place à des préoccupations davantage centrées sur une virilité machiste. Limiter la musique de Free à une sorte d'intermédiaire entre Cream et Led Zeppelin ne rend pourtant pas service au groove, ici bien plus intense que chez ces deux derniers. Le principal générateur de ce fameux groove n'est autre que le très jeune Andy Fraser. A 16 ans, ce bassiste surdoué d'origine guyanaise peut déjà se vanter d'un passage remarqué chez les Bluesbrakers de John Mayall en compagnie d'un certain Mick Taylor. Son influence est encore assez limitée sur Tons of Sobs, que ce soit au niveau de ses lignes de basses plutôt discrètes ou de sa participation en tant que compositeur. La grande majorité des titres de ce premier album est conçue par le chanteur Paul Rodgers qui reste à l'évidence plus convaincant dans le chant que dans la composition. Tons of Sobs demeure malgré tout un très honnête premier album, sans être aussi solide et consistant que ses deux successeurs.

Le Religionnaire en retient avant tout l'explosif "Worry" dont le riff et le groove, tous deux dévastateurs, relèguent le reste des titres au rang de platitude bluesy. C'est à l'évidence sur ce dernier titre que Paul Rodgers effectue sa prestation vocale la mieux sentie, sa retenue y étant dosée à la perfection. Le seul soupçon d'originalité disponible par ailleurs se retrouve sous la forme d'une introduction/conclusion à la guitare acoustique nommé "Over the Green Hills". Ces trois minutes sont à considérer comme l'un des meilleurs moments de l'album, dont le taux de progressisme global est très proche de zéro. L'évolution de chaque titre étant effectivement très linéaire, leur intérêt dépend presque uniquement de l'efficacité du riff et du groove qui s'en dégage. A ce niveau, l'inconstance est encore de mise si bien qu'une bonne moitié de l'album, sans forcément barber, ne retient tout simplement pas l'attention. Seul le long, lent et pénible "Goin' Slow Down", sur lequel Paul Kossoff balance son seul et unique solo à rallonge, incite à sauter une plage. Le reste du disque se savoure plutôt agréablement avant de se faire oublier très rapidement. Tons of Sobs est ainsi plutôt à recommander en seconde intention mais ne décevra pas pour autant le mélomane attaché à la découverte chronologique des discographies. Les allergiques au blues-rock, auxquels le Religionnaire transmet toute son empathie, y trouveront surement un accès plus attrayant que chez d'autres formations du style.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 26, 2011 10:14 AM CET


Two for the Show
Two for the Show
Proposé par EliteDigital FR
Prix : EUR 95,98

7 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 27 janvier 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Two for the Show (CD)
"Le double album live était fréquent à l'époque. Ce que j'aime dans le notre, et qui le distingue de la plupart des autres, c'est qu'il soit resté pur et intact, sans aucune partie réenregistrée.". Ces belles paroles de Kerry Livgren sont complétées par celles de Phil Ehart : "Je peux vous garantir l'absence de rajout, de correction tonale et de tout autre artifice permettant d'améliorer la performance. Il s'agit réellement de ce qui a été joué ce soir là.". Ce genre de promesse devrait toujours être pris avec la même réserve que celle d'un alcoolique qui jure sa durable sobriété. Pourtant, le Religionnaire n'a jamais senti la moindre haleine aenolique s'échapper lors de l'écoute de ce vénérable disque. Kansas est alors au sommet de sa gloire, qui correspond également pour beaucoup à son apogée artistique. Le succès considérable acquis grâce à Leftoverture (1976) puis Point of Know Return (1977) semble effectivement avoir conduit le groupe et sa maison de disque à risquer l'impensable : se passer de la moindre tricherie. Ces treize titres sont sélectionnés de façon drastique au sein de l'inventaire impressionnant capturé pendant la longue tournée Point of Know Return. Chacun des cinq albums studio est ici mis à l'honneur de façon plus ou moins équitable, les deux derniers dominant tout de même largement. Ceci n'empêche pas cette moisson d'apparaitre particulièrement judicieuse aux yeux du Religionnaire, notamment par la mise en évidence de la démarche artistique très diversifiée engagée par la formation depuis ses débuts.

