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Punisher Max Complete Collection Vol. 1
Punisher Max Complete Collection Vol. 1
par Garth Ennis
Edition : Broché
Prix : EUR 32,51

5.0 étoiles sur 5 La version adulte définitive du Punisher, 3 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Punisher Max Complete Collection Vol. 1 (Broché)
Ce tome contient les 3 premières histoires de la série MAX du Punisher, entièrement écrite par Garth Ennis.

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- Born (4 épisodes de la minisérie parue en 2003) - L'histoire se déroule en octobre 1971, au Vietnam. Une garnison est implantée dans une base appelée Valley Forge. À sa tête, le commandant est écoeuré par la guerre et il a baissé les bras depuis bien longtemps pour taquiner la bouteille. Il refuse la responsabilité de sa charge, la gestion de ses hommes et l'accomplissement des patrouilles dans la jungle. Parmi ses hommes se trouve Frank Castle qui accompli sa troisième période militaire dans cette guerre. Il s'agit d'un soldat à l'implication exceptionnelle. C'est un combattant hors pair doté d'un grand sens du devoir et de qualités professionnelles hors normes. Au cours de ce récit, le lecteur observe les comportements déviants des soldats qui se sont adaptés à la guerre. Ils parient sur les probabilités de survie des occupants d'un avion militaire américain, victime d'un tir de barrage anti-aérien. L'usage de la drogue donne lieu à des transactions peu reluisantes. Les échanges de coups de feu avec les tireurs embusqués se terminent en boucherie. Frank Castle baigne dans son élément et il fait tout ce qui est son pouvoir pour assurer la survie de ses camarades et de cette base en sous-effectif. Mais les ennemis préparent une action d'envergure que les soldats américains n'arrivent pas à découvrir.

Pendant 4 ans, Garth Ennis avait déjà remis le personnage du Punisher en selle dans l'univers partagé Marvel. Tout avait commencé par une maxisérie en 12 épisodes parus d'avril 2000 à mars 2001 (réédité dans Welcome Back, Frank), suivi d'une série mensuelle (37 épisodes d'août 2001 à février 2004). Avec la série "Punisher Max", l'ambition de Garth Ennis est de profiter de cette branche d'édition (la ligne Max destinée à éditer des comics pour un lectorat plus adulte) pour reprendre le personnage depuis le début et aborder des thèmes plus noirs et plus matures.

Dans ce tome, Ennis souhaite montrer la phase de gestation du Punisher, avant que la famille de Frank Castle soit massacrée à Central Park. Dans la continuité Marvel traditionnelle, il avait été établi de longue date que Castle avait été soldat pendant la guerre du Vietnam (le lecteur l'avait même croisé dans la série The 'Nam racontant cette guerre en comics). Pour ce faire, il oppose la vision d'un soldat encore relativement peu touché par les horreurs inhumaines du conflit aux actions de Frank Castle. En fait le lecteur suit le flux de pensées de ce soldat et un flux de pensées qui semble parler à Castle directement dans son esprit. Enfin, la nature du récit est relativement claustrophobe puisque la narration ne s'intéresse qu'aux soldats américains de cette base. L'ennemi reste indistinct et générique. Sauf que pour ne pas tomber dans le manichéisme des bons américains contre les méchants Viêt-Congs, Garth Ennis prend le temps de montrer les destructions que la guerre leur impose. À part une variante de Fort Alamo chère à Ennis, ce récit de guerre évite les clichés du genre en donnant une vision très noire de l'aliénation de l'être humain commettant des actes de guerre.

Ennis est aidé par les illustrations de Darick Robertson, encré par Tom Palmer. Robertson indique à la fin du tome que son propre père a été soldat pendant la seconde guerre mondiale, ce qui l'a incité à donner le meilleur de lui-même pour illustrer cette histoire. Effectivement, chaque dessin respire l'exactitude historique des tenues et des armements. Il est également visible qu'il a passé beaucoup de temps sur chaque case pour dessiner assez de détails donnant une densité et une matière à chaque décor, chaque personnage. À part pour le degré d'humidité qui n'est pas rendu, pour le reste le lecteur a vraiment la sensation d'y être. Ce qui est un peu plus étrange c'est qu'il a choisi d'inclure de nombreux soldats avec la bouche grande ouverte dans le feu de l'action. Il utilise là un cliché des comics qui détonne un peu par rapport au reste. Darick Robertson dépeint Frank Castle comme un être humain très intense, très polarisé sur les actions à mener. Il illustre parfaitement l'interprétation qu'en donne le scénario. Dans les pages bonus, Robertson montre quelques unes des photos qui lui ont servi de référence, ainsi que quelques crayonnés préparatoires. Il y a également les 2 pages tapées par Ennis pour vendre cette histoire à Marvel.

Ce prologue à la série "Punisher Max" est une histoire très intense en pleine guerre du Vietnam, focalisée sur Frank Castle. Il ne s'agit en rien d'une histoire bonus inutile, mais bien de situations clefs dans l'histoire du personnage, d'éclairages sur les motivations psychologiques de cet individu. Il est même possible de voir dans la scène finale le commentaire d'Ennis sur son personnage : il l'a transformé en machine de guerre.

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- In the beginning (épisodes 1 à 6) - L'histoire commence avec un résumé rapide et sec sur le meurtre de la femme de Frank Castle, de son fils Frank David et de sa fille Lisa. Passé ce recueillement sur leur pierre tombale, le lecteur constate que le domicile de Castle est sous surveillance de la CIA. Le soir même, le Punisher exécute froidement une centaine de criminels réunis pour fêter les 100 ans d'un parrain (qu'il abat également). Et pour faire bonne mesure, il est également présent lors des funérailles pour abattre les mafieux qui sont venus rendre un dernier hommage aux morts. Pendant ce temps là la CIA travaille à l'arrestation du Punisher qui est finalement effectuée par un de ses anciens compagnons d'armes.

Garh Ennis a écrit un récit très intense et très noir qui met en scène Frank Castle comme il ne l'avait jamais été. Ce personnage a été créé par Gerry Conway, Ross Andru et John Romita senior en 1974. Il avait connu une première évolution dans Circle of Blood grâce à Steven Grant et Mike Zeck (et dans Return to Big Nothing par les mêmes), une deuxième évolution sous la plume de Mike Baron (Essential Punisher 2) et une troisième évolution imputable déjà à Garth Ennis dans Welcome Back, Frank. "In the beginning" correspond à une évolution encore supérieure car Ennis profite pleinement du fait que cette histoire est éditée par la branche jeune adulte / adulte de Marvel (appelée Max).

Garth Ennis montre un Frank Castle né en 1950 et qui a 30 ans d'activité en tant que Punisher, avec un nombre de tués supérieur à 2000 ; il a donc une cinquantaine d'années. Pour ce premier tome, Ennis reprend les éléments connus du personnage (ses années au Vietnam, la mort de sa femme et de ses enfants dans un parc au cours d'une fusillade et les années de collaboration avec Microchip, Linus Lieberman de son vrai nom. Mais il place son récit dans la dernière partie de sa carrière (ce qui évoque forcément la période The Dark Knight Returns de Batman). La structure du récit fait qu'il faut attendre le cinquième épisode avant que Castle ne commence à donner de la voix au sens propre, comme au figuré. Ennis prend donc le temps d'installer le ton de la série avant laisser le personnage principal prendre le dessus sur le récit. Et quel ton !

Le massacre des hauts échelons du crime organisé à New York a créé un vide que la nature s'empresse de combler. Les 3 individus qui sont appelés à s'installer au sommet n'ont pas peur de se salir les mains : un col blanc au sang froid et 2 psychopathes sadiques. Ennis décrit des personnages qui font froid dans le dos et que le lecteur ne souhaiterait croiser pour rien au monde. Sur la base de ces criminels sans pitié, il concocte des moments macabres d'une grande cruauté qui génère un humour noir réservé aux coeurs bien accrochés (un individu qui tient ses testicules dans un gobelet en plastique par exemple). Vous l'aurez compris : les moments Ennis atteignent une intensité exceptionnelle, mais sans l'humour que l'on peut trouver dans "Preacher" ou dans "The boys". Et quand Castle se déchaîne enfin, le lecteur se rappelle de la fin du tome précédent dans laquelle Ennis promettait à son personnage qu'il s'en sortirait toujours (mais au prix de quelles horreurs physiques et psychiques !) et le massacre des criminels devient une catharsis d'une efficacité totale, pour le lecteur.

Pour ce tome, les illustrations ont été confiées à Lewis Larosa, encré par Tom Palmer. Je suis très partagé sur le résultat. D'un coté, chaque personnage bénéficie d'un visage bien défini et d'expressions du visage réalistes. De ce fait toutes les conversations agrippent le lecteur en le plaçant au milieu d'individus réalistes. Les 3 prétendants à la tête du milieu dégagent une aura qui fait peur, malgré une difformité qui pourrait les rendre ridicules. Les scènes d'action sont d'une sécheresse qui augmente l'intensité des atrocités commises de sang froid, qu'il s'agisse de massacre à grande échelle ou de violences perpétrées sur une personne. Cet aspect terre à terre rend plus terrifiant encore les aspects outrés du scénario (une phalange mordue au sang, un criminel ayant survécu à l'empalement sur une herse en fer). D'un autre coté, Larosa est un grand adepte des têtes en train de parler au milieu d'une case de la largeur de la page, sans aucun décor. Or son niveau de mise en scène ne lui permet pas de se passer d'ameublement. Du fait de ce dénuement spartiate, le dialogue entre Microchip et Castle prend une dimension trop théâtrale qui fait tâche par rapport au reste de l'histoire. Et puis le choix de présenter Castle comme un athlète bodybuildé marqué de milliers de rides en fait un être supérieur ce qui ne semble pas cohérent par rapport à la direction donnée par Ennis.

Ça faisait longtemps que je me demandais si cette série est à la hauteur de sa réputation : j'ai été soufflé par l'intensité de la narration au point de ne pas pouvoir lâcher ce tome sans l'avoir terminé.

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- Kitchen Irish (épisodes 7 à 12)-

Frank Castle est tranquillement assis dans un bar de Hell's Kitchen en train de prendre un café et un hamburger avec des frites quand une bombe explose dans le pub irlandais d'en face. Sans hésitation, il se précipite pour essayer d'aider quelques victimes et il finit par aider un pompier un peu jeunot. Du coup il est encore sur place quand arrive la police ; l'un de leurs experts reconnaît immédiatement le résultat d'une bombe fabriquée par un multirécidiviste ayant surtout travaillé pour l'IRA. Pendant ce temps là, Finn Cooley (le poseur de bombes) explique à Michael Morrison et Peter Cooley (son neveu) qu'il souhaite surtout mettre la main sur l'héritage de Pops Nesbitt (l'ancien chef de clan de la branche irlandaise du crime organisé à New York, maintenant décédé). Or il y a 3 autres factions qui poursuivent le même but : les époux Tomy et Brenda Tonner (chefs du clan des Westies), les frère et soeur Polly et Eamon (responsables d'un groupe de pirates aux abords de New York) et Maginty, un grand black né en Irlande. Cependant la traversée de l'Atlantique par Finn Cooley n'est pas passée inaperçu et Yorkie Mitchell (un policier anglais qui a connu Castle au Vietnam), assisté de Andy Lorimer (le fils d'un policier victime d'un attentat à la bombe) demandent l'aide de Frank Castle pour mettre un terme aux carnages perpétrés par Finn Cooley.

