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Présence
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Garth Ennis présente Hellblazer, Tome 1 :
Garth Ennis présente Hellblazer, Tome 1 :
par William Simpson
Edition : Relié
Prix : EUR 28,00

4.0 étoiles sur 5 Garth Ennis fait sien le personnage de John Constantine, sans le trahir., 1 mars 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Garth Ennis présente Hellblazer, Tome 1 : (Relié)
Ce tome fait comprend les épisodes 41 à 56 initialement parus entre 1991 et 1993, c'est-à-dire les premiers écrits par Garth Ennis.

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- Épisodes 41 à 46 - John Constantine est de retour à Londres dans une chambre minable. Un matin il se réveille et crache du sang dans le lavabo. Une visite chez le médecin confirme ce qu'il craignait : il a un cancer des poumons en phase terminale, avec quelques semaines à vivre. Un mauvais rêve prémonitoire confirme ce qu'il sait déjà : après la mort il est bon pour les Enfers où tous ceux dont il a causé la mort l'attendent de pied ferme. Il va visiter un service de cancéreux où il fait la connaissance de Matt alité en phase terminale. Il lui offre une clope. Il se rend à Dún Laoghaire, dans la banlieue de Dublin (Irlande), pour demander l'aide d'un ancien ami magicien, Brendan Finn. Le cancer progresse inexorablement.

Quand Garth Ennis reprend la série, il est confronté à plusieurs évidences. Pour commencer, Jamie Delano a fait sien John Constantine au point qu'il était possible d'identifier les questionnements du personnage avec l'auteur (à commencer par Péchés originels). Ennis ne peut pas se contenter de faire du sous-Delano. Ensuite, Delano a laissé le personnage sans aucune attache ni intrigue en cours. Ennis ne dispose pas de direction préétablie, ce qui peut s'avérer aussi pratique que paralysant. Avec cette première histoire, le hiatus d'avec Delano est incommensurable. Le lecteur passe de sommets métaphysiques, à une déchéance physique très ordinaire, très banale. Et pourtant...

Et pourtant, avec le recul, il est possible de constater que Garth Ennis utilise le personnage exactement comme Delano, en en faisant une sorte de prolongement de lui-même. Le lecteur retrouve bien cet individu cynique et sarcastique issu du prolétariat anglais, la dimension horrifique à la fois réelle (la maladie) et surnaturelle (les démons et les anges, avec de rares pratiques magiques).

Avec le recul, il est possible également de distinguer une des thématiques principales de l'œuvre d'Ennis : l'amitié entre hommes. Ici il s'agit des relations que Constantine noue avec Matt, le malade alité, et des retrouvailles avec Brendan Finn. Ennis sait montrer l'investissement émotionnel de Constantine dans ces relations, ainsi que l'enrichissement affectif mutuel qui en découle pour les personnes concernées. Il est possible également de remarquer le rôle non négligeable joué par les bars et autres pubs.

À l'issue des 6 épisodes, le lecteur reste avec la sensation d'avoir partagé les épreuves de Constantine, et ses pensées tout du long. Or un retour en arrière montre qu'Ennis n'abuse pas de la voix off donnant accès au flux de pensée du personnage. Finalement la majeure partie de la personnalité et des états émotionnels de Constantine passent au travers de ses dialogues avec les individus qu'ils croisent de Matt, jusqu'à sa sœur Cheryl, sans oublier Chas Chandler le conducteur de taxi. Ennis fait d'ailleurs un effort visible pour citer la continuité établie par Delano dans les tomes précédents.

Dans le déroulement du récit, Ennis met en scène un ange et des démons. Il reprend le cadre de départ de la série, à base d'une religion catholique dans laquelle il existe un Paradis, et un Enfer, et toute la cohorte de créatures qui vont avec. Comme Delano, il s'en sert pour montrer en quoi Constantine est un rebelle qui refuse l'autorité des représentants du bien comme du mal, refusant de leur reconnaître quelque droit que ce soit sur les êtres humains. Il est possible d'y voir un refus des élites (politiques ou autres) décidant du sort des individus qui forment le peuple, un besoin viscéral de maintenir un regard critique sur ces élus et autres qui restent fondamentalement des êtres humains comme les autres, tout aussi faillibles.

Ces 6 épisodes sont dessinés par Will Simpson (artiste ayant travaillé pour 2000AD, ayant également dessiné Vamps d'Elaine Lee), et encrés par Mark Pennington (épisodes 41 et 42), Malcolm Jones III (43), Tom Sutton (44 & 45), et Mark Pennington, Mark McKenna, Kim DeMulder, et Stan Woch (épisode 46). Simpson n'a pas la tâche facile parce que le scénario d'Ennis comprend de longues, très longues plages de dialogues, sans action.

Par exemple l'intégralité de l'épisode 45 se décompose en 3 séquences de dialogues, sans autres actions que les mouvements des personnages. Le lecteur découvre ainsi un numéro dépourvu d'arrières plans, à part 3 lattes de bois dans un coin de case, et une embrasure de porte dans une autre. Les visages ont beau être expressifs, cela ne suffit pas à maintenir l'intérêt visuel de la narration. Cette capacité à dessiner des visages réalistes avec des expressions parlantes participe pour beaucoup à rendre les personnages plus vivants. Ils sont ordinaires, facilement accessibles au lecteur.

Ennis ayant fait le choix d'établir une partition étanche entre les scènes normales et les scènes surnaturelles, le style de Simpson est totalement adapté pour ces moments normaux, avec des personnages se conduisant comme dans la vie de tous les jours. Par contre, il est moins à l'aise quand le surnaturel devient majoritaire dans la scène. Il reste crédible lorsque le surnaturel (présence d'un ange ou d'un démon) n'est qu'un élément parmi d'autres. En fonction des goûts du lecteur, il pourra apprécier plus un encreur qu'un autre, leur travail donnant un aspect fini différent d'un épisode à l'autre. J'ai une préférence pour le travail rehaussant les textures de Malcolm Jones III; et pour celui de Sutton introduisant une forme de saleté ambiante.

À la première lecture, il est pourtant possible d'éprouver la sensation que ces dessins sont très fades et qu'il s'en dégage une impression d'uniformité plate. Il faut un peu de temps pour se rendre compte que cet effet provient de la mise en couleurs de Tom Ziuko. À cette époque, l'infographie est encore un outil balbutiant et une partie des metteurs en couleurs expérimente avec les techniques existantes en faisant tout pour s'éloigner des schémas habituels des comics de superhéros. Comme le fait remarquer Tornado dans son commentaire, Ziuko utilise une approche conceptuelle basée sur une palette restreinte, avec une teinte majeure en fonction de la scène. Ce choix a tendance à noyer toutes les cases dans une ambiance uniforme et insipide (à mes yeux).

À condition de pouvoir dépasser le départ de Jamie Delano, le lecteur découvre une histoire à nouveau bien noire, mêlant horreur quotidienne et surnaturelle, d'une façon très personnelle, propre au nouveau scénariste Garth Ennis. Le ton change et Ennis adapte le personnage en conservant les fondamentaux. Le récit est moins métaphysique, mais la réflexion n'a pas disparu, et l'intrigue recèle plusieurs surprises montrant que le personnage n'a rien perdu de ses talents de manipulateur.

Les dessins restent dans un registre adulte, avec une approche différente, plutôt bien adaptée au récit. Ils souffrent de la conception du récit qui s'appuie sur d'abondants dialogues qui ne donnent pas grand-chose à voir. Tom Ziuko (metteur en couleurs) continue d'expérimenter avec les moyens à sa disposition pour un résultat très personnel plus ou moins convaincant. Entre 3 et 4 étoiles.

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- Épisodes 47 & 48 - John Constantine fréquente un pub en particulier "Northampton arms", tenu par Laura (la veuve de Freddie). Mais le propriétaire a décidé de vendre, et l'acquéreur a des projets bien arrêté : raser le pub, toucher l'argent de l'assurance et réaliser un projet immobilier. Le fantôme de Freddie veille sur Laura, mais ce ne sera pas suffisant. Épisode 49 - C'est Noël, et John Constantine n'a pas de cadeau pour Kathy Ryan (Kit, l'ancienne compagne de Brendan Finn). En plus, il doit remonter le moral du Seigneur de la Dance (celui de la chanson reprise dans le spectacle Lord of the Dance) qui erre sur Terre désespéré par la disparition de l'esprit des fêtes païennes ayant préexisté au Noël chrétien.

Avec le premier épisode, le lecteur se rend compte que Garth Ennis a trouvé le ton juste, entre un John Constantine au-dessus du commun des mortels grâce à son savoir ésotérique, et un sujet personnel (le pub comme lieu accueillant). En y ajoutant une touche de surnaturel, il écrit un épisode parfait respectant les conventions de la série, tout en écrivant un épisode très personnel. Le deuxième épisode ajoute une touche de criminalité ordinaire, là encore à la fois raccord avec l'auteur, et avec le personnage de John Constantine.

Le troisième épisode est un peu plus convenu avec ce personnage incarnant une survivance d'un passé païen, supplanté par le totalitarisme spirituel de l'église catholique. Mais comme Ennis situe à nouveau une partie de l'intrigue dans un pub à descendre des bières, il y a toujours cette ambiance chaleureuse et cette sensation irremplaçable d'être assis à côté de l'auteur qui nous raconte son histoire.

