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Contenu rédigé par Présence
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Présence
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INVINCIBLE IRON-MAN T05
INVINCIBLE IRON-MAN T05
par Salvador Larroca Matt Fraction
Edition : Album
Prix : EUR 29,00

5.0 étoiles sur 5 Toujours un coup d'avance, 28 juin 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : INVINCIBLE IRON-MAN T05 (Album)
Ce tome fait suite à Fear Itself. Il contient l'équivalent de 2 tomes VO. Les scénarios sont de Matt Fraction et les dessins de Salvador Larocca.

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- Demon (épisodes 510 à 515, parus en 2011/2012) - À Abu Dhabi, 2 attaques simultanées détruisent 2 usines de désalinisation, risquant de provoquer à court terme une pénurie d'eau potable dans la capitale. Blizzard (Gregor Shapanka), un vieil ennemi d'Iron Man, est impliqué dans cet acte terroriste. Tony Stark a payé très cher son implication dans Fear Itslef, sur le plan psychologique. Il revient des forges de Svartalfheim avec Splitlip, un copain qu'il s'est fait là bas, avec qui il va assister à une réunion des alcooliques anonymes, après l'avoir présenté à l'équipe de Stark Resilient. Peu de temps après, Living Laser (Gregor Shapanka) s'attaque à Iron Man en plein jour, dans le cadre d'une habile manipulation médiatique. Enfin Stark reçoit une citation à comparaitre devant la justice qui lui réclame les relevés biométriques de l'armure d'Iron Man lors de son échauffourée contre living Laser.

Matt Fraction (scénario), Salvador Larroca (illustrations) et Frank d'Armata (couleurs) ont commencé en 2008 à créer de nouvelles aventures pour Iron Man avec The five nightmares. Ils ont construit une interprétation personnelle de ce superhéros et de ses aventures, tant sur le plan des scénarios que des images. Pour commencer la composante futuriste instaurée dès le premier tome est toujours présente, avec des concepts d'anticipation sortant de l'ordinaire que ce soit du point de vue de l'invention ou de l'aspect visuel. À ce titre, la nouvelle apparence du Living Laser est une réussite.

Ils continuent également de montrer comment la technologie réduit les distances et confère une portée mondiale aux actions de Tony Stark C'est ainsi que dans ce tome, le lecteur voyage d'Abu Dhabi à la province d'Hubei en Chine, pour visiter le barrage des Trois Vallées. La double page de Larroca montrant l'arrivée en plein vol des Dreadnoughts sur ce barrage est impressionnante de majesté, sans pour autant être de nature photographique. D'Armata rehausse discrètement la qualité de l'illustration en insérant la texture de l'eau par infographie.

Coté scénario, Matt Fraction commence à faire converger les différentes intrigues vers un conflit majeur. L'un des ennemis historiques d'Iron Man (revu dans un des tomes précédents) a trouvé le moment propice pour mettre ses plans à exécution. Il est impressionnant de voir comment Matt Fraction a su tirer le meilleur parti du crossover Fear itself (dont il est le scénariste) pour nourrir la série d'Iron Man de manière naturelle. Il continue à insérer des personnages historiques de la série dans ces nouvelles histoires, amis comme ennemis, tout en les dépoussiérant. D'ailleurs, la demi-douzaine d'ennemis de seconde zone sert surtout à l'opposant principal pour déployer son attaque sur plusieurs fronts. Ils n'ont finalement qu'un rôle très secondaire, quelques coups échangés et puis s'en va. Fraction raconte avant tout l'histoire de Tony Stark, et l'évolution de ses valeurs morales. Sous les apparences d'une histoire de superhéros traditionnelle, il se livre à une analyse savoureuse et sophistiqué du personnage. Alors que les combats peuvent sembler superficiels et l'ennemi principal un peu facile par son aspect irrémédiablement méchant, Fraction dresse un portrait nuancé de Tony Stark, en tant qu'individu, dans une narration bien dosée en action, en émotions, en humour et en inventivité.

Larroca et d'Armata ont trouvé la bonne formule pour que les illustrations parfois simples et d'une consistance relative de Larroca soient enrichies par les couleurs pour acquérir la densité nécessaire. L'exemple le plus évident de cette complémentarité reste l'armure même d'Iron Man dont les contours sont assez simples, mais qui acquiert une texture unique grâce aux couleurs. Dans ce tome, Larroca a également l'occasion de relooker une dizaine d'adversaires d'Iron Man pour un résultat savoureux. Il peut à nouveau briller de mille feux en dessinant de belles bagnoles, avec de belles pépées (celle qui délivre la citation à comparaitre). Les apparitions du Living Laser donnent lieu à de magnifiques effets pyrotechniques de la plus belle eau. Alors que Fraction embrasse pleinement le principe de confronter Iron Man à d'autres gugusses en armure, le savoir faire de Larroca permet de donner une apparence différente à chacune de ces armures technologiques. Et c'est toujours un grand plaisir que de pouvoir contempler le petit sourire de satisfaction de Tony Stark chaque fois qu'il sait qu'il a réussi à marquer un point grâce à l'intelligence de ses stratégies.

Décidément Fraction, Larroca et d'Armata ont su traduire leur vision personnelle d'Iron Man en histoires et en visuels remarquables et divertissants. Matt Fraction mène à nouveau une étude psychologique en finesse de Tony Stark, avec des personnages (amis et ennemis) historiques de la série (qui peuvent être appréciés aussi bien par des nouveaux lecteurs, que par des anciens). Son intrigue réserve de nombreuses surprises et quelques personnages inattendus (le transfuge de Svartalfheim). Larroca et d'Armata transcrivent avec conviction l'aspect futuriste des armures technologiques (celle d'Iron Man comme les autres), transmettent les sentiments des personnages dans les scènes de dialogue, et s'offrent quelques vues spectaculaires.

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- Long way down (épisodes 516 à 520 parus en 2012) - À Charlotte (en Caroline du Nord), Iron Man est en train d'intervenir pour mettre fin aux destructions de Firebrand et Crimson Dynamo, quand tout à coup, tout à trac, le gouvernement actionne le dispositif de sécurité qui neutralise l'armure de Tony Stark. Il se retrouve en boxer au milieu de la mêlée alors que les employés en armure Detroit Steel arrivent pour mettre un terme aux agissements de Firebrand et Crimson Dynamo. Le Mandarin fait joujou avec le prototype que lui a conçu Ezekiel Stane. Au sein de Stark Resilient, le traître parachève sa besogne de manière violente. Enfin Tony Stark se rend dans le bureau du général Babage pour capituler, sans condition. Et il apparaît un nouvel Iron Man dans une armure noir & argent, alors que Doug Johnson recommence à faire parler de lui.

Matt Fraction et Salvador Larroca poursuivent leur épure de récit de superhéros, avec un Tony Stark toujours aussi charismatique. Le secret de Matt Fraction est d'avoir fait de Tony Stark un personnage à part entière, avec un vrai système de valeurs, une forte personnalité légèrement arrogante (juste ce qu'il faut) et des convictions. Sa vocation de futuriste (mise en avant dans le premier tome The five nightmares) découle de sa façon de voir la vie : Stark a l'espoir dans l'avenir chevillé au corps. Il ne s'agit pas d'un espoir dans un hypothétique lendemain meilleur, il s'agit de la confiance engendrée par le fait que c'est lui qui conçoit et construit ce lendemain. C'est de cette conviction que naît son arrogance qui peut parfois revêtir l'apparence de la suffisance.

Pour mettre en scène cet individu à la forte personnalité, Fraction a choisi de focaliser son récit sur sa stratégie et ses convictions, plutôt que de passer du temps à étoffer ses ennemis, ou à imaginer des combats toujours plus titanesques. C'est un mode narratif qui peut ne pas plaire au lecteur de comics de superhéros traditionnels. Pour commencer, une bonne partie des supercriminels sont réduits à la fonction de chair à canon, sans réelle personnalité, sans motivation très originale, autre que l'appât du gain, ou être manipulés par le véritable ennemi. Firebrand, Crimson Dynamo, Mauler, ou Chemistro ne sont plus que des noms empruntés à des anciens ennemis d'Iron Man, sans même d'identité civile (quel lecteur se souvient que Galina Nemirovsky est la treizième du nom à piloter une armure Crimson Dynamo ? Depuis quand Firebrand est-elle une femme ? Aucune importance). Même les motivations du Mandarin ne sont pas rappelées. Les seuls criminels à ne pas être réduits à un simple dispositif narratif sont les Hammer (mère & fille) et Spymaster. Fraction a réservé à ce dernier 2 scènes d'anthologie.

Par contre face à ses simples utilitaires narratifs, Tony Stark s'incarne avec une épaisseur rare. Les personnages méritent bien leur appellation de "supporting cast" (littéralement l'équipe de soutien) : ils ne sont là que pour mettre en valeur le personnage principal. À nouveau le lecteur ne peut qu'admirer cet individu déterminé, plein de ressources, fin stratège et doté d'un humour un peu vache, compensé par une saine dérision.

À condition d'apprécier ce type de narration, le lecteur se réjouira de retrouver également le même illustrateur et le même metteur en couleurs, pour le onzième tome d'affilée (en incluant le tome se déroulant pendant Fear Itself), sur une durée de bientôt 5 ans. Larroca s'en tient à sa mise en page majoritairement sur la base de cases de la largeur de la page pour augmenter l'effet cinéma d'action. D'Armata apporte une valeur ajoutée significative à la fois sur les canevas de couleurs (teintes et agencement), mais aussi sur l'incorporation d'arrière-plans par infographie. Dans ces épisodes, Larroca peut se faire plaisir en concevant l'apparence d'une nouvelle armure (la noir et argent) plus crédible dans sa fonction que les modèles précédents utilisés par le même personnage. Il a l'occasion de redessiner les armures de plusieurs supercriminels. C'est également l'une des grandes réussites de cette série. Alors que le lecteur aurait pu craindre une certaine uniformité ou lassitude du fait de supercriminels systématiquement à base d'armure haute technologie, Larroca parvient à toutes leur donner un air de famille qui entérine le fait qu'elle dérive toutes plus ou moins des concepts technologiques issus du cerveau génial de Stark, tout en gardant chacune une identité propre. Les combats présentent tous une lisibilité parfaite, avec un mélange de classicisme (grosses décharges d'énergie, coups de poing brutaux) et d'innovation dans la forme (magnifique combat au dessus de l'eau entre le nouvel Iron Man et Firepower).

Un autre des points forts de Larroca en tant que dessinateur et metteur en scène est le sentiment d'intimité qui se dégage des séquences entre individus normaux. Fraction construit une intrigue où les êtres humains de la vie de tous les jours ont autant d'importance que les individus dotés d'armures high-tech. Larroca a développé un jeu d'acteur pour Tony Stark qui montre avec évidence l'assurance du personnage. Il sait rendre la familiarité qui peut exister entre 2 individus (entre Timothy Cababa et Leonard Pimacher), comme au contraire montrer la réserve, voire la franche inimitié qui peut séparer 2 personnes (comme le général Babage et Tony Stark), ou encore le mépris teinté d'envie de Sasha Hammer vis-à-vis de Stark. D'un coté, il est confortable pour le lecteur de retrouver ces éléments graphiques tome après tome ; de l'autre Larroca ne se repose pas sur ses lauriers et fait l'effort de créer plusieurs images remarquables, par épisode.

