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Contenu rédigé par Présence
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BATGIRL tome 2
BATGIRL tome 2
par Collectif
Edition : Relié
Prix : EUR 15,00

4.0 étoiles sur 5 Batgirl et les autres habitants de Gotham, 27 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : BATGIRL tome 2 (Relié)
Ce tome fait suite à Bienvenue à Burnside (épisodes 1 à 6) qu'il faut avoir lu avant pour reconnaître les personnages. Il comprend les épisodes 41 à 45, les 8 pages du Sneak Peek et le numéro annuel 3, initialement parus en 2015, coécrits par Cameron Stewart et Brenden Fletcher. Babs Tarr a dessiné le Sneak Peek et les épisodes 41 à 43, avec des crayonnés de Jake Wyatt & Michel Lacombe pour l'épisode 42, et l'aide Juan Castro pour l'épisode 43. Serge Lapointe a réalisé la mise en couleurs des épisodes 41 à 45. Les épisodes 44 et 45 sont dessinés et encrés par Bengal. Le numéro annuel 3 comprend 4 épisodes, chaque partie étant dessinée par un artiste différent : Bengal (Grayson), David Lafuente (Spoiler), Ming Doyle (Batwoman), Mingjue Helen Chen (Maps & Olive).

Sneak Peek - Batgirl intervient dans un jeu vidéo de plateforme, transposé dans la réalité pour donner une leçon aux 2 programmeurs. Épisode 41 & 42 - Batgirl intervient dans un manoir abandonné pour interrompre une cérémonie du culte Hooq. Elle quitte rapidement les lieux quand Batman intervient. Il s'agit de la version du personnage portant une armure, car James Gordon remplit le rôle de Batman en l'absence de Bruce Wayne. Mais cette cérémonie a permis le retour d'une supercriminelle : Livewire (Leslie Willis). Batman et Batgirl se retrouvent face à face en essayant d'arrêter Livewire.

Annuel 3 - Batgirl est sur la piste d'un criminel appelé Gladius. Elle va croiser successivement la route d'Helena Bertinelli (Matron / Director, travaillant en tandem avec Grayson), puis de Spoiler (Stephanie Brown), de Batwoman (Kate Kane) et de Maps & Olive (les héroïnes de la série de Gotham Academy, voir Le secret des Cobblepot).

Épisodes 43 & 44 - Une criminelle appelée Velvet Tiger (Lani Gilbert) lâche un tigre sur des analystes programmeurs, un par un. Batgirl réussit à remonter la piste jusqu'à sa base d'opérations. Mais elle trouve que son amie Frankie Charles prend trop de risques sur le terrain, plutôt que de rester en arrière pour la guider par téléphone. Épisode 45 - Alysia Yeoh et Jo se marient, et Barbara Gordon est dame d'honneur. Elle a invité Luke Fox comme cavalier. Quelques dizaines de minutes avant la cérémonie, Dick Grayson fait son apparition et demande quelques minutes de son temps à Barbara qui est dépositaire de l'une des alliances.

Dans le tome précédent, Barbara Gordon avait connu un changement de situation radicale, puisqu'elle avait changé de logement (déménageant dans un quartier situé de l'autre côté de la rivière qui coule à Gotham) et changé de scénariste, Gail Simone s'en allant vers d'autres séries. Le premier tome nouvelle mouture avait polarisé le lectorat, certains appréciant le vent de fraîcheur apportant une bonne humeur bienvenue, d'autres estimant que les auteurs utilisaient trop de conventions de récit pour filles, de manière trop ouverte et un peu racoleuse. Dès le Sneak Peek, le lecteur constate que les auteurs n'ont pas changé leur fusil d'épaule. Batgirl est dans un jeu de plateforme grandeur nature, reprenant tous les codes d'un jeu vidéo de ce type, elle fait des moues, et elle dispose même d'un marteau géant lors d'un Power-up. Au vu du sommaire, le lecteur remarque également que le programme est un peu éclectique, car il ne s'agit pas d'une histoire complète sur 6 épisodes, mais plutôt d'aventures reliées entre elles par le personnage principal, avec des sous-intrigues très ténues.

Le Sneak Peek est donc une aventure détendue et rigolote, divertissante mais qu'il n'est pas possible de prendre au sérieux. Les co-auteurs expliquent que ces programmeurs de jeu vidéo ont décidé de prouver avec leur fortune que la simulation la plus efficace reste de recréer leur jeu dans le réel. Babs Tarr réalise des dessins très vivants, avec de belles moues de Batgirl, et un choix de couleurs pop rendant la narration encore plus amusante.

Les 3 épisodes suivants (41, 42 et annuel 3) sont donc placés sous le signe de l'interaction avec le reste de Gotham. Premier sur la liste : James Gordon, à la fois le père de Barbara, mais aussi le nouveau Batman qui est devenu un officier de police, avec une caméra embarquée qui ne laisse pas beaucoup de latitude à Gordon. Stewart et Fletcher vont chercher une supercriminelle sans beaucoup d'épaisseur, pour justifier de l'intervention de Batman. Alors que Batgirl et Batman se retrouvent isolés sur un toit, il s'engage une conversation malaisée qui dispose d'un pendant dans le deuxième épisode. Les auteurs mettent en scène une étrange partie de cache-cache entre James et Barbara, l'une connaissant l'identité secrète de l'autre, mais pas réciproquement. Ce positionnement donne finalement l'avantage à Batgirl qui dispose de plus d'expérience de superhéros que son père, pour des réparties malicieuses et le travail de superhéros.

Babs Tarr illustre ses épisodes avec sa verve habituelle : une Batgirl courant et bondissant, des expressions de visages un peu exagérées pour mieux montrer sa détermination, ou parfois sa détresse. Elle prend soin de représenter les arrière-plans de manière très régulière, pour que le lecteur puisse constater où se déroule chaque scène. Elle représente les personnes et les endroits avec un petits degré de simplification (mais sans sacrifier les détails), dans des dessins très agréables à regarder, capables de séduire aussi bien de jeunes lecteurs que des lecteurs plus âgés.

L'interaction avec les autres héros de Gotham continue dans le numéro annuel 3. Bengal dessine 18 pages pleines de mouvement (heureusement car le scénario repose sur une longue course-poursuite dans un immeuble). Il accentue un peu l'apparence sèche des murs du bâtiment, en utilisant des traits plus secs. Il conserve la légère exagération des expressions de Batgirl (yeux un peu plus grands, bouche très ouverte), gardant ainsi son côté juvénile. Les acrobaties sont vives et bien enchaînées. Les coscénaristes s'amusent à organiser de savants chassés-croisés, et intègrent la petite blague récurrente sur le postérieur de Grayson, de manière discrète et légère. David Lafuente dessine les 5 pages suivantes dans lesquelles Batgirl croise Spoiler. Les images sont moins vivantes, avec un décalage entre les expressions des visages (toujours exagérées) et le côté plus réaliste de leur tenue et des décors.

Batgirl croise ensuite Batwoman pendant 6 pages, avec des dessins assez laids, et une rencontre gratuite au possible, faisant ressortir que cette version de Batgirl n'est pas compatible avec l'univers plus sombre et plus sérieux de Kate Kane. Le contraste avec les 13 pages suivantes est encore plus saisissant, car cette fois-ci Batgirl est amenée à collaborer avec des demoiselles plus jeunes qu'elles, avec des dessins à destination de jeunes lecteurs, réalisés à l'infographie, avec un travail très élaboré d'intégration des couleurs et des formes. Le jeune lecteur est aux anges, le lecteur plus âgé peut apprécier la qualité de la narration.

Le tome reprend avec les 3 épisodes suivants de la série mensuelle. Les épisodes 43 & 44, ressortent de la naphtaline une ancienne criminelle créée dans les années 1980 et apparu dans un épisode de Detective Comics. Les scénaristes ont conçu une intrigue bien construite, assez linéaire, permettant de montrer Batgirl se battant contre des tigres, et de la faire interagir avec les personnages secondaires de la série qui soit lui viennent en aide, soit risquent de se retrouver comme victimes de Velvet Tiger. Le rythme est rapide, les rebondissements sont nombreux, mais les personnages ne présentent pas beaucoup d'épaisseur. Babs Tarr éprouve quelques difficultés à tenir le rythme, ses cases devenant moins travaillées. Bengal prend sa suite dans le deuxième épisode, avec des dessins très dynamiques, mais également une attention aux décors fluctuantes.

Le dernier épisode change encore de rythme, puisqu'il s'agit d'une cérémonie de mariage et d'une discussion à cœur ouvert entre Barbara Gordon et Dick Grayson. Babs Tarr est de retour pour des dessins où elle s'en donne à cœur joie dans le rose, le mignon, et les détails féminins des ultimes préparatifs pour la cérémonie. La narration visuelle est à l'unisson du récit, et donne corps aux petits détails, ainsi qu'à l'entraide matérielle et psychologique, avec par exemple une page d'ouverture irrésistible dans laquelle le pragmatisme de Barbara et sa prévoyance brillent par leur efficacité. Les auteurs prennent enfin le temps de s'intéresser aux personnages avec une sensibilité appréciable.

L'unité de ce deuxième tome des aventures de Batgirl, avec une sensibilité plus féminine et plus jeune, s'avère moins forte que le celle du premier. Les auteurs ont pris le parti d'établir des liens avec ce qui passe ailleurs à Gotham, de manière organique, mais pas complètement intégrée. Les opposants à Batgirl sont plus anecdotiques, et sans lien direct avec le thème générique de la jeunesse, diminuant ainsi la pertinence de leur participation et la thématique de la série. Les dessins de Babs Tarr sont toujours aussi agréables et adaptés à l'héroïne. La narration visuelle de Bengal révèle toute sa saveur dans la course-poursuite de l'épisode annuel. 4 étoiles pour un tome un peu hétérogène, oubliant parfois la personnalité des protagonistes.


Batgirl Vol. 2.
Batgirl Vol. 2.
par Cameron Stewart
Edition : Broché
Prix : EUR 15,88

4.0 étoiles sur 5 Batgirl et les autres habitants de Gotham, 27 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Batgirl Vol. 2. (Broché)
Ce tome fait suite à [[1401257984 The Batgirl of Burnside]] (épisodes 1 à 6) qu'il faut avoir lu avant pour reconnaître les personnages. Il comprend les épisodes 41 à 45, les 8 pages du Sneak Peek et le numéro annuel 3, initialement parus en 2015, coécrits par Cameron Stewart et Brenden Fletcher. Babs Tarr a dessiné le Sneak Peek et les épisodes 41 à 43, avec des crayonnés de Jake Wyatt & Michel Lacombe pour l'épisode 42, et l'aide Juan Castro pour l'épisode 43. Serge Lapointe a réalisé la mise en couleurs des épisodes 41 à 45. Les épisodes 44 et 45 sont dessinés et encrés par Bengal. Le numéro annuel 3 comprend 4 épisodes, chaque partie étant dessinée par un artiste différent : Bengal (Grayson), David Lafuente (Spoiler), Ming Doyle (Batwoman), Mingjue Helen Chen (Maps & Olive).

