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Contenu rédigé par Présence
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Commentaires écrits par Présence
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Une histoire de superhéros bien racontée, 17 mai 2013
Ce tome fait suite à Moon Knight, tome 1 (épisodes 1 à 7). Il comprend les épisodes 8 à 12, parus en 2012, écrits par Michael Bendis, dessinés et encrés par Alex Maleev, mis en couleurs par Matt Hollingsworth. Ensemble, les 2 tomes / 12 épisodes forment une histoire complète. Moon Knight a réuni des preuves sur l'identité du caïd de Los Angeles. Il attend l'inspecteur Paul Hall dans un parking et lui livre Sheoke Sanada (Snapdragon) hors d'état de nuire. Il lui remet également une clef USB contenant des preuves incriminant ledit caïd. L'inspecteur Hall n'arrive pas à se faire entendre par le commissaire qui estime que cette affaire relève de la juridiction des agents fédéraux. Buck Lime a concocté quelques armes supplémentaires pour Moon Knight dont un facsimilé énergétique du bouclier de Captain America, ainsi qu'un bâton renforcé au vibranium pour Maya Lopez (Echo). Moon Knight estime qu'ils sont parés pour pouvoir s'attaquer aux centres d'affaires illégaux du caïd afin de provoquer sa colère, d'entraîner son intervention personnelle, et de sortir vainqueur d'un affrontement direct. Le premier tome se terminait par une confrontation à moitié concluante avec le supercriminel caïd de Los Angeles et pouvait présager soit une routine confortable pour les mois à venir dans un statu quo n'évoluant pas, soit une résolution rapide si les ventes n'étaient pas au rendez-vous (ou si les créateurs souhaitaient passer à autre chose). Dans le monde des séries interminables et des changements incessants d'équipes créatives, ces 12 épisodes forment une unité bienvenue et relativement brève. Marc Spector continue de s'appuyer sur la manifestation de 3 superhéros vivant dans sa tête pour faire face à ses propres obligations : Captain America, Wolverine et Spider-Man. Bendis se régale à composer des dialogues vifs et brefs entre Spector et ces 3 voix, manifestations de son esprit dérangé (ou au contraire preuve de sa capacité d'adaptation aux circonstances les plus extraordinaires). Alors que ce dispositif peut sembler un peu loufoque, Bendis le traite au premier degré avec une intelligence qui le transforme en une évidence perspicace. D'un coté, Bendis se repose sur une structure narrative usée jusqu'à la corde, accumulant tous les clichés des histoires de superhéros, jusqu'à consacrer l'intégralité de l'épisode 9 à l'affrontement physique entre le caïd et les 2 superhéros (Moon Knight & Echo). De l'autre, l'épisode 9 constitue une lecture haletante du début jusqu'à la fin parce que Bendis ne se contente pas de lâcher la bride à Maleev pour qu'il remplisse une quinzaine de pages d'acrobaties plus ou moins bien chorégraphiées. Comme pour les autres épisodes, il bâtit une narration enjouée et pleine de surprises. Pour commencer Moon Knight et Echo ont eu la possibilité de se préparer et d'étoffer leur arsenal que le lecteur découvre au fur et à mesure. Il se sert des voix intérieures de Spector pour énoncer les stratégies et introduire une critique instantanée de ses actions par les autres superhéros. Par le biais de phrases concises, le lecteur dispose d'un commentaire fait par des professionnels qui ne mâchent pas leurs mots et qui n'hésitent pas à railler Moon Knight ou à le houspiller par des propos adultes (sans tomber dans les grossièretés). Bendis maintient cette approche savamment dosée du début jusqu'à la fin : avant tout une histoire de superhéros qui se comportent en adultes intelligents, avec un fond de thriller, et quelques pointes de comédie. Le deuxième affrontement important du récit (contre Madame Masque) ne dispose pas de la même verve, mais il reste bien construit. Le résultat est rapide et enlevé, avec quelques clins d'oeil à une autre de ses séries. Lorsque l'inspecteur Paul Hall se met à interroger Sheoke Sanada, le lecteur peut se souvenir de scènes similaires dans la série Powers (par exemple dans Anarchie). L'autopsie comprend également une vue de dessus de la table d'opération partiellement occultée par les abat-jours dans un plan à l'identique de celui du premier tome de Powers, lors de l'autopsie de Retro Girl. Maleev se prête au jeu, reproduisant ce cadrage, sans pour autant plagier le style de Michael Avon Oeming. Il conserve le style un plus rapide que celui qu'il utilisait pour les épisodes de Daredevil, un peu griffé, inspiré par celui de Sienkiewicz dans sa deuxième période sur Moon Knight. D'une manière générale, il crée une ambiance urbaine crédible, et dessine ses personnages comme de véritables êtres humains. Parmi eux, le lecteur pourra estimer que les visages et de Spector et de Lopez sont étrangement lisses ; par opposition ceux de Hall et Sanada sont plus travaillés et plus spécifiques, avec une sensation de réalisme. Il insuffle du dynamisme dans les scènes de combats qui ne sont pas outrageusement spectaculaires, mais qui disposent d'une logique interne et d'un bon sens de la spatialisation. Les décors disposent de particularités qui les rendent uniques et crédibles. Comme pour le premier tome, Maleev effectue un travail d'une qualité supérieure à la moyenne des comics, mais il s'est astreint à un style plus direct qui met moins bien en valeur ses qualités de créateur d'images mémorables complétées par une composition de couleurs transcrivant des sensations. Ce récit de Moon Knight en 12 épisodes se lit rapidement et procure un fort niveau de divertissement du fait l'implication de Bendis qui utilise à bon escient les voix intérieures de Marc Spector pour raconter son histoire d'une manière originale et savoureuse. Alex Maleev réalise des dessins moins sophistiqués qu'à son habitude, tout en transcrivant avec habilité l'ambiance requise, les actions, et les échanges de dialogue.