L'étau se ressert à nouveau autour de Tony Stark qui met toute son intelligence à concevoir des stratégies pour devancer son adversaire sur les différents fronts d'attaque qu'il a développés. Fraction, Larroca et d'Armata ont créé une vision de Tony Stark qui met en évidence son intelligence et ses valeurs individuelles, face à des supercriminels sans cesse renouvelés (presqu'aussi jetables que des mouchoirs en papier). Fraction et Larroca terminent leur passage sur la série avec le tome suivant.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 28, 2016 10:16 PM MEST


Rat Queens Volume 3: Demons
Rat Queens Volume 3: Demons
par Kurtis J. Wiebe
Edition : Broché
Prix : EUR 13,89

3.0 étoiles sur 5 L'histoire personnelle d'Hannah Vizari, 28 juin 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Rat Queens Volume 3: Demons (Broché)
Ce tome fait suite à The reaching tentacles of N'Rygoth (épisodes 6 à 10) qu'il vaut mieux avoir lu avant. Il vaut mieux avoir débuté par le premier tome Sass & Sorcery pour comprendre les allusions aux histoires personnelles des personnages. Il comprend les épisodes 11 à 15 ainsi que le numéro spécial Braga, initialement parus en 2015/2016, écrits par Kurtis J. Wiebe, dessinés et encrés par Tess Fowler, avec une mise en couleurs réalisées par Tamra Bonvillain. Les couvertures des épisodes 11 à 15 ont été réalisées par Stjepan Sejic, celle de l'épisode spécial par Tess Fowler.

Dans le passé, à l'Université des Mages, Gerard Vizari a organisé la destitution du Conseil en place, lors d'une prise de pouvoir par la force. De nos jours, les 4 Rat Queens sont prisonnières d'une troupe de gobelins, enfermées dans une cage, dans une caverne. Il s'agit de Betty (de la race des nains), Dee (Delilah), Hannah Vizari (une sorcière) et Violet Blackforge barbue. Fort heureusement, les gobelins sont incapables de résister à leur curiosité et de s'empêcher de gouter les bonbons de Betty. En plus ils sont assez stupides pour remiser les clefs à proximité de la cage. Les 4 aventurières peuvent ainsi recouvrer leur liberté.

Une fois à l'extérieur, elles reprennent leur progression sur un chemin enneigé dans les montagnes pour se rendre à la ville de Dunlas, où Hannah leur a promis une soirée mémorable à la taverne. Si l'alcool est bien disponible, l'ambiance n'est pas aussi folle que promise. Hannah retrouve Polle, un copain de jeunesse. Betty se fait agresser dans son sommeil par un nain masqué. Le lendemain, il ne leur reste plus qu'à reprendre le chemin en direction de l'Université des Mages, destination constituant l'objectif d'Hanah qui a l'intention de libérer son père Gerard de sa captivité.

Le premier tome de la série proposait au lecteur de plonger dans un monde d'Heroic Fantasy, avec une approche originale puisque les personnages principaux sont 4 femmes (ce qui dépare des conventions basiques du genre), un peu dessalées (et d'autant plus attachantes de par leurs imperfections). Le deuxième tome continuait sur cette lancée licencieuse, avec un approfondissement du caractère des héroïnes, leur donnant une profondeur inattendue, et leur permettant de s'incarner dans toute leur complexité et leurs contradictions. En prime, ce second tome bénéficiait des dessins de Stjepan Sejic pour les 2 derniers épisodes. Le lecteur éprouve une certaine hâte à faire un nouveau bout de chemin avec ces femmes, pour partager leur amitié chaleureuse. Sejic s'en étant allé réaliser ses propres séries (Sunstone, Death Vigil, ou encore Switch), le lecteur découvre une nouvelle artiste : Tess Fowler. La couverture est sympathique et annonce une bonne caractérisation de ces dames, à commencer par la barbe de Violet Blackforge, parfaitement intégrée à son visage.

Cette artiste respecte les caractéristiques visuelles de Betty, Dee Hannah et Violet, à commencer par la petite taille de Betty et sa tête un peu plus grande pour son corps, et la forte carrure de Violet (et sa barbe dont elle prend grand soin). Elle respecte les costumes, en les dessinant dans le détail (y compris les écailles de la cotte de mailles de Violet. Le lecteur retrouve également leur coiffure caractéristique : cheveux un peu raides pour Betty, permanente afro pour Dee, étranges nattes sur le dessus de la tête pour Hannah et longs cheveux roux avec une raie pour Violet. Ces donzelles arborent des expressions assez variées pour que leur personnalité transparaisse au cours des dialogues. Au fur et à mesure, leurs hanches prennent de la largeur et leur morphologie devient plus réaliste (ce qui est rendu encore plus manifeste quand on les compare à leur apparence sur les couvertures de Stjepan Sejic qui préfère des silhouettes plus élancées).

Dans la séquence d'ouverture, le lecteur s'inquiète de la capacité de Tess Fowler à rendre un environnement consistant. En effet, cette série se situe à un niveau de narration supérieur à la première histoire d'Heroic Fantasy du fait de la personnalité de ses héroïnes. Le lecteur s'attend donc à ce qu'elles évoluent dans un décor original et inventif, ou au moins tangible. Or lorsque Gerard se tient face au concile, ses membres se tiennent assis sur de vagues sièges en pierre, sans grande idée de la géométrie des lieux. La situation s'améliore avec la vue d'un flanc de montagne enneigé dans la deuxième séquence, où le lecteur apprécie le sens de la profondeur donnée. Avec la scène dans la caverne des gobelins, il y a toujours ce sens du volume, par contre les surfaces sont très vagues et dépourvues de texture. Tout du long de ces 5 épisodes, la représentation des lieux va osciller entre des plans très détaillés (la taverne de Dunlas, la bibliothèque de l'université), et des pages dépourvues d'arrière-plan. La mise en couleurs de Tamra Bonvillain est professionnelle, avec un bon savoir-faire pour renforcer le volume de chaque forme, même si le choix de couleur est parfois un peu vif. Par contre, elle ne sait pas combler ces arrière-plans vides, avec des camaïeux, ou des effets spéciaux.

À contrario, Tess Fowler maîtrise beaucoup mieux les postures et les gestes des personnages, ce qui aboutit à un langage corporel très parlant. L'état d'esprit des Rat Queens se lit sur leur visage et dans leurs postures, générant un bon niveau d'empathie pour le lecteur. De ce point de vue, elle fait honneur au scénario car Kurtis J. Wiebe a fait évoluer sa série. Elle ne reste plus à l'état d'une suite de missions à effectuer par les Rat Queens, le scénariste orientant son récit sur une mission de sauvetage du père d'Hannah Vizari. Ce choix fournit l'occasion de développer l'histoire personnelle de chacune des 4 donzelles. Celle la plus mise en avant évoque l'enfance d'Hannah, ou plutôt le positionnement de son père au sein de l'université, ses choix politiques et les conséquences pour sa famille (sa femme et sa fille). Hannah doit aussi se confronter à ses propres choix, et à ce qu'elle a caché à ses copines.

Cela devient d'ailleurs une sorte de fil conducteur puisque Betty a elle aussi fait des cachotteries, et les 2 autres également. Ces révélations sont prometteuses mais elles n'aboutissent pas à une décision ou à une remise en cause dans ce tome (sauf pour Hannah). Elles agissent plus comme des ressorts d'une comédie dramatique. Du coup le changement de ton peut être un peu déstabilisant pour le lecteur s'il appréciait plus la série pour son côté humoristique et irrévérencieux, que pour sa dimension dramatique. Il reste cependant quelques moments d'humour, tels la sentence sur les bonbons, ou la rencontre avec un dragon pas commode, ou une missive adressée à Violet.

Ce tome se termine avec un épisode spécial consacré à un personnage secondaire : Braga, un orque. Il s'agit d'un prince orque qui vient de remporter une victoire significative sur une tribu ennemi. Il rentre au campement et son père le prend à part pour lui annoncer qu'il souhaite qu'il prenne sa place. Braga lui répète à nouveau que ce n'est pas son souhait et qu'il préfèrerait qu'ils puissent trouver une échappatoire à la tradition.

Cet épisode supplémentaire sur un personnage secondaire confirme les impressions de l'histoire principale. Tess Fowler est aussi à l'aise pour dessiner des personnages expressifs grâce à leurs expressions et leurs postures. L'impression générale des dessins transcrit bien l'ambiance Heroic Fantasy, avec les oreilles et les tenues des orcs, ainsi que leurs armes blanches. La narration visuelle est claire et facilement compréhensible. Certaines pages sont dépourvues de décors. D'autres pages portent des dessins un peu lâches, avec un côté un peu esquissé pas toujours agréable à l'œil. L'épisode est agréable à lire, mais le fil directeur de son intrigue est assez prévisible. La dernière page déstabilise le lecteur qui ne connaît pas déjà le personnage.

Pour ce troisième tome, le scénariste a décidé de rentrer plus dans l'histoire personnelle de ses 4 héroïnes. Elles ne perdent pas en politiquement incorrect et restent très attachantes. Ces 5 épisodes contiennent des révélations qui font plus figure d'introduction que de chapitre complet. Tess Fowler met en scène Betty, Dee Hannah et Violet en conservant toute leur personnalité et leur entrain, mais les environnements perdent en détails en spécificités. Le récit ne maintient pas un niveau d'immersion suffisant pour le lecteur qui voit apparaître les ficelles du récit. 3 étoiles malgré toute l'affection que le lecteur peut porter aux héroïnes.


BATMAN  - LA COUR DES HIBOUX 2/2
BATMAN - LA COUR DES HIBOUX 2/2
par Collectif
Edition : Relié
Prix : EUR 9,90

3.0 étoiles sur 5 De l'excellent et du moins bon, 27 juin 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : BATMAN - LA COUR DES HIBOUX 2/2 (Relié)
Ce tome fait suite à La cour des hiboux (épisodes 1 à 7). Il contient les épisodes 8 à 12, et le numéro annuel 1, parus en 2012, majoritairement écrits par Scott Snyder, avec l'aide de James Tynion IV pour la deuxième partie de l'épisode 8, le numéro annuel 1, la deuxième partie de l'épisode 11 et l'épisode 12. La majeure partie des illustrations sont réalisées par Greg Capullo (dessins) et John Glapion (encrage), sauf pour la deuxième partie de l'épisode 8 (Rafael Albuquerque), la deuxième partie de l'épisode 11 (Albuquerque), et le numéro annuel (dessiné et encré par Jason Fabok). La première partie de l'épisode 12 est dessinée par Becky Cloonan, la deuxième par Andy Clarke. Parallèlement au présent tome, il est possible de lire l'intégralité du crossover dans Night of the Owls (en anglais). Il contient "All star western" 9, "Batman" 8 & 9 et le numéro annuel 1 (contenus dans le présent tome), "Batman the dark knight" 9, "Batgirl" 9, "Batwing" 9, "Birds of prey" 9, "Detective comics" 9, "Nightwing" 8 & 9, "Batman & Robin" 9, "Catwoman" 9 et "Red Hood and the Outlaws" 9.

