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Amazing Spider-Man: Parker Luck Volume 1
Amazing Spider-Man: Parker Luck Volume 1
par Humberto Ramos
Edition : Broché
Prix : EUR 17,51

5.0 étoiles sur 5 De retour chez les vivants, mais pas à la normale, 22 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Amazing Spider-Man: Parker Luck Volume 1 (Broché)
Même si la numérotation laisse penser le contraire, il s'agit bien de la suite de la série "Superior Spider-Man" (débutée avec My own worst enemy) qu'il vaut mieux avoir lu avant pour comprendre la situation dans laquelle se retrouve Peter Parker. Ce tome contient les épisodes 1 à 6, initialement parus en 2014, écrits par Dan Slott, dessinés par Humberto Ramos, encrés par Victor Olazaba, avec une mise en couleurs d'Edgar Delgado.

ATTENTION - Ce commentaire révèle des éléments clés de l'intrigue de la précédente série.

Ça y est : Peter Parker a retrouvé son corps, après qu'il ait été usurpé par un supercriminel. Il doit stopper les agissements d'un groupe de 4 supercriminelles (White Rabbit, Gypsy Moth, Hippo et Panda-Mania), et faire face au retour d'Electro qui a du mal à contrôler ses pouvoirs. Il a également la surprise de voir apparaître une nouvelle superhéroïne Silk, avec des pouvoirs proches des siens. Une grande révélation l'attend dans la mesure où ces épisodes sont placés sous le signe du crossover Original sin.

Le plus dur reste quand même de découvrir dans quel état son hôte indésirable a laissé sa vie. Peter Parker se retrouve à la tête d'une entreprise dans laquelle le père de J. Jonah Jameson a investi. Il se rend compte qu'il est devenu très intime avec Anna Maria Marconi. Par contre Black Cat (Felicia Hardy) semble lui en vouloir à mort. Il y a également la rupture avec les Avengers. Où est Mary Jane Watson dans tout ça ?

Contre les a priori de certains lecteurs, Dan Slott avait réussi une excellente histoire de Spider-Man en évinçant Peter Parker de son propre corps. Bien sûr cette même frange de lecteurs s'est plainte d'un retour à la normale, de la réinstallation d'un statu quo tiède et pépère, avec le retour de Peter Parker aux affaires. Pour les moins grincheux, le retour de Peter Parker était inéluctable et ils avaient largement anticipé les bouleversements auxquels il devrait faire face : de la présence d'Anna Maria Marconi, à l'agressivité de Black Cat.

Au travers de ces 6 épisodes, Dan Slott se montre assez habile pour déjouer les certitudes de ces 2 clans. Par exemple, Parker reste bien à la tête de son entreprise, ce qui repousse à plus tard tout retour au statu quo. Pour l'autre groupe de lecteur, Slott règle en 2 coups de cuillère la brouille avec les Avengers ; cette manière de résoudre cette opposition contourne également les attentes de ces lecteurs.

Slott doit encore composer avec le crossover du moment qui exige que, dans leur série, chaque scénariste sorte un secret bien caché du chapeau. Il n'hésite pas à sortir l'artillerie lourde, avec une révélation presqu'aussi grosse que celle contenue dans Spider-Man: Family Business (2013) de Mark Waid et James Robinson. Les puristes pourront râler devant ce deux ex machina, les autres avaleront la couleuvre avec une petite dose supplémentaire de suspension consentie d'incrédulité.

Une fois la pilule Silk avalée, le lecteur a le plaisir de constater que Slott a concocté un scénario bourré à craquer, avec un rythme vif et rapide. Il a également le plaisir de retrouver plusieurs personnages de la série "Superior Spider-Man", à commencer par Anna Maria Marconi (et ses délicieux cookies). Slott n'a rien perdu de sa maîtrise de leur personnalité, et c'est un vrai plaisir de retrouver ces personnages, de Sajani Jaffrey (et son exaspération pour son patron absent) à J. Jonah Jameson (toujours un peu caricatural dans sa haine inconditionnelle à l'encontre de Spider-Man), en passant par Pedro Olivera le pompier amoureux de MJ. Il se paye même le luxe d'introduire Francine, une groupie des supercriminels. Étonnamment Slott s'amuse également beaucoup avec la libido de Peter Parker (sans compter celle de Francine), avec un petit effet de décalage par rapport au reste du récit plutôt bon enfant.

Ces 6 épisodes sont dessinés par Humberto Ramos qui canalise un peu plus que d'habitude ses emprunts aux codes graphiques des mangas. Il subsiste quelques yeux plus grands que nature, et quelques muscles un peu anguleux. Si beaucoup de visages sont atteints de jeunisme, il fait l'effort de montrer des rides sur celui de J. Jonah Jameson. L'approche graphique de Ramos participe beaucoup à l'atmosphère bon enfant de ces aventures, les personnages étant régulièrement souriants. Ramos participe également à l'aspect sensuel du récit, mais pas côté Peter Parker. Évidemment Black Cat dispose de formes généreuses, à commencer par son tour de poitrine. Mais c'est plutôt avec White Rabbit qu'il se lâche un peu, en mettant en avant son postérieur.

Ramos insuffle un dynamisme impressionnant aux acrobaties de Spider-Man et de Silk, sans jamais donner l'impression de postures déjà vues. Il sait représenter l'énergie libérée par Electro, pour donner à la fois l'impression de danger, de puissance, et de manque de contrôle. Sa manière bien à lui de légèrement exagérer les expressions complimente la tonalité du scénario, en faisant apparaître la joie de vivre, l'entrain et la jeunesse des principaux personnages.

Ce tome comprend également 2 histoires courtes de 5 pages chacune, écrites par Slott et Christos Gage, assurant la continuité des situations d'une part d'Elcrto (dessins de Javier Rdriguez), d'autre part de Balck Cat (dessins de Guiseppe Camuncoli). Il comprend également les 10 couvertures variantes réalisées, entre autres, par Alex Ross, J. Scott Campbell, Skottie Young, Marcos Martin, Tim Sale, et Mike Deodato.

Alors que tous les lecteurs attendaient Dan Slott au tournant après "Superior Spider-Man", celui-ci réalise une histoire dense et rapide, s'appuyant sur les personnages et les changements de la vie Peter Parker, tout en évitant les résolutions évidentes et prévisibles. Il introduit une révélation énorme liée aux origines de Spider-Man (crossover "Original sin" oblige) pour laquelle le lecteur lui laissera le bénéfice du doute en attendant de savoir ce qu'il en fera. Humberto Ramos réalise des pages pleines de vie, qui expriment parfaitement le plaisir de Peter Parker d'être de retour parmi les vivants.


The MAXX: Maxximized Volume 1
The MAXX: Maxximized Volume 1
par Sam Kieth
Edition : Relié
Prix : EUR 18,60

4.0 étoiles sur 5 Une série singulière et bohème, 22 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : The MAXX: Maxximized Volume 1 (Relié)
Ce tome comprend les épisodes 1 à 4 de la série "Maxx", initialement parus en 1993, écrits et dessinés par Sam Kieth. Ce dernier a été assisté par William Messner-Loebs pour le scénario, et par Jim Sinclair pour les finitions des dessins. Ces numéros ont été remastérisés, c'est-à-dire que les planches originales ont bénéficié d'une nouvelle numérisation plus fine, et la mise en couleurs de Steve Oliff a été délaissée pour une nouvelle réalisée par Ronda Pattison. Le tome commence avec une introduction d'une page de Sam Kieth (datée du 11/09/2013) expliquant en quoi a consisté la remise en couleurs.

L'histoire débute dans une ruelle sombre et sale à New York. Un taxi dépose une femme en robe de soirée ; le chauffeur est de mèche avec les 2 sinistres individus qui l'agressent. Elle est sauvée par un colosse à la musculature impossible, tout habillé de violet (une sorte de costume de superhéros), avec une griffe énorme à chaque main, et une dentition de la mâchoire supérieure tout aussi impossible. The Maxx se fait embarquer par la police. La jeune femme n'a pas le temps de sortir de la ruelle qu'elle se fait à nouveau agresser par Mister Gone ; elle n'en réchappe pas cette fois.

Dans la voiture de patrouille, Maxx s'endort et rêve qu'il est le seigneur de l'Outback, protégeant la Reine de la Jungle (Jungle Queen). Dans un autre quartier, Julia Winters s'occupe du cas d'un paumé, en tant qu'assistante sociale établie à son compte. C'est elle qui va chercher Maxx dans sa cellule.