Le pari de l'authenticité sonore est quant à lui gagné haut la main. En dehors de rares passages quelque peu dégarnis, Kansas se montre largement à la hauteur des constructions musicales parfois très ambitieuses réalisées auparavant en studio. Two for the Show consacre ainsi merveilleusement la réussite d'un des assemblages les plus improbables de l'histoire du rock : celui du rock sudiste et du rock progressif européen. Ce ne sont pourtant ni les riffs appuyés, ni les élans plus sophistiqués que savoure en premier lieu le Religionnaire. Ces derniers, pourtant exécutés admirablement, n'apportent guère davantage que leurs versions de studio préalables. En revanche, les deux ballades son littéralement transcendées. L'inévitable "Dust in the Wind", agrémenté de soli supplémentaires, grimpe ici encore davantage au classement des chansons les plus émouvantes de l'histoire. Le "Lonely Wind" des débuts acquiert également une dimension bien supérieure, en partie grâce au solo de piano introductif de Steve Walsh, mais aussi et surtout ultérieurement, par son incroyable montée en puissance émotionnelle et son final éblouissant. La réédition célébrant le vingtième anniversaire de Two for the Show offre un second disque supplémentaire rempli de captures inédites et vraisemblablement contemporaines dont la qualité sonore semble légèrement supérieure. Les explosifs "Child of Innocence" et "Lonely Street" sont ainsi réhabilités, corrigeant quelque peules riffs un peu faiblards du premier disque. De même, les pièces plus expérimentales ou majestueuses telles que "Miracles of Nowhere" ou "Belexes" complètent à merveille les titres sophistiqués du disque original. Si les amateurs de Kansas considèrent légitimement Two for the Show comme une belle consécration, les autres lui reconnaitront au moins sa valeur d'excellente compilation. Le triste déclin qui suivra ne fera que renforcer le grandeur de cet album...
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 31, 2009 8:47 PM CET


Atomic Rooster
Atomic Rooster
Prix : EUR 20,57

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 24 janvier 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Atomic Rooster (CD)
L'histoire d'Atomic Rooster illustre à merveille le double tranchant des rapports de force au sein d'un groupe de rock. Suite au départ précoce de Carl Palmer et de ses aspirations progressistes, la formation parvient à un équilibre instable mais au combien fructueux. Tiraillée entre les velléités hard rock du guitariste chanteur John Du Cann et les instincts funk du claviériste Vincent Crane, la musique du groupe culmine sur le démoniaque Death Walks Behind You (1970). Cette collaboration éprouvante prend fin avec le départ du guitariste qui laisse les grooves pianotés de Crane prendre progressivement le dessus sur les riffs. Ainsi, après avoir conservé son élan sur les deux efforts suivants, Atomic Rooster finit par s'éteindre tristement après le médiocre Nice & Greasy (1973). L'initiative de cette résurrection en 1980 vient de Du Cann qui demeure persuadé que le groupe aurait poursuivi son ascension s'il était resté sur la lancée du fameux Death Walks Behind You (1970). L'apogée de la nouvelle vague du heavy metal britannique est pour lui l'occasion idéale de faire à nouveau hurler ce hard rock habité par un groove maléfique. Son ancien camarade claviériste relève non seulement le défi mais le laisse aussi composer la majorité des titres, ce que le Religionnaire attribue autant à un élan dépressif qu'aux leçons tirées du passé.

Si l'album éponyme reste un excellent moyen de symboliser un nouveau départ, il ne garantit pas pour autant sa réussite, même si l'animal semble ici particulièrement fringuant. Il suffit pourtant de se pencher ne serait ce que quelques minutes sur la musique pour constater à quel point cette rénovation du coq atomique est remarquable. L'exploit réalisé par cette reformation résulte en grande partie d'un admirable compromis entre les premiers ébats du hard rock et son évolution jusqu'à la fin des années soixante-dix. Tout en rendant un merveilleux hommage à leurs combinaisons riff & groove d'antan, Du Cann et Crane y injectent de façon subtile et inspirée quelques doses de punk dont la posologie peut varier énormément d'un titre à l'autre. Une pièce de metal sombre et menaçante telle que l'implacable "In the Shadow" peut ainsi précéder une tornade punk minimaliste et enjouée comme l'est "Do You Know Who's Looking for You". Si le guitariste John Du Cann, de par sa polyvalence impressionnante, parait être le principal artisan de la réussite de cette improbable cohabitation, Vincent Crane n'en est pas moins responsable. Ses ritournelles funky constituent en réalité le véritable trait d'union entre des styles musicaux qui ne partagent que la rudesse. Cette rudesse est d'autant plus admirable que le trio joue sans véritable bassiste, Crane se chargeant des lignes de basse avec sa main gauche comme à la grande époque. Ce cocktail survitaminé mêlant hard rock, punk et funk survient trop tardivement pour apporter au groupe le triomphe qu'il n'a jamais vraiment su gagner. Cet effort valeureux permet cependant au coq de garder la tête haute dix ans après ses premiers cris...


