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Winter "Just A Word" (Valenciennes, France)
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Les souffles ne laissent pas de traces
Les souffles ne laissent pas de traces
par Timothée Rey
Edition : Broché
Prix : EUR 19,90

4.0 étoiles sur 5 Chamanes et Souffles, 18 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les souffles ne laissent pas de traces (Broché)
Le petit monde de la science-fiction et de la fantasy française regorge d'écrivains surprenants. Parmi eux, Timothée Rey, révélé en 2010 par son (excellent) recueil Des Nouvelles du Tibbar, publié par les Moutons Électriques. Son écriture raffinée et son univers absurde installent rapidement Timothée comme un des écrivains de genre les plus prometteurs. Promesses tenues avec la parution de son second recueil Dans la forêt des astres, tout aussi excellent que le premier. Après un détour par les éditions ActuSF pour une autre fournée de nouvelles, le français retrouve les Moutons Electriques pour la publication de son premier roman : Les souffles ne laissent pas de traces. Sous ses dehors de roman policier, le dernier bébé de Timothée Rey possède une singulière particularité... celle d'être mené par un chamane à l'ère préhistorique. Il est temps pour nous de replonger dans la vision délurée de cet écrivain pas comme les autres.

Une grande partie de chasse se déroule dans une steppe non loin du Val Velu. Aspic Fumée-Rouge, dynaste du clan des Basses-Tourbières, participe à celle-ci aux côtés du respecté Loutre Pas-D’Étoiles et d'un groupe de chasseurs aguerris issus de divers clans rassemblés à l'occasion du Jamboree Printanier. Alors qu'ils prennent au piège une bisonne, Aspic disparaît d'un coup d'un seul. Tous craignent que le Boréal, le souffle malveillant, n'ait emporté le jeune homme. Naturellement, de retour dans le Val, la panique se répand dans les rangs des hommes et femmes réunis pour l'occasion. Le vicaire Pecten n'hésite pas une seconde à organiser une cérémonie sacrificielle pour apaiser le Boréal. Seulement voilà, l'hypothèse de la punition divine ne convainc guère Collembole N'a-qu'un Oeil, chamane et soigneur des Ronces. Lorsque le grand détective, épaulé par son apprenti Farouch Queue-d'Aurochs, se met en tête de percer le mystère entourant ce drame, il se met également à dos bon nombre de personnes... à commencer par Pecten et ses Ventards. Mais si les souffles ne laissent pas de traces, les hommes eux, en laissent un sacré paquet !

Contrairement à ce que laisse penser le pitch de départ, Les souffles ne laissent pas de traces s'ouvre sur une scène qui n'a rien à voir avec l'histoire principale. Dans celle-ci, deux bandes concurrentes tentent de punir une troisième troupe particulièrement perfide et perverse. Nul besoin de faire grand mystère de la chose, Timothée n'a rien perdu de son humour mordant et absurde. Des guerriers déguisés en tortues, d'autres en lièvres... enfin non, en hases, avec des noms tous plus étranges les uns que les autres. Pas de doute, nous sommes dans une histoire made in Rey. Premiers sourires avec cette expression délicieusement débile "La Hase bine", ou par l'apparition d'un certain Lichen Le Survivant, mais jamais de rires gras. Car l'humour de Timothée n'est pas grossier, au contraire. Référencé, joyeusement loufoque mais jamais rébarbatif, les jeux de mots du français ajoutent un registre comique délicieux à son roman qui en a d'ailleurs bien besoin. En effet, on peut immédiatement reprocher au récit de Timothée d'être un archétype d'intrigue policière avec tous les développements attendus dans un bouquin de ce genre. Heureusement, l'originalité du récit ne se trouve pas dans ce cheminement relativement attendu, mais dans l'univers et l'ambiance qui baignent l'histoire tout du long.

Le lecteur suit avec une jubilation sans cesse renouvelée les réflexions et aventures de la bande à Collembole. Ce dernier s'avère naturellement le gros point fort du roman, totalement anachronique par sa minutie et son refus de gober les premières absurdités venues. Incarné en prime par la plume habile de Rey qui flirte entre familiarité avec le lecteur et professionnalisme de détective aguerri, N'a-Qu'un-Oeil est un personnage délicieux et attachant. Sa bande de joyeux lurons n'en reste pas moins tout à fait fascinante malgré l'ombre pesante de leur maître. D'Aspérule, le chamane-junkie, à Farouch, l'assistant zélé, en passant par Spaighne, la petite peste du groupe, les suivants du soigneur ont de quoi susciter l’intérêt du lecteur. Même si la profusion de noms empêche parfois de véritablement cerner tel ou tel personne (trop d'enthousiasme dans l'écriture peut-être ?), le noyau dur de personnages qui accompagne de bout en bout le lecteur constitue surement le plus grand atout du livre... avec son cadre préhistorique. Ce choix étrange se révèle rapidement des plus judicieux et comble avec facilité la sensation de banalité de l'intrigue. En mêlant à son enquête souffles, chamanes, confréries et autres Ventards, Timothée Rey pare son récit d'un arrière-goût de dépaysement bienvenu. Saupoudrez le tout de joyeux anachronismes et du sérieux papal affiché par les notes de bas de pages à propos de choses totalement absurdes, et vous obtenez une lecture unique et délicieuse.

Le principal talon d'Achille du premier roman de Timothée Rey, c'est son côté un poil bavard. L'auteur prend en effet parfois un nombre de pages bien trop important pour décortiquer dans les moindres détails la reconstitution d'un crime. Cette exhaustivité nuit un tantinet au rythme du récit, mais, heureusement, ne le fausse pas totalement. Parce qu'au final, l'écriture fluide et la facilité avec laquelle Timothée Rey monte ses petits mystères et retournements de situations permettent d'éviter l'enlisement des péripéties de nos hommes préhistoriques. De même, pour éviter la lassitude d'un trop plein d'enquêtes, le français a l'excellente idée d'entrecouper ses chapitres avec des interludes comiques. Histoires au coin du feu ou joutes verbales, ces chapitres très courts condensent tout le talent humoristique de l'auteur. De petites pauses qui deviennent vite un régal d'originalité et d'anachronismes en tout genre. Grâce à cette alternance, la fin du roman arrive bien vite et évite la phase explicative longuette pour dévoiler le mobile des meurtres. Le ton brut et sauvage de l'épilogue arrive à la fois à esquiver le cliché de l'explication finale par le détail tout en renouant avec la narration loufoque qui sied si bien à Timothée Rey.

Malgré certains problèmes de rythme, Les souffles ne laissent pas de traces s'affirme comme un divertissement de qualité. Profitant de l'humour si particulier du français et de son style d'écriture fluide, le roman arrive rapidement à se faire attachant et dépaysant. Deux des caractéristiques les plus importantes des univers étranges échafaudés par Timothée Rey. On peut légitimement attendre avec une impatience non feinte la parution d'une nouvelle aventure de Collembole N'a-Qu'un-Oeil et sa bande de joyeux enquêteurs.
... Et puis un livre avec Choque-Nourrice ne peut fondamentalement pas être un mauvais livre.

Just A Word


La petite bête qui monte ça me terrorifie
La petite bête qui monte ça me terrorifie
par Eric Didier
Edition : Poche
Prix : EUR 6,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Paroles d'enfants perdus, 8 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La petite bête qui monte ça me terrorifie (Poche)
Issu de la scission des (génialissimes) éditions Attila, Le Nouvel Attila publie un tout petit livre pour cette fin d'année qui a pourtant tout d'un grand. Ce livret porte l'étrange titre La petite bête qui monte ça me terrorifie, un titre à rallonge qui évoque cependant immédiatement le langage enfantin dont il sera question. Petit recueil de paroles d'enfants à un psychanalyste, l'ouvrage pose un regard percutant et doux-amer sur l'enfance à travers les mots des petits patients rencontrés par Eric Didier.

Pour une page, le lecteur retrouve une phrase ou à peu près. La brièveté des sentences ne doit pas égarer sur leur importance. Chacune doit être prise comme un instant volé, une perle de l'esprit sortie de la tête d'un enfant. Tour à tour très drôles - les lapsus, les mots mal employés ou inventés - ou extrêmement poignantes - les nombreuses métaphores qui parsèment l'ouvrage, aussi simples que terribles - les citations jouent tous un rôle dans cette espèce de fleuve de la pensée infantile. Elles permettent de pénétrer par une petite porte dérobée sur les pensées les plus intimes des jeunes patients et d'apercevoir même une minute l'étendue de leur vie intérieure. On se prend à lire et relire ces petits bouts de vie égarés, à les laisser nous imprégner, nous transpercer.

