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Présence
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Astonishing X-Men boite à fantômes
Astonishing X-Men boite à fantômes
par Warren Ellis
Edition : Broché
Prix : EUR 14,20

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Illustrations magnifiques pour un scénario malin, 12 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Astonishing X-Men boite à fantômes (Broché)
Depuis Utopia (en VO), les X-Men sont bien installé sur leur île au large de San Francisco et ils collaborent avec les services municipaux. La police de San Francisco fait appel à eux pour examiner un corps carbonisé qui lévitent à un peu plus d'un mètre du sol. L'équipe qui répond à cette demande est constituée de Cyclops, Beast, Emma Frost, Storm, Wolverine et Armor (Hisako Ichiki). En se servant de leurs pouvoirs, les X-Men déterminent que la victime a été assassinée par le tueur qu'elle poursuivait. Qui plus est, Hank McCoy découvre que le cadavre est celui d'un mutant qui ne fait pas partie des 198 recensés suite à M Day. La suite de leur enquête les emmène en Inde dans une décharge à ciel ouvert d'un genre très particulier, puis en Chine dans une région encore plus particulière et pour finir dans le domaine d'un vieil ami.

Ce tome regroupe les épisodes 25 à 30 de la série "Astonishing X-Men", initialement parus en 2008/2009. Cette histoire peut être lue indépendamment des tomes précédents. Il ne comprend pas les 2 épisodes spéciaux "Astonishing X-Men : ghost boxes" 1 & 2 qui sont présents dans l'édition VO.

Après la conclusion catastrophique et ridicule des épisodes de Joss Whedon et John Cassaday (dans Invincible), les éditeurs de Marvel confie cette série des X-Men à Warren Ellis qui sait que ses épisodes seront illustrés par Simone Bianchi, illustrateur atypique déjà remarqué dans la minisérie du Shinning Knight dans Seven Soldiers of Victory - Étranges aventures, et dans une histoire de Wolverine (Évolution).

Pour mettre en valeur cet illustrateur, Warren Ellis concocte une histoire sur mesure en ayant recours à son dispositif de prédilection : les univers parallèles (utilisés avec brio dans Authority et Planetary). Il construit son récit sur la base d'une enquête pour déterminer l'identité du défunt, celle de son meurtrier et leurs intentions réciproques. Ce moteur confère une dynamique très efficace aux péripéties. Pour ma part, j'ai été happé par ce récit et satisfait des différents rebondissements, ainsi que de la résolution finale. Il est également difficile de résister à la rouerie de Warren Ellis qui taquine gentiment l'importance toute relative de la continuité des X-Men en introduisant 2 nouvelles branches de mutants, mais sans pour autant se moquer.

Et puis, il y a les illustrations. Magnifique ! Je n'ai qu'un seul regret : que Marvel n'ait pas édité cet ouvrage dans un format plus grand. Simone Bianchi a bénéficié de tout le temps nécessaire pour peaufiner chaque case de chaque planche. Ses compositions de planches sont inventives tout en restant lisibles. Il personnalise l'apparence de chaque individu, à commencer par les X-Men, avec un sens esthétique très affirmé et un oeil pour le détail pertinent confondant de maîtrise. Ororo a droit à un costume qui combine sa majesté royale avec la sauvagerie des forces de la nature qu'elle peut déchaîner. Emma Frost a enfin une tenue hors de prix qui correspond à sa condition sociale et à ses charmes physiques, sans pour autant la faire ressembler à une prostituée bas de gamme. Quant aux détails, il faut lire ses pages pour contempler sa capacité à insérer des détails mémorables utilisés avec intelligence et parcimonie, pour qu'ils soient à la fois inoubliables, sans être lassant. Par exemple, Hisako enfile des pantoufles affublées d'un visage (gros yeux + bouche) à leur extrémité. Ce gag visuel n'est pas nouveau, mais ici il est exécuté avec une perspicacité surnaturelle. Non seulement le visage ainsi constitué au bout de chaque chausson présente un aspect visuel comique, mais en plus leur placement dans les 2 pages correspondantes décuple leur force comique.

Warren Ellis en grand professionnel a écrit plusieurs scènes pour mettre en valeur les points forts de Bianchi, en particulier des doubles pages dédiées aux paysages. J'ai cru être ramené à l'époque mythique de Métal Hurlant avec des illustrateurs devenus légendaires déployant les trésors de leur savoir faire pour retranscrire les mondes hallucinants créés par leur imagination débridée. Le spectacle offert propulse le lecteur dans un monde onirique pleinement abouti et parfaitement composé. Le niveau d'imagination et d'originalité propulse ces images dans la catégorie exceptionnelle des illustrations inoubliables. La puissance d'évocation de cet illustrateur est magnifiée par la technique qu'il utilise : le lavis. Il s'agit d'une technique de peinture consistant à n'utiliser qu'une seule couleur (à l'aquarelle ou à l'encre de Chine) qui sera diluée pour obtenir différentes intensités de couleur. Juste pour montrer qu'il n'est pas parfait, je ne comprends pas pourquoi il tient tellement à doter Wolverine de griffes qui sont plus longues que son avant bras dans lequel elles sont censées rentrer. Mais il s'agit d'un détail au regard de l'ensemble.

Ce tome bénéficie d'illustrations exceptionnelles pour une histoire originale, même si elle ne transcende pas les limites du genre. Pourvu que Panini publie l'association de Warren Ellis avec Phil Jimenez (Xenogenetic en VO).
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (5) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 13, 2014 8:28 AM MEST


Authority, The: The Magnificent Kevin
Authority, The: The Magnificent Kevin
par Garth Ennis
Edition : Broché
Prix : EUR 11,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Entre l'onanisme et la batte de baseball, il y a la tarte à la crème., 12 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Authority, The: The Magnificent Kevin (Broché)
Ce tome est le deuxième consacré au personnage de Kevin Hawkins, après Kev (épisode spécial, minisérie "More Kev" en 4 épisodes). Il contient les 5 épisodes de la minisérie "The magnificent Kevin", initialement parus en 2005/2006, écrits par Garth Ennis, dessinés et encrés par Carlos Ezquerra, mis en couleurs par David Baron.

Dans la première séquence, Kev est tranquillement en train de se masturber dans son lit, en imaginant une séquence (montrée au lecteur) avec sa chef, alors qu'un groupuscule de l'IRA s'apprête à investir sa chambre pour l'abattre par représailles. Sur le Carrier (le vaisseau voguant entre les dimensions du groupe de superhéros The Authority), les membres sont neutralisés les uns après les autres par une sorte de djinn les entartant, leur laissant une tarte à la crème inamovible sur le visage, les plongeant dans le coma. Seul Midnighter (un superhéros homosexuel et fier de l'être) en réchappe. Il se retrouve téléporté en Angleterre dans un endroit désolé, sans aucun superpouvoir, sérieusement blessé. Contre toute attente il demande au Boss d'Hawkins l'aide de ce dernier, ne faisant confiance qu'à Kev (homophobe et fier de l'être) pour l'amener à un hôpital spécialisé dans le traitement des superhéros. Dans la voiture, Midnighter (Lucas Trent) demande de lui raconter comment il en est venu à s'engager dans le SAS (Special Air Service).

Comme le laisse supposer la séquence d'ouverture, ce récit s'inscrit dans les histoires provocatrices, trashs et outrageantes de Garth Ennis, avec la volonté affichée de repousser les limites du politiquement incorrect. Cela n'empêche qu'il y ait une vraie histoire, et même plutôt deux. La première concerne l'irruption inexpliquée de ce djinn agressif dans la forteresse d'Authority. Cela déclenche l'enquête d'Hawkins en Angleterre, et le duo improbable et antagoniste qu'il forme avec Midnighter. Le suspens est de bonne facture, jusqu'à la résolution tout à fait satisfaisante. Cette facette de l'histoire n'apporte rien à la mythologie d'Authority, mais elle met en scène Midnighter avec un tranchant remarquable. La deuxième facette de l'intrigue réside dans la découverte du passé d'Hawkins et de quelques unes de ses missions. Le lecteur familier des œuvres d'Ennis retrouve avec plaisir l'un de ses thèmes favoris : la condition de servitude du soldat, au service d'un commandement aux objectifs discutables, que les circonstances obligeront à remettre en question. Pour cette deuxième facette, Ennis développe un point de vue élaboré sur la nécessite de refuser l'obéissance aveugle et de questionner l'autorité établie, l'absence de reconnaissance de l'autorité militaire pour les services rendus, l'inadéquation de la prise en charge des soldats souffrant de troubles dus au stress post-traumatique. Il n'hésite pas à inclure une action clandestine pendant les Troubles en Irlande.

Ces 2 facettes du récit (un peu raboutées de manière artificielle au début du récit) constituent déjà une histoire bien fournie et décapante. Mais il faut encore ajouter la personnalité décapante de Kevin Hawkins, et de ceux qui l'entourent. Tout le monde s'exprime dans des propos francs, vachards et dépourvus d'hypocrisie, avec force mots grossiers et dans un argot anglais savoureux et imagé. Hawkins a parfaitement conscience de sa condition de sous-fifre facilement remplaçable que sa supérieure méprise. Dans ce type de relationnel très vert, il n'hésite pas à lui demander (après avoir reçu sa nouvelle mission) si par hasard elle n'accepterait pas de lui faire une gâterie (entièrement conscient qu'elle souhaite avant tout qu'il ne revienne pas entier de cette mission). Il connaît la réponse avant de poser la question, mais c'est la seule forme de rébellion qui lui reste. Ce mode relationnel méchant et blessant augmente la dimension humoristique née des situations grotesques (les tartes à la crème), du duo qui ne se supporte pas (l'homosexuel fier de ses performances et l'hétérosexuel à la vie sexuelle plus fantasmée que réelle), des moments énormes à la Ennis (une corvée de latrines).