Voilà une série des plus improbables, et pourtant elle a eu le droit à une adaptation en dessin animé par la chaîne MTV : Maxx (Complete series). Avec la réédition de 2014, les lecteurs les plus curieux peuvent donc découvrir dans une belle édition, la série avec laquelle Sam Kieth a connu le succès, après avoir dessiné les débuts de Sandman (voir Preludes & nocturnes) de Neil Gaiman, et déjà collaboré avec Messner-Loebs sur Epicurus, the sage. Cette série a compté 35 numéros, dont l'épisode 21 écrit par Alan Moore.

Dès les premières pages, le lecteur constate que les dessins n'appartiennent pas à une veine réaliste. La morphologie de Maxx est impossible : poings plus gros que la tête, énorme griffe sans raison apparente, dentition délirante, etc. Ça continue avec la tête anormalement allongée de Mister Gone, les petites créatures sautillantes sans yeux appelées Izs, la façon dont Julie est attachée (en juste au corps rose, avec des liens attachés à un collier), la parure de plume de Maxx dans l'Outback, l'enchaînement abrupt de séquences, etc. Ce sentiment de déstabilisation se trouve encore renforcé par les formes des cases très hétéroclites, et la mise en page toujours différente d'une page à l'autre, passant d'un dessin pleine page, à une page comprenant 24 cases, et parcourant toute la gamme intermédiaire.

La lecture n'est pas éprouvante, mais ces épisodes dégagent un parfum de bande dessinée artistique et expérimentale. C'est la BD de Sam Kieth et il fait ce qu'il veut : une reine de la jungle avec une panthère, des petits monstres tout noirs et pleins de dents, un petit monstre tout noir dans le frigo, des petits monstres que les gens perçoivent comme des vieilles mémés toutes frêles, un robinet de salle de bain en forme de pie de vache, une baleine volante au dessus d'une plaine aride, une demoiselle en train de se faire couper les ongles des pieds par quelqu'un d'autre... Tout cela (et plus) se trouve dans ces 4 épisodes.

Le lecteur n'a donc d'autre choix que de se laisser porter par ces dessins fantasques et cette narration sibylline. Qui est The Maxx ? Mystère, impossible également de comprendre ce qu'est l'Outback. Comment est-il lié à Julie Winters ou à Mister Gone ? Mystère aussi. Néanmoins par son non-conformisme, cette histoire éclaire quelques stéréotypes sous un angle révélateur. Il y a par exemple l'attitude protectrice et virile de The Maxx vis-à-vis de Julie qui fait long feu, du fait qu'il soit complètement paumé, sans aucun contrôle ou compréhension des événements, alors que Julie refuse le rôle de victime avec astuce. Il y a les affrontements physiques, à la fois énormes et dérisoires, sans résultat concret. L'apparence de The Maxx est tellement grotesque et irréaliste que sa progression à travers la foule laisse à penser que cette apparence constitue plutôt la manière dont il se représente en son for intérieur, plutôt que son apparence réelle.

Dans le quatrième épisode, le contexte reste aussi décalé entre onirisme et absurde, mais le lecteur est invité à voir les événements par les yeux de Sarah James, une jeune femme en opposition avec sa mère (ex hippie), dont le père les abandonnées. Contre toute attente, Kieth et Messner-Loebs dresse un portrait psychologique juste et touchant d'une jeune adulte à la fois lucide et déboussolée.

Effectivement, ces premiers épisodes montrent que cette série ne ressemble à aucune autre. Elle tire son pouvoir de séduction des dessins pleins de personnalité de Sam Kieth, développant une ambiance fantasmatique envoutante, à défaut d'un scénario compréhensible. À condition de ne pas être trop cartésien, le lecteur pourra apprécier ces séquences bizarres autant qu'étranges, à ne pas prendre au pied de la lettre. À condition d'accepter la narration sciemment déstabilisante (qu'il s'agisse de l'intrigue décousue, ou des dessins et mises en page exagérés), il fera connaissance avec des individus singuliers et faillibles, ballotés par les circonstances sans se laisser faire, très attachants.


Mr. Punch - 20th Anniversary Edition
Mr. Punch - 20th Anniversary Edition
par Neil Gaiman
Edition : Relié
Prix : EUR 29,42

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Appréhender la réalité, 21 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mr. Punch - 20th Anniversary Edition (Relié)
Un homme se souvient de plusieurs épisodes de son enfance essentiellement lors de l'été de ses 8 ans : une partie de pêche avec l'un de ses grands pères, la découverte des spectacles de marionnettes de Punch et Judy, les agissements incompréhensibles et coupables des adultes qui l'entourent. Le narrateur contemple ses souvenirs d'enfants et les analyse à la lumière de sa maturité d'adulte pour prendre conscience de la signification de faits incompréhensibles à l'époque.

C'est sûr qu'avec un résumé pareil, le lecteur peut craindre une introspection intello, dans le mauvais sens du terme. La lecture de ce récit s'avère tout à fait différente. Il s'agit d'une bande dessinée avec un scénario de Neil Gaiman et des illustrations de Dave McKean, initialement parue en 1994. On a l'impression que ces 2 créateurs se sont retrouvés au summum de leur force créatrice pour aborder à nouveau (dans le sens "de manière nouvelle") les thèmes qu'ils avaient abordés en 1987 au début de leur carrière dans Violent Cases. Et cette fois-ci, le scénariste comme l'illustrateur sont dans la catégorie "talent exceptionnel" ; le lecteur n'a plus qu'à se laisser emmener dans ce monde enchanteur et à profiter.

Neil Gaiman enfourche ses dadas préférés, mais dans une construction littéraire plus élaborée que d'habitude. Le lecteur se trouve face à un narrateur qui effeuille ses souvenirs d'enfance et tout de suite les illustrations de Dave McKean font la différence. Il a pris le parti de rendre les scènes de théâtre de marionnettes avec des photomontages travaillés à l'infographie. Et la couverture est à elle toute seule un poème d'une force onirique sans égale. Il est facile de se perdre dans les détails et de s'interroger sur la présence d'un coquillage dans ce qui semble tout d'abord être un mécanisme d'horlogerie, comme il est facile de se laisser porter par le visage inquiétant de Punch qui domine cet improbable assemblage. Pour les personnages humains, il a choisi de les dessiner et de les encrer de manière traditionnelle, puis de les peindre. Mais son choix de formes évoque les expérimentations du des peintres du début du vingtième siècle. Cette juxtaposition de style renforce le décalage entre les individus, les lieux dans lesquels ils évoluent et les spectacles de Punch et Judy.

Comme d'habitude, Neil Gaiman insère des histoires dans l'histoire et un métacommentaire par le biais des spectacles de marionnettes. Cette fois-ci ce dispositif gagne en efficacité car il ne se limite pas à renvoyer un reflet déformé de la réalité ou à une simple mise en abyme. Ces spectacles ont une influence sur le jeune homme, sur sa perception des événements et ils peuvent être interprétés par le lecteur comme le sens des scènes qui échappe au jeune narrateur. Ils enrichissent autant l'histoire que les scènes du Black Freighter dans Watchmen. Et au final, le lecteur se rend compte dans la scène du mariage et dans la dernière scène à l'arcade que Gaiman est en train de broder subtilement sur le mythe de la caverne de Platon. Ces séquences fonctionnent d'autant mieux que Dave McKean trouve des représentations d'une grande élégance pour évoquer ce mythe, sans avoir recours à des illustrations littérales.

Neil Gaiman se sert à nouveau du point de vue de l'enfant pour réenchanter le monde. La capacité limitée des enfants à comprendre le monde qui les entoure leur permet d'évoluer dans un univers où la magie est présente, où chaque jour amène un lot de découvertes merveilleuses. Il leur est impossible d'être blasés comme des adultes usés par le quotidien. L'une des forces de Dave McKean est de savoir composer des images à nulle autre pareilles qui sont capables de capturer la féerie de l'enfance. McKean ne sert pas de photoshop pour en mettre plein la vue à ses lecteurs. Il s'en sert pour composer des tableaux à la fois impossibles et magnifiques, défiant la logique et capturant des associations d'idées indicibles et d'une beauté envoutante. Son talent de composition défie la logique pour atteindre le poétique et l'enchanteur. Il utilise tout le champ des possibles en terme de styles d'illustrations couvrant presque a totalité de la surface de la pyramide imaginée par Scott McCloud dans Understanding Comics. Sa maîtrise d'autant de styles relève presque de la magie.