Sneak Peek - Batgirl intervient dans un jeu vidéo de plateforme, transposé dans la réalité pour donner une leçon aux 2 programmeurs. Épisode 41 & 42 - Batgirl intervient dans un manoir abandonné pour interrompre une cérémonie du culte Hooq. Elle quitte rapidement les lieux quand Batman intervient. Il s'agit de la version du personnage portant une armure, car James Gordon remplit le rôle de Batman en l'absence de Bruce Wayne. Mais cette cérémonie a permis le retour d'une supercriminelle : Livewire (Leslie Willis). Batman et Batgirl se retrouvent face à face en essayant d'arrêter Livewire.

Annuel 3 - Batgirl est sur la piste d'un criminel appelé Gladius. Elle va croiser successivement la route d'Helena Bertinelli (Matron / Director, travaillant en tandem avec Grayson), puis de Spoiler (Stephanie Brown), de Batwoman (Kate Kane) et de Maps & Olive (les héroïnes de la série de Gotham Academy, voir Welcome to Gotham Academy).

Épisodes 43 & 44 - Une criminelle appelée Velvet Tiger (Lani Gilbert) lâche un tigre sur des analystes programmeurs, un par un. Batgirl réussit à remonter la piste jusqu'à sa base d'opérations. Mais elle trouve que son amie Frankie Charles prend trop de risques sur le terrain, plutôt que de rester en arrière pour la guider par téléphone. Épisode 45 - Alysia Yeoh et Jo se marient, et Barbara Gordon est dame d'honneur. Elle a invité Luke Fox comme cavalier. Quelques dizaines de minutes avant la cérémonie, Dick Grayson fait son apparition et demande quelques minutes de son temps à Barbara qui est dépositaire de l'une des alliances.

Dans le tome précédent, Barbara Gordon avait connu un changement de situation radicale, puisqu'elle avait changé de logement (déménageant dans un quartier situé de l'autre côté de la rivière qui coule à Gotham) et changé de scénariste, Gail Simone s'en allant vers d'autres séries. Le premier tome nouvelle mouture avait polarisé le lectorat, certains appréciant le vent de fraîcheur apportant une bonne humeur bienvenue, d'autres estimant que les auteurs utilisaient trop de conventions de récit pour filles, de manière trop ouverte et un peu racoleuse. Dès le Sneak Peek, le lecteur constate que les auteurs n'ont pas changé leur fusil d'épaule. Batgirl est dans un jeu de plateforme grandeur nature, reprenant tous les codes d'un jeu vidéo de ce type, elle fait des moues, et elle dispose même d'un marteau géant lors d'un Power-up. Au vu du sommaire, le lecteur remarque également que le programme est un peu éclectique, car il ne s'agit pas d'une histoire complète sur 6 épisodes, mais plutôt d'aventures reliées entre elles par le personnage principal, avec des sous-intrigues très ténues.

Le Sneak Peek est donc une aventure détendue et rigolote, divertissante mais qu'il n'est pas possible de prendre au sérieux. Les co-auteurs expliquent que ces programmeurs de jeu vidéo ont décidé de prouver avec leur fortune que la simulation la plus efficace reste de recréer leur jeu dans le réel. Babs Tarr réalise des dessins très vivants, avec de belles moues de Batgirl, et un choix de couleurs pop rendant la narration encore plus amusante.

Les 3 épisodes suivants (41, 42 et annuel 3) sont donc placés sous le signe de l'interaction avec le reste de Gotham. Premier sur la liste : James Gordon, à la fois le père de Barbara, mais aussi le nouveau Batman qui est devenu un officier de police, avec une caméra embarquée qui ne laisse pas beaucoup de latitude à Gordon. Stewart et Fletcher vont chercher une supercriminelle sans beaucoup d'épaisseur, pour justifier de l'intervention de Batman. Alors que Batgirl et Batman se retrouvent isolés sur un toit, il s'engage une conversation malaisée qui dispose d'un pendant dans le deuxième épisode. Les auteurs mettent en scène une étrange partie de cache-cache entre James et Barbara, l'une connaissant l'identité secrète de l'autre, mais pas réciproquement. Ce positionnement donne finalement l'avantage à Batgirl qui dispose de plus d'expérience de superhéros que son père, pour des réparties malicieuses et le travail de superhéros.

Babs Tarr illustre ses épisodes avec sa verve habituelle : une Batgirl courant et bondissant, des expressions de visages un peu exagérées pour mieux montrer sa détermination, ou parfois sa détresse. Elle prend soin de représenter les arrière-plans de manière très régulière, pour que le lecteur puisse constater où se déroule chaque scène. Elle représente les personnes et les endroits avec un petits degré de simplification (mais sans sacrifier les détails), dans des dessins très agréables à regarder, capables de séduire aussi bien de jeunes lecteurs que des lecteurs plus âgés.

L'interaction avec les autres héros de Gotham continue dans le numéro annuel 3. Bengal dessine 18 pages pleines de mouvement (heureusement car le scénario repose sur une longue course-poursuite dans un immeuble). Il accentue un peu l'apparence sèche des murs du bâtiment, en utilisant des traits plus secs. Il conserve la légère exagération des expressions de Batgirl (yeux un peu plus grands, bouche très ouverte), gardant ainsi son côté juvénile. Les acrobaties sont vives et bien enchaînées. Les coscénaristes s'amusent à organiser de savants chassés-croisés, et intègrent la petite blague récurrente sur le postérieur de Grayson, de manière discrète et légère. David Lafuente dessine les 5 pages suivantes dans lesquelles Batgirl croise Spoiler. Les images sont moins vivantes, avec un décalage entre les expressions des visages (toujours exagérées) et le côté plus réaliste de leur tenue et des décors.

Batgirl croise ensuite Batwoman pendant 6 pages, avec des dessins assez laids, et une rencontre gratuite au possible, faisant ressortir que cette version de Batgirl n'est pas compatible avec l'univers plus sombre et plus sérieux de Kate Kane. Le contraste avec les 13 pages suivantes est encore plus saisissant, car cette fois-ci Batgirl est amenée à collaborer avec des demoiselles plus jeunes qu'elles, avec des dessins à destination de jeunes lecteurs, réalisés à l'infographie, avec un travail très élaboré d'intégration des couleurs et des formes. Le jeune lecteur est aux anges, le lecteur plus âgé peut apprécier la qualité de la narration.

Le tome reprend avec les 3 épisodes suivants de la série mensuelle. Les épisodes 43 & 44, ressortent de la naphtaline une ancienne criminelle créée dans les années 1980 et apparu dans un épisode de Detective Comics. Les scénaristes ont conçu une intrigue bien construite, assez linéaire, permettant de montrer Batgirl se battant contre des tigres, et de la faire interagir avec les personnages secondaires de la série qui soit lui viennent en aide, soit risquent de se retrouver comme victimes de Velvet Tiger. Le rythme est rapide, les rebondissements sont nombreux, mais les personnages ne présentent pas beaucoup d'épaisseur. Babs Tarr éprouve quelques difficultés à tenir le rythme, ses cases devenant moins travaillées. Bengal prend sa suite dans le deuxième épisode, avec des dessins très dynamiques, mais également une attention aux décors fluctuantes.

Le dernier épisode change encore de rythme, puisqu'il s'agit d'une cérémonie de mariage et d'une discussion à cœur ouvert entre Barbara Gordon et Dick Grayson. Babs Tarr est de retour pour des dessins où elle s'en donne à cœur joie dans le rose, le mignon, et les détails féminins des ultimes préparatifs pour la cérémonie. La narration visuelle est à l'unisson du récit, et donne corps aux petits détails, ainsi qu'à l'entraide matérielle et psychologique, avec par exemple une page d'ouverture irrésistible dans laquelle le pragmatisme de Barbara et sa prévoyance brillent par leur efficacité. Les auteurs prennent enfin le temps de s'intéresser aux personnages avec une sensibilité appréciable.

L'unité de ce deuxième tome des aventures de Batgirl, avec une sensibilité plus féminine et plus jeune, s'avère moins forte que le celle du premier. Les auteurs ont pris le parti d'établir des liens avec ce qui passe ailleurs à Gotham, de manière organique, mais pas complètement intégrée. Les opposants à Batgirl sont plus anecdotiques, et sans lien direct avec le thème générique de la jeunesse, diminuant ainsi la pertinence de leur participation et la thématique de la série. Les dessins de Babs Tarr sont toujours aussi agréables et adaptés à l'héroïne. La narration visuelle de Bengal révèle toute sa saveur dans la course-poursuite de l'épisode annuel. 4 étoiles pour un tome un peu hétérogène, oubliant parfois la personnalité des protagonistes.


Grant Morrison présente Batman, Tome 3 : Nouveaux Masques
Grant Morrison présente Batman, Tome 3 : Nouveaux Masques
par Grant Morrison
Edition : Album
Prix : EUR 22,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Un nouveau Gotham pour un nouveau duo dynamique, 26 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Grant Morrison présente Batman, Tome 3 : Nouveaux Masques (Album)
Ce tome comprend les épisodes 1 à 9 de la série Batman & Robin, initialement parus en 2009/2010, tous écrits par Grant Morrison.

-
- Batman reborn (épisodes 1 à 3) - Monsieur Toad (on dirait vraiment une grenouille anthropomorphe) conduit sa voiture vintage à toute allure dans Gotham, avec ses 2 sbires à l'arrière en train de canarder leurs poursuivants. Cet équipage bizarre se fait doubler par une Batmobile flambant neuve. Batman utilise les gadgets de la voiture. Monsieur Toad finit en prison. Batman et Robin ont décidé de quitter Wayne Manor pour s'installer à Gotham avec Alfred, et une installation souterraine gigantesque avec sortie dans des entrepôts désaffectés. Dans cette histoire, Batman et Robin doivent mettre fin aux agissements d'un criminel sadique qui pose des peaux synthétiques sur le visage de ses victimes pour mieux les asservir.

Revenge of the Red Hood (épisodes 4 à 6) - Il y a un nouveau duo dynamique à Gotham, un encore plus récent que les nouveaux Batman et Robin : Red Hood et Scarlet. Red Hood a constaté que le taux d'efficacité de Batman et Robin est faible, il offre une alternative plus rentable aux citoyens de Gotham. Ça tombe bien : un nouveau tueur à gages sévit à Gotham, il s'appelle Pink Flamingo (flamand rose. Si c'est possible ! il s'appelle vraiment comme ça).

Le changement d'identité des individus sous la cagoule de Batman et derrière le loup noir de Robin s'accompagne d'un changement de paradigme dans leurs aventures. Gotham prend des couleurs vives sous les néons voyants, les monstres du cirque sont de retour en ville, les assassins s'habillent en rose, mais la noirceur de l'âme humaine perdure. Grant Morrison continue de secouer la poussière du personnage de Batman. Il n'est pas indispensable d'avoir lu les tomes précédents pour apprécier ses aventures. Plus que dans Batman and Son, il est possible d'apprécier ces histoires sans se soucier de leur place dans un puzzle plus complexe ; Morrison a tout fait pour une accessibilité maximale et un plaisir immédiat. Les relations entre Batman et Robin sont quasiment inversées avec un effet de fraîcheur très agréable. Alfred est sarcastique juste ce qu'il faut, sans être cynique. Le professeur Pyg est vraiment dérangeant avec son masque de cochon. Morrison bouscule Batman et Robin avec son idée de rentabilité et de benchmarking par rapport à une justice plus expéditive. Et les séquences d'action vont à toute vitesse, avec un grand sens du spectacle. Il utilise peu de personnages habituels à part Alfred Pennyworth, Oswald Cobblepot et des allusions à Lucius Fox. Le nouveau personnage Oberon Sexton est vraiment très intriguant.