Pour la mise en image de ce récit outré, Ennis fait équipe avec Carlos Ezquerra, un vétéran du magazine "2000 AD" et de la série Judge Dredd, avec lequel il a souvent collaboré (par exemple The green fields beyond ou Just a pilgrim). Ezquerra utilise un style plutôt réaliste, un peu simplifié, sans rechercher l'exactitude ou la précision photographique. Pour ces 5 épisodes, il a disposé du temps nécessaire pour insérer des arrières plans spécifiques régulièrement, et concevoir des formes de visages particulières pour chaque personnage. Le résultat est de type descriptif, avec une bonne connivence vis-à-vis du scénario, en particulier visible dans les moments Ennis, tous mémorables sans reposer sur des images choc parce que trop explicites. Ezqerra s'avère doué pour dessiner l'expression juste au bon moment, savoir visible dès la première séquence dans laquelle Kev est en train de se palucher (pardon, de s'adonner à l'onanisme).

"The magnificent Kevin" fait partie des histoires de Garth Ennis qui comprennent plus d'humour qui tache que de drame, et le lecteur se surprendra à plusieurs reprises à arborer un franc sourire en réaction à un humour percutant débarrassé de toute hypocrisie, voire à rire à haute voix. Cela n'empêche pas le récit de mettre en scène un individu foncièrement humain, avec un fond moral bien caché mais réel, une homophobie réactionnaire assumée, et un passé de soldat complexe, faisant réfléchir. Ennis et Ezquerra ont à nouveau collaboré pour les aventures suivantes de Kevin Hawkins : A man called Kev (minisérie en 5 épisodes).
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 12, 2014 1:10 PM MEST


Crossed : Terres maudites : Tome 2
Crossed : Terres maudites : Tome 2
par Collectif
Edition : Album
Prix : EUR 16,63

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Les Crossed, entre tueurs sadiques génériques, et incarnation du mal, 11 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Crossed : Terres maudites : Tome 2 (Album)
Ce tome fait suite à Terres maudites 1 (épisodes 1 à 9) qui comprenait 2 histoires indépendantes. Pour mémoire, le concept des "Crossed" a donné naissance à une deuxième série prépubliée sur le site internet d'Avatar, puis en recueil à commencer par Wish you were here et scénarisée par Simon Spurrier. Le présent tome comprend également 2 histoires indépendantes : "Foie jaune" (épisodes 10 à 13 (scénario de David Lapham, dessins et encrage de Jacen Burrows), "La route dorée" (épisodes 14 à 18, scénario de David Hine, dessins et encrage de George Duarte pour l'épisode 14, d'Eduardo Vienna pour 15 à 18).

"Foie jaune" - Edmund Winckenthorp est un jeune lâche, faible (et parfois même fourbe), méprisé par tous ses camarades lycée pour sa couardise, à tel point qu'ils l'ont surnommé "foie jaune" (en anglais "yellow belly"). Il a une tendance marquée à fantasmer sur les filles, sans aucun espoir de trouver le courage de parler à l'une d'entre elles. Le soir de la remise de son diplôme, son père l'autorise à conduire la voiture de la famille. Avec son père et son frère, ils se rendent dans la ville d'à coté pour aller au cirque, voir en particulier les monstres de foire (dont un très impressionnant, enchaîné, mordant à pleine dans un serpent), et les numéros d'acrobaties (Edmund se tape une fixette sur la petite culotte et le fessier de l'écuyère acrobate). Un zombie arrive et commence à mordre les gérants du cirque. La panique peut commencer.

Jusqu'ici, David Lapham était détenteur du titre de scénariste du récit le plus immonde de la série avec l'éprouvant Psychopathe, et le personnage d'Harold Lorre (qui fait une courte apparition dans "Yellow belly"). Lapham avait su inventer des récits très, très noirs dans lesquels les atrocités des Crossed avaient une fonction narrative qui dépassait le simple effet de choc. Dans la présenté histoire, il propose de suivre les tribulations d'Edmund, un lâche que cette capacité rend particulièrement apte à la survie. Lapham en fait un individu un peu pathétique, à défaut d'être vraiment antipathique, avec un instinct de survie chevillé au corps. L'histoire montre que l'attitude d'Edmund est la plus pertinente face aux Crossed, toujours aussi avides de chair fraîche et d'actes sexuels contre nature. Les différents groupes essayant d'anéantir ce début d'infestation sont mordus, et assaillis par tous les trous, sans espoir d'en réchapper.

Jacen Burrows a conservé le même style de dessin : des contours de forme au trait fin et égal, une approche réaliste et une réelle implication pour trouver des perversions visuelles inventives, pour dessiner la tripaille et faire gicler le sang. Il a fait des progrès en ce qui concerne les visages, tous les personnages se reconnaissent au premier coup d'œil. Il reste quelques décors parfois sacrifiés.

Et pourtant la mayonnaise ne prend pas. Malgré l'horreur indicible que représentent les Crossed, il aurait pu s'agir d'une autre forme d'horreur, l'histoire n'en aurait pas été changée. Chaque acte barbare semble gratuit, sans conséquence directe sur Edmund, si ce n'est d'aiguiser encore plus ses capacités de fuite. Sans devenir générique, les Crossed perdent tout rapport de signification avec le personnage principal. Du coup, le lecteur assiste aux scènes immondes de boucherie comme s'il s'agissait d'éléments du décor. Et là, le résultat devient simplement racoleur, dans la pire acceptation du terme, en faisant appel aux pires instincts de voyeur du lecteur. Même la fin très sarcastique ne permet pas de sauver le récit. Même la courte apparition glaçante d'Harold Lorre ne rachète pas la gratuité de cette violence sadique, dépravée et malsaine. 1 étoile.

-
"La route dorée" - Gideon Welles est un auteur salué par la critique pour ses romans jusqu'au-boutistes. Tous les ans il organise une sorte de séminaire pour talents prometteurs, dans sa résidence privée de Samarkand, à proximité de Stableford dans le Wisconsin. Les membres de plusieurs habitants présentent des moignons suite à amputation, après accident à la ferme. Welles a mis en lumière qu'il s'agissait de courageuses arnaques : ces automutilations permettant d'empocher une somme rondelette de l'assurance, les mettant à l'abri du besoin. Cette année il a convié 8 jeunes adultes dont les premiers écrits (surtout des critiques) révèlent une volonté de refuser l'hypocrisie des bonnes manières, et de la société en général. Clooney a été sélectionné, ainsi que sa copine Tabitha. Avant de partir, un de leurs amis les prévient que ce séminaire repose sur la lecture de plusieurs ouvrages classiques et polémiques : Le Masque de la mort rouge d'Edgar Allan Poe (1842), Histoire d'O de Pauline Réage (1954), et Les 120 journées de Sodome de Donatien Alphonse François de Sade (1785). En outre, il est de notoriété publique que Welles organise des orgies et qu'il se vante d'avoir forniqué avec toutes les participantes à ses séminaires. Le séminaire débute par un discours de cadrage de Welles, et l'obligation pour chaque participant de se conduire selon un profil psychologique établi par Welles. Clooney sera le trouillard du groupe, Tabitha l'allumeuse. Pendant ce temps, à Stableford, un train arrive avec sa cargaison de Crossed.

Par comparaison avec la première histoire, il est visible que David Hine avait plus d'idées que Lapham pour un récit avec jeu de miroir entre le comportement abject des Crossed, et les manipulations de Welles pour supprimer les couches d'hypocrisie et parvenir à l'essence bestiale de chaque individu. Les références littéraires montrent aussi bien l'intention d'Hine, que ses limites dans sa capacité à retranscrire la forme et le fond de ces romans. La mise en abyme introduite par le jeu de rôles fait long feu et dès le deuxième épisode, il est acquis que les personnages ne jouent plus un rôle. Welles avait saisi l'essence de leur personnalité, sans aucune erreur. Chaque invité se conforme rapidement aux exigences de son rôle jusque dans les transgressions les plus avilissantes, sans forme de rébellion (sauf pour Clooney). En ça, Hine n'arrive pas à dépasser l'attente du lecteur sur cette situation. Pour le reste il s'avère plutôt convaincant, montrant à quel point l'individu est un animal vivant en société, doté d'un bon instinct de survie, le plaçant encore loin des Crossed. Clooney réussit à acquérir un peu de personnalité et les épreuves d'avilissement préparées par Welles sont imaginatives. Il s'agit d'un thriller horrifique qui ne se contente pas de rester à la surface de l'horreur et du gore.

Le récit est bien servi par les dessins d'Eduardo Vienna, un peu moins par ceux de Duarte qui a du mal avec les expressions des visages et l'anatomie (il ne réalise qu'un seul épisode sur 5). Duarte a quand même le temps de s'amuser un peu en donnant le visage de Grant Morrison à Gideon Welles. Comme les invités de Welles, Vienna s'implique dans ses dessins, au-delà des conventions habituelles des comics. Il s'est investi dans la représentation de la cervelle qui gicle, et des chairs déchirées. Il utilise un style réaliste un peu simplifié, mais avec un sens du détail qui tâche. À nouveau les exactions des Crossed font frémir, et ne permettent pas de se rincer l'œil sans arrière pensée. À nouveau leurs actes sont transgressifs, abjects, et insupportables (il ne s'agit plus d'une collection de clichés devenus inoffensifs). Vienna implique son lecteur par le niveau de détail et la mise en scène réaliste.