C'est le mariage de ces 2 rêveurs experts dans leur art qui aboutit à une histoire défiant les lois naturelles pour transporter le lecteur dans le monde de la mémoire, sans oublier l'humour, l'émotion et la magie du monde. Pour être honnête et malgré le charme sous lequel je suis tombé, il faut avouer que cette histoire pourra déplaire aux esprits les plus cartésiens car il n'y a pas de véritable résolution, ni de vérité absolue quant aux questions du narrateur sur son passé et ceux de ses proches. Il règne également une angoisse diffuse par moment liée à la présence d'un bossu, d'une infidélité conjugale cachée, d'un potentiel avortement et de l'ombre de la folie.

Neil Gaiman et Dave McKean ont également créé la bande dessinée Signal to Noise. Ils ont réalisé 2 albums pour les enfants : The Wolves In The Walls & The Day I Swapped My Dad for Two Goldfish.

Et Dave McKean a continué à matérialiser ses visions intérieures dans des histoires courtes en bandes dessinées Pictures That Tick et dans une longue histoire en bande dessinée Cages. Et ses couvertures pour la série Sandman ont été regroupées dans Dust Covers: the collected Sandman covers.
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JIM STARLINS  KID KOSMOS GN KIDNAPPED TP
JIM STARLINS KID KOSMOS GN KIDNAPPED TP
par Jim Starlin
Edition : Broché
Prix : EUR 16,86

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Un monde en expansion, trop tôt abandonné, 21 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : JIM STARLINS KID KOSMOS GN KIDNAPPED TP (Broché)
Ce tome fait suite à Cosmic guard. Il contient ce qui correspond à 6 épisodes jamais parus, et regroupés ici directement en recueil, initialement paru en 2006. Cette histoire est écrite, dessinée, encrée et mise en couleurs par Jim Starlin, le créateur du personnage.

Le récit commence alors que Kid Kosmos fait face au président des États-Unis (George Bush junior) dans le bureau ovale, entouré de gardes du corps tous prêts à lui tirer dessus. Quelques temps en arrière, Ray Torres endormi faisait connaissance avec les 5 précédents Gardes Cosmiques dont l'essence réside encore dans son esprit : Paladin, Astral Berserker, Stellar Shadow, Behemoth et Wuflon. Après son réveil dans Sanctuary, Taint (une sorte de grosse méduse dans un tube à essai géant) lui assigne une mission de sauvetage sur Terre : empêcher un acte terroriste, consistant à faire sauter une centrale nucléaire proche de New York. Non seulement, Ray Torres ne remplit pas la fonction de héros (une intervention pathétique et sans gloire), mais en plus il se fait téléporter à des années de lumière de là, par un individu mystérieux appelé Hyperion Mors (un métamorphe très puissant qui a déjà damé le pion aux précédents Gardes Cosmiques).

Deuxième aventure (et probablement dernière) pour Ray Torres, il a toujours 12 ans, de grands yeux de type manga, et une capacité à se transformer en un individu adulte doté de superpouvoirs (conférés par une entité invisible dénommée Legacy), avec une sagesse héritée de son mentor avec lequel il peut converser quand il est endormi. Jim Starlin développe une histoire de grande envergure et il prend le temps nécessaire pour établir chaque personnage et chaque situation.

Le lecteur découvre donc dans une courte séquence les précédents Gardes Cosmiques, ce qui permet à Starlin d'inscrire son personnage dans une lignée. Accessoirement, il utilise également Astral Berserker pour donner la réplique à Paladin quand ils observent les actions de Kid Kosmos, les 2 se désolant de son manque d'expérience et de ses grossières erreurs. Alors que Starlin a posé les bases d'une opposition dichotomique entre de gentils rebelles et de méchants extraterrestres expansionnistes, il introduit le personnage d'Hyperion Mors, comme une troisième camp. Ce dernier a ses propres ambitions et son propre agenda, et une relation complexe avec les Gardes Cosmiques.

Ray Torres doit également choisir son nom de garde cosmique et l'annoncer devant une foule expectative (et finalement très déçue par son choix, un peu enfantin), se battre contre Hyperion Mors, se battre contre un deuxième représentant des Genociders, s'extirper des griffes des services secrets américains, et enfin retrouver sa maman.

Starlin parsème sa narration d'affrontements physiques, d'humour, de moments de détresse psychologique pour Ray, et de moments de réconforts auprès de ses amis (T'Chi et sa mère Europa, Oizus-13 et Zohal). Starlin réussit à tenir un équilibre précaire entre la psychologie d'un tout jeune adolescent (ayant appris tôt à ne compter que sur lui-même, en tant qu'orphelin) et un guerrier en devenir bénéficiant de la sagesse de son prédécesseur. Avec le recul, il peut y a voir une forme de frustration à savoir qu'il n'y a pas de suite à cette série, en se rendant compte que les Genociders n'apparaissent même par dans ce tome (pourtant l'ennemi principal).

D'un autre côté, l'implication de Jim Starlin est totale, puisqu'il a tout fait sauf le lettrage. Comme dans le tome précédent, il a décidé d'adopter une forme de rendu un peu caricatural pour les visages (avec une petite influence manga), sûrement pour leur donner plus de vie. Dans la mesure où cela ne s'applique qu'à Ray et son alter ego, le lecteur n'éprouve pas trop de difficulté à accepter ce parti pris esthétique singulier (et les visages farfelus des extraterrestres sont immunisés du fait de leur forme bizarre). Pour le reste, c'est du Jim Starlin pur jus, appliqué et soigneux. Il s'encre lui-même, à base de traits fins et méticuleux, aboutissant à une apparence des dessins, propre sur elle, détaillée et soignée.

Starlin a disposé du temps nécessaire pour peaufiner chaque case, décors et arrières plans compris (il a conservé le même logiciel infographique que dans le premier tome, avec un rendu satisfaisant et maîtrisé des effets spéciaux). Le lecteur familier de l'œuvre de l'auteur pourra reconnaître une ou deux morphologies d'extraterrestres familières, ainsi que des formes de vaisseaux spatiaux déjà vues. Néanmoins Starlin ne se cantonne pas au recyclage : Hyerion Mars est très réussi d'un point de vue graphique, ainsi que la grosse bébête des Genociders.

En tant que metteur en scène, Starlin compose des cases et des séquences toujours aussi évidentes de lisibilité. Pendant les séquences de dialogue, les personnages continuent de bouger ou de vaquer à leurs occupations, fournissant ainsi un intérêt visuel à la scène. Les combats ne sont pas vraiment chorégraphiés, mais la suite de mouvements des protagonistes fait sens. Le lecteur peut rétablir la suite logique de leurs mouvements respectifs, en cohérence avec le lieu où se déroule l'affrontement. Starlin se montre tout aussi convaincant dans les moments plus intimistes, quand Ray se retrouve face à mère, ou quand T'Chi essaye de lui apporter un réconfort affectif. Les émotions passent autant par les dialogues que par un langage corporel mesuré et juste.

La lecture de ce deuxième tome fait regretter que Jim Starlin n'ait pas poursuivi cette série, certainement faute de ventes suffisantes, car il a bâti avec aisance et conviction un univers cohérent, divertissant et original, peuplé de personnages attachants. Les plus curieux (et les amateurs de Starlin) pourront retrouver Kid Kosmos le temps d'une séquence dans le troisième tome de la série "Breed" : Book of revelations (2011), également entièrement réalisé par Jim Starlin.


Supreme Power - Volume 3: High Command
Supreme Power - Volume 3: High Command
par J. Michael Straczynski
Edition : Broché

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Fluctuations dans le paradigme, 20 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Supreme Power - Volume 3: High Command (Broché)
Ce tome fait suite à Powers & Principalities, et il regroupe les épisodes 13 à 18, les derniers de la série.