Alors que Bruce Wayne se repose un peu dans sa bibliothèque, la Cour des Hiboux a décidé de passer à l'offensive en lâchant ses agents (Talons, en français les Ergots) dans Gotham pour en assassiner les principaux édiles. Une bonne dizaine d'entre eux sont arrivés au manoir des Wayne pour assassiner Bruce Wayne. Le numéro annuel développe l'origine de Mister Freeze (Victor Fries) : son lien avec Bruce Wayne, la mystérieuse Nora, etc. Par la suite, Batman obtient enfin un indice qui lui permet de remonter jusqu'à l'instigateur principal de cet assaut contre les principaux citoyens de Gotham, ou peut-être pas, avec une incroyable révélation à la clef (ou peut-être pas).

Ce tome s'ouvre avec un zoom arrière partant d'un tampon de regard d'égout pour finir au dessus des toits de Gotham, alors que Wayne se fait la réflexion qu'il ne connaît finalement pas sa ville. Après son passage entre les mains de la Cour des Hiboux, il a pris conscience qu'une société secrète a manipulé dans l'ombre la croissance de Gotham à son insu. Le travelling traduit visuellement l'idée que Wayne prend du recul (sous-entendu il ne l'a jamais fait auparavant). L'image d'après se situe dans la bibliothèque du manoir des Wayne plongée dans le noir, où Bruce contemple une maquette de Gotham. À nouveau il y a une métaphore visuelle sur l'image erronée que Bruce s'est forgé dans sa tête et cette réplique factice, tout aussi approximative. Tout d'un coup Wayne détecte la présence des Ergots et il s'en suit une dizaine de pages d'action, très vivantes dans lesquelles les phylactères se font discrets pour privilégier le mouvement. La deuxième partie de l'épisode prise en charge par Albuquerque développe l'aspect de coordination avec les autres titres gravitant dans la sphère d'influence de Batman (ceux cités pour le crossover "Night of the Owls"). Ce tome comprend plusieurs moments aussi impressionnant que la première partie de cet épisode où le lecteur est aux cotés de Batman, observant son intelligence au travail, épaté par ses prouesses physiques, et sa capacité d'anticipation. Tout au long du tome, le lecteur va ainsi se trouver face à des séquences d'une grande intelligence narrative, à la fois sur le plan de l'intrigue et sur le plan visuel. Dans la séquence d'ouverture de l'épisode 10, Batman a enfin trouvé une piste à remonter et il interroge une femme dont la main se crispe ressemblant alors à une serre. La page d'après, Batman écrase un masque de hibou contre des barreaux, et il éclate comme un oeuf. Quelques pages plus loin, Jonathan Glapion effectue un travail d'encrage exceptionnel pour rendre compte de la décrépitude des pièces désaffectées traversées par Batman.

Mais à coté de ces passages époustouflants, le lecteur est confondu par d'autres éléments d'une rare maladresse, à la fois dans l'intrigue, mais aussi dans les choix visuels. Ça commence avec Snyder qui ne peut pas s'empêcher de parsemer son récit de référence à The Dark Knight returns, que ce soit Batman endossant une armure, ou la commande "Activate Fido" qui évoque Carrie Kelley prenant les commandes de la batmobile tank, même l'utilisation des trophées de la batcave est dérivative et manque d'imagination, comme si Snyder était obligé de faire référence à l'histoire ultime de Batman (ultime en termes de ventes). Toutefois ces séquences pourront réjouir les lecteurs récents de la série. Mais, même eux devraient être déconcertés par cette référence gratuite à Henri Ducard, compréhensible uniquement par les connaisseurs experts en Batman. Le summum est atteint par l'énorme révélation de la fin de l'épisode 10, aussitôt désamorcée dès l'épisode suivant, comme si Snyder s'excusait de l'énormité qu'il avait proférée. Snyder s'enfonce encore avec la séquence consacrée à Jarvis Pennyworth qui permet de mettre en scène un autre Pennyworth, mais dépourvue de tout autre intérêt. Greg Capulo n'est pas en reste de séquences en toc avec Batman en train de voler : étrange choix de le dessiner comme possédant un superpouvoir alors que l'un des principaux attraits du personnage est qu'il pourrait à la rigueur être un humain normal. La scène dans laquelle Batman s'agrippe au réacteur d'un avion en plein vol met en surcharge le niveau d'exigence de suspension consentie d'incrédulité du lecteur.

Enfin le lecteur pourra éventuellement souffrir lors du passage d'un dessinateur à un autre. Albuquerque est très convaincant et intéressant, mais son style ne se marie pas bien avec celui de Capullo. Il en va de même de celui de Fabok pour l'épisode annuel inséré au milieu du tome, plus réaliste ce qui fait ressortir par contraste les scènes traitées de manière plus exagérée par Capullo. Placé en fin de tome, l'épisode consacré à l'influence de Batman sur 2 individus ordinaires jure moins, malgré le style très différent de Becky Cloonan. Par contre le lecteur a du mal à comprendre pourquoi elle n'a pas dessiné toutes les pages de l'épisode, et pourquoi le final est dessiné à nouveau dans un style réaliste par Andy Clarke.

À l'issue de la lecture de ce tome, le lecteur a l'impression d'avoir lu un patchwork de pièces disparates du fait de l'hétérogénéité des styles graphiques, et du retour en arrière sur le passé de Mister Freeze en beau milieu de tome. Le travail des 2 créateurs principaux (Scott Snyder et Greg Capullo) oscille entre des séquences époustouflantes, et des séquences enfantines.


Starfire Vol. 1: Welcome Home
Starfire Vol. 1: Welcome Home
par Jimmy Palmiotti
Edition : Broché
Prix : EUR 14,22

4.0 étoiles sur 5 Au soleil, 27 juin 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Starfire Vol. 1: Welcome Home (Broché)
Ce tome est le premier d'une série consacrée à la superhéroïne Starfire dont il n'est pas besoin de connaître l'histoire personnelle pour comprendre le présent récit. Il contient les épisodes 1 à 6, ainsi que le Sneak Peek, initialement parus en 2015/2016, coécrits par Amanda Conner & Jimmy Palmiotti, dessinés par Emanuela Lupacchino, encrés par Ray McCarthy, avec une mise en couleurs du studio Hi-Fi, avec l'aide de Mirco Pierfederici (dessins) et Trevor Scott (encrage) pour l'épisode 4. Les couvertures ont été réalisées par Amanda Conner, et mises en couleurs par Paul Mounts. Il s'agit de la version du personnage correspondant à la période New 52, ayant débutée en 2011.

Sneak Peek - Koriand'r interroge ses amis de l'équipe des Titans pour qu'ils la conseillent quant à l'endroit où elle pourrait s'établir pour tenter d'avoir une vie plus normale. Après en avoir discuté avec Superman, elle opte pour l'île de Key West en Floride, pour ses habitants tolérants. Sur place, elle se rend directement au poste de police pour se faire connaître. Elle y est reçue par la shérif Stella Gomez.

Épisodes 1 à 6 - En 2 pages, Koriand'r a résumé son histoire personnelle à Stella Gomez, en expliquant qu'elle est une extraterrestre, réfugiée de la planète Tamaran. Elle a avec elle quelques joyaux qu'elle revend chez un bijoutier afin de payer son loyer pour un bungalow, ainsi que sa nourriture. Une fois installée, elle doit faire face à un ouragan qui s'abat sur l'île, sauver un perroquet, puis mater un monstre. Elle croise une autre femme (Atlee) dotée de superpouvoirs, s'étant installée incognito sur l'île. Elle réussit à trouver rapidement un emploi grâce à son don pour les langues. Elle fait la connaissance du Docteur Soren Hook Johnson aux souvenirs troublants. Elle doit faire face à Kragg Gorn Kee, un chasseur de primes extraterrestre, venu sur Terre pour l'assassiner.

Les lecteurs ayant découvert Starfire dans la série New Teen Titans (1980) de Marv Wolfman & George Perez risquent de grimacer en découvrant que cette version New 52 du personnage ne conserve que le point de départ de son origine (une extraterrestre venant de Tamaran), avec quelques-unes de ses caractéristiques les plus marquantes (une peau orange, la capacité de projeter des décharges d'énergie, la capacité d'acquérir une nouvelle langue en embrassant celui qui sait la parler), et rien d'autre de son histoire personnelle. Le nouveau lecteur fait connaissance avec une jeune femme des plus agréables. Par rapport à ses débuts en 2011 dans It's our right to fight, les auteurs ont baissé d'un cran la provocation. Koriand'r n'agit plus comme une nymphomane incapable de s'empêcher de sauter sur tous les mâles qui passent à sa portée. Certes elle continue à ne pas être farouche, et à ne pas être pudique. Conner & Palmiotti en jouent un peu, mais de façon inoffensive, sans s'inscrire dans le registre de la titillation ou d'une prise de contrôle de la personnalité de Koriand'r par ses hormones.

Au long de ces 6 épisodes, les auteurs font passer la personnalité de Koriand'r au fur et à mesure des séquences. Bien sûr, c'est une superhéroïne qui n'hésite jamais à venir au secours des autres en cas de danger. Elle dispose de superpouvoirs qui lui permettent de voler de manière autonome, d'avoir une force plus grande que celle d'un être humain, de projeter des décharges d'énergie et d'apprendre quasiment instantanément une autre langue, y compris celle d'un animal (très belle séquence dans l'épisode 5). Elle n'est pas pudique, mais les gens autour d'elle essaye de lui faire comprendre ce qu'est la pudeur et pourquoi il est important de la respecter. Il n'y a donc pas de comportement lubrique, ou de jeunes mâles dominés par leurs hormones. Conner & Palmiotti effectuent un travail de dosage délicat pour construire sa personnalité.

Koriand'r (oui, Conner & Palmiotti font remarquer à plusieurs reprises que son nom évoque une plante aromatique) est une jeune femme de nature ouverte et confiante. Elle sait qu'elle n'a pas grand-chose à craindre des êtres humains puisqu'elle est beaucoup plus forte qu'eux, et elle souhaite apprendre leurs coutumes. Elle a la conversation facile, mais les incompréhensions sont fréquentes. En particulier, sa façon d'apprendre la langue a pour conséquence qu'elle n'en comprend que le premier degré. Elle prend toutes les expressions au pied de la lettre (en lisant cette phrase, elle se représenterait une lettre avec un pied). Plutôt que d'être un peu lourdingues en lui faisant poser une question à chaque expression imagée, les auteurs ont choisi de montrer au lecteur ce que comprend Koriand'r en demandant au dessinateur de représenter l'expression par un dessin dans un phylactère. Il s'agit d'une forme de comique très direct qui peut occasionner un sourire mais guère plus, car les dessins sont eux aussi littéraux, sans exagération comique ou caricature. Koriand'r est prompte à accorder son amitié (par exemple à Stella Gomez, Sol Gomez, ou encore Atlee) et elle ne se formalise pas des comportements parfois un peu bizarres (ou des sous-entendus dans les propos de quelques personnages, comme le monsieur dans son bain avec un casque sur la tête et des lunettes, attendant que l'ouragan s'apaise). Elle est prévenante vis-à-vis d'autrui et s'inquiète de la souffrance des autres. Elle est bien sûr courageuse et intrépide comme toute superhéroïne qui se respecte.