David Hine n'a peur de rien en se référant au Marquis de Sade, et à Edgard Allan Poe. Il n'atteint pas leur niveau d'imagination et de talent, mais il raconte une histoire dans laquelle les Crossed ne sont pas qu'une menace générique juste plus immonde, avec un personnage principal étoffé et crédible. Le premier épisode installe bien l'histoire, même si les dessins de Duarte sont parfois branlants dans leurs proportions. Les 4 épisodes suivants disposent de visuels transmettant l'horreur des perversions de façon brutale, sans non plus renouveler le genre. 4 étoiles.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 12, 2014 9:32 AM MEST


Daredevil by Mark Waid Volume 4
Daredevil by Mark Waid Volume 4
par Mark Waid
Edition : Broché
Prix : EUR 12,90

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Daredevil perd la tête., 11 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Daredevil by Mark Waid Volume 4 (Broché)
Ce tome fait suite à Daredevil - Volume 3 (épisodes 11 à 15). Il contient les épisodes 16 à 21, initialement parus en 2012/2013, écrits par Mark Waid, dessinés et encrés par Chris Samnee, avec une mise en couleurs de Javier Rodriguez, sauf l'épisode 17 dessiné et encré par Mike Allred et mis en couleurs par Laura Allred.

Épisode 16 - Daredevil est revenu dans un état second de son aventure en Latvérie. Il bénéficie d'une intervention médicale d'un genre particulier : Ant-Man (Hank Pym) s'introduit dans son cerveau pour faire le ménage. Épisode 17 - Foggy Nelson met Matt Murdock devant ses responsabilités. Le crâne de Joe Murdock se trouvait dans le tiroir du bureau de Matt Murdock, alors que ce dernier n'en garde aucun souvenir. Nelson renvoie Murdock et fait supprimer son nom de leur cabinet d'avocats, estimant qu'il est devenu bon pour l'internement. Épisodes 18 à 21 - Son jugement de valeur ne s'arrange pas quand Matt l'appelle en pleine nuit pour lui demander de l'aide parce que Milla Donovan est dans son lit, au lieu d'être dans sa cellule à l'asile. Et pourtant Foggy lui demande son aide pour un cas dans lequel une infirmière est accusée d'avoir tué son employeur (un responsable d'une branche du crime organisé) dans un cas de chambre close.

Avec le premier épisode de ce tome, le lecteur se dit que Mark Waid tire à la ligne. L'intervention d'Ant-Man est certes un hommage au film L'Homme qui rétrécit (1957) et à l'épisode 93 des Avengers (novembre 1971) dessiné par Neal Adams (voir Kree/Skrull war), mais son exécution laisse à désirer. À nouveau Waid et Samnee s'amusent avec les représentations du sens radar de Daredevil, mais Ant-Man évolue dans des corridors où il peut respirer à l'air libre (= aucun fluide dans le cerveau de Murdock, c'est rempli de courants d'air entre ses 2 oreilles). Les bestioles à dégommer sont désorganisées au possible et Ant-Man défouraille à tout va sans se soucier des lésions qu'il pourrait causer à la matière grise de Matt. À la fois sur le plan visuel et sur le plan narratif, cet épisode confond hommage aux aventures d'antan, avec scénario infantile et dessins en rajoutant à l'absurdité de l'histoire, au lieu d'apporter une vision cohérente à défaut d'être plausible. Le deuxième épisode poursuit dans cette lignée, avec un incident du passé dans lequel le manque de confiance entre Murdock et Nelson a conduit à une brouille, entrecoupé par un combat contre Stiltman (l'homme échasse), et le test d'un appareil permettant de redonner le sens de la vue à Murdock pour quelques minutes. D'un côté l'approche visuelle d'Allred est plus cohérente que celle de Samnee et plus savoureuse, avec son côté rétro et décalé, gentiment moqueur vis-à-vis d'un personnage comme Stiltman. De l'autre, Waid semble pour partie lancé sur une bonne direction (une narration à la manière des comics optimistes et décontractés du début des années 1960), et pour partie à nouveau à côté de la plaque avec cette invention futuriste qui permet à Matt de visualiser le dernier combat de son père et d'en projeter les images sur un écran, alors qu'il avait déjà perdu la vue lors de ce combat.

C'est donc avec un niveau d'espoir très bas que le lecteur se lance dans la suite de l'histoire. Contre toute attente, Mark Waid et Chris Samnee retravaillent en phase pour un récit cohérent, intelligent, plein de suspens et de surprises, avec une utilisation pertinente d'événements survenus dans des épisodes précédents. D'un côté, Matt Murdock semble avoir perdu les pédales, agir de manière irraisonnée, oublier ce qu'il a fait quelques minutes auparavant ; de l'autre il y a ces 2 meurtres aux circonstances inexplicables. Mark Waid plonge son personnage dans une grande perplexité, et le lecteur dans le doute, l'obligeant à s'interroger sur ce qui est à prendre comme argent comptant et ce qui relève d'affabulations de Murdock. Il joue avec habilité sur les relations entre Nelson et Murdock, et sur l'apparition déconcertante de Milla Donovan, sans en abuser, sans tirer sur la corde. Il introduit Coyote, un criminel à la fois original et familier, aux motivations à la fois fondées et bizarres. Il conçoit des scènes visuelles qui permettent à Chris Samnee de bien s'amuser.

Samnee dessine dans un mode descriptif avec un fort niveau de simplification, pour évoquer en apparence les dessins plus simplistes des années 1960. Toutefois, les tenues vestimentaires et les décors relèvent d'une représentation moins simpliste que celles des années 1960, plus conforme à la réalité de ce qui est représenté (par exemple la structure d'un hangar plus détaillée que juste 3 poutres dessinées à la va-vite, sans compréhension de leur assemblage ou de la manière dont elle supporte la toiture). Il représente les arrières plans avec une grande régularité, nettement supérieure à ce qui se pratiquait dans ces années là. Sous des apparences parfois infantiles, les dessins de Samnee comportent en fait une bonne densité d'information et une représentation de la réalité pas si naïve que ça.

À plusieurs reprises, le lecteur peut apprécier la complémentarité entre Waid et Samnee pour des passages qui coulent tout seul, malgré les éléments narratifs délicats. Par exemple Daredevil range sa canne grappin dans son fourreau attaché à sa cuisse dans une page, mais alors qu'il s'est élancé dans le vide depuis un immeuble 2 pages plus loin, l'étui est vide. La complémentarité entre le texte et les images induit le doute chez le lecteur de ce qu'il doit tenir comme factuel et de ce qui relève du désordre psychologique de Daredevil. Loin de paraître pataude, cette séquence atteint son objectif de manière admirable, en toute discrétion. Dans l'épisode 20, Waid se lâche franchement avec une tête parlante séparée de son corps toujours vivant. Le mélange de naïveté superficielle et de logique visuelle bien conçue permet à Samnee de représenter cette situation digne d'une série Z fauchée, de manière à ce qu'elle s'intègre dans la logique du récit, sans paraître débile. Samnee a dû être particulièrement à l'aise avec ce scénario puisqu'il s'est même amusé à glisser un clin d'œil au film The human centipede, dans la situation finale du supercriminel, alliant une horreur visuelle évoquant Steve Ditko, à un second degré franc et drôle.

Alors que les 2 premiers épisodes de ce tome semblent se vautrer dans l'hommage (raté, risible et idiot) aux comics des années 1960, les 4 épisodes suivants constituent une aventure en bonne et due forme, alliant cette saveur rétro, avec un savoir faire moderne, des clins d'œil respectueux et inventifs, avec un scénario retors et haletant.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 12, 2014 9:33 AM MEST


Clair-obscur
Clair-obscur
par Kathryn Immonen
Edition : Relié
Prix : EUR 14,73

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Envoûtant & interprétable, 10 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Clair-obscur (Relié)
Il s'agit d'une histoire complète et indépendante, d'abord publiée sous la forme de webcomic, puis sus format papier pour la première fois en 2010.

L'histoire s'ouvre sur une femme assise sur une chaise qui attend sagement que quelqu'un vienne l'interroger. Il y a pour tout ameublement une table nue et 2 chaises. Un homme entre, il porte un plateau avec une carafe et 2 verres. Il sort et un autre homme entre apportant une liasse de feuillets qu'il pose sur la table. Les feuillets s'envolent vers le haut. La scène change pour un retour en arrière. Dans une gare parisienne, 2 femmes se sont leurs adieux. Il est évident qu'elles sont liées par les liens du sang et que celle qui part usurpe l'identité de sa soeur pour bénéficier de ses papiers en règle. L'histoire se déroule pendant la seconde guerre mondiale à Paris, sous l'occupation. Une personne pénètre dans la pièce de la première scène pour interroger la jeune femme. Il apparaît qu'elle est une conservatrice de musée qui fait tout son possible pour que les oeuvres d'art du musée où elle travaille ne disparaissent pas et soient pas emmenées par l'occupant allemand. De son coté, l'officiel allemand tente de comprendre comment sont gérées ces œuvres d'art, afin de pouvoir rapatrier les plus pertinentes en Allemagne. Il s'en suit une partie de cache-cache, d'affrontement de volonté et même confrontations de convictions.