Ces épisodes sont dessinés par 3 équipes différentes : épisode 47 par Will Simpson encré par Stan Woch, épisode 48 par Mike Hoffman également encré par Stan Woch et épisode 49 dessiné et encré par Steve Dillon (futur compère d'Ennis à partir de 1995 sur la série Preacher). Dans le premier épisode, l'encrage de Woch vient compléter avec adresse les dessins de Simpson qui gagnent en substance et en densité, tout en restant peu agréables à l'œil.

Le scénario très organique suffit à pallier la nature peu agréable des dessins. Par contre, même Woch n'arrive pas à rendre les dessins d'Hoffman substantiels, ni même agréables. Heureusement le scénario reste toujours plein de verve. Les dessins clairs et très faciles à lire de Dillon forment un oasis esthétique bienvenu, après l'épreuve de ceux d'Hoffman. Le style de chacun de ces 3 dessinateurs est totalement déconnecté de l'esthétique des superhéros ce qui apporte une crédibilité supplémentaire aux aventures de Constantine. 4 étoiles.

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- Épisode 50 - John Constantine a une longue conversation dangereuse avec le Roi des vampires qui souhaite l'enrôler à son service. Épisode 51 - Après un exorcisme peu concluant et salissant, John Constantine emmène des affaires à laver à la laverie automatique, où les autres clients sont comme troublés par les effluves de l'exorcisme raté. Épisodes 52 à 55 - Sir Peter Marston requiert l'aide de John Constantine pour arrêter un tueur en série issu de la haute société et possédé par un démon. Épisode 56 - Constantine voit dans le métro un individu se livrer à des confidences très embarrassantes à tue-tête et à la cantonade.

Avec l'épisode 51, John Smith (scénariste) et Sean Phillips (dessinateur et encreur) réussissent un excellent récit, une aventure parfaitement intégrée dans les conventions de cette série, un John Constantine dans un moment de fatigue, donc éprouvant plus de difficultés à surmonter cette épreuve psychique. Phillips est encore relativement débutant, avec des dessins s'appuyant sur des photographies retouchées pour les arrières plans, pour une ambiance des plus réalistes. Le malaise est palpable de bout en bout du fait de petits décalages faisant monter une paranoïa suffocante. 5 étoiles.

Avec "Dangerous habits" (épisodes 41 à 46), Garth Ennis avait raconté une histoire reposant sur une intrigue très habile, inoubliable même ; il restait à déterminer quelle direction donner à sa version des aventures de John Constantine. Dans ces épisodes, Ennis raconte 2 types d'histoires de nature différente. Il y a celle où Constantine enquête sur une manifestation surnaturelle qui provoque des comportements allant d'anormaux (l'individu clamant ses sales petits secrets dans des endroits publics) à franchement horrifique (l'individu fasciné par la mutilation de la chair, le tueur en série massacrant ses victimes).

Dans ces histoires (épisodes 52 à 56), toute l'inventivité malsaine et parfois macabre d'Ennis peut s'exprimer dans des moments énormes, du plus sanglant (un individu dévorant sa propre chair à pleines dents) à l'humour le plus noir (un homme sniffant les cendres de père suite à un tour de passe-passe de Constantine). Ennis a conservé le dispositif initié par Jamie Delano qui consiste à donner accès, au lecteur, aux pensées de Constantine par le biais de cellules de texte. L'ironie et les sarcasmes du personnage sont mordants, mêlant pragmatisme et léger mépris pour un effet décapant. Ces épisodes se lisent avec grand plaisir, surtout quand le dessinateur est à la hauteur. 5 étoiles.

Les épisodes 52 à 55 sont dessinés et encrés par Will Simpson. Comme précédemment, le lecteur peut apprécier que Simpson a une approche graphique assez naturaliste. Le fait qu'il s'encre lui-même lui permet d'affiner les visages et de préciser les textures des étoffes et des murs. Du coup, ses dessins sont plus agréables et plus substantiels. Les dessins de David Lloyd (épisode 56) sont toujours aussi magnifiques dans leur encrage établissant une ambiance très noire, même s'ils sont un peu moins peaufinés que dans V pour Vendetta).

Le deuxième type d'histoires d'Ennis raconte les affrontements de Constantine contre les principaux démons des enfers. C'est ainsi que dans l'épisode 50 il a une (très) longue discussion (les trois quarts de l'épisode) avec le Roi des vampires pendant laquelle Ennis revient sur les événements les plus importants de la vie de Constantine et développe ce nouveau personnage. Ennis est un peu moins crédible dans ces confrontations tout en stratégie. Il remplit ses obligations de maintenir une forme de continuité avec le reste de l'univers DC (à l'époque le label Vertigo n'existait pas encore) en évoquant la série "Sandman" (Lucifer ayant abandonné les Enfers). Comme beaucoup de scénaristes, Ennis se heurte à l'incohérence du concept de base des Enfers dans cet univers semi partagé. La hiérarchie des Enfers est très floue, sa géographie encore plus. La seule occupation des démons semblent être de tourmenter des âmes, mais avec quand même une possibilité réduite de se manifester sur Terre, selon des règles très fluctuantes. Chaque démon semble être dans l'ignorance totale de ce que fait son voisin, etc.


Starlight Volume 1
Starlight Volume 1
par Goran Parlov
Edition : Broché

5.0 étoiles sur 5 La force de la volonté triomphe même de l'âge., 1 mars 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Starlight Volume 1 (Broché)
Ce tome regroupe les 6 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2014, écrits par Mark Millar, dessinés et encrés par Goran Parlov, et mis en couleurs par Ive Svorcina. Il s'agit d'une histoire complète et indépendante de toute autre.

Il y a 40 ans sur la planète Tantalus, la Reine Attala remercie Duke McQueen d'avoir sauvé le peuple du joug du méchant tyran Typhon. De nos jours sur Terre, Duke McQueen a 65 ans et Joanne son épouse vient de décéder. À son retour de Tantalus personne ne l'a cru. Ses enfants l'ont pris pour un mythomane. McQueen se retrouve seul, ses enfants le délaissant. Un soir de solitude, avec une pluie battante, il voir arriver un vaisseau spatial devant chez lui. Il en sort un jeune garçon qui s'appelle Krish Moor et qui lui explique qu'il est venu le chercher.

En 2013/2014, Mark Millar lance 4 nouvelles séries avec des dessinateurs de premier plan : Fran Quitely pour Jupiter's legacy, Duncan Fegredo pour MPH, Dave Gibbons pour The secret service: Kingsman, et donc Goran Parlov pour Starlight.

Le premier épisode est magistral de bout en bout. Mark Millar brode autour de Flash Gordon d'Alex Raymond pour l'histoire de cet américain bon teint qui a vécu des aventures extraordinaires sur une planète lointaine. Millar manie l'ellipse avec dextérité, laissant les images parler d'elles-mêmes. Le lecteur peut alors pleinement apprécier le travail épatant réalisé par Goran Parlov. Il a un peu adouci son trait depuis son travail sur Punisher MAX et Fury MAX.

Dès la première séquence (3 pages sur Tantalus), le lecteur se dit que Parlov s'est inspiré de Moebius (Jean Giraud). Cette impression naît d'abord du choix des couleurs, puis ensuite des formes choisies par Parlov. Son trait n'est pas aussi fin et gracieux que celui de Moebius, mais la filiation est bien là. Parlov dessine des décors plus fournis, et des visages plus marqués.

Chaque image, chaque séquence est parfaite, expressive, présentant les faits avec élégance et efficacité. Parlov réussit à transcrire la bravoure et les décors romantiques de Flash Gordon, en quelques cases, réalisant des images archétypales réveillant les souvenirs du lecteur, ou ouvrant son imagination sur des mondes exotiques, et des hauts faits spectaculaires. Le lecteur termine ce premier épisode charmé par cette narration en état de grâce.

Krish Moor est donc venu chercher Duke McQueen pour le ramener sur Tantalus parce qu'un nouveau tyran Kingfisher y sévit. Le lecteur suit donc cet homme de 65 ans plongé dans des aventures pour lesquelles il a dépassé l'âge. Au départ, Mark Millar joue le jeu et le montre rater une ou deux interventions physiques du fait d'une forme défaillante. Mais au fil des épisodes, McQueen redevient plus fort, retrouvant une forme d'un homme de 20 ou 25 ans entretenant régulièrement sa forme physique.

Il évite les tirs de pistolet laser avec adresse et souplesse. Il triomphe d'un monstre aquatique sans effort apparent. Le seigneur Kingfisher dirige une armée venue pour soumettre le peuple de Tantalus par la force. Il se montre d'une cruauté systématique, plus qu'il n'est nécessaire pour inspirer la peur au peuple soumis, un peu caricaturale. Il est vraiment très méchant sous son masque.

Malgré ce retour à un schéma narratif plus classique, la lecture reste de bon niveau car Goran Parlov maintient une narration graphique exemplaire. La filiation avec Moebius perdure sans qu'il ne s'agisse de plagiat, avec des moments magiques. Si le scénario prête une forme physique étonnante à McQueen, Parlov sait donner des expressions de visage à McQueen qui correspondent à son âge, à sa situation de protecteur de Krish Moor, à sa position de symbole de la rébellion.

La narration visuelle fait preuve d'une grande habilité, permettant à Millar de se reposer sur les images. Ainsi quand McQueen pilote le vaisseau de Krish Moor, Parlov réalise un plan fixe sur le poste de pilotage. Il lui suffit d'incliner l'assise du vaisseau pour montrer que McQueen a besoin d'une mise à niveau de ses compétences. Parlov utilise des cases rectangulaires, avec souvent des cases de la largeur de la page, ce qui donne au lecteur une sensation de grand spectacle. Il utilise toute la largeur de ces cases pour répartir l'information visuelle, proscrivant les cases sans décor avec juste une tête au milieu en train de parler.