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5.0 étoiles sur 5
Une histoire de superhéros bien racontée, 17 mai 2013
Ce tome fait suite à Moon Knight 1 (épisodes 1 à 7). Il comprend les épisodes 8 à 12, parus en 2012, écrits par Michael Bendis, dessinés et encrés par Alex Maleev, mis en couleurs par Matt Hollingsworth. Ensemble, les 2 tomes / 12 épisodes forment une histoire complète. Moon Knight a réuni des preuves sur l'identité du caïd de Los Angeles. Il attend l'inspecteur Paul Hall dans un parking et lui livre Sheoke Sanada (Snapdragon) hors d'état de nuire. Il lui remet également une clef USB contenant des preuves incriminant ledit caïd. L'inspecteur Hall n'arrive pas à se faire entendre par le commissaire qui estime que cette affaire relève de la juridiction des agents fédéraux. Buck Lime a concocté quelques armes supplémentaires pour Moon Knight dont un facsimilé énergétique du bouclier de Captain America, ainsi qu'un bâton renforcé au vibranium pour Maya Lopez (Echo). Moon Knight estime qu'ils sont parés pour pouvoir s'attaquer aux centres d'affaires illégaux du caïd afin de provoquer sa colère, d'entraîner son intervention personnelle, et de sortir vainqueur d'un affrontement direct. Le premier tome se terminait par une confrontation à moitié concluante avec le supercriminel caïd de Los Angeles et pouvait présager soit une routine confortable pour les mois à venir dans un statu quo n'évoluant pas, soit une résolution rapide si les ventes n'étaient pas au rendez-vous (ou si les créateurs souhaitaient passer à autre chose). Dans le monde des séries interminables et des changements incessants d'équipes créatives, ces 12 épisodes forment une unité bienvenue et relativement brève. Marc Spector continue de s'appuyer sur la manifestation de 3 superhéros vivant dans sa tête pour faire face à ses propres obligations : Captain America, Wolverine et Spider-Man. Bendis se régale à composer des dialogues vifs et brefs entre Spector et ces 3 voix, manifestations de son esprit dérangé (ou au contraire preuve de sa capacité d'adaptation aux circonstances les plus extraordinaires). Alors que ce dispositif peut sembler un peu loufoque, Bendis le traite au premier degré avec une intelligence qui le transforme en une évidence perspicace. D'un coté, Bendis se repose sur une structure narrative usée jusqu'à la corde, accumulant tous les clichés des histoires de superhéros, jusqu'à consacrer l'intégralité de l'épisode 9 à l'affrontement physique entre le caïd et les 2 superhéros (Moon Knight & Echo). De l'autre, l'épisode 9 constitue une lecture haletante du début jusqu'à la fin parce que Bendis ne se contente pas de lâcher la bride à Maleev pour qu'il remplisse une quinzaine de pages d'acrobaties plus ou moins bien chorégraphiées. Comme pour les autres épisodes, il bâtit une narration enjouée et pleine de surprises. Pour commencer Moon Knight et Echo ont eu la possibilité de se préparer et d'étoffer leur arsenal que le lecteur découvre au fur et à mesure. Il se sert des voix intérieures de Spector pour énoncer les stratégies et introduire une critique instantanée de ses actions par les autres superhéros. Par le biais de phrases concises, le lecteur dispose d'un commentaire fait par des professionnels qui ne mâchent pas leurs mots et qui n'hésitent pas à railler Moon Knight ou à le houspiller par des propos adultes (sans tomber dans les grossièretés). Bendis maintient cette approche savamment dosée du début jusqu'à la fin : avant tout une histoire de superhéros qui se comportent en adultes intelligents, avec un fond de thriller, et quelques pointes de comédie. Le deuxième affrontement important du récit (contre Madame Masque) ne dispose pas de la même verve, mais il reste bien construit. Le résultat est rapide et enlevé, avec quelques clins d'oeil à une autre de ses séries. Lorsque l'inspecteur Paul Hall se met à interroger Sheoke Sanada, le lecteur peut se souvenir de scènes similaires dans la série Powers (par exemple dans Anarchy). L'autopsie comprend également une vue de dessus de la table d'opération partiellement occultée par les abat-jours dans un plan à l'identique de celui du premier tome de Powers, lors de l'autopsie de Retro Girl. Maleev se prête au jeu, reproduisant ce cadrage, sans pour autant plagier le style de Michael Avon Oeming. Il conserve le style un plus rapide que celui qu'il utilisait pour les épisodes de Daredevil, un peu griffé, inspiré par celui de Sienkiewicz dans sa deuxième période sur Moon Knight. D'une manière générale, il crée une ambiance urbaine crédible, et dessine ses personnages comme de véritables êtres humains. Parmi eux, le lecteur pourra estimer que les visages et de Spector et de Lopez sont étrangement lisses ; par opposition ceux de Hall et Sanada sont plus travaillés et plus spécifiques, avec une sensation de réalisme. Il insuffle du dynamisme dans les scènes de combats qui ne sont pas outrageusement spectaculaires, mais qui disposent d'une logique interne et d'un bon sens de la spatialisation. Les décors disposent de particularités qui les rendent uniques et crédibles. Comme pour le premier tome, Maleev effectue un travail d'une qualité supérieure à la moyenne des comics, mais il s'est astreint à un style plus direct qui met moins bien en valeur ses qualités de créateur d'images mémorables complétées par une composition de couleurs transcrivant des sensations. Ce récit de Moon Knight en 12 épisodes se lit rapidement et procure un fort niveau de divertissement du fait l'implication de Bendis qui utilise à bon escient les voix intérieures de Marc Spector pour raconter son histoire d'une manière originale et savoureuse. Alex Maleev réalise des dessins moins sophistiqués qu'à son habitude, tout en transcrivant avec habilité l'ambiance requise, les actions, et les échanges de dialogue.
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5.0 étoiles sur 5
Imbrications, 16 mai 2013
Ce tome contient les épisodes 6 à 11 de la série, parus en 2007. Il fait suite à Indian country (épisodes 1 à 5) qu'il faut impérativement avoir lu avant. Dans le premier tome, le lecteur apprenait que le casino "Crazy Horse", projet voulu et réalisé par la volonté de Lincoln Red Crow (chef tribal de la réserve), était à quelques jours d'ouvrir. Chacun des 6 épisodes permet au lecteur de découvrir ce qui s'est passé pendant cette nuit, du point de vue d'un personnage différent à chaque fois. Lincoln Red Crow demande à Dashiell Bad Horse de s'assurer qu'un groupe identifié de contestataires ne sera pas en état de nuire pour le grand soir. De son coté, Red Crow peut savourer son accomplissement : établir une source de revenus licite en plein territoire de la réserve, permettant ainsi de faire des profits sur le dos des joueurs blancs. De son coté Diesel Engine (un blanc, Britt Fillenworth de son vrai nom) a réuni les opposants indiens au casino pour essayer de faire capoter son ouverture. Catcher (Arthur Pendergrass) est à la recherche de Gina Bad Crow et il interroge les personnes susceptibles de savoir où elle se trouve, d'Agnes Poor Bear à Lincoln Red Crow. Dino Poor Bear est un jeune homme employé comme homme de ménage au casino et son rêve est de s'établir loin de la réserve. Gina Bad Horse rend visite à Lawrence Belcourt en prison et revient vers la réserve la nuit de l'ouverture du casino. Après le premier tome, le lecteur avait acquis la certitude que le personnage principal était Dashiell Bad Horse et qu'il allait suivre son nettoyage brutal et sans fioritures dans la réserve Prairie Rose. Avec ce tome, Jason Aaron choisit une narration ambitieuse qui donne le point de vue de 6 personnages différents qui sont amenés à se croiser de manière plus ou moins brève au cours de cette nuit particulière. Le résultat est à couper le souffle, sans donner le tournis. Aaron s'écarte d'une histoire manichéenne où un dur à cuire résout ses problèmes (et ceux des autres) à coup de poings et à coups de feu, pour introduire différents points de vue, mais aussi pour montrer les conséquences des actions des uns et des autres sur leur entourage, et l'imbrication de ces différentes vies entre elles. L'expression "narration chorale" semble ici réductrice. Il ne s'agit pas simplement de mettre en parallèle différentes expériences de vie, ou de montrer plusieurs points de vue. Il s'agit également de raconter comment ces individus interagissent, comment ce qui semble être un événement principal est constitué de l'imbrication de plusieurs actions effectuées par différentes personnes. Aaron réussit un tour de force qui consiste à décortiquer un événement complexe, sans perdre le lecteur, ni être redondant. Les rencontres entre 2 personnages constituent autant de moments communs à 2 épisodes. Il est donc facile de raccrocher les différentes chronologies entre elles, tout en bénéficiant d'un double éclairage sur la scène. Aaron force le respect par la facilité avec laquelle il construit son intrigue autour de ce riche dispositif narratif totalement maîtrisé. Loin d'être virtuose et stérile, ce dispositif s'efface devant une intrigue haletante et une communauté complexe, un suspense addictif et les découvertes sur les relations entre les personnages, ainsi que les événements de 1975. Aaron continue d'écrire une histoire de genre en en