La première partie est illustrée par Frank Quitely dont je ne suis pas un grand fan. Mais là, il est exactement sur la même longueur d'onde que Morrison et la brièveté du projet (3 épisodes) lui permet de maintenir un excellent niveau de qualité presque tout au long (mis à part quelques cases de la largeur de la page avec juste une tête en train de parler au milieu, sans aucun décor). Les nouveaux costumes de Batman et Robin sont juste parfaits. Le langage corporel de l'un et l'autre en dit plus long que leurs discours (avec une influence perceptible des postures à la The Dark Knight Returns perceptible et très agréable). Enfin Quitely sait transmettre l'aspect bizarre, décadent et obscène du professeur Pyg avec une grande efficacité. Seul regret : la mise en couleurs d'Alex Sinclair bave d'une teinte à l'autre comme s'il utilisait un vieux logiciel tout pourri.

Par comparaison, le style de Philip Tan semble plus convenu, nettement moins inventif et un peu moins dynamique, un peu trop noir et quelques pages totalement dépourvues de décors. Ce n'est quand même pas une catastrophe : l'encrage appuyé permet de bien mettre en évidence l'horreur des atrocités commises. Les scènes d'action sont rapides et précises et Scarlet est encore plus effrayante et dérangeante que dans la première partie.

Grant Morrison propose au lecteur 2 histoires rapides liées entre elles, mais accessibles à tous les lecteurs. Les nouvelles identités de Batman et Robin renouvellent la nature de leur relation. Morrison est toujours aussi inventif en termes d'ambiance et de méchants très méchants. La première partie est visuellement magnifique grâce à Frank Quitely très en forme et en osmose avec le scénariste.

Bien sûr, le lecteur devine que ces 2 affrontements font partie d'un ensemble plus vaste et d'une intrigue plus globale.

-
- Blackest Night (épisodes 7 à 9) - Dick Grayson (ex-Robin, ex-Nightwing) ne s'avoue pas vaincu ; Tim Drake (ex-Robin, actuel Red Robin) a réussi à convaincre Grayson que Bruce Wayne n'est peut-être pas mort. Grayson tente une solution risquée : plonger le corps de Bruce Wayne dans un puits de Lazare (Lazarus Pit, marque déposée par Ra's al Ghul). Il a réussi à en localiser un en Angleterre et il a requis l'aide de Cyril Sheldrake et Beryl Hutchinson (Knight & Squire). Tout ne se passe pas comme prévu, ils se retrouvent face à la pègre locale (avec des représentants hauts en couleur).

Ces 3 épisodes sont illustrés par Cameron Stewart. Grant Morrison explore l'idée que Dick Grayson ne peut passer à coté d'une solution permettant de ramener Bruce Wayne à la vie. Mais l'histoire est vraiment laborieuse et peu intéressante, malgré les méchants très anglais et les autres membres de la famille Batman. Je comprends bien que ce type de solution miraculeuse devait être évoqué à un moment ou à un autre. Mais Morrison empile des morceaux de scénario qui ont bien du mal à s'amalgamer pour former une histoire, bien qu'il s'agisse de morceaux de choix. Et le coup de théâtre lié à une deuxième utilisation du puits apparaît aussi inconséquent que gratuit.

Cameron Stewart commence bien dans le premier épisode. Ces personnages ont un très léger coté exagéré qui leur va bien. Il fait attention aux décors pour qu'ils soient suffisamment consistants. La partie de dominos évoquent la partie de carte du début de R.I.P. dans une cellule bien sombre. L'entrée dans la mine est nimbée d'étrangeté et de détails sur les étais consolidant le tunnel. Et puis au fil des épisodes, les décors vont en se simplifiant pour disparaître sur plusieurs pages. Soit il n'a pas eu assez de temps pour terminer, soit il s'est désintéressé de l'histoire. En tout état de cause, le résultat est indigne de Morrison et de Stewart. 3 étoiles.


Quarantine Zone
Quarantine Zone
par Daniel H. Wilson
Edition : Relié
Prix : EUR 21,47

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 L'humanité délivrée du virus du mal, 26 mai 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Quarantine Zone (Relié)
Ce tome comprend une histoire complète et indépendante de toute autre, initialement parue en 2016, sans prépublication ou sérialisation. Le scénario est de Daniel H. Wilson, un auteur de science-fiction, ayant par exemple écrit Robopocalyspe ou Où est passée ma combinaison spatiale ?. Les dessins ont été faits par Fernando Pasarin, avec un encrage de Matt Ryan. Pasarin est un dessinateur de comics d'origine espagnole, ayant réalisé des épisodes de Green Lantern Corps, Batgirl, Justice Society of America, etc. La mise en couleurs a été réalisée par Paul Mounts, avec l'aide d'Elmer Santos, Beth Sotelo, et John Starr. La couverture a été réalisée par Massimo Carnevale. Pour les lecteurs un inquiets, l'auteur commence son ouvrage par une page de texte explicitant la situation de départ.

Dans un futur relativement proche, éloigné d'une quarantaine d'années, l'humanité a identifié la source des comportements méchants : un virus baptisé Malnoro (il s'attaque à une zone du cortex préfrontal et la modifie). Ce virus se transmet par contact avec du sang. Il est immédiatement actif et déclenche une crise de violence meurtrière. Un vaccin a été développé qui permet de neutraliser ce virus dans la majeure partie de la population. Les autres sont qualifiés d'incurables et sont rassemblés dans une ville ghetto appelée Quarantine Zone (zone de quarantaine). Pour lutter contre les incurables détectées hors de la zone de quarantaine, le gouvernement a mis en place une police d'intervention appelée Quarantine Zone Enforcement (en abrégé QZE).

Le capitaine Matthew Huxley est responsable d'une équipe d'intervention QZE, composée de Rickey Morelli, Sue Ellen Clover, Kevin Jones, Nora Presley, et Neil Bostanci. Il est placé sous les ordres du commandant Answar. Lors d'une intervention en zone de quarantaine, Kevin Jones est blessé et contracte le virus. Le capitaine Huxley (son ami d'enfance) doit ordonner l'activation de la grenade incendiaire dont sont équipées toutes leurs tenues, qui exécute son porteur. De retour à la base, il décline la proposition du commandant d'intégrer une escouade spéciale. Lors du briefing suivant, le commandant Answar leur présente leur prochaine mission : pénétrer dans la zone de quarantaine pour exécuter Holton Gray, un activiste prônant l'intégration des incurables dans la société.

A priori, le lecteur ne sait pas trop à quoi s'attendre de cette histoire. L'expérience a souvent montré que les écrivains de roman ne font pas automatiquement de bons scénaristes de bandes dessinées, et Fernando Pasarin est un honnête artisan, mais pas un dessinateur de premier plan. Il y a fort à parier que les responsables éditoriaux de DC Comics ont avalisé ce projet dans l'espoir d'attirer l'attention de vrais lecteurs (comprendre des lecteurs de livre sans images) et de capitaliser sur la renommée de l'auteur. Par contre, en feuilletant rapidement l'ouvrage, il constate que les dessins de Pasarin sont d'une minutie impressionnante, évoquant régulièrement le sens du détail de Bryan Hitch sur Ultimates de Mark Millar, ou sur America's got powers.

Cette similitude avec l'approche graphique de Bryan Hitch s'impose comme une évidence dès la quatrième page, avec une vue du ciel d'un quartier de la zone de quarantaine jouxtant le mur de séparation. Il y a cette même façon de représenter les décombres, jusqu’au choix des couleurs. D'ailleurs Paul Mounts a souvent collaboré avec Hitch. L'encrage de Matt Ryan reste confiné dans un registre très précis et méticuleux, sans oser appuyer quelques personnages ou contours comme le fait Paul Neary, l'encreur attitré de Bryan Hitch. Néanmoins cette dernière caractéristique ne constitue pas un défaut car cela permet aux dessins de rester dans un registre réaliste, sans s'envoler vers les exagérations de mouvements ou de prouesses physiques propres aux superhéros.

De la première jusqu'à la dernière page, le lecteur est impressionné par la densité d'informations visuelles. Fernando Pasarin met un point d'honneur à représenter les décors et les environnements dans leur détail, dans la majorité des cases, plus de 90% ce qui est exceptionnel pour un comics. L'effet est saisissant car cette attention portée aux détails et cet investissement permettent au lecteur de se projeter dans ces environnements comme s'il pouvait les toucher. Le dessinateur ne se contente pas de faire du remplissage. Il dessine des vues du ciel, des vues intérieures en collant à la réalité. Il ne remplit pas ses cases de hachures pour aller plus vite, il ne se repose pas sur une technologie générique en toc. Un lecteur un peu tatillon pourrait lui reprocher de dessiner à la manière de Bryan Hitch. Ce serait un peu exagéré, parce que faire du Bryan Hitch sans être ridicule est déjà une belle performance, et qu'en plus Pasarin reste dans un registre plus réaliste, moins exagéré.

Bien évidemment les dessins de l'artiste sont asservis au récit et montre ce que l'intrigue prévoit. Fernando Pasarin a créé des personnages normaux, immédiatement reconnaissables, des environnements urbains très proches du quotidien. Il représente une technologie d'anticipation pas très éloignée de celle actuelle, à l'exception des armures utilisées par les soldats du QZE. Il a intégré des parties flexibles avec des parties rigides et renforcées, pour un résultat peut-être un peu trop propre sur lui. Chaque séquence est d'une grande lisibilité, grâce à une mise en scène adaptée, un dosage étudié des détails pour que chaque case reste lisible. Les metteurs en couleurs travaillent en retrait pour assurer que chaque surface se détache de celle contigüe, sans surcharger le dessin, ou associer trop de couleurs entre elles.

Absorbé et convaincu par l'aspect visuel construit et riche, le lecteur découvre le récit. Le point de départ semble un peu simpliste : une humanité guérie de ses penchants mauvais. D'entrée de jeu, le scénariste utilise une dichotomie bien / mal primaire, et sujette à caution quant aux critères moraux (non explicités bien sûr) qui permettent de distinguer entre le bien et le mal. Pourtant la mise en œuvre du concept est réalisée de manière à éviter de trébucher sur les limites inhérentes à cette éradication du mal dans l'esprit humain. Le lecteur peut même comprendre que des individus continuent à avoir des comportements agressifs (les soldats du QZE) puisqu'ils ne le sont qu'en situation de combat, contre des individus susceptibles de causer des violences, de nuire à la sécurité des citoyens.

Le début du récit est un peu pataud, le scénariste présentant les concepts de manière très explicites et pas à pas pour être sûr de ne perdre aucun lecteur en route, au cas où il aurait affaire avec des individus à la comprenette limitée. D'un autre côté, cela laisse tout loisir au lecteur d'admirer le travail de Pasarin et Ryan. Par la force des choses, l'auteur a recours aux ressorts habituels des romans : relation amoureuse avec proposition de mariage, héros qui doute, incurable non identifié, réalité de la société des incurables, secrets cachés, assaut donné à la Maison Blanche. L'intrigue est déroulée de manière linéaire et chronologique, plusieurs rebondissements et révélations se sentent venir de loin, mais rien de catastrophique.