Comme à son habitude, Amanda Conner réalise des couvertures à croquer, avec des visages expressifs (mais des moues moins prononcées que pour Harley Quinn ou Power-Girl) et un travail de mise en couleurs impressionnant de Paul Mounts (observable car les couvertures sont reproduites en couleurs, et au verso en niveaux de gris). Ce tome comprend également 6 couvertures variantes dont 3 de Lupacchino et une de Darwyn Cooke. Pour mettre en images ces aventures lumineuses, les auteurs bénéficient des dessins d'Emanuela Lupacchino et de la mise en couleurs du Studio Hi-Fi. Ce dernier réalise un travail remarquable pour conférer une sorte d'aura orangée à la peau de Koriand'r ce qui évite d'oublier qu'il s'agit d'une extraterrestre (d'ailleurs les passants autour d'elles le remarquent). Lors de l'ouragan, les couleurs sont un peu plus sombres, lors du reste des séquences, elles rendent compte de la luminosité baignant cette partie des États-Unis qui bénéficie d'un fort niveau d'ensoleillement.

L'artiste se conforme à la nouvelle tenue conçue spécifiquement pour cette série. Elle est plus couvrante que celle du début des New 52, tout en laissant le ventre dénudé, ainsi que le haut des cuisses. D'un côté, Starfire fait moins aguicheuse qu'au début de New 52. D'un autre côté, porter des manches longues en Floride défie un peu le bon sens. C'est donc une amélioration par rapport à 2011, mais ça reste une forme de compromis. Ses tenues civiles sont beaucoup plus logiques, et Koriand'r retrouve ainsi toute sa puissance de séduction qu'elle avait lorsqu'elle était dessinée par son cocréateur George Perez. Lucpacchino évite de jouer sur une hypersexualisation de Koriand'r en restreignant les gros plans sur sa poitrine uniquement à des moments où il y a à proximité un individu de sexe mâle un peu tourneboulé par sa présence. D'une manière générale, il évite les cadrages racoleurs, et traite le personnage avec respect, sous-entendant la nudité (quand elle prend sa douche à l'extérieur), plutôt que de montrer le maximum de peau nue.

Le lecteur a donc le plaisir de voir évoluer une héroïne bien faite de sa personne (elles le sont pratiquement toutes), à l'aise dans son corps, mais débarrassée de la sexualisation outrancière du début de New 52, avec un costume plus raisonnable. Les autres personnages bénéficient du même degré de développement graphique que Koriand'r, avec des tenues vestimentaires adaptées et variées, des âges variés et des visages expressifs. La dessinatrice s'investit de manière visible et significative pour décrire les différents environnements : le terrain de camping, le bateau des gardes côtes, la supérette, la piscine de la maison de Stella Gomez et ses abords, l'aquarium, l'aéroport, le vaisseau spatial. Le lecteur ne se sent pas étouffé par les décors, tout en appréciant de les voir avec un niveau de détails qui permet de se projeter dans l'ambiance particulière de cette île au climat clément.

Les scènes d'action sont vivantes à souhait, avec une bonne impression de mouvement. Lupacchino sait inclure les éléments comiques (un nain de jardin, un perroquet, un individu dans son bain) de manière à ce qu'ils conservent leur intérêt premier d'élément du récit, tout en faisant naître un sourire sur le visage du lecteur qui prend conscience de leur part d'incongruité. Le perroquet est vraiment très réussi.

Ce premier tome présente à nouveau Koriand'r comme si le personnage venait tout juste de débuter. Les amoureux de Starfire regretteront qu'elle ait perdu tout son historique et qu'elle s'en trouve ainsi appauvrie. Amanda Conner & Jimmy Palmiotti effectuent un travail de qualité pour lui donner une personnalité agréable qui intègre son manque de pudeur sans pour autant la transformer en stimulant sexuel irrésistible. Les dessins participent à montrer une jeune femme agréable, franche et un peu naïve, mais sans être née de la dernière pluie. Avec ce tome, le lecteur passe un moment divertissant, en compagnie de personnages agréables se conduisant comme des héros, dans un endroit chaud et ensoleillé (après l'ouragan).


BATMAN  - LA COUR DES HIBOUX 1/2
BATMAN - LA COUR DES HIBOUX 1/2
par Jonathan Glapion
Edition : Relié
Prix : EUR 9,90

3.0 étoiles sur 5 Les hiboux sont jolis, mais leurs motivations restent un mystère générique., 26 juin 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : BATMAN - LA COUR DES HIBOUX 1/2 (Relié)
Ce tome contient les épisodes 1 à 7 de la série Batman, parus en 2011/2012, avec un scénario de Scott Snyder, des dessins de Greg Capulo et un encrage de Jonathan Glapion. Il s'agit du redémarrage de la série Batman après les événements de Flashpoint, dans le cadre de la relance globale de l'univers partagé DC, opération baptisée The new 52 (recueil des 52 numéros 1 de cette relance, en anglais). Dans les faits, la continuité de Batman est malgré tout globalement conservée inchangée.

Plusieurs prisonniers se sont échappés de leur cellule à Arkham et Batman doit calmer leurs ardeurs avant qu'ils ne s'échappent de l'asile. Heureusement il bénéficie de l'aide du Joker (?). De retour à la Batcave, il effectue un débriefing avec Dick Grayson et lui fait la démonstration d'un nouveau système informatique embarqué qu'il compte utiliser dans ses missions. Ils rejoignent, en civil, Tim Drake et Damian Wayne pour se rendre à une soirée mondaine où Bruce Wayne annonce son intention de faire construire plusieurs immeubles à Gotham. Peu de temps après, Batman intervient sur les lieux d'un meurtre dont le cadavre résiste à toute tentative d'identification. Il trouve sur place un message annonçant la mort de Bruce Wayne pour le lendemain. Un indice trouvé sur le cadavre évoque une vieille comptine spécifique à Gotham faisant référence à une cour des hiboux, ainsi que l'histoire de Gotham.

En 2010, Scott Snyder a le vent en poupe avec sa série American Vampire (lancée avec la participation de Stephen King). Pour la relance de l'univers DC, les éditeurs ont choisi de lui confier 2 séries dans le cadre de New 52 : Batman et Swamp Thing (à commencer par De sève et de cendres). La théorie veut que ces nouvelles séries soient plus accessibles aux nouveaux lecteurs. En ce qui concerne Batman (un personnage avec un bon taux de reconnaissance par le public), la réalité est plus nuancée puisque Snyder reprend là où il avait laissé le récit dans Sombre reflet. Il n'effectue donc pas de présentation complète de Bruce Wayne, de l'assassinat de ses parents et des différents membres de la confrérie de superhéros portant l'emblème de la chauve-souris. Le récit commence directement, sans préambule.

Dans son récit, Snyder introduit donc une mystérieuse association baptisée "congrès des hiboux" qui serait séculaire et aurait fortement influé sur le destin d'Alan Wayne, un ascendant de Bruce ayant vécu au dix-neuvième siècle. Il introduit quelques éléments sur le développement urbanistique de Gotham, reprenant une ou deux idées qu'il avait développées avec Kyle Higgins dans Gates of Gotham. Il n'est toutefois pas indispensable d'avoir lu cette histoire pour saisir les tenants et les aboutissants du présent récit. L'évolution de Gotham en tant que ville lui confère un caractère plus développé que d'habitude, en particulier avec l'utilisation intéressante du mythe urbain concernant le treizième étage.

Au-delà de cette augmentation du rôle de Gotham dans la narration, Scott Snyder a choisi de focaliser son récit sur les actions de Batman. Bruce Wayne n'est qu'une identité qu'il utilise pour ses apparitions en société. Batman travaille essentiellement seul et ses relations avec les autres superhéros chauve-souris sont restreintes à des échanges avec Dick Grayson. Le lecteur est donc amené à suivre Batman dans sa recherche d'indices, sa mise à jour de ce qui peut ou non prouver l'existence de ce groupe de hiboux. Cette partie bénéficie d'un rythme soutenu sans être épileptique. Les illustrations de Greg Capullo sont énergétiques et légèrement stylisées en ce qui concerne les visages (les mentons sont vraiment carrés, et les lèvres inexistantes, extrémités de doigts carrés pour Batman). Son Batman est très agréable à regarder, musclé sans être hypertrophié, jeune sans être adolescent, vif et agile. Les scènes d'action se lisent toutes seules. Les effets de style diminuent parfois un peu l'impact du récit en préférant des détails simplifiés, à un réalisme plus affirmé. Il y a par exemple Batman à moto sautant des rails sur le toit d'une rame dans une scène absolument impossible à croire au vu de sa représentation simplifiée.

Évidemment, le suspense n'est pas très intense puisque rien qu'avec le titre le lecteur a déjà bien compris que la Cour des Hiboux est bien réel, et non un fantasme. Mais arrivé au milieu, Batman est donc détenu prisonnier dans une sorte de labyrinthe où sa seule source pour se désaltérer contient vraisemblablement une drogue hallucinogène indéterminée. Et là Snyder décide d'infliger 2 épisodes de scènes plus ou moins déformées par la perception altérée de Batman dans ce labyrinthe. Au bout de quelques pages, ces différentes échauffourées finissent par perdre tout intérêt. Tout ce que découvre Batman est sujet à caution (délire ou réalité ?) et les événements prennent des dimensions impossibles à accepter. À un moment il a le corps transpercé par une épée, sans que cela ne semble vraiment le gêner plus que cela. Faute de repère clair, le lecteur ne peut qu'en déduire que les hallucinations se succèdent sans conséquence concrète. Les pages de Capullo oscillent entre des images mémorables, et des combats dans un décor générique inintéressant. Et comme souvent il est impossible de comprendre pourquoi les ennemis n'achèvent pas Batman alors qu'il est à leur merci, ou même comment il arrive à reprendre le dessus sur leur homme de main.

Le dernier épisode comporte une pleine page magnifique d'un hibou : quelle force dans sa posture, et quelle minutie dans l'encrage ! Puis Capullo repart pour 7 pages de dialogues sans décor, pour une scène où Batman repart dans sa paranoïa chronique, pour un face à face avec Dick absolument impossible à avaler. Et c'est déjà fini.

Ce tome commence bien avec un Batman convaincant, intelligent et fort, sans être invincible, avec des pages intéressantes visuellement. Et puis au fil des épisodes, Scott Snyder ramène le Batman paranoïaque et asocial, peu crédible par rapport aux personnes qui l'entourent (à commencer par Dick Grayson, mais aussi Damian Wayne, Tim Drake et même Alfred). Batman recommence à faire preuve d'une résistance à la douleur et d'une capacité d'ignorer les blessures démesurées (finalement ça ne fait pas si mal que ça un coup d'épée à travers le corps). Greg Capulo réussit des planches magnifiques, puis parfois pour plusieurs pages se désintéresse totalement des décors, ou choisit d'insérer une composante graphique enfantine qui rompt le charme de la lecture. Et à la fin du tome, le lecteur ne peut que s'interroger sur les motivations de la Cour des Hiboux qui restent trop superficielles pour leur donner une identité propre.


Kaijumax Season 1
Kaijumax Season 1
par Zander Cannon
Edition : Broché
Prix : EUR 9,33

4.0 étoiles sur 5 Des kaijū en détention, 26 juin 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Kaijumax Season 1 (Broché)
Ce tome est le premier d'une série indépendante de toute autre. Il comprend les épisodes 1 à 6, initialement parus en 2015, écrits dessinés et encrés par Zander Cannon. Les fonds de couleurs ont été réalisés par Jason Fischer, et la finition des couleurs par Cannon. Ce dernier est connu pour avoir réalisé les dessins de Top 10 d'Alan Moore, en collaboration avec Gene Ha, et pour avoir illustré Smax également d'Alan Moore.