respectant les codes inhérents : polar noir avec baston, sang, violence, langage ordurier, testostérone à gogo, concours de machisme à tendance sadique et masochiste, relations sexuelles animales et sauvages. Derrière ces apparences de débauche criminelle dégénérée, il y a également les agissements de la génération qui a précédé celle de Dashiell Bad Horse. Il y a le thème classique des répercussions des péchés des parents sur leurs enfants, il y a les manigances politiques de Red Horse qui ressemblent fort aux informations des JT... il y a beaucoup de thèmes abordés. Aaron incorpore également la culture des indiens à son récit sur plusieurs plans dont certains inattendus qui fonctionnent cependant bien. Il s'inscrit à ce titre dans la veine des ethno-polars, comme ceux de Tony Hillerman. Il n'oublie pas non plus la référence musicale de circonstance : Merle Haggard. Il est facile de faire passer les illustrations au second plan, du fait de l'histoire prenante et haletante. Les 6 épisodes de ce tome sont illustrés par R.M. Guéra, comme ceux du tome précédent. Le lecteur a donc le plaisir de bénéficier d'une continuité visuelle sur l'ensemble de ces numéros. Il retrouve l'incroyable ambiance poisseuse, brutale et sèche installée dans le premier tome. Guéra respecte lui aussi les codes propres à ce genre de récit : visages mangés par les ombres, silhouette du héros solitaire perdu dans la nature désertique, gueules marquées et antipathiques des individus (avec une mention spéciale pour Lincoln Red Horse, et Catcher au visage asséché et impénétrable), étalement ostentatoire et de mauvais goût de signes extérieurs de richesse, violence graphique explicite, etc. Mais il ne se contente pas d'effectuer des illustrations au diapason du scénario, il enrichit ses cases d'éléments qui augmentent le degré d'immersion. Les tenues vestimentaires évoluent en fonction des circonstances (superbe costume blanc de Red Crow pour la soirée d'ouverture). Les paysages rendent compte de la désolation désertique entourant la réserve Prairie Rose, avec les carcasses de voiture attestant d'un environnement maltraité. L'aménagement du casino "Crazy Horse" exsude le mauvais goût et le toc clinquant dans chaque objet. La carcasse de voiture sur laquelle s'acharne Dino Poor Bear exhale un parfum tenace d'huile et de graisse. Guéra a soigneusement étudié les aménagements de toilettes de bar pour les retranscrire de manière exacte et crédible, avec les dalles de faux-plafond. Chaque personnage dispose d'une morphologie spécifique, d'un visage unique et d'un habillement qui lui est propre. Tous sont crédibles, quelles que soient leurs bizarreries. Guéra sait également adapter son dessin à l'âge de l'individu qu'il représente, apportant des particularités idoines (impossible d'oublier le visage de cet enfant présentant le syndrome d'alcoolisation foetale). La mise en couleurs assez sombre de Giulia Brusco renforce l'ambiance claustrophobe du récit, soulignant la sensation d'enfermement des individus, incapables d'échapper à la réserve et à leur identité d'indien. Après un premier tome très brutal et macho centré sur Dashiell Bad Horse, Jason Aaron confirme de manière magistrale que son polar ne se limite pas à une histoire de vengeance axée sur un seul personnage. Il utilise un dispositif narratif délicat à manier de manière gracieuse pour que le lecteur ne perde jamais le fil dans un court laps de temps où beaucoup de personnages se croisent et interagissent dans un ballet complexe. R.M. Guéra poursuit sa définition graphique de la réservation et des personnages avec des partis pris propres aux récits de genre, mais aussi en faisant preuve d'une attention et une inventivité maîtrisée pour les décors, aux vêtements, aux apparences des personnages. Les intérêts conflictuels des uns et des autres continuent de se heurter dans Dead mothers (épisodes 12 à 18).
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5.0 étoiles sur 5
La magie de l'écriture et de la création, 16 mai 2013
Ce tome fait suite à On to Genesis (épisodes 25 à 30). Il comprend 10 épisodes : de 31 à 35, mais aussi des épisodes intermédiaires numérotés 31,5, puis 32,5, jusqu'à 35,5. Ce tome reproduit ces épisodes dans l'ordre de leur parution originale, c'est-à-dire 31, puis 31,5, puis 32, puis 32,5 jusqu'à 35,5. Tous les scénarios sont de Mike Carey et Peter Gross, avec des dessins de Peter Gross pour la majeure partie des épisodes, encrés par M.K. Perker pour la majeure partie également. Épisodes 31 à 35 (dessins de Gross, finitions de Perker) - Suite aux événements du tome précédent, Tom Taylor a appris quelques rudiments de magie, ce qui lui procure un avantage tactique considérable, et lui permet d'envisager des offensives contre la mystérieuse cabale. Il décide de choisir comme cible monsieur Skate. Il apprend ainsi où se trouve le quartier général de la cabale. Mais la manipulation de la magie n'est pas sans risque et Taylor se retrouve perdu sur la banquise. Après cet épisode, l'histoire passe à l'affrontement entre Tom Taylor et Pullman. Épisodes 1/2 - Les 4 premiers épisodes retracent des moments clefs de la mythologie d'Unwritten. En 221 avant JC, en Chine, Pullman est en mission pour l'Empereur (7 pages dessinées par Mike Kaluta). En 1898, un caricaturiste menace l'anonymat de la cabale (7 pages dessinées par Rick Geary, l'auteur de la série des meurtres victoriens, par exemple The case of Madeleine Smith). En 1462, lors de la prise de Mayence, Pullman menace la vie de Johannes Guntenberg (6 pages dessinées par Bryan Talbot, auteur de la série Grandville). Par la suite, 1 épisode est consacré à Gilgamesh, Marduk et Utnapishtim (dessins de Gross, finitions de Dean Ormston), 1 autre en 1740 à Anna-Eilzabeth Toller (future Rausch), et le suivant à Will Talis (futur Wilson Taylor) en 1916, à Thiepval, pendant la Bataille de la Somme (dessins de Gary Erskine). L'épisode 35,5 est consacré à Daniel Armitage, l'un des employés travaillant à la Grille de la cabale (dessins de Gabriel Hernandez Walta). Depuis le début de la série, Mike Carey et Peter Gross racontent une histoire à 2 niveaux : les aventures de Tom Taylor ayant servi de modèle pour le héros de romans à la renommée similaire à celle d'Harry Potter, et une plongée philosophique sur la nature de l'écriture (au sens large). Au premier niveau, les 2 créateurs en donnent pour argent au lecteur. C'est même un festival d'aboutissement d'intrigues principales et secondaires. Le lecteur apprend comment s'est constituée la cabale, quel est son objectif, quel est son objectif réel, quel danger représente Tom Taylor pour eux, qui est vraiment Pullman, comment Anna-Elizabeth Rausch est devenue une marionnettiste, pourquoi Wilson Taylor a choisi le prénom de Tommy pour son héros, que faire avec un diplôme de littérature en poche, et bien d'autres secrets encore. Rien que pour ce premier niveau, ce tome constitue une lecture remarquable. Le lecteur a pu constater de tome en tome que Carey et Gross ont un plan à long terme et qu'ils ont construit un récit avec une structure rigoureuse. Et pourtant il ne peut qu'être impressionné par l'emboîtage au millimètre près des pièces de ce puzzle, qui semblaient si disparates. Cela va du final qui donne une nouvelle interprétation de la toute première scène du premier tome (le facsimilé de l'extrait du livre de Tommy Taylor dans Tommy Taylor and the bogus identity), au lien entre Gilgamesh et le Léviathan, sans oublier l'origine si astucieuse et si pertinente du prénom de Tommy. Avec ce tome, le lecteur a la satisfaction intense de voir l'histoire avancer à pas de géant (sans paraître bâclée), et de découvrir de nombreux secrets qui enrichissent encore une histoire déjà très foisonnante. Les dessins de Peter Gross continuent d'être discrets, sans rien de remarquables, sans volonté d'impressionner par la mise en scène, ou la pléthore de détails, ou des personnages à la beauté bouleversante. Et pourtant en reparcourant les épisodes, le lecteur s'aperçoit que Gross réalisé des images capables de porter tous les éléments disparates dans une unité logique, et de concevoir des visuels simples en apparence, très efficaces, et même originaux. Ainsi la plongée dans l'esprit de monsieur Skate fait apparaître une étrange dominatrice très particulière, et une voute fantasmagorique, toute en ogives. Le rapide passage en Écosse est superbe de simplicité et de plausibilité. Le passage dans la base en Antarctique est crédible, sans avoir besoin de reposer dans une description minutieuse des équipements. Peter Gross a trouvé le bon équilibre entre ce qu'il représente et ce qu'il laisse de coté, pour créer des visuels permettant l'immersion et générant des personnes et des endroits disposant d'assez de substance pour exister. Il est aussi à l'aise dans les conversations que dans les scènes d'actions. C'est autant un plaisir de contempler les visages des personnages (l'évolution de celui de Tom en fonction des forces auxquelles il est soumis), que les manifestations surnaturelles ou magiques (Richie Savoy utilise enfin ses pouvoirs). Peter Gross n'est donc pas le seul à assurer le spectacle visuel. Les pages de Kaluta, Geary et Talbot constituent un plus très appréciable (il s'agit de 3 dessinateurs que j'aime