Un criminel doté de superpouvoirs s'amuse à parcourir les États-Unis (de la Terre 31916) en assassinant sauvagement des prostitués (avec démembrement, chambre des trophées, etc.). Nighthawk a décidé de mettre un terme à ses agissements ; il a requis l'aide de Mark Milton (Hyperion) et Stanley Stewart (Blur) qui ont accepté de mauvaise grâce. Les 3 se lancent donc dans une opération coordonnée de main de maître par Nighthawk pour capturer ce psychopathe criminel. Malgré des points de vue divergents et une intense implication peu commune de Nighthawk, l'opération réussit. C'est le début des vrais ennuis. Que faire du prisonnier ? L'armée n'en a pas fini avec Mark Milton et refuse toujours de le laisser en liberté. Nighthawk (qui est un humain normal) a sévèrement dérouillé. Stewart subit un chantage peu reluisant pour qu'il évite de divulguer toute la vérité sur ce combat. De son coté, Joe Ledger (Doctor Spectrum) a décidé de prendre en charge Kingsley Rice (Amphibian), mais il a été repéré par Zarda qui semble savoir à quoi sert son cristal. Et dans l'ombre, les militaires tentent par tous les moyens de gérer la situation en limitant les destructions et en faisant pression sur les uns et les autres.

JM Straczynski continue de tisser sa toile narrative en prenant son temps et en faisant ressortir les conflits moraux qui agitent ses personnages. Même si la série s'appelle "Supreme Power" et évoque le Squadron Supreme de Mark Guenwald, ne vous attendez pas à voir une équipe de superhéros en ordre de bataille. Straczynski laisse chaque personnage évoluer à son rythme sans brusquer les choses. C'est à la fois très agréable que chaque situation soit développée pour en tirer le meilleur parti et un peu frustrant de voir ces individus converger à vitesse de tortue vers une future réunion.

Straczynski crée une variation savoureuse sur le personnage de Batman. Kyle Richmond est noir et riche et il en veut à l'ordre établi comme peu d'autres personnes. Il crache sur le statu quo social et politique, et il voit les vestiges de l'esclavage dans chaque humiliation et chaque vexation. Stanley Stewart est issu d'un milieu défavorisé et il souhaite progresser par le biais du système en place. Mark Milton a bien assimilé qu'il vient d'ailleurs et que les règles des humains ne s'appliquent pas forcément à lui. Joe Ledger continue de servir l'armée tout en préservant ses intérêts et ses sentiments pour une très étrange créature sous-marine. À mon grand regret, la participation de Zarda est réduite à la portion congrue.

Straczynski ne se limite pas à développer des personnages complexes, il introduit également des dilemmes moraux et une quête de sens (quête très pragmatique, je vous rassure) pour plusieurs personnages. Pour commencer, Mark Milton a une place inédite dans l'ordre des choses : il est vraiment au dessus des autres habitants de la planète (en tout cas à part, à défaut d'au-dessus). Et il se retrouve balloté entre divers idéaux dont aucun n'est adapté à son cas particulier.

Ce qui rend cette lecture encore plus agréable est que Straczynski n'en oublie pas pour autant d'insérer des pointes d'humour, assez sophistiquées. Il adresse plusieurs clins d'oeil aux amateurs de superhéros tel Mark Milton qui disparaît du bureau d'un commissaire en train de lui expliquer la situation (comme l'aurait fait Batman avec James Gordon). Il y a un discours très savoureux de George Bush Junior. Et l y a ce moment déconcertant pendant lequel Mark Milton observe une stripteaseuse d'une façon inattendue.

La mise en image est à nouveau assurée par Gary Frank pour les dessins, et par John Sibal et Mark Morales pour l'encrage. J'ai eu le plaisir de retrouver tout ce que j'apprécie chez ce dessinateur : la précision des traits, le coté photoréaliste, la justesse des expressions faciales, la précision chirurgicale des combats, la fragilité des prostituées faméliques, les lunettes haute technologie de Nighthawk, l'altérité de Kingsley Rice, etc. À nouveau Zarda a une présence peu commune sur la page. Cette approche réaliste des représentations confère une grande force aux scènes de destructions brutales.

Ce tome était excellent et chaque personnage constitue un individu à part entière placé devant des décisions et des choix de vie complexes, avec une vraie connaissance des comics et des superhéros qui ne phagocyte cependant jamais le récit.

ET LA SUITE ? C'est un peu compliqué. Straczynski a écrit une minisérie consacrée à Hyperion avec des illustrations de Dan Jurgens, Daniel Way a écrit une histoire pour Nighthawk (illustrée par Steve Dillon), et Sam Barnes s'occupe du Doctor Spectrum (illustré par Travel Foreman). Ensuite la série a quitté la branche éditoriale MAX, pour revenir dans la branche Marvel traditionnelle pour un dernier tome par Straczynski (The Pre-War Years) avec Gary Frank. Après un crossover avec l'univers Marvel Ultimate, Howard Chaykin a écrit 12 épisodes de cette série Power to the People et Bright Shining Lies.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 21, 2014 1:48 PM CET


Batman: Gordon of Gotham
Batman: Gordon of Gotham
par Dennis O'Neil
Edition : Broché
Prix : EUR 17,03

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 2 histoires très efficaces, une histoire plus convenue, 20 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Batman: Gordon of Gotham (Broché)
Ce tome comprend 3 miniséries indépendantes, chacune en 4 épisodes : (1) Gordon's law, (2) GCPD, et (3) Gordon of Gotham. Grâce soit rendue aux adaptations de comics au grand écran ou à la télévision : c'est certainement la série "Gotham city" sur le petit écran qui a incité les responsables éditoriaux à rééditer ces histoires dans un recueil, pour profiter d'un phénomène de synergie entre ces 2 médias.

-
- Gordon's law (1996, scénariste : Chuck Dixon, dessinateur & encreur : Klaus Janson) - À Gotham, un groupe de voleurs bien organisés s'est attaqué à la réserve fédérale. James Gordon arrive pour négocier et faire libérer les otages. Les criminels réussissent à s'enfuir en emportant un beau pactole, et en laissant derrière eux 4 flics morts. Dans un service confidentiel de la police, le capitaine Hugh H. Danzizen recrute un policier fraîchement sorti de l'école de police pour l'infiltrer dans cette bande. Dans la cage d'escalier d'un immeuble, Steve Smith (un flic désabusé) fait en sorte qu'un individu louche trébuche dans l'escalier. Quelques jours plus tard, un billet volé dans la réserve accompagne la découverte d'un cadavre.

Chuck Dixon a écrit les aventures de Batman de 1991 à 1999, en menant de front les 2 séries "Batman" et "Detective comics" pendant 6 ans. Sa familiarité avec les personnages secondaires de Batman se ressent dans ces 4 épisodes, qu'il s'agisse de James Gordon, de Sarah Essen-Gordon, d'Harvey Bullock, de Renée Montoya, de Billy Pettit, ou de Barbara Gordon (et même Pamela Bell, la nouvelle venue). Les personnages disposent de suffisamment d'épaisseur pour avoir ce qu'il faut de personnalité et de motivations. Gordon est crédible en flic intègre, tâchant de tenir Batman à l'écart pour laver son linge sale en famille, car il subodore que le coup a été fait par des individus disposant d'informations confidentielles (= des fonctionnaires de police).

Dixon a construit un thriller sur fond de procédure policière, avec un agent infiltré, très bien agencé. Le lecteur essaye de devancer l'enquête sur la base des indices et des motivations, sans deviner l'issue du récit. Le rythme est soutenu, et l'histoire est dense, avec ce qu'il faut de noirceur. S'il ne s'agit pas d'un polar révélateur des noirceurs de l'âme humaine, il s'agit d'un polar bien mené et divertissant.

Les responsables éditoriaux ont confié les dessins à un vétéran des comics : Klaus Janson. La lecture permet de constater que cet artiste a disposé du temps nécessaire pour peaufiner ses dessins. Janson a fait un effort pour éviter les perspectives hasardeuses qui entachent parfois quelques cases. Il réalise des dessins présentant une solide densité d'informations visuelles, qu'il s'agisse des tenues vestimentaires, ou des arrières plans. Chaque personnage est habillé de manière plausible. Chaque séquence se déroule dans des endroits clairement définis, dans des décors fournis et en 3 dimensions. Comme à son habitude, Janson réalise un encrage lourd et abrasif, qui donne une densité à chaque image, ainsi que des rebords déchiquetés. Il en découle une atmosphère rugueuse et usée, en parfaite adéquation avec la tonalité du récit.

Sans être un polar révélateur de son milieu, cette histoire s'adresse à des adultes, pour un récit noir et plausible. 4 étoiles.