Malheureusement, la fin arrive trop vite. Forcément. L'ouvrage est petit, comme un minuscule diamant, et se termine par une dizaine de pages de celui qui a recueilli ses propos, Eric Didier lui-même. En l'espace de quelques lignes, il nous raconte le comment du pourquoi de ce recueil, le contexte, les silences et les blessures qu'il renferme. Eric Didier donne voix à des dizaines d'enfants perdus qui se battent au quotidien pour retrouver qui leur intégrité mentale qui leur histoire familiale. Son écriture, sublime, explique autant qu'elle subjugue, et nous emporte ailleurs, encore. Une fois refermé, on y retourne et on refait un tour de ces éclats d'existence, éclairé cette fois par les mots experts d'Eric, pour redécouvrir d'autres choses. Parce qu'après tout les mots sont une porte sur d'infinis univers et ceux prononcés par des enfants le sont encore davantage. Ils ont leurs propres sonorités et leur propre signification. On découvre que les fautes d'orthographes n'en sont pas, qu'il s'agit tout simplement d'un autre langage, celui de garçons et de filles qui n'ont pas perdu le pouvoir des mots.

Pour 6 euros, Le Nouvel Attila et Eric Didier nous offrent un trésor. Que vous puissiez passer à côté, "ça me terrorifie".

Just A Word


La Petite Déesse et autres histoires d'une Inde future
La Petite Déesse et autres histoires d'une Inde future
par Ian McDonald
Edition : Broché
Prix : EUR 22,50

5.0 étoiles sur 5 Un trésor Indien, 30 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Petite Déesse et autres histoires d'une Inde future (Broché)
Voici quelques temps maintenant qu'est sorti Le Fleuve des Dieux, roman choral d'une densité proprement effrayante dont l'intelligence n'avait d'égale que le talent d'écriture de son auteur. En 2013, les éditions Denoël avec leur prestigieuse collection Lunes D'encre remettent le couvert. Pour prolonger cette aventure incroyable, ils nous offrent un volume plus mince - quelques 360 pages - sobrement intitulé La Petite Déesse (d'après la nouvelle éponyme). Point de roman cette fois mais six nouvelles et une novella. Prenant place dans le même monde que Le Fleuve Des Dieux, le livre explore les recoins du Bharât et de l'Awadh, nous envoie même au Népal mais avant tout, nous immerge de nouveau dans une Inde déchirée et déchirante où aeais et humains entrent en collision comme autant d'étoiles naissantes. Nous ne ferons pas durer le suspense bien longtemps, puisque si Le Fleuve des Dieux était une expérience difficile mais ébouriffante, La Petite Déesse va encore plus loin.

"Les humains sont des Dieux très jaloux."

On retrouve dans ce recueil toutes les préoccupations qui hantaient Ian McDonald dans son Fleuve des Dieux. A commencer par la robotique et ce qu'entraîne sa foudroyante (r)évolution comme le prouve la nouvelle d'ouverture : Sanjîv et Robot-wallah. McDonald nous présente le jeune Sanjîv, un gosse issu des classes modestes dont la guerre a changé le destin et l'a forcé à s'installer à Varanaci, la cité des Dieux. Fasciné par les pilotes de robots de combats, les fameux Robots-Wallah, il tente le tout pour le tout pour intégrer ce qu'il s'imagine être un corps d'élite. En l'espace d'une trentaine de pages, McDonald dresse le portrait à la fois d'une ruralité brisée par la guerre mais aussi celle d'une enfance perdue, sacrifiée sur l'autel de la violence et d'une technologie toujours plus perturbante, sorte de jeux-vidéo aux conséquences dramatiques. Au-delà de leurs apparences, les robots-wallah s'avèrent être des gosses paumés comme tant d'autres, condamnés à jamais dans une société incapable de les digérer après les avoir bouffer tout crus. C'est fort et poignant, mais surtout ce n'est que le commencement.

Le britannique réintroduit son fleuve sacré avec Kyle fait la connaissance du fleuve, le texte le plus court du recueil et aussi le moins bon, si tant est qu'on puisse qualifier réellement l'un des récits du recueil comme "simplement bon". Encore une fois, Ian McDonald nous parle par l'intermédiaire d'un enfant, Kyle Rubin, dont le père aide à la reconstruction après la dévastatrice guerre de Séparation. Pour cela, il doit vivre dans le quartier du Cantonnement, séparé du reste du peuple indien. Il fera pourtant la connaissance d'un petit musulman, Sâlim Mansûri et surtout du monde numérique où erre celui-ci dès qu'il a du temps libre, Alterre. Ne vous laissez pas abuser par la brièveté du texte, une nouvelle fois, l'anglais condense en très peu de pages une vision très juste et magnifique d'une Inde clivée par les religions que seule semble unir la candeur enfantine...et le grand fleuve sacré. Il compare le monde virtuel d'Alterre - que les lecteurs du Fleuve des Dieux connaissent déjà - à la réalité, et démontre, avec une plume acérée, qu'aussi formidable soit-il, un monde de fantasmes ne sera jamais à la hauteur de la majesté terrestre, de la magie qui s'en dégage, entre les ghâts funéraires et les mélopées des brâhmanes qui bordent le Gange.

Dans les cinq textes qui suivront, Ian McDonald approfondit encore davantage son exploration des mœurs du continent Indien, façonné par un déséquilibre démographique terrible dû à la sélection des mâles, par essence forcément porteurs de promesses de dynasties florissantes, sur les femmes, ces choses fragiles tout juste bonnes à marier. C'est en y mêlant en plus le poids du pouvoir et des conventions que l'auteur nous offre son premier joyau : L'assassin-poussière. Outre son titre magnifique, la nouvelle raconte l'histoire de Padmini Jodhra, la jeune héritière de la puissance maison Jodhra, une des deux entreprises en eaux les plus puissantes du pays. Élevée comme une arme, elle doit pourtant faire face à une catastrophe terrible, l'extermination de sa famille par le clan rival des Azâd. C'est ici, précisément, que Ian McDonald commence à calmer son monde tout net. L'histoire, éminemment touchante et dramatique, de la jeune Padmini, se retrouve magnifiée par le style ciselé et intimiste de McDonald. On suit avec une émotion intense la déchéance puis la brusque ré-ascension de ce bout de femme plus forte et plus douée que tous les hommes qui l'entourent. Muselée par son éducation et cette pré-destination qu'on lui a inculqué toute petite, Padmini devient un personnage aussi attachant qu'intensément héroïque à cette façon si particulière que Ian McDonald a de bâtir ses "héros". L'histoire d'amour contenue dans les pages de cette nouvelle est, de très loin, une des plus belles et des plus magiques qu'il vous sera donner de lire.

Encore davantage que pour L'assassin-poussière, Un beau parti se centre totalement sur le jeu de séduction, de castes et de mariages arrangés qui façonnent cette Inde du futur qui semble pourtant si proche. Jâsbir Dayâl cherche une épouse, à tout prix et cela comme nombre de ses amis. Devant les nombreux échecs qu'il endure dans les diverses soirées organisées auquel il participe, il se paye les services d'une aeai spécialisée pour rencontrer le "grand amour". Mais une surprise des plus déroutantes attend Jâsbir. Sans en dévoiler trop - puisque l'impact de la nouvelle tient grandement dans son twist de fin - Ian McDonald exploite à fond les possibilités offertes par ces espèces d'intelligences artificielles customisées tout en dissertant sur l'écrasante responsabilité typiquement indienne qu'est le mariage. Aussi brillante qu'originale, la nouvelle ne manque de plus pas d'humour. Un magnifique pied-de-nez aux apparences sociales et au jeu des castes.