Par contre le lecteur se rend compte qu'il ne s'attache pas aux personnages. Quand le capitaine Matthew Huxley se prend la tête entre les mains pour pleurer son ami tombé au combat, ou cogne contre son casier pour extérioriser sa rage, le lecteur le voit comme un fait, sans empathie pour le personnage, sans ressentir son émotion. Quand le même Huxley et Nora Presley échangent des confidences et des promesses, il s'agit à nouveau d'une prise d'information, sans grande émotion. Les dialogues restent à un niveau fonctionnel, sans réussir à faire passer la personnalité des protagonistes. Du coup, les ficelles utilisées en termes narratifs restent à nu, et elles apparaissent comme des grosses ficelles en l'absence de personnages incarnés.

Malgré les efforts conséquents, l'investissement sur chaque page et le talent de Fernando Pasarin, Matt Ryan et Paul Mounts le lecteur n'arrive pas à se projeter dans des personnages stéréotypés. Du coup, c'est l'ensemble du récit qui en prend un coup dans l'aile. En l'absence d'accroche émotionnelle, il ne reste plus qu'une intrigue convenue, enchaînant mécaniquement les séquences attendues, du rebelle Holton Gray qui se révèle être progressiste, au commandant Answar qui s'avère être psychorigide. Certes, Daniel H. Wilson a bien pensé à montrer la société qui s'est établie au sein des incurables, mais elle n'a rien de particulier, pas de conséquence liée au virus Malnoro. Sans surprise le récit s'achemine vers des retournements d'allégeance qui n'intéressent plus le lecteur, et vers le principe qu'il n'est pas viable d'exclure une frange de la population pour bâtir une société.

Malgré la formidable prestation graphique de Fernando Pasarin, Matt Ryan et Paul Mounts, le lecteur progresse dans un récit plan-plan, utilisant les ressorts romanesques les plus usuels, sans réussir à faire exister les personnages, pour développer un thème basique.


Grant Morrison présente Batman tome 6
Grant Morrison présente Batman tome 6
par Collectif
Edition : Relié
Prix : EUR 22,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Et tout sera révélé., 25 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Grant Morrison présente Batman tome 6 (Relié)
Ce tome comprend les épisodes 10 à 16 de la série Batman & Robin, ainsi que le numéro spécial Batman - Le retour, initialement parus en 2010. Tous les scénarios sont de Grant Morrison.

Batman vs. Robin (épisodes 10 à 12, dessins d'Andy Clarke) - Damian Wayne préside une réunion au sommet des entreprises Wayne en présence de Lucius Fox, pour expliquer où se produisent les détournements de fonds. Oberon Sexton explique à Batman qu'il enquête sur une série de meurtres qui semblent connectés à un cercle très fermé appelé "Black Glove". Batman et Robin fouillent le Manoir des Wayne avec l'aide d'Alfred Pennyworth, car ils commencent à avoir la conviction que Bruce Wayne a laissé des indices sur son retour. Talia al Ghul met en branle ses manoeuvres pour influencer son fils et lui faire abandonner l'idée de suivre la carrière de son père.

Dès la première scène dans la grande salle de réunion, le lecteur constate que le récit est revenu à l'histoire principale et que le dessinateur a pris le temps nécessaire pour l'apparence des personnages, leur langage corporel (il faut voir Damian Wayne dominer l'assistance malgré son très jeune âge), les décors plein de personnalité, etc. Andy Clarke (aidé par Dustin Nguyen pour le numéro 12) a vraiment pris son temps pour créer des images inspirées : la galerie des portraits dans le manoir des Wayne, l'incroyable bibliothèque des Wayne, la sympathique résidence en bord de mer de Talia, l'aura déconcertante d'Oberon Sexton, etc. Clarke utilise un style avec des lignes très fines et très détaillées qui aboutissent à des résultats clairs et ombrés avec parcimonie. Le travail de mise en couleurs d'Alex Sinclair complète parfaitement les illustrations avec une grande intelligence.

Grant Morrison revient à son histoire en très grande forme. Il réussit à rendre Damian Wayne très sympathique. Talia al Ghul prend une dimension inattendue. Dick Grayson se lance dans une recherche d'indices palpitante. Alfred Pennyworth devient un membre de premier plan de la confrérie, en ayant enfin la possibilité d'utiliser ses nombreux talents qui ne se limitent pas au sarcasme de choix. Et le lecteur découvre qui se cache sous le masque d'Oberon Sexton. Morrison imagine un récit intrigant qui fait appel à plusieurs codes des histoires de Batman, en les utilisant avec intelligence et doigté. 5 étoiles.

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Robin doit mourir (épisodes 13 à 16, dessins de Frazer Irving) - Première page : Thomas Wayne se tient devant les cadavres encore chaud de Martha et Bruce, abattus par un criminel alors qu'ils sortaient du cinéma. Deuxième scène : Doctor Hurt tire une balle dans la nuque de Dick Grayson (en costume de Batman) sous les yeux de Damian Wayne. Le Joker est de retour à Gotham. Le Docteur Pyg avait lâché un virus à retardement avant d'être capturé et l'heure est venue de son activation automatique. Et le commissaire Gordon a été capturé.

Batman : le retour (Illustrations de David Finch) - Bruce Wayne est de retour et il a de grandes idées pour le futur de Batman. Il a donc rassemblé Batman (Dick Grayson), Robin (Damian Wayne), Batgirl (Stephanie Brown), Oracle (Barbara Gordon) et Red Robin (Tim Drake) pour leur expliquer la suite.

Accrochez-vous bien parce que tout va très vite et il faut bien avoir révisé les épisodes précédents. Grant Morrison arrive au dénouement des agissements du Doctor Hurt, le criminel qui avait manigancé le plan machiavélique de R.I.P. et qui joue un rôle important dans Le retour de Bruce Wayne. Cette conclusion est vraiment jouissive parce que le clan Batman reprend enfin le dessus, les explications pleuvent et mettent plusieurs éléments en perspective, les pièces du puzzle s'assemblent pour révéler l'image totale. Il s'agit cependant d'une image compliquée qui nécessite une bonne mémoire. L'action est omniprésente et les enjeux sont élevés.

Cette histoire enlevée et complexe de Grant Morrison bénéficie des illustrations singulières de Frazer Iriving (sauf pour une partie de l'épisode 16 dessinée par Cameron Stewart pas très en forme, et une autre par Chris Burnam, très bien). Il effectue lui-même sa mise en couleurs pour un résultat unique et très intense. Déjà, dans "Le retour de Bruce Wayne", il avait réussi à donner une apparence crédible à Vanishing Point. Ici toutes les idées de Morrison prennent une forme marquante, convaincante et inéluctable. L'impact de la balle dans la nuque de Grayson convainc le lecteur qu'il ne s'agit pas d'un rêve. Le Joker est magnifique dans sa démesure et sa folie de bout en bout, avec une mention spéciale pour ses lunettes rose. La scène où Robin s'en prend au Joker (comme le montre la couverture) dispose d'une intensité qui prend la forme d'un juste retour des choses pour ce qu'il a fait subir à Jason Todd (dans Un deuil dans la famille).

Frazer Irving sait rendre dangereux et répugnant le docteur Pyg qui n'est pourtant qu'un homme un peu gros avec un masque de cochon. Dans la première scène, il dépeint une scène de débauche très parlante en une case, avec simplement les silhouettes suggestives des participants. La personnalité de Damian Wayne transparaît dans un langage corporel qui n'appartient qu'à lui, ainsi que dans les expressions qui animent son visage. Il est incroyable de voir à quel point cet illustrateur magnifie le scénario de Morrison en lui conférant une portée et une crédibilité que bien d'autres auraient été incapables d'atteindre.

La dernière partie commence avec le dernier voyage d'une chauve-souris qui vient mourir à la porte fenêtre du manoir des Wayne alors que Bruce attend l'inspiration. Le lecteur est tout de suite rassuré sur le niveau d'inspiration de Morrison qui continue à emmener Batman là où personne de l'avait emmené avant, sans pour autant perdre les spécificités qui font de Batman ce qu'il est. Les illustrations de Finch sont dramatiques en diable avec un encrage bien appuyé. Elles arrivent à ne pas paraître fades, même en comparaison de celles de Frazer Irving.

Après ce dénouement complexe et cathartique où Batman et compagnie reprennent le dessus, Grant Morrison guide Batman vers une nouvelle organisation dans Batman incorporated.


Gotham Academy Vol. 2: Calamity
Gotham Academy Vol. 2: Calamity
par Becky Cloonan
Edition : Broché
Prix : EUR 13,81

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 De jeunes héroïnes pleine d'entrain, 25 mai 2016
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Ce tome fait suite à Welcome to Gotham Academy (épisodes 1 à 6) qu'il faut avoir lu avant. Il contient les épisodes 7 à 12, ainsi que le Sneak Peek, initialement parus en 2015. Tous les épisodes ont été coécrits par Brenden Fletcher et Becky Cloonan. Les 8 pages du Sneak Peek et l'épisode 7 ont été dessinés, encrés et mis en couleurs par Mingjue Helen Chen. Karl Kerschl a réalisé les dessins à l'infographie des épisodes 8 & 9. Il a réalisé ceux des épisodes suivants avec l'aide de Msassyk pour les 10 à 12, avec l'aide supplémentaire de Mingjue Helen Chen pour l'épisode 11. La mise en couleurs est réalisée par Serge Lapointe, avec l'aide de Michelle Assarasakorn pour l'épisode 8 et de Msassyk pour les épisodes 9 à 12.

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- Sneak Peek - Maps (le surnom de Mia Mizoguchi) écrit un poème (avec des rimes pauvres) pour décrire toutes les aventures qu'elle a eu avec ses copines, de vampire en licorne, en passant par un dragon. À la fin de sa lecture, sa copine Olive Silverlock lui fait observer que rien de tout ça n'est vraiment arrivé.

Il s'agit donc d'un court récit servant à donner une idée du ton narratif de la série, des aventures décomplexées, avec des personnes au seuil de l'adolescence ayant le sourire. Les auteurs ont fait exprès de rédiger un poème approximatif pour refléter le niveau de maturité de son auteure. Les dessins sont sympathiques, sous forme de tableaux composites agrégeant plusieurs images. Le lecteur peut apprécier la bonne humeur de ces 8 pages, mais il éprouve des difficultés à s'intéresser à ces évocations d'événements qui ne se sont jamais produits.

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- Épisode 7 - L'épisode commence dans une salle de classe, à l'occasion du cours de lettres, le professeur Scarlett étant en train de lire The Raven (un poème d'Edgar Allan Poe) à la classe. Pas très attentive, Maps (Mia Mizoguchi) est en train de rêvasser et d'écrire sur son journal intime avec la plume qu'elle a récupérée dans le bureau du proviseur Hammerstein. Pendant la récréation, elle écrit le nom du nouvel élève dans son carnet : Damian Wayne. Leurs mains se touchent et ils n'arrivent plus à les séparer, alors qu'un corbeau s'empare de la plume de Maps et s'envole au loin.