L'éditeur Top Shelf est spécialisé dans les comics qui sortent de l'ordinaire et dont les auteurs ont une certaine ambition littéraire (ou autre). J'ai donc été assez surpris de voir apparaître un récit des époux Immonen dans leur catalogue. Madame (Kathryn) s'est plutôt fait connaître en écrivant des séries de superhéros (par exemple une aventure des Runaways Homeschooling en VO, ou une aventure de Wolverine & Jubilé, ou de Pixie) et son époux (Stuart) en les dessinant (par exemple les New Avengers de Bendis dans Siège ou les Nextwave de Warren Ellis). Ici, aucun superhéros et un récit très ambitieux en termes de narration qui s'adresse à des adultes prêts à faire un effort de lecture.

Pour commencer, les illustrations de Stuart Immonen n'ont rien à voir avec le style qu'il emploie pour les histoires de superhéros. Ici il utilise une approche très dépouillée et stylisée et il utilise le noir & blanc. Les visages se rapprochent du simplisme des smileys (à l'opposé du photoréalisme). Il y a un simple trait pour chaque sourcil et un simple point pour figurer l'œil. Malgré cette approche minimaliste, les expressions des visages traduisent des sentiments complexes. Chaque personnage dispose d'une morphologie qui le rend unique et tous les visages sont distincts les uns des autres. Stuart Immonen fait preuve d'une grande maîtrise formelle dans chacune de ses illustrations et dans la composition de ses planches. Il n'a recours qu'à des formes géométriques les plus simples possibles, avec des à-plats de noir massifs qui mangent parfois les visages. Son style oscille entre des personnages rendus à la manière d'Hergé, des décors (en particulier les rues de Paris) qui évoquent parfois le travail de Tardi, et des cases qui s'approchent de l'abstraction par l'utilisation de formes géométriques pour l'ombre qui mange les détails tout en faisant apparaître de singulières compositions. L'ensemble de ces approches graphiques s'amalgame harmonieusement pour un résultat d'allure trompeusement simple et très facile à lire. Il s'en dégage une ambiance noyée dans les zones d'ombre, qui convient parfaitement à ce récit sophistiqué.

Kathryn Immonen construit son récit sur 2 temps différent : celui de l'interrogatoire et celui des retours en arrière qui éclairent peu à peu les circonstances. Tout n'est pas explicite et il appartient au lecteur de relier les points du récit entre eux, ainsi que de déduire les motivations des personnages à partir des dialogues. L'enjeu relatif aux œuvres d'art des musées parisiens correspond à une réalité historique de la période retenue (la seconde guerre mondiale). Mais l'enjeu de la partie qui se joue entre Ila Gardner (la conservatrice) et Rolf Hauptman (l'officier allemand) ne se limite pas à la conservation de ses éléments patrimoniaux. L'un comme l'autre, ils sont confrontés à l'absurdité de leur situation et à la perte de repère quotidien du fait de la guerre. En particulier, Ila Gardner constate chaque jour la disparition arbitraire des individus qu'elle a l'habitude de côtoyer, tel que son boulanger. Cette réalité mouvante contraint les individus à remettre en question le sens de leurs actions, le sens de leur vie. Immonen emmène le lecteur vers un questionnement philosophique (s'apparentant au point de vue de Martin Heidegger) tout en restant dans le registre d'une histoire simple. Et puis, au fur et à mesure que l'affrontement des convictions des 2 personnages avance, il apparaît que la question du classement des œuvres d'art peut se transposer à celui des humains imposé par le nazisme.

Je ne m'y attendais pas : à partir d'un récit tout simple et d'illustrations toutes simples, les époux Immonen emmènent leur lecteur au travers d'interrogations existentielles complexes. Il n'y a pas à proprement parler de résolution dans ce récit, il s'agit plus d'un voyage qui transforme les personnages principaux. La guerre n'est qu'un danger diffus de tous les jours ; il n'y pas de méchants soldats nazis caricaturaux. Il y a des circonstances extraordinaires qui font perdre leurs repères et leur cadre de référence à des individus normaux.
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Amazing Spider-Man - Volume 10: New Avengers
Amazing Spider-Man - Volume 10: New Avengers
par J. Michael Straczynski
Edition : Broché
Prix : EUR 11,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Bienvenue chez les Avengers, 10 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Amazing Spider-Man - Volume 10: New Avengers (Broché)
Ce tome fait suite à Skin deep (épisodes 515 à 518). Il contient les épisodes 519 à 524, initialement parus en 2005. Les scénarios sont de Joe Michael Straczynski (en abrégé JMS), les dessins de Mike Deodato et l'encrage de Joe Pimentel, aidé par Tom Palmer pour les épisodes 521 et 522. Ces épisodes ont été réédités dans Amazing Spider-Man by JMS - Ultimate collection book 4.

Suite aux événements du tome précédent, Peter Parker accepte la main tendue par les Avengers, en la personne de Tony Stark (Iron Man) qui invite Peter, sa femme Mary Jane et sa tante May à résider dans le manoir des Avengers (enfin à l'époque, il s'agit plutôt de leur tour). En effet, Spider-Man a été intégré peu de temps auparavant dans l'équipe (voir Breakout) et il leur a révélé son identité secrète comme forme de preuve de confiance. Les autres Avengers résidents sont Steve Rogers Captain America, Jessica Drew (Spider-Woman), Logan (Wolverine), et Luke Cage. Alors que Mary Jane, May et Peter Parker essayent de s'adapter au luxe de ce quartier général (il y a même un majordome pour les servir : Edwin Jarvis), une nouvelle incarnation d'Hydra se manifeste, déployant 4 répliques de superhéros (Thor, Captain America, Hawkeye et Iron Man) qui commettent des cambriolages d'envergure. La première représentation de la pièce de théâtre dans laquelle joue Mary Jane approche. Sa nouvelle forme de célébrité attire Vincent Chambliss un paparazzi particulièrement collant et détestable.

En 2005, l'éditeur Marvel décide de bouleverser le statu quo de son équipe des Avengers, en y intégrant ses personnages les plus vendeurs : Wolverine et Spider-Man (prenant ainsi exemple sur DC Comics dont la Justice League rassemble ses personnages les plus connus, à commencer par Batman et Superman). Il confie la série à un scénariste prometteur : Brian Michael Bendis. Devant cet oukase éditorial, JMS ne se déballonne pas : il intègre la situation en l'état et rend compte des changements induits dans la vie de Peter Parker, en ayant intelligemment préparé le terrain dans le tome précédent.

Le lecteur se trouve donc aux côtés de Peter Parker, alors qu'il entre par la grande porte dans le monde Avengers. En lisant cette histoire avec le recul des années, le lecteur se rend compte que JMS écrit un récit combinant la suite de la vie de Peter, avec une aventure des Avengers écrite à la manière de Bendis. Ce deuxième aspect est particulièrement flagrant quand JMS s'essaye à l'écriture de dialogues vifs et de réparties qui fusent, spécialité de Bendis. Le résultat tombe à plat, faute du rythme si particulier propre à Bendis. Il lui faut également concocter un défi qui soit à la mesure des Avengers. JMS a recours à des opposants peu originaux : un groupe terroriste aux costumes hérités des années 1960, basé sur un vague idéal nazi, tentant de se remettre en selle après moult échecs. Il est là aussi possible de détecter l'influence de Bendis capable d'écrire des épisodes détendus en tournant en dérision des ennemis ayant testé à de nombreuses reprises que le ridicule ne tue plus. Ces 4 décalques de superhéros manquent d'originalité (dispositif narratif usé jusqu'à la corde) et tire le récit vers le bas avec leur couleur verdâtre assortie à celle des costumes d'Hydra, et leur emblème en forme de pieuvre (ne parlons pas des responsables en civil qui portent une chevalière avec le même emblème, une discrétion à toute épreuve).

En bref, le lecteur se retrouve avec une intrigue déjà vue de nombreuse fois, dans laquelle Spider-Man doit découvrir la nature de l'action terroriste fomentée par Hydra, et la déjouer avant que le pire ne se produise. Toutefois, JMS intègre quand même une idée originale avec l'aquifère d'Ogallala que Peter identifie en se souvenant d'un cours de géographie. Il y a là une évocation brève et unique de l'importance de l'éducation dans la vie de ce héros. JMS continue également de développer le thème de l'individualité des hommes de main, avec ce pauvre soldat d'Hydra qui souhaite sauver ses parents de l'épidémie qui s'annonce.

Malgré cette intrigue dépourvue d'originalité, JMS ne rate pas complètement son récit. Ces lourdeurs sont compensées par la mise en scène des réactions de Mary Jane, May et Peter à leur nouvelle situation. JMS décrit avec justesse leur phase d'adaptation : l'insécurité de Peter qui cherche à tout prix à prouver sa valeur à ses coéquipiers, tante May qui prend sa part d'intendance sans s'en laisser compter (même par Logan), et Mary Jane qui gère sa notoriété avec une grande lucidité. Ce dernier point procure à nouveau l'occasion pour JMS de glisser quelques anecdotes qui sentent le vécu sur les travers du monde du spectacle (du trac incapacitant avant l'entrée en scène, aux paparazzis). JMS se révèle un excellent conteur pour montrer une mission des Avengers du point de vue de Peter Parker. Ses 2 personnalités (civile et costumée) sont de mieux en mieux intégrées, de nombreuses scènes montrant Parker (sans masque) plaisanter comme Spider-Man, et Spider-Man réfléchir comme Peter. JMS parsème ces 6 épisodes de nombreux moments perspicaces et pénétrants sur les personnages, que ce soit May Parker réagissant à la présence de Captain America, ou ce dernier voyant Spider-Man emporté par une fusée comme Bucky le fut des années auparavant.