beaucoup). L'encrage de Locke est parfaitement adapté à la période, celui de Dean Ormston fait penser à Mignola, à nouveau parfaitement adapté à l'histoire et à la période. Gary Erskine est méticuleux, mais moins inspiré qu'à son habitude. Gabriel Hernandez Walta évoque vaguement Tim Sale pour les visages, à nouveau très bien adapté à l'histoire. Les finitions de Perker sont plus douces que l'encrage habituel de Gross, mais elles ne trahissent pas l'intention ou le ton de Gross. En plus de ce plaisir lié à cette aventure hors du commun, le lecteur peut apprécier cette plongée cultivée dans l'acte d'écriture, et la magie de raconter une histoire. En fonction des épisodes, il est possible de repérer des symboles équivoques : Glitterspar (la baguette magique de Tommy) n'est pas loin d'être le substitut du stylo de l'écrivain. Autour de Pullman, certains objets ont tendance à se transformer littéralement et visuellement en mots. Carey et Gross jouent sur le principe de base que le mot désigne l'objet (ou la personne), mais qu'il n'est pas l'objet. De scène en scène, le lecteur ne peut qu'être impressionné par la capacité des auteurs à former un tout cohérent à partir de récits fondateurs disparates. Il apprend ce qu'est le Léviathan, son rapport avec Gilgamesh, avec Pullman, mais aussi avec Caïn. Il découvre le fonctionnement de la Grille, mais aussi s'il y a vraiment eu des apparitions angéliques au dessus des champs de bataille de la Somme. Si toutes les idées ne sont pas originales, elles forment un tout à la cohérence évidente, intelligente et originale. Ils proposent une conceptualisation présentée sous forme d'histoire de la réponse à la question "d'où viennent les histoires et quel pouvoir ont-elles ?". Leur concept est assez imagé et solide pour éviter au lecteur de se perdre dans le jeu de miroir et de correspondance entre la réalité, l'histoire de Tom Taylor, celle de Tommy Taylor, les expérimentations de Wilson Taylor, l'incarnation de personnages de romans (enfin, on commence à entrevoir la nature du monstre de Frankenstein). Avec ces épisodes, Mike Carey et Peter Gross continuent de raconter une aventure magique et merveilleuse, continuent de développer leur point de vue sur l'acte magique qu'est l'écriture. Le plus fort, c'est qu'il n'en oublie pas pour autant les personnages, ou les émotions. Plusieurs bénéficient de développements significatifs et émotionnels. Les couvertures de Yuko Shimizu sont toujours aussi enchanteresses et originales. Elle utilise aussi bien des images piochant dans la culture générale (une variation de Saint Georges chevauchant un dragon), que des motifs récurrents (les cheveux de Lizzie pour la poignante couverture qui lui est consacrée). Tom Taylor continue d'essayer de comprendre sa vie dans The wound (épisodes 36 à 41).
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5.0 étoiles sur 5
Victimes de la guerre, 15 mai 2013
Il s'agit d'une série en 4 tomes, regroupant 25 épisodes parus de 2008 à 2010. "Maison hantée" est le premier de la série qui en compte 4, et comprend les épisodes 1 à 6. Le tome suivant est (2) Un meurtre pieux (épisodes 7 à 12), (3) Saison sèche, et (4) "Un monde merveilleux". Le récit s'ouvre sur une vision terrifiante en 2002 dans le nord de l'Ouganda, en pleine guerre entre la Force de défense du peuple ougandais et l'Armée de résistance du Seigneur (organisation rebelle) : un enfant de 12 ans se sert d'une arme automatique et tue un soldat adulte ; il menace le docteur Lwanga Moses du même sort s'il bouge. Ce dernier se souvient des événements qui l'ont amené dans cette situation. Il est ougandais de naissance, ses parents ont émigré pour les États-Unis quand il avait 7 ans contraints et forcés par le régime en place. Là bas il a bénéficié d'une enfance protégée et a pu effectuer des études de médecine, obtenir son diplôme et épouser Sera, elle-même médecin. Il a choisi d'exercer sa profession avec sa femme en Ouganda dans un camp pour déplacés internes. Il en effectue l'annonce lors d'un repas de charité, où Margaret Wells (une actrice célèbre) effectue également une apparition. Peu de temps avant son départ, il est la proie d'un terrible cauchemar dans lequel il assassine sauvagement sa femme. Arrivé en Ouganda, les époux sont accompagnés par Momolu Sengendo, un journaliste. Arrivés dans le camp de déplacés internes, les 2 médecins ne comptent pas leurs heures découvrant des blessures infligées avec une terrible cruauté (une fillette dont des soldats ont coupé les pieds, pour avoir osé faire de la bicyclette). Lorsqu'un enfant arrive ensanglanté dans le camp, Lwanga Moses s'élance dans la brousse pour trouver son agresseur. Voilà un scénariste qui n'a pas froid aux yeux : il ose raconter une histoire de guerre sur la base d'un conflit réel, assez récent, avec une volonté évidente de plausibilité, à défaut de véracité. Il reprend un personnage assez mystérieux et à l'identité mal définie de l'univers partagé DC : Showcase presents: Unknown Soldier 01 (pour ses aventures des années 1970), Soldat inconnu pour une version plus moderne (1997) de Garth Ennis et Kilian Plunkett. Dès la première page, le lecteur est estomaqué par la présence de cet enfant muni d'un fusil automatique. La scène est saisissante parce que Ponticelli représente réellement un enfant de cet âge, étant la proie d'une rage intense et d'une peur hors de contrôle. Face à lui les adultes sont démunis et à sa merci. Les auteurs prennent à nouveau le lecteur par surprise avec cet assassinant sauvage et brutal de l'épouse. Dans le premier épisode, il y a une scène qui surprend encore plus : un musulman en train de prier, sans aucune connotation, sens-entendu ou jugement de valeur, du jamais vu dans un comics. Dès le début, le lecteur peut constater que Dysart ne fait pas semblant, qu'il n'a pas choisi l'Ouganda comme un décor facile pour raconter une histoire de guerre de plus. Il ne se contente pas d'agiter quelques réfugiés, dans un vague décor de brousse. Sans donner de leçon d'histoire ou de géopolitique, les dialogues des personnages font référence à Yoweri Museveni, président de la République de l'Ouganda depuis 1986, à l'ancien Protectorat britannique, aux camps de déportés internes, à l'armée régulière et à celle des rebelles, à l'embrigadement des très jeunes adolescents, aux pratiques barbares réelles, etc. Avec une approche aussi documentée, le lecteur ne peut pas se repaître de la violence montrée, en bon voyeur. Dysart réussit un amalgame harmonieux entre des composantes hétérogènes et presqu'antinomiques. Il reprend le principe de ce soldat revenu de tout à la tête enrobée de bandages, qu'il mélange avec la découverte d'horreurs trop réelles par Moses, et leurs effets sur son psychisme, et le mélange de vulnérabilité et de résistance propre aux enfants. Il évite ainsi tous les stéréotypes et tous les lieux communs propres aux comics de guerre, pour une vision de crimes insupportables et insoutenables, rendus regardables par le truchement de l'histoire personnelle du personnage principal. Le lecteur peut prendre plaisir à lire une histoire d'action et de vengeance (rassurante et cathartique), tout en acquérant une compréhension plus concrète de la barbarie de la situation pour les individus qui composent cette population, à commencer par les enfants. Au fur et à mesure de la plongée dans cet enfer, les qualités de Ponticelli se révèlent. Il dessine des personnages à la morphologie normale et ordinaire, évitant ainsi le risque de transformer chaque affrontement en ballet, ou en prouesse physique. Il sait transcrire l'apparence d'un camp de réfugiés, sans jouer sur une dramatisation excessive. Il sait rester sobre en dessinant la fillette privée de ses pieds, ce qui rend son existence de papier encore plus plausible et plus insupportable pour le lecteur. Il représente les armes diverses et variés avec un degré de réalisme suffisant pour que le lecteur puisse les reconnaître et être convaincu de leur existence. Il dispose d'une capacité assez rare : dessiner des enfants qui ressemblent à des enfants de par leur morphologie, leur comportement et leurs expressions. Du coup le lecteur voit réellement des adultes interagir de manière normale avec des enfants qui se comportent conformément à leur âge, en s'étant adaptés à leur environnement. Enfin Ponticelli réussit le tour de force de ne jamais rendre la violence séduisante. Elle reste brutale, inhumaine, détestable, abominable et écoeurante. Il rend chaque personnage unique, avec une réelle présence physique, sans pour autant les idéaliser qu'il s'agisse des époux Moses, de Margaret Wells l'actrice aux bonnes intentions, d'Anna Anyayo (une jeune fille réfugiée dans une communauté religieuse) et la soeur Sharon Cavanaugh, ou même de l'intermédiaire louche Jack Lee Howl. Ouvrir ce premier tome, c'est plonger dans une région du monde en souffrance à cause de la guerre, c'est découvrir les horreurs vécues par des individus de cette population, c'est ne plus pouvoir fermer les yeux sur le traitement abject réservé aux enfants. C'est également ressentir une forte empathie pour le personnage principal qui subit de plein fouet ces découvertes, mais aussi pour le Soldat Inconnu qui assouvit une vengeance permettant au lecteur de supporter ce qu'il découvre.