"Il y a le grand divin, celui du rituel, de la magnificence, du sang et de la terreur. Le nôtre allait être modeste, avec des petits miracles et des émerveillements de tous les jours. "

Sans s'en rendre compte, nous en voici rendu déjà au deuxième joyau de ce recueil - qui commence sérieusement à ressembler à un étalage de bijoutier à force - grâce à la nouvelle éponyme de l'ouvrage : La Petite Déesse. Celle-ci mélange le meilleur des précédentes et délivre, au final, un uppercut en plein cœur. Il était une fois une petite déesse, une petite fille dont la sensibilité hors du commun des mortels a fait d'elle une incarnation vivante d'une divinité. Devenue la protectrice du royaume Népalais, elle est vénérée par l'ensemble de son peuple...cela jusqu'à son premier sang où, désormais impure, elle devra reprendre une vie de mortelle. Toujours dans sa langue irréprochable et tellement magnifique - rendons hommage également au traducteur, l'excellent Gilles Goulet -, Ian MacDonald passe en revu les croyances, la vénération aveugle, le poids de redevenir une simple personne après avoir été une déesse mais surtout les drames. Ceux qui couvent dans la tête d'une fillette ballottée par les aléas d'une vie cruelle et injuste, tantôt offerte comme une curiosité tantôt employée comme un véhicule sacrifiable. Le résultat final, guidé par les sentiments d'une jeune fille devenue une femme presque contre sa volonté, est une poignante réussite. Pour tout dire, un quasi chef d'oeuvre (le vrai chef d'oeuvre, c'est pour après...)

Toujours dans l'optique d'explorer ce monde des dieux à la sauce indo-orientale, Ian McDonald nous offre L'épouse du djinn. Eshâ Rathore est une danseuse surdouée que tout le monde s'arrache. Pourtant aucun homme n'a réussi à capter son cœur. Jusqu'à sa rencontre avec le diplomate A.J. Rao du Bhârat. Prévenant, bel homme, puissant et véritable gentleman, il a tout pour lui, excepté une toute petite chose : une enveloppe charnelle. Car A.J. Rao n'est autre qu'une aeai de haut niveau. On retourne ici un peu dans le registre d'Un Beau Parti, mais sous un autre angle, celui de comprendre comment vivre une relation trans-mondes. Ce sujet improbable atteint cependant tous ses objectifs et bien plus encore. Tour à tour intrigante, sensuelle et dramatique, la nouvelle doit tout autant au style divin de MacDonald qu'à son goût prononcé pour les implications les plus surprenantes de l'innovation technologique (un peu comme dans le récent film de Spike Jonze, Her). Une nouvelle réussite.

"Nous n'étions que des enfants, d'égoïstes petits barbares à transformer en jeunes êtres humains civilisés."

Et pour terminer, on aurait pu croire que Ian McDonald s'en irait en douceur. Mais c'est mal connaître l'anglais. Vishnu au cirque de chats est la seule novella du recueil avec sa centaine de pages. Nous y rencontrons Vishnu, l'enfant brâhmane dont le destin semble intimement lié à celui de tous ces nouveaux états indiens. Fils de deux privilégiés de l'ancienne Inde, il va traverser le conflit de l'Eau et les mutations de la société indienne avec la perception forcément à nulle autre pareille de sa condition d'humain amélioré. Ce texte rassemble en fait tout le talent de Ian McDonald qui livre ici un véritable tour de force. Divinités et religions, aeais et robots, soaps et réalités, rangs et castes, toutes les thématiques du Fleuve des Dieux et du recueil présent se conjuguent au sein de ce long texte pour prolonger l'histoire même du roman-monstre de McDonald. Au summum de son talent, il nous parle à travers les yeux d'un éternel enfant (encore !) et nous pousse à réfléchir sur l'importance de la fragilité de la vie humaine. La vraie supériorité des écrits de McDonald est évidente dans la novella. Le britannique ne se contente pas de nous conter une fantastique intrigue de SF, il y met de l'humain, il y met de l'émotion...bref, il nous la rend extrêmement poignante. Le destin incroyable de Vishnu en est la preuve ultime.

Ce dernier récit consacre La Petite Déesse comme un chef d'oeuvre constitué de tant de joyaux et de pépites qu'on en vient à douter qu'un seul homme puisse écrire tant de merveilles en si peu de pages. On se prend surtout à se demander si, à force de fréquenter ses Kalis et ses Vishnus, ses Kalkis et ses Bouddhas...si Ian McDonald n'est pas lui-même devenu un dieu.
De la science-fiction cette fois.

Just A Word


GOTHAM CENTRAL tome 1
GOTHAM CENTRAL tome 1
par Collectif
Edition : Relié
Prix : EUR 22,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Les flics de Gotham, 25 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : GOTHAM CENTRAL tome 1 (Relié)
Lorsque l'on dit Gotham, naturellement on pense Batman. Pourtant, on oublie certains acteurs primordiaux de chaque histoire ou presque, très souvent cantonnés à de la figuration ou des rôles subalternes : les flics de Gotham City. Parce que c'est bien beau d'avoir un super-héros dans la ville, il faut tout de même boucler les méchants et se charger des autres enquêtes du quotidien. Le Batman ne peut pas être partout tout le temps. C'est ce que ce sont dit Greg Rucka (Daredevil, Elektra, Wonder Woman) et Ed Brubaker (Criminal, The Authority, Sleepers), deux spécialistes du polar, chacun à leur façon. Après le monstrueux event No Man's Land, c'est donc sur les forces de police que DC se penche. Publié une première fois en France par les défuntes éditions Semic, c'est grâce à l'excellent éditeur Urban Comics que nous avons droit à une mouture en 4 volumes dont ce premier tome a la lourde charge d'hameçonner le public pour la suite. Les flics peuvent-ils être à la hauteur de la chauve-souris ?

La réponse est oui, trois fois oui. Non seulement ce que nous ont concocté Rucka et Brubaker est une petite douceur pleine de saveurs inconnues, mais en plus ils font équipe avec Michael Lark qui avait déjà bossé avec Brubaker sur Daredevil. Son trait, rude et rapeux, s'adapte parfaitement à ce polar hard-boiled servi bien noir par les deux scénaristes américains. Mais revenons-en à nos histoires. On en compte trois dans ce premier volume, chacun mettant en scène un super-vilain différent. La première (et aussi la plus courte) sert d'introduction en centrant l'intrigue sur une affaire de routine qui tourne mal. Pour l'occasion, Rucka et Brubaker écrivent à 4 mains un récit qui pose les bases, et qui déjà, s'interroge : Dans une ville où sévit le Batman, quelle place pour de "petits" inspecteurs ? Malgré son nom de Brigade des Crimes Majeurs, l'unité qui intervient ici vit en fait dans l'ombre du justicier masqué. Celui-ci passera d'ailleurs de temps à autre devant nos héros ordinaires, mais sans jamais prendre une part prépondérante à l'intrigue, définitivement dévolue à l'inspecteur Driver et ses collègues.

La réflexion primordiale qui sous-tend presque tout le recueil, c'est donc la relation qu'entretiennent les simples policiers avec le Batman. Une relation d'amour-haine en fait, rendue d'autant plus délicate par cette espèce de minuterie qui s'écoule inlassablement jusqu'à la tombée de la nuit et la venue obligatoire de celui qui résoudra à coup sûr l'affaire en cours. Dès lors, les flics aiment autant celui qui représente à leurs yeux la quintessence de la justice et de son implacabilité qu'il le déteste lorsqu'il se compare à lui et sa scandaleuse supériorité. Dans un sens, Rucka et Brubaker explorent l'impact qu'a eu le Batman sur les autres "justiciers" de Gotham. C'est non seulement très malin mais aussi très efficace. Dans la seconde histoire - Le Mobile -, c'est Ed Brubaker qui prend le relai en solo. Celui-ci s'axe encore davantage sur l'intimité des inspecteurs de police tout en livrant une histoire à la fois simple mais extrêmement efficace, une spécialité du bonhomme. Son enquête passionnante a la bonne idée de réemployer un méchant de troisième zone - Firebug - tout en jouant avec certains clichés et faux-semblants. Il n'oublie pas de poursuivre la réflexion amorcée dans le premier arc avec un final aussi court que brillant confrontant un Batman distant à un Driver revanchard.