Vu que le mot Gotham figure dans le titre, il est inéluctable et même attendu que la fine équipe de la série croise des personnages évoluant dans l'entourage de Batman. Les coscénaristes ont choisi de mettre en scène Maps (la jeune fille la plus jeune, une dizaine d'années) pour rencontrer Damian Wayne. Le ton de la narration est très jeune, plein d'entrain. Le lecteur a du mal à résister à la bonne humeur très communicative de Maps. Il se laisse donc emporter par cette fantaisie légère et sans prétention. Il sourit en voyant la candeur (dépourvue de bêtise) de Maps, il s'amuse devant le décalage d'attitude entre elle et Damian. Il ne se formalise pas du scénario un peu excentrique mêlant le poème d'Edgar Allan Poe, avec une histoire de plume pour écrire magique, et le passage de Damian Wayne le temps de quelques cours, sous fond d'amourette platonique.

Mingjue Helen Chen réalise des dessins avec une apparence de dessin animé de type cell-shading, des yeux un peu agrandis à la manière manga. Elle utilise des cases de formes variées, certaines se recouvrant pour mieux faire apparaître que les événements se télescopent ou s'enchaînent. Cette narration visuelle porte l'ingénuité de Maps, ainsi que sa vivacité et sa bonne humeur.

Cet épisode correspond à une lecture pour enfant ou jeune adolescent, très agréable à lire, sans réelle conséquence, sans autre ambition que de divertir avec un personnage principal qui est une enfant. 4 étoiles.

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- Épisodes 8 & 9 - Le temps de l'enterrement est venu. Olive Silverlock accepte d'en discuter avec l'un des conseillers de l'académie, un individu chauve à lunettes. Tristan Grey a trouvé refuge dans le laboratoire du professeur Kirk Langstrom, mais Kyle Mizoguchi (le frère de Maps) a eu e temps d'apercevoir Tristan dans sa forme altérée, et il va essayer de persuader Olive de s'éloigner lui. Olive trouve une lettre de sa mère. Une créature semant des touffes de poil rôde sur le campus et agresse des élèves.

Épisode 10 - Maps, Olive et Pomeline Fritch acceptent de remplacer au pied levé 2 élèves qui devaient jouer dans la représentation de Macbeth, organisée par le professeur Simon Trent qui par contre refuse de prendre Katherine Karlo. Mais un nouvel incident survient pendant les répétitions. Épisode 11 - Calamity (une supercriminelle, la mère d'Olive) semble être de retour à Gotham. Olive et Maps profitent d'une sortie sportive, pour fausser compagnie au groupe et aller farfouiller dans les archives municipales, où elles croisent Red Robin. Épisode 12 - Le petit groupe de copines trouve le moyen de se rendre dans les ruines de l'asile d'Arkham pour rechercher la trace de la mère d'Olive. Cette dernière comprend qui est vraiment le conseiller chauve et à lunettes de l'académie d'Arkham.

Le lecteur retrouve avec plaisir les dessins de Karl Kerschl qui ne surjoue les aspects mignons des personnages. Tout comme Chen, il représente des enfants et des jeunes adolescents, mais sans être à fond dans les visages ronds, les sourires éclatants et les couleurs chaudes et agréables. Par contraste avec Chen, il détoure les formes avec un trait encré, ce qui ramène la narration visuelle vers la bande dessinée, plus que les illustrations pour livres d'enfant. Maps, Olive et Pomeline n'ont rien perdu de leur entrain, de leur jeunesse et de leur curiosité, mais elles peuvent aussi exprimer des émotions plus adultes, à commencer par la tristesse et le chagrin.

La mise en images reste très sophistiquée. Comme le requiert le scénario, ces jeunes demoiselles (et quelques adolescents) se retrouvent dans des endroits classiques de films d'angoisse, comme le théâtre hanté par un individu qui reste invisible, le vieux manoir partiellement en ruine ou encore la gigantesque bibliothèque renfermant un secret caché. L'artiste sait donner de la substance à ces endroits, avec des étagères fournies de livres, des vielles pierres dont on distingue l'usure et la granularité, le plancher de la scène du théâtre, une pierre gravée d'un étrange symbole, etc. Les choix de mise en scène, de mouvements et d'angles de vue s'inscrivent dans un registre d'aventures pour enfants, sans les clichés visuels associés aux récits de superhéros.

Les dessins présentent une bonne densité d'informations visuelles, allant des tenues vestimentaires des jeunes gens, jusqu'aux différents bâtiments de l'académie ou de Gotham. En fonction des endroits, le regard du lecteur est attiré par l'aménagement et l'ameublement du bureau du conseiller, le grain des lattes d'un plancher, la façade du bâtiment abritant le théâtre, le désordre dans la salle des archives, la grille en fer forgé de l'asile d'Arkham. De page en page, le lecteur se rend vaguement compte que le degré de précision de représentation des arrière-plans fluctue, mais sans que cela n'ait une incidence sur son ressenti d'immersion.

Les metteurs en couleurs effectuent un travail très sophistiqué. Bien sûr, ils font en sorte que chaque surface dispose de sa couleur, permettant d'apporter une information sur la couleur d'un tissu ou l'ambiance lumineuse. Ils utilisent l'outil infographique pour rendre compte des variations de la lumière (par exemple la chaude lumière mouvante d'un feu de cheminée), et pour jouer sur les nuances d'une couleur afin d'accentuer l'impression de volume et de relief de chaque surface. Ils utilisent également l'infographie pour rappeler discrètement le décor en arrière-plan, mais comme flouté pour ne pas surcharger la case. Le résultat assure la continuité de l'immersion, sans ralentir la lecture, ou trop solliciter la concentration du lecteur, un savant dosage.

Becky Cloonan et Brenden Fletcher racontent des aventures qui s'inscrivent dans le registre des romans pour enfant ou jeune adolescent, avec des personnages plein de fraîcheur, explorant l'environnement qui les entourent, se trouvant confrontés à des mystères, les résolvant au nez et à la barbe des adultes qui ne comprennent pas tout, ou ne voient pas grand-chose de ce qui est en train de se passer. Il est donc question d'amitié, mais aussi de deuil, de relation parentale, de différence, de courage. Il est également question de l'environnement lié à Gotham, Damian, Red Robin, et encore 2 autres personnages ayant fréquenté les pages des séries Batman.

Pour cette deuxième moitié de saison, le lecteur apprécie que les scénaristes soient les mêmes que pour la première moitié. Le ton de la narration reste donc le même. Évidemment, l'effet de surprise de la première moitié n'existe plus, mais les sémillantes héroïnes restent pleines d'entrain et vont fourrer leur nez dans les mystères de l'académie ou de leurs parents. L'histoire est racontée au premier degré pour un public relativement jeune, un lecteur plus âgé peut apprécier les clins d'œil aux conventions de genre, ainsi que l'optimisme des personnages. Il peut aussi trouver ces aventures un peu légères et tirant un peu sur la suspension consentie d'incrédulité du lecteur (en particulier en ce qui concerne le conseiller qui s'entretient avec Olive Silverlock). Quel que soit âge, il sera séduit par des dessins d'une qualité impressionnante, chaque artiste intervenant sur la chaîne complétant harmonieusement le travail du précédent
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : May 25, 2016 7:50 PM MEST


Danger Girl: The Deluxe Edition.
Danger Girl: The Deluxe Edition.
par Andy Hartnell
Edition : Broché
Prix : EUR 28,20

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 James Bond + Indiana Jones + Drôles de dames = cocktail parfait, 24 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Danger Girl: The Deluxe Edition. (Broché)
Ce recueil contient les 7 épisodes de la minisérie "Danger Girl", ainsi que le numéro preview et l'ensemble des couvertures et posters promotionnels, parues de 1997 à 2001.

Abbey Chase est une sorte d'Indiana Jones au féminin, spécialisée dans la récupération d'objets à forte valeur historique ou archéologique. Elle est recrutée de manière spectaculaire par un ancien agent secret (un sosie de 007 à la retraite) pour intégrer un groupe composé de Natalia Kassle (ex-agent secret russe, spécialiste en lancer de couteaux), Sidney Savage (spécialiste du maniement du fouet) et Silicon Valerie (jeunette experte en technologie informatique). Dès l'épisode 2, le groupe est complété par Johnny Barracuda, agent secret très séduisant et très séducteur. Ensemble, ils vont devoir se lancer à la recherche d'un bouclier, d'un casque et d'une épée légendaires et convoités par des rescapés du troisième Reich qui souhaitent réveiller les ardeurs guerrière de la race aryenne en créant un supersoldat armé de ces objets de pouvoir.

Dès le texte d'introduction, J. Scott Campbell explique très clairement que son objectif était de créer un comics d'aventure aussi rythmé et enchanteur que les meilleurs épisodes d'Indiana Jones et James Bond (beaucoup de clins d'oeil aux épisodes interprétés par Roger Moore, quelques uns à ceux interprétés par Sean Connery) sur la base d'une équipe essentiellement féminine rappelant beaucoup les Drôles de Dames (Charlie's Angels dans la version originale). Tous les poncifs des récits d'aventure sont présents : course en hors-bord, course poursuite voiture et hélicoptère, chutes d'eau, alligators, passage obligatoire à une terrasse de café à Paris, course poursuite en ski et motoneige, nazis de pacotille, traître, savant fou, etc., sans oublier des jeunes femmes très sportives et très sexy.

Coté scénario, Andy Hartnell a très bien mis en musique les desideratas de Campbell : il n'y a pas de temps mort, les péripéties succèdent aux cascades qui succèdent aux moments de bravoure et aux évocations de paysages exotiques, dans un tourbillon incessant.

Ce qui permet à ce tome d'accéder à la catégorie supérieure à celle de simple divertissement, ce sont les illustrations qui transforment cette enfilade de séquences d'actions en un enchantement visuel. J. Scott Campbell venait d'achever la minisérie initiale de Gen13 (Gen 13) quand il entame ce projet personnel. Il est évident qu'il a mis beaucoup d'énergie et de temps dans ses illustrations. Chaque page présente un niveau de qualité et d'énergie similaire à une illustration de couverture. Le souci du détail transparaît dans chaque case, il n'y a rien à jeter. Ces demoiselles sont magnifiques, même si certaines de leurs proportions défient les lois anatomiques. Chaque scène d'action place le lecteur au coeur du mouvement. Les effets spéciaux du metteur en couleurs rehaussent également les dessins pour leur donner plus de relief et de vie.

Bien sûr, on peut relever quelques détails déconcertants : Agent Zero garde son masque même dans les moments les plus calmes (réminiscence inutile des superhéros), Abbey Chase semble avoir besoin d'un tirebouchon pour ouvrir une bouteille de champagne (???) et la psychologie des personnages reste très superficielle.

Mais ces rares éléments ne suffisent pas à gâcher le vrai plaisir de lecture que constituent ces péripéties pleines de dangers et de jolies donzelles dans des pages magnifiques.