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Victimes de la guerre, 15 mai 2013
Il s'agit d'une série en 4 tomes, regroupant 25 épisodes parus de 2008 à 2010. "Haunted house" est le premier de la série et comprend les épisodes 1 à 6. Les suivants sont (2) Easy kill (épisodes 7 à 14), (3) Dry season (épisodes 15 à 20), et (4) Beautiful world (épisodes 21 à 25). Le scénario est de Joshua Dysart, les dessins et l'encrage d'Alberto Ponticelli, la mise en couleurs d'Oscar Celestini. Le récit s'ouvre sur une vision terrifiante en 2002 dans le nord de l'Ouganda, en pleine guerre entre la Force de défense du peuple ougandais et l'Armée de résistance du Seigneur (organisation rebelle) : un enfant de 12 ans se sert d'une arme automatique et tue un soldat adulte ; il menace le docteur Lwanga Moses du même sort s'il bouge. Ce dernier se souvient des événements qui l'ont amené dans cette situation. Il est ougandais de naissance, ses parents ont émigré pour les États-Unis quand il avait 7 ans contraints et forcés par le régime en place. Là bas il a bénéficié d'une enfance protégée et a pu effectuer des études de médecine, obtenir son diplôme et épouser Sera, elle-même médecin. Il a choisi d'exercer sa profession avec sa femme en Ouganda dans un camp pour déplacés internes. Il en effectue l'annonce lors d'un repas de charité, où Margaret Wells (une actrice célèbre) effectue également une apparition. Peu de temps avant son départ, il est la proie d'un terrible cauchemar dans lequel il assassine sauvagement sa femme. Arrivé en Ouganda, les époux sont accompagnés par Momolu Sengendo, un journaliste. Arrivés dans le camp de déplacés internes, les 2 médecins ne comptent pas leurs heures découvrant des blessures infligées avec une terrible cruauté (une fillette dont des soldats ont coupé les pieds, pour avoir osé faire de la bicyclette). Lorsqu'un enfant arrive ensanglanté dans le camp, Lwanga Moses s'élance dans la brousse pour trouver son agresseur. Voilà un scénariste qui n'a pas froid aux yeux : il ose raconter une histoire de guerre sur la base d'un conflit réel, assez récent, avec une volonté évidente de plausibilité, à défaut de véracité. Il reprend un personnage assez mystérieux et à l'identité mal définie de l'univers partagé DC : Showcase presents: Unknown Soldier 01 (pour ses aventures des années 1970), Unknown Soldier pour une version plus moderne (1997) de Garth Ennis et Kilian Plunkett. Dès la première page, le lecteur est estomaqué par la présence de cet enfant muni d'un fusil automatique. La scène est saisissante parce que Ponticelli représente réellement un enfant de cet âge, étant la proie d'une rage intense et d'une peur hors de contrôle. Face à lui les adultes sont démunis et à sa merci. Les auteurs prennent à nouveau le lecteur par surprise avec cet assassinant sauvage et brutal de l'épouse. Dans le premier épisode, il y a une scène qui surprend encore plus : un musulman en train de prier, sans aucune connotation, sens-entendu ou jugement de valeur, du jamais vu dans un comics. Dès le début, le lecteur peut constater que Dysart ne fait pas semblant, qu'il n'a pas choisi l'Ouganda comme un décor facile pour raconter une histoire de guerre de plus. Il ne se contente pas d'agiter quelques réfugiés, dans un vague décor de brousse. Sans donner de leçon d'histoire ou de géopolitique, les dialogues des personnages font référence à Yoweri Museveni, président de la République de l'Ouganda depuis 1986, à l'ancien Protectorat britannique, aux camps de déportés internes, à l'armée régulière et à celle des rebelles, à l'embrigadement des très jeunes adolescents, aux pratiques barbares réelles, etc. Avec une approche aussi documentée, le lecteur ne peut pas se repaître de la violence montrée, en bon voyeur. Dysart réussit un amalgame harmonieux entre des composantes hétérogènes et presqu'antinomiques. Il reprend le principe de ce soldat revenu de tout à la tête enrobée de bandages, qu'il mélange avec la découverte d'horreurs trop réelles par Moses, et leurs effets sur son psychisme, et le mélange de vulnérabilité et de résistance propre aux enfants. Il évite ainsi tous les stéréotypes et tous les lieux communs propres aux comics de guerre, pour une vision de crimes insupportables et insoutenables, rendus regardables par le truchement de l'histoire personnelle du personnage principal. Le lecteur peut prendre plaisir à lire une histoire d'action et de vengeance (rassurante et cathartique), tout en acquérant une compréhension plus concrète de la barbarie de la situation pour les individus qui composent cette population, à commencer par les enfants. Au fur et à mesure de la plongée dans cet enfer, les qualités de Ponticelli se révèlent. Il dessine des personnages à la morphologie normale et ordinaire, évitant ainsi le risque de transformer chaque affrontement en ballet, ou en prouesse physique. Il sait transcrire l'apparence d'un camp de réfugiés, sans jouer sur une dramatisation excessive. Il sait rester sobre en dessinant la fillette privée de ses pieds, ce qui rend son existence de papier encore plus plausible et plus insupportable pour le lecteur. Il représente les armes diverses et variés avec un degré de réalisme suffisant pour que le lecteur puisse les reconnaître et être convaincu de leur existence. Il dispose d'une capacité assez rare : dessiner des enfants qui ressemblent à des enfants de par leur morphologie, leur comportement et leurs expressions. Du coup le lecteur voit réellement des adultes interagir de manière normale avec des enfants qui se comportent conformément à leur âge, en s'étant adaptés à leur environnement. Enfin Ponticelli réussit le tour de force de ne jamais rendre la violence séduisante. Elle reste brutale, inhumaine, détestable, abominable et écoeurante. Il rend chaque personnage unique, avec une réelle présence physique, sans pour autant les idéaliser qu'il s'agisse des époux Moses, de Margaret Wells l'actrice aux bonnes intentions, d'Anna Anyayo (une jeune fille réfugiée dans une communauté religieuse) et la soeur Sharon Cavanaugh, ou même de l'intermédiaire louche Jack Lee Howl. Ouvrir ce premier tome, c'est plonger dans une région du monde en souffrance à cause de la guerre, c'est découvrir les horreurs vécues par des individus de cette population, c'est ne plus pouvoir fermer les yeux sur le traitement abject réservé aux enfants. C'est également ressentir une forte empathie pour le personnage principal qui subit de plein fouet ces découvertes, mais aussi pour le Soldat Inconnu qui assouvit une vengeance permettant au lecteur de supporter ce qu'il découvre.