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- GCPD (1997, scénariste : Chuck Dixon, dessinateur : Jim Aparo, encreur : Bill Sienkiewicz) - L'histoire s'ouvre avec une séquence où Harvey Bullock brutalise un supercriminel de série Z (Abner Krill, alias Polka Dot Man), jusqu'à le blesser sérieusement. Renée Montoya est écœurée par son comportement et accepte immédiatement la proposition de Sarah Essen-Gordon pour changer de service. Sa première mission est de servir de doublure à la femme d'un diplomate menacé par un groupe de rebelles. Bullock a les bœuf-carottes sur le dos parce que Krill a porté plainte. Pendant ce temps là, un groupe de bandits réalise des cambriolages de haut vol et négocie par la suite avec la compagnie d'assurances pour revendre leur butin.

Pour cette deuxième histoire mettant en scène les inspecteurs de Gotham, Chuck Dixon n'a pas perdu la main. Le lecteur a l'impression de côtoyer des collègues de travail qui se connaissent bien et qui s'apprécient, même si certains préfèrent s'éviter (Montoya & Bullock). Les 2 enquêtes se révèlent bien tordues et épineuses à souhait. À nouveau Dixon fait preuve d'une grande adresse et d'une vraie sensibilité dans la manière dont il fait émerger les personnalités de chacun.

Il introduit un nouveau partenaire pour Bullok : Kevin Soong. Les origines de ce dernier permettent à Bullock d'exprimer toute son indélicatesse, au travers de remarques discriminatoires sur les asiatiques. Il est à la fois insupportable d'idiotie et de préjugés bas du front, et très attachant dans son ignorance. Le duo formé par Caz Salucci et le lieutenant Stanley Lawrence Kitch est tout aussi savoureux. Dixon ajoute une couche de sarcasme avec l'enquête sur les vols de fournitures de bureau au commissariat, tout aussi dérisoire qu'indispensable.

Cette fois-ci, c'est Jim Aparo, grand spécialiste de Batman, qui assure les dessins. Le lecteur familier de cet artiste reconnaît immédiatement sa façon de dessiner les personnages, ou de les représenter dans une posture et avec un angle de vue qui accentuent leur mouvement. Parfois cette approche des séquences confère un petit goût de superhéros, pas forcément en adéquation avec la nature du récit, mais il ne s'agit que de moments occasionnels. Aparo bénéficie de l'encrage très abrasif (et un peu pince-sans-rire pour certaines expressions de visage) de Bill Sienkiewicz. Cet apport est déterminant pour donner une apparence adulte aux personnages et aux décors, sans rien perdre de la personnalité graphique d'Aparo. Le lecteur qui ne serait pas familier de ce dernier appréciera des dessins consistants, au fini râpeux, avec quelques postures étranges. Le lecteur familier d'Aparo sera satisfait de ce fini adulte, mais parfois déconcerté par cette différence avec le style plus superhéros d'Aparo et le résultat plus mature.

Cette deuxième histoire est aussi bien construite que la première, avec des personnages tout aussi adultes et peut-être encore plus attachants, toujours avec des dessins bien adaptés à la tonalité adulte du récit. 4 étoiles.

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- Gordon's law (1998, scénariste : Dennis O'Neil, dessins & encrage : Dick Giordano & Klaus Janson) - Sur un toit de Gotham, James Grdon raconte à Batman quelle boulette l'a contraint à partir de Chicago au début de sa carrière (comme mentionné dans Year one). Jeune officier de police à l'époque, il était en but à l'hostilité de la population devant ces porcs, représentant de l'autorité fascisante (évocation des années hippies). Gordon s'attire rapidement l'inimitié d'un collègue qui trempe dans des affaires louches avec le préfet de police. Sa femme (Barbara Eileen Gordon) lui reproche de ne pas être assez à la maison, et finit par partir chez sa sœur. Pour des raisons qu'il ne comprend pas, il bénéficie de l'aide d'un agent spécial, au nom de code de Cuchulain.

Changement de scénariste, changement de ton, Dennis O'Neil situe son récit dans le passé, les années 1960, même si elles ne sont pas nommées. La réaction des civils correspond au rejet de l'establishment de l'époque. Gordon est un jeune flic intègre qui doit faire face à un collègue réactionnaire au possible. L'intrigue en elle-même repose sur une fraude assez originale.

Par contre, le lecteur se rend vite compte qu'O'Neil a conservé des tics narratifs datant d'une époque révolue des aventures de Batman, personnage dont il a écrit les aventures de 1970 à 1975 (dont une partie dessinée par Neal Adams). Il y a le dispositif de cadrage (Batman et Gordon discutant sur un toit), et cet agent spécial apparaissant toujours à point nommé pour sauver Gordon, sans parler de l'affrontement final. Sans être franchement mauvais, ces dispositifs sont un peu durs à accepter, après les récits naturalistes et fluides de Dixon.

Au vu des crédits, Janson et Giordano semblent se partager à part égale les dessins et l'encrage, l'un assurant plutôt les dessins dans un épisode et l'autre l'encrage, puis inversement. Là encore la comparaison avec la première minisérie du tome fait apparaître des dessins plus gauches, et moins acérés. Globalement le résultat est d'un niveau satisfaisant, avec une approche assez réaliste, mais des personnages moins bien définis évoluant dans des décors moins substantiels.

Cette dernière histoire est un peu plus faible que les 2 précédentes, même si le suspense perdure jusqu'à la fin. 3 étoiles.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 21, 2014 2:02 PM CET


Marvel Zombies, Tome 2 : Le goût de la mort
Marvel Zombies, Tome 2 : Le goût de la mort
par Robert Kirkman
Edition : Broché

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Ceci n'est pas une redite., 19 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Marvel Zombies, Tome 2 : Le goût de la mort (Broché)
Ce tome fait suite à La famine auquel l'histoire fait référence régulièrement. Il contient les 5 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2007/2008, écrits par Robert Kirkman (l'auteur de Walking Dead), dessinés et encrés par Sean Phillips, et mise en couleurs par June Chung.

40 ans après les événements du premier tome, les zombies dans l'espace se rendent compte qu'ils ont tout bouffé. Le groupe se compose de Phoenix (Jean Grey), Iron Man (Tony Stark), Wolverine (Logan), Hulk (Bruce Banner), Giant Man (Hank pym), Spider-Man (Peter Parker) Power Man (Luke Cage), Gladiator et Firelord (Thanos apparaît brièvement, mais ne reste pas longtemps). Ils décident de rentrer sur Terre pour mettre la main sur la machine à passer d'une dimension à une autre, celle de Reed Richards.

Sur Terre les rescapés se sont organisés autour de T'Challa, devenu régent. Les zombies restant ont réussi à maîtriser leur faim dévorante et vivent en bonne intelligence avec cette petite communauté. Un enfant retrouve même la tête d'Hawkeye (Clint Barton) qu'il prend avec lui pour la ramener au village.

Après l'outrage iconoclaste et sacrilège du premier tome, la barre était placée très haut. Robert Kirkman, explique dans la postface qu'il a souhaité écrire une histoire nouvelle, plutôt que de se contenter de réitérer le même jeu de massacre. Du coup, il se trouve dans l'obligation d'accorder un peu d'intelligence aux zombies, et de les rafistoler.

Le lecteur peut éprouver un sentiment de décalage, en voyant ces zombies dotés de conscience et de raison, capables de parler distinctement, en conservant même leur personnalité originelle. Par exemple Spider-Man recommence à aligner les vannes, les réparties et les saillies sarcastiques. Il est même capable de développer une longue tirade face à Luke Cage pour exposer son regret d'une vie consacrée à bouffer tout ce qui se trouve sur son chemin. De la même manière, Tony Stark et Hank Pym ont conservé assez de capacité mémorielle pour se souvenir de la machine de Reed Richards. Le fonctionnement de Janet van Dyne est encore plus opérationnel et normal dans la communauté des humains.

Du coup, dans un premier temps, le lecteur se sent un peu lésé de voir ces zombies réduits à de simples individus affectés d'une maladie contagieuse, et à la faim dévorante, ou calmée. Certes le sort d'Ego la planète vivante rappelle le caractère insatiable de cette faim, mais c'est un peu juste en termes d'horreur. Kirkman a également demandé à Phillips de montrer les superhéros zombies avec des prothèses pour qu'ils retrouvent la capacité de se déplacer de manière autonome. Wolverine a même retrouvé toutes ses griffes.