À la lecture de ce récit, il y a une première surprise : le Punisher n'a qu'un second rôle et le dénouement aurait très bien pu se dérouler sans sa présence. Deuxième surprise : Garth Ennis construit son histoire sur la base de la violence engendrée par des années de guerre en Irlande. Il est facile de voir que ce conflit a profondément marqué ce scénariste qui est né en Irlande du Nord. Ennis donne une interprétation sans appel des criminels d'ascendance irlandaise installés à New York. Il ne s'agit ni plus ni moins que de voyous des rues sans envergures ni jugeote qui se prennent pour des caïds qu'ils ne seront jamais. Pops Nesbott (le vieux émigré d'Irlande) est consterné par la génération suivante composée de crétins qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Derrière la violence, la cruauté et le sadisme des uns et des autres, se trouve une abyssale vacuité et une bêtise atterrante. Garth Ennis déroule une suite d'horreurs, de massacres, de tortures et d'exécution sommaires qui créent une spirale d'autodestruction sans but, qui se nourrissent d'eux-mêmes sans aucun objectif.

Il faut avoir le coeur bien accroché pour lire cette histoire. Garth Ennis n'y va pas de main morte et il a à nouveau concocté quelques moments qui provoquent des hauts le coeur incontrôlables (en particulier quand Castle mord un autre adversaire). Mais le conflit oppose des petites frappes sans envergure, incapables de s'extraire du cercle infernal de la violence. Aucune tuerie n'est gratuite ; elles servent toutes la mise en évidence implacable et sans appel de l'imbécillité des protagonistes.

Pour les illustrations, Lewis Larosa a laissé la place à Leandro Fernandez. Il utilise un style beaucoup plus clair avec des cases aérés, et des visages plus ronds. Le contraste avec son prédécesseur n'est pas trop choquant dans les premières pages. Frank Castle est toujours aussi massif et son visage reste marqué par les rides. Chaque personnage dispose d'une physionomie particulière, plus ou moins développée. Fernandez met en scène des adultes qui adoptent des postures d'adultes, par opposition à des adolescents attardés qui gesticuleraient sans fin. Les illustrations du carnage après l'explosion de la bombe dans le pub prouvent tout de suite au lecteur que Fernandez se situe bien dans un registre adulte, malgré le simplisme de certaines cases. Son style lui permet de faire passer au lecteur l'horreur des corps déchiquetés des victimes et la destruction aveugle causée par l'explosion. Le visage de Finn Cooley (dépourvu de peau suite à un autre attentat) créé un malaise à trop le regarder. La carrure et la gueule de Maginty génèrent une sensation de malaise et de crainte. Le regard de Napper French (spécialiste des disparitions de cadavres encombrants) est hanté par les atrocités qu'il a commises, ainsi que par l'état de détachement dans lequel il se met pour se livrer à son art de dépeçage. Malgré tout, j'ai eu du mal à adhérer complètement aux graphismes de Fernandez qui se contente souvent d'un visage bien croqué au milieu d'une case de la largeur de la page sans aucun décor. Ce choix de mise en scène fait perdre de l'intensité visuelle au récit.

Après "In the beginning" qui présentait Frank Castle comme incapable de faire autre chose que de l'abattage en série de criminels, Garth Ennis nous présente des criminels pour qui tuer et torturer sont devenus l'activité centrale de leur vie. Il est possible d'y voir une comparaison avec Castle pour qui les exécutions de criminels ne sont qu'un moyen pour atteindre une fin, et non une fin en soi. Et puis Garth Ennis dit au lecteur le fond de sa pensée sur la criminalité qu'a engendré l'Irlande.


Thors
Thors
par Jason Aaron
Edition : Broché
Prix : EUR 14,85

4.0 étoiles sur 5 Des Thor comme s'il en pleuvait, et même une grenouille, 3 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Thors (Broché)
Ce tome contient les 4 épisodes de la minisérie du même nom, initialement parus en 2015, écrits par Jason Aaron, dessinés par Chris Sprouse et encrés par Karl Story pour les épisodes 1 & 4, dessinés par Goran Sudžuka et encrés par Dexter Vines pour les épisodes 2 & 3, avec une mise en couleurs de Marte Gracia pour les épisodes 1 & 4, et Israel Silva pour les épisodes 3 & 4. Il s'agit d'une série satellite de l'événement du moment : elle se déroule concomitamment à Secret Wars (2015) de Jonathan Hickman & Esad Ribic (elle peut en être lue indépendamment). Il contient également les épisodes 364 & 365 de la série Thor, initialement parus en juillet 1986, écrits, dessinés et encrés par Walter Simonson, avec une mise en couleurs de Steve Oliff.

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Thors - L'histoire se déroule sur Battlworld, un monde assemblé à partir de morceaux de Terre issues de mondes parallèles et accolés par la force du dieu vivant Victor von Doom. Sur cette planète artificielle, une brigade de Thors d'horizon divers assure les fonctions de police. Alors que le récit commence, Thor Ultimate et Beta Ray Bill ont découvert le cadavre d'une femme dans une zone éloignée de la cité. Ils convoquent les autres Thor sur place, leur font savoir qu'à eux deux ils sont les responsables de l'enquête et qu'il s'agit d'un Allthing. Avant de commencer sérieusement l'enquête, ils se passent les nerfs sur un groupe de Ghost Rider.

De retour à Doomgard, Thor Ultimate se fait passer un savon par Thor-Odin qui lui explique qu'il a intérêt à obtenir des résultats rapidement. Puis il passe voir Throg (le Thor grenouille) qui lui explique que l'examen légiste n'a pas permis d'identifier le cadavre. Il finit par aller écluser des bières à la taverne Valhalla, où il est rejoint par Thor Beta Ray Bill. Ce dernier lui explique qu'il va aller consulter un de ses informateurs les plus fiables, bien qu'il n'aime pas les Thor. Il apprend un nom : Jane Foster.

Pendant Secret Wars, toutes les séries mensuelles font une pause, laissant place à des miniséries satellites se déroulant dans l'environnement de Battleworld. Contrairement aux craintes des lecteurs, les responsables éditoriaux ont fait en sorte de conserver les mêmes équipes créatives que sur les titres mensuels. C'est ainsi que le lecteur a le plaisir de voir que c'est Jason Aaron qui s'occupe de Thor, même si ce n'est pas une suite directe du tome précédent de sa série mensuelle, à savoir Who holds the hammer?. Il apprécie de retrouver les dessins de Chris Sprouse. Le dispositif retenu par le scénariste (une enquête policière menée par des dieux) lui fait immédiatement penser à l'une des enquêtes de Top 10 d'Alan Moore, ce qui place la barre un peu haut.

Dans les faits, le lecteur ressent que Jason Aaron s'amuse à mêler les conventions d'une enquête policière, avec la mythologie du personnage Thor à la sauce Marvel, dans l'environnement de Secret Wars. Thor Ultimate assure donc les fonctions d'enquêteur de la police, un peu cynique et désabusé, expérimenté. Aaron utilise le principe de responsable d'enquête pouvant demander l'aide de ses collègues, de supérieur hiérarchique exigeant des résultats du fait de la pression du dirigeant du royaume. Le crime est mystérieux car la victime n'est pas de la région, l'examen de son cadavre montre qu'il a été transporté et que cela faisait déjà quelque temps qu'elle était morte. Il joue également sur les relations pas forcément cordiales qui existent au sein de la brigade des Thor, avec des progressistes, et des plus radicaux.

L'enquête progresse difficilement et fait remonter des personnages attendus comme Loki mais dans une configuration surprenante. Jason Aaron se lance dans une séance d'interrogatoire en salle close, à la manière de Brian Michael Bendis & Michael Avon Oeming dans la série Powers (par exemple Legends), mais sans réussir à en atteindre l'intensité ou la vivacité. La rivalité entre les Thor repose sur les différences de caractère et ressort de manière naturelle. Bien sûr tous ne disposent pas d'une séquence devant les feux de la rampe, et le lecteur pourra ressentir un goût de trop du fait que Thor Groot ou Thor Storm (Ororo Munroe) n'ait pas eu la possibilité de s'exprimer. Chris Sprouse, puis Goran Sudžuka effectuent un travail impeccable pour que chaque Thor se distingue et se reconnaisse aisément.

Le lecteur un tant soit peu familier avec l'historique du personnage reconnaît facilement Thor Ultimate à son visage un peu plus dur, à son bouc, à ses cheveux filasses, et bien sûr à la forme caractéristique de son marteau. Thor Beta Ray Bill se reconnaît grâce à la forme de son crâne évoquant celui d'un cheval. De même Thor Odin se reconnaît à son âge et à son bandeau sur l'œil, Storm grâce à son costume hérité de Agardian Wars, Throgg grâce à sa forme de grenouille, Thor Groot du fait de son écorce, Thor Destroyer du fait de son armure, etc. C'est à la fois la preuve de l'investissement des créateurs initiaux de ces variations du personnage, de la force de la conception visuelle de leur variation, mais aussi la preuve de l'attention portée par les artistes à leur travail préparatoire de référence.

Le premier épisode débute dans un endroit dépourvu de caractéristiques, si ce n'est le sol en terre naturel. Passé cette scène de découverte du cadavre, Sprouse prend le temps de représenter les décors de chaque scène, de manière à ce que le lecteur sache où se déroule l'action, et que les Thor se déplacent dans des lieux concrets, dans des bâtiments avec un agencement de pièce stable, avec des meubles et des accessoires tangibles. La densité d'information visuelle est assez élevée, tout en conservant une grande lisibilité pour les dessins, grâce à des traits maîtrisés. La direction d'acteur et les prises de vue sont professionnelles et ne donnent pas l'impression de clichés déjà vus. Avec le deuxième épisode, Goran Sudžuka et Dexter Vines prennent la suite de Chris Sprouse et Karl Story. Si le lecteur n'a pas eu la curiosité de regarder qui a fait quoi, avant d'entamer sa lecture, il est possible qu'il ne le remarque pas.

En surface, Sudžuka et Vines ont repris la même approche graphique que leurs prédécesseurs, avec des traits de contours élégants dans leur variation d'épaisseur et leur tracé. Il faut quelques pages pour repérer que les expressions de visage sont un peu moins nuancées, et que les arrière-plans se simplifient de page en page. Arrivé au troisième épisode, le lecteur regrette que Sudžuka & Vines maîtrisent aussi bien l'art du cadrage pour éviter de dessiner l'environnement autour des personnages. La narration visuelle perd en consistance et le lecteur a du mal à se projeter dans les lieux où agissent les personnages. Il apprécie de voir revenir Sprouse & Story. En effet les visages des personnages et leurs tenues regagnent en consistance et en détails. Par contre ils devaient également être soumis à un délai serré car les décors restent les parents pauvres, les artistes se concentrant à plus de 80% sur les personnages, leurs mouvements et les coups échangés.

Jason Aaron termine proprement son intrigue, en dévoilant le coupable des meurtres et ses motivations, et en se raccrochant au dénouement de Secret Wars. Le lecteur a apprécié une enquête policière menée par une brigade peu commune, ainsi que l'utilisation à bon escient de l'historique des Thor. Les dessins racontaient clairement l'histoire, avec un vrai investissement pour que chaque Thor dispose d'une réelle identité visuelle, par contre le budget alloué aux décors semble avoir été consommé aux trois quarts pour le premier épisode, n'en laissant plus assez pour les 3 autres épisodes. 4 étoiles pour un récit sympathique et bien mené, mais pas indispensable.