Goran Parlov a conçu une civilisation extraterrestre, avec une grande cohérence dans l'architecture, les vêtements, et les vaisseaux (il ne s'agit pas d'un assemblage disparate au gré de sa fantaisie). Il sait insérer des clins d'œil visuels discrets, par exemple la posture de Tilda à la dernière page de l'épisode 3 qui rappelle celle de Han Solo lors de sa première apparition. Les scènes d'action bénéficient d'une chorégraphie simple avec une prise de vue mettant en évidence la logique de déplacements des individus.

Au fil des épisodes, Parlov ne peut faire autrement que de suivre le scénario de Millar, et de mettre en images une aventure qui glisse progressivement vers le moule classique du héros qui triomphe de tous les périls, avec des scènes de bravoure à couper le souffle, et d'une habilité surnaturelle au maniement des armes de tir (couper une carde à plusieurs dizaines de mètres de distance).

Ces séquences dégagent le panache attendu. Néanmoins elles montrent aussi que le récit retrouve le schéma classique du héros triomphant par la force, de l'individu rétablissant à lui tout seul la liberté d'un peuple, de l'américain blanc instaurant les valeurs de courage et de ténacité, la volonté permettant de triompher de tout (et même de s'affranchir des limites physiques venant avec l'âge).

Millar délivre un récit conformiste, et manipule le lecteur pour que dans le dernier épisode il ait oublié la particularité de Duke McQueen (pourtant bien établie dans le premier épisode) : son âge (il refume même le cigare dans le dernier épisode). Au final il reste un récit divertissant, magnifique du point de vue de la narration visuelle, tout public.


Vagabond, tome 1
Vagabond, tome 1
par Takehiko Inoué
Edition : Poche
Prix : EUR 9,35

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Même un long voyage commence par le premier pas., 22 février 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Vagabond, tome 1 (Poche)
Il s'agit du premier tome d'une série indépendante de toute autre, et au long cours (37 tomes au début 2015). Elle est écrite, dessinée et encrée par Takehiko Inoué. Il s'agit d'un manga en noir & blanc, dans une édition avec un sens de lecture à la japonaise, de droite à gauche. Elle est prépubliée dans le magazine "Weekly morning" depuis 1998.

L'histoire débute juste après la bataille de Sékigahara (20 et 21 octobre 1600) qui marque la fin de l'époque Sengoku et le début de l'époque d'Edo. Sur le champ de bataille, 2 jeunes hommes (17 ans) recouvrent leur esprit, se relèvent et s'éloignent, en essayant d'échapper aux soldats qui patrouillent pour repérer les fuyards. Il s'agit de Takezo Shinmen (qui prendra plus tard le nom de Miyamoto Musashi) et Matahachi Hon'Iden (qui usurpera plus tard le nom de Kojiro Sasaki).

En essayant de regagner leur village, ils sont attaqués par des soldats qu'ils tuent avec force. Blessés eux-mêmes, ils sont recueillis par Oko (une femme) et Akemi, sa fille adoptive (15 ans). Ils passent quelques jours dans leur maison, en profitant de leur hospitalité. Puis Takezo Shinmen décide de rentrer dans son village.

Un lecteur non averti se demande bien dans quel genre de manga il est tombé. Le dessin est de nature réaliste, très détaillé, parfois un peu chargé. Les personnages ne sont pas particulièrement sympathiques. Takezo et Matahachi se battent comme des adolescents enragés, sans rien craindre et sans égards pour leurs opposants. Les sabres tranchent, le sang gicle. Ce n'est pas gore, mais c'est violent, brutal et soudain. L'histoire avec Oko et Akemi ne va nulle part. Le retour au village est déconcertant. On ne sait pas très bien pourquoi les soldats mettent un tel acharnement à poursuivre Takezo Shinmen. Les moments plus calmes sont très délassants, avec une attention particulière portée à la nature (par exemple, une très belle case d'un regard s'attardant sur un écureuil).

Pour pouvoir apprécier ce récit, il vaut mieux savoir de quoi il retourne. Takehiko Inoué adapte un roman très célèbre au Japon comprenant 2 tomes : La pierre et le sabre & La parfaite lumière d'Eiji Yoshikawa datant de 1935. Ce roman raconte la vie de Miyamoto Musashi, samourai, auteur du Traité des cinq roues - Gorin-no-sho. Il faut donc avoir conscience qu'il s'agit du premier tome d'une longue adaptation d'un roman lui-même conséquent en termes de pagination, et ayant accédé au rang d'œuvre de référence.

Il vaut mieux savoir également avant de commencer sa lecture que Takezo Shinmen est le nom initial du futur Miyamoto Musashi. Ainsi averti, le lecteur peut alors mieux apprécier le récit. Il sait qu'il ne s'agit que du début d'une longue geste suivant Takezo au fil des années, dans son long apprentissage, dans son cheminement intérieur. L'enjeu pour l'auteur est de donner sa version, son interprétation du roman. Il lui faut commencer par présenter les personnages, et les caractéristiques principales de leur personnalité, ainsi que leur environnement.

Dès le départ, Takehiko Inoué se repose sur les connaissances préalables du lecteur, des évidences culturelles pour un japonais (pour un européen, un peu moins). En particulier, il faut avoir une vague idée de ce que fut la bataille de Sékigahara et de ce qu'elle représente (un petit détour par une encyclopédie en ligne fournit les informations nécessaires). Pour le reste, l'auteur fournit les informations nécessaires au fur et à mesure du récit, au compte-goutte. Il est donc difficile de se faire une idée des personnages principaux en si peu de pages (près de 300 pages quand même, tout est relatif) et il faut avoir à l'esprit qu'il ne s'agit que du tout début du récit.

Pour autant, la narration est fluide et permet d'assimiler les informations progressivement en ce qui concerne les personnages : de Tazko Shinmen à Tenma Tjusikazé, en passant par la grand-mère Osugi Hon'Iden, sans oublier la jeune Otsu. Par contre le lecteur qui ne connaît par "La pierre et le sabre" n'a pas d'indication sur ce qu'il doit retenir ou non.

Dès la première page, le lecteur est saisi par la puissance d'évocation des images. Tazeko reprend connaissance sur le champ de bataille, sous la pluie, alors qu'une troupe de cavaliers foncent droit sur l'endroit où il git. La sensation est saisissante, l'empathie est totale envers ce jeune qui manque de se faire piétiner par des cavaliers qu'il ne peut pas voir. Il s'en suit une scène plus calme permettant d'apprécier l'herbe et les arbres. Puis un soldat arrive et c'est un carnage d'une sauvagerie indicible où le sang gicle des plaies béantes. L'encre noire figure admirablement bien la pression artérielle et la viscosité du sang. L'armure du soldat est d'une authenticité sans faille.

Tout au long de ce premier tome, le lecteur est placé à côté des personnages, dans leur environnement représenté de manière détaillée et vivante, dans une reconstitution historique de qualité. Il fait la connaissance de personnages à la personnalité plus ou moins affirmée, et il détecte déjà les bizarreries qui éloignent Takezo et Matahachi de héros traditionnels, la sauvagerie pour l'un, une propension à l'imposture pour l'autre. Dès ce début, le lecteur constate que le récit s'élève au-dessus d'un simple roman d'aventure, ou d'une dichotomie opposant le bien au mal, les gentils aux méchants.

Pour un lecteur qui découvre Miyamoto Musashi avec ce manga, il est possible qu'il soit déconcerté par le manque de repères narratifs évidents, tels que l'objectif des personnages, ou une dynamique basique. Il lui faut accorder sa confiance à l'auteur (et à la cohérence du roman), en essayant de déterminer ce qui dans cette suite chronologique de scènes doit être retenu pour la suite, et ce qui n'est que péripétie passagère. Il est alors difficile de hiérarchiser les informations, faute de connaître la suite.

Pour un lecteur ayant lu "La pierre et le sabre", il prend plaisir à découvrir cette interprétation qui refuse la facilité et qui contient déjà les germes des valeurs et des thèmes qui seront développés par la suite. La sauvagerie des affrontements n'a rien de gratuite, et la férocité de Takezo ne relève pas d'un artifice narratif facile. La volumineuse pagination permet à l'auteur de donner vie à chaque personnage, chaque endroit, de poser chaque situation au rythme voulu.

Dans les 2 cas, le lecteur plonge dans une évocation historique très réussie, découvre des personnages bien campés, et suit les tribulations brutales de Takezo Shinmen avec curiosité. Il peut penser que ce dernier deviendra un grand samouraï redoutable au combat du fait de sa férocité. En fait, ce voyage qui vient à peine de commencer relève d'une quête spirituelle essentielle, de grande ampleur.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 28, 2015 6:49 PM CET


Larfleeze Vol. 2: The Face of Greed (The New 52)
Larfleeze Vol. 2: The Face of Greed (The New 52)
par Keith Giffen
Edition : Broché
Prix : EUR 14,12

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Période préchauffage nécessaire, 22 février 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Larfleeze Vol. 2: The Face of Greed (The New 52) (Broché)
Ce tome fait suite à Revolt of the orange Lanterns (épisodes 1 à 6, + histoires bonus parues dans "Threshold"). Il contient les épisodes 7 à 12 de la série, initialement parus en 2014, avec un scénario de Keith Giffen, des dialogues de John-Marc DeMatteis, et des dessins et un encrage de Scott Kolins, avec une mise en couleurs de Mike Atiyeh. Il s'agit du dernier tome de la série, qui constitue une conclusion satisfaisante à l'histoire.