En fait les gros monstres japonais des films des années 1950 et 1960 existent bien. Ils ont du mal à cohabiter avec les humains, surtout parce qu'ils détruisent souvent des villes et qu'ils émettent des radiations nocives. Le Japon a donc créé une force spéciale pour les capturer et les mettre en détention sur une île appelée Kaijumax (d'après le nom Kaiju qui désigne les films avec des monstres détruisant des villes dans le cinéma japonais). Cette île-prison est gérée par un groupe d'individus ayant la capacité de se transformer géant avec des pouvoirs pour raisonner les monstres. Le directeur s'appelle Kang, il est assisté par Ajit Gupta, Chau, Jeong, Mariko, Zhand (docteure). Ils sont assistés par l'intelligence artificielle Keiko (une sorte de sphère flottante), et sous la tutelle de la directrice Matsumoto.

Alors que le récit commence, une nouvelle fournée de prisonniers arrive sur l'île dont Electrogor, et la Créature de la crique du Diable (une chèvre plus ou moins anthropomorphe). Les nouveaux arrivants font vite la connaissance des anciens, à commencer par Mecha-Zon, le chef spirituel de la communauté des robots géants, qui a décidé de renoncer à la violence, Ape-Whale (le parrain de plusieurs races de monstres) et son fils Whoofy, le prince Zlook, ou encore Frankie (qui improvise des chansons de rap). Eloctrogor constate que la Créature de la crique du Diable s'est faite tabasser, lui-même se retrouvant la victime d'un odieux chantage. En outre, l'un des gardes trafique pour couvrir ses dettes de jeux, en assurant l'approvisionnement en drogues des détenus (essentiellement en uranium enrichi).

En 2015, de nombreux critiques ont encensés cette nouvelle série comme étant un joyau d'inventivité et d'humour. De fait le point de départ est original avec cette prison adaptée aux monstres japonais du vingtième siècle, nés de la peur de la bombe atomique. En découvrant la couverture et les dessins des pages intérieures, le lecteur éprouve quelques difficultés à cerner à qui s'adresse cette série. En effet Zander Cannon a pris le parti de dessiner des monstres mignons, avec un degré de simplification qui s'adresse d'habitude aux enfants. Il s'agit de monstres qui font honneur au côté bricolé des monstres de caoutchouc apparaissant dans les films kaijū. Ils semblent avoir été conçus par un enfant, avec une carapace dure et jaune vif, ou avec une toison toute blanche, avec des amas globuleux, un feuillage des plus rudimentaires, etc. Le summum est atteint avec Mecha-Zon dont les chenilles donnent l'impression de former une jupette métallique autour de sa taille.

Il est donc impossible de prendre au sérieux l'apparence de ces monstres, non pas qu'ils ressemblent à des acteurs ayant revêtu un costume en caoutchouc, mais parce qu'ils semblent avoir été dessinés par des enfants. Ils arborent en plus des expressions enfantines sur leur visage, avec parfois des yeux brillants et tous ronds qui peuvent littéralement s'emplir de larmes. Leur langage corporel est plus pataud que menaçant, leur apparence est ridicule, et leurs émotions transparaissent sur leur visage sans aucune retenue. Les êtres humains sont dessinés avec le même degré de simplification que dans un dessin animé à destination de la jeunesse. Leur contrepartie géante quand ils ont actionné leur costume s'inscrit dans le même registre. Le registre de leurs émotions est un peu plus large que celui des monstres et un peu plus adultes.

La majeure partie des séquences de ce tome se déroule sur l'île de Kaijumax qui a droit à son plan sommaire en fin de recueil. La représentation des décors est en phase avec celle des personnages : simplifiée. L'artiste représente des plaines désertiques ou recouvertes d'herbe, avec des petites montagnes formant des cirques, et quelques volcans. Les monstres s'assoient sur les volcans, se douchent sous les chutes d'eau, s'adossent aux montagnes pour se reposer. Il y a quelques canyons qui permettent de passer d'un cirque montagneux à l'autre. Au cours de ces épisodes, le lecteur peut également voir l'énorme puits circulaire creusé pour servir de cellule d'isolement, une autre île avec une ville jonchée de décombres après avoir été dévastée par un monstre, un casino extraordinaire sur la Lune et le poste de commandement des gardiens du centre de détention pénitentiaire. Il n'y a donc pas beaucoup de changements de lieu.

De la même manière, il y a peu d'accessoires, les kaiju étant des animaux monstrueux qui utilisent tout au plus un verre et une sorte de plateau pour poser leur nourriture quand elle prend une forme solide. Le plus étonnant dans ces accessoires reste ce qui leur sert pour la musculation dans le premier épisode (mais il n'en est plus questions dans les épisodes suivants). Les êtres humains utilisent un peu plus d'objets et d'outils en particulier des vaisseaux pour se déplacer d'une île à l'autre, ou un navire maritime. Là encore, le lecteur a l'impression de contempler des jouets en plastique pour enfants en bas âge. L'ensemble de la conception graphique donne l'impression d'un récit à destination d'un jeune public, sans beaucoup de détails, mais avec une forte identité visuelle pour chaque personnage.

Du coup le lecteur se retrouve dans un état d'esprit où il s'attend à un récit inoffensif pour enfant, avec des blagues sur les monstres. Effectivement, l'auteur fait preuve d'une bonne connaissance sur les conventions propres aux kaiju et le lecteur adulte sourit aux sous-entendus sur les radiations, ou les volcans. Néanmoins ces monstres sont loin d'être des incarnations de forces naturelles comme ils peuvent l'être dans leurs films d'origine. Quand dans le premier épisode, Electrogor évoque ses enfants qu'il a dû abandonner lorsqu'il a été capturé, le lecteur y voit une grosse ficelle tire-larme. Effectivement, ce monstre se plaint régulièrement de ce qui a pu arriver à ses enfants livrés à eux-mêmes, mais le scénariste ne les montre pas en pleine détresse. Toujours dans ce premier épisode, Eletrogor subit un chantage odieux d'un autre prisonnier, à nouveau une façon de jouer sur la corde sensible du lecteur. La philosophie pacifiste de Mecha-Zon ne semble avoir été intégrée que pour créer un moment de détente comique.

C'est donc un peu déconcerté que le lecteur avance dans le deuxième épisode où il est question de trafic de drogue sur Kaijumax, avec des détenus qui se défoncent pour pouvoir supporter ces longues journées d'inactivité. Il voit avec stupeur qu'un des prisonniers est salement amoché après avoir été tabassé. Il comprend que l'un des gardiens deale de la drogue pour payer ses dettes de jeu. Il se produit une dissonance narrative irréconciliable entre cette apparence mignonne et inoffensive, et les actions de quelques personnages. Il est difficile de prendre au sérieux ce manque de moralité et cette dépravation sous-jacente, alors que les images correspondent toujours à une histoire pour enfant.

La situation va en s'aggravant dans l'épisode 3, avec un dilemme moral terrible pour Mecha-Zon, un petit doigt coupé, une mise à mort d'une soudaineté imprévisible. Décidément le lecteur doit revoir ses a priori sur cette série. Il s'agit bien d'un hommage aux films kaijū, mâtiné d'un récit de genre, celui qui correspond aux films de prison. Ces monstres à l'allure inoffensive et amusante sont des détenus qui sont sans pitié entre eux, les plus forts asservissant les plus faibles, les manipulant, les spoliant, en abusant. Zander Cannon n'hésite pas à intégrer un monstre enfant qui est lui aussi victime d'une machination aux conséquences traumatisantes. Il faut un peu de temps pour que le lecteur révise son jugement et recalibre sa façon de comprendre le récit. Visuellement les monstres restent toujours aussi inoffensifs, mais leurs comportements le sont beaucoup moins. À partir de l'épisode 4, les personnages acquièrent une dimension tragique. Les manipulations diverses et variées ont des conséquences sur les victimes, générant une empathie pour le lecteur. Le récit passe d'un conte vaguement amusant par ses références, à un drame réellement inquiétant.

Pour prendre la mesure de la nature de ce récit, il faut dépasser la première moitié de ce tome. Zander Cannon a adopté une esthétique évoquant un ouvrage à destination d'enfants de moins de 10 ans, sans aller jusqu'au mièvre. Du coup les agissements des monstres et des gardiens semblent sans réelle conséquence, pas toujours raccord avec la situation, mais tout finira bien par s'arranger. À partir de l'épisode 2 le lecteur ne peut plus ignorer des agissements en dissonance totale avec ce qui est montré. Avec l'épisode 3, le doute n'est plus permis : ce récit est plus un hommage aux films de prison qu'aux films kaijū. Une fois cette méprise levée, il apparaît que l'auteur maîtrise les conventions des 2 genres et que l'intrigue est noire à souhait (même si les dessins, eux, restent sympathiques et riants). 4 étoiles pour un récit qui nécessite un temps certain avant de révéler sa saveur réelle. Alors qu'au bout de 2 épisodes le lecteur avait acquis la certitude qu'il s'arrêterait au premier tome, à la fin il se dit qu'il aimerait connaître la suite et qu'il reviendra pour la deuxième saison.


JUSTICE LEAGUE : aux origines
JUSTICE LEAGUE : aux origines
par Collectif
Edition : Album
Prix : EUR 9,90

3.0 étoiles sur 5 Une origine de plus pour la Justice League, 25 juin 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : JUSTICE LEAGUE : aux origines (Album)
Ce tome regroupe les épisodes 1 à 6 de la série, parus en 2011. Cette histoire se déroule après la clôture de la précédente version de l'univers partagé de DC, suite aux événements de Flashpoint (en anglais). Il s'agit du début de la Justice League, version 2011. Aucune connaissance préalable n'est requise pour comprendre ce qui se passe. Qui plus est, Geoff Johns (le scénariste) a indiqué que cette série (Justice League) est à la fois le point de départ et la pierre angulaire du nouvel univers partagé DC.

Le récit se déroule il y a 5 ans (par rapport à l'époque "actuelle" de la remise à zéro de l'univers partagé DC). Batman poursuit une créature extraterrestre sur les toits de Gotham. Les hélicoptères de la police suivent la scène en hauteur et somment le poursuivi et le poursuivant de se rendre. Puis ils ouvrent le feu sur les 2. Tout d'un coup surgit un gugusse très sûr de lui vêtu d'une tenue vert brillante, avec un anneau de pouvoir et une tendance marquée à la fanfaronnade : Green Lantern (Hal Jordan). Une fois que Batman a réussi à le calmer, Green Lantern accepte de l'aider et ils découvrent que la créature a installé un dispositif technologique dans les égouts, qui émet un son "ping" de manière chronique. Du fait du caractère extraterrestre de l'engin, Batman et Green Lantern décident d'aller demander des explications à Superman, à Metropolis. Ailleurs, Victor Stone marque un nouveau point dans un match de football américain, faisant ainsi gagner son équipe. Les recruteurs l'attendent dans les vestiaires, mais son père est absent.