Mind Mgmt Volume 2: The Futurist
Mind Mgmt Volume 2: The Futurist
par Matt Kindt
Edition : Relié
Prix : EUR 18,57

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Tu ne sais pas ce qu'est la solitude tant que tu n'es pas devenu complètement paranoïaque., 24 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mind Mgmt Volume 2: The Futurist (Relié)
Ce tome fait suite à The manager (épisodes 0 à 6) qu'il faut impérativement avoir lu avant. Il contient les épisodes 7 à 12, initialement parus en 2013, écrits, dessinés, encrés et mis en couleurs par Matt Kindt qui a également réalisé le lettrage. Ce tome contient également une page de 20 cases récapitulant les événements du premier tome, une introduction de 8 pages initialement parue dans Dark Horse presents 19, ainsi que les 5 bandes publiées sur internet.

Le tome s'ouvre avec une page de 20 cases pour résumer les événements du premier tome. Puis vient une histoire de 8 pages évoquant le ressenti de Duncan Jones (le futuriste) quant à son état d'esprit du fait de son pouvoir (et il tue un prisonnier rien qu'en pointant son doigt vers lui). Meru Marlow est dans son appartement sans souvenir de ce qui lui est arrivé. Elle aperçoit une lettre glissée sous sa porte. Elle l'ouvre, la lit, et se lance à la poursuite du coursier qui est venu la déposer. Un individu après l'autre, elle remonte la piste jusqu'à un certain Brinks, à New York, le patron d'une entreprise de communication florissante.

Finalement Meru Marlow est rejointe par Henry Lyme. Il lui propose de l'accompagner en tant que journaliste pour retrouver des personnes aux dons particuliers. À moitié convaincue, elle accepte se disant que même si Lyme s'avère être un illuminé, elle pourra toujours y trouver matière à écrire un livre, pour donner suite à son seul roman qui s'était classé parmi les meilleures ventes. Ils retrouvent effectivement 2 anciens agents (et échappent à un attentat) : une des jumelles Perrier et Dusty, un ancien chanteur à succès. Henry Lyme souhaite ensuite retrouver Shangri-la, la base d'entraînement de l'organisation Mind MGMT. La jumelle Perrier exige qu'ils essayent, au préalable, de convaincre Duncan Jones de se joindre à eux.

Ayant lu le premier tome (indispensable, sous peine céphalées persistantes), le lecteur sait par avance qu'il va bénéficier de l'approche narrative très personnelle de Matt Kindt. Pour commencer, il retrouve bien les courts textes (1 ou 2 phrases) dans les marges de gauche. Il faut tourner le livre d'un quart de tour pour pouvoir les lire. Dans les épisodes 7 à 9, il s'agit d'extraits du livre Prémédité, livre fictif écrit par Meru Marlow. Dans l'épisode 10, il s'agit des flux de pensée des personnages évoluant sur la page considérée, puis au milieu de l'épisode, les extraits de Prémédité reviennent. Dans l'épisode 11, ces marges contiennent des extraits de Prémédité, puis de nouvelles consignes extraites du guide opérationnel de Mind MGMT. Dans le chapitre 12, le guide opérationnel est remplacé en cours de route par des extraits des protocoles de dissolution de Mind MGMT.

Comme dans le premier tome, il appartient au lecteur de choisir comment lire ces phrases, page par page (assez vite exaspérant), ou par groupe de plusieurs pages, ou même par épisode. Les extraits du livre fictif Prémédité donne une vision enrichissante de la nature de l'enquête qu'a menée Meru Marlow et de ce à quoi elle a vraiment été confrontée : un agent de l'organisation Mind MGMT. Les extraits du guide opérationnel fournissent un éclairage sur le mode de fonctionnement de l'organisation Mind MGMT. Les protocoles de dissolution apportent un complément d'information sur la situation des agents au temps présent. Le lecteur apprécie ce supplément qui prolonge la lecture de chaque épisode, qui ajoute de la profondeur de champ au récit, et qui, tout bien considéré, se présente de manière ludique (de manière plus élaborée que de simples pages de texte en fin d'épisode). Le lecteur continue de s'interroger sur le sens réel des phrases en haut de page, soit "Pour toute remise d'un rapport, les détails essentiels doivent entrer dans le cadre de la zone active. C'est la bordure pour un rapport de terrain standard.", soit "Le contenu dans la zone active est le rapport d'un agent. C'est un récit par un narrateur non fiable. À classer en conséquence". Pour faire bonne mesure, Matt Kindt a ajouté de petits dessins esquissés en bas de page de la première moitié du premier épisode, venant expliquer les précautions prises pour transmettre les missives tueuses.

Comme dans le premier tome, l'auteur continue de réaliser des dessins qui s'apparentent à des esquisses plus ou moins rapides, avec un degré de simplification important, leur conférant une grande spontanéité. Malgré cela, il est déconcertant de constater que ces dessins restent réalistes. Malgré leur apparence de croquis exécutés à la va-vite, ils donnent à voir une réalité concrète, des tenues vestimentaires aux immeubles, en passant par les divers accessoires. De séquence en séquence, le lecteur se retrouve ainsi dans les couloirs d'une prison, dans le hall d'accueil monumental d'un siège social, sur la pelouse d'un campus, au pied du Sphinx, dans un jardin d'intérieur, dans une gigantesque pièce d'archives, ou encore sur des pentes enneigées.

L'apparente désinvolture des dessins n'obère en rien l'intelligence de la narration visuelle. En tant que seul créateur à bord, Matt Kindt en tant que scénariste n'épargne rien à Matt Kindt le dessinateur. Il compose des pages qui montrent aussi bien une séance d'intimidation tout en échange de regard, qu'une scène d'hystérie collective sur le campus, ou encore une énorme explosion dans un palais, une discussion pleine d'animosité et d'aigreur dans un bar à la lumière tamisée, ou un saut en parachute. Il met en scène le tir impossible de Rico Stane, jouant à la fois avec les conventions du film d'action, et la trajectoire improbable (mais pas impossible) de la balle. De temps à autre, l'artiste utilise un dessin pleine page pour mettre en valeur une situation ou une idée visuelle. Comme dans le tome précédent, le lecteur a le droit à une représentation en pied de Meru Marlow (dans l'épisode 9), cette fois-ci dans une magnifique robe médiévale, une vision intemporelle de l'héroïne.

De temps à autre, l'artiste quitte la structure basique de la mise en page à base de cases rectangulaires, pour s'adapter au contenu de la séquence. Par exemple, il raconte l'histoire de Dusty en 6 pages muettes. Il utilise les mèches de cheveux de Meru en guise de bordures de case, lorsqu'elle est assaillie par des visions en consultant les archives de l'organisation Mind MGMT. Au début de l'épisode 8, il recourt à une bande dessinée dans la bande dessinée, avec des dessins un peu simplifiés par rapport à ceux des autres pages. À cette occasion, il en profite pour faire dire à Henry Lyme qu'il n'a jamais aimé ces dessins, mais qu'ils remplissent leur fonction. Kindt a l'air de se moquer ainsi de ses propres capacités de dessinateur, qu'il juge limitées, mais fonctionnelles. Comme dans le tome précédent, la mise en couleurs est réalisée par le biais d'aquarelles, habillant chaque surface de textures et de nuances par rapport à la luminosité. Le lecteur prend conscience qu'il s'est très bien adapté à ce mode de représentation et qu'il n'imagine pas cette histoire racontée autrement.

Ce tome commence donc par un résumé succinct du précédent, ce dont le lecteur sait gré à l'auteur, car ça lui permet de s'assurer qu'il avait bien tout compris. Passé l'histoire courte relative à Duncan Jones, il éprouve l'impression que le récit recommence au début. Certes, Meru Marlow ne recommence pas à chercher la trace du mystérieux passager du vol 815, mais elle ne se souvient de rien, et elle semble retrouver de petites bribes d'information dont elle disposait déjà dans le tome précédent. Le lecteur ressent comme une répétition. Cette sensation s'accentue encore avec le retour d'Henry Lyme qui fait comme si de rien n'était, et encore une fois avec la jumelle Perrier qui redécouvre ce que le lecteur sait déjà car Kindt l'avait établi de manière explicite précédemment. L'intrigue en elle-même s'avère également très linéaire, étrangement simple au regard de la richesse du contexte lié à l'organisation Mind MGMT. Ainsi Meru Marlow et Henry Lyme vont aller rechercher d'anciens agents, puis essayer de localiser Shangri-la. Sans grande surprise, les immortels sont de retour pour une confrontation ardue (comme dans le premier tome).

Comme dans le tome précédent, Matt Kindt prend grand plaisir à resservir les clichés des romans d'espionnage, avec un soupçon d'anticipation. Il y a donc cette base secrète d'entraînement qu'on ne peut trouver que si on a l'esprit éveillé. Il y a ces nombreux agents secrets, chacun disposant d'un pouvoir psychique extraordinaire et différent. Il y a ces voyages de par le monde, offrant l'occasion d'une forme expresse de tourisme et d'exotisme. Il y a cet homme qui tue en pointant son index vers sa victime, cette bibliothèque extraordinaire qui contient les archives de l'humanité, ce tireur d'élite capable de réussir des tirs impossibles à une distance extraordinaire, ces agents dormants anonymes installés dans la société, cette organisation qui tirait les ficelles en secret influençant les régimes politiques à l'échelle internationale. D'un certain côté, cette accumulation de clichés semble presque surannée, comme une compilation d'un autre âge.

Pourtant l'intérêt du lecteur est éveillé. Il y a bien sûr la dimension ludique de la lecture. Les épisodes se lisent très facilement, pas si denses qu'on aurait pu le craindre. La découverte des textes dans les marges présente un côté ludique et facile. À nouveau, chaque épisode comprend 22 pages pour l'histoire principale, plus 2 pages consacrées à un agent (en l'occurrence Ferris Feral, surnommé The Hulk). Ces 2 pages finissent par former une histoire supplémentaire qui vient apporter un élément complémentaire à l'intrigue principale. Lorsqu'on prend en compte le fait que Matt Kindt joue régulièrement avec la forme narrative (l'idée très bien exploitée des paroles des chansons de Dusty, dans l'épisode 9), cela aboutit à une narration globale très divertissante, avec des nouveautés régulières, empêchant le lecteur à l'attention limitée de se lasser.

En outre les personnages se comportent comme des adultes, pas des héros tout lisses, mais sans verser dans les caricatures d'antihéros. Ce sont des êtres humains avec leurs qualités, leurs défauts, un courage certain, et une envie fluctuante de faire le bien, de lutter contre le risque de manipulation de l'humanité par une organisation opaque. Enfin, Matt Kindt agite le spectre d'un vrai méchant nommé l'Effaceur (Eraser) qui donne un but à atteindre. Mais lu comme ça, cette théorie du complot haute en couleurs racontée avec des dessins originaux ne suffit pas à maintenir l'intérêt du lecteur, à le faire accepter que le récit semble recommencer depuis le début.

En arrière-plan, l'auteur se livre à une construction beaucoup plus complexe que les apparences ne le laissent supposer. D'épisode en épisode, et de petit supplément en petit supplément, il parsème des pièces de puzzle. En fait il accomplit un tour narratif plus sophistiqué encore. En découvrant l'histoire de Ferris Ferral ou l'état d'esprit de Duncan Jones, le lecteur n'a pas l'impression de voir des pièces d'un puzzle, juste des éléments narratifs à prendre au premier degré. L'histoire de cet agent vient étoffer les pratiques de l'organisation Mind MGMT. Le mode de pensée de Duncan Jones vient expliquer l'effet de son pouvoir psychique sur son état d'esprit.