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- Thor 364 & 365 - Thor a été transformé en grenouille par Loki et il est coincé sur Terre, à New York dans cette forme, sans son marteau. Il essaye de chercher de l'aide au manoir des Avengers, mais Edwin Jarvis le chasse à coup de balai. Il se réfugie dans le parc voisin où il finit par accepter de venir en aide à une communauté de grenouilles harassées par des rats agressifs. Sur Asgard, Frigga doit organiser les préparatifs nécessaires pour choisir le successeur d'Odin qui a disparu. Loki se prépare à entrer en lice.

À la fin de l'épisode 364, Walter Simonson dédie cette histoire à Carl Barks et à ses récits de canards qui parlent ([[ASIN/2723480186 La dynastie Donald Duck]]). Il raconte une histoire d'animaux qui parlent et qui se comprennent entre grenouille et rat, sans être pour autant anthropomorphes. Il joue le jeu de dessiner Thor comme une vraie grenouille qui saute partout, et les rats comme des animaux courant rapidement, avec des dents tranchantes. Il continue d'appliquer les conventions des superhéros avec cette grenouille plus forte que les autres qui va aider cette communauté par altruisme (mais il ne va pas jusqu'à accepter la main de la princesse). Le scénariste intègre une légende urbaine (celles des alligators dans les égouts) et un conte de légende (le joueur de flûte de Hamelin) qu'il lie à la mythologie des X-Men par le biais des morlocks. Enfin, il n'oublie pas d'évoquer Asgard, avec la femme d'Odin, Loki, Heimdall, les 3 Guerriers (Hogun, Fandral et Volstagg). Il arrive même à placer Haroki, (un personnage secondaire créé par Jack Kirby & Stan Lee), ainsi que Toothgnasher et Toothgrinder, les 2 boucs de Thor.

Le lecteur est frappé par la grande cohérence graphique de la narration. Simonson joue le jeu des animaux représentés de manière fidèle, avec un degré de simplification équivalent à celui des décors. Il diminue l'aspect rentre dedans hérité de Jack Kirby, avec moins de personnages semblant bondir vers le lecteur. Ce dernier ne peut donc pas se projeter dans ces protagonistes qui ne sont pas anthropomorphes, mais il peut éprouver de l'empathie pour leurs sentiments qui sont explicités au travers de bulles de pensée. La recolorisation de Steve Oliff est un peu vive et insiste de manière ostensible pour exagérer le volume de toutes les formes, sans exception. Mais le lecteur finit par s'y habituer.

Le décalage de mode narratif de ces 2 épisodes est très important par rapport à la minisérie, mais il est intéressant de découvrir ce passage sortant de l'ordinaire dans la vie de Thor et qui a durablement marqué les esprits des lecteurs. La narration datée et appuyée pourrait faire fuir certains lecteurs, elle s'avère dense avec une excellente cohérence interne, Walter Simonson prouvant que l'on peut tout faire dans un comics, à condition de respecter le personnage principal. 4 étoiles.


Luthor
Luthor
par Lee Bermejo
Edition : Album
Prix : EUR 15,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Qu'est-ce qui fait courir Luthor ?, 2 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Luthor (Album)
Dans les collaborations entre le scénariste Brian Azzarello et l'illustrateur Lee Bermejo, ce projet se situe entre Batman Deathblow (Après l'incendie) et Joker. Il s'agissait à la base d'une mini-série en 5 épisodes parue en 2005.

Brian Azzarello s'essaie à l'exercice difficile de donner de l'épaisseur aux motivations d'un méchant : Lex Luthor, l'ennemi par excellence de Superman. Disons le tout net : le résultat est très convaincant. Lex Luthor en ressort animé d'une motivation réaliste et plausible qui le place clairement dans le camp des anti-Superman. Et Azzarello réussit cependant à nous le rendre, sinon sympathique, au moins plus proche et moins manichéen. Attention, il s'agit bien du Luthor manipulateur, cynique, cruel, violent et totalement égocentrique. Il commet au fil des pages plusieurs crimes de natures diférentes. Mais sa logique est compréhensible et acceptable.

L'histoire est magnifiquement illustrée par un Lee Bermejo au mieux de sa forme. Les pages sont parsemées de trouvailles graphiques qui montrent des aspects inattendus de personnages dotés de plus de 50 ans de continuité. L'aspect réaliste très urbain des séquences s'impose au lecteur grâce au graphisme très étudié. Les couleurs expriment également cette sensation de zone crépusculaire où le bien et le mal sont inextricablement liés et l'âme ne dispose pas de boussole facilement lisible.

Enfin l'histoire prend le soin de ne pas oublier que ce personnage est fortement enraciné dans l'univers DC, et on voit ainsi apparaître Superman (dont la composante extra-terrestre est formidablement magnifiée), Bruce Wayne (Bermejo réinvente brillamment son aspect playboy) et son alter ego, et une nouvelle super-héroïne baptisée Espoir.

Si vous avez aimé Joker, il y a fort à parier que vous trouverez votre compte dans cette histoire prenante et qui jette un éclairage complémentaire bienvenu sur Lex Luthor.


E is for Extinction: Warzones!
E is for Extinction: Warzones!
par Chris Burnham
Edition : Broché
Prix : EUR 14,86

2.0 étoiles sur 5 Vieux croûtons, 2 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : E is for Extinction: Warzones! (Broché)
Ce tome contient les 4 épisodes de la minisérie du même nom, initialement parus en 2015, coécrits par Chris Burnham et Dennis Culver, dessinés et encrés par Ramon Villalobos, avec une mise en couleurs d'Ian Herring. Il s'agit d'une série satellite de l'événement du moment : elle se déroule concomitamment à Secret Wars (2015) de Jonathan Hickman & Esad Ribic (elle peut en être lue indépendamment). Il contient également l'épisode 114 de la série X-Men, initialement paru en juillet 2001, écrit par Grant Morrison, dessiné par Frank Quitely, encré par Tim Townsend, avec une mise en couleurs de Brian Haberlin.

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- E is for Exinction - Charles Xavier est installé sur le siège sous Cerebra, avec le casque sur la tête. Il parle tout haut, prévenant Cassandra Nova qu'elle a intérêt à sortir de son esprit. Contrairement à ce qui s'est passé initialement dans X-Men 114, il est obligé de se suicider d'une balle dans la tête. Plusieurs années plus tard, Barnell Bohusk (Beak) est en train de s'éclater au club Morlox, en plein quartier Mutopia.

Un groupe de U-Men (ceux de John Sulbime) débarquent dans le club Morlox et commencent à maltraiter les mutants présents. Heureusement le groupe de X-Men mené par Magneto intervient. Il est composé de Magneto lui-même, Angel Salvadore, Kid Omega (Quentin Quire), Glob Herman, Basilisk (Mike Columbus), Ernst, Dust (Sooraya Qadir) et No-Girl (Martha Johanson). Peu de temps après (mais après la bataille), arrivent Scott Summers (Cyclops) et Emma Frost. Visiblement, ils sont dépassés par la situation et inutiles. À la porte de son laboratoire, Hank McCoy voit arriver un individu qu'il connaît bien et qui meurt dans ses bras. Logan se lamente au bar de la diminution de la force de son pouvoir guérisseur.

Cette histoire est bourrée à craquer de références aux épisodes de Grant Morrison, de X-Men 114 à 154 (2001 à 2004). Cela se remarque dès le titre E is for extinction, qui est le même que celui du premier recueil des épisodes de Grant Morrison. Le lecteur reconnaît immédiatement la composition de l'équipe originelle (Cyclops, Frost, Wolverine, Beast, il ne manque Jean Grey) de Morrison. Il ne peut identifier les mutants de l'équipe de Magneto que s'il a lu les épisodes de Morrison, en particulier Ernst ou No-Girl. C'est donc une histoire à réserver à ceux qui ont lu les New X-Men de Grant Morrison.

Pour ces lecteurs déjà au parfum, Burnham et Culver ont concocté une intrigue référentielle au possible. Elle contient donc les personnages créés par Morrison, des membres des U-Men de John Sublime, la référence à Cassandra Nova, un œuf de Phénix, une mutation secondaire, et une place de choix pour Beast (évoquant la dernière histoire de Morrison, à savoir Here comes tomorrow, épisodes 151 à 154). De ce point de vue, les coauteurs effectuent un bon travail d'hommage, intégrant ces éléments dans une intrigue qui met les X-Men de Scott Summers dans une position de redondance. Ils ont été les meilleurs, les mutants les plus efficaces, mais maintenant c'est l'équipe de Magneto qui tient le haut du pavé. Alors que leurs pouvoirs ont perdu en intensité, ceux des nouveaux mutants rivalisent de bizarrerie et de puissance (sauf peut-être ceux de Beak).

L'effet de nostalgie joue à plein et les scénaristes savent évoquer avec justesse tout ce qui faisait le sel de la période Grant Morrison. De son côté, Ramon Villalobos rend également hommage à Frank Quitely, en singeant l'apparence de ses dessins. Le lecteur retrouve donc les contours comme tracés à coup de crayon, avec des petits traits épars sur chaque visage. La ressemblance est frappante, mais pas au point de s'y tromper. Villalobos a su capturer l'apparence de surface des dessins de Quitely. Il s'amuse à donner un visage un peu empâté à Scott Summers, pour faire comprendre qu'il a pris quelques années et qu'il n'est plus aussi vif et dans le coup que précédemment. Même le visage d'Emma Frost est marqué de quelques traits, perdant sa pureté intouchable. La peau du visage de Charles Xavier est légèrement distendue, correspondant à un âge plus avancé. Le dessinateur n'hésite pas à marquer les personnages, les faisant ainsi descendre de leur piédestal, les ramenant vers l'humanité, en cohérence avec le scénario qui les écorne sérieusement.

Ramon Villalobos a conservé les gros X sur les vestes des mutants. Il leur donne même un peu de volume comme s'ils étaient molletonnés. Il transcrit l'altérité dérangeante des personnages conçus par Quitely. Beak est vraiment un monstre avec un crâne déformé, une peau qu'on a pas envie de toucher. Il reproduit à l'identique le visage de Steve (John Ugly) avec ses 4 yeux, 3 nez et 3 bouches. Quentin Quire a toujours cette coupe de cheveux remarquable et continue de les teindre en rose. Par contre son coup de crayon donne une apparence moins séduisante, moins gracieuse aux personnages féminins que celui de Quitely.

Le premier épisode de cette histoire tient sa promesse. Les coscénaristes proposent une histoire alternative à celle de Grant Morrison et Frank Quitely, dans laquelle Charles Xavier a choisi la méthode la plus sûre pour se débarrasser de sa sœur. La conséquence est logique : Magneto a pris sa succession (comme il l'a déjà fait dans les années 1980, sous l'égide de Chris Claremont) et l'école a prospéré aux dépends des X-Men d'origine qui n'ont pas souhaité se réconcilier avec leur ancien ennemi et qui vieillissent, en même temps que leurs pouvoirs s'amenuisent. L'artiste dessine à la manière de Frank Quitely et se montre convaincant dans cet exercice, même si ses dessins ne disposent pas de la grâce de ceux de l'original. Il transcrit avec conviction cette nouvelle génération de mutants (sur la base de la conception visuelle de Quitely), un peu plus éloignés de l'humanité, avec la fougue de la jeunesse, et un respect certain pour leur mentor. Les décors sont conformes à ceux de la série des New X-Men, et bien présents. Les Stepford Cuckoos sont toujours aussi intrigantes. L'hommage est de qualité, avec la même touche d'humour un peu grinçant que celui de Morrison. Les enfants de Beak et Angel sont irrésistibles dans leur monstruosité tératologique.