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Victimes de la guerre, 15 mai 2013
Il s'agit d'une série en 4 tomes, regroupant 25 épisodes parus de 2008 à 2010. "Haunted house" est le premier de la série et comprend les épisodes 1 à 6. Les suivants sont (2) Easy kill (épisodes 7 à 14), (3) Dry season (épisodes 15 à 20), et (4) Beautiful world (épisodes 21 à 25). Le scénario est de Joshua Dysart, les dessins et l'encrage d'Alberto Ponticelli, la mise en couleurs d'Oscar Celestini. Le récit s'ouvre sur une vision terrifiante en 2002 dans le nord de l'Ouganda, en pleine guerre entre la Force de défense du peuple ougandais et l'Armée de résistance du Seigneur (organisation rebelle) : un enfant de 12 ans se sert d'une arme automatique et tue un soldat adulte ; il menace le docteur Lwanga Moses du même sort s'il bouge. Ce dernier se souvient des événements qui l'ont amené dans cette situation. Il est ougandais de naissance, ses parents ont émigré pour les États-Unis quand il avait 7 ans contraints et forcés par le régime en place. Là bas il a bénéficié d'une enfance protégée et a pu effectuer des études de médecine, obtenir son diplôme et épouser Sera, elle-même médecin. Il a choisi d'exercer sa profession avec sa femme en Ouganda dans un camp pour déplacés internes. Il en effectue l'annonce lors d'un repas de charité, où Margaret Wells (une actrice célèbre) effectue également une apparition. Peu de temps avant son départ, il est la proie d'un terrible cauchemar dans lequel il assassine sauvagement sa femme. Arrivé en Ouganda, les époux sont accompagnés par Momolu Sengendo, un journaliste. Arrivés dans le camp de déplacés internes, les 2 médecins ne comptent pas leurs heures découvrant des blessures infligées avec une terrible cruauté (une fillette dont des soldats ont coupé les pieds, pour avoir osé faire de la bicyclette). Lorsqu'un enfant arrive ensanglanté dans le camp, Lwanga Moses s'élance dans la brousse pour trouver son agresseur. Voilà un scénariste qui n'a pas froid aux yeux : il ose raconter une histoire de guerre sur la base d'un conflit réel, assez récent, avec une volonté évidente de plausibilité, à défaut de véracité. Il reprend un personnage assez mystérieux et à l'identité mal définie de l'univers partagé DC : Showcase presents: Unknown Soldier 01 (pour ses aventures des années 1970), Unknown Soldier pour une version plus moderne (1997) de Garth Ennis et Kilian Plunkett. Dès la première page, le lecteur est estomaqué par la présence de cet enfant muni d'un fusil automatique. La scène est saisissante parce que Ponticelli représente réellement un enfant de cet âge, étant la proie d'une rage intense et d'une peur hors de contrôle. Face à lui les adultes sont démunis et à sa merci. Les auteurs prennent à nouveau le lecteur par surprise avec cet assassinant sauvage et brutal de l'épouse. Dans le premier épisode, il y a une scène qui surprend encore plus : un musulman en train de prier, sans aucune connotation, sens-entendu ou jugement de valeur, du jamais vu dans un comics. Dès le début, le lecteur peut constater que Dysart ne fait pas semblant, qu'il n'a pas choisi l'Ouganda comme un décor facile pour raconter une histoire de guerre de plus. Il ne se contente pas d'agiter quelques réfugiés, dans un vague décor de brousse. Sans donner de leçon d'histoire ou de géopolitique, les dialogues des personnages font référence à Yoweri Museveni, président de la République de l'Ouganda depuis 1986, à l'ancien Protectorat britannique, aux camps de déportés internes, à l'armée régulière et à celle des rebelles, à l'embrigadement des très jeunes adolescents, aux pratiques barbares réelles, etc. Avec une approche aussi documentée, le lecteur ne peut pas se repaître de la violence montrée, en bon voyeur. Dysart réussit un amalgame harmonieux entre des composantes hétérogènes et presqu'antinomiques. Il reprend le principe de ce soldat revenu de tout à la tête enrobée de bandages, qu'il mélange avec la découverte d'horreurs trop réelles par Moses, et leurs effets sur son psychisme, et le mélange de vulnérabilité et de résistance propre aux enfants. Il évite ainsi tous les stéréotypes et tous les lieux communs propres aux comics de guerre, pour une vision de crimes insupportables et insoutenables, rendus regardables par le truchement de l'histoire personnelle du personnage principal. Le lecteur peut prendre plaisir à lire une histoire d'action et de vengeance (rassurante et cathartique), tout en acquérant une compréhension plus concrète de la barbarie de la situation pour les individus qui composent cette population, à commencer par les enfants. Au fur et à mesure de la plongée dans cet enfer, les qualités de Ponticelli se révèlent. Il dessine des personnages à la morphologie normale et ordinaire, évitant ainsi le risque de transformer chaque affrontement en ballet, ou en prouesse physique. Il sait transcrire l'apparence d'un camp de réfugiés, sans jouer sur une dramatisation excessive. Il sait rester sobre en dessinant la fillette privée de ses pieds, ce qui rend son existence de papier encore plus plausible et plus insupportable pour le lecteur. Il représente les armes diverses et variés avec un degré de réalisme suffisant pour que le lecteur puisse les reconnaître et être convaincu de leur existence. Il dispose d'une capacité assez rare : dessiner des enfants qui ressemblent à des enfants de par leur morphologie, leur comportement et leurs expressions. Du coup le lecteur voit réellement des adultes interagir de manière normale avec des enfants qui se comportent conformément à leur âge, en s'étant adaptés à leur environnement. Enfin Ponticelli réussit le tour de force de ne jamais rendre la violence séduisante. Elle reste brutale, inhumaine, détestable, abominable et écoeurante. Il rend chaque personnage unique, avec une réelle présence physique, sans pour autant les idéaliser qu'il s'agisse des époux Moses, de Margaret Wells l'actrice aux bonnes intentions, d'Anna Anyayo (une jeune fille réfugiée dans une communauté religieuse) et la soeur Sharon Cavanaugh, ou même de l'intermédiaire louche Jack Lee Howl. Ouvrir ce premier tome, c'est plonger dans une région du monde en souffrance à cause de la guerre, c'est découvrir les horreurs vécues par des individus de cette population, c'est ne plus pouvoir fermer les yeux sur le traitement abject réservé aux enfants. C'est également ressentir une forte empathie pour le personnage principal qui subit de plein fouet ces découvertes, mais aussi pour le Soldat Inconnu qui assouvit une vengeance permettant au lecteur de supporter ce qu'il découvre.