Pourtant arrivé à la moitié du tome, le lecteur se rend compte que ces éléments présentent une autre importance. L'état d'esprit de Duncan Jones justifie qu'il ne se joindra pas au groupe d'Henry Lyme. Mais cet obstacle permet aussi à Meru Marlow de briller par son inventivité et sa perspicacité. L'histoire de Ferris Ferral contient des interactions avec d'autres agents de l'organisation Mind MGMT. Son histoire montre aussi sa personnalité qui s'avère avoir des conséquences de taille sur d'autres personnages. Matt Kindt donne l'impression de jouer cartes sur table avec une narration quasi linéaire. Pourtant tout en montrant son jeu, il construit une structure élégante qui aboutit à des surprises de taille pour le lecteur qui n'a rien vu venir. Il prend conscience qu'il avait établi des liens de cause à effet et une chronologie à partir de ce que lui avait raconté l'auteur dans le premier tome, sur la base de suppositions inoffensives, avec des raccourcis dont il ne s'était pas rendu compte. Voilà que l'auteur lui fait comprendre qu'il avait sauté aux conclusions sans tenir compte de quelques détails qui changent tout.

Tout aussi habile, l'auteur entremêle inextricablement la personnalité de ses protagonistes avec leurs actions, l'histoire de l'organisation Mind MGMT, leur situation. Le lecteur prend conscience que les personnages n'ont rien d'interchangeable, qu'il ne s'agit pas de héros d'action lisses et superficiels. Meru Marlow n'est pas une jeune femme un peu paumée, prête à suivre le premier venu qui lui promet des lendemains meilleurs et des aventures. Henry Lyme n'est pas un philanthrope altruiste. Duncan Jones n'est pas un individu blasé par ses capacités à anticiper les événements futurs. Ils ont tous une histoire personnelle qui nourrit l'individu qu'ils sont devenus. Impossible de ne pas ressentir d'émotion quand Duncan Jones déclare : Tu ne sais pas ce qu'est la solitude tant que tu n'es pas devenu complètement paranoïaque. Impossible de ne pas sourire quand Meru Marlow compulse les archives totales de l'humanité et voit l'assassinat de John Fitzerald Kennedy (= le lecteur comprend qu'elle voit qui l'a vraiment assassiné).

Avec ce deuxième tome, Matt Kindt joue avec les capacités d'anticipation du lecteur avec une rare dextérité. Il le met en confiance avec une narration limpide qui joue cartes sur table. Il lui propose des visuels très personnels, portant bien la narration, avec des effets variés et bien dosés. Puis il montre que le lecteur s'est laissé emporter en anticipant sur la base de faits incomplets, par le biais de personnages de plus en plus étoffés et attachants, avec une intrigue plus retorse qu'il n'y paraît. 5 étoiles pour un thriller de haute volée.


Nick Fury vs S.H.I.E.L.D (version française en un volume)
Nick Fury vs S.H.I.E.L.D (version française en un volume)
par Bob Harras
Edition : Broché

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Plan-plan, 23 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Nick Fury vs S.H.I.E.L.D (version française en un volume) (Broché)
Il s'agit d'une histoire complète, parue initialement sous la forme de 6 épisodes de 46 pages, en 1988. Le scénario est de Bob Harras, les dessins de Paul Neary, l'encrage de Kim DeMulder, et la mise en couleurs de Bernie Jaye.

Nick Fury a revêtu une combinaison antiradiation pour descendre dans la carcasse de l'helicarrier qui s'est écrasé dans une région désertique des États-Unis (événement survenu dans The sensational She-Hulk écrit et dessiné par John Byrne encré par Kim DeMulder, 1985, en VO). Il découvre que l'enveloppe du noyau servant de source d'énergie est fissurée et que le cœur menace d'exploser. Avec l'aide de Clay Quatermain (un autre agent du SHIELD) et de Sidney Levine (Gaffer, le scientifique en chef du SHIELD, l'équivalent de Q pour James Bond), il réussit à maîtriser les fuites et à faire extraire le cœur de l'épave. Mais un vaisseau d'Hydra arrive et barbotte le réacteur sous le nez de l'équipe du SHIELD. Quelques instants plus tard, Fury est contacté par Jack Rollins (un de ses agents dormants) qui l'informe que l'entreprise pétrolière Roxxon s'apprête à enclencher une opération baptisée "Delta". Suite à son investigation sur place, Fury est convoqué par le conseil d'administration du SHIELD qui l'accuse de haute trahison. Il prend la fuite, recherché par tous les agents du SHIELD.

En 1988, Marvel Comics décide de moderniser le personnage de Nick Fury, mais plus encore l'organisation de contrespionnage qu'est le SHIELD. Nick Fury est apparu pour la première fois en 1963 (créé par Stan Lee et Jack Kirby, dans Marvel Masterworks - Nick Fury, Agent of SHIELD, en VO). Il devient rapidement le chef du SHIELD, organisation combinant espionnage et relent de superhéros, avec des combinaisons moulantes, des gadgets technologiques largement supérieurs à ceux de James Bond, et un vaisseau amiral aérien des plus imposants. Il dépasse le cadre du héros d'action grâce aux histoires de Jim Steranko (rééditées dans SHIELD by Jim Steranko, 1968, en VO) qui introduit un graphisme en avance de nombreuses années sur ce qui se fait dans les comics de l'époque.

Bob Harras bénéficie d'une pagination confortable (près de 300 pages) pour faire souffler un vent de changement dans une organisation devenue omniprésente, quelque peu totalitaire (le SHIELD a essayé de faire une OPA sur Stark International pour assurer leur approvisionnement en armement de pointe), et condamnée à des affrontements répétitifs contre des organisations terroristes cagoulées (comme Hydra) fondées sur les cendres du nazisme. Avec un peu de recul, le lecteur constate qu'Harras intègre toutes les conventions attendues : la technologie d'anticipation, les QG secrets, les agents doubles ou triples, 2 femmes fatales, les alliances contraintes avec l'ennemi, les rendez-vous clandestins, les sites naturels prestigieux, l'organisation ennemie souhaitant devenir maître du monde, etc. Il n'oublie pas les éléments récurrents gravitant autour de Nick Fury : l'Helicarrier (ce qu'il en reste), les mystérieuses silhouettes anonymes composant le directoire du SHIELD, les agents les plus connus (la Contessa Valentina de la Fontaine, Dum Dum Dugan, Gabe Jones, Eric Koenig, Caly Quatermain, Gail Runciter, Jasper Sitwell, Jimmy Woo), le lien avec les superhéros Marvel (brève apparition des Avengers côtes Ouest et Est, et Henry Peter Gyrich leur agent de liaison), un vieux pote de Fury qui a intégré la CIA (Al MacKenzie), les LMD (Life Model Decoy) et Madame Hydra (enfin une de ses incarnations).

Paul Neary cite lui aussi ses prédécesseurs pour bien mettre en évidence la filiation avec ses prédécesseurs, à commencer par Jim Steranko. Il reprend tous les éléments graphiques : de la forme des costumes moulants, aux tenues permettant de planer dans les airs, en passant pas la salle monumentale et sombre où Fury dialogue avec le directoire. En y prêtant attention, il est facile de voir comment Neary répète les motifs géométriques d'ombre portée, chers à Steranko, ainsi que les motifs géométriques des énergies (procédé facilité par l'évolution des moyens techniques à la disposition du metteur en couleurs, mais avant l'avènement de l'infographie). Neary a un style réaliste simplifié, un peu rond dans l'encrage, très facile à lire. Il rend hommage de manière plus discrète à Jack Kirby (certaines postures lors des scènes d'action) et à Alan Davis (la forme des visages des femmes), dessinateur qu'il a souvent encré à ses débuts.

Au sixième chapitre, le lecteur a même la surprise de découvrir que Bob Harras a fait l'effort de concevoir des motivations fort originales pour l'individu qui tire les ficelles de toutes ces machinations, à la fois inattendues, logiques, et émanant naturellement d'une des particularités spécifiques à cette série et à l'organisation du SHIELD. Cependant, c'est très, très, très long, et peu palpitant. Au final le lecteur se dit que les meilleurs moments de la série sont les couvertures des 2 premiers épisodes réalisées l'un par Jim Steranko, et l'autre par un Bill Sienkiewicz plus sarcastique que jamais.

Pourtant la narration est dense, il survient de nombreux événements et retournements de situations dans chaque épisode, les scènes d'action sont vivantes et enlevées, et le rythme est soutenu. En y regardant de plus près le lecteur constate que les dessins de Paul Neary, aussi efficaces qu'ils soient, manquent singulièrement de personnalité et de vision d'ensemble. Neary ne dispose pas d'une personnalité artistique aussi affirmée que celle de Steranko ; il se contente de singer son style en restant en surface, sans en maîtriser la substance. Ainsi il recopie sa manière de faire des ombres à base de triangle (dans les aérations des couloirs métalliques), mais ces ombres n'ont aucun rapport avec la source lumineuse, et elles ne figurent que dans quelques cases. Il n'y a ni logique d'éclairage, ni cohérence artistique. Il en va de même lorsqu'il utilise les perspectives vertigineuses d'étages sans fin. Autant le lecteur peut croire à un puits de lumière monumental dans l'immeuble du SHIELD, autant ce même puits insondable dans les sous-sols de l'usine Roxxon n'est qu'un artifice visuel pour faire croire à une installation dépassant l'entendement. Mais dans le contexte de l'histoire, ce gigantisme n'a aucune raison d'être, aucune logique narrative. Effectivement de scène en scène, Neary s'inspire de ses prédécesseurs pour reproduire une pale copie manquant de vie. Quand Fury et sa troupe escalade des pics rocheux enneigés, le lecteur voit la neige, les escarpements, mais il ne perçoit pas la mise en danger, le froid, ou l'exploit physique. La mise en scène est trop plate, à la fois trop littérale et trop simplifiée pour que le lecteur puisse y croire. La réelle application de Neary manque de souffle, d'élan. C'est comme s'il s'agissait d'un bon professionnel s'inspirant servilement d'autres dessinateurs, affadissant tout. Même le titillement des hormones du lecteur mâle avec les personnages féminins tombe à plat, qu'il s'agisse de Madame Hydra (avec sa tenue qui lui les laisse les cuisses à l'air dans une scène, puis pas dans l'autre, sans explication), ou les combinaisons moulantes des agents féminins du SHIELD dont on finit par avoir l'impression que Neary dessine des femmes nues.

Avec cette idée en tête, le lecteur se rend compte que la narration de Bob Harras présente des défauts similaires, mais pas identiques. Les dialogues sont d'une platitude navrante, entre expressions toutes faites et appliquées, incapables de transmettre la moindre émotion crédible, et interventions explicatives (à haute voix ou sous forme de bulles de pensée) pas tout à fait poussives, mais également très appliquées. Du coup, le lecteur a bien du mal à se passionner, ou même ne serait-ce qu'à ressentir de l'empathie pour ces personnages à la diction empruntée, presqu'interchangeable faute de personnalité, qui traversent mécaniquement épreuve après épreuve (avec une sensation de répétition pour la presque capture de Nick Fury reportée d'une péripétie à l'autre). Même la charge contre le les militaires et les Industriels en cheville pour maximiser les profits immédiats au mépris des nations et des individus tombe à plat, tellement elle est générique.