Enfin, Pour Moitié, c'est un peu le gros morceau de ce premier volume. Et aussi la plus grosse réussite. Greg Rucka revient aux commandes en solo et offre une plongée formidable dans la vie intime et professionnelle de l'inspecteur Renée Montoya. Ne négligeant ni son enquête - réellement passionnante - ni ses personnages - tous très travaillés -, Rucka se paye le luxe de lier son récit à celui de No Man's Land grâce à son super-vilain (qu'on ne dévoilera volontairement pas) vraiment bien employé. Surtout, l'américain livre une réflexion incisive et militante sur l'homosexualité féminine en lui donnant du panache, de la beauté et surtout du réalisme. Très certainement le plus important en nombre de pages, ce dernier arc l'est également du point de vue de l'intelligence. Rucka honore autant les flics de Gotham que le droit de s'aimer librement, en profite pour tordre le coup aux préjugés et y ajoute une bonne dose d'émotions que l'on applaudit bien fort. Une prise de position qu'on l'on admire d'autant plus après la lecture de sa brillante post-face. En fait, la seule petite chose à reprocher à ce premier volume, c'est le manque de relief de Mr Freeze, peu creusé puisque présent dans l'arc le plus court, malheureusement.

Ce premier tome de Gotham Central réussit un exploit similaire au Joker d'Azzarello : offrir un récit passionnant et intelligent sans recourir en premier lieu au Batman. En misant sur l'originalité de découvrir le milieu policier tout en exploitant le plus judicieusement possible les possibilités offertes par cette démarche, Greg Rucka et Ed Brubaker inaugurent en grande pompe une série qui s'annonce d'ors et déjà indispensable.

Just A Word


The Horus Heresy, Tome 21 : Signus Daemonicus : L'Ange tombe
The Horus Heresy, Tome 21 : Signus Daemonicus : L'Ange tombe
par James Swallow
Edition : Relié
Prix : EUR 12,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 L'ange face à ses démons, 22 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Horus Heresy, Tome 21 : Signus Daemonicus : L'Ange tombe (Relié)
C'est donc le vingt-et-unième volume que nous abordons aujourd'hui avec Signus Daemonicus du britannique James Swallow. On se souvient de Swallow pour quelques-unes de ses nouvelles dans les recueils L'âge des Ténèbres et Chroniques de l'Hérésie, pour son Némésis, mais aussi et surtout pour son roman La Fuite de l'Eisenstein, pas très réussi au demeurant. L'anglais a l'occasion de se rattraper en revenant sur une des légions les plus importantes de L'Hérésie d'Horus, les Blood Angels et leur primarque Sanguinius. Pour Swallow, il s'agit d'un retour aux sources puisqu'il avait déjà écrit sur les Blood Angels mais dans l'univers du 41ème millénaire avec Deus Encarmine et Deus Sanguinius. Dans le même temps, cela permet à la série de combler un blanc dans le tableau d'ensemble de ce conflit titanesque puisque jusqu'ici, on ne savait quasiment rien des agissements des anges de Sanguinius. Signus Daemonicus pourra-t-il redorer le blason de James Swallow ?

Sanguinius et le Maître de guerre Horus partagent tout deux un terrible secret, celui de la malédiction qui ronge la légion de l'Ange. Après une campagne des plus frustrantes aux côtés de l'énigmatique Alpha Legion, Sanguinius reçoit la visite d'un émissaire d'Horus qui lui ordonne de se porter vers l'amas de Signus dans le but de libérer ses mondes de l'emprise d'un très vieil ennemi xenos. Réunissant l'ensemble de ses Blood Angels, le primarque de la IXème légion découvre rapidement un système dévasté à une échelle inconcevable. Des mondes vidés de leur population, des planètes devenues des entités hostiles, des étoiles qui s'éteignent...Au fur et à mesure de leur incursion, les Blood Angels réalisent qu'ils se retrouvent face à un ennemi tout autre que celui qu'on leur a ordonné de réduire en cendres. Et si le commandement d'Horus avait un but caché ? Dans les profondeurs du monde-capitale de Signus Prime, la mort et la fureur attendent Sanguinius et ses fils.

L'une des choses les plus attendues dans ce roman, c'est la caractérisation des Blood Angels mais surtout de leur fameuse tare génétique : La Rage Noire. Pour se faire, James Swallow commence le récit par un flash-back qui permet dans le même temps d'introduire un ennemi Xenos qui servira de prétexte par la suite pour le maître de Guerre. Swallow installe une certaine forme de complicité crédible entre Horus et Sanguinius ainsi qu'un bref aperçu du sort qui attend les victimes de la Rage Noire. Par la suite, le britannique s'emploiera à faire graduellement monter la pression sur les Blood Angels lors de leur incursion sur Signus Prime. Celle-ci est d'ailleurs précédée par la lente progression à travers le système de Signus. Ce passage s'avère de loin le plus réussi et convainquant du roman, l'auteur arrive à distiller une ambiance pesante et assez terrifiante tout en évitant de confronter frontalement le lecteur aux démons du chaos. Le passage sur la planète vivante offre d'ailleurs quelques visions fantastiques où Swallow s'amuse à transformer l'environnement urbain en monstruosités. Cette approche en douceur installe une atmosphère pesante et oppressante qui se perd malheureusement avec l'arrivée des anges sur Signus Prime. A ce stade, le britannique dévoile les forces du Chaos et ses démons en ayant recours à une alliance improbable - Slaanesh et Khorne, qui l'eût crut ? - et passe d'un récit de terreur à celui de pure action où les Blood Angels révèlent toute leur férocité.

Du côté du Primarque, Swallow arrive plutôt bien à mettre en avant Sanguinius mais l'on ne peut s'empêcher de penser que celui-ci manque un tantinet de relief, un comble pour celui qui tiendra envers et contre tous la Porte de l’éternité. Ce qui semble manquer à l'anglais ici, c'est un vrai talent pour les punchlines où les séquences héroïques comme Abnett, McNeill ou Dembski-Bowden dans leurs romans respectifs. Une autre déception majeure à attrait à certains rajouts malheureux et totalement inutiles comme celui du groupe de Space Wolves qui n'a rigoureusement rien à faire là et qui ne servira en fait que de punching-ball à des Blood Angels devenus incontrôlables. Enfin, et comme souvent, le roman aurait mérité quelques coupes franches et surtout de condenser l'affrontement final qui vire dans certaines fantaisies un poil abstraites. Heureusement, le récit se suit globalement sans déplaisir, Swallow arrive aussi à insérer quelques flash-backs intéressants ainsi qu'à disserter sur l'erreur monumentale que fut l'Edit de Nikaea. De même, deux personnages sortent du lot : Meros, l'apothicaire, aussi humble que primordial pour le récit, et Amit, le brutal et terrible Flesh Tearer. Les autres restent globalement trop peu travaillés pour réellement interpeller le lecteur. Pour terminer, James Swallow intègre son récit au niveau actuel de l'avancée du cycle et annonce la suite des événements qui se dérouleront dans l'arc Imperium Secundus de Dan Abnett.

Malgré ses défauts, Signus Daemonicus relève le niveau des écrits de James Swallow. Il constitue également un volume primordial dans l'histoire de l'Hérésie D'Horus pour comprendre pourquoi les Blood Angels n'ont pas été du tout présents dans le conflit jusque-là. Même si Swallow souffre de son style très quelconque et d'un manque cruel pour façonner des personnages charismatiques, il livre un récit à l'atmosphère convaincante et globalement captivant, notamment pour les fans de la IXème légion.

Just A Word


Le fleuve des dieux
Le fleuve des dieux
par Ian McDonald
Edition : Poche
Prix : EUR 10,60

5.0 étoiles sur 5 Il était une fois en Inde, 16 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le fleuve des dieux (Poche)
Croulant sous les louanges, Le Fleuve des Dieux, le roman de l'anglais Ian McDonald, a récolté également une petite moisson de prix parmi lesquels le Grand Prix de l'Imaginaire en France et le British Science Fiction au Royaume-Uni. Cette petite brique de près de 600 pages a tout naturellement trouvé son chemin pour intégrer l'exigeant catalogue de la collection Lunes D'encre chez Denoël. Mieux, elle a même donné lieu à un second volume réunissant les nouvelles et novella liées au même univers dans l'ouvrage La Petite Déesse (dont on reparlera forcément). Véritable tsunami d'idées, Le Fleuve des Dieux est aussi dépaysant que difficile à aborder...et pas seulement quand il s'agit d'en parler ! Ian McDonald s'impose quasiment instantanément comme un des auteurs les plus importants de ces dernières années. Explications.