Sur la planète Sorrow (peuplée de robots), Errata est venue pour renouer la guerre avec sa sœur Dyrge. Non loin de là, Larfleeze demande à son anneau de lui retrouver Pulsar Stargrave, son majordome. L'anneau obtempère, en répondant de manière désobligeante. Très loin de là, Stargrave et Sean observent le Concile des 10, en pleine réflexion, interminable.

En pleine bataille sur Sorrow, Durge s'insinue dans l'esprit de Larfleeze où elle découvre le moteur et la force de sa motivation. Loard of the Hunt s'empare de Sena et de Stargrave. Les 2 autres membres de la fratrie de la Maison de Tuath Dan évoquent le risque représenté par Larfleeze. Après, ça dégénère un peu. Il est question d'un Green Lantern incompétent (G'Nort), d'une promesse d'épouser le premier combattant à battre Sena, de la mère de Larfleeze, et bien sûr d'accumuler le maximum de possession

Le premier tome des aventures de Larfleeze avait laissé un goût de manque : pas aussi drôle qu'il aurait dû être, une intrigue pas assez dense, des personnages marquants mais pas assez étoffés. Le premier épisode conforte cette impression. Les personnages sont tous un peu neuneu, soit imbus de leur personnalité, soit pas très futés. Giffen et DeMatteis recyclent déjà les gags des 6 premiers épisodes.

Le reste de la Maison de Tuath-Dan est tout aussi caricatural que ceux que l'on connaissait déjà. Larfleeze est uniquement sur le mode "je tape sur tout jusqu'à ce que je gagne". Le retour de G'Nort (Green Lantern par complaisance) sent également le réchauffé, puisque Giffen et DeMatteis l'avaient déjà mis en scène dans leur version décapante de la Justice League International (voir Justice League International, vol. 2).

Les dessins de Scott Kolins restent dans un mode à l'apparence un peu griffée, aux postures très "superhéros", tout muscles bandés, sous l'emprise de la testostérone, plein de bruit et de fureur, mais déjà éloignés de la force de Jack Kirby, déjà trop dérivatifs.

Il faut donc attendre que l'accumulation de séquences fasse son effet pour se rendre compte que Giffen et DeMatteis trouvent leur rythme petit à petit. Progressivement, leur humour se fait plus efficace et mieux amené. Cela commence avec la découverte de Dyrge, de l'énormité de l'émotion exclusive qui anime Larfleeze, avec une représentation visuelle énorme et imparable de ce sentiment.

La pleine page d'ouverture de l'épisode 8 capture toute la démesure de l'avidité de Larfleeze, dans une image aussi expressive que drôle. Le comique de répétition (Larfleeze se faisant traiter de singe ou de chien régulièrement) finit aussi par fonctionner grâce aux réactions mettant en évidence le caractère irrémédiablement borné de Larfleeze. Là encore les dessins de Kolins réussissent à transcrire l'émotion intense qui habite ce personnage.

Le lecteur se rend également compte que sans attirer l'attention Scott Kolins sait donner assez de consistance aux décors pour donner l'impression d'une planète extraterrestre, avec un minimum de bâtiments spécifiques. Il sait tout aussi bien donner une apparence unique à chacun des membres de la Maison de Tuath Dan (Dyrge, Errata, Sena, Loard of the Hunt, Ardora et Xum of all Things), mélange d'extraterrestres aux couleurs improbables, et d'entités qui en imposent par leur stature (il s'agit quand même de déités).

Même G'Nort ne se limite pas à une simple décalque de sa version des années 1980 (pré-Flashpoint). Kolins lui rend une forme de dignité inattendue, Giffen et DeMatteis conservent sa comprenette limitée, sans le réduire au rôle unidimensionnel de bouffon. Dans son obsession, Larfleeze ne perd pas une dimension attachante, et un degré de complexité inattendue. Le lecteur se rend compte à la fin du dernier épisode qu'il aurait bien aimé passer encore plusieurs chapitres avec ces drôles de gugusses, plus étoffés qu'il ne le pensait.

Pour cette deuxième et dernière moitié de la série consacrée à Larfleeze, le lecteur doit accepter que les auteurs ont besoin de temps pour trouver le rythme, d'affiner le ton de leur narration, de cumuler plusieurs séquences pour atteindre leur potentiel narratif. Sous réserve de faire preuve de patience pendant le premier tiers, il perçoit alors toutes les saveurs de ce récit.

Au premier niveau, la tension de l'aventure est réelle, et le lecteur souhaite connaître le dénouement, tout en découvrant es péripéties. À un deuxième niveau, l'humour fait mouche, sous ses différentes formes, du comique de répétition aux références geek (Sena prête à se marier avec l'homme qui la battra en combat, évoquant la même promesse de Red Sonja, personnage secondaire de la série Conan). Giffen et DeMatteis mettent également en scène avec habilité la notion d'avarice, comme obsession mais aussi comme état d'esprit négatif pouvant servir de motivation imparable.

Suite à cette série, Keith Giffen et John-Marc DeMatteis ont été recrutés par les responsables éditoriaux de DC pour donner naissance à une nouvelle série (pour laquelle il leur faut également du temps pour trouver leur marque) : Justice League 3000, à commencer par Yesterday lives, avec des dessins d'Howard Porter.
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Beyond Palomar: A Love and Rockets Book
Beyond Palomar: A Love and Rockets Book
par Gilbert Hernandez
Edition : Broché
Prix : EUR 15,80

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 La jeunesse de Luba, suivi de Los Angeles en 1989, 21 février 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Beyond Palomar: A Love and Rockets Book (Broché)
Ce tome comprend 2 histoires complètes qu'il est possible de lire sans rien connaître au préalable des personnages.

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- Poison river – Ce récit est en noir & blanc, écrit, dessiné et encré par Gilbert Hernandez (surnommé Beto). Les chapitres de cette histoire ont bénéficié d'une prépublication dans le magazine "Love and Rockets" 29 (mars 1989) à 40 (janvier 1993).

Tout commence alors qu'un riche propriétaire prend conscience que Luba sa fille (encore nourrisson) n'est pas de lui. Il enjoint à sa femme de partir sur le champ avec sa fille et sa femme de chambre, pour rejoindre Eduardo le vrai père, un paysan pauvre. Maria finit par abandonner mari et enfant. Eduardo se met alors en marche (littéralement, à pied) pour aller retrouver sa mère Hilda et sa sœur Ofelia, à qui il finit par abandonner sa fille Luba.

Peu avant ses 17 ans, Luba est remarquée par Peter Rio (un nom de scène), joueur de congas et imprésario du groupe, qui décide de l'épouser alors qu'il doit avoir une cinquantaine d'années. Peter Rio travaille aussi dans les affaires pour un certain señor Salas. Ce dernier est un trafiquant, mais aussi un homme aux convictions politiques affirmées.

"Poison river" est un roman d'une grande richesse, dense et foisonnant sans être étouffant, et même fluide. Gilbert Hernandez a structuré son roman sur la base de la vie de Luba, et des personnages qu'elle rencontre. Il montre une femme dotée d'une très forte poitrine, de jambes un peu trop fines pour être jolies et harmonieuses (des mollets de poulet), qui aime les relations sexuelles, et qui est un objet du désir pour pratiquement tous les mâles qu'elle croise (à part les homosexuels). Il s'agit d'une grande adolescente qui devient adulte peu à peu dans un monde qu'elle découvre, qui lui offre le confort matériel, et même le luxe (avec un accès à la piquouse).

Luba apprécie les relations sexuelles, même si elle doit en subir deux non consenties, mais qu'elle supporte comme faisant partie de sa vie. Peter son mari se révèle être un fétichiste (du nombril de sa femme), et même d'une autre nature (révélée dans le dernier quart du récit). Le lecteur découvre également peu à peu que le choix de vie de Peter Rio est motivé par la relation difficile qu'il entretient avec son père Fermin. Gilbert Hernandez fuit le langage psychanalytique, préférant montrer plutôt que d'expliquer. Si le lecteur a conscience de cette dimension de la narration, il peut pleinement apprécier les séquences qui établissent progressivement la description de ce lien père / fils pas très sain.

Toutes les relations sexuelles s'intègrent dans la vie affective et intérieure des personnages. Il n'y pas de scène gratuite juste pour le plaisir du voyeurisme. L'auteur reste dans le domaine de l'érotisme finalement assez soft, n'hésitant pas à dessiner la nudité frontale (homme & femme), sans gros plan de pénétration. Pour Hernandez, la vie sexuelle ne se limite pas au couple hétérosexuel, il y a également des couples homosexuels qui se font et se défont, les émotions des partenaires dictant leur conduite. La distribution comprend également des transsexuels qui sont montrés avant tout comme des êtres humains, intégrés à la société et y participant de manière normale et productive.

Les rapports sexuels occupent une place dans le récit, mais n'en constituent pas l'épine dorsale. Comme dans les tomes précédents, les personnages sont au cœur du récit, leurs actes, les émotions, leurs motivations, mais toujours de manière incidente. Hernandez met en pratique qu'il vaut mieux montrer qu'expliquer dans un médium visuel comme la bande dessinée.