Mais Neary réussit à présenter un univers visuel cohérent (bien que fade et dérivatif), et Harras réussit à bâtir une intrigue maline dont le fin mot repose sur le concept de maintenance d'un système (très bien vu) et une particularité du métabolisme de Nick Fury exposée par Jim Starlin (scénario) et Howard Chaykin (dessins et encrage) dans l'épisode 31 de Marvel Spotlight (décembre 1976).

Avec cette histoire, Bob Harras et Paul Neary réussissent le paradoxe de raconter une histoire intéressante de manière si banale, qu'elle en perd sa saveur et que le lecteur finit par compter le nombre de pages qui reste, alors que les révélations finales en font ressortir l'originalité. Par la suite Bob Harras a entamé une série dédiée à Nick Fury (Nick Fury, agent of SHIELD classic 1 en VO) qui durera 47 épisodes de 1989 à 1989.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : May 23, 2016 9:40 PM MEST


Empire: Uprising Volume 1
Empire: Uprising Volume 1
par Mark Waid
Edition : Broché
Prix : EUR 16,91

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Manigances et intrigues dans une dictature meurtrière, 23 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Empire: Uprising Volume 1 (Broché)
Ce tome fait suite à Empire (épisodes 0 à 6) des mêmes auteurs qu'il faut avoir lu avant. Il contient les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2015, coécrits par Mark Waid et Barry Kitson, dessinés et encrés par Kitson, avec une mise en couleurs de Chris Sotomayor.

La séquence d'introduction montre les étranges créatures entrevues au Groenland (au tome précédent) en train de se concerter et de conclure sur le fait qu'aucun empire n'est éternel. Dans la capitale de l'Empire, une maitresse explique à sa classe comment Golgoth a permis la naissance d'une utopie, que ce jour est celui de la commémoration du décès de la princesse Delfi, et qu'il convient d'observer 3 minutes de silence absolu sur la planète sous peine de mort. C'est cette occasion qu'un petit commando de rebelles a choisi d'exploiter pour attaquer la personne de Golgoth.

Au sein de l'Empire, Golgoth a calmé tout le monde par son règne de la terreur et de l'exécution sommaire, mais il reste encore quelques individus pas entièrement convaincus. Golgoth dépêche Xanna (l'assassin de l'Empire) en Nouvelle Angola, pour lever un doute quant à l'allégeance de la gouverneure Kianda. Lucallan (ministre des armées, et compagnon de la première heure de Golgoth) manipule Xanna et Grieze pour assurer ses arrières. Valpurgis (ministre du culte) commencer à avoir des doutes quant à sa foi dans le caractère divin et infaillible de Golgoth. En effet ce dernier a hésité à 2 reprises quant à une décision à prendre. Dess (ministre de l'information), puis Rogent (ministre du temps) reçoivent l'un après l'autre la visite peu courtoise de Tumbril (ministre du renseignement, tortionnaire en chef). Golgoth vérifie l'état d'avancement d'un de ses projets secrets.

La fin du tome précédent avait laissé Golgoth dans une situation où il ne lui restait plus que quelques poches de résistance à annihiler, dans un état d'esprit durci par rapport au début. Le lecteur n'avait pas beaucoup de doute quant au fait que les manigances des ministres ne feraient pas long feu et se s'écrouleraient d'elles-mêmes, restant sans effet sur Golgoth. Il se demande donc bien que dans quelle direction Waid & Kitson vont diriger leur récit. Lokhyn est toujours en fuite mais ses possibilités d'action sont très réduites, et pas forcément très efficaces. Il y a donc le mystère de ce qui se trame en Nouvelle Angola, avec des individus qui se croient en position de pouvoir manifester leur opposition à l'Empire en toute impunité.

Les coscénaristes choisissent avec soin es éléments de l'intrigue qui leur permettent d'intégrer des scènes d'action. Ils ne transforment pas leur récit en une suite de combats physiques au cours desquels Golgoth anéantirait un opposant (ou une armée) après l'autre. Il y a donc la tentative d'assassinat sur la personne de Golgoth, l'intervention de Xanna en Nouvelle Angola et encore 2 autres. Le lecteur a bien intégré que ces séquences ont pour enjeu la vie des combattants. Il n'y a pas de possibilité d'entente, ou de capitulation une fois qu'un individu ou un groupe a montré des signes de rébellion. Il ne peut y avoir que la mort, éventuellement précédée d'une phase de torture si l'individu n'a pas succombé sur le champ de bataille.

Le trait de Barry Kitson a un peu évolué. L'impression de propreté et de netteté reste au même niveau que dans le premier tome, peut-être encore renforcée par le fait que l'artiste s'encre lui-même. Les dessins s'inscrivent donc un registre réaliste, avec un bon niveau de détail pour les costumes, les décors et les accessoires. Le lecteur constate que Kitson fatigue un peu, qu'au fil des épisodes les arrière-plans ont tendance à se simplifier, et que le nombre de plans poitrine et gros plans va en augmentant. Il remarque aussi que l'artiste a pris le parti de moins jouer sur la beauté plastique des blessures, ou des écoulements de sang pour revenir à une approche plus réaliste. Il continue à maculer le casque de Golgoth de petites gouttes de sang, après qu'il ait exterminé des rebelles. Cette retenue dans la description en augmente l'impact horrifique.

Barry Kitson a conservé la logique visuelle du premier tome, en particulier en ce qui concerne l'apparence des ministres et de Golgoth. Ce dernier porte toujours son casque jaune vif, avec une grande cape rouge, mais son armure est plus noire, et le rouge de sa cape est plus sombre. Les ministres ont conservé leur costume moulant (à l'instar de celui d'un superhéros sans masque, ou d'un agent du SHIELD), mais là encore il y a une logique narrative puisque ces individus disposent de capacités physiques exceptionnelles (grâce à le prise d'eucharist), ce qui fait d'eux l'équivalent d'individus avec des superpouvoirs. Il n'y a que l'armure de la gouverneure Kianda qui détonne fortement, car l'artiste s'est inspiré de l'exubérance des visuels de Jack Kirby.

L'intérêt du récit réside donc plus dans l'intrigue elle-même que dans les confrontations physiques. Comme dans le premier tome, Golgoth ne quitte jamais son armure, ce qui lui donne un air à la fois solennel, presque macabre (comme s'il était enfermé à l'intérieur de son armure), froid et terrifiant. En termes de personnalité, le lecteur en apprend plus sur lui par la réaction de ses ministres que par ses actes. Il reste un personnage impénétrable, sans pitié, refusant toute discussion, un dictateur puissant et inatteignable. La personnalité des ministres n'est pas beaucoup plus développée, si ce n'est pas le biais de leurs ambitions. Il n'est pas possible d'en faire des héros, mais le lecteur peut éprouver des pointes d'empathie lors de leurs prises de risques, ou lors de leurs déceptions. Barry Kitson dessine des expressions tout en retenue sur leurs visages, comme des adultes maîtrisant leurs émotions et ne souhaitant pas les montrer. Le lecteur peut quand même constater de visu le sadisme de Tumbril, et l'assurance de Lucullan.

Ainsi accroché par les ministres, le lecteur se prend 'intérêt pour leurs manigances. Il sait d'avance que la plupart aboutiront à la mort de l'intriguant à court ou moyen terme, mais il se demande bien comment ses velléités de prise d'autonomie à l'insu de Golgoth vont pouvoir se concrétiser. Il s'amuse à essayer d'anticiper qui se montrera le plus malin, qui arrivera à rouler qui dans la farine. Il observe la tension qui habite les ministres quand ils se tiennent en présence de Golgoth. Il scrute leur langage corporel quand ils intriguent entre eux, en l'absence de Golgoth.

Les 2 créateurs ne se contentent pas de développer les thèmes déjà présents dans le premier tome. Mark Waid joue avec l'idée de toute puissance de Golgoth. Dans le tome précédent, il avait été révélé que Valpurgis avait été un prêtre qui avait décidé d'accepter l'offre de Golgoth car il avait reconnu en lui un être quasi omnipotent, digne d'être adoré. De manière plus subtile que l'ordinaire des comics, le scénariste montre que la foi de Valpurgis en Golgoth n'est peut-être pas si infantile que ça, mais qu'elle n'est pas exempte de doute. En surface il s'agit d'une moquerie de la foi placée en un être mortel et donc faillible. Avec un peu de recul, il s'agit d'une mise en scène délicate de la confiance qu'un individu peut placer dans un autre qu'il considère supérieur ou meilleur que lui, un thème assez subtil.

L'intrigue de ce deuxième tome fournit également plusieurs moments à Barry Kitson pour sortir de sa zone de confort. Il a donc participé à la conception et à l'écriture du scénario, ce qui lui assure de pouvoir participer à la conception visuelle des séquences. Il s'engage ainsi dans la représentation de la nudité féminine. Au vu de la violence du récit, cela ne semble pas une grosse prise de risque que de dessiner une paire de fesse et des seins dénudés. Le lecteur éprouve cependant des difficultés à comprendre l'intention de l'artiste en la matière, puisqu'il représente bien les formes, mais uniquement détourées d'un trait léger, sans en représenter le détail et il laisse le soin à Chris Sotomayor d'ajouter du rouge pour expliciter qu'il s'agit d'un téton, étrange comme choix qui reste le cul entre 2 chaises.

Kitson s'avère visuellement plus convaincant avec la maîtresse expliquant à sa classe, les bienfaits de la politique dirigiste de Golgoth, ou encore l'angoisse de plusieurs individus pas sûrs de pouvoir tenir le silence absolu pendant 3 minutes. Golgoth exterminant les rebelles donne une superbe planche muette, avec une violence sèche implacable. Xanna a également droit à une très belle page d'action muette quand elle sort de la pyramide de Kianda, en Nouvelle Angola. Dans le quatrième épisode, les souvenirs de Lokhyn sont agencés en dessin pleine page complexe et superbe. Enfin il y a une séquence d'autoflagellation qui en impose par la souffrance que s'inflige l'individu en question.

À nouveau, Mark Waid et Barry Kitson ont choisi de ne pas donner accès aux pensées intérieures de Golgoth, laissant le lecteur s'interroger sur leur nature. Cette approche qui tient le lecteur à distance du personnage fonctionne très bien. Il ne peut pas s'empêcher de se demander quelles peuvent bien être les motivations de Golgoth. Plusieurs ministres font des réflexions sur son comportement, et le lecteur s'interroge de manière irrépressible pour savoir quel est l'objectif de cet individu, jusqu'où il ira, ce qui lui reste encore à accomplir, ce qu'il peut espérer, ce qui le fait agir.

Ce deuxième tome confirme la bonne impression donnée par le premier en semblant avoir accédé à un palier supplémentaire. Tous les poncifs propres aux superhéros n'ont pas entièrement disparu, mais la mécanique du récit a dépassé la dynamique des combats physiques, pour une situation en équilibre instable, avec des individus aux motivations personnelles et peu reluisantes. Loin d'un ersatz de Doctor Doom, Mark Waid et Barry Kitson invitent le lecteur à côtoyer l'élite d'une dictature dans tout ce qu'elle a d'instable.


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