Première approche de lecture, vous êtes novice dans l'univers DC : une vague notion de l'existence de certains personnages et vous découvrez la Justice League avec cette histoire. Au fur et à mesure des épisodes, le lecteur découvre les 7 superhéros composant la Justice League qui se rencontrent pour la première fois (sauf Green Lantern et Flash qui se connaissent déjà). Geoff Johns prend grand soin de donner un caractère marqué et différent pour chacun. Cette histoire repose sur une invasion extraterrestre très classique, sans grande surprise, avec un clivage Bien/Mal très basique (les superhéros luttent pour le Bien, le grand méchant sème la destruction sans arrière pensée et ses sbires emploient même la torture). Les interactions entre les personnages sont sympathiques, même si leur portrait psychologique n'est jamais développé au-delà d'un unique trait de caractère prédominant. Jim Lee dessine des planches très vivantes, avec des personnages toujours en mouvement et débordant d'énergie, avec plein de traits partout. Scott Williams encre chaque case avec application pour conserver le même style du début jusqu'à la fin, des traits fins et nombreux renforçant les détails, accompagnant les mouvements, texturant chaque surface, tout en restant lisible. Ça pète de partout et c'est tout juste si le lecteur remarque qu'au fur et à mesure des épisodes Jim Lee semble de plus en plus pressé et allège ses cases en détails.

Il s'agit donc d'un récit rapide, avec des personnages ayant la réplique facile et lutant pour le bien de l'humanité contre un envahisseur qui conserve la majeure partie de son mystère à la fin. Ça se lit très rapidement, c'est agréable et nerveux, mais finalement assez creux, un pur divertissement très coloré, peu substantiel que ce soit pour le scénario ou pour les dessins. 4 étoiles.

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Deuxième approche de lecture, il s'agit d'une nouvelle origine de la Justice League, comme il y en a déjà eu d'autres. Après tout les révisions et le concept de continuité rétroactive sont une nécessité pour des personnages dont les aventures paraissent mensuellement depuis des décennies. Geoff Johns pose calmement les fondations de la Justice League : après la rencontre entre Batman et Green Lantern, les personnages sont rajoutés un par un ce qui permet de bien montrer leur spécificité par rapport aux autres, de leur donner une voix particulière (exercice dans lequel Johns excelle) et de mettre en valeur l'apport de chacun. Sur ce point le récit est irréprochable et il constitue une référence pour les aventures à venir quant à la dynamique entre ces personnages. L'aventure par contre manque d'envergure et d'imagination. Johns a recours à l'une des trames les plus usées (l'invasion extraterrestre, éculée à égalité avec le robot tueur indestructible) pour pouvoir consacrer le coeur de son récit à la justification et l'explication de la Justice League. Jim Lee met le tout en image avec son style si énergétique, mais il se contente de servir les visuels attendus, se reposant sur les versions précédentes sans essayer de renouveler leur univers visuel (la perte du slip rouge de Superman restant finalement très anecdotique par rapport aux précédents changements, comparé par exemple avec les costumes de Superman Rouge et Superman Bleu quand il était divisé en 2 entités).

Dans cette nouvelle version des origines de la Justice League, les éléments les plus originaux sont les échanges entre ses membres (plus secs, et un peu moins drôles que ceux de la JLI - en anglais - de Keith Giffen et JM DeMatteis), la nouvelle personnalité de Wonder Woman et l'intégration de Cyborg à l'équipe, avec son origine concomitante à la création de la Justice League. Les illustrations sont efficaces et dynamiques, sans être exceptionnelles. Entre 3 et 4 étoiles en fonction de l'état d'esprit dans lequel vous le lisez.

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Troisième approche de lecture, vous êtes un lecteur de longue date de l'univers DC. Vous acceptez (de mauvaise grâce) la remise à zéro de cet univers (il n'y a pas le choix de toutes façons), mais vous espérez que cette nouvelle mouture apportera du neuf, et sera meilleure que les précédentes, qu'elle justifie son existence en quelque sorte. Là, le bilan est plus mitigé. Avec tout son talent, Geoff Johns a du mal à sortir des sentiers battus. Son récit n'a pas la poésie de la version qui avait été réalisée par Peter David, Keith Giffen et Eric Shanower (rééditée dans Secret Origins, en anglais), ni l'originalité de la première version (dès que la boîte commence à émettre des "ping", le lecteur a compris qui se cache derrière cette invasion). Les relations entre Batman et Green Lantern sont directement copiées sur la version de Frank Miller (dans All Star Batman & Robin, The Boy Wonder, en anglais). Le lecteur a du mal à saisir pourquoi Batman enlève soudainement sa cagoule devant Green Lantern, si ce n'est pour permettre à Johns d'intégrer ce point de continuité dans cette histoire (sinon ça arrive comme un cheveu sur la soupe). L'inclusion de l'origine de Cyborg dans cette histoire n'apporte pas grand-chose au récit et sert uniquement de pierre de fondation pour la suite. La distribution des rôles de chacun (leur apport spécifique à l'équipe) rappelle ce que Grant Morrison avait déjà fait dans ses propres histoires (Nouvel ordre mondial et suivants).

La vraie surprise est la nouvelle personnalité de Wonder Woman qui apparaît pour la première fois ici et qui laisse augurer du meilleur pour la suite.

Les illustrations de Jim Lee sont agréables à l'oeil, mais un peu décevantes par rapport à son travail sur Silence ou sur "All Star Batman". Donc pour cette approche de lecture, ce tome mérite 3 étoiles du fait d'une histoire convenue et peu remarquable par rapport à des versions précédentes, et du fait d'illustrations en dessous de ce que l'on pouvait attendre de Jim Lee.

Ce tome contient également les crayonnés des couvertures dessinées par Jim Lee. C'est l'occasion d'admirer le travail de Scott Williams par comparaison avec les couvertures encrées, et je lui tire mon chapeau pour sa capacité à donner de la profondeur en priorisant les différentes formes. Il y a également les couvertures alternatives de David Finch, Ivan Reis, Greg Capullo et Eric Basaldua, ainsi que quelques crayonnés de conception des personnages.


Spider-Gwen Vol. 1: Greater Power
Spider-Gwen Vol. 1: Greater Power
par Jason Latour
Edition : Broché
Prix : EUR 16,83

3.0 étoiles sur 5 Il y a comme un Lézard., 25 juin 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Spider-Gwen Vol. 1: Greater Power (Broché)
Ce tome fait suite à Most wanted? (épisodes 1 à 5 de la précédente série) qu'il vaut mieux avoir lu avant pour comprendre l'historique de la relation entre les personnages. Il comprend les épisodes 1 à 6 de la série suivante, initialement parus en 2015/2016, écrit par Jason Latour, dessinés et encrés par Robbi Rodriguez, à l'exception de l'épisode 5 qui a été dessiné et encré par Chris Visions. La mise en couleurs a été réalisée par Rico Renzi.

Le Bandit Bodega s'attaque à un diner en volant une saucisse pour son chien. Gwen Stacy se réveille en retard et tisse sa toile pour arriver à l'heure pour son service dans le même diner. Elle bondit de voiture de police en voiture de police, tout en téléphonant à son père et arrive trop tard car le diner a été saccagé par le Lézard. Pendant ce temps-là, George Stacy a une conversation presqu'honnête avec Jean DeWolff sur son enquête relative à la mort de Peter Parker, et l'innocence vraisemblable de Spider-Woman. Cette dernière se met à la recherche du Lézard.

Spider-Woman commence par se rendre dans le laboratoire du docteur Curt Connors, mais il ne reste rien, ce qui n'empêche pas quelques souvenirs relatifs à Peter de lui revenir en mémoire. Il ne lui reste plus qu'une seule solution : acheter des saucisses pour hotdog, les faire chauffer et les emmener dans les égouts pour attirer le Lézard. Pendant ce temps-là, George Stacy prend son courage à deux mains et fait part de sa conviction à Ben Parker, quant à l'innocence de Spider-Woman dans le meurtre de son neveu. Harry Osborn revient d'un long séjour à l'étranger. Matt Murdock rend visite à George Stacy.

Le premier tome s'était avéré agréable à lire, le scénariste évitant de trop s'appesantir sur la redite des origines de l'héroïne et évitant également le décalque trop proche de Spider-Man. L'histoire se déroule donc sur la Terre 65, l'une des nombreuses Terre du multivers Marvel (pour mémoire la Terre principale est référencée 616). Ces 6 épisodes forment un chapitre complet dans lequel Spider-Woman (c'est le nom de superhéroïne de Gwen Stacy, Spider-Gwen ne servant que de titre à la série) se confronte au Lézard de cette Terre. Le lecteur ressort un peu étonné de ce tome, car un certain nombre d'éléments présents dans le précédent semblent être passés à l'as sans raison apparente.

Dans le tome précédent, le scénariste prenait soin de montrer Gwen Stacy dans les différents aspects de sa vie : superhéroïne bien sûr, fille de George Stacy, copine pas très assidue, demoiselle pleine d'entrain et d'empathie. Sur ces 6 épisodes, 1 est consacré à George Stacy, celui dessiné par Chris Visions, à savoir le numéro 5. Sur les 5 autres épisodes, il n'y a que le numéro 3 dans lequel Gwen Stacy passe plus que 3 pages en civil ; dans les autres elle passe plus des trois quarts du temps en superhéroïne. C'est très déstabilisant car la série n'avait pas démarré sous ces auspices. En particulier le fait que Gwen assure la batterie dans un groupe n'intervient pas du tout. Sa relation avec son père n'évolue pas, alors que c'était un élément majeur dans le premier tome. Ses relations avec ses copines sont tellement secondaires qu'elles en deviennent inexistantes. Elle n'a pas non plus d'interaction avec May et Ben Parker. Du coup il ne reste plus beaucoup de possibilité pour faire s'exprimer sa personnalité.

Passée la scène introductive dans laquelle elle craint d'arriver en retard, il reste quelques dialogues avec Harry Osborn et les 6 pages de discussions avec Jessica Drew sur la Terre 616 en ouverture de l'épisode 3. Le lecteur se rabat donc sur l'intrigue proprement dite. Au travers de ses actes, Gwen Stacy fait encore preuve d'un caractère certain, en prenant des risques pour résoudre le mystère entourant ce nouveau Lézard, en se battant contre le Green Goblin, et en confrontant un ami proche sur la mort de Peter Parker. Mais globalement il s'agit de comportements classiques pour n'importe quel superhéros débutant, sans que les traits spécifiques de Gwen en ressortent. Son entrain et une certaine forme de refus de la confrontation systématique arrivent encore à passer la page. Gwen Stacy reste une jeune femme pleine d'allant, avec la volonté de bien faire, d'être à la hauteur de ses responsabilités et de ses remords vis-à-vis de Peter Parker.

L'intrigue ne fait donc pas assez honneur au personnage principal. Elle s'avère assez linéaire dans sa construction, les rares retours dans le passé n'apportant pas beaucoup d'informations. Spider-Woman passe d'un combat au suivant, en affrontant ses adversaires, en papotant beaucoup, mais pas avec la même verve pour débiter des vannes que Spider-Man version 616. Elle rencontre 2 autres superhéros dans des versions différentes (à commencer par l'identité) des versions originales 616. Là encore cette rencontre ne sert qu'à présenter les autres superhéros, sans leur donner beaucoup de personnalité, sans que les interactions avec Spider-Woman soient très intéressantes.

Finalement le lecteur en vient à placer plus d'attente dans l'intrigue secondaire qui concerne George Stacy et qui l'amène à rencontrer Matt Murdock. À nouveau le lecteur se demande bien pourquoi Frank Castle (en concurrence directe avec le capitaine Stacy) n'intervient pas dans ces épisodes, alors qu'il semblait si déterminé à ne rien lâcher et à agir immédiatement dans le tome précédent. L'épisode 5 fait donc avancer de manière significative le dilemme auquel est confronté George Stacy. Mais à nouveau, il s'agit d'un chantage basique dont l'issue ne fait pas l'ombre d'un doute dès que Murdock a mis la pression sur Stacy.