Ces 6 épisodes sont à nouveau dessinés par Mike Deodato, avec le même encreur Joe Pimentel. Deodato conserve son style réaliste, un peu moins détaillé que dans ses premiers épisodes, avec un éclairage moins contrasté que d'habitude. Le lecteur peut même constater que Deodato semble aller de plus en plus vite pour dessiner au fur et à mesure des épisodes, sacrifiant des arrières plans, photocopiant une case de ci de là, réalisant des visages un peu grossiers. Il éprouve même quelques difficultés à établir une logique dans l'apparence des superhéros, Captain America étant beaucoup plus musculeux que Luke Cage. Les pages ne perdent rien en lisibilité ou en vivacité, mais la sensation d'immersion diminue d'intensité. Il semble aussi en panne d'inspiration pour une ou deux mises en scène. En particulier lorsque Spider-Man pénètre dans la base secrète d'Hydra à partir d'une pièce située dans les étages d'un immeuble, cela n'empêche pas l'existence d'un escalier dérobé taillé dans la roche menant de ladite chambre aux sous-sols. Plus étrange, une fois parvenu dans les pièces secrètes souterraines, Spider-Man ne retrouve plus la sortie pour s'échapper (celle par laquelle il est venu), sans raison apparente ou compréhensible. Dans la mesure où Joe Pimentel réalise un encrage manquant singulièrement de finesse, tous ces petits défauts finissent par donner des images plus fonctionnelles qu'inspirées.

En 2005, intégrer Spider-Man dans les Avengers est une démarche contre-nature, 100% commerciale, 0% conforme au personnage. Dans cette histoire, Straczynski propose au lecteur de constater que la période d'adaptation de Peter Parker n'a rien d'évident et que l'ajustement n'est pas simple, mais qu'il n'est pas inimaginable. Il réussit bien cet aspect de son histoire. Par contre il se repose sur une intrigue anémique pour justifier l'implication des Avengers dans un conflit stéréotypé au-delà de toute mansuétude du lecteur. JMS dispose d'assez de métier et de savoir faire pour faire passer ses audaces les plus iconoclastes (le rapprochement entre May et Jarvis qui n'a rien d'idiot d'un point de vue émotionnel). Avec le recul des années, il est assez ironique et presque pervers de lire ces scènes en ayant à l'esprit la véritable nature de ce Jarvis (et de Spider-Woman / Veranke), voir Secret invasion. JMS concocte l'architecture de la phase suivante des aventures de Spider-Man (en 12 épisodes) : The other (épisodes 525 à 529, "Friendly neighborhood Spider-Man" 1 à 4, et "Marvel knights Spider-Man" 19 à 22.
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303 : Les plaines d'Afghanistan
303 : Les plaines d'Afghanistan
par Garth Ennis
Edition : Album
Prix : EUR 13,30

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 La guerre : une fatalité impossible à éradiquer, 9 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : 303 : Les plaines d'Afghanistan (Album)
Ce tome regroupe les 6 épisodes d'une histoire complète et indépendante de toute autre, initialement parus en 2004/2005 et publiés par Avatar Press. L'histoire est écrite par Garth Ennis, dessinée et encrée par Jacen Burrows et mise en couleurs par Greg Waller et Andrew Dallhouse.

La première moitié du récit (épisodes 1 à 3) se déroule dans les montagnes d'Afghanistan. Un colonel russe mène une petite troupe soldats des forces spéciales pour une mission de repérage d'un avion américain s'étant écrasé. Il sait que cet accident a également attiré l'attention des anglais qui essaye aussi d'arriver les premiers sur les lieux du crash. Il s'agit d'une course pour récupérer ce que contenait cet avion, et il faut y arriver avant que les américains ne viennent faire disparaître toute trace de ce vol compromettant.

La deuxième partie du récit (épisode 4 à 6) se déroule sur le sol étatsunien, dans un désert proche de la frontière mexicaine. Sam Wallace, le shérif du coin, constate le décès d'un clandestin mexicain, employé de manière illégale dans l'abattoir de la région dont le responsable exploite cette main d'œuvre bon marché. Non loin de là, le colonel russe est hébergé dans le camp de fortune des clandestins, se remettant lentement d'une jambe cassée, soignée par le médecin de fortune du camp.

Avatar Press est une petite maison d'édition qui publie des récits souvent gores ou ultra-violents d'auteurs ayant toute liberté de création. Ici, Garth Ennis (grand connaisseur des conflits du vingtième siècle) a décidé de raconter une histoire en 2 parties, mettant en scène un vétéran de plusieurs guerre, sans beaucoup d'états d'âme (même s'il lui arrive parfois d'imaginer les cadavres des gens qu'il a tué, soldats comme civils), un professionnel disposant d'un degré d'expertise exceptionnel acquis par des années de pratique sur différents champs de bataille. Dans la première partie, Ennis expose de manière clinique le déroulement de la mission, l'affrontement entre russes et anglais, tout en mettant en scène l'expérience du colonel russe, au travers des ordres et des conseils qu'il donne à sa poignée de soldats, et au travers de son propre comportement dans cet environnement propice aux embuscades. Il développe un thème sur lequel il reviendra à plusieurs reprises : le fait que les nations du monde se sont bâties et développées sur le sang versé par d'innombrables soldats tués au cours de guerre de conquête. Il montre l'absence totale d'honneur et de mérite de cet affrontement sans témoin, sans gloire, pour récupérer quelque chose dont la valeur reste à prouver. Le colonel russe se comporte en professionnel accomplissant sa mission en expert, mais sans implication émotionnelle. Il fait son travail en se comportant comme une mécanique bien huilée, sans en retirer aucun plaisir (à tuer son opposant pour assurer sa propre survie), un métier qui consiste à atteindre son objectif aux dépends de la vie de ses ennemis (et de ses propres soldats). L'action est prenante. Le lecteur n'a pas la latitude d'éprouver de l'empathie pour cet homme froid, dépassionné, au comportement fonctionnel et efficace, ne tirant aucun plaisir, ni aucune satisfaction dans la tâche accomplie. La survie est la seule récompense, aussi primaire que vitale, la seule chose qui en fasse un être vivant.

Le début de la deuxième partie déconcerte par l'importance de la place accordée à Sam Wallace. Le lecteur apprend en cours de route qu'il s'agit d'un ancien militaire revenu à la vie civile. Ennis oppose donc la vie du colonel qui a embrassé une carrière militaire de terrain, à celle de Wallace qui a abandonné la tenue kaki pour revenir à la vie civile. Autant l'attitude du colonel montre l'inanité et la futilité de sa vie professionnelle, autant le comportement de Wallace montre que son métier de shérif est tout aussi générateur de frustration et tout aussi inefficace pour changer le monde, ou tout du moins y apporter un peu d'amélioration.

Au milieu de ces thématiques très noires, Ennis enfonce le clou avec plusieurs évocations de conflits, et de morts de soldats, de civils, de massacres de peuples, dont une séquence onirique glaçante dans ce désert américain. À la première lecture, la mission finale du colonel russe peut sembler grossière et d'un symbolisme idiot (comme s'il suffisait d'abattre cette cible pour résoudre quoi que ce soit, ou même pour obtenir une vengeance). Mais une prise de recul permet de comprendre que l'objectif du colonel tenait autant de la vengeance que de la perpétuation de la guerre, conséquence logique de l'assassinat de sa cible. Ennis augmente encore d'un cran la noirceur du récit en enfonçant le clou : le savoir faire d'un soldat, son champ d'expertise, c'est de tuer l'ennemi, de donner la mort, de faire la guerre, voire de l'entretenir. La guerre est le métier du colonel russe, et il est expert dans sa partie, d'une efficacité sans faille, il donne la mort comme personne. Il est un des agents et des moteurs de la guerre.

Avatar a confié la mise en image de ce récit noir et sans espoir, à Jacen Burrows, un dessinateur ne travaillant que pour cet éditeur. Il avait auparavant dessiné Dark blue (2000, en VO) et Scars (2002/2003, en VO) de Warren Ellis, et "The courtyard" (2003, réédité dans Neonomicon) une adaptation d'un texte d'Alan Moore. Jacen Burrows réalise tous les contours des personnages comme des éléments de décors, en utilisant un trait assez fin, d'une épaisseur constante, sans variation qui transcrirait des reliefs ou une profondeur de champ, et sans presqu'aucun aplat de noir. Il revient donc aux metteurs en couleurs d'intégrer les notions de reliefs et de luminosité par le biais de variations de teintes dans les couleurs. Ils font preuve d'habilité dans le choix de leurs couleurs pour privilégier une teinte qui instaure l'ambiance de chaque scène. Par contre, malgré un outil informatique performant, ils n'arrivent pas à transcrire les volumes, répétant systématiquement les mêmes répartitions de couleurs, indépendamment des sources lumineuses (défaut particulièrement criant dans la manière de disposer les touches blanches sur les montagnes). Ils réussissent dont à nourrir les contours établis par Burrows, sans pallier l'absence de volume ou de relief.