Le lecteur suit donc avec un intérêt amoindri le chemin du retour des superhéros zombies, et la remise en question de l'autorité de T'Challa par Malcolm Cortez (le fils de Fabian Cortez). Les dessins de Phillips sont bien noirs, avec un encrage un peu pâteux qui rend compte de la noirceur de la situation, mais rien de très gore ou outrageant. Kirkman s'amuse avec ses jouets (les superhéros Marvel), avec des choix qui laissent à désirer (Thanos dévoré comme le premier venu, ou Phoenix en zombie sans se servir de la force Phénix). Le lecteur peut également se demander pourquoi Kirkman a tenu à inclure Frenzy (Joanna Cargill, personnage des plus secondaires dans la mythologie Marvel, difficile à identifier pour un non initié).

Il faut patienter jusqu'au troisième épisode pour les auteurs se lâchent un peu, voire beaucoup. Ça commence avec une calotte crânienne coupée en deux et la cervelle à l'air libre qui coule, puis ça continue avec un superhéros de premier plan déchiré en 2 par un autre affamé et très puissant. Les 2 épisodes suivants comportent leur lot d'images choc, avec un savant dosage de Phillips entre ce qui est montré et ce qui est suggéré pour une efficacité maximale.

Robert Kirkman n'est pas en reste en recommençant à montrer les superhéros Marvel dans des actes vils et cruels, avec un coup de projecteur sur Hulk plus incontrôlable que jamais. Il propose également une version bien décapante de Captain America, débile à souhait. Par contre l'intrigue suit son cours pour arriver sur une fin ouverte, pas très satisfaisante. Phillips réalise une prestation plus intéressante, avec ces moments bien abjects, ces zombies aux lèvres absentes, dénudant leurs gencives et leurs dents acérées, ainsi que leurs expressions primales. Par contre il est moins convaincant dans les combats physiques, et comme dans beaucoup de comics, les arrières se simplifient au fur et à mesure des pages et des épisodes.

Comme pour la première minisérie, les couvertures restent un met de choix pour gourmet consentant. Elles ont à nouveau été réalisées par Arthur Suydam en pleine forme. Le responsable éditorial de ce recueil a pris la peine de rappeler en petite vignette la couverture originale dont s'est inspiré Suydam pour la zombifier. Ça commence très fort avec une réinterprétation de la couverture du premier épisode de Civil War réalisée par Michael Turner, avec un œil pendant hors de l'orbite de la tête de Wolverine. Ça continue avec la première apparition de la Torche Humaine (Jim Hammond), encore plus inquiétant et affamé. Il y a ensuite une réinterprétation très pince-sans-rire de la première couverture dédiée à Iron Man, un hommage déglingué à Jim Steranko, et un face-à-face entre Thor et le Silver Surfer du meilleur effet (le Surfer tenant sa tête dans la main).

Pour cette deuxième histoire, il faut reconnaître à Robert Kirkman le courage et l'honnêteté intellectuelle de ne pas s'être contenté de reproduire le même schéma que pour la première. Toutefois son intrigue se limite à faire s'affronter les superhéros zombies de retour vers la Terre, contre la communauté d'humains soumise à une lutte de pouvoir, avec des zombies de plus en plus humains. Sean Phillips s'acquitte avec intelligence de donner corps à ces chairs en putréfaction, à ces zombies à la faim dévorante, avec un sens très sûr du dosage de ce qui peut être montré. Le lecteur a la surprise de découvrir plusieurs moments vraiment horrifiques, et un humour bien noir et irrévérencieux dans quelques scènes. Le tout est rehaussé par des couvertures toujours exceptionnelles d'Arthur Suydam.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 21, 2014 8:00 AM CET


Marvel Zombies 2
Marvel Zombies 2
par Robert Kirkman
Edition : Broché
Prix : EUR 13,53

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Ceci n'est pas une redite., 19 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Marvel Zombies 2 (Broché)
Ce tome fait suite à Marvel Zombies auquel l'histoire fait référence régulièrement. Il contient les 5 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2007/2008, écrits par Robert Kirkman (l'auteur de The walking dead), dessinés et encrés par Sean Phillips, et mise en couleurs par June Chung. Cette histoire a été compilée dans Marvel Zombies - The complete collection volume 2, avec les miniséries Marvel Zombies 3 et 4, et "Marvel Zombies return".

40 ans après les événements du premier tome, les zombies dans l'espace se rendent compte qu'ils ont tout bouffé. Le groupe se compose de Phoenix (Jean Grey), Iron Man (Tony Stark), Wolverine (Logan), Hulk (Bruce Banner), Giant Man (Hank pym), Spider-Man (Peter Parker) Power Man (Luke Cage), Gladiator et Firelord (Thanos apparaît brièvement, mais ne reste pas longtemps). Ils décident de rentrer sur Terre pour mettre la main sur la machine à passer d'une dimension à une autre, celle de Reed Richards.

Sur Terre les rescapés se sont organisés autour de T'Challa, devenu régent. Les zombies restant ont réussi à maîtriser leur faim dévorante et vivent en bonne intelligence avec cette petite communauté. Un enfant retrouve même la tête d'Hawkeye (Clint Barton) qu'il prend avec lui pour la ramener au village.

Après l'outrage iconoclaste et sacrilège du premier tome, la barre était placée très haut. Robert Kirkman, explique dans la postface qu'il a souhaité écrire une histoire nouvelle, plutôt que de se contenter de réitérer le même jeu de massacre. Du coup, il se trouve dans l'obligation d'accorder un peu d'intelligence aux zombies, et de les rafistoler. Le lecteur peut éprouver un sentiment de décalage, en voyant ces zombies dotés de conscience et de raison, capables de parler distinctement, en conservant même leur personnalité originelle. Par exemple Spider-Man recommence à aligner les vannes, les réparties et les saillies sarcastiques. Il est même capable de développer une longue tirade face à Luke Cage pour exposer son regret d'une vie consacrée à bouffer tout ce qui se trouve sur son chemin. De la même manière, Tony Stark et Hank Pym ont conservé assez de capacité mémorielle pour se souvenir de la machine de Reed Richards. Le fonctionnement de Janet van Dyne est encore plus opérationnel et normal dans la communauté des humains.

Du coup, dans un premier temps, le lecteur se sent un peu lésé de voir ces zombies réduits à de simples individus affectés d'une maladie contagieuse, et à la faim dévorante, ou calmée. Certes le sort d'Ego la planète vivante rappelle le caractère insatiable de cette faim, mais c'est un peu juste en termes d'horreur. Kirkman a également demandé à Phillips de montrer les superhéros zombies avec des prothèses pour qu'ils retrouvent la capacité de se déplacer de manière autonome. Wolverine a même retrouvé toutes ses griffes.

Le lecteur suit donc avec un intérêt amoindri le chemin du retour des superhéros zombies, et la remise en question de l'autorité de T'Challa par Malcolm Cortez (le fils de Fabian Cortez). Les dessins de Phillips sont bien noirs, avec un encrage un peu pâteux qui rend compte de la noirceur de la situation, mais rien de très gore ou outrageant. Kirkman s'amuse avec ses jouets (les superhéros Marvel), avec des choix qui laissent à désirer (Thanos dévoré comme le premier venu, ou Phoenix en zombie sans se servir de la force Phénix). Le lecteur peut également se demander pourquoi Kirkman a tenu à inclure Frenzy (Joanna Cargill, personnage des plus secondaires dans la mythologie Marvel, difficile à identifier pour un non initié).

Il faut patienter jusqu'au troisième épisode pour les auteurs se lâchent un peu, voire beaucoup. Ça commence avec une calotte crânienne coupée en deux et la cervelle à l'air libre qui coule, puis ça continue avec un superhéros de premier plan déchiré en 2 par un autre affamé et très puissant. Les 2 épisodes suivants comportent leur lot d'images choc, avec un savant dosage de Phillips entre ce qui est montré et ce qui est suggéré pour une efficacité maximale.

Robert Kirkman n'est pas en reste en recommençant à montrer les superhéros Marvel dans des actes vils et cruels, avec un coup de projecteur sur Hulk plus incontrôlable que jamais. Il propose également une version bien décapante de Captain America, débile à souhait. Par contre l'intrigue suit son cours pour arriver sur une fin ouverte, pas très satisfaisante. Phillips réalise une prestation plus intéressante, avec ces moments bien abjects, ces zombies aux lèvres absentes, dénudant leurs gencives et leurs dents acérées, ainsi que leurs expressions primales. Par contre il est moins convaincant dans les combats physiques, et comme dans beaucoup de comics, les arrières se simplifient au fur et à mesure des pages et des épisodes.