Le lecteur éprouve le plaisir de retrouver les dessins de Robbi Rodriguez, si caractéristiques qu'ils avaient déjà imprimé une forte identité graphique sur la série. Chacune des 6 couvertures met en scène Spider-Gwen, avec un travail conceptuel pour l'arrière-plan, réalisé à l'infographie, avec un choix de couleurs tirant vers le rose, pour un effet entre chaleur humaine et angoisse. Pour les pages intérieures, les dessins semblent avoir été réalisés avec un trait vif pour détourer les formes. L'artiste ne recherche pas le réalisme, mais plus l'impression de légèreté et de spontanéité. Il prend soin de représenter les décors régulièrement, sans une grande abondance de détails. Ainsi les arrière-plans permettent de bien situer où se déroule l'action, mais les décors ne sont pas très consistants, comme si le budget alloué était limité.

Ses personnages sont très vivants sur la page, avec des postures normales et des morphologies normales. Gwen ne donne pas l'impression de passer 5 heures par jour sur un banc de musculation, les autres personnages non plus, même les autres superhéros invités. Le lecteur peut même remarquer que Jessica Drew adopte des vraies postures de femme enceinte. Les affrontements physiques (il y en a au moins un dans chaque épisode) ne présentent pas un grand intérêt visuel. Rodriguez se contente de montrer les personnages en train de porter des coups, sans impression de mouvement d'ensemble. Il est beaucoup plus divertissant de voir Spider-Woman en train de se déplacer dans les rues, ou dans les égouts, car le sens du mouvement est plus spectaculaire.

Les dessins de Robbi Rodriguez sont rehaussés par la mise en couleurs de Rico Renzi. Celui-ci réussit les effets spéciaux avec habileté. Les toiles d'araignée à l'intérieur de la capuche de Spider-Woman ressortent très bien alors qu'elles sont tout en finesse. Il utilise une palette de couleurs assez vives, dans les tons vert, violet, rouge, faisant souffler un air de jeunesse tout à fait approprié à la série.

L'épisode 5 est dessiné par un autre artiste pour laisser le temps à Robbi Rodriguez de souffler un peu. Chris Visions donne également l'impression que ses dessins ont été réalisés sur le vif, mais avec un trait de détourage beaucoup plus gras. La narration visuelle y perd en légèreté. Il s'intéresse moins aux décors que Rodriguez, ce qui obère d'autant le potentiel d'immersion pour le lecteur. Le mode de détourage rend les personnages laids, pas agréables à regarder. La mise en page et les prises de vue sont un peu brouillon.

Ce deuxième tome des aventures de Gewn Stacy version Terre 65 déçoit par rapport au premier. Jason Latour ne réussit pas à retrouver l'équilibre entre les diverses composantes du personnage, diminuant d'autant la palette de saveurs du récit. Gwen Stacy a perdu une partie de sa personnalité et son capital sympathie diminue d'autant. Les autres personnages ne disposent pas de beaucoup de places pour exister (en particulier ses copines du groupe de rock Les Mary-Jane), même George Stacy se retrouve cantonner dans un rôle prévisible. Jean DeWolfe apparaît juste le temps de 2 pages et Frank Castle est aux abonnés absents. Cela permet à Latour de disposer d'assez de place pour développer son récit sur le Lézard, mais l'intrigue peine à susciter l'intérêt du lecteur. Robbi Rodriguez réalise des pages vivantes et légères, très enlevées pour les acrobaties de Spider-Woman, moins convaincantes pour les affrontements physiques. Chris Visions réalise un épisode graphiquement trop éloigné de Rodriguez. Le lecteur reste encore partiellement sous le charme de Gwen Stacy, mais ce tome ne donne pas l'assurance de l'intérêt de ce personnage sur le long terme.


SUPERMAN - LES HOMMES D'ACIER
SUPERMAN - LES HOMMES D'ACIER
par Collectif
Edition : Album
Prix : EUR 9,90

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un nouveau Superman familier, 24 juin 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : SUPERMAN - LES HOMMES D'ACIER (Album)
En 2011, à la suite du crossover Flashpoint, DC Comics remet à zéro l'ensemble de son univers partagé dans une opération batpisée "New 52". Le personnage de Superman a droit à 2 nouvelles séries : Superman (en anglais) et Action Comics. La particularité de cette dernière est de se dérouler au début des apparitions de Superman. Le présent tome comprend les épisodes 1 à 8 de la série débutée en 2011. Tous les scénarios sont de Grant Morrison.

1ère histoire (épisodes 1 à 4, 7 & 8, dessins de Rags Morales, avec l'aide Brent Anderson pour 1 épisode, Gene Ha pour 7 pages, et Brad Walker pour le dernier épisode, encrage de Rick Bryant, John Dell, Sean Pearsons et Bob McLeod en fonction des épisodes) - À Metropolis, un curieux jeune homme à la force herculéenne et à la vitesse impressionnante s'en prend à Glen Glennmorgan un capitaine d'industrie habitué à rogner sur la qualité aux mépris des règles de sécurité. La police est impuissante à l'arrêter. L'armée (par l'intermédiaire du général Sam Lane, le père de Lois) a requis l'aide de Lex Luthor comme consultant extérieur, et grâce à ses idées et sa stratégie ce jeune qui se fait appeler Superman est fait prisonnier.

Superman est un personnage créé par Jerry Siegel et Joe Shuster dont les premières aventures ont été éditées en 1938 (à commencer par Archives Superman 1939-1940). La première modification significative dans la continuité du personnage intervint en 1969 quand DC Comics introduit la notion de terres parallèles dans son univers partagé. Le Superman originel ayant combattu pendant la seconde guerre mondiale prend de l'âge et vit sur la Terre-2, alors que sur notre Terre (la terre principale) Superman est arrivé sur Terre après la seconde guerre mondiale. La seconde modification majeure apportée au personnage intervient quand DC Comics décide de simplifier son univers partagé avec terres parallèles à gogo. En 1986, l'histoire Crisis on Infinite Earths met fin à la continuité en place et la minisérie L'homme d'acier de John Byrne fait repartir le personnage à zéro en introduisant des changements significatifs dans son histoire tels que Pa & Ma Kent sont toujours en vie, il n'a jamais été Superboy et ses niveaux de pouvoirs sont rabaissés.

Ce nouveau démarrage de 2011 constitue une remise à zéro complète et donc Grant Morrison a une latitude équivalente à celle de John Byrne en 1986 pour redéfinir plusieurs éléments du canon du personnage. Sa mission est complexe car il doit bâtir une histoire suffisante par elle-même, lisible par les nouveaux lecteurs ne connaissant rien du personnage (en existe-t-il vraiment ?), servir de point de départ pour toutes les histoires qui suivront pour ce personnage et donc être d'une logique interne à toute épreuve tout en offrant des possibilités d'extension pour des années à venir. Petit défi supplémentaire : Morrison doit réussir à introduire assez d'originalité pour ne pas donner l'impression de répéter une histoire déjà redite ad nauseam.

Grant Morrison a pris le parti de situer cette première histoire au tout début de la carrière de Superman, alors qu'il ne porte pas encore son costume traditionnel, qu'il n'y a pas d'autre superhéros à l'horizon, qu'il est tout jeune adulte et qu'il ne dispose pas encore de la plénitude de ses pouvoirs (pas de capacité de vol autonome). Le résultat est incroyablement novateur. Voici un jeune homme vif, souriant, espiègle, aimant la vie, défendant les opprimés. Rags Morales lui donne une apparence cohérente avec ce caractère : un jeune sûr de son bon droit, ayant l'assurance que peuvent donner ses pouvoirs physiques, prêt à sourire, avec une légère tendance toute naturelle à parader. Morales habille Clark Kent de vêtements amples pour cacher sa musculature et lui donne une coupe de cheveux à la Harry Potter, à la fois crédible et irrésistible.

Rags Morales utilise une idée toute simple, et très efficace pour donner une apparence spécifique au personnage. Comme prévu dans le scénario, Superman ne porte pas son costume bleu et rouge ; Morales lui donne un simple T-shirt avec un S, un jean rapiécé au genou et des godillots d'un autre âge. Cette forme de proto-costume entérine de manière parfaite le fait qu'il s'agit des débuts de Superman. Cette apparence issue d'une campagne surannée et un peu idéalisée est renforcée par le décalage avec la modernité de Metropolis où Lois et Jimmy utilisent des smartphones et tiennent chacun un blog. Même s'il apparaît que Morales fatigue d'épisode en épisode et qu'il était temps qu'il passe la main à un autre illustrateur, il a su créer une nouvelle identité visuelle forte pour les débuts de Superman. Une case dans le premier épisode permet de découvrir la source d'inspiration de Morales : il apparaît les lettres WE sur un mur, écrites avec la graphie utilisée par Will Eisner pour signer ses oeuvres.

De son coté, Morrison jongle donc avec une histoire à raconter, et des éléments de continuité à redéfinir et à poser. Pour l'intrigue, il a choisi la trame de l'extraterrestre qui vient pour détruire la Terre. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il s'agit d'un cliché éculé aussi original que le robot destructeur (ah, tiens, il y en a aussi). Ce n'est pas parce que cet extraterrestre a des liens organiques avec Superman et Krypton qu'il en devient plus original. Heureusement cette intrigue soporifique et usée jusqu'à la corde est compensée par une personnification savoureuse des principaux personnages (Lois Lane, Jimmy Olsen, Lex Luthor, etc.) avec des variations originales et intelligentes, et l'apparition de quelques personnages originaux très intrigants dont madame Nyxlygsptlnz, la logeuse de Clark Kent ou encore l'insaisissable associé de Glennmorgan. Il réussit également à intégrer un ou deux concepts ébouriffants dont il a le secret tels que la véritable origine d'internet. Pour un nouveau lecteur, c'est un vrai plaisir d'assister aux débuts du personnage dans un scénario qui s'intéresse aux personnages. Pour un ancien lecteur, c'est un plaisir rare que de lire une histoire originale de Superman, novatrice et respectueuse des personnages. Grant Morrison tient son pari de raconter une histoire prenante et surprenante des origines de Superman.

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2ème histoire (épisodes 5 & 6, dessins d'Andy Kubert, encrage de Jesse Delperdang) - Dans un lointain système solaire, sur une planète appelée Krypton, Lara et Jor-El font face à l'effondrement de leur planète. Leur enfant est recueilli sur Terre par un couple de fermiers, mais l'armée récupère le vaisseau dans lequel il est arrivé, avec en particulier son système de propulsion et le carburant.

C'est l'occasion pour Grant Morrison de développer sa vision de la vie sur Krypton, le mode de vie, le positionnement de Jor-El, mais aussi d'inclure un voyage dans le temps, avec des visiteurs du futur et de définir les nouvelles règles du jeu concernant la kryptonite. Morrison s'amuse comme un petit fou avec une structure complexe (les voyages dans le temps, ça donne souvent mal à la tête) et une réinstauration de plusieurs éléments kitch qui avaient disparu avec la nouvelle continuité instauré à partir de "L'homme d'acier". Le lecteur peut à nouveau apprécier la structure narrative élaborée et l'amour de Morrison pour les éléments les plus farfelus de la continuité pré-Crisis. Il peut aussi craindre que ces mêmes éléments aux mains de scénaristes moins doués ne fassent retomber le personnage dans des histoires infantiles. Seul l'avenir permettra de savoir. Les illustrations de Kubert sont faciles à lire, détaillées, agréables à regarder, mais assez fades à mon goût. Après 2 épisodes, il n'y a aucun visuel qui me reste à l'esprit.