Nous sommes en 2047.
L'Inde telle que nous la connaissons n'existe plus et s'est scindée en plusieurs petit pays. Au centre de toutes les préoccupations régionales se trouve le Bharât, à majorité Hindoue, qui s'oppose à l'Awadh, à majorité musulmane. En proie à une sécheresse exceptionnelle, les "Indes" se disputent le contrôle de la mère Gangâ, le grand fleuve sacré. Dans une société secouée par une violente crise des valeurs, des hommes et femmes entrelacent leur destin : Lisa Durnau et le professeur Lull, deux américains à l'origine d'un monde virtuel nommé AlTerre, Shiv, un râja en quête de gloire, Tal, un neutre prit dans une vertigineuse machination pour faire tomber Shahîn Badûr Khan, le principal conseiller du Premier Ministre, Vishram, un humoriste que rien ne préparait à diriger une grande entreprise, M.Nanda et Parvâti, un flic Krishna traquant les intelligences artificielles illégales, les aeais, et sa femme de la campagne perdue dans l'immense ville de Vârânaci. Et Nadja, une journaliste d'origine afghane qui va découvrir des scoops à même de faire trembler le pouvoir en place. Tous ces destins convergent vers une seule grande crise, celle provoquée par N.K Jivanji, le meneur d'un partie hindouiste extrémiste qui s'oppose ouvertement à la famille Râna au pouvoir. Mais si la crise politique cachait une crise plus profonde ? Et si les aeais avaient un rôle primordial à jouer dans le destin du Bharât ? Sous la chaleur accablante et les psalmodies des sâdhus, le fleuve des dieux sera une fois encore témoin de la folie des hommes.

Quel roman que ce Fleuve des Dieux ! On peut le dire d'emblée : il s'agit bien là d'un de ces Everest littéraires qui jalonnent la vie d'un lecteur. Ian McDonald reprend l'idée du roman choral pour faire entrer en collision pas moins de 9 destinées à priori bien différentes. Ses personnages, fabuleux sans exception aucune, incarne chacun à leur façon une des facettes de la société indienne moderne. Elle occupe naturellement une place centrale dans l'ouvrage tentaculaire de l'anglais. Rarement un roman n'aura été si loin pour plonger son lecteur dans une société aussi différente de la sienne. On découvre d'un coup d'un seul non seulement une conception de la vie radicalement différente avec des dizaines de dieux et une philosophie aux antipodes de celle que l'on connait en Occident, mais également un cachet unique, une atmosphère unique. McDonald manie avec un talent simplement phénoménal les mots pour retranscrire l'Inde (enfin le Bharât...) et nous plonge dans un monde de castes, de faux-semblants et de convenances. C'est aussi la raison d'être de ces neufs personnages principaux (sans compter les nombreux personnages secondaires), de nous faire découvrir les différentes castes, classes qui régissent la société indienne. Des voyous avec Shiv aux plus hauts placés, la quasi-noblesse, avec Khan et le premier ministre Rana en passant par les gens de la campagne largement incarnés par Parvâti et sa mélancolie poignante. L'auteur synthétise brillamment les particularités de la société Indienne, de sa vision de la vie mais avant tout, de ses croyances. Le Fleuve des Dieux porte ici très bien son nom puisque l'histoire est dominée par ces Kali, Ganesh et autres Vishnu, tout ce panthéon de dieux innombrables et exotiques.

Ce foisonnement de divinités permet de faire la liaison avec le thème majeur du Fleuve des Dieux : la technologie et l'intelligence artificielle. En 2047, le monde est parcourue par les aeais, des IA qui deviennent de plus en plus puissantes, de plus en plus extraordinaires. Ian McDonald s'intéresse aux conséquences de l'avènement d'une nouvelle espèce, l'espèce 2.0. Non seulement celles-ci semblent menacer l'existence même de l'humanité mais ont surtout tendance à la supplanter. Les fameuses génération Trois sont des milliers de fois plus intelligentes que l'homme. C'est pour cela que l'humanité les a rapidement interdites, sauf au Bharât justement où leur rôle dans l'industrie du soap s'avère bien trop crucial pour cela. McDonald tend à marier les Dieux traditionnels à ces entités virtuelles dont les pouvoirs et les possibilités aspirent à toujours plus de grandeur, toujours plus de savoir. Dans tous les fils que nous suivront de l'immense tapisserie que représente Le Fleuve des Dieux, les aeais seront présentes, forcément. Comme autant de nœuds obligatoires pour unir cette histoire démesurée. La réflexion du britannique sur les conséquences de l'arrivée d'une intelligence bien plus avancée que celle de l'homme ne prend cependant pas la forme attendue, c'est un vrai bonheur que de ne pas voir le roman réduit à une simple histoire de guerre inter-espèces. Tout est bien plus subtil chez Ian McDonald qui réserve jusqu'au bout une flopée de surprises à son lecteur dans un final flamboyant et d'une intensité peu commune. Un véritable feu d'artifice de maîtrise.

Ne nous y méprenons pas, Le fleuve des dieux, outre l'abord qu'il fait de la culture indienne et de l'évolution technologique, se densifie au fur et à mesure des pages, et cela de façon effrayante. Ian McDonald se penche successivement sur la question du sexe et du genre à travers une caste très particulière, celle des Neutres, des humains modifiés qui refusent d'adopter un genre particulier. Il se penche également sur le poids de l'environnement et des bouleversements qui nous attendent à travers la sécheresse et la véritable guerre de l'eau qui se livrent au sein de cette incroyable épopée. Mais surtout, le britannique aborde l'épineux problème de la confrontation entre deux religions différentes, l'islam et l'hindouisme, et plus loin, la mixité de deux peuples qu'une simple étincelle peut faire exploser comme le prouve l'escalade provoquée par N.K. Jivanji. Celui-ci, et le rôle qu'il joue auprès du peuple, synthétise toutes les manipulations politiques qui sont, au final, les choses les mieux partagées par l'humanité. On pourrait également parler de cette acerbe critique de l'abrutissement des masses au travers de Town and Country, un soap grotesque qui passionne les foules...pourtant, il faut bien s'arrêter un jour. Le Fleuve des Dieux s'avère clairement intimidant pour le lecteur. D'autant plus qu'il agace parfois avec son lexique bourré de termes indiens et qui a tendance à parfois étouffer le récit de Ian McDonald. C'est certainement le plus gros reproche que l'on peut faire au Fleuve des Dieux, celui de jouer la carte de l'exotisme par l'abus de termes étrangers. Paolo Bacigalupi avait par exemple réussi à nous faire pénétrer dans le royaume de Thaïlande sans pour autant nous noyer sous ce déluge de termes obscures. C'est d'autant plus agaçant que le livre comprend un lexique en fin d'ouvrage mais que celui-ci s'avère grandement incomplet (la faute à l'auteur ou à Denoël ?). Mais soit, c'est là un reproche bien mineur par rapport à l'ampleur impressionnante de l'histoire et des thèmes développés par l'auteur anglais.

C'est un Everest que nous livre Ian McDonald. Un vrai. Dense et difficile à aborder de par la multiplicité de ses fils narratifs comme de par son choix lexical jusqu'au-boutiste, Le Fleuve des Dieux marque pourtant durablement le lecteur qui s'est risqué à le remonter. Extrêmement intelligent, d'une précision diabolique mais surtout d'une authenticité rare, le roman-fleuve de Ian McDonald figurera très rapidement sur la liste des classiques de la science-fiction moderne, soyez en certains !
Just A Word


The Horus Heresy, tome 19 : La bataille de Calth - Et ils ne connaîtrons pas la peur
The Horus Heresy, tome 19 : La bataille de Calth - Et ils ne connaîtrons pas la peur
par Dan Abnett
Edition : Broché
Prix : EUR 11,00

4.0 étoiles sur 5 Les Ultramarines doivent brûler !, 23 octobre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Le tome 17, Délivrance Perdue, inaugurait la seconde période de L'Hérésie d'Horus avec les batailles Post-Istvaan V. Pour le 18ème volume, l'empereur de la Black Library est de retour aux affaires. Dan Abnett se retrouve en charge de La Bataille de Calth, l'autre tournant décisif de l'Hérésie, et se concentre sur la légion des Ultramarines jusqu'ici peu exploitée (si l'on met de côté le médiocre La Bataille des Abysses). D'une certaine façon, ce récit fait suite au Premier Hérétique où l'on avait laissé Argel Tal, le commandant des Gal Vorbak, en attente de l'assaut sur Calth. Sauf qu'ici, tout, ou presque, sera vu du point de vue des Ultramarines. Et encore une fois, inutile de le cacher, Dan Abnett fait des merveilles.