Dans le deuxième épisode, les scénaristes forcent un peu la dose sur le comportement moralement répréhensible de Magneto (il couche avec ce qui semble être une élève, mineure qui plus est), mais le lecteur peut accepter que ça fasse partie de la dimension parodique du récit. De son côté, Villalobos se calque sur l'une des caractéristiques des dessins de Quitely qui est de s'économiser sur les décors. Mais il le fait à un dosage élevé, puisque que 12 pages sur 20 sont dépourvus de décor, pour toutes les cases de chaque page. Le lecteur a l'impression que les personnages évoluent dans un vide spatial, comme s'ils étaient en apesanteur, sans sol, ni environnement discernable. Ian Herring a beau s'amuser avec des couleurs bleu ou rose, ça ne suffit pas à masquer le manque criant d'arrière-plan.

Villalobos poursuit sur sa lancée dans l'épisode 3 qui ne comporte que de rares traits pour figurer le sol, et encore pas à toutes les pages. Et ça continue comme ça pour l'épisode 4, à l'exception des 2 dernières pages. Le lecteur a beau se dire que l'artiste a voulu parodier cette caractéristique des dessins de Quitely, il ne peut pas s'empêcher de se dire qu'il manque quelque chose. La narration visuelle en devient très pauvre, et elle ne fait pas forcément sens. Les 2 équipes d X-Men s'affrontent comme s'ils se trouvaient dans un endroit vide de tout repère spatial, alors qu'en fait ils se trouvent soit dans le bâtiment principal de l'école, soit sur la pelouse à l'extérieur (en fait le lecteur ne dispose pas d'élément visuel qui lui permette de savoir si c'est en intérieur ou en extérieur !). Les coscénaristes continuent de piocher dans les éléments des intrigues des 40 épisodes écrits par Grant Morrison, mais sans plus apporter d'éléments supplémentaires. Le ton de la narration reste plaisant, mais l'exercice de style devient vain et creux.

À l'issue de ces 4 épisodes, le lecteur se dit qu'il a passé un moment de lecture agréable, mais très superficiel, un hommage très réussi à l'équipe créative Morrison & Quitely, mais sans rien y apporter, ni extension de cette mythologie, ni regard critique. 2 étoiles.

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- New X-Men 114 - En Australie, à Sydney, Cyclops (Scott Summers) et Wolverine (Logan) viennent de sauver Steve, un mutant surnommé Ugly John, des griffes d'une sentinelle. Ils sont sur le chemin du retour (avec Steve), à bord du Blackbird. À Westchester dans l'école pour surdoués, Charles Xavier teste une nouvelle version de Cerebro, appelée Cerebra, avec l'aide de Jean Grey et Hank McCoy (Beast). À bord d'un hélicoptère à destination d'une jungle d'Amérique Centrale (en Ecuador), Cassandra Nova explique la théorie de l'évolution à Donald Trask, un dentiste installé à Albuquerque.

Celui qui connaît déjà les épisodes de Grant Morrison relit avec plaisir cette introduction à la fois déconnectée de l'épisode précédent, immergé dans la mythologie des X-Men, et élargissant l'horizon de plusieurs concepts de la série. Il découvre également les concepts visuels de Frank Quitely, depuis les costumes à base de cuir, jusqu'à la nouvelle mutation d'Hank McCoy, en passant par la prestance des personnages, qui ne se limite pas à leur carrure sous-entendant une force physique impressionnante.

Le nouveau lecteur mesure mieux la distance qui sépare la minisérie de Burnham, Culver et Villalobos de l'original. Ce premier épisode ne lui donne qu'une seule envie : découvrir ces histoires qui sont passées dans le canon des X-Men (ou les relire).


GRANT MORRISON PRESENTE BATMAN TOME 0
GRANT MORRISON PRESENTE BATMAN TOME 0
par Grant Morrison
Edition : Relié
Prix : EUR 15,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Coup d'essai pour Grant Morrison, 1 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : GRANT MORRISON PRESENTE BATMAN TOME 0 (Relié)
Ce tome comprend les épisodes 6 à 10 de la série "Legends of the Dark Knight", parus en 1990. Ils forment une histoire complète et indépendante qui se déroule dans les toutes premières années où Bruce Wayne a construit son identité secrète de Batman. Pour mémoire les épisodes 11 à 15 dans La proie d'Hugo Strange (+ épisodes 137 à 141).

Quelque part au sommet d'un immeuble en construction, un caïd et un gros bras tabassent un indic et s'apprêtent à l'immoler par le feu. Un individu qui se fait appeler Mister Whisper intervient, exécute les 2 truands et immole lui-même le donneur. Mister Whisper vient d'entamer sa purge dans la pègre de Gotham. Bruce Wayne est en proie à des cauchemars récurrents dans lesquels son père a les lèvres cousues et il semble vouloir dire quelque chose à son fils. Le maire de Gotham doit inaugurer la découverte d'un tombeau inviolé dans l'une des cathédrales de la ville. Batman travaille seul, uniquement aidé par Alfred Pennyworth, ses sarcasmes, ses petits encas et ses pansements. Dans le ciel nuageux de Gotham apparaît un signal lumineux : une chauve-souris inversée. La pègre demande l'aide de Batman pour lutter contre Mister Whisper. Un indice récupéré suite à une confrontation permet à Batman de déduire qu'une partie du mystère est liée à un monastère en Autriche. Il s'y rend à bord de son autogyre en forme de chauve-souris.

Après Alan Moore et Neil Gaiman dans les années 1980, DC Comics continue d'aller débaucher des talents en Angleterre. Leurs chasseurs de têtes leur proposent de donner sa chance à un jeune inconnu (ou presque) nommé Grant Morrison (il avait déjà réalisé Zenith pour 2000AD). Ce dernier ne se dégonfle pas, il propose un scénario mariant plusieurs des codes spécifiques au personnage de Batman pour une enquête qui sort de l'ordinaire. Le lecteur retrouve donc Gotham comme élément de décor, et presque personnage. Cette fois-ci, c'est une cathédrale qui sert de point d'ancrage. Klaus Janson (dessins et encrage) a bien effectué son travail de recherche de références, et sa cathédrale ressemble à une vraie cathédrale de style architecturale asse gothique pour que le lecteur puisse y croire. La rigueur de ses recherches trouve sa limite avec la représentation de la cloche de la cathédrale. L'inscription qui y est portée ajoute un cachet d'authenticité. Par contre le support de la cloche montre que Janson n'a jamais eu l'occasion de voir comment ce dispositif est conçu pour permettre de sonner les cloches.

Deuxième élément classique des histoires de Batman : la pègre. Sur ce point, Morrison se tient à l'écart de la famille Falcone pour introduire des individus assez génériques, influencés par la mafia italienne. En fait le dispositif retenu par Morrison évoque plus M le maudit de Fritz Lang (autre référence au courant gothique), que Batman Année un de Frank Miller. Klaus Janson propose une galerie de gugusses en costume-cravate qui disposent tous de morphologies différentes, sans en devenir des caricatures. Les illustrations mettent en scène des individus à l'apparence crédible et variée.

Troisième élément classique : les bat-gadgets. Pour une raison inexpliquée, Grant Morrison souhaite que son récit soit imprégné de la mythologie spécifique du personnage, en particulier tous les gadgets incroyables à son effigie que sa fortune lui permet de se payer. Le récit incluant un voyage de Batman en Autriche, le lecteur a le plaisir de voir apparaître un autogyre dont la forme évoque la chauve-souris. Ce clin d'oeil tire évidemment le récit vers le bas, en tout cas vers une histoire à destination d'un lectorat moins âgé. Janson a beau ne pas insister en rajoutant un logo Batman, la référence est incontournable, d'autant plus que la Batcave a des dimensions ahurissantes, un batterie d'ordinateurs de taille démesurée et sa propre piste de décollage. Parmi les rémanences des histoires passées de Batman, il y a l'utilisation du respirateur sous l'eau. Ce gadget est tout aussi facilement reconnaissable et identifiable, sa description est moins gauche que celle de l'autogyre, même s'il disparaît sans explication d'une page à la suivante. Malheureusement, Morrison ne peut pas s'empêcher de reprendre un autre cliché infantile des histoires de Batman : le piège diabolique. Comme (trop) souvent, le criminel attache Batman sur un dispositif mortel et farfelu, au lieu de simplement profiter de son évanouissement et de l'achever. Effet infantile garanti.

Le titre fait référence à la littérature gothique et Morrison a bien appris sa leçon. Il intègre donc des éléments architecturaux de ce style, mais également les codes traditionnels des romans gothiques tels que moines félons, cryptes et ossements, intervention surnaturelle. Il ne se contente pas d'égrener ces figures, il effectue une variation sur les Les 120 journées de Sodome du Marquis de Sade (en moins dégénéré), ouvrage auquel il fera à nouveau référence dans le premier tome des Invisibles.

De son coté, Klaus Janson adopte une esthétique éloignée des rondeurs traditionnelles associées à l'enfance, pour des traits plus secs, des visages peu avenants et des décors relativement réalistes, sans être photographiques. Il s'agit du style qu'il a développé lors de sa collaboration avec Frank Miller sur Daredevil. Toutefois, Janson est plus habile en tant qu'encreur, qu'en tant que dessinateur. Ses cadrages sont toujours intéressants et il sait trouver comment mettre Batman en valeur. Par contre, sa maîtrise de l'anatomie fait parfois grincer des dents tellement elle présente des lacunes, et certaines perspectives laissent songeur.

Grant Morrison et Klaus Janson ont construit une intrigue prenante qui fait la part belle au surnaturel et à d'autres éléments caractéristiques des romans gothiques. Toutefois leur narration présente des limites telles qu'une trop grande volonté d'intégrer le plus d'aspects possibles des incarnations de Batman (y compris des éléments enfantins), une très grande place au surnaturel au point qu'un indice majeur apparaît en rêve à Bruce Wayne, et des illustrations parfois hasardeuses. Juste avant cette histoire, Grant Morrison a réalisé une histoire inscrite au canon de Batman (Arkham Asylum, 1989) en particulier grâce aux illustrations de Dave McKean. Puis il reviendra en 2006 pour dérouler une histoire au long cours ouvrant un nouvel âge d'or pour le personnage (voir la série des Grant Morrison présente Batman).


Nailbiter Volume 3: Blood in the Water
Nailbiter Volume 3: Blood in the Water
par Joshua Williamson
Edition : Broché
Prix : EUR 14,09

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Jeu de cache-cache, 1 mai 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Nailbiter Volume 3: Blood in the Water (Broché)
Ce tome fait suite à Bloody hands (épisodes 6 à 10). Il faut avoir commencé par le premier tome There will be blood pour comprendre les enjeux du récit, et savoir quelles relations unissent les personnages. Il contient les épisodes 11 à 15, initialement parus en 2015, écrits par Joshua Williamson, dessinés et encrés par Mike Henderson, avec une mise en couleurs d'Adam Guzowski. Adam Markiewicz a aidé Henderson pour les dessins de l'épisode 12.