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Histoires supplémentaires - (1) Steel (Henry Irons) sauve des vies alors qu'une partie de Metropolis a été enlevée et emmenée dans l'espace, en 16 pages. Le scénario est de Sholly Fisch, et les illustrations de Brad Walker. (2) Jonathan et Martha viennent de se marier et essaye de concevoir un enfant, en 8 pages. (3) Le temps est venu pour Clark Kent de quitter le Kansas et de faire ses adieux à ses 2 meilleurs amis, en 8 pages. Le scénario de ces 2 dernières histoires est également de Sholly Fish, et les illustrations de Chris Cross.

Ces 3 histoires se lisent rapidement ; elles sont linéaires et simples. Elles permettent de développer le personnage d'Henry Irons, de préciser les relations de couple des parents Kent, et d'introduire les 2 amis d'enfance de Clark. Walker et Crisscross réalisent des illustrations détaillées et immersives. Walker apporte une texture plus importante à ses dessins qui en deviennent plus intenses.

Le tome se termine avec la reproduction des 8 couvertures variantes, de quelques croquis préparatoires accompagnés de brefs commentaires de Grant Morrison, de Rags Morales et de Gene Ha.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 24, 2016 10:56 PM MEST


Jessica Farm 1
Jessica Farm 1
par Josh Simmons
Edition : Broché
Prix : EUR 15,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Œuvre expérimentale et personnelle, 24 juin 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Jessica Farm 1 (Broché)
Il s'agit du premier tome d'une série indépendante de toute autre, au mode de création des plus particuliers. Il contient les planches réalisées entre janvier 2000 et décembre 2007, à raison d'une par mois. Il s'agit d'une bande dessinée en noir & blanc, écrite, dessinée et encrée par Josh Simmons. Ce créateur est également l'auteur de House et Black River. La suite de cette histoire se trouve dans Jessica Farm 2, soit les pages réalisées de janvier 2008 à décembre 2015.

L'histoire commence le matin du jour de Noël, alors que le soleil se lève sur une ferme, dans une région où brille un beau soleil. Il ne semble pas faire très froid, car par la suite Jessica Farm s'habille d'une robe d'été, ce qui semble lui suffire pour sortir dehors. Jessica bondit hors de son lit, et dit bonjour au petit singe jouet sur sa commode. Ce dernier est doué de conscience et lui répond gentiment. Alors qu'elle s'excite à l'idée de découvrir les jouets sous le sapin, elle ouvre la porte de sa chambre et se heurte à la silhouette de son père. Ce dernier lui suggère de descendre rapidement pour ouvrir ses présents, ce qui a pour effet de déprimer Jessica.

Elle sort dans le couloir et se rend à la salle de bain pour prendre sa douche. Une fois sous le jet d'eau, elle prend le savon, et dans le porte-savon, se tient un groupe de 5 musiciens minuscules (chanteur, contrebassiste, guitariste, saxophoniste et batteur). Le chanteur s'adresse à elle et lui propose de les rejoindre dans 20 minutes à un grand concert donné dans le grenier. Pendant qu'elle se savonne, le groupe interprète une chanson pour lui tenir compagnie. Une fois lavée, elle se rend dans sa chambre, s'habille et commence à gravir le long escalier qui mène au grenier.

Le texte en quatrième de couverture explicite clairement qu'il s'agit du premier tome d'un projet à long terme. L'auteur a imaginé de réaliser cette histoire à raison d'une page par mois, sur une durée de 50 ans. Ce premier tome comprend 96 pages, soit toutes celles réalisées pendant 8 ans de 2000 à 2007 inclus. En découvrant le graphisme, le lecteur pense immédiatement aux œuvres de jeunesse de Chester Brown, comme The little man et Ed the happy clown. Si la similitude graphique est bien là, l'esprit créatif de Josh Simmons est quand même beaucoup moins troublé que celui de Chester Brown, et beaucoup moins bizarre, scatologique ou gore. Dans un premier temps, Josh Simmons détoure les formes avec un trait un peu gras, un peu irrégulier, ce qui donne une apparence un peu amateur aux images. Il trace les bordures de case avec le même trait gras à l'épaisseur fluctuante, un peu irrégulier. Le format des pages est inusuel (carré) ce qui ajoute encore à l'impression d'œuvre confidentielle et très indépendante.

Rapidement il apparaît que l'artiste est plus compétent qu'il n'y a paraît. Il maîtrise assez bien les principes de la perspective. Il dessine des endroits et des accessoires variés. Au fil de ses pérégrinations, Jessica sort de sa chambre, utilise la salle de bain, visite le grenier, repasse par sa chambre, traverse une salle à manger. À chaque fois, il s'agit de lieux avec un aménagement spécifique, des meubles adaptés, et une configuration spatiale qui fait sens. En fonction des pages, Josh Simmons insère plus ou moins de détails dans ses cases. Certaines pages se déroulent dans une obscurité quasi-totale, avec uniquement le contour de la silhouette de Jessica qui se devine. Dans d'autres pages, le lecteur peut passer du temps à observer les peluches sur l'étagère au-dessus du lit de Jessica, le carrelage de la salle de bain, les anneaux du rideau de douche, les palmiers dans la pièce à vivre du Capitaine, ou encore les meubles en bois des grands-parents.

En ayant en tête la particularité de la réalisation de cette bande dessinée, le lecteur prend chaque page comme une unité narrative en essayant d'y déceler ses particularités. Josh Simmons réalise peu de dessins pleine page, ce qui tombe sous le sens car un dessin unique ne raconte pas beaucoup de choses. Il compose des pages comprenant généralement 5 ou 6 cases, plus rarement 2 ou 3. Le récit avance donc régulièrement. Sur 96 pages, il y en a 38 de silencieuses, ou uniquement avec un effet sonore, ou des onomatopées. Dans ces pages sans texte, l'artiste fait montre de sa capacité à raconter uniquement de manière visuelle. Le lecteur comprend immédiatement ce qui est montré, sans problème d'interprétation.

L'histoire propose de suivre Jessica du début jusqu'à la fin ; elle apparaît donc dans toutes les pages, comme personnage principal. Elle est représentée avec un corps assez fluet, mais déjà formé, avec des seins et du poil au pubis que le lecteur aperçoit quand elle est sous la douche. Il se produit alors une petite dissonance narrative dans la mesure où le début indique qu'elle est encore en âge de recevoir des cadeaux à Noël, et qu'elle a conservé toutes ses peluches, mais elle a déjà un corps d'une jeune fille de 15 ans. Avec la représentation de sa nudité, l'auteur brise l'un des tabous majeurs des comics américains en représentant une adolescente mineure, pubère et nue. Étrangement tous les personnages ne disposent que de 4 doigts par main, à commencer par le père (une simple silhouette dans l'ombre, sauf pour ses 2 mains revêtues de gants du même modèle que ceux de Mickey). Enfin Josh Simmons a choisi de dessiner une tête un peu plus grande que nature à ses personnages, à commencer par Jessica, ce qui s'apparente à nouveau à une perception d'enfant de son propre corps.

Le scénariste Josh Simmons a imaginé des scènes très étranges, voire perturbantes, dont le dessinateur Josh Simmons s'acquitte sans broncher, d'une sorte de charnier de bébés derrière le mur de l'escalier, à un adolescent nu trempant ses testicules dans un bol de soupe pour lui donner plus de goût. Dès le départ, il règne effectivement une ambiance onirique. L'artiste réalise des dessins descriptifs, mais le récit s'éloigne de la réalité, naviguant entre rêve éveillé et surréalisme. Arrivé à a dernière page, le lecteur se dit que l'ensemble forme un tout cohérent dont la conception ne donne pas l'impression de s'être étalée sur 8 ans. Jessica se lève et accomplit ses rituels habituels, jusqu'à devoir fuir de la ferme. Elle se lève, se lave s'habille, part faire le tour de ses amis, avant de descendre pour rejoindre son père, ce qui constitue une séquence narrative continue, sans hachure du fait de la réalisation page par page à un mois d'intervalle.

Le fait qu'elle parle à son jouet singe sur sa commode pourrait signifier qu'il s'agit de sa façon de voir le monde, de prêter une conscience à des objets inanimés. Mais la suite d'aventures farfelues et fantasques qui s'en suit montre qu'il s'agit plutôt d'un récit à prendre comme un conte. À de rares reprises, le scénariste se montre très explicite, en particulier quand Jessica évoque le comportement brutal de son père. Dans la majeure partie des cas, il enfile les situations extravagantes et absurdes sans leur donner d'interprétation. Bien sûr les bébés abandonnés pourraient évoquer le potentiel de procréation de Jessica, et sa rencontre avec le capitaine évoque sa sexualité versant plaisir. Mais les bijoux de famille dans le potage ne se prêtent pas une interprétation claire ou évidente. Bien sûr, le groupe de lilliputiens peut se voir comme la radio ne jouant que pour le bénéfice de Jessica sous sa douche, mais que faire du concert donné par le grand orchestre dans le grenier ? Est-ce un fantasme de Jessica qui voudrait pouvoir jouir d'un grand orchestre ne jouant que pour elle ? Pourquoi pas. Mais pourquoi pas tout autre chose ?

La dimension onirique est renforcée par ces pages sans mots échangés. Dans les pages 32 à 33, Jessica monte un autre escalier en colimaçon, avec une rambarde, pour déboucher sur une terrasse au soleil. Est-ce à nouveau une façon de sublimer le réel (un petit escalier étroit donnant accès au toit) ou autre chose ? Pour redescendre, elle utilise une barre de pompier, pour une chute contrôlée qui semble correspondre à plusieurs étages, en tout cas plus que n'en comporte la ferme. Le plaisir enfantin qui se lit sur le visage de Jessica fait naître un sourire sur celui du lecteur, indépendamment de toute signification. S'il n'est pas certain qu'il faille voir une dimension psychanalytique construite dans cette succession de situations rocambolesques, il est certain que le créateur sait transmettre au lecteur les sensations de son personnage. Elle semble toute entière dans l'instant présent, plus comme une enfant que comme une adolescente. D'ailleurs au bout du tome, elle n'aura toujours pas ouvert ou vu ses cadeaux de Noël.

Ce premier tome laisse le lecteur sur une impression indéfinissable. La quatrième de couverture l'a averti du caractère expérimental du récit, de sa réalisation fragmentée sur plusieurs années. Au final, il repose sur un fil directeur plus logique que prévu (cette fuite en avant vers une destination inconnue), parsemé d'arrêts plus inattendus que prévus. Le lecteur peut l'apprécier comme un récit onirique, assez inventif, avec quelques touches d'horreur, quelques loufoqueries inexplicables, une sorte de poème respectant une logique interne non explicite, sous forme d'une aventure débridée. Il peut aussi opter pour une lecture psychanalytique en identifiant des symboles passés dans la culture générale, en s'interrogeant sur d'autres séquences qui restent muettes. Il peut préférer se laisser porter par les faits et gestes de Jessica et se contenter de ressentir les sensations qu'ils génèrent abandonnant toute velléité de rationalisation. 4 étoiles pour une expérience qui sort des sentiers battus, réalisée par un artiste compétent avec une forte identité personnelle.


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