En 2004/2005, Burrows est encore un dessinateur avec peu d'expérience et cela se ressent dans la qualité de ses dessins. Son découpage des séquences est très lisible et le trait fin uniforme assure une lecture rapide et une compréhension immédiate de chaque case. Au-delà de ces qualités, ces dessins restent très fonctionnels, sans qualité esthétique, sans nuances. Les expressions des visages sont toutes caricaturales, ne rendant compte que de 3 émotions (visage fermé indéchiffrable, surprise/étonnement, visage détendu sans émotion particulière). Au-delà des actions et des mouvements, le lecteur se retrouve dans l'impossibilité d'éprouver quelque émotion que ce soit pour les personnages qui eux-mêmes n'expriment rien. Burrows n'a aucune notion de langage corporel dans cette histoire. Ce manque de savoir faire aboutit à des images qui finissent par relever de l'amateurisme, le pire étant atteint pour le dessin en double page décrivant les clandestins en train de travailler dans l'intérieur de l'abattoir, une image descriptive dépourvue d'impact (malgré l'horreur des conditions de travail et la nature des tâches à exécuter) du fait de postures artificielles, et d'un aménagement ne correspondant à rien de réaliste.

Le manque de consistance des images atténue la force du récit de manière significative. Ennis a construit un récit en 2 temps un peu déconcertant dans sa structure (le personnage de Sam Wallace était-il vraiment indispensable ? Fallait-il vraiment incarner l'alternative de vie du colonel ?), d'une noirceur sans fond, avec de véritables audaces sur l'absence de justification de tuer son semblable même dans le cadre d'affrontements découlant d'un conflit armée. La fin de l'histoire promet un bain de sang à venir d'une ampleur sans précédant (une condamnation sans appel de la politique post 11 septembre), dans une perpétuation de l'état de guerre s'auto-entretenant. Mais le passage le plus cynique et cruel est peut-être dans ce débat télévisé où un intervenant défend l'impossibilité d'adopter une position de neutralité avec des arguments impossibles à réfuter. Malgré ses réels défauts, ce récit possède des qualités indéniables et Ennis propose un point de vue dérangeant au possible sur la guerre, les conflits armés, en tant que réalité inéluctable, consubstantielle des sociétés humaines.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 9, 2014 6:08 PM MEST


Garth Ennis' 303
Garth Ennis' 303
par Jacen Burrows
Edition : Broché
Prix : EUR 19,05

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 La guerre : une fatalité impossible à éradiquer, 9 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Garth Ennis' 303 (Broché)
Ce tome regroupe les 6 épisodes d'une histoire complète et indépendante de toute autre, initialement parus en 2004/2005 et publiés par Avatar Press. L'histoire est écrite par Garth Ennis, dessinée et encrée par Jacen Burrows et mise en couleurs par Greg Waller et Andrew Dallhouse.

La première moitié du récit (épisodes 1 à 3) se déroule dans les montagnes d'Afghanistan. Un colonel russe mène une petite troupe soldats des forces spéciales pour une mission de repérage d'un avion américain s'étant écrasé. Il sait que cet accident a également attiré l'attention des anglais qui essaye aussi d'arriver les premiers sur les lieux du crash. Il s'agit d'une course pour récupérer ce que contenait cet avion, et il faut y arriver avant que les américains ne viennent faire disparaître toute trace de ce vol compromettant.

La deuxième partie du récit (épisode 4 à 6) se déroule sur le sol étatsunien, dans un désert proche de la frontière mexicaine. Sam Wallace, le shérif du coin, constate le décès d'un clandestin mexicain, employé de manière illégale dans l'abattoir de la région dont le responsable exploite cette main d'œuvre bon marché. Non loin de là, le colonel russe est hébergé dans le camp de fortune des clandestins, se remettant lentement d'une jambe cassée, soignée par le médecin de fortune du camp.

Avatar Press est une petite maison d'édition qui publie des récits souvent gores ou ultra-violents d'auteurs ayant toute liberté de création. Ici, Garth Ennis (grand connaisseur des conflits du vingtième siècle) a décidé de raconter une histoire en 2 parties, mettant en scène un vétéran de plusieurs guerre, sans beaucoup d'états d'âme (même s'il lui arrive parfois d'imaginer les cadavres des gens qu'il a tué, soldats comme civils), un professionnel disposant d'un degré d'expertise exceptionnel acquis par des années de pratique sur différents champs de bataille. Dans la première partie, Ennis expose de manière clinique le déroulement de la mission, l'affrontement entre russes et anglais, tout en mettant en scène l'expérience du colonel russe, au travers des ordres et des conseils qu'il donne à sa poignée de soldats, et au travers de son propre comportement dans cet environnement propice aux embuscades. Il développe un thème sur lequel il reviendra à plusieurs reprises : le fait que les nations du monde se sont bâties et développées sur le sang versé par d'innombrables soldats tués au cours de guerre de conquête. Il montre l'absence totale d'honneur et de mérite de cet affrontement sans témoin, sans gloire, pour récupérer quelque chose dont la valeur reste à prouver. Le colonel russe se comporte en professionnel accomplissant sa mission en expert, mais sans implication émotionnelle. Il fait son travail en se comportant comme une mécanique bien huilée, sans en retirer aucun plaisir (à tuer son opposant pour assurer sa propre survie), un métier qui consiste à atteindre son objectif aux dépends de la vie de ses ennemis (et de ses propres soldats). L'action est prenante. Le lecteur n'a pas la latitude d'éprouver de l'empathie pour cet homme froid, dépassionné, au comportement fonctionnel et efficace, ne tirant aucun plaisir, ni aucune satisfaction dans la tâche accomplie. La survie est la seule récompense, aussi primaire que vitale, la seule chose qui en fasse un être vivant.

Le début de la deuxième partie déconcerte par l'importance de la place accordée à Sam Wallace. Le lecteur apprend en cours de route qu'il s'agit d'un ancien militaire revenu à la vie civile. Ennis oppose donc la vie du colonel qui a embrassé une carrière militaire de terrain, à celle de Wallace qui a abandonné la tenue kaki pour revenir à la vie civile. Autant l'attitude du colonel montre l'inanité et la futilité de sa vie professionnelle, autant le comportement de Wallace montre que son métier de shérif est tout aussi générateur de frustration et tout aussi inefficace pour changer le monde, ou tout du moins y apporter un peu d'amélioration.

Au milieu de ces thématiques très noires, Ennis enfonce le clou avec plusieurs évocations de conflits, et de morts de soldats, de civils, de massacres de peuples, dont une séquence onirique glaçante dans ce désert américain. À la première lecture, la mission finale du colonel russe peut sembler grossière et d'un symbolisme idiot (comme s'il suffisait d'abattre cette cible pour résoudre quoi que ce soit, ou même pour obtenir une vengeance). Mais une prise de recul permet de comprendre que l'objectif du colonel tenait autant de la vengeance que de la perpétuation de la guerre, conséquence logique de l'assassinat de sa cible. Ennis augmente encore d'un cran la noirceur du récit en enfonçant le clou : le savoir faire d'un soldat, son champ d'expertise, c'est de tuer l'ennemi, de donner la mort, de faire la guerre, voire de l'entretenir. La guerre est le métier du colonel russe, et il est expert dans sa partie, d'une efficacité sans faille, il donne la mort comme personne. Il est un des agents et des moteurs de la guerre.

Avatar a confié la mise en image de ce récit noir et sans espoir, à Jacen Burrows, un dessinateur ne travaillant que pour cet éditeur. Il avait auparavant dessiné Dark blue (2000) et Scars (2002/2003) de Warren Ellis, et "The courtyard" (2003, réédité dans Neonomicon) une adaptation d'un texte d'Alan Moore. Jacen Burrows réalise tous les contours des personnages comme des éléments de décors, en utilisant un trait assez fin, d'une épaisseur constante, sans variation qui transcrirait des reliefs ou une profondeur de champ, et sans presqu'aucun aplat de noir. Il revient donc aux metteurs en couleurs d'intégrer les notions de reliefs et de luminosité par le biais de variations de teintes dans les couleurs. Ils font preuve d'habilité dans le choix de leurs couleurs pour privilégier une teinte qui instaure l'ambiance de chaque scène. Par contre, malgré un outil informatique performant, ils n'arrivent pas à transcrire les volumes, répétant systématiquement les mêmes répartitions de couleurs, indépendamment des sources lumineuses (défaut particulièrement criant dans la manière de disposer les touches blanches sur les montagnes). Ils réussissent dont à nourrir les contours établis par Burrows, sans pallier l'absence de volume ou de relief.

En 2004/2005, Burrows est encore un dessinateur avec peu d'expérience et cela se ressent dans la qualité de ses dessins. Son découpage des séquences est très lisible et le trait fin uniforme assure une lecture rapide et une compréhension immédiate de chaque case. Au-delà de ces qualités, ces dessins restent très fonctionnels, sans qualité esthétique, sans nuances. Les expressions des visages sont toutes caricaturales, ne rendant compte que de 3 émotions (visage fermé indéchiffrable, surprise/étonnement, visage détendu sans émotion particulière). Au-delà des actions et des mouvements, le lecteur se retrouve dans l'impossibilité d'éprouver quelque émotion que ce soit pour les personnages qui eux-mêmes n'expriment rien. Burrows n'a aucune notion de langage corporel dans cette histoire. Ce manque de savoir faire aboutit à des images qui finissent par relever de l'amateurisme, le pire étant atteint pour le dessin en double page décrivant les clandestins en train de travailler dans l'intérieur de l'abattoir, une image descriptive dépourvue d'impact (malgré l'horreur des conditions de travail et la nature des tâches à exécuter) du fait de postures artificielles, et d'un aménagement ne correspondant à rien de réaliste.