Horus a étrillé trois légions loyalistes sur le sable d'Istvaan V. Pourtant, rien est encore joué pour les renégats. Il reste un obstacle majeur au succès du Maître du Guerre et à son attaque sur Terra : Les Ultramarines. La XIIIème légion est, de loin, la plus importante des légions space marine loyaliste. Roboute Guilliman dispose de deux cent mille hommes prêt à se battre. Horus laisse donc les mains libres au plus vieil adversaire de la treizième...Lorgar et ses Word Bearers. Depuis l'affront de Monarchia, ceux-ci n'espèrent qu'une chose : se venger des Ultramarines. Alors que la légion de Guilliman se rassemble autour de Calth sur l'ordre d'Horus ignorant encore sa trahison, la flotte de Lorgar et de ses séides arrivent pour "épauler" son illustre frère. Dans les flammes et la douleur, Calth et les Ultramarines brûleront !

Pour aborder cette immense boucherie qu'est la bataille de Calth, Dan Abnett choisit de la raconter avec une certaine originalité. On assiste en effet à une sorte de compte-rendu historique avec un texte entrecoupé de repères chronologiques. Cette astuce qui n'a l'air de rien permet pourtant une chose géniale. Elle agit comme une sorte de compte à rebours avant l'attaque des Words Bearers. Ajoutez à cela le talent totalement insolent d'Abnett pour faire graduellement monter la tension et la première partie - le "prélude" - devient une lente montée en puissance extrêmement jouissive qui relate simultanément la position des forces spatiales et terrestres, présente les personnages principaux et surtout dévoile le plan machiavélique de Kor Phaeron et Lorgar. Pendant près de la moitié du roman, on assiste à un massacre en règle qui fait prendre tout son sens au mot épique. Car c'est bien ce que l'on retiendra en premier lieu du récit.

La Bataille de Calth n'est rien de moins que le blockbuster de la série de L'Hérésie d'Horus. Abnett a passé une bonne centaine de pages à placer ses pions et ses enjeux et fait tout sauter d'un coup d'un seul. Imaginez. Une légion de près de cent vingt mille space marines épaulés par des démons du chaos, des millions de cultistes et des Titans se retournant contre leurs frères et leurs alliés. Imaginez un vaisseau lancé à pleine vitesse qui percute une plate-forme orbitale grouillant de navires et explosant au beau milieu. Imaginez un croiseur de 8 km de long qui s'écrase au ralenti sur une ville. Imaginez des croiseurs et des cuirassés en train de raser des villes et de saigner à blanc une flotte entière. Imaginez tout cela et vous ne serez encore qu'à la moitié du chemin. Le style d'Abnett, vif, emporté et tonitruant, nous ballotte en plein milieu d'une tempête sans commune mesure. Aucun des passages de L'Hérésie d'Horus n'a été si intense et si cinématographique. La lecture de la bataille, qu'elle soit spatiale ou terrestre, vaut tous les blockbusters hollywoodiens. Comme si ce n'était pas suffisant, Abnett prend un malin plaisir à révéler la nature chaotique des Word Bearers et dès lors, les démons entrent en scène. Épique que l'on vous dit !

Ce que l'on apprécie également tout particulièrement, c'est cette intensité avec laquelle Abnett incarne ses personnages, qu'ils soient Ultramarines, Adeptes de la Machine ou Gardes Impériaux. Il en profite aussi pour introduire un nouveau personnage "spécial" avec Oll Persson, un individu bien plus important pour le cycle qu'il n'en a l'air...ainsi qu'un revenant de son excellent roman Légion. Bref, du fan-service que tous les amoureux du cycle apprécieront. La fin du roman, relativement vite expédiée, laisse la voie libre au recueil La Marque de Calth et à l'histoire de la guerre souterraine - tome qui sera publié à l'été 2015 - permettant à l'histoire de ne pas s'éterniser. La Bataille de Calth s'avère en effet un des plus courts récits de L'Hérésie d'Horus, pour le meilleur puisque c'est bien la longueur des romans de la franchise qui représentent souvent un handicap. Enfin, le dernier élément de réjouissance, ce sont les éléments de fin qui font non seulement avancer la guerre galactique mais la rende également plus crédible - on sait enfin pourquoi les loyalistes ne pourront pas atteindre Terra à temps.

Une tuerie, au sens propre comme au figuré.
La Bataille de Calth est un récit intense, trépidant et explosif. Abnett joue le jeu du grand spectacle et nous livre un récit de SF militaire hard-boiled ultra-jouissif. Incontournable que l'on soit fan ou non.
Just A Word


Anamnèse de Lady Star
Anamnèse de Lady Star
par L. L. Kloetzer
Edition : Broché
Prix : EUR 21,50

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Refermer la boîte de Pandore, 22 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Anamnèse de Lady Star (Broché)
Gilles Dumay, le directeur de la collection Lunes D'encre chez Denoël, s'imaginait-il en 2009, lors de la publication de son anthologie Retour sur l'horizon, que celle-ci contenait une bombe à retardement ? Dans le paquet de nouvelles du recueil se nichait en effet un texte du français Laurent Kloetzer intitulé Les Trois Singes. Alors que l'année suivante Laurent faisait équipe avec sa femme, Laure, pour écrire Cleer sous le pseudonyme de L.L. Kloetzer, le tandem avait-il dejà à l'esprit le destin de cette "simple" nouvelle ? Quoi qu'il en soit, en 2013, Lunes D'encre accueille le second ouvrage du couple : Anamnèse de Lady Star. Rapidement acclamé de toutes parts par la critique, couronné du prestigieux Prix de L'imaginaire, le roman fait grand bruit dans le milieu de la science-fiction française, et même au-delà d'ailleurs. Comment Laure et Laurent ont transformé un (excellent) texte de 35 pages en un ouvrage de plus de 450 pages ?

Revenons quelques années en arrière. De quoi parlait au juste Les Trois Singes ? D'un interrogatoire. Un terroriste français, Yvan Legorre, avait déclenché une nouvelle sorte d'arme au cœur d'un sommet politique à Islamabad : la bombe iconique. Son but ? Détruire sélectivement la société arabe qui s'opposait, selon lui et ses complices, à la vision occidentale. Le résultat fut terrible et éradiqua bien plus de monde qu'attendu... les trois quarts de la population mondiale étant réduit à l'état de légumes avant de s'éteindre. Au milieu de cet interrogatoire, Legorre lâche un nom étrange : Hypasie. De ce postulat, les Kloetzer ne cherchent même pas à capitaliser sur cette apocalypse. Non. Ou du moins pas vraiment. Avec le roman, il élargissent la focale et se recentre sur un tout autre sujet, cette fameuse Hypasie. Qui est-elle ? Que savait-elle des projets du Dr Aberlour et du colonel Darsonval ? Alors que l'organisation Vergiss mein night tente de mettre la main sur tous les hommes et femmes à l'origine de cette technologie effroyable, Magda Makropoulos et Christian Jaeger découvrent un certain nombre de témoignages étranges. Dans ceux-ci, une dernière personne semble s'immiscer dans l'entourage du gourou Aberlour... Une ombre, une absence embarrassante.Qui est cette jeune femme insaisissable que Legorre avait appelé Hypasie ? Est-ce une Elohim, une enfant des étoiles ? Ou une simple humaine particulièrement rusée ? Existe-t-elle vraiment ? A travers une enquête gargantuesque, Madga et Christian traquent un fantôme pour refermer la boîte de Pandore., pour éviter qu'un nouveau Satori ne se reproduise et n'achève la race humaine.

Les Kloetzer sont fous. Très certainement. Mais du genre de folie qui fait le plus grand bien. Classer Anamnèse de Lady Star dans le genre science-fictif est aussi fondamentalement faux qu'indéniablement vrai. Ce roman de 450 pages bien tassées ne rentre heureusement pas dans les cases. D'un côté, les français cueillent joyeusement un tas de choses appartenant au jardin luxuriant de la science-fiction, mais de l'autre, ils n'hésitent pas à rendre hommage au polar, au roman d'espionnage ou encore au fantastique. Anamnèse est-il en définitive un roman de SF ? Forcément. On y croise des Elohims, des extraterrestres à l'apparence humaine mais aux pouvoirs considérables, on se balade dans des sectes et des villes post-apocalyptiques, on assiste à l'invention de technologies terrifiantes ou fascinantes...et on finit même par apprendre l'existence de mondes colonisés. Pas de doute, la science-fiction est au rendez-vous. Pourtant, là où les Kloetzer pouvaient se borner à raconter l'avant et l'après Satori (le nom de cet attentat monstrueux), ils choisissent d'explorer un tout autre chemin. Laure et Laurent s'attaquent à l'Everest par la face Nord. Ils édifient, brique par brique, chapitre par chapitre, une mosaïque que n'aurait pas renier un Hal Duncan ou même un Max Brooks. Pas de zombie (ou presque....) ou de démon ici, mais un mythe, leur propre mythe : Hypasie. Ou Marguerite. Ou Nomen. Peu importe son nom, puisque, comme toutes les divinités qui se respectent, elle en porte plusieurs. C'est ce personnage central qui va au final occuper le devant de la scène, volant la vedette au Satori, aux Porteurs Lents, à Assur et à toutes les autres tonnes de trouvailles du récit.