Au fil de ces 180 pages, le lecteur devient familier d'un nombre conséquent de personnages, tous aisément identifiables visuellement. Luba occupe donc une place de choix, ainsi que ses 2 amis Lucy et Pepa (elles aussi portées sur l'héroïne). Au fil des pages, le lecteur aura le plaisir de faire plus ample connaissance avec Ofelia (et son dos douloureux), Antonio et Sabastian (2 hippies revendeurs de drogue), Hilda la grand-mère aveugle, Fermin Rio un vieux monsieur au caractère inflexible, Ortiz un officier de police corrompu mais réaliste, Gorgo un tueur à gages inflexible, Blas le joueur de saxophone, etc. Chaque personnage dispose de son histoire personnelle, de ses préférences et de son caractère que le lecteur perçoit de manière naturelle au travers de ses actions (par opposition à des expositions artificielles au travers de soliloques peu plausibles, ou de bulles de pensée factice, ou même d'un texte d'exposition pataud).

Comme dans le récit précédent "Human diastrophism", Gilbert Hernandez a choisi de se servir d'une toile de fond à base de polar, comme s'il n'avait pas assez confiance en la force de ses personnages pour porter le récit. Peter Rio trempe donc dans des affaires louches, prenant bien soin de ménager ses différents commanditaires, et de conserver sa place dans les transactions. Hernandez n'expose pas le détail de ses trafics ; il montre ses contacts téléphoniques et ses rendez-vous avec les gros bonnets, ainsi que l'aisance financière que cela lui procure (sans oublier ses relations avec son père, son sens des affaires avec le groupe de musique folklorique, ou en temps que gérant d'un club de transsexuels). Le lecteur a également l'occasion à plusieurs reprises de voir les affrontements se régler avec des armes à feu, et de voir des assassins professionnels à l'œuvre (dont un étrangleur très efficace).

Le fait qu'Hernandez tienne à distance les affaires louches permet de conserver au récit un forme de plausibilité, un peu mise à mal par les assassinats et règlements de compte (dont 1 proche de la caricature). D'un autre côté, Hernandez possède des notions réalistes de ce qu'il décrit, en particulier en matière de shoot. Lucy et Pepa apprennent à Luba à se piquer entre les doigts de pieds pour ne pas laisser de trace visible de sa consommation.

Toujours en prenant encore un peu de recul, le lecteur prend également conscience qu'Hernandez intègre une forme de courant social en toile de fond plus discrète. Ces trafiquants se préoccupent de lutter contre l'influence des communistes (le récit doit se dérouler dans fin des années 1950, début des années 1960, en pleine guerre froide) en Amérique Centrale, qui risquent de freiner leurs affaires. Le lecteur perçoit alors d'autres enjeux de nature politique, ayant une incidence directe sur la vie quotidienne des individus. Hernandez montre clairement que cet affrontement idéologique entre États-Unis et URSS se traduit par des échauffourées militaires sur des pays avoisinants, et l'arrivée de profiteurs de toutes sortes. Il met en scène une communauté de hippies venus s'installer pour vivre en amour libre et effectuer un retour vers la nature, grâce à des rentrées d'argent de provenance illégale.

En conteur habile, Gilbert Hernandez tisse une tapisserie où chaque personnage s'intègre parfaitement et participe à la cohérence du tout. L'un des personnages les plus emblématiques en la matière est Blas, le joueur de saxophone du groupe de Peter Rio. Il fait partie de ces individus sans gloire et sans panache, sans attache, magouillant à droite à gauche, évoluant dans des milieux louches, tout en essayant de ne pas trop se compromettre, et de ne pas se faire bouffer par les gros requins. Il est un bon joueur de saxophone qui ne rencontre pas le succès, un intermédiaire assez futé pour s'en tirer, mais pas assez pour vraiment en profiter, un imposteur capable de berner le monde, mais pas sur des sujets importants. Il fait le lien entre la vie de musicien de Peter Rio, les autres membres du groupe, l'existence de groupuscules gauchistes armés, le trafic de drogues, les amants homosexuels, touchant à tout sans être omniprésent, toujours sympathique malgré ses magouilles.

Pour ce récit, Gilbert Hernandez a choisi une approche un peu plus réaliste et peu plus détaillée dans ses dessins, avec une maîtrise grandissante du trait juste et élégant. En apparence, ses cases sont simples et faciles ; en réalité elles prouvent un art de la composition, avec uniquement des éléments graphiques utiles et nécessaires.

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- Love and Rockets X - Il s'agit d'une histoire complète de 61 pages de BD, dans laquelle apparaissent quelques personnages de la série "Palomar / Luba". Elle est initialement parue en 1993, écrite, dessinée et encrée par Gilbert Hernandez. Elle est en noir & blanc.

En 1989, Steve Stranski (un jeune adulte blanc) colle des affiches pour le prochain concert du groupe "Love and Rockets", dans un quartier noir de Los Angeles. Il réussit à se sortir d'une algarade avec un groupe de noirs, grâce à l'intervention de Junior Brooks, un pote de lycée (black lui aussi). Du coup il va placarder ses affiches dans un quartier huppé où il croise Amber et Kristen, qui lui demandent de l'emmener aux répétitions dans un garage (chez Rex, un autre pote habitant une belle villa, dont la mère est absente pour le moment). Steve en profite pour aller téléphoner en douce dans la villa, où il fait peur par inadvertance à Riri, la femme de ménage.

Les tensions raciales augmentent dans le quartier quand une sexagénaire latino se fait agresser dans la rue. Par des blancs ou des noirs ? La police attend qu'elle sorte du coma. Pendant ce temps-là, Rex essaye de convaincre sa mère de laisser on groupe jouer à sa prochaine fête entre gens du cinéma. Kristen se fait vomir dans les toilettes pour ne pas grossir. Son père est un réalisateur politiquement engagé qui désespère de trouver du travail. Maricella vit d'expédients, en vendant des fleurs coupées à un coin de rue.

Après "Poison river", Gilbert Hernandez délaisse Palomar pour Los Angeles et une atmosphère urbaine et contemporaine, sur fond de tensions ethniques. Il campe avec justesse et doigté quelques jeunes adultes, certains essentiellement préoccupés par leur groupe de rock, d'autres bénéficiant de l'aisance financière des parents, d'autres encore étudiant ou travaillant. Chaque personnage dispose de son histoire personnelle, de ses aspirations, influencées par sa position sociale, les valeurs de ses parents, et son environnement proche. Le lecteur partage leurs doutes sur leur place dans la société, sur leurs valeurs, sur leurs inclinations sentimentales, pas encore sclérosés par le cynisme.

En plaçant son action dans un lieu réel et à une époque identifiée, Hernandez se fait le chroniqueur de cette époque, avec une perspicacité étonnante. 25 ans plus tard, le lecteur éprouve l'impression de pouvoir s'imaginer au sein de ce microcosme, une forme d'étude sociologique sous forme de bande dessinée. Cette impression est renforcée par l'habilité avec laquelle Hernandez met en scène plusieurs générations (essentiellement 2, parents et enfants) de manière naturelle.

Comme à son habitude, Gilbert Hernandez ne montre aucune forme de mépris ou de supériorité morale vis-à-vis de ses personnages (sauf pour l'agresseur de la dame âgée). Chaque protagoniste existe grâce à ses idiosyncrasies. Les relations entre les individus sont riches et complexes, à l'image de ce qu'elles peuvent être dans la vie quotidienne, y compris avec des moments d'humour. Chaque personnage capte l'attention et l'affection du lecteur, éprouvant de l'empathie pour leurs difficultés émotionnelles.

Pour la mise en images, Gilbert Hernandez s'en tient à un découpage strict de chaque page en 9 cases (3 rangées de 3) de taille identique. Il dispose toujours de ce don incroyable pour donner une apparence spécifique à chaque personnage, immédiatement identifiable. Il est encore dans un mode descriptif soutenu (l'épure s’affinera dans ses travaux ultérieurs). Ainsi le lecteur peut observer les détails de chaque tenue vestimentaire, de chaque environnement. Il subsiste une forme de simplification dans les éléments urbains, en particulier la représentation des voiries.

Tout au long du récit, le lecteur peut apprécier l'art de la mise en scène de l'auteur. Il sait comment rendre chaque dialogue visuellement intéressant, en évitant d'enfiler les cases ne comprenant que des têtes en train de parler, par le biais d'un langage corporel mesuré, de gestes naturels, et d'expressions parlantes.

En comparant cette histoire aux précédentes de la série Palomar / Luba, le lecteur a le plaisir de voir un lien apparaître. Non seulement il retrouve certains personnages, mais il y a une séquence qui se déroule à Palomar, et Fritz (la demi-sœur de Luba) fait son apparition pour la première fois. Hernandez a diminué la dose de sexe dans ce récit, ainsi que la nudité. Enfin dans la séquence se déroulant à Palomar, le lecteur prend conscience que Gilbert Hernandez dresse une comparaison des caractéristiques des relations sociales dans cet environnement de taille modeste, avec celles à Los Angeles.

Toujours dans le cadre de cette comparaison, le lecteur constate que l'auteur ne recourt pas à des phénomènes de nature magique préférant un réalisme plus plausible. Il observe également qu'Hernandez ne cherche pas à édulcorer la réalité, en incluant, entre autres, un individu amputé d'une jambe, dépendant des autres pour se déplacer. Il n'y a pas d'embellissement de la vie, ou d'occultation de ses aspects injustes.

En termes de narration, Gilbert Hernandez construit un final, tout en ellipses temporelles et en sous-entendus. Il fait preuve d’une grande intelligence narrative pour évoquer le devenir des personnages principaux en juxtaposant des cases qui constituent autant de saut dans le temps.