Le manque de consistance des images atténue la force du récit de manière significative. Ennis a construit un récit en 2 temps un peu déconcertant dans sa structure (le personnage de Sam Wallace était-il vraiment indispensable ? Fallait-il vraiment incarner l'alternative de vie du colonel ?), d'une noirceur sans fond, avec de véritables audaces sur l'absence de justification de tuer son semblable même dans le cadre d'affrontements découlant d'un conflit armée. La fin de l'histoire promet un bain de sang à venir d'une ampleur sans précédant (une condamnation sans appel de la politique post 11 septembre), dans une perpétuation de l'état de guerre s'auto-entretenant. Mais le passage le plus cynique et cruel est peut-être dans ce débat télévisé où un intervenant défend l'impossibilité d'adopter une position de neutralité avec des arguments impossibles à réfuter. Malgré ses réels défauts, ce récit possède des qualités indéniables et Ennis propose un point de vue dérangeant au possible sur la guerre, les conflits armés, en tant que réalité inéluctable, consubstantielle des sociétés humaines.


L'enfant penchée
L'enfant penchée
par François Schuiten
Edition : Broché
Prix : EUR 19,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Muse et source de l'inspiration, 8 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'enfant penchée (Broché)
Dans la chronologie révisée du cycle des Cités Obscures de 2007, cet album fait suite à L'Écho des Cités (Histoire d'un journal). Il est paru pour la première fois en 1996. Le récit principal est en noir & blanc.

L'histoire commence par 7 pages consacrées à 3 rêves de Mary von Rathen (née en 736 AT), avec un bref texte de sa main sur la gauche et une illustration pleine page sur la droite (en couleurs, ce sont les seules pages en couleurs).

La première scène du récit principal s'ouvre à Alaxis, le 2 septembre 747 AT (Après la Tour). La famille von Rathen est en vacances. Ils se rendent au parc d'attraction Cosmopolis et font un tour décoiffant sur les montagnes russes. Klaus von Rathen (le père), Rosa Schliwinski (la mère) et Kurt (leur fils) en ressortent dégoutés ; Mary (leur fille) en ressort ravie. Mais une fois descendus, l'air résonne d'un grand bruit et Mary tombe par terre. Quand elle se relève son corps ne tient plus à la verticale, il est incliné de 30 degrés, défiant les lois de la gravité, sans explication rationnelle. Les von Rathen rentrent chez à Mylos pour la faire examiner.

Au mont Michelson, plusieurs savants observent les étoiles, détectant la présence d'un corps céleste. Parmi eux, Axel Wappendorf est persuadé qu'il s'agit d'une découverte sans précédent qui apportera des informations essentielles sur l'origine du monde.

À Paris, le 12 juillet 1898, le peintre Augustin Desombres prend conscience que ses œuvres ne parlent ni au public, ni à la critique. Il décide de partir pour les hauts plateaux de l'Aubrac (haut plateau volcanique et granitique situé au centre-sud du Massif central).

L'introduction de 7 pages permet de reprendre contact avec Mary, héroïne d'un conte pour enfants "Mary la penchée", inclus dans l'édition 2010 de La route d'Armilia, et autres légendes du monde obscur. Les Illustrations de François Schuiten sont magnifiques comme d'habitude, des invitations aux rêves, mais ici sans la dimension urbaniste.

Au vu de la continuité resserrée développée dans le cycle des Cités Obscures, il est fortement souhaitable de lire les volumes dans l'ordre afin de bénéficier de tous les détails. Il y a donc de fortes chances que le lecteur découvrant ce tome ait déjà lu les précédents, en particulier "La route d'Armilia", et donc le conte pour enfants "Mary la penchée". Du coup l'expérience de lecture devient un peu étrange puisque le lecteur connaît déjà un bon tiers de l'histoire du point de vue de Mary. Par contre, il découvre plus de détails, des dessins à destination d'un lectorat adulte et des scènes intermédiaires au mont Michelson, et en Aubrac.

Pour ce récit, Peeters et Schuiten ont innové du point de vue de la narration de plusieurs manières. Pour commencer le récit suit 3 points de vue différents, celui de Mary von Rathen, celui d'Augustin Desombres et celui d'Axel Wappendorf. Ils ont également innové d'un point de vue formel en traitant les passages consacrés à Desombres sous la forme d'un roman-photo. Pour ces parties, la mise en page est traitée de la même manière que celle des bandes dessinées, de 1 à 5 cases, mais sans phylactère. Le texte (les pensées de Desombres) est écrit en dessous des cases. Les photographies ont été réalisées par Marie-Françoise Plissart (qui avait déjà réalisé les photographies des 4 dernières pages de "L'Écho des Cités"). Martin Vaughn-James (peintre, également auteur de quelques bandes dessinées comme La Cage, suivi de La construction de la cage) a servi de modèle. Ces photographies sont reproduites en noir & blanc et certaines contiennent un élément dessiné ou peint par Schuiten. La similitude des mises en page d'une partie à l'autre assure une continuité formelle telle que la narration ne présente pas de hiatus. Il ne s'agit pas d'une simple lubie : le passage à la photographie est porteur d'un sens qui apparaît comme une évidence lors de la lecture. L'alternance des chapitres bénéficie d'une structure rigoureuse. Les chapitres consacrés à Mary sont plus long que les autres. Ceux consacrés à Desombres durent 3 pages. Peeters et Schuiten impriment donc un rythme de lecture clair qui introduit une simultanéité dans événements, tout en donnant à chaque point de vue plusieurs pages pour s'exprimer, et en créant un suspense dans la mesure où le lecteur a hâte de retrouver chaque personnage.

Peeters et Schuiten innovent également dans la place qu'ils octroient à l'urbanisme. Cette fois-ci, il n'y a pas de ville comme lieu principal. Les tribulations de Mary von Rathen la font voyager d'Alaxis à un lieu inconnu, avec des séquences se déroulant à Mylos, à la pension Nordman (également aperçu dans "Mary la penchée"), à Sodrovni, et à Porrentruy. Le talent de Schuiten permet de donner une très forte identité visuelle à chacune de ces villes (et de retrouver les cheminées de Mylos, déjà vues dans "La route d'Armilia"). L'un des thèmes du récit est de montrer que Mary (en tant que penchée) est trop différente pour appartenir ou se conformer à quelque endroit que ce soit, ce qui justifie que les villes n'ont pas d'emprise sur elle qui n'est pas une citoyenne.

Le lecteur retrouve plusieurs des influences implicites et explicites présentes depuis le début de la série. Non seulement le nom de Michel Ardan (le héros de De la Terre à la Lune) revient à plusieurs reprises. Jules Verne lui-même fait une apparition, déclarant que "la machine la plus efficace et la plus fiable, c'est l'écriture". La séquence à Alaxis fournit l'occasion d'insérer une nouvelle source d'inspiration : les œuvres de Georges Méliès (avec en particulier "Le voyage dans la Lune").

À deux reprises, les auteurs insèrent une action relevant de la sphère sociale : Klaus von Rathen jette une poignée de piécettes à des quémandeurs, et Mary von Rathen fait la queue à la soupe populaire. Par contraste, l'opulence de l'intérieur des von Rathen met en lumière cette inégalité sociale. Le passage à Sodrovni évoque avec force une population subissant le contrecoup d'une crise financière. Néanmoins il ne s'agit que d'éléments secondaires dans le récit.

Cette histoire atypique dans le cycle (du fait de son émancipation de l'architecture urbanistique) recèle de nombreux éléments de continuité. Il y a bien sûr la présence d'Axel Wappendorf, l'évocation de Stanislas Sainclair, et les villes elles-mêmes. Il y a également la forte importance des sphères qui avaient fait l'objet de 2 articles dans "L'Écho des Cités".

À nouveau c'est un délice exquis que de contempler les planches de François Schuiten. Lors de la conception de chaque planche, Peeters et Schuiten travaillent ensemble sur le découpage et les angles de vue, ce qui aboutit à une œuvre où intrigue et visuels sont indissociables, comme s'ils avaient été conçus par un créateur unique. Pour ce tome, Schuiten est revenu au noir & blanc (sans degré de gris) en figurant les textures par le truchement d'une myriade de traits fins traçant délicatement chaque volume, chaque ombre portée, chaque plissure, chaque nervure, chaque aspérité. Il est possible de lire rapidement chaque image pour passer à la suivante. Il est également possible de s'attarder sur un détail, sur un visage, sur une spécificité architecturale, sur un vêtement, sur une décoration intérieure (magnifique salon des von Rathen), sur la placidité des eaux du Lac Vert, sur les décors munificents que traverse le circuit du grand huit, etc. À l'évidence, monsieur Schuiten réalise des dessins descriptifs minutieux et méticuleux permettant au lecteur de s'immerger totalement dans le monde de Mary. À l'évidence également, le choix des angles de prises de vue, le découpage, les décors, la mise en scène bénéficient tous du même degré de soin et de réflexion dans la composition. Cette bande dessinée est une invitation au voyage, à l'observation, à la flânerie si le lecteur en a le goût. En accordant le temps nécessaire, le lecteur sera subjugué par la belle ouvrage, et découvrira quelques cases inattendues, parfois surréalistes, tel cette empilement de niveau (des planchers d'un immeuble) en arrière plan d'une façade isolée (page 107).