Ce n'est pas la joie à Buckaroo dans l'Oregon, la ville ayant engendré 16 tueurs en série. Nicholas Finch (de la NSA) a serré Edward Warren (le présumé tueur en série, surnommé Nailbiter) et cette fois-ci il est bien décidé à aller au fond des choses en employant tous les moyens à sa disposition, à commencer par son expertise dans le domaine des interrogatoires avec techniques de torture. De son côté, l'agent Barker (du FBI) n'en mène pas large, car elle reprend connaissance alors qu'elle est dans une cage, dans la pénombre d'un des souterrains situés sous le cimetière de Buckaroo, avec un autre prisonnier dans une autre cage à un mètre de la sienne.

L'interrogatoire de Warren par Finch ne se déroule pas comme il le devrait car ce dernier n'arrive pas à prendre le dessus sur son prisonnier. Le séjour de Barker prend une tournure macabre quand son geôlier commence à pratiquer le démembrement. Pendant ce temps-là, la shérif Shannon Crane entend bien profiter de son jour de repos. Après avoir souhaité une bonne journée à sa femme Meredith, le révérend Fairgold se rend à l'église pour exhorter ses fidèles à l'action. Ça tombe bien car tout le monde a amené son costume.

Joshua Williamson joue à un jeu dangereux : sa narration est constamment sur le fil du rasoir, entre scènes choc, révélations qui décoiffent, et artifices narratifs qui montrent leurs limites. Il a créé un concept de départ accrocheur, à savoir une ville qui accumule les naissances d'individus qui sont devenus des tueurs en série. Il développe sa narration autour d'un trio de choc : Nicholas Finch, Shannon Crane et Edward Warren. La scène introduction de Finch dans le premier épisode a montré que c'était un individu en proie à un sentiment de culpabilité, pas tout à fait reconnu. Il s'agit donc d'un individu faillible, sujet à des colères dont il use savamment. Ainsi le début de ce tome n'est pas une surprise, et le lecteur croit au comportement de Finch.

Cet interrogatoire avec violence découle de la personnalité de Finch et n'arrive pas comme un cheveu sur la soupe. En outre, le lecteur sait que Finch est capable d'aller jusqu'au bout car il a déjà dérapé une fois et il n'a pas peur de se salir les mains. Par contre, il ne faudrait pas que le scénariste abuse de l'imprévisibilité du caractère de Finch dans chaque scène. Williamson fait en sorte que le déroulement de cette éprouvante séquence soit à la fois conforme aux attentes du lecteur (en termes de sadisme) et imprévisible dans son déroulement du fait des réactions de Warren. Ce dernier et Shannon Crane présentent un caractère et une histoire personnelle aussi bien construits que ceux de Finch, donnant de l'épaisseur à leur personnage, tout en conservant une part d'imprévisibilité.

Dans le même genre de mécanisme narratif, le lecteur apprécie que le scénariste ne le fasse pas mariner trop longtemps, et que l'exploration du réseau de galeries souterraines se poursuive, avec des découvertes significatives dans ce tome. Dès le début, Williamson a pioché dans l'arsenal de dispositifs narratifs exigeant un peu plus de suspension consentie d'incrédulité du lecteur, que dans un thriller naturaliste. Le réseau de souterrains relève du film d'aventure qui prend des libertés avec la plausibilité. Qui l'a construit ? Comment a-t-il été financé et par qui ? Comment tout le monde a pu oublier l'existence d'un tel réseau ? Comment personne ne l'a découvert par hasard au fil des décennies ? Autant de question sur lesquelles il vaut mieux ne pas trop s'appesantir pour pouvoir apprécier l'intrigue. Dans le tome précédent, le scénariste avait bien joué avec ces galeries : découverte, exploration très partielle (limitée à une seule grande salle et 2 ou 3 embranchements), personnage inquiétant rodant dans l'obscurité, pauvre âme innocente s'y promenant sans idée du danger (et perdant sa seule source lumineuse, vraiment pas doué ce Bendis).

Mais après le deuxième tome, le lecteur sentait que le potentiel narratif du tunnel inexploré avait fait son temps. Il attend donc le scénariste au tournant. Joshua Williamson semble en avoir pleinement conscience, et il passe à une phase d'exploration plus importante. Il devance même la critique du lecteur qui n'a pas très envie de se laisser emmener galerie par galerie. Avec ce réseau souterrain, il utilise son potentiel et ses différentes possibilités, une par une, comme s'il suivait un manuel d'instruction. Le lecteur retrouve également le personnage du révérend Fairgold qui motive (voire manipule) les membres de sa congrégation pour qu'ils prennent l'initiative, en organisant une surveillance entre voisin, voire en sous-entendant une forme de justice du peuple. Le lecteur s'attend donc à ce que là aussi le scénariste emprunte les chemins bien balisés en la matière : révérend manipulateur avec ses propres objectifs (pas forcément avouables), avec quelque chose à cacher, populace se comportant en foule idiote et vengeresse, etc. Eh bien non, Williamson déjoue les attentes du lecteur et part dans une autre direction, maintenant ainsi le suspense sans permettre d'anticiper sur ce qui va se passer.

Williamson utilise également 2 ou 3 coups de théâtre dignes d'une comédie de situation (identité du méchant cachée par un masque avec des cornes de bouc, lien de parenté inattendu), mais sans en abuser. Là encore il se montre d'une redoutable habileté pour éviter que le lecteur ne le devance. Le lecteur se rend compte qu'il retrouve avec plaisir les dessins un peu aérés de Mike Henderson qui a finalement créé une identité graphique réelle pour la série, et qui se montre à la hauteur des spécifications du scénario. Tous les personnages disposent d'une apparence immédiatement reconnaissable, sans qu'ils ne soient caricaturaux. Les tenues vestimentaires sont simples, mais fonctionnelles et adaptées à chaque personnage. Les décors ne sont pas représentés avec un niveau de détail photographique, mais ils sont eux aussi différenciés, et ils comportent des particularités qui leur donnent une consistance suffisante pour que le lecteur puisse s'y projeter et ait l'impression de lieux avec une profondeur (et pas un simple décor de façade.

La qualité de la narration graphique de Mike Henderson apparaît dans de nombreuses séquences, plus pour le découpage et la manière de mettre en scène un événement. Il utilise des traits de contour un peu sec, vaguement anguleux, pas toujours exactement jointifs, ce qui donne une impression de spontanéité, quelques fois un peu superficielle pour certains visages. Malgré cela, ses pages dégagent une force peu commune. Il y a cette double page composée de 40 petites cases de la même taille, juxtaposant diverses actions, pour montrer en quoi elles se ressemblent. Les pages de fin indiquent que l'idée vient de Williamson, mais son exécution transmet bien la vitesse à laquelle tout se déroule simultanément pour provoquer des rapprochements et des associations d'idées dans l'esprit du lecteur, déstabilisé et écœuré par ces horreurs.

Henderson réussit très à gérer le rythme de la narration pour que la chute d'une scène prenne le lecteur par surprise. Il peut agir sur la taille des cases pour donner l'impression qu'un personnage hurle directement sur le lecteur, sur la composition pour que la conséquence de l'action se trouve sur la page d'après qu'il faut tourner, sur la répétition d'un geste anodin (se manger les ongles), ou encore sur un dessin sans réalisme photographique, mais qui fait passer le côté contre nature d'une action (un personnage en train de mordre dans une partie d'un autre). Étrangement le dessin n'a rien de photographique, mais il transmet la transgression d'un tabou en se concentrant sur l'action réalisée.

Joshua Williamson se montre vraiment très exigeant avec son artiste. Ce dernier doit rendre crédible un individu dans une longue robe noire avec un masque de bouc (ça fonctionne dans la pénombre des souterrains). Il doit aussi montrer un groupe d'individus ayant revêtu des robes cérémoniales aux couleurs un peu vives (ça fonctionne encore). Il doit assurer des transitions un peu abruptes, c'est plus difficile par moment. Le lecteur a du mal à croire que Shannon Crane et ceux qui l'accompagnent disposaient d'autant de combinaisons de plongée sous la main, en plus de nuit. Il n'arrive pas à faire croire qu'Edward Warren puisse marcher si facilement après sa séance de torture, en particulier malgré sa blessure à la cuisse. Cela ne l'empêche pas de réussir des dessins irrésistibles à l'humour bien noir, tel celui montrant le tueur en série Walter Kenny en train de tester combien de cadavres de clowns peuvent tenir dans une voiture de clown.

Joshua Williamson et Mike Henderson se jouent du lecteur avec un art consommé, le tenant en haleine, le surprenant avec des scènes chocs, tout en lui montrant qu'ils savent qu'il connaît les ficelles des récits d'horreur et de tueurs en série. Ils utilisent une narration en apparence peu dense, mais en réalité très rigoureuse pour tirer les ficelles connues, utiliser les conventions du genre, et quand même le prendre par surprise.
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Astro City Vol. 12: Lovers Quarrel
Astro City Vol. 12: Lovers Quarrel
par Kurt Busiek
Edition : Broché
Prix : EUR 15,65

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Tellement différents et tellement humains, 30 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Astro City Vol. 12: Lovers Quarrel (Broché)
Ce tome fait suite à Private lives (épisodes 11 à 16) qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lu avant. Il comprend les épisodes 18 à 21, 23 et 24, initialement parus en 2015, écrits par Kurt Busiek dessinés et encrés par Brent Anderson, avec une mise en couleurs d'Alex Sinclair, et des couvertures d'Alex Ross. Ce tome comprend 2 histoires indépendantes.

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- Épisodes 18 à 21 ' Ça faisait 45 ans que Black Rapier exerçait le métier de superhéros et le temps est venu pour lui de mettre un terme à sa carrière. C'est ce qu'il explique devant une assemblée de ses pairs, en indiquant que même le sérum qui le maintenait jeune a ses limites. Après avoir écouté le discours, Crackerjack (Eugene Wallace) et Quarrel (Jessica Taggart) rentrent chez eux, en intervenant pour mettre un terme à un cambriolage en cours de route. Eux non plus ne sont plus tout jeunes, et la question de l'avenir s'impose à eux.

Jessica Taggart repense au chemin parcouru, depuis sa jeunesse dans une humble maison de l'Est du Kentucky, élevé avec ses frères par leur père Doolittle Taggart (premier Quarrel du nom) jusqu'à son arrestation, et à sa relation tumultueuse avec Eugene Wallace, la découverte de la véritable source d'argent de son père, les relations avec le groupe de superhéros Honor Guard, et plus particulièrement avec M.P.H. (Michael Hendrie).

Kurt Busiek l'a dit et répété : les histoires de superhéros peuvent s'apparenter à un genre (comme le polar, le roman à l'eau de rose, la science-fiction) avec lequel il est possible de raconter toutes sortes d'histoire, aux thématiques diverses et variées. En abordant ce nouveau tome d'Astro City, le lecteur se demande bien quels seront les thèmes développés par l'auteur. La séquence d'ouverture place le récit sous le signe de la fin de l'exercice d'un métier (celui de superhéros), de la fin d'une carrière parce que l'individu n'a plus les compétences requises, en l'occurrence des capacités physiques qui vont en s'amenuisant (à commencer par les réflexes).