Comme pour la première minisérie, les couvertures restent un met de choix pour gourmet consentant. Elles ont à nouveau été réalisées par Arthur Suydam en pleine forme. Le responsable éditorial de ce recueil a pris la peine de rappeler en petite vignette la couverture originale dont s'est inspiré Suydam pour la zombifier. Ça commence très fort avec une réinterprétation de la couverture du premier épisode de Civil War réalisée par Michael Turner, avec un œil pendant hors de l'orbite de la tête de Wolverine. Ça continue avec la première apparition de la Torche Humaine (Jim Hammond), encore plus inquiétant et affamé. Il y a ensuite une réinterprétation très pince-sans-rire de la première couverture dédiée à Iron Man, un hommage déglingué à Jim Steranko, et un face-à-face entre Thor et le Silver Surfer du meilleur effet (le Surfer tenant sa tête dans la main).

Pour cette deuxième histoire, il faut reconnaître à Robert Kirkman le courage et l'honnêteté intellectuelle de ne pas s'être contenté de reproduire le même schéma que pour la première. Toutefois son intrigue se limite à faire s'affronter les superhéros zombies de retour vers la Terre, contre la communauté d'humains soumise à une lutte de pouvoir, avec des zombies de plus en plus humains. Sean Phillips s'acquitte avec intelligence de donner corps à ces chairs en putréfaction, à ces zombies à la faim dévorante, avec un sens très sûr du dosage de ce qui peut être montré. Le lecteur a la surprise de découvrir plusieurs moments vraiment horrifiques, et un humour bien noir et irrévérencieux dans quelques scènes. Le tout est rehaussé par des couvertures toujours exceptionnelles d'Arthur Suydam.


Batman: Arkham Asylum Living Hell Deluxe Edition
Batman: Arkham Asylum Living Hell Deluxe Edition
par Dan Slott
Edition : Relié
Prix : EUR 19,48

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Ne pas ramasser la savonnette dans les douches communes, 18 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Batman: Arkham Asylum Living Hell Deluxe Edition (Relié)
Il s'agit d'une histoire complète et indépendante de toute autre ; il vaut mieux être familier des principaux ennemis de Batman pour pouvoir pleinement l'apprécier. Ce tome comprend les 6 épisodes de la minisérie, initialement publiés en 2003, avec un scénario de Dan Slott, des dessins de Ryan Sook, un encrage de Wade von Grawbadger et Jim Royal, une mise en couleurs de Lee Loughridge, et des couvertures d'Eric Powell.

Il y a un siècle ou deux, dans la cave de la bâtisse où sera plus tard construit l'asile d'Arkham, un individu se livre à des pratiques médicales interdites dans le plus grand secret. De nos jours, un juge rend son verdict. Warren White (surnommé le grand requin blanc) s'est rendu coupable de fraudes à grande échelle, s'étant toujours vanté que seules les petites gens payent des impôts. Pour éviter le pire, son avocat a plaidé la folie. Le juge retient cet argument, White évite la prison mais la sentence le condamne à un internement à l'asile d'Arkham. Dans le véhicule qui le transfère sur place, il voyage avec Mad Hatter, Scarecrow et Riddler. C'est dans ces conditions qu'il découvre cet établissement dont il n'avait jamais entendu parler. Il partage une cellule avec un tueur en série persuadé de communiquer avec des fantômes. Lors de sa première douche, il fait tomber sa savonnette et c'est le Joker qui lui ramasse. Il se rend régulièrement aux consultations avec Anne Carver, la psychiatre d'Arkham, bien décidé à réussir à la soudoyer pour être transféré dans un autre établissement.

Pendant des années, Arkham asylum (1989, de Grant Morrison et Dave McKean) a été la meilleure vente de recueil de DC Comics. Il était donc logique que l'éditeur essaye de décliner ce concept en franchise. Pour commencer, l'asile d'Arkham est souvent apparu dans les séries mensuelles de Batman (par exemple Last Arkham, 1992), mais pas de minisérie à l'horizon. Lorsque le lecteur plonge dans "Living Hell" (qui porte donc l'étiquette "Arkham asylum"), il éprouve l'impression d'un récit sympathique, sans prétention. Certes il y a les couvertures d'Eric Powell (créateur et auteur de The Goon), légèrement exagérées, sombres à souhait, avec un savoureux fumet gothique, mais ce n'est pas lui qui dessine l'intérieur.

La première scène semble n'être là que pour souligner que le site d'Arkham a toujours été le lieu de meurtres perpétrés par des individus pas très bien dans leur tête. Certes, White côtoie des grands criminels (Joker, Killer Croc, etc.), mais le lecteur sait que la règle dans ce genre de récit est que ces personnages ne connaîtront pas d'évolution significative. Or les nouveaux personnages introduits brillent par leur simplisme : Doodlebug (prêt à tuer pour ses graffitis), Junkyard Dog (trouvant ses armes dans les ordures), Jane Doe (une amnésique experte dans l'art de décrypter le profil psychologique d'un individu pour assumer sa personnalité). Slott semble reprendre la recette utilisée par Alan Grant des années auparavant, enrichissant la galerie d'ennemis de Batman avec des criminels normaux (= sans superpouvoirs), mais avec un sacré grain (par exemple Zsasz). Les dessins de Ryan Sook sont sympathiques, entre simplisme et insistance prononcée à dessiner des visages habités par d'étranges émotions peu réconfortantes. Lee Loughridge insiste sur des teintes sombres et inquiétantes, pour une ambiance vaguement menaçante.

Mais il y a cette scène (très chaste) sous la douche, avec un Joker très suave, dans laquelle Slott manie le sous-entendu avec retenue (ne jamais se baisser dans une douche commune en prison) et Sook donne une interprétation visuelle du Joker originale et déstabilisante. Quelques scènes plus loin, il y a une relation sexuelle (non explicite) tarifée entre 2 détenus). Slott développe plusieurs personnages très originaux, avec chacun leur histoire sortant de l'ordinaire : Aaron Cash (le responsable de la sécurité, avec une mise en scène de sa motivation remarquable), Jane Doe (avec ses méthodes empruntées à Monsieur Ripley de Patricia Highsmith), et le plus étonnant de tous Humphry Dumpler (aussi simplet qu'imprévisible, avec une apparence aussi naïve que stressante). Décidemment il ne s'agit pas d'une histoire pour les enfants, et les personnages présentent une épaisseur insoupçonnée, Warren White refusant également de jouer la simple victime effarouchée dans ce milieu angoissant.

Au bout de 2 épisodes, le lecteur s'est préparé à avoir une succession d'histoires courtes, n'ayant que comme seul fil conducteur la présence de Warren White. Son sentiment se confirme avec le troisième épisode, consacré à Humphry Dumpler (Humpty Dumpty), personnage s'exprimant en rimes, avec une narration s'apparentant à celle d'un conte pour enfant. Slott s'en tire avec adresse, insérant même une référence à l'époque où Batman se battait dans des décors de machines à écrire géantes, le "Sprang act" qui a interdit la construction de ces objets géants et leur implantation à Gotham (en référence à Dick Sprang). Avec un sourire de suffisance, le lecteur entame la deuxième moitié du tome, ayant bien compris qu'il aura droit à 3 autres récits distrayants à la saveur originale. C'était sous-estimer Dan Slott qui a bel et bien construit une intrigue en bonne et due forme, savamment tissée pour que tous les fils des intrigues secondaires finissent par participer à une intrigue principale, avec une habilité remarquable. La scène d'ouverture finit elle aussi par s'intégrer au schéma narratif global, pour une histoire prenant un tournant vers le surnaturel, avec participation du Demon de Jack Kirby.