Lorsque cette histoire est parue, le lectorat américain y a vu une chronique juste et révélatrice d'un climat social à Los Angeles. 25 ans plus tard le lecteur européen peut y voir un témoignage de cette réalité, ainsi qu'une étude psychologique bienveillante et pénétrante sur la manière dont la culture et la société pétrissent la vie des individus.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 21, 2015 1:31 PM CET


Outcast by Kirkman & Azaceta
Outcast by Kirkman & Azaceta
par Paul Azaceta
Edition : Broché
Prix : EUR 9,41

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Réprouvé, 21 février 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Outcast by Kirkman & Azaceta (Broché)
Ce tome regroupe les épisodes 1 à 6 de la série mensuelle, initialement parus en 2014, tous écrits par Robert Kirkman, dessinés et encrés par Paul Azaceta, et mis en couleurs par Elizabeth Breitweiser. Il s'agit du début d'une histoire indépendante de toute autre.

Quelque part en Virginie, dans une région rurale, Betsy est en train d'admonester son fils Joshua. Ce dernier montre les dents, plein de sang autour de la bouche. Elle fait appel au révérend Anderson de la congrégation pour qu'il l'aide. L'exorcisme échoue. Dans le quartier, dans une maison à l'écart, Kyle Barnes est réveillé par des coups frappés à sa porte. Megan Holt, sa sœur, vient le chercher pour aller faire des courses, puis venir manger chez elle. Le contact entre Mark Holt (le mari de Megan) et Kyle ne se passe pas bien. Il repart.

Par la suite, le révérend Anderson demande l'aide de Kyle Barnes pour traiter la possession de Joshua. Puis Luke Masters (un inspecteur de police) vient demander son aide pour un autre cas. Kyle Barnes vit en retrait, n'arrivant pas à surmonter les circonstances de sa séparation d'avec Allison (sa femme) et leur fille.

En 2014, Robert Kirkman, le scénariste de Walking Dead (à commencer par Days gone bye) débute cette nouvelle série. Le lecteur comprend rapidement que Kyle Barnes possède un don (aux contours difficiles à apprécier) qui le place à part de ses amis, de sa famille, et des habitants de cette bourgade.

Kirkman a choisi de situer son récit dans une petite bourgade. Lui et Azaceta établissent bien l'atmosphère de cette ville simple, avec des constructions de petite ampleur, une ville étendue où tous les déplacements s'effectuent en voiture, où le bois est juste derrière les maisons. Ils montrent que les habitants se rencontrent régulièrement, soit au supermarché du coin, soit en entretenant des relations de bon voisinage. Azaceta montre des aménagements intérieurs simples, voire rudimentaire, attestant de revenus modestes. Les tenues vestimentaires sont aussi informelles et confortables. Cette approche rappelle un peu celle de Tim Seeey et Mike Norton dans la description de Wasau (voir la série Revival), mais dans une ville encore plus petite.

Le récit montre dès la première scène qu'il repose sur un phénomène de possession dont les contours restent flous dans ce premier tome. Kirkman montre le personnage de Kyle Barnes, pour que le lecteur se familiarise progressivement avec lui. Il n'y a pas de bulles de pensée, mais quelques retours en arrière qui montrent de manière convaincante l'isolement dans lequel se trouve le personnage principal.

Ces premiers épisodes comportent leur lot de personnages secondaires : de courtes apparitions d'Allison (la femme de Kyle Barnes), de sa mère, de Megan Holt (sa sœur) avec son mari Mark et sa fille Holly. Le lecteur croise Norville, le voisin de Kyle, Donnie (un ancien camarade de classe), Luke Masters, un inspecteur de police, Sydney (un individu qui se fait passer pour le frère de Norville), Mildred, une femme âgée.

Le second rôle correspond au révérend Anderson. Avec lui, Robert Kirkman indique au lecteur qu'il inscrit son récit dans une forme de mythologie chrétienne. Il réussit à montrer un révérend aux actes adultes et réalistes, non dénué de malice, mais sans s'étendre sur les tenants de sa foi. Ce premier tome ne donne pas dans le cirque satanique et ses démons poilus ; il n'est pas non plus possible de savoir si cette imagerie stéréotypée sera évitée par la suite. Kirkman n'aborde pas la nature de la foi du révérend, mais il ne s'en moque pas non plus. Il le représente en train de s'adresser à haute voix à Dieu, en se rasant, doutant de la force de Dieu à repousser le mal. Lors d'un homélie, il évoque le danger de la tentation, et la réalité de l'existence du mal, propos plus destinés à préparer les manifestations surnaturelles, qu'à parler de religion.

Du point de vue de l'intrigue, le lecteur découvre donc les différents personnages amenés à jouer un rôle dans la suite du récit. Il assiste à 3 séances d'exorcisme, sans en apprendre beaucoup. Il voit 2 individus qualifier Kyle Barnes de réprouvé (Outcast), sans détail qui permette de saisir ce dont il s'agit.

Paul Azaceta réalise des dessins de nature réaliste, avec un niveau de détails maîtrisé, suffisant sans être envahissant, et un emploi judicieux et mesuré des aplats de noir. Il détoure les formes avec des traits un peu gras et un peu figés (manquant de souplesse), bien accordés avec cet environnement naturel et simple, sans affèterie.

À l'issue de ce premier tome, le lecteur a éprouvé la sensation d'évoluer aux côtés de Kyle Barnes, dans cette petite bourgade américaine, au milieu d'individus qui se connaissent, et dont le passé de certains recèle de surprises. Il a compris que Kyle Barnes dispose d'un don un peu flou et qu'il s'agit de lutter contre des possessions. La narration (tant intrigue qu'images) prend le temps nécessaire pour montrer ces personnages et leur environnement. Il y a plusieurs moments de tension dramatique, voire de violence. Il s'agit d'une entrée en matière accrocheuse, mais qui ne permet pas de prendre la mesure de l'originalité du récit, ou de sa direction principale. Il s'agit plus d'un prologue savamment conçu, et narré avec savoir-faire.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 22, 2015 8:35 AM CET


Sin City, Tome 7 : L'enfer en retour
Sin City, Tome 7 : L'enfer en retour
par Frank Miller
Edition : Relié
Prix : EUR 27,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Final copieux, 20 février 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sin City, Tome 7 : L'enfer en retour (Relié)
Ce tome est le dernier de la série, il est paru après Des filles et des flingues. Il regroupe les 9 épisodes de la minisérie du même nom.

Une femme se suicide en se jetant dans la mer. Un jeune dessinateur très musclé passe au même moment et plonge pour la sauver. Il la ramène chez lui pour lui permettre de reprendre ses esprits et ils se trouvent des goûts en commun au point d'aller prendre un pot ensemble au café du coin. En sortant de l'établissement, la jeune femme est enlevée sous les yeux de son sauveur qui est laissé drogué pour être ramassé par la police. Après une nuit en cellule aux cotés d'un type qui a des crises de vomissements et d'un autre qui a des crises de paranoïa, il se jure de retrouver la belle.

Ce dernier tome de Sin city se distingue déjà par son nombre de pages (presque 300 d'histoire) qui en fait le plus long de la série. Ensuite l'un des épisodes est en couleurs, cette tâche incombant à Lynn Varley (oui, la même coloriste que The Dark Knight returns). Enfin Wallace, le héros, se distingue de Marv et de Dwight dans la mesure où il est en pleine possession de toutes ses facultés intellectuelles. Il a même plusieurs fois recours à une forme particulière de méditation pour recouvrer une emprise suffisante sur la réalité.

Wallace est un ancien fusilier commando de la Navy. Il est surentraîné et il possède un mental d'acier. Pour autant Frank Miller ne s'est pas contenté d'une caricature de personnage générique. Bien sûr, il dispose d'une force très développée, d'une résistance à la douleur exceptionnelle et d'une maîtrise d'un nombre impressionnant de techniques de combat. Mais il a également une vraie personnalité qui se manifeste par une vraie politesse inattendue et une fibre morale assez solide. C'est le personnage principal de Sin City qui se rapproche le plus d'un héros traditionnel.

Cette histoire dispose de racines qui plongent loin dans la mythologie de Sin City. Le lecteur rencontre à nouveau Manute, Agamemnon qui apparaît le temps d'une case, Delia (Blue Eyes) et l'ombre de Wallenquist plane sur les exactions mises à jour par Wallace. Mais d'un autre coté, Miller éloigne son récit de la trame hardboiled traditionnel pour l'emmener vers les territoires du thriller paranoïaque sur fond de machinations de moyenne envergure. À plusieurs reprises, le lecteur constate avec le héros que l'ennemi dispose d'une influence tentaculaire dans la cité.

Miller innove également pour ce qui est des illustrations. Il y a évidemment le passage en couleurs qui saute aux yeux. Wallace est sous l'emprise d'un hallucinogène puissant qui lui fait voir des tas de trucs bizarres. Miller se sert de cet épisode délirant pour rendre un hommage à plusieurs influences et plusieurs héros : Captain America , Elektra (on est jamais mieux servi que par soit même), Buck Rogers, Hellboy, Hägar Dünor (Hagar dunor le viking), Legion of Super Heroes, Rambo, Itto Ogami, Martha Washington, 300 et Big Guy (vive l'autopromotion). Au delà de cette innovation évidente, Miller introduit à nouveau un personnage avec une nouvelle couleur (l'orange pour un résultat peu convaincant). Et il ose quelques cases où le blanc prédomine sur le noir (en particulier pour une scène se déroulant dans un hôpital).