Le mode narratif de Kurt Busiek aborde ce thème de manière réaliste. Les superhéros existent, ils ont pour vocation d'arrêter les criminels disposant de superpouvoirs et de mettre fin à toutes sortes d'invasion, de type extraterrestre ou extradimensionnel. Ils peuvent disposer d'une identité secrète ou pas. À partir de ce postulat de départ, les récits d'Astro City respectent les conventions du genre en la matière : superpouvoirs pyrotechniques, combats physiques, exploits, altruisme, costumes moulants plus ou moins colorés. Sur ces bases, le scénariste parle de ce que bon lui semble. Ici il s'agit du constat effectué par des individus entre 40 et 50 ans qui sont confrontés à la réalité de leur âge. Ils ne sont plus à la hauteur dans les combats physiques, ce qui les met en danger.

Une autre particularité de la narration de Kurt Busiek est de ne pas se vautrer dans le pathos, dans les lamentations, ou les regrets stériles. La vie continue, il faut faire avec. Le lecteur voit donc 2 superhéros effectuer leur boulot de combattre les supercriminels, et il a également le droit à l'envers du décor. Ils sont à la fois archétypaux, et à la fois uniques dans leur histoire personnelle. Busiek invite le lecteur dans l'intimité de 2 individus, dans leur construction personnelle, dans leur relation unique et pas très conventionnelle. En 4 épisodes, le lecteur a fait connaissance avec 2 individus à la forte personnalité façonnée par leur milieu, par leur vécu. À l'opposé des superhéros industriels figés dans leur canon, ou d'histoire d'aventure avec des superhéros à la personnalité interchangeable, il s'agit de 2 personnes dont les actions découlent de leur histoire.

L'air de rien, Kurt Busiek montre une relation de couple sortant de l'ordinaire dans laquelle chacun des 2 partenaires vit sa vie, recherche son équilibre, tout en bénéficiant de cette relation mutuelle. L'auteur réalise une description de couple sensible et intelligente, sortant des clichés du genre, sans romantisme exagéré, sans sentimentalisme, sans lunettes roses. Il montre aussi 2 professionnels qui s'adaptent à leur prise d'âge, pour mettre à profit leur savoir-faire et rester dans la course. Sous les costumes hauts en couleurs, il y a 2 personnes attachantes, dans leurs différences, dans leurs caractères, dans ce qui les unit, et dans leur respect l'un pour l'autre.

De la même manière que Kurt Busiek raconte son histoire en douceur, Brent Eric Anderson évite d'être trop agressif. C'est une véritable gageure quand on œuvre dans le genre superhéros dont l'un des attraits principaux est d'en mettre plein la vue, et pourtant ça marche. Comme le scénariste, le dessinateur respecte les conventions du genre, à commencer par les costumes colorés (celui de Crackerjack, blanc, rouge et vert), ou ceux conçus pour inspirer la crainte (l'armure plus sombre de Quarrel, verte et noire). Les acrobaties entre les buildings accrochés à un filin relèvent de la voltige gracieuse. Anderson s'amuse avec l'apparence du grand criminel Gormengast, en piochant dans les caractéristiques visuelles de Jack Kirby. Il évoque aussi Neal Adams par quelques poses des personnages. Comme pour Busiek, il ne s'agit pas de plagiat, mais de citations respectueuses, intégrées de manière naturelle à la narration.

L'artiste se plie à l'obligation de dessiner de la technologie d'anticipation. Elle n'est pas très détaillée, mais elle n'est pas passepartout non plus. Il y a assez de détails pour que les bidules dessinés semblent fonctionnels. Il met en scène les différents superhéros lors des confrontations de groupe, ou lors des réunions avec l'équipe Honor Guard. À nouveau, Anderson reproduit les stéréotypes propres aux superhéros (celui avec une supervitesse, celui issu de la mythologie égyptienne), tout en conservant les spécificités des superhéros d'Astro City (à commencer par la prévenance compassée de Samaritan).

En dehors du monde des superhéros, l'artiste dessine ses personnages avec des proportions réalistes, dans un monde à l'apparence prosaïque, sans être fade. Lorsque que le récit évoque l'enfance de Jessica Taggart, les dessins montrent une maison modeste, mais spacieuse, à l'écart de la ville, au milieu des arbres, avec un pneu pour balançoire. Les enfants de Roscoe Taggart sont en pantalons de toile ou en salopette, les pieds nus. Il n'y a pas de sentimentalisme jouant sur le misérabilisme, juste la description d'un ordinaire sans superflu. Anderson dessine des vêtements divers et variés, adaptés aux circonstances et à la condition sociale des personnages.

Dans le civil, les individus ont des gestes normaux, sans emphase particulière. Le lecteur se retrouve ravi d'être aux côtés de Jessica et Eugene, attablés dans leur salon, en train de les regarder manger une pizza avec une bonne bière, comme s'il était en train de la partager avec eux. Ailleurs, il s'assoit dans un fauteuil d'une maison de repos proprette, sans afféterie, en face d'une personne âgée venant d'écarter son déambulateur pour tailler la bavette avec son visiteur. Anderson sait rendre compte de ce moment banal, avec sensibilité, sans misérabilisme ou condescendance. C'est également une preuve de la richesse et de l'ouverture du récit que d'intriguer avec une telle adresse une séquence totalement improbable dans l'ordinaire des comics Marvel ou DC.

Une fois de plus le lecteur adulte ressort enchanté de ce tome d'Astro City. Kurt Busiek et Brent Anderson lui ont raconté une histoire sans effets de manche, évoquant une phase difficile à négocier de l'existence humaine, celle ou les quadragénaires ou quinquagénaires font le constat de la diminution de leurs capacités physiques, où ils doivent réévaluer leur existence, en tirer les conséquences. Ce thème est abordé en respectant toutes les conventions les plus délirantes des comics de superhéros (criminels mégalomanes, superpouvoirs pyrotechniques), sans une once de moquerie ou de mépris. 5 étoiles.

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- Épisodes 23 & 24 ' Sticks est venu à Astro City auditionner pour un poste de batteur dans un groupe de rock. Alors que son audition démarre, un feu se déclare dans un bâtiment voisin. Il sort dans la rue et utilise ses capacités un peu particulières pour sauver 3 personnes encore coincées dans le bâtiment. Quand il revient pour terminer son audition, tout le monde est parti et elle semble bel et bien annulée. Toutefois, les membres du groupe sont encore là et ils lui proposent de venir crécher chez eux, en attendant qu'il se trouve un appartement. Sticks est un gorille doté de conscience et de parole.

Dès les premières pages, le lecteur se remémore cet épisode exceptionnel qui mettait en scène Loony Leo, un personnage de dessin animé à la forme de lion, vivant dans la réalité quotidienne d'Astro City (voir l'épisode 13 dans Family album), avec une personnalité évoquant celle d'Humphrey Bogart. Bien sûr dès qu'il voit un gorille doté de conscience, le lecteur pense à Gorilla Grodd (ou à Solovar), un personnage récurrent de la série The Flash (Barry Allen, DC Comics). Mais il sait que ce gorille parlant sera unique, car si Kurt Busiek ne cache pas ses inspirations et aime faire des hommages, ses créations restent très personnelles.

Effectivement, l'histoire personnelle de Sticks n'a en commun avec celle de Gorilla Grodd, que de provenir d'une cité cachée des humains. Pour le reste son histoire et ses aspirations sont uniques et spécifiques. À nouveau Kurt Busiek s'empare d'un cliché des comics de superhéros (des années 1950 même) et en fait un personnage avec une belle profondeur psychologique. Il ne joue pas sur le fait que sous une apparence d'animal se cache un cœur d'or (ce n'est pas Hank McCoy), il montre plutôt que les aspirations de Sticks sont contrariées alors qu'il reçoit toute l'aide qu'il peut attendre.

À nouveau Busiek évite le sentimentalisme et insère un humour gentil et affectueux, sans une once de niaiserie. Le lecteur sourit de bon cœur quand Sticks laisse ses pensées vagabonder, en étant sur le toit d'un immeuble et qu'il est interrompu par quelqu'un lui demandant si ce toit est pris (ou réservé). C'est de l'humour 100% superhéros, mais également plein d'empathie et de respect pour le personnage.

Comme d'habitude, le scénario de Busiek exige d'Anderson qu'il maîtrise toute sorte de scènes. Cela commence par le vaisseau flottant de la First Family survolant la foule, un moment évoquant les Fantastic Four faisant de même à bord de leur Fantasticar. Puis on passe à des musiciens de rue avec des percussions sur des bidons en plastique, pour continuer par un dessin de batterie en pleine page, avec Sticks s'apprêtant à donner le rythme.

L'attention portée au détail par Anderson se voit aussi bien dans le modèle de chaises en plastique présentes pour l'audition, que dans l'architecture de la cité des gorilles, ou encore dans l'enseigne avec l'effigie de Loony Leo. Sa science de la posture et du langage corporelle apparaît aussi bien dans la position détendue des musiciens dans leur colocation, que dans l'intérêt que portent les jeunes superhéros de Reflex 6 à Sticks. Son humour discret lui permet de faire croire à la possibilité du costume suranné de Sticks en fin d'histoire, avec une forme d'humour discret et bienveillant.

Cette deuxième histoire est aussi merveilleuse que la première, les auteurs réussissant le portrait touchant d'un individu hors norme, n'ayant aucun espoir de passer pour normal, et dont les 2 domaines de compétences (superhéros / musique) semblent irrémédiablement irréconciliables. À nouveau ils proposent au lecteur un récit dans lequel le personnage principal apprend à vivre avec ses caractéristiques, à changer, à trouver sa voie.
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Ivar, Timewalker Volume 3: Ending History
Ivar, Timewalker Volume 3: Ending History
par Fred Van Lente
Edition : Broché
Prix : EUR 13,93

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Bulles temporelles, 30 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ivar, Timewalker Volume 3: Ending History (Broché)
Ce tome fait suite à Breaking History (épisodes 5 à 8) et il conclut la trilogie entamée avec Making History (épisodes 1 à 4). Il contient les épisodes 9 à 12, initialement parus en 2015, écrits par Fred van Lente, comme les 8 premiers épisodes. Ces derniers épisodes sont illustrés et encrés par Pere Pérez qui succèdent à Clayton Henry (pour le tome 1) et à Francis Portella (pour le tome 2). La mise en couleurs a été réalisée par Andrew Dalhouse. Les couvertures ont été dessinées par Raúl Allén. Ces 3 tomes forment une histoire complète, il faut donc avoir commencé par le premier.

De retour en Mésopotamie antique, Ivar Anni-Pada s'apprête à ressusciter son frère Gilad (Eternal Warrior), en utilisant un appareillage appelé l'Avantage. Aram (Armstrong) est farouchement opposé à cette action, et tente de s'interposer. Mais avant qu'Ivar ne commette l'irréparable, une jeune femme apparaît. Il s'agit de Neela Sethi qui vient réquisitionner le jeune Ivar pour l'aider, à cause de ce qui est arrivé à Ivar plus âgé, à la fin du tome précédent.

Neela Sethi emmène Ivar jusqu'à la Terre du vingt-et-unième siècle par une série d'arcs temporels. En chemin, elle lui explique que la personne appelée Mistress a déréglé le cours du temps dans le multivers pour le compte d'une organisation appelée les Prométhéens. Ils finissent leur voyage sur une version de la Terre où la race dominante est composée de dinosaures plus ou moins anthropomorphes. Ils sont capturés et Ivar Anni-Padda finit dans l'arène avec son voisin de cellule, une sorte de tricératops anthropomorphe répondant au cognomen d'Ank. De son côté, Neela s'en sort mieux puisqu'elle a été prise pour la version plus âgée d'elle-même.