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5
Chasseresse, 14 mai 2013
Ce tome comprend une histoire complète, initialement publiée sous la forme d'une minisérie de 4 épisodes en 1994/1995. Le scénario est de Doug Moench, les dessins de Paul Gulacy et l'encrage de Terry Austin, la même équipe qui a réalisé la première histoire de Batman - Prey (en anglais). Ce tome fait suite à Batman versus Predator de Dave Gibbons et des frères Kubert. Un nouvel été très chaud à Gotham. Sur l'un des quais du port, a lieu une transaction illicite : un intermédiaire travaillant par Manny Terraro (un caïd) abat froidement les 2 hommes de main qui faisaient les coursiers en apportant de la poudre. Batman intervient pour capturer l'intermédiaire, sans savoir qu'il est observé par Huntress (Helena Bertinelli). Cette dernière intervient alors qu'elle pensait que l'intermédiaire allait tirer sur Batman. À l'issue de cet affrontement, Batman signifie à Huntress qu'il est hors de question qu'il accepte son aide, à cause de ses méthodes trop expéditives. En interrogeant le malfrat il apprend que Terraro a passé un contrat de 5 millions de dollars pour la tête de Batman, et 7 assassins d'envergure internationale ont répondu à l'appel. Peu de temps après, un tueur au même modus operandi qu'un été précédent sévit à Gotham. Il attaque le quartier général de la police de Gotham (James Gordon finit à l'hôpital) et il s'accapare le bat-signal pour attirer Batman. Un nouveau Predator sévit à Gotham. Après l'intensité de Prey, impossible de résister à la curiosité de savoir ce que pourrait faire la même équipe créatrice sur la deuxième confrontation entre Batman et Predator. Dès la première scène, il est visible que Moench et Gulacy ont mélangé une approche sérieuse et premier degré, avec des éléments hétérogènes, voir hétéroclites. D'un coté, le lecteur retrouve l'approche réaliste, détaillée et méticuleuse des dessins de Gulacy, renforcée par l'encrage précis de Terry Austin. Le style de ce dernier a évolué depuis l'époque où il encrait John Byrne sur les X-Men et il a développé une préférence pour de petits traits secs qui vont un peu à l'encontre du goût de Gulacy pour les belles surfaces noires arrondies et les traits plus gras. Mais il s'agit d'un détail, pour le reste Austin fait ressortir chaque détail, et apporte même quelques précisions dans les dessins. Par exemple il ajoute des nervures dans les planches de bois du quai que Batman fait exploser. De même il ne manque aucun détail sur le Predator, que ce soient les espèces de perles sur ses dreadlocks, ou les mailles du filet qui enserre son torse. D'une scène à l'autre, le lecteur pourra également retrouver le goût de Gulacy pour l'architecture (la description des paysages urbains de Gotham qui va plus loin que l'ordinaire des comics), pour l'aménagement intérieur (les 2 séquences dans le penthouse de Terraro), et les visages marqués (un mélange très agréable d'influence de Jim Steranko et Mike Zeck). Mais dans cette première scène, il apparaît également des éléments qui se marient mal avec cette approche réaliste et déterminée. Il y a Batman brisant le plancher en bois du quai ce qui exige une force au dessus de ses capacités, sans aucune explication de nature "réaliste" (réaliste dans le cadre d'un récit de superhéros). Il y a l'intermédiaire qui reçoit un coup de poing en pleine visage et qui voit des étoiles en louchant (dispositif à sa place dans un dessin animé comique pour la jeunesse, totalement déplacé par rapport au ton qui règne dans le reste du récit). Et il y a le cas d'Huntress. Il est vraisemblable que les responsables éditoriaux aient exigé que Gulacy respecte le costume du personnage : jambes nues, décolleté plongeant. Malheureusement l'approche réaliste des dessins de Gulacy fait éclater l'absurdité d'un tel costume révélateur et dépourvu de toute protection. Cela introduit une dissonance visuelle qui rompt l'ambiance du récit à chaque apparition du personnage. Gulacy s'amuse aussi à réaliser quelques cases où il exagère de manière délibéré l'aspect d'alpha mâle de Batman à un point tel que le lecteur ne peut l'interpréter que comme une parodie. Le scénario de Moench souffre également de déséquilibres, mais moins flagrant que ceux des illustrations. Il a imaginé une raison plausible de voir un nouveau Predator arriver sur Terre et vouloir s'en prendre à Batman. Le principe de base du récit s'appuie sur une raison simple et logique. Par contre, il a décidé de reprendre une composante du premier récit (celui de Dave Gibbons) en entremêlant la lutte de Batman contre le Predator, avec des agissements du crime organisé. D'un coté Moench se sert des 7 assassins pour étoffer les actions du Predator ; de l'autre il s'agit de 7 personnages dérivatifs (encore une composante humoristique peu convaincante) très vite éliminés, dont seul ressort le coté artificiel. L'idée d'introduire le personnage d'Huntress pour servir de contrepoint au Predator (2 types différents de chasseurs) est à priori pertinente et porteuse d'une promesse de comparaison révélatrice. Au final, cette confrontation n'est pas exploitée et n'apporte rien au récit. De la même manière, la blessure de Gordon et les séquences suivantes ne débouchent sur rien de concret et finissent par ressembler à du remplissage uniquement pour que le personnage soit présent dans le récit. Il reste des combats bien pensés entre Batman et Predator, et une promesse tenue dans le sens où le lecteur en a pour son argent sur le principe du "versus". Moench et Gulacy ont construit un récit qui joue sur 2 tableaux : l'aventure / action, et un humour dérivatif avec force clins d'oeil. Malheureusement ces 2 approches ont tendance à se neutraliser, plutôt que de se répondre. Il reste une histoire imaginative, avec de beaux visuels et quelques éléments drôles, mais qui ne forment pas un tout harmonieux. Le troisième round se déroule dans Liens de sang de Chuck Dixon, Robert Campanella et Rodolfo Damaggio (1997/1998).
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5
Chasseresse, 14 mai 2013
Ce tome comprend une histoire complète, initialement publiée sous la forme d'une minisérie de 4 épisodes en 1994/1995. Le scénario est de Doug Moench, les dessins de Paul Gulacy et l'encrage de Terry Austin, la même équipe qui a réalisé la première histoire de Batman - Prey. Ce tome fait suite à Batman versus Predator de Dave Gibbons et des frères Kubert. Un nouvel été très chaud à Gotham. Sur l'un des quais du port, a lieu une transaction illicite : un intermédiaire travaillant par Manny Terraro (un caïd) abat froidement les 2 hommes de main qui faisaient les coursiers en apportant de la poudre. Batman intervient pour capturer l'intermédiaire, sans savoir qu'il est observé par Huntress (Helena Bertinelli). Cette dernière intervient alors qu'elle pensait que l'intermédiaire allait tirer sur Batman. À l'issue de cet affrontement, Batman signifie à Huntress qu'il est hors de question qu'il accepte son aide, à cause de ses méthodes trop expéditives. En interrogeant le malfrat il apprend que Terraro a passé un contrat de 5 millions de dollars pour la tête de Batman, et 7 assassins d'envergure internationale ont répondu à l'appel. Peu de temps après, un tueur au même modus operandi qu'un été précédent sévit à Gotham. Il attaque le quartier général de la police de Gotham (James Gordon finit à l'hôpital) et il s'accapare le bat-signal pour attirer Batman. Un nouveau Predator sévit à Gotham. Après l'intensité de Prey, impossible de résister à la curiosité de savoir ce que pourrait faire la même équipe créatrice sur la deuxième confrontation entre Batman et Predator. Dès la première scène, il est visible que Moench et Gulacy ont mélangé une approche sérieuse et premier degré, avec des éléments hétérogènes, voir hétéroclites. D'un coté, le lecteur retrouve l'approche réaliste, détaillée et méticuleuse des dessins de Gulacy, renforcée par l'encrage précis de Terry Austin. Le style de ce dernier a évolué depuis l'époque où il encrait John Byrne sur les X-Men et il a développé une préférence pour de petits traits secs qui vont un peu à l'encontre du goût de Gulacy pour les belles surfaces noires arrondies et les traits plus gras. Mais il s'agit d'un détail, pour le reste Austin fait ressortir chaque détail, et apporte même quelques précisions dans les dessins. Par exemple il ajoute des nervures dans les planches de bois du quai que Batman fait exploser. De même il ne manque aucun détail sur le Predator, que ce soient les espèces de perles sur ses dreadlocks, ou les mailles du filet qui enserre son torse. D'une scène à l'autre, le lecteur pourra également retrouver le goût de Gulacy pour l'architecture (la description des paysages urbains de Gotham qui va plus loin que l'ordinaire des comics), pour l'aménagement intérieur (les 2 séquences dans le penthouse de Terraro), et les visages marqués (un mélange très agréable d'influence de Jim Steranko et Mike Zeck). Mais dans cette première scène, il apparaît également des éléments qui se marient mal avec cette approche réaliste et déterminée. Il y a Batman brisant le plancher en bois du quai ce qui exige une force au dessus de ses capacités, sans aucune explication de nature "réaliste" (réaliste dans le cadre d'un récit de superhéros). Il y a l'intermédiaire qui reçoit un coup de poing en pleine visage et qui voit des étoiles en louchant (dispositif à sa place dans un dessin animé comique pour la jeunesse, totalement déplacé par rapport au ton qui règne dans le reste du récit). Et il y a le cas d'Huntress. Il est vraisemblable que les responsables éditoriaux aient exigé que Gulacy respecte le costume du personnage : jambes nues, décolleté plongeant. Malheureusement l'approche réaliste des dessins de Gulacy fait éclater l'absurdité d'un tel costume révélateur et dépourvu de toute protection. Cela introduit une dissonance visuelle qui rompt l'ambiance du récit à chaque apparition du personnage. Gulacy s'amuse aussi à réaliser quelques cases où il exagère de manière délibéré l'aspect d'alpha mâle de Batman à un point tel que le lecteur ne peut l'interpréter que comme une parodie. Le scénario de Moench souffre également de déséquilibres, mais moins flagrant que ceux des illustrations. Il a imaginé une raison plausible de voir un nouveau Predator arriver sur Terre et vouloir s'en prendre à Batman. Le principe de base du récit s'appuie sur une raison simple et logique. Par contre, il a décidé de reprendre une composante du premier récit (celui de Dave Gibbons) en entremêlant la lutte de Batman contre le Predator, avec des agissements du crime organisé. D'un coté Moench se sert des 7 assassins pour étoffer les actions du Predator ; de l'autre il s'agit de 7 personnages dérivatifs (encore une composante humoristique peu convaincante) très vite éliminés, dont seul ressort le coté artificiel. L'idée d'introduire le personnage d'Huntress pour servir de contrepoint au Predator (2 types différents de chasseurs) est à priori pertinente et porteuse d'une promesse de comparaison révélatrice. Au final, cette confrontation n'est pas exploitée et n'apporte rien au récit. De la même manière, la blessure de Gordon et les séquences suivantes ne débouchent sur rien de concret et finissent par ressembler à du remplissage uniquement pour que le personnage soit présent dans le récit. Il reste des combats bien pensés entre Batman et Predator, et une promesse tenue dans le sens où le lecteur en a pour son argent sur le principe du "versus". Moench et Gulacy ont construit un récit qui joue sur 2 tableaux : l'aventure / action, et un humour dérivatif avec force clins d'oeil. Malheureusement ces 2 approches ont tendance à se neutraliser, plutôt que de se répondre. Il reste une histoire imaginative, avec de beaux visuels et quelques éléments drôles, mais qui ne forment pas un tout harmonieux. Le troisième round se déroule dans Blood ties de Chuck Dixon, Robert Campanella et Rodolfo Damaggio (1997/1998).