Comme beaucoup de ses collèges, Ryan Sook s'intéresse plus aux personnages qu'aux décors, laissant Lee Loughridge combler les arrières plans avec des camaïeux appropriés. Il est visible dans ce récit qu'il est fortement influencé par Kevin Nowlan (ou Modern Masters volume 4), en particulier dans la façon de dessiner les contours d'un trait fin d'épaisseur constante, et de réduire à leur plus simple expression les traits des visages. Mais il a bien appris sa leçon et il sait également reproduire la manière dont il utilise l'épaisseur des traits pour conférer des expressions ambigües ou menaçantes aux personnages. Il conçoit également des apparences spécifiques pour chaque personnage, les rendant immédiatement reconnaissables. Pour une raison mystérieuse, il dessine souvent les individus avec des épaules tombantes. Même si Sook abuse de la facilité qui consiste à se passer de dessiner des décors, ses personnages possèdent une forte présence dans chaque case (avec une interprétation aussi personnelle que convaincante du Joker), et Loughridge masque avec efficacité ce manque d'arrières plans.

Parti pour une suite d'épisodes plaisant mais sans grande envergure, le lecteur découvre petit à petit des personnages inoubliables et pour certains improbables (Aaron Cash, Warren White, Jane Doe, Humphry Dumpler), dont les actions finissent par s'insérer dans une intrigue consistante et intelligente, avec des sous-entendus pas si innocents que ça. La personnalité graphique de Sook lui permet de se faire pardonner la trop grande absence de décors.

DC Comics remettra encore un peu de temps avant de réussir à capitaliser sur le nom "Arkham Asylum" : Joker's asylum (2008), Arkham reborn (2009), Arkham asylum - Madness (2010), Joker's asylum Vol. 2 (2010), etc.
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Deathblow Deluxe Edition
Deathblow Deluxe Edition
par Brandon Choi
Edition : Relié
Prix : EUR 21,45

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Pour l'aspect visuel, 18 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Deathblow Deluxe Edition (Relié)
Ce tome regroupe les épisodes 0 à 12 de la série Deathblow, initialement parus entre 1993 et 1996. Tous les scénarios sont écrits par Mike Choi et Jim Lee. Ce dernier a dessiné et encré les épisodes 0 à 3 (avec l'aide de Tim Sale pour l'épisode 3). Tim Sale a dessiné et encré les épisodes 4 à 12, avec l'aide Sal Regla pour l'encrage de l'épisode 8, et de Trevor Scott pour les dessins et l'encrage de l'épisode 12. Ces 13 épisodes forment une histoire complète avec une fin, qui se déroule dans l'univers partagé Wildstorm.

Dans l'univers partagé Wildstorm de l'époque, le gouvernement des États-Unis dispose d'un service secret appelée IO (International operations) dirigée par John Lynch. Cette agence supervise plusieurs équipes (dont Team 7) et plusieurs agents, dont Michael Cray, un colosse surentraîné à toutes les techniques de combats, et aux maniements de tout type d'armes. Au début du récit, Cray est envoyé en Iraq pour une mission d'espionnage dans une base. Il fait équipe avec quelques agents dont un dénommé Travis. Contre sa volonté, cette mission se solde par la libération de l'Ange de la Mort. De retour aux États-Unis, il apprend qu'il est atteint d'un cancer généralisé et qu'il ne lui reste plus que quelques semaines à vivre. Parallèlement, un tueur en série appelé Herod s'en prend à des petits garçons. À New York, un jeune garçon semble capable de ressusciter les morts. L'apocalypse est pour demain.

Jim Lee est inscrit dans les annales des comics pour avoir fait souffler un vent de fraîcheur (et de dynamisme) dans la série X-Men, puis avoir cofondé Image Comics, avoir dessiné l'une des histoires de Batman les plus mémorables (Hush), avoir collaboré avec Frank Miller (All Star Batman and Robin, the boy wonder) et être devenu l'un des 3 responsables de DC Comics. Lorsqu'il était le président directeur général de Wildstorm (sa branche d'Image comics), il a réalisé la série des WildCats, ainsi que participé au démarrage d'autres séries comme "Deathblow", ou Divine Right: the adventures of Max Faraday. Tim Sale est un dessinateur tout aussi réputé, grâce à ses collaborations ultérieures avec Jeph Loeb pour DC (par exemple Dark victory) ou pour Marvel (par exemple Daredevil: Yellow).

Le principal attrait de ce tome réside donc dans l'aspect graphique du récit, qui a tellement énervé Frank Miller. Ce dernier a vu dans ces planches (celles de Lee et celles de Sale) un plagiat de son travail sur la série Sin City (à commencer par The hard goodbye), en particulier de son approche graphique basée sur un contraste maximal entre noir et blanc, avec des formes simplifiées jusqu'à l'épure. À plusieurs reprises, le lecteur éprouve effectivement la sensation d'une décalque d'un élément de Sin City : la jeune femme qui danse dans un bar avec sa chevelure tellement blonde qu'elle en est blanche, le fort niveau de contraste entre blanc & noir, les stores vénitiens, les ombres portées qui recouvrent les personnages.

Néanmoins les dessins de Jim Lee comportent toujours un niveau de détail beaucoup plus important que ceux de Frank Miller. Lee s'inspire du style de Miller sur Sin City, mais en n'en retenant que la surface (de gros aplats de noir et forts contrastes), sans en reproduire l'essence, c'est-à-dire la recherche d'une épure formelle. De la même manière Tim Sale n'a pas la maîtrise de l'abstraction de Miller, ni même son sens de la mise en scène. Cet artiste est dans une phase de transition qui l'amènera à trouver son propre style pour ses créations avec Jeph Loeb. Effectivement de temps à autre, Sale est plus proche du plagiat que de l'hommage le temps de 2 ou 3 cases. Toutefois, il s'agit de séquences brèves et peu nombreuses.

Le lecteur pénètre donc dans un monde graphique à la personnalité très forte, mais pas toujours très fluide pour les pages de Jim Lee. La distribution des aplats de noir est parfois maladroite au point que le lecteur doit faire un effort pour distinguer ce qui appartient à une case, et ce qui appartient à celle du dessous. Par comparaison, Tim Sale maîtrise mieux ses cadrages, et le dosage d'informations visuelles qu'il insère dans chaque case. Au final c'est un voyage graphique très intense, toujours intéressant, même s'il y a quelques cahots et ornières sur la route. Jim Lee et Tim Sale créent une ode visuelle à la virilité hors de proportion (la carrure de Deathblow), à l'usage des armes à feu, aux opérations spéciales et clandestines, et à la testostérone.

En ce sens les dessins correspondent exactement à l'objet de l'histoire (heureusement, vu que Jim Lee cosigne le scénario). Le début du récit est très laborieux, saccadé, charriant son lot de clichés et poncifs. Choi et Lee tentent une version claustrophobe des opérations spéciales, en n'évoquant que le briefing avant la mission, et les scènes d'action. Le lecteur a accès à la voix intérieure de Michael Cray (dispositif également emprunté à Frank Miller) pour des considérations pas très palpitantes. L'annonce du cancer de Cray arrive comme un cheveu sur la soupe, avec une réaction peu crédible de Cray (cela n'affecte en rien ses capacités physiques), et une explication transparente des médecins d'IO (le lecteur a tout de suite compris qu'il ne s'agit pas d'un cancer). La deuxième mission est assez puante : Deathblow et un commando vont casser du terroriste en Iraq. Choi rajoute une couche de poncifs avec l'avènement de l'antéchrist sur Terre, sans une once de sensibilité spirituelle.

Tim Sale s'amuse comme un petit fou à imaginer l'apparence de cet ange de la mort, à jouer sur le contraste entre la masse musculaire déraisonnable de Deathblow et la silhouette fluette de Sœur Maire, bref un récit de série Z éhonté, bénéficiant d'une fougue impressionnante. Le lecteur a l'impression de toucher le fond quand Michael Cray peut boire directement à même le Saint Graal (pourquoi lui et pas les autres ?) et que celui-ci se révèle être une imitation fabriquée à Hong-Kong. Bien sûr ce calice sacré est ornée de pierres précieuses, c'est bien connu qu'ils étaient riches à l'époque.

Pourtant au fil des épisodes, le lecteur se prend d'intérêt pour cette aventure visant à prévenir le retour du maître de l'ange de la mort sur Terre. Alors que le début laissait craindre une assimilation primaire entre terroristes, Moyen-Orient et démons, Michael Cray finit par bénéficier du support d'un imam. Certes Choi et Lee ne dépassent le stade de l'idée de forces armées du Vatican pour combattre le mal, sans réflexion idéologique derrière, les personnages ont un caractère entier, monolithique et superficiel, mais les dessins réussissent à transformer ce tissu de clichés à la structure branlante en une aventure visuelle impressionnante.


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