Après le deuxième tome, le lecteur était en droit d'hésiter à revenir pour la troisième partie, car l'intrigue avait pris un tournant vers la comédie de situation légère, abandonnant toute velléité de visiter des situations historiques. Mais un rapide coup d'œil à l'intérieur lui montre que Père Pérez s'est bien appliqué, avec des constructions de page pour l'épisode 11, et un bon niveau de détail. En outre, Fred van Lente ne perd pas de temps, et les situations semblent se succéder à un rythme rapide, sans être effréné.

Ce troisième tome commence donc par un classique du récit à base de voyages dans le temps : un retour en arrière montrant qu'un personnage du futur vient chercher un personnage du passé, avant qu'ils ne se soient rencontrés une première fois. À l'opposé d'une construction d'intrigue qui donne mal à la tête, Fed van Lente conserve ses boucles temporelles au premier niveau, sans les imbriquer jusqu'à temps que le lecteur s'y perde s'il ne prend pas de note. L'intrigue ne repose donc pas sur une construction complexe demandant un investissement intellectuel trop important qui obèrerait d'autant le plaisir de lecture. Ce récit continue de s'inscrire dans le registre du divertissement. D'ailleurs le scénariste se montre particulièrement facétieux dans ce premier épisode. Il explique que le dérèglement temporel a conduit à l'existence de réalités débiles. Il ironise sur les histoires reposant sur un simple prétexte, sans substance, en faisant traverser une époque peuplée de vikings grimés en clowns. Il égratigne gentiment les scénaristes en herbe qui confondent idée farfelue et histoire consistante.

Cet humour dépasse la simple moquerie méchante, et le prétexte gratuit et met le lecteur dans de bonnes dispositions. Lente semble céder à la facilité avec le deuxième épisode du recueil revenant à des péripéties stéréotypées : le combat dans l'arène pour Ivar, pendant que Neela Sethi essaye de tirer profit du quiproquo sur sa véritable identité. Effectivement, le récit se cantonne aux clichés : le combat dans l'arène aboutit à un duel entre Ivar et Ank avec qui il a sympathisé, et Neela est démasquée, juste avant de pouvoir vraiment influer sur la situation. Le lecteur garde sa bonne humeur et décide de profiter de cette honnête série B. Père Pérez a accompli un travail professionnel, très agréable à l'œil.

La partie graphique s'annonce plutôt bien d'entrée de jeu, avec les couvertures épurées de Raúl Allén. Cet artiste simplifie les formes pour jouer sur de simples aplats de couleurs, sans détail à l'intérieur de chaque forme ainsi constituée de gros blocs de couleur uniforme. Il s'agit à la fois de compositions complexes et d'apparence simple, ces formes coniques induisant une sorte de second degré dans la mesure où elles jouent sur des archétypes, une sorte de raccourci visuel. Dans un premier temps, le lecteur ne fait pas trop la différence entre les dessins de Père Pérez et ceux allégés de Clayton Henry, dessinateur officiant régulièrement sur différentes séries publiées par Valiant. En particulier, la manière de dessiner des visages, avec des traits très fins donne une impression légère et pas assez consistante. En outre la séquence d'ouverture en Mésopotamie sur passe sur fond de décors très légers, de type péplum fauché.

La narration visuelle s'améliore dès la cinquième page avec l'arrivée saisissante de Neela Sethi, et le départ pour l'époque contemporaine. Les arrière-plans gagnent en consistance, avec plus de détails sur les bâtiments, sur les drakkars (pour ce passage à une époque bizarre), sur l'arène, avec une très belle vue générale de ce bâtiment depuis l'extérieur. Pérez fait montre d'inventivité pour représenter la foule sur les gradins, sans s'astreindre à représenter chaque spectateur, mais en donnant l'impression d'une foule grâce à l'infographie (à moins que ce ne soit Andrew Dalhouse qui s'en soit chargé). Lorsque la prise de vue se fait plus rapprochée, l'artiste représente des spectateurs distincts avec chacun des caractéristiques différentes (morphologie, visage, tenue). Le lecteur apprécie d'autant mieux ces péripéties stéréotypées que le dessinateur leur apporte une consistance leur permettant de gagner en substance, et donc un peu en originalité. Puis arrive le troisième épisode du recueil.

Le lecteur avait déjà ressenti que Fred van Lente était en verve lors du passage en haut moyen-âge. Au départ, Ivar ne comprenait rien à ce que baragouinaient les moines, ce qui est logique puisqu'il arrivait de Mésopotamie. Chaque phylactère de moine comprend alors le même texte qui débute par Lorem ipsum, c’est-à-dire une convention d'imprimerie quand il faut intégrer du faux texte (un extrait approximatif d'un ouvrage de Cicéron). Cette impression se confirme avec le nœud de l'intrigue dans l'épisode 11. Le scénariste avait présenté le principe de conservation du temps dans le premier tome. Il ne l'a pas oublié et le déroulement de son intrigue est en parfaite cohérence avec ce dispositif. Il va plus loin en évoquant la multitude de futurs et de présents, et de passés rendus possibles par les actions des prométhéens qui souhaitent détruire le temps. Lente intègre dans sa narration, le fait que toutes les variations plus ou moins importantes sur ce le fil narratif qu'il a choisi sont possibles, avec une valeur équivalente. Cela constitue déjà un méta commentaire qui n'est pas à la portée du premier scénariste venu.

Fred van Lente ne s'est pas contenté de structurer avec intelligence son histoire de paradoxes temporels, il a également réfléchi à une présentation idoine à laquelle Père Pérez a donné une forme élégante. Pour cet épisode 11, le lecteur découvre le nœud du mécanisme temporel avec les explications de Neela Sethi, et les comprend grâce à la mise en forme visuelle. Ce n'est pas un schéma ou un logigramme, c'est une représentation qui porte le sens de bulle temporelle. Cela n'a rien d'un hasard, les auteurs ont conçu cette mise en forme par un travail collaboratif, pas si fréquent que ça dans des comics industriels fabriqués sur le principe de l'usine de montage, où chaque intervenant effectue sa tâche, sans avoir à se concerter avec celui qui le précède ou celui qui lui succède sur la chaîne. Les auteurs renouvellent leur mise en page innovante lors de la mise en scène du combat final d'Ivar Anni-Padda contre son ennemi dans le dernier épisode. Lente continue de s'amuser avec son lecteur à la fois avec le personnage d'Ank et sur les mécanismes temporels, sans pour autant sortir une nouvelle règle opportune et artificielle du chapeau.

Le lecteur ressort enchanté de ce troisième tome qui dépasse ses espérances. Il n'était venu que pour avoir le fin mot d'une intrigue de série B sympathique mais vite oubliée. Il a le droit à un artiste qui relève le niveau des 2 premiers tomes, avec une approche graphique très propre sur elle, et une construction de pages s'élève au-dessus de l'ordinaire au fur et à mesure des épisodes. De la même manière, la narration de Fred van Lente s'avère plus subtile que prévue, avec des surprises de fond et de forme qui sont en phase.


CAPTAIN AMERICA MARVEL NOW T03
CAPTAIN AMERICA MARVEL NOW T03
par Rick Remender
Edition : Relié
Prix : EUR 14,95

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 D'autres facettes de l'expansionnisme, 29 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : CAPTAIN AMERICA MARVEL NOW T03 (Relié)
Ce tome contient les épisodes 11 à 15, initialement parus en 2013/2014, tous écrits par Rick Remender. Les épisodes 11, 12, 14 et 15 sont dessinés par Carlos Pacheco, avec un encrage de Klaus Janson pour les épisodes 11 & 12, et de Mariano Taibo pour les épisodes 14 & 15. L'épisode 13 est dessiné et encré par Nick Klein.

Ce n'est pas la joie pour Steve Rogers. De retour sur la bonne vieille Terre 616, il doit faire son travail de deuil. Il doit subir une opération pour être sûr d'être débarrassé du corps étranger greffé sur le sien. Il doit persuader Maria Hill et Nick Fury junior de relâcher Jet Black. Il prend conscience qu'il va devoir faire son deuil de bien plus qu'un être aimé, pour pouvoir aller de l'avant.

Dans un pays fictif de l'Europe de l'Est, Nuke (Frank Simpson) mène une guerre terminée depuis longtemps, risquant de ranimer le sentiment anti américain, et peut-être même un conflit dans ce pays. En Chine, Iron Nail (Ran Shen) manipule les événements de loin pour discréditer Captain America, et saper le SHIELD.

Les 2 premiers tomes de Captain America étaient agréables, tout en manquant un peu de souffle. Rick Remender avait bien bâti les récits correspondants sur une thématique fournissant un fil conducteur : les valeurs que les parents transmettent à leurs enfants, en le déclinant sur plusieurs familles (Steve Rogers et son père, Arnim Zola et ses 2 enfants adoptifs, Rogers vis-à-vis de Jet Black et d'Ian). Les dessins de John Romita junior étaient d'une efficacité redoutable, mais le scénario utilisait des ficelles un peu grosses.

Du coup le départ de Romita pouvait faire craindre une baisse de la qualité de la narration, du fait de dessins plus consensuels de Pacheco (qui ne dessine même pas les 5 épisodes du présent recueil). De fait, dans les 2 premiers épisodes, Remender ressort des choses déjà vues, comme l'animosité entre Captain America et le SHIELD, Falcon (Sam Wilson) en bon copain, Nuke comme soldat fanatique (par opposition au soldat raisonnable et raisonné qu'est Captain America), et même un grand méchant chinois (en ennemi de l'impérialisme américain). Les dessins de Pacheco sont professionnels, mais n'ont pas le rythme de ceux de Romita.

Le lecteur s'installe donc dans une lecture tranquille et un peu pépère, le temps que Rogers revienne à la vie normale (pour lui), et s'installe dans une nouvelle routine. Il apprécie que Remender rappelle que Steve Rogers est à nouveau un homme décalé dans le temps puisqu'il a passé 12 ans dans la dimension Z. Le premier épisode se termine sur un deuil à l'objet inattendu (pas celui d'un être porche). Les dessins de Pacheco comportent un bon niveau de détails, avec un rendu un petit peu moins adulte que ceux de Romita.

Avec le deuxième épisode, Remender installe la dynamique de sa nouvelle histoire : Nuke soldat efficace à l'idéologie bornée (sans surprise), et Iron Nail (le méchant chinois) à l'idéologie anti américaine primaire. Klaus Janson réalise un encrage méticuleux. Les dessins sont admirablement étoffés par la mise en couleurs de Dean White et Rachelle Rosenberg. Pacheco soigne les vues de New York lors d'une promenade sur les toits entre Captain America et Falcon, du bon travail d'artisan. Ils arrivent à faire croire à ce pays fictif d'Europe de l'Est, à cette banlieue anonyme.

Avec le troisième épisode, le lecteur découvre les dessins de Nick Klein, soignés, mais encore un peu plus insipides du fait de décors plus génériques. Remender a choisi la première partie de l'épisode en 1969, avec une apparition opportune (mais sans surprise) du Winter Soldier). Là, le lecteur commence à prendre conscience que le scénariste montre ces 2 soldats (Captain America et Nuke), comme des symboles du pays qu'ils représentent en défendant son idéologie par les armes, chacun un produit de son époque. De la même manière, l'idéologie d'Iron Nail s'étoffe un peu.