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3.0 étoiles sur 5
Chasseresse, 14 mai 2013
Ce tome comprend une histoire complète, initialement publiée sous la forme d'une minisérie de 4 épisodes en 1994/1995. Le scénario est de Doug Moench, les dessins de Paul Gulacy et l'encrage de Terry Austin, la même équipe qui a réalisé la première histoire de Batman - Prey. Ce tome fait suite à Batman versus Predator de Dave Gibbons et des frères Kubert. Un nouvel été très chaud à Gotham. Sur l'un des quais du port, a lieu une transaction illicite : un intermédiaire travaillant par Manny Terraro (un caïd) abat froidement les 2 hommes de main qui faisaient les coursiers en apportant de la poudre. Batman intervient pour capturer l'intermédiaire, sans savoir qu'il est observé par Huntress (Helena Bertinelli). Cette dernière intervient alors qu'elle pensait que l'intermédiaire allait tirer sur Batman. À l'issue de cet affrontement, Batman signifie à Huntress qu'il est hors de question qu'il accepte son aide, à cause de ses méthodes trop expéditives. En interrogeant le malfrat il apprend que Terraro a passé un contrat de 5 millions de dollars pour la tête de Batman, et 7 assassins d'envergure internationale ont répondu à l'appel. Peu de temps après, un tueur au même modus operandi qu'un été précédent sévit à Gotham. Il attaque le quartier général de la police de Gotham (James Gordon finit à l'hôpital) et il s'accapare le bat-signal pour attirer Batman. Un nouveau Predator sévit à Gotham. Après l'intensité de Prey, impossible de résister à la curiosité de savoir ce que pourrait faire la même équipe créatrice sur la deuxième confrontation entre Batman et Predator. Dès la première scène, il est visible que Moench et Gulacy ont mélangé une approche sérieuse et premier degré, avec des éléments hétérogènes, voir hétéroclites. D'un coté, le lecteur retrouve l'approche réaliste, détaillée et méticuleuse des dessins de Gulacy, renforcée par l'encrage précis de Terry Austin. Le style de ce dernier a évolué depuis l'époque où il encrait John Byrne sur les X-Men et il a développé une préférence pour de petits traits secs qui vont un peu à l'encontre du goût de Gulacy pour les belles surfaces noires arrondies et les traits plus gras. Mais il s'agit d'un détail, pour le reste Austin fait ressortir chaque détail, et apporte même quelques précisions dans les dessins. Par exemple il ajoute des nervures dans les planches de bois du quai que Batman fait exploser. De même il ne manque aucun détail sur le Predator, que ce soient les espèces de perles sur ses dreadlocks, ou les mailles du filet qui enserre son torse. D'une scène à l'autre, le lecteur pourra également retrouver le goût de Gulacy pour l'architecture (la description des paysages urbains de Gotham qui va plus loin que l'ordinaire des comics), pour l'aménagement intérieur (les 2 séquences dans le penthouse de Terraro), et les visages marqués (un mélange très agréable d'influence de Jim Steranko et Mike Zeck). Mais dans cette première scène, il apparaît également des éléments qui se marient mal avec cette approche réaliste et déterminée. Il y a Batman brisant le plancher en bois du quai ce qui exige une force au dessus de ses capacités, sans aucune explication de nature "réaliste" (réaliste dans le cadre d'un récit de superhéros). Il y a l'intermédiaire qui reçoit un coup de poing en pleine visage et qui voit des étoiles en louchant (dispositif à sa place dans un dessin animé comique pour la jeunesse, totalement déplacé par rapport au ton qui règne dans le reste du récit). Et il y a le cas d'Huntress. Il est vraisemblable que les responsables éditoriaux aient exigé que Gulacy respecte le costume du personnage : jambes nues, décolleté plongeant. Malheureusement l'approche réaliste des dessins de Gulacy fait éclater l'absurdité d'un tel costume révélateur et dépourvu de toute protection. Cela introduit une dissonance visuelle qui rompt l'ambiance du récit à chaque apparition du personnage. Gulacy s'amuse aussi à réaliser quelques cases où il exagère de manière délibéré l'aspect d'alpha mâle de Batman à un point tel que le lecteur ne peut l'interpréter que comme une parodie. Le scénario de Moench souffre également de déséquilibres, mais moins flagrant que ceux des illustrations. Il a imaginé une raison plausible de voir un nouveau Predator arriver sur Terre et vouloir s'en prendre à Batman. Le principe de base du récit s'appuie sur une raison simple et logique. Par contre, il a décidé de reprendre une composante du premier récit (celui de Dave Gibbons) en entremêlant la lutte de Batman contre le Predator, avec des agissements du crime organisé. D'un coté Moench se sert des 7 assassins pour étoffer les actions du Predator ; de l'autre il s'agit de 7 personnages dérivatifs (encore une composante humoristique peu convaincante) très vite éliminés, dont seul ressort le coté artificiel. L'idée d'introduire le personnage d'Huntress pour servir de contrepoint au Predator (2 types différents de chasseurs) est à priori pertinente et porteuse d'une promesse de comparaison révélatrice. Au final, cette confrontation n'est pas exploitée et n'apporte rien au récit. De la même manière, la blessure de Gordon et les séquences suivantes ne débouchent sur rien de concret et finissent par ressembler à du remplissage uniquement pour que le personnage soit présent dans le récit. Il reste des combats bien pensés entre Batman et Predator, et une promesse tenue dans le sens où le lecteur en a pour son argent sur le principe du "versus". Moench et Gulacy ont construit un récit qui joue sur 2 tableaux : l'aventure / action, et un humour dérivatif avec force clins d'oeil. Malheureusement ces 2 approches ont tendance à se neutraliser, plutôt que de se répondre. Il reste une histoire imaginative, avec de beaux visuels et quelques éléments drôles, mais qui ne forment pas un tout harmonieux. Le troisième round se déroule dans Blood ties de Chuck Dixon, Robert Campanella et Rodolfo Damaggio (1997/1998).
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