Rassurez-vous, on retrouve aussi tous les codes graphiques qui ont fait la spécificité de cette série. Il y a beaucoup de pages où le noir est l'élément dominant. Et il y a un retour en force des pleines pages, voire des doubles pages, où quelques tâches de blanc suffisent à faire naître des formes, des visages, des objets ou des personnages qui s'impriment dans la rétine avec une force visuelle exceptionnelle. Je ne sais pas si Miller avait déjà décidé en réalisant cette histoire qu'elle serait la dernière de la série des Sin City, mais j'ai eu l'impression qu'il souhaitait en donner pour son argent au lecteur et visiter une dernière fois toutes ses obsessions. C'est ainsi que le lecteur peut se rincer l'oeil à plusieurs reprises sur les corps dénudés de plusieurs femmes. La violence est de retour, mais sans sadisme exacerbé. Les voitures planent toujours à un mètre au dessus du sol, tel un bolide dans un dessin animé de la Warner. Enfin Miller s'est lâché pour créer plusieurs personnages bien frappés, que ce soit le tireur d'élite nu ou Liebowitz le ripou.

C'est un bel adieu à la ville de Sin City et à ses habitants que Frank Miller nous offre. Pour cette dernière tournée, il a choisi un guide un peu plus moral que les précédents et il a réservé de beaux visuels étonnants (l'incroyable troupeau de joggeuses).


Black Widow Volume 2: The Tightly Tangled Web
Black Widow Volume 2: The Tightly Tangled Web
par Nathan Edmondson
Edition : Broché
Prix : EUR 16,95

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Action avec un peu d'espionnage, 20 février 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Black Widow Volume 2: The Tightly Tangled Web (Broché)
Ce tome fait suite à The finely woven thread (épisodes 1 à 6) qu'il vaut mieux avoir lu avant. Il contient les épisodes 7 à 12, initialement parus en 2014, ainsi que l'épisode 9 de la série Punisher, tous écrits par Nathan Edmondson. Tous les épisodes de "Black Widow" ont été dessinés, encrés et mis en couleurs par Pjil Noto (à l'infographie). L'épisode du Punisher a été dessiné, encré et mis en couleurs par Mitch Gerads.

Épisode 7 – Natasha Romanoff est sur la piste de l'organisation Chaos, à San Francisco, où elle croise un ancien amant, ayant récemment élu domicile dans cette ville. Épisode 8 – Elle a accepté une mission, de récupérer un objet à bord d'un train. Elle y croise un autre de ses anciens amants. Épisodes 9 (des 2 séries) – Comme la couverture en atteste, la recherche d'indices sur l'organisation Chaos lui fait croiser la route de Frank Castle.

Épisodes 10 à 12 – Black Widow poursuit son enquête. Une de ses anciennes missions d'espionne au Pakistan a des répercussions inattendues. À Macao, elle se fait aider par une autre superhéroïne. Aux États-Unis, un reportage télévisé met en doute sa loyauté. À Londres, Isaiah Ross (son agent) rencontre des difficultés inattendues.

Avec ce deuxième tome, Nathan Edmondson confirme la bonne impression du premier tome, mais aussi ses limites. Pour commencer, il faut deux fois moins de temps pour lire ce recueil que pour un autre de même pagination. L'objectif d'Edmondson est de proposer une lecture bourrée d'action. Natasha Romanoff était une espionne d'envergure internationale, et ses missions ont conservé cette envergure mondiale. Elle se ballade d'un coin à l'autre de la planète en fonction des missions qu'elle accepte, ou de sa poursuite d'information.

Pour ce deuxième tome, Edmondson a choisi de sacrifier à l'habituel invité pour donner une raison supplémentaire au lecteur de s'intéresser à la série. Mais il a choisi de le faire à sa manière en changeant d'invité surprise à chaque épisode (je vous laisse découvrir lesquels). À chaque fois, il y a un motif valable à sa participation. À chaque fois ce personnage supplémentaire permet de faire ressortir les spécificités de Black Widow par rapport au superhéros concerné. Certes, le lecteur sait bien que Natasha Romanoff n'est pas Frank Castle, mais Edmondson fait ressortir les différences également dans leurs modes opératoires. Il est également le scénariste de la nouvelle série du Punisher, et il assure la coordination entre ces 2 épisodes avec minutie et précision, reprenant les mêmes dialogues dans les 2, mais en changeant de point de vue, passant d'un personnage à l'autre.

L'objectif d'Edmondson est donc de concevoir des intrigues qui contiennent une bonne dose d'action spectaculaire, tout en restant aussi réaliste qu'un bon film de James Bond (oui, tout est relatif, le réalisme aussi). Le lecteur peut donc ainsi apprécier une course-poursuite sur les toits de San Francisco, une prise d'assaut dans un chalet de montagne, un jeu du chat et de la souris dans les coursives d'un navire, une fuite éperdue pour éviter les traits décochés par un redoutable archer, des meurtres de sang froid dans un casino, et une belle utilisation de drone.

Phil Noto n'a rien changé dans sa manière de dessiner, avec cases précises sans être surchargées. Il adapte le niveau d'informations visuelles en fonction de la séquence, aussi bien dense qu'épuré. Il peut aussi bien esquisser à grands traits (grands coups de pinceau virtuel) la silhouette d'un navire en pleine mer, que dessiner une porte en bois avec plus de précision et de soin dans les textures.

Il faut un peu de temps pour que l'œil se fasse à ce mode de représentation variant de quelques coups de pinceaux pour des formes géométriques simplifiées sans trait de détourage, à des dessins plus léchés telle cette pleine page magnifique où Natasha Romanoff (dans un joli tailleur) et sa protégée avancent sur un tapis rouge, très belles et séduisantes, sans aucun élément racoleur ou vulgaire (= sans l'exagération habituelle des comics de superhéros sur leur anatomie).

Une fois passé ce moment d'acclimatation à ce mode de représentation inusuelle, le lecteur apprécie la compétence narrative de Noto. Il varie le nombre de cases en fonction de la nature de la séquence. Il découpe chaque action et la met en scène de manière à rendre compte du mouvement et de la rapidité des personnages. Les couleurs habillent chaque dessin, pas pour augmenter le volume, mais pour les inscrire dans une ambiance globale, et pour étoffer discrètement les surfaces parfois à peine détourées.

Par comparaison, Mitch Gerads dessine de manière plus traditionnelle, avec une approche plus figurative, plus photographique, et des compositions de planche un peu plus paresseuse (vive les cases de la largeur de la page sans grand-chose dedans). Néanmoins ses dessins ne jurent pas à côté de ceux Noto, ils sont juste plus classiques.

Le lecteur ressort de ce tome avec le plaisir d'avoir passé un bon moment dans un récit d'action, vif et enlevé. L'intrigue ne connaît pas de temps mort, les protagonistes se comportent comme des adultes, les enjeux sont clairs et tranchés et les invités surprise viennent mettre en valeur Black Widow sans être non plus réduits à l'état de simple faire-valoir. Les pages de Phil Noto immergent le lecteur dans un monde assez réaliste pour accroître la plausibilité des aventures de Black Widow, assez interprété pour que les éléments superhéroïques ne viennent pas contredire l'approche réaliste. Emporté par l'action et le rythme de la narration, le lecteur ne s'aperçoit qu'à la fin que l'intrigue aurait pu être un peu plus consistante.


Amazing Spider-Man: Spider-Verse Prelude Vol. 2
Amazing Spider-Man: Spider-Verse Prelude Vol. 2
par Fabrice Sapolsky
Edition : Broché
Prix : EUR 15,97

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Ms. Marvel, suivi d'un prologue en bonne et due forme, 19 février 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Amazing Spider-Man: Spider-Verse Prelude Vol. 2 (Broché)
Ce tome fait suite à The Parker luck (épisodes 1 à 6). Il comprend les épisodes 7 & 8 de la série "Amazing Spider-Man" (en abrégé ASM), les épisodes 32 & 33 de la série "Superior Spider-Man" (en abrégé SSM), et 5 histoires courtes extraites du "Free comic book day" 2014 et des 4 épisodes suscités. Les intrigues d'ASM et SSM sont écrites par Dan Slott, avec des dialogues de Christos Gage, et des dessins de Guiseppe Camuncoli.

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- ASM 7 & 8 (encrage de Cam Smith) – L'attraction entre Peter Parker et Cindy Moon est toujours aussi intense, au point qu'ils doivent être régulièrement séparés par un jet d'eau froide lancé par Anna Maria Marconi. Cindy décide de prendre l'air. Peter Parker décide d'intervenir dans un cas de braquage où il croise la nouvelle Ms. Marvel (Kamala Khan).

Sans beaucoup de surprise, le lecteur se rend compte que Slott consacre ces 2 épisodes à mettre en valeur Kamala Khan, superhéroïne récente dans l'univers partagé Marvel (à commencer par No normal). Ces épisodes servent également à rapatrier le personnage de Clayton Cole, initialement apparu dans Learning to crawl. Le lecteur peut supposer que Slott disposait des 2 mois de libre dans le planning de parution avant de passer à Spider-Verse.

Du coup, les intrigues principales de la série laissent la place à cette rencontre sympathique, où le caractère enjoué de Ms. Marvel opère à plein. Les dessins de Camuncoli sont bien fournis, même si l'encrage de Cam Smith a tendance à un peu les affadir, en particulier en adoucissant les traits noirs et les ombres portées. 4 étoiles pour un récit plaisant, sans grand enjeu, avec des dialogues trop fonctionnels, pas assez porteurs de l'état d'esprit des personnages.

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- SSM 32 & 33 (encrage de John Dell) – Au cours de l'épisode 19 de la série "Superior Spider-Man", cette incarnation de Spider-Man avait disparu pendant 24 heures. Ces 2 épisodes montrent ce qui lui est arrivé quand il s'est retrouvé en 2099 (oui, comme un autre Spider-Man, voir Out of time). En essayant de revenir sur la Terre 616, il prend un mauvais raccourci et se retrouve au pied du cadavre d'un autre Spider-Man (avec le chiffre 5 au milieu de l'araignée dessinée sur son costume, voir What If?: Classic, volume 1).