Free Hand
Free Hand
Proposé par EliteDigital FR
Prix : EUR 24,95

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 7 janvier 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Free Hand (CD)
Malgré le succès plutôt réjouissant et encourageant de The Power and the Glory aux États-Unis, les relations entre le groupe et sa maison de disques se dégradent. A l'issue une bataille onéreuse et éprouvante, Gentle Giant parvient à se libérer de son contrat pour rejoindre son frère médiéval Jethro Tull au sein de Chrysalis. Tout en poursuivant son évolution vers une musique plus conciliante, la formation célèbre ce nouveau départ avec un retour en force des mélodies et sonorités moyenâgeuses. Ainsi, bien que Free Hand soit jusque-là l'effort le plus accommodant proposé par le collectif, il s'affirme également comme le plus attachant de par la conservation flamboyante des cocasseries de ménestrel et autres pittoresques élaborations d'époque. Le titre "Just the Same" qui en reste l'échantillon le plus simplifié, le plus direct, est basé sur un groove dont les délicieuses saccades s'évertuent encore et toujours à illustrer la singularité du groupe. Ceci n'empêche pas ces virevoltants accords de piano de se révéler particulièrement attrayants, de façon immédiate mais aussi prolongée malgré leur redondance. S'il peut ici être question de vulgarisation, il ne s'agit absolument pas de compromission. Gentle Giant se rend effectivement plus accessible sans jamais au grand jamais renier ses principes et ambitions artistiques.

Le reste du disque navigue dans un délicieux cocktail de hard rock et de musique médiévale, les deux courants étant plus ou moins mêlés suivant les titres. "Free Hand" offre ainsi un rock lourd, puissant et implacable sur lequel sont scandées les mésaventures vécues avec l'ancien label. Outre ses passages dominés par les riffs s'individualisent de délicats interludes jazzy plus légers, offrant à ce titre d'impressionnants contrastes entre force et subtilité. Le final "Mobile" semble construit selon les mêmes principes pour un résultat presque aussi savoureux et légèrement plus alambiqué, du fait de la multiplicité des mélodies ainsi que des nombreuses cassures et autres contretemps. Les passages médiévaux sont de loin les plus nombreux, mais également les plus passionnants selon le Religionnaire. Le parfois nébuleux "His Last Voyage" et le très attachant "Talybont" demeurent de véritables petites merveilles de troubadours, affichant de réelles prouesses mélodiques et un éclatant génie du remaniement perpétuel, en somme ce que le rock progressif peut offrir de plus admirable. "On Reflection" est quant à lui à considérer l'une des prestations les plus mémorables de la formation depuis ses débuts. Sa première partie a capella, initialement collective, à l'unisson puis en canon, avant un chant solitaire magnifique, constitue une véritable splendeur à laquelle aucun mélomane ne peut rester indifférent. L'apport instrumental ultérieur et final propulse lui une fugue rock effrénée aussi délirante qu'irrésistible, consacrant ce titre parmi les sommets religionnariens. Grâce à cet adorable Free Hand, le groupe pénètre pour la première fois au sein des cinquante premières places du classement américain. Avec cet effort admirable, le dernier avant son déclin, Gentle Giant prouve de la meilleure manière qu'en matière de rock, il est possible d'être à la fois populaire et avant-gardiste.


If I Were Britannia I'd Waive
If I Were Britannia I'd Waive
Prix : EUR 22,53

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 1 janvier 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : If I Were Britannia I'd Waive (CD)
Après cinq années d'existence et autant d'albums studio, le bilan n'est visiblement pas aussi glorieux que le trio l'espérait. Malgré sa singularité et son talent indéniable, Budgie n'a pu se hisser en termes de popularité aux cotés des plus illustres pionniers du rock lourd. Plutôt que d'entamer sa douloureuse remise en question, le trio choisit de pointer du doigt les insuffisances de sa maison de disque. MCA n'aurait apparemment pas assez investi dans la promotion et l'exposition du groupe, refusant notamment d'organiser la moindre tournée aux États-Unis. En signant chez A&M, les trois musiciens se voient ainsi garantir cette escapade transatlantique, mais d'autres problèmes ne peuvent ainsi être fuis ou résolus par de simples contrats. Pour commencer, l'ambiance en studio n'est plus aussi réjouissante et stimulante que par le passé, principalement en raison de problèmes personnels. Le guitariste Tony Bourge commence à montrer des signes de lassitude et, de même que ses deux compères, doit faire face à une véritable pénurie d'inspiration. A titre indicatif, pour la première fois, le trio rentre en studio avec seulement deux ou trois titres et en ressort sans le moindre déchet. Cette fatigue dépressive se ressent bien évidemment à l'écoute de ce If I Were Brittania, I'd Waive the Rules, un album dont le titre est récupéré sur le courrier d'une admiratrice australienne.