De page en page, le point de vue de Nuke devient crédible, c’est-à-dire compréhensible et acceptable comme des idées cohérentes, à défaut d'être valides. Captain America se laisse emporter par le combat, se montrant aussi agressif que son opposant. Iron Nail devient un individu refusant d'accepter les excès du capitalisme comme une fatalité. Rick Remender avait introduit ce personnage avec son histoire personnelle dans une histoire du Winter Soldier, voir Marvel Universe, N° 8 : Winter Soldier : the bitter march. Falcon doit prendre une décision sur la liberté de la presse. Rogers porte un jugement sur la politique expansionniste des États-Unis. Les personnages ont tendance à prononcer des phrases bien structurées, même dans le feu de l'action, mais dans une mesure raisonnable pour des comics.

L'association de Remender et Pacheco évite que la dimension idéologique ne l'emporte dans la narration. Il s'agit avant tout d'un récit d'aventures reposant sur les conventions habituelles des récits de superhéros : costumes haut en couleurs et prêts du corps, affrontements physiques, vision du monde d'un point de vue américain, résolution des conflits par la force.

Le dessinateur réussit parfaitement son dosage d'éléments réalistes, de décors assez détaillés, et de combats physiques dramatisés pour insuffler un rythme rapide. À ce titre, Pacheco conçoit une mise en scène parlante qui réussit à faire croire à l'emportement de Captain America face à Nuke, qui représente le soldat borné qu'il exècre et qu'il a peur de devenir. Pacheco fait également montre d'une impressionnante capacité à transcrire la profondeur de champ des actions, conférant ainsi une grande puissance d'immersion à ses images.

Au départ, le lecteur pense que la série connaît une baisse de régime, avec Steve Rogers cherchant ses marques, ne sachant pas trop comment faire son deuil (le lecteur soupçonnant que ces morts ne dureront pas forcément très longtemps), et l'irruption de Nuke qui va déboucher sans surprise sur une comparaison entre les 2 soldats. Le départ de John Romita junior induit également une perte de caractère dans les dessins.

Pourtant d'épisode en épisode, Remender dépasse les attentes du lecteur, va plus loin que les stéréotypes attendus, sans rien perdre en divertissement, en action et même en supercriminel théâtral. Carlos Pacheco met ces épisodes en images, avec toutes les caractéristiques propres aux comics de superhéros, d'une manière construite (par opposition à automatique). Ses dessins convainquent le lecteur de l'état d'esprit des personnages, de l'intensité de leur convictions, de leur détermination, et par là même de la réalité de leurs actions.


Durham Red: The Bitch
Durham Red: The Bitch
par John Wagner
Edition : Broché
Prix : EUR 16,80

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Une chasseuse de prime qui en remontre à Johnny Alpha, 29 avril 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Durham Red: The Bitch (Broché)
Ce tome regroupe des épisodes mettant en scène le personnage de Durham Red qui est une chasseuse de primes dans un lointain futur (fin du vingt-deuxième siècle) dans une organisation appelée Strontium Dog. Ce tome comprend les épisodes parus dans les numéros (prog) 505 à 529 de l'hebdomadaire anglais 2000 AD, en 1987, ainsi que le numéro annuel 1993 (initialement parus en 1992), tous écrits par Alan Grant & John Wagner, dessinés et encrés par Carlos Ezquerra. L'histoire est en noir & blanc. Il contient une introduction rédigée par Dan Abnett qui a écrit plusieurs histoires pour ce même personnage, à commencer par The scarlet cantos.

Sur une autre planète, dans la ville de Mab Garden, Johnny Alpha (un Strontium Dog, c’est-à-dire un mutant, chasseur de primes) est à la recherche d'un certain Abelard Rancid dont la tête est mise à prix. Alors qu'il passe d'indicateur en indicateur, il est lui-même suivi par une femme appelée Durham Red. Elle est également une mutante et sa mutation s'apparente à du vampirisme. Elle a donc des canines plus développées et elle peut se nourrir de sang, même si elle semble aussi pouvoir s'en passer pendant de longues périodes.

Après avoir réglé le cas d'Abelard Rancid, Durham Red vient trouver Johnny Alpha pour lui proposer de s'associer sur une affaire de 10 millions de crédits : il s'agit de retrouver une personne disparue. Des habitants de la planète Kaiak sont retournés dans le passé, le premier septembre 1987 à l'aéroport international de Moscou pour enlever Ronald Reagan, le président des États-Unis. Ils l'ont ramené au vingt-deuxième siècle sur leur planète et le tiennent en otage. Leur revendication est que les êtres humains présents sur leur planète s'en aillent, faute de quoi ils abattront Ronald Reagan, changeant ainsi le cours de l'Histoire à tout jamais. Durham Red et Johnny Alpha partent pour la planète Kaiak afin de retrouver Reagan, mais ils sont pris en chasse par un autre groupe de chasseurs de primes, et les autochtones sont plutôt du côté des ravisseurs.

Il est difficile de savoir pourquoi ces épisodes ont bénéficié d'une réédition en 2014, si ce n'est le regain de popularité de la série Strontium Dog, à nouveau réalisée par John Wagner & Carlos Ezquerra depuis quelques années, à commencer par The Kreeler conspiracy. Le fait est que le lecteur bénéficie d'une histoire complète présentant le personnage de Durham Red, dans une aventure réalisée par des piliers de 2000 AD. Le point de départ correspond au principe de base de la série Strontium Dog : récupérer un fugitif, ou en l'occurrence un groupe de fugitifs ayant enlevé une personnalité. Le scénario est écrit par Alan Grant et John Wagner (c'est en tout cas ce qu'indique la couverture, même si en début de chaque prog seul le nom d'Alan Grant apparaît). L'histoire comprend de nombreuses péripéties.

Le récit commence avec la première apparition de Durham Red que les auteurs établissent comme un personnage pas forcément très fiable. Elle neutralise Johnny Alpha alors qu'il s'apprête à passer les bracelets à Abelard Rancid, puis poursuit ce dernier et consomme un peu de son sang. Ainsi il est montré qu'Alpha doit se défier d'elle et qu'elle est capable de le neutraliser. L'idée d'en faire une vampire semble incongrue au départ, mais elle fait sens quand car les scénaristes l'expliquent comme une mutation, et il ne reste que le principe de boire du sang, sans aucun autre élément de la mythologie associée aux vampires, ni religieux, ni transformation en brume ou chauve-souris.

Les coscénaristes ont adopté une structure simple et solide : un prologue introduisant le personnage de Durham Red en montrant qu'elle n'est pas une copie de celui de Johnny Alpha, une première partie au cours de laquelle Red et Alpha doivent retrouver les ravisseurs, une deuxième partie au cours de laquelle ils doivent protéger le président. Cela leur permet d'organiser une course-poursuite au cours de laquelle les chasseurs de prime parcourent du terrain, et donc le lecteur voit du paysage, passant de la ville principale de la planète, à une grosse rivière souterraine avec des rapides, sans oublier une confrontation dans un abattoir. La deuxième partie est la conséquence directe des enjeux. Si la mission de récupération du président se déroule de manière linéaire, les enjeux politiques placent Alpha et Red dans une position morale complexe. Grant & Wagner conservent le principe de récupérer la prime de 10 millions de crédits, tout en montrant que Johnny Alpha possède une conscience.

Le lecteur est très surpris de l'idée des auteurs d'utiliser Ronald Reagan. Ce choix narratif est cohérent avec le dispositif de la série dans laquelle les voyages dans le temps sont possibles, dans des paramètres restreints. Grant & Wagner utilisent Reagan comme un dispositif comique. En 1987, il en est à son deuxième mandat et la presse satirique a déjà moqué ses travers dont certains récurrents. Grant & Wagner s'amusent donc bien : références régulières à Nancy Reagan (l'épouse de Ronald dont certains estimaient qu'elle avait une forte influence sur les décisions de son mari), comprenette limitée (Reagan reste persuadé tout du long qu'il a été enlevé par des soviétiques avec des masques), propagande américaine à chaque occasion (y compris hors de propos), mention de sa carrière d'acteur, etc. Cet usage de Ronald Reagan pourra sembler décalé pour de jeunes lecteurs, mais il est conforme à l'image qu'en donnait les journaux de l'époque.

En parcourant rapidement ce tome, le lecteur peut être rebuté par l'apparence des dessins de Carlos Ezquerra si c'est la première fois qu'il y est confronté. Il s'agit d'un noir & blanc parcouru de nombreux petits traits secs qui servent à donner du volume et de la texture à chaque surface. Dans certaines séquences, quelques traits semblent trop épais, jusqu'à déborder les uns sur les autres, obscurcissant le dessin et diminuant sa lisibilité. Il s'agit d'un phénomène limité à quelques pages découlant d'une mauvaise reprographie. En outre, l'artiste n'utilise pas une esthétique très agréable à l'œil. Il n'accentue pas les arrondis. Il ne met pas au premier plan les rondeurs de Durham Red. Il ne cherche pas dramatiser chaque situation en mettant systématiquement en valeur le caractère courageux et héroïque de Johnny Alpha.

Le lecteur peut également ressentir l'impression de plonger dans un film de SF avec un budget restreint (sans aller jusqu'à fauché). Les personnages ne sont pas des acteurs tous plus séduisants les uns que les autres. La technologie n'est spectaculaire, ni reluisante. Les décors ne sont pas à couper le souffle. Les extraterrestres sont tous de morphologie humanoïde, avec quelques bizarreries corporelles pour attester de leur origine. Pourtant les décors et les costumes finissent par emporter le lecteur dans un environnement assez consistant, différent de celui de la planète Terre, et dans un futur lointain bénéficiant d'une technologie permettant le voyage dans l'espace, la construction d'arme de poing sophistiquée, et donc une forme restreinte et ponctuelle de voyage dans le temps.

Par ailleurs, Carlos Ezquerra doit donc donner une forme visible aux mutations affectant une partie de la race humaine. Il peut s'agir d'yeux sans pupilles (comme pour Johnny Alpha), de canines plus développées (pour Durham Red), ou de déformations débiles (des oreilles surnuméraires sur le crâne pour l'un des chasseurs de prime). Il lui faut également montrer comment Johnny Alpha utilise son pouvoir de voir à travers les murs, une sorte de superpouvoir inattendu, fort heureusement utilisé qu'à de rares occasions.

De séquence en séquence, le lecteur constate que sous ces dehors peu séduisants, Carlos Ezquerra assure une narration visuelle efficace et bien fournie. Il réussit à rendre vivant et concret toutes les composantes du scénario : logement bon marché où s'est réfugié le premier criminel, rues mal éclairées et mal fréquentées, grande métropole extraterrestre avec une forte densité de population, cavernes gigantesques avec une rivière souterraine impétueuse, usine d'abattage, ou encore forêt exotique. Il dessine également un Ronald Reagan très convaincant et très nature, avec des expressions mesurées qui viennent souligner l'énormité de ce qu'il débite.

Ce recueil s'adresse avant tout aux lecteurs de la série Strontium Dog qui souhaitent découvrir un autre pan des aventures de ce héros, sans pour autant se replonger dans des récits plus vieux, rassemblés dans les recueils Search/destroy Agency Files. Il a alors le plaisir de découvrir une histoire complète, moins sombre que celle des années 2000, avec la première apparition d'un personnage qui promet : Durham Red.


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