Après la série SSM, le lecteur n'avait pas forcément envie que Dan Slott rallonge la sauce sous la pression éditoriale, pour cause de trop bons résultats de chiffres de vente. Ces 2 épisodes ne viennent pas diluer le récit de SSM, mais faire le lien avec le crossover à venir "Spider-verse". L'un des intérêts est de découvrir quelles incarnations de Spider-Man, Octavius va croiser et ce qu'il attend d'eux. De ce point de vue, Slott et Gage réussissent leur intrigue. L'aspect ludique joue à plein, grâce aux incarnations sortant de l'ordinaire que Slott a été chercher. Soit le lecteur les connaît déjà, et il peut apprécier l'étendue du savoir du scénariste en ce qui concerne l'historique de Spider-Man. Soit il ne les connaît pas, et il peut se lancer dans une recherche en ligne pour découvrir dans quelles circonstances ces variations farfelues ont pu voir le jour (mention spéciale à Pavitr Prabhakar de la Terre 50101).

Du point de vue de l'intrigue, la facilité avec laquelle Otavius réussit à voyager dans le temps est assez déconcertante, malgré les erreurs d'aiguillages. Cela devient un peu dur à avaler quand il devient évident qu'il voyage dans le temps, mais aussi d'une dimension à l'autre, et plus fort encore également dans l'espace.

L'encrage de John Dell fait mieux ressortir la saveur des dessins de Camuncoli, respectant leur aspect plus fin et plus sec. Les séquences d'affrontement sont très réussies, spectaculaires à souhait. Camuncoli compose ses cases de manière à ce que le lecteur puisse distinguer et reconnaître chaque Spider-Man, même lorsqu'il y en a 8 dans la même case. Par contre, le dessinateur évite de dessiner les arrières plans pendant la moitié de l'épisode 33 (avec tous ses remerciements au metteur en couleurs qui fait de son mieux pour éviter que cela se remarque).

Ces 2 épisodes sont une bonne surprise dans la mesure où ils ne viennent pas invalider la série SSM, et où ils permettent de retrouver (ou de découvrir) plusieurs Spider-Man (parfois oubliés à juste titre).

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- 5 histoires courtes – Il s'agit à chaque fois (à l'exception de la cinquième) d'assister dans une autre dimension, à l'affrontement entre un Spider-Man et l'ennemi révélé dans le tome précédent.

3 histoires sont écrites par Dan Slott, et 2 par Christos Gage. Les dessins sont réalisés par Guiseppe Camuncoli et Cam Smith, puis Camuncoli et John Dell, puis Humberto Ramos & Victor Olazaba, puis Adam Kubert, et par M.A. Sepulveda. Ces histoires comportent entre 5 et 8 pages.

À chaque fois, le lecteur en apprend un tout petit peu sur l'ennemi qui souhaite tuer le Spider-Man de chaque réalité parallèle. Au vu des enjeux (une question de vie ou de mort), chaque histoire s'avère assez poignante, avec des dessins plein d'énergie. Slott et Gage donnent envie d'en savoir plus sur chacun de ces Spider-Man, alors que certaines de leur apparition originale laissaient à désirer.

Au final ce tome comprend un team-up agréable et dispensable entre Spider-Man et Ms. Marvel, et des histoires accomplissant leur mission de mettre l'eau à la bouche du lecteur pour Spider-verse.


Amazing Spider-Man Volume 2: Spider-Verse Prelude
Amazing Spider-Man Volume 2: Spider-Verse Prelude
par Dan Slott
Edition : Broché
Prix : EUR 19,63

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Ms. Marvel, suivi d'un prologue en bonne et due forme, 19 février 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Amazing Spider-Man Volume 2: Spider-Verse Prelude (Broché)
Ce tome fait suite à The Parker luck (épisodes 1 à 6). Il comprend les épisodes 7 & 8 de la série "Amazing Spider-Man" (en abrégé ASM), les épisodes 32 & 33 de la série "Superior Spider-Man" (en abrégé SSM), et 5 histoires courtes extraites du "Free comic book day" 2014 et des 4 épisodes suscités. Les intrigues d'ASM et SSM sont écrites par Dan Slott, avec des dialogues de Christos Gage, et des dessins de Guiseppe Camuncoli.

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- ASM 7 & 8 (encrage de Cam Smith) – L'attraction entre Peter Parker et Cindy Moon est toujours aussi intense, au point qu'ils doivent être régulièrement séparés par un jet d'eau froide lancé par Anna Maria Marconi. Cindy décide de prendre l'air. Peter Parker décide d'intervenir dans un cas de braquage où il croise la nouvelle Ms. Marvel (Kamala Khan).

Sans beaucoup de surprise, le lecteur se rend compte que Slott consacre ces 2 épisodes à mettre en valeur Kamala Khan, superhéroïne récente dans l'univers partagé Marvel (à commencer par No normal). Ces épisodes servent également à rapatrier le personnage de Clayton Cole, initialement apparu dans Learning to crawl. Le lecteur peut supposer que Slott disposait des 2 mois de libre dans le planning de parution avant de passer à Spider-Verse.

Du coup, les intrigues principales de la série laissent la place à cette rencontre sympathique, où le caractère enjoué de Ms. Marvel opère à plein. Les dessins de Camuncoli sont bien fournis, même si l'encrage de Cam Smith a tendance à un peu les affadir, en particulier en adoucissant les traits noirs et les ombres portées. 4 étoiles pour un récit plaisant, sans grand enjeu, avec des dialogues trop fonctionnels, pas assez porteurs de l'état d'esprit des personnages.

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- SSM 32 & 33 (encrage de John Dell) – Au cours de l'épisode 19 de la série "Superior Spider-Man", cette incarnation de Spider-Man avait disparu pendant 24 heures. Ces 2 épisodes montrent ce qui lui est arrivé quand il s'est retrouvé en 2099 (oui, comme un autre Spider-Man, voir Out of time). En essayant de revenir sur la Terre 616, il prend un mauvais raccourci et se retrouve au pied du cadavre d'un autre Spider-Man (avec le chiffre 5 au milieu de l'araignée dessinée sur son costume, voir What If?: Classic, volume 1).

Après la série SSM, le lecteur n'avait pas forcément envie que Dan Slott rallonge la sauce sous la pression éditoriale, pour cause de trop bons résultats de chiffres de vente. Ces 2 épisodes ne viennent pas diluer le récit de SSM, mais faire le lien avec le crossover à venir "Spider-verse". L'un des intérêts est de découvrir quelles incarnations de Spider-Man, Octavius va croiser et ce qu'il attend d'eux. De ce point de vue, Slott et Gage réussissent leur intrigue. L'aspect ludique joue à plein, grâce aux incarnations sortant de l'ordinaire que Slott a été chercher. Soit le lecteur les connaît déjà, et il peut apprécier l'étendue du savoir du scénariste en ce qui concerne l'historique de Spider-Man. Soit il ne les connaît pas, et il peut se lancer dans une recherche en ligne pour découvrir dans quelles circonstances ces variations farfelues ont pu voir le jour (mention spéciale à Pavitr Prabhakar de la Terre 50101).

Du point de vue de l'intrigue, la facilité avec laquelle Otavius réussit à voyager dans le temps est assez déconcertante, malgré les erreurs d'aiguillages. Cela devient un peu dur à avaler quand il devient évident qu'il voyage dans le temps, mais aussi d'une dimension à l'autre, et plus fort encore également dans l'espace.

L'encrage de John Dell fait mieux ressortir la saveur des dessins de Camuncoli, respectant leur aspect plus fin et plus sec. Les séquences d'affrontement sont très réussies, spectaculaires à souhait. Camuncoli compose ses cases de manière à ce que le lecteur puisse distinguer et reconnaître chaque Spider-Man, même lorsqu'il y en a 8 dans la même case. Par contre, le dessinateur évite de dessiner les arrières plans pendant la moitié de l'épisode 33 (avec tous ses remerciements au metteur en couleurs qui fait de son mieux pour éviter que cela se remarque).

Ces 2 épisodes sont une bonne surprise dans la mesure où ils ne viennent pas invalider la série SSM, et où ils permettent de retrouver (ou de découvrir) plusieurs Spider-Man (parfois oubliés à juste titre).

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- 5 histoires courtes – Il s'agit à chaque fois (à l'exception de la cinquième) d'assister dans une autre dimension, à l'affrontement entre un Spider-Man et l'ennemi révélé dans le tome précédent.

3 histoires sont écrites par Dan Slott, et 2 par Christos Gage. Les dessins sont réalisés par Guiseppe Camuncoli et Cam Smith, puis Camuncoli et John Dell, puis Humberto Ramos & Victor Olazaba, puis Adam Kubert, et par M.A. Sepulveda. Ces histoires comportent entre 5 et 8 pages.

À chaque fois, le lecteur en apprend un tout petit peu sur l'ennemi qui souhaite tuer le Spider-Man de chaque réalité parallèle. Au vu des enjeux (une question de vie ou de mort), chaque histoire s'avère assez poignante, avec des dessins plein d'énergie. Slott et Gage donnent envie d'en savoir plus sur chacun de ces Spider-Man, alors que certaines de leur apparition originale laissaient à désirer.

Au final ce tome comprend un team-up agréable et dispensable entre Spider-Man et Ms. Marvel, et des histoires accomplissant leur mission de mettre l'eau à la bouche du lecteur pour Spider-verse.


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