Pourtant loin d'être désagréable, le hard rock de Budgie régresse ici incontestablement en puissance et en lourdeur. Les sonorités ramollies et desséchées sont de plus renforcées par une production médiocre, le tout peinant à masquer une grande inconsistance en termes de riffs. Bien que le trio approfondisse sa double orientation boogie funk entamée sur l'album précédent, il ne parvient à faire oublier ces insuffisances et n'aboutit la plupart du temps qu'à un groove d'albinos ou un boogie imberbe. Les deux moments forts sont l'étrange titre éponyme et le long "Black Velvet Stallion". Le premier découle probablement d'un sursaut d'inspiration de Tony Bourge qui y dévoile un de ces riffs farfelus dont il a le secret. Après sa création à tendance flamenco de l'album précédent, celle-ci apparait comme un échantillon de jazz-rock appuyé plutôt séduisant. "Black Velvet Stallion" se veut quant à lui à la fois imposant, expérimental et atmosphérique, mais peine à offrir les ingrédients sonores d'ambiance nécessaires au décollage et à son évolution en profondeur. De nature déjà très épuré, un rock planant, aussi lourd soit il, lorsque dégarni de tout artifice d'envoutement, fournit un minimalisme incompatible avec une durée de plus de huit minutes, d'autant plus que l'unique riff disponible est lui aussi très primitif. Sans réelle progression, ce titre ne fait que tourner sur lui-même, à l'image de cet album gentil mais maussade où l'inspiration et l'audace semblent anesthésiées par la dépression collective.


Rock N Roll Machine [Remastere
Rock N Roll Machine [Remastere
Prix : EUR 15,71

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Religionnaire - Destination Rock, 1 janvier 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Rock N Roll Machine [Remastere (CD)
Le trio conserve sur ce second album une approche très éclectique et transatlantique du hard rock. Plus encore que son prédécesseur, ce Rock & Roll Machine semble construit selon le modèle des albums de Rush, partagé entre des titres courts, directs, et d'autres plus étalés et sophistiqués. S'il peut paraitre étrange qu'un groupe canadien émerge aux États-Unis à partir du Texas, cet itinéraire insolite apparait beaucoup plus logique après l'écoute de ses deux premiers efforts, notamment celui-ci. Sa forte teneur en boogie, un hommage évident sur le remuant "Little Texas Shaker" ainsi que la reprise du "Rocky Mountain Way" de Joe Walsh ne peuvent que séduire la majorité des garçons vachers et autres rois du pétrole. Sans s'avérer particulièrement novateur en matière de rock lourd, Triumph fournit une fois de plus une série de riffs particulièrement inspirés et exécutés de façon franche et limpide par le guitariste Rik Emmet. Ce dernier se distingue par ailleurs en propulsant quelques soli absolument prodigieux, notamment celui du titre éponyme qui se déploie sur plusieurs minutes sans jamais lasser un Religionnaire pourtant très exigent à ce niveau.

Les compositions plus longues et détaillées témoignent également de nets progrès en matière de savoir faire. Le flamboyant "The City" dont les trois parties s'étalent sur presque dix minutes n'apparait pas non plus comme révolutionnaire. Le premier segment court et imposant est basé sur "Mars" des Planètes de Gustav Holst (Budgie l'a déjà fait mais d'autres le feront aussi plus tard) avant qu'Emmet ne reprenne "Asturias" d'Isaac Albéniz sur le second à la guitare acoustique (les Doors l'ont déjà fait sur "Spanish Caravan"). Ceci n'empêche pas ce titre admirable de rester attrayant de bout en bout et d'offrir un dénouement excitant et poignant dont le riff très véloce annonce une fois de plus la nouvelle vague du heavy metal de l'autre coté de l'Atlantique. La double fresque "New York City Streets" se présente aussi d'emblée comme très théâtrale et s'avère tout aussi palpitante. La ballade initiale est réellement émouvante, bien que parfois à la limite du mielleux, alors que la seconde partie, qui survient après un rapide interlude jazzy, dévoile une belle petite collection de riffs et un refrain scandé absolument imparable. Sans réellement marquer l'histoire du hard rock ni contribuer à son évolution, Rock & Roll Machine demeure une véritable petite merveille du genre, fraiche, audacieuse et particulièrement attachante. Ce disque ouvre la voie d'une longue et riche carrière pour le trio canadien et demeure aujourd'hui et d'après le Religionnaire son véritable sommet.


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