Anamnèse de Lady Star porte donc bien son nom. Que signifie Anamnèse ? Le terme est médical, il désigne l'historique d'un patient. Les Kloetzer nous dépeignent en effet l'historique de leur patient, de leur étoile à eux. Cette jeune femme (qualifions-là ainsi) est un mythe. Personne ne l'a véritablement connu mais tous en parle dans l'enquête. Comme dans les mythes, elle trouve plusieurs incarnations. Muse au service d'Aberlour, voleuse de données à Kanazawa, déesse d'un monde virtuel, fantôme d'un manoir (hanté ?) ou encore suivante d'une secte, Hypasie est tout cela et plus encore. L'air de rien, les français livrent une des descriptions de créature extra-terrestre les plus subtiles et les plus magnifiques jamais vues. Insaisissable, l'enfant des étoiles entraîne le lecteur autant que ses poursuivants à travers les événements. Laure et Laurent, par cette minutieuse enquête pour la retrouver, en profitent pour esquisser le portrait d'une société malade, au propre comme au figuré, au bord du gouffre. Ils racontent avec un talent insolent une apocalypse et une renaissance difficile en même temps que le parcours totalement hors du commun d'une Elohim. Pour se faire, ils collent plusieurs nouvelles ensemble, chacune pouvant être considérée comme un texte à part entière au final. Mis bout à bout, soigneusement agencés et reliés, les différentes pièces de la mosaïque s'assemblent et forment un tableau aussi déroutant que génial. Les deux auteurs ne se refusent rien et chaque chapitre adopte sa propre voix. On passe du bon vieux polar au récit "historique" en passant par de vrais morceaux de suspense, d'action et d'onirisme. Les registres se mêlent, se confondent, ils n'existent que par la plume magique des deux auteurs. Cette ambition stylistique n'est pas sans revers. Au fond, oui, Anamnèse est un authentique livre difficile. On tombe tantôt dans la logorrhée (Giessbach) tantôt dans l'évasif, le suggestif (Assur). Plus difficile encore, le fil de l'intrigue, qui relie Hypasie à tous ces petits morceaux de bravoures littéraires, n'est pas des plus faciles à suivre. Heureusement, quelques petits chapitres ingénieux font le point sur les hypothèses et contre-hypothèses de nos enquêteurs.

Parce que le vrai coup de génie d'Anamnèse de Lady Star, c'est de s'amuser avec la vérité. Les Kloetzer prennent souvent un temps fou à nous faire gober une version des faits pour la déconstruire ou la mettre en doute derrière. Hypasie était-elle à Kanazawa ? Siegen l'a-t-il tué ? Qu'a-t-elle à voir avec le programme Assur ? Et Norn ? Les questions n'arrêtent pas de fuser et il faut savoir les empiler dans sa tête, les mettre en réserve. Pour prendre leur propos à bras le corps, Laure et Laurent ne nous donnent pas du tout prêt. Ils nous ont promis une enquête, en voici une vraie. Avec sa part d'ombre et de contre-vérités. Au-delà de cette simple traque, ils nous proposent bien d'autres choses. Déjà, des personnages captivants, de Magda au vieux Herriman en passant par l'obsessif Jaeger (qui porte bien son nom au demeurant). Ensuite, une vraie plongée dans la déification et la mythification, ou comment ériger un être en légende juste à partir d'éléments manquants et de quelques petites choses inexpliquées. Hypasie n'est pas autre chose qu'un être mythologique plutôt qu'une "simple" extra-terrestre. Une chimère que poursuivent sans cesse Magda et Jaeger. Plus roublards encore, nos deux français nous proposent un questionnement sur l'identité, ce qui fait d'un être ce qu'il est, ce qui le désigne en tant que tel. De là découle l'altérité et, évidemment, le besoin de reconnaissance, d'exister. Le regard de l'autre...des autres. Peut-on vivre sans l’intérêt d'autrui ? Les pouvoirs et la consistance d'Hypasie ne tiennent qu'à cela, mais nous, simples humains, sommes-nous si différents ? Arrivés à la fin de toutes choses, Magda et Jaeger ne se construisent-ils pas tout autant par l’intérêt que nous leur portons ? Que leur porte Hypasie ? Le vieux Herriman n'existe-t-il pas grâce à Hypasie et vice-versa ? Cette question fondamentale, être ou ne pas être, on la connait depuis longtemps. Les Kloetzer semblent lui donner une nouvelle dimension.

Parce qu'en définitive, chaque individu croisé dans l'aventure n'a de raison d'exister dans le récit que par l’intérêt de l'enquête. Laure et Laurent jonglent avec cette notion et, surtout, cherchent à la renouveler constamment, par l'écriture et...par le registre de leurs différentes histoires. La boucle est bouclée. Il faut saluer cette ambition monstrueuse, non seulement dans les thèmes abordés et dans les personnages façonnés, mais aussi par cette volonté de caméléon, cette constante recherche d'un nouvel univers à chaque témoignage. On ne peut s'empêcher de rester coi devant l'audace du passage à Giessbach, devant la logorrhée d'un vieil homme condamné à veiller sur ses maîtres comme un esclave du mythique Dracula. On ne peut s'empêcher de saluer cette construction en poupées russes autour de l'univers d'Assur avec le récit de Marguerite, puis de Loomis, puis de Magda...Tout ça parfaitement emboîté les uns dans les autres. Et puis, pour terminer, il y a cette mélancolie, cette tristesse de l'existence d'Hypasie, malade de solitude, en éternelle quête d'attention, qui croisent d'autres fantômes, chacun à leur façon. Condamnée à fuir, à être traquée...pour sa propre survie. Sa vie, son paradoxe, son issue fatale forcément inévitable.

Anamnèse de Lady Star.
Retenez bien ce titre car c'est celui d'un des meilleurs romans de science-fiction française de ces dix dernières années. Extrêmement ambitieux, intelligent et dense au point d'en devenir terrifiant, le roman-monstre de Laure et Laurent Kloetzer est de ces œuvres marquantes qu'on oublie pas de sitôt.
Une vraie bombe.
Just A Word
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 9, 2014 11:07 PM CET


Batman Arkham Asylum
Batman Arkham Asylum
par Grant Morrison
Edition : Relié
Prix : EUR 19,00

5.0 étoiles sur 5 Au coeur de la folie, 21 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Batman Arkham Asylum (Relié)
Une nouvelle fois, le commissaire Gordon réclame Batman. Dans l'asile d'Arkham, le Joker et les autres psychopathes ont pris en otage le personnel médical. Leur exigence : la venue du superhéros de Gotham. Mais lorsque Batman s'apprête à partir affronter cette nouvelle épreuve, il a peur... Non des occupants d'Arkham mais de lui-même. Pourra-t-il se défaire de ce monde de fous une fois à l'intérieur de l'asile... ?

Urban Comics continue de rééditer les plus célèbres albums de Batman. Après le fameux The Dark Knight Returns de Frank Miller , c'est au tour de L'asile d'Arkham de Grant Morrison et Dave McKean d'être réédité sous le titre d'Arkham Asylum. On connaissait déjà le scénariste écossais pour la série Les Invisibles ou la plus récente Seven Soldiers of Victory, il s'agit cette fois de sa première incursion dans l'univers de l'homme chauve-souris. Pour cette entreprise, c'est le formidable dessinateur Dave McKean - MirrorMask, Violent Cases ou encore Cages - qui se charge de mettre en forme l'univers tourmenté d'Arkham.