Le lecteur attentif décèlera également quelques touches humoristiques discrètes mais bien réelles. Par exemple, après les événements, Mary von Rathen déclare à Wappendorf : "Vous savez, peut-être que mon histoire est devenue un conte pour endormir les enfants.", faisant ainsi référence au conte "Mary la penchée". Il y a également ces remarques sexistes du général sur le fait que la place des femmes n'est pas dans l'armée, clin d'œil à une époque plus misogyne. Ils jouent avec la notion d'équilibre avec une très belle séquence d'équilibrisme réalisé par Mary. Il y a cette image drôle et attendrissante de l'homme à deux têtes (un monstre de cirque) avec une planche entre les 2 têtes pour cause de mésentente (page 107).

Outre l'histoire de Mary von Rathen et des thèmes évoqués plus haut, Schuiten et Peeters poursuivent leur mise en scène de l'acte de création artistique, des sources d'inspirations (Mary en tant que muse), et du rapport entre le réel et l'imaginaire. Ils ne se contentent pas d'exprimer différemment les points de vue contenus dans les tomes précédents, ils montrent également comment l'inspiration peut asservir le créateur contre son gré, l'habiter (Augustin Desombres contraint d'exprimer ce qu'il ressent en lui). Ils confrontent l'affectif (Mary) à la raison (les scientifiques réunis au mont Michelson).

Alors que le lecteur peut avoir l'impression de relire une version longue de "Mary la penchée", il découvre petit à petit la richesse thématique du récit, bénéficiant toujours d'images méritant que le lecteur lui consacre du temps. Le cycle des Cités obscures se poursuit par un ouvrage aussi original qu'indispensable : Le guide des Cités.
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Slaine, Tome 7 : Le seigneur du chaos
Slaine, Tome 7 : Le seigneur du chaos
par Clint Langley
Edition : Cartonné

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Le poison distillé dans le récit, 8 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Slaine, Tome 7 : Le seigneur du chaos (Cartonné)
Il s'agit du sixième tome consacré aux aventures de Sláine (accompagné d'Ukko) ; il fait suite à Tueur de démon. Il comprend une histoire principale "Lord of misrule" initialement parue dans le magazine "2000 AD" dans les progs (numéros) 950 à 956, 958 à 963, et 995 à 998, ainsi qu'une histoire courte (6 pages) intitulée "The bowels of Hell" parue dans le prog 1000, et la reproduction de 7 couvertures consacrées à Sláine.

Le seigneur du chaos - Cette fois-ci, la rivière de sang a emmené Sláine et Ukko en 1140 après Jésus Christ. L'histoire commence avec le dispositif maintenant régulier d'Ukko couchant par écrit les aventures de Sláine, en étant surveillé par la prêtresse Nest. Après une page de rappel sur les relations entre Niamh et Sláine, Ukko explique que Niamh s'est réincarnée en Marian, une bonne sœur vivant dans un couvent avec sa congrégation. Ce même couvent abrite également quelques moines qui invoquent un dieu noir, grâce à un sacrifice humain, et qui se délectent du récit des massacres perpétrés par Guillaume le conquérant. C'est dans ce contexte que Sláine et Ukko arrivent à cette époque. Dans les bois, ils découvrent un vieillard leur expliquant que les chrétiens ont persécuté les païens (ici, comprendre les celtes) et que Sláine doit trouver l'épée du Dieu du Sang, et découvrir son nom secret ce qui lui donnera un ascendant sur lui. Sláine et Ukko sont accueillis par une bande de rebelles qui voient en Sláine le dénommé Robin Goodfellow (Robin bon compère, ou Puck), l'élu de la déesse, le Seigneur du Chaos.

Dans la suite logique du tome précédent, Pat Mills continue de faire voyager dans le temps ses 2 personnages, toujours en tant qu'incarnation de la culture celte et représentants de la déesse mère. Le lecteur retrouve donc le thème de la liberté de la culture celte et de son harmonie avec la nature (c'est-à-dire la faune et la flore, mais aussi la nature humaine), opposée au carcan rigide et borné de la religion chrétienne, tant du point de vue du dogme que de son appareil d'église. Mills se fait un malin plaisir à décrire Niamh respectant une discipline rigide, totalement aliénée par son obédience à un dieu invisible, exigeant et déconnecté des principes de la nature. Comme dans la courte histoire du tome précédent, il traite cet aspect de manière superficielle, restant au niveau du divertissement et de la caricature de la religion chrétienne (tout en évoquant des chasses aux sorcières bien réelles).

Sláine est toujours ce héros viril, musculeux, aimant la vie, les femmes et une bonne bière, ainsi que les combats brutaux et physiques (à la hache de préférence). Ukko est toujours aussi fourbe et cupide, Mills maniant un humour oscillant entre la grosse farce qui tache et la situation caustique et pénétrante. L'intrigue en elle-même se révèle assez linéaire et basique : Sláine doit retrouver l'épée magique et se battre contre le Dieu du Sang, tout en essayant de réveiller la mémoire des vies passées de Marian.

Les 43 premières pages du récit retiennent l'attention du lecteur qui découvre la nouvelle situation en 1140, l'enjeu de l'aventure, et qui suit les premiers contacts entre Sláine et les autochtones. Ces 43 pages sont peintes par Greg Staples qui se conforme au style établi par Simon Bisley dans Le Dieu cornu, sans en avoir la fougue ni la bravacherie, mais avec un sens des couleurs original. Il se concentre plus sur les personnages que sur les décors ou les arrières plans, ces derniers étant souvent empreints d'une forme de simplisme un peu naïf. Il réussit de beaux portraits de Niamh et d'Ukko, et une séquence pleine de tension quand Sláine prouve son adresse en tant qu'archer, dans une variation piquante de l'exploit de Guillaume Tell.

Les 60 pages suivantes sont dessinées et encrées par Clint Langley et mises en couleurs par Dondie Cox. Il s'agit de la première période de Langley, avant qu'il n'ait recours de matière systématique à l'infographie pour construire des planches complexes, bourrées d'effets spéciaux, répartis sur plusieurs couches. Le passage de planches peintes, à des dessins encrés traditionnels induit un ressenti immédiat et irrépressible de baisse de niveau de qualité. Toutefois en se focalisant sur ce qui est représenté, le lecteur s'aperçoit que Langley s'implique dans un niveau de définition des éléments équivalent, si ce n'est déjà supérieur à celui de Staples. Dès le début, il prête une attention particulière à rendre compte des particularités des vêtements en représentant par exemple les coutures de la coiffe d'Ukko. Il s'attache à rendre avec minutie les textures, en particulier des éléments naturels tels que les écorces des arbres. Avec un peu d'attention, le lecteur constate que Langley s'améliore d'épisode en épisode, insérant plus de détails, et se montrant plus inventif dans ses représentations. La deuxième moitié de ces progs bénéficie d'un niveau d'investissement impressionnant de la part de Langley qui crée des visuels mémorables, fouillés, habités, originaux et personnels, tout en conservant une dimension celtique par l'intégration de détails spécifiques. Avec le recul (en particulier en ayant déjà lu les tomes suivants illustrés par Langley (Geste des invasions), le lecteur peut voir l'augmentation du degré d'implication de Langley d'un chapitre à l'autre. C'est ce dévouement total à la vision de Mills qui lui permet d'éviter les clichés et de rendre certains éléments convaincants, malgré leur nature outré (un spasme de déformation faisant pousser des ailes de chauve-souris à Sláine par exemple).

Dans ces 2 derniers tiers, Pat Mills reste fidèle à lui-même avec une ou deux ellipses brutales, et un ou deux rebondissements téléphonés. Mais il reste également fidèle à son niveau d'exigence en intégrant 2 composantes supplémentaires et différentes. La première réside dans le comportement de Marian qui doit réussir à dépasser les stratégies mentales répétitives de Niamh pour briser le cercle des réincarnations. Mills illustre comment chaque individu doit apprendre à se connaître s'il veut pouvoir dépasser sa propension à réitérer les mêmes comportements. La deuxième nouveauté est tout aussi enrichissante : Mills se sert du personnage de Nest (la femme surveillant le travail d'écriture d'Ukko) pour insérer un métacommentaire sur le pouvoir des récits et leur capacité à changer aussi bien l'auteur que le lecteur. Cela reste une composante très secondaire dans ces 100 pages, mais cela introduit un second degré intelligent dans ce qui n'était jusqu'alors qu'un dispositif narratif destiné à encadrer le récit principal pour lui conférer une forme d'intemporalité.

"Le seigneur du chaos" n'atteint pas les sommets graphiques et narratifs de "Le dieu cornu", mais il constitue un récit conséquent réservant plusieurs surprises, au milieu du style parfois un peu heurté (en tout cas sans concession aux astuces pour fluidifier) de Pat Mills. L'aspect visuel n'égale pas celui de Simon Bisley, mais Greg Staples réalise un succédané satisfaisant et Clint Langley apporte un style différent, avec un degré d'implication croissant de prog en prog. À l'aune de "Le dieu cornu" (et en ayant lu les tomes précédents), ce tome ne mérite que 4 étoiles. Par comparaison avec la production industrielle de comics, il en mérite 5.

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- The bowels of Hell (illustré par Jim Murray) - Alors que Sláine et Ukko voyagent dans les mondes du chaudron, ils sont témoins d'une arnaque visant à abuser de la confiance de riches individus souhaitant entrer en contact avec des défunts proches.

Pat Mills s'amuse avec une histoire courte et classique, pour insister sur l'importance des sentiments dans la vie humaine. Jim Murray réalise des illustrations peintes (avec une préférence marquée pour les personnages, et des arrières plans fades et délaissés), en ajoutant une touche comique bienvenue dans les expressions. Une histoire agréable tout en restant anecdotique.
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