Déroutant. Voici l'adjectif le plus adapté à ce nouvel album. Mettons d'emblée les choses au clair, ceux qui cherchent de l'action seront véritablement déçus puisqu'il ne s'agit pas du tout du sujet de Morrison. Dans la droite lignée d'un Killing Joke, L'asile d'Arkham tend à semer le doute dans l'esprit du lecteur sur la nature du Batman : fou ou authentique super-héros ? Le piège tendu par le Joker s'avère des plus tordus, le danger de l'entreprise ne se situant pas tant dans les pensionnaires d'Arkham que dans le Batman lui-même. Pourtant, là où Alan Moore se bornait à rapprocher le Joker de Batman, Morrison va plus loin en le confrontant à tous ses ennemis dont Double-Face, Clayface ou encore Croc. Tout ce beau monde permet au scénariste de disserter sur la folie et de créer le malaise chez son lectorat.

Arkham Asylum n'est ni plus ni moins qu'une plongée totale dans le royaume de la folie humaine. Tout en symbolisme, l'auteur retrace le parcours du créateur de l'asile en même temps que les terreurs qui hantent notre héros. Pourtant, le comics n'aurait pas été véritablement percutant sans le dessin extraordinaire de Dave McKean. Son trait flou, ses collages incongrus et son style noir inimitable immergent l'album dans une ambiance lugubre et malsaine. En quelques 100 pages, Morrison et McKean élaborent un tour de force à la fois graphique et psychologique. Mais ce n'est pas tout, au-delà du Joker et de Batman, un autre personnage vole la vedette aux deux légendes : Amadeus Arkham, le créateur de l'asile. Personnage torturé et au destin tragique, il fascine autant qu'il effraie. Une authentique réussite.

On saluera enfin la dimension psychanalytique de l'œuvre avec le test de Rorschach ou le test d'association, superbement employés. Flirtant avec le complexe Œdipien et la peur de l'inconnu, Morrison semble affirmer que la folie fait partie intégrante de l'homme et qu'un simple catalyseur peut la réveiller. Mais dans un monde peuplé de fous, où se trouve la normalité ? Au sein d'Arkham, Gotham ne représente pas autre chose qu'un vaste asile. Dernière excellente idée du volume, mettre des "fiches d'hospitalisation" en fin d'ouvrage, la meilleure d'entre elles et la plus dérangeante étant bien entendu celle du Batman lui-même dont l'obsession pour la justice confine au pathologique. De quoi brouiller un peu plus les pistes...

Arkham Asylum mérite de figurer au panthéon des comics sur le Batman aux cotés du Killing Joke de Moore, du Dark Knight de Miller ou du Long Halloween de Loeb. Abandonnant presque totalement l'action pour la réflexion et sublimé par le trait fabuleux de Dave McKean, le comics de Grant Morrison surprend de la plus exquise (et folle) des façons.

Just A Word


The Horus Heresy : Delivrance Perdue, les Fantomes de Terra
The Horus Heresy : Delivrance Perdue, les Fantomes de Terra
par Gav Thorpe
Edition : Relié

4.0 étoiles sur 5 La Raven Guard brisée, 21 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Horus Heresy : Delivrance Perdue, les Fantomes de Terra (Relié)
Délivrance perdue annonce une nouvelle période dans l'immense cycle de L'Hérésie d'Horus. Après 17 tomes, la Black Library se décide (enfin) à aborder des événements post-Istvaan. Bien entendu, on peut arguer que, déjà, Les Morts Oubliés abordait cette époque mais, en regard du type particulier de roman dont il s'agissait et de son action restreinte à Terra, c'est bel et bien Délivrance perdue qui représente le véritable coup d'envoi de cette seconde époque. Pour l'occasion, c'est Gav Thorpe, un des concepteurs de jeux le plus connus de Games Workshop (et un des plus controversés...), qui se charge de l'écriture des mésaventures de la Raven Guard. Il faut noter d'ailleurs qu'il est très fortement recommandé de lire la nouvelle Le Visage de la Trahison dans le recueil L'Âge des Ténèbres puisqu'elle raconte justement le sauvetage de la Raven Guard du point de vue du commandant Branne.

Le massacre du site d’atterrissage a entraîné l'annihilation de deux légions, les Salamanders et les Iron Hands. Saignés à blanc, les survivants de la Raven Guard abandonnent derrière eux près de soixante-quinze mille des leurs pour fuir à travers les plaines tourmentées d'Istvaan V. A leur tête, leur impétueux primarque, Corvus Corax. Alors qu'ils se préparent à vendre chèrement leur peau face aux hordes d'Angron, le commandant Branne les contacte depuis son vaisseau pour les évacuer. Il parvient ainsi à sauver le primarque et quelques deux mille cinq cents de ses hommes. Corax ordonne alors de partir pour Terra au plus vite dans l'espoir d'obtenir de l'Empereur son ancienne technologie génétique pour reconstruire sa légion meurtrie. Ce qu'il ignore c'est que son échappée miraculeuse ne doit rien à la chance. Dans l'ombre, Alpharius et Omegon ont infiltré des agents de l'Alpha Legion au cœur même de la Raven Guard...

Gav Thorpe a trois tâches principales avec Délivrance Perdue. La première est de nous raconter les conséquences du massacre d'Istvaan V. De façon précise et rapide, il arrive à saisir toute l'horreur de cette trahison pour Corax et, plus loin dans le récit, pour Dorn et le Sigilitte. Il rend de façon très crédible l'impuissance et le désespoir qui a envahi la Raven Guard mais aussi la fébrilité des forces stationnées sur Terra pour fortifier le Palais Impérial. La seconde tâche est elle, plus ardue. Thorpe se doit de décrire une des légions qu'on a le moins vu jusque là : la Raven Guard. D'un côté, l'auteur britannique parvient à donner une identité à ces space marines en en faisant une force d'attaque-éclair bien plus pragmatique que des World Eaters ou des Space Wolves, mais de l'autre il peine à bâtir un véritable caractère, de véritables spécificités comme l'a fait Dan Abnett pour les Space Wolves justement. Leur description, même si elle reste plaisante, se borne donc au minimum syndical et, d'une certaine façon, Thorpe réussit bien mieux à incarner leur primarque, Corvus Corax. Charismatique, le primogenitor de la Raven Guard est également décrit au cours de quelques flash-backs au sujet de son ascension sur Lycaeus. Une excellente idée qui permet de rendre le personnage plus humain alors que, justement, il est bien plus que ça.

Le troisième défi que doit relever Thorpe est également le plus conséquent. Délivrance perdue constitue certes un récit centré sur la Raven Guard...mais parle également de l'Alpha Legion. En quelque sorte, Thorpe doit prendre la suite d'Abnett et son génial Légion. Evidemment, il n'arrive jamais à égaler l'excellent background mis en place par Dan Abnett mais pour autant il prolonge honorablement la chose. L'Alpha Legion devient ici quasiment une troisième faction, tiraillée entre sa collusion avec la Cabale et son envie de dominer toute les légions renégates. Le mystère qui les entoure permet d'ailleurs à l'intrigue de faire long feu. Gav Thorpe nous berne pendant les trois quarts de l'histoire sur l'identité des agents infiltrés et amène son lot de surprises en fin de récit. On regrette de ne pas voir davantage Alpharius (le vrai) mais la présence d'Omegon permet de pallier à cette frustration. En réalité, le seul vrai défaut du roman, c'est encore une fois sa longueur. Le livre aurait mérité d'être amputé d'une bonne centaine de pages, notamment des passages inutiles autour des régiments de Therion qui ne servent à rien. De même, le passage sur Terra s'éternise beaucoup trop avec le petit jeu d'exploration mortel du labyrinthe vraiment trop long. Ainsi, Délivrance Perdue accuse un coup de mou à mi-parcours et retrouve un deuxième souffle avec l'amorce de la révolte contre la Cache du Corbeau. Thorpe conclut son récit par une bataille qui vaut plus pour la révélation des machinations d'Omegon que pour son action en elle-même, celle-ci sera d'ailleurs bien plus réussie dans la prise de la Forteresse Parfaite.

A l'arrivée, Délivrance Perdue n'est pas un tome aussi réussi que Prospero Brûle ou Legion, mais il se lit avec plaisir, notamment pour les fans de L'Alpha Legion et de la Raven Guard. Si Thorpe n'a pas la plume d'un Abnett, il assure le nécessaire pour rendre son récit intéressant et réserver quelques surprises à son lecteur. Espérons simplement que la Bataille de Calth sera plus prenant.

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