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Winter "Just A Word" (Valenciennes, France)
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GOTHAM CENTRAL tome 1
GOTHAM CENTRAL tome 1
par Collectif
Edition : Relié
Prix : EUR 22,50

5.0 étoiles sur 5 Les flics de Gotham, 25 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : GOTHAM CENTRAL tome 1 (Relié)
Lorsque l'on dit Gotham, naturellement on pense Batman. Pourtant, on oublie certains acteurs primordiaux de chaque histoire ou presque, très souvent cantonnés à de la figuration ou des rôles subalternes : les flics de Gotham City. Parce que c'est bien beau d'avoir un super-héros dans la ville, il faut tout de même boucler les méchants et se charger des autres enquêtes du quotidien. Le Batman ne peut pas être partout tout le temps. C'est ce que ce sont dit Greg Rucka (Daredevil, Elektra, Wonder Woman) et Ed Brubaker (Criminal, The Authority, Sleepers), deux spécialistes du polar, chacun à leur façon. Après le monstrueux event No Man's Land, c'est donc sur les forces de police que DC se penche. Publié une première fois en France par les défuntes éditions Semic, c'est grâce à l'excellent éditeur Urban Comics que nous avons droit à une mouture en 4 volumes dont ce premier tome a la lourde charge d'hameçonner le public pour la suite. Les flics peuvent-ils être à la hauteur de la chauve-souris ?

La réponse est oui, trois fois oui. Non seulement ce que nous ont concocté Rucka et Brubaker est une petite douceur pleine de saveurs inconnues, mais en plus ils font équipe avec Michael Lark qui avait déjà bossé avec Brubaker sur Daredevil. Son trait, rude et rapeux, s'adapte parfaitement à ce polar hard-boiled servi bien noir par les deux scénaristes américains. Mais revenons-en à nos histoires. On en compte trois dans ce premier volume, chacun mettant en scène un super-vilain différent. La première (et aussi la plus courte) sert d'introduction en centrant l'intrigue sur une affaire de routine qui tourne mal. Pour l'occasion, Rucka et Brubaker écrivent à 4 mains un récit qui pose les bases, et qui déjà, s'interroge : Dans une ville où sévit le Batman, quelle place pour de "petits" inspecteurs ? Malgré son nom de Brigade des Crimes Majeurs, l'unité qui intervient ici vit en fait dans l'ombre du justicier masqué. Celui-ci passera d'ailleurs de temps à autre devant nos héros ordinaires, mais sans jamais prendre une part prépondérante à l'intrigue, définitivement dévolue à l'inspecteur Driver et ses collègues.

La réflexion primordiale qui sous-tend presque tout le recueil, c'est donc la relation qu'entretiennent les simples policiers avec le Batman. Une relation d'amour-haine en fait, rendue d'autant plus délicate par cette espèce de minuterie qui s'écoule inlassablement jusqu'à la tombée de la nuit et la venue obligatoire de celui qui résoudra à coup sûr l'affaire en cours. Dès lors, les flics aiment autant celui qui représente à leurs yeux la quintessence de la justice et de son implacabilité qu'il le déteste lorsqu'il se compare à lui et sa scandaleuse supériorité. Dans un sens, Rucka et Brubaker explorent l'impact qu'a eu le Batman sur les autres "justiciers" de Gotham. C'est non seulement très malin mais aussi très efficace. Dans la seconde histoire - Le Mobile -, c'est Ed Brubaker qui prend le relai en solo. Celui-ci s'axe encore davantage sur l'intimité des inspecteurs de police tout en livrant une histoire à la fois simple mais extrêmement efficace, une spécialité du bonhomme. Son enquête passionnante a la bonne idée de réemployer un méchant de troisième zone - Firebug - tout en jouant avec certains clichés et faux-semblants. Il n'oublie pas de poursuivre la réflexion amorcée dans le premier arc avec un final aussi court que brillant confrontant un Batman distant à un Driver revanchard.

Enfin, Pour Moitié, c'est un peu le gros morceau de ce premier volume. Et aussi la plus grosse réussite. Greg Rucka revient aux commandes en solo et offre une plongée formidable dans la vie intime et professionnelle de l'inspecteur Renée Montoya. Ne négligeant ni son enquête - réellement passionnante - ni ses personnages - tous très travaillés -, Rucka se paye le luxe de lier son récit à celui de No Man's Land grâce à son super-vilain (qu'on ne dévoilera volontairement pas) vraiment bien employé. Surtout, l'américain livre une réflexion incisive et militante sur l'homosexualité féminine en lui donnant du panache, de la beauté et surtout du réalisme. Très certainement le plus important en nombre de pages, ce dernier arc l'est également du point de vue de l'intelligence. Rucka honore autant les flics de Gotham que le droit de s'aimer librement, en profite pour tordre le coup aux préjugés et y ajoute une bonne dose d'émotions que l'on applaudit bien fort. Une prise de position qu'on l'on admire d'autant plus après la lecture de sa brillante post-face. En fait, la seule petite chose à reprocher à ce premier volume, c'est le manque de relief de Mr Freeze, peu creusé puisque présent dans l'arc le plus court, malheureusement.

Ce premier tome de Gotham Central réussit un exploit similaire au Joker d'Azzarello : offrir un récit passionnant et intelligent sans recourir en premier lieu au Batman. En misant sur l'originalité de découvrir le milieu policier tout en exploitant le plus judicieusement possible les possibilités offertes par cette démarche, Greg Rucka et Ed Brubaker inaugurent en grande pompe une série qui s'annonce d'ors et déjà indispensable.

Just A Word


The Horus Heresy, Tome 21 : Signus Daemonicus : L'Ange tombe
The Horus Heresy, Tome 21 : Signus Daemonicus : L'Ange tombe
par James Swallow
Edition : Relié
Prix : EUR 12,00

3.0 étoiles sur 5 L'ange face à ses démons, 22 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Horus Heresy, Tome 21 : Signus Daemonicus : L'Ange tombe (Relié)
C'est donc le vingt-et-unième volume que nous abordons aujourd'hui avec Signus Daemonicus du britannique James Swallow. On se souvient de Swallow pour quelques-unes de ses nouvelles dans les recueils L'âge des Ténèbres et Chroniques de l'Hérésie, pour son Némésis, mais aussi et surtout pour son roman La Fuite de l'Eisenstein, pas très réussi au demeurant. L'anglais a l'occasion de se rattraper en revenant sur une des légions les plus importantes de L'Hérésie d'Horus, les Blood Angels et leur primarque Sanguinius. Pour Swallow, il s'agit d'un retour aux sources puisqu'il avait déjà écrit sur les Blood Angels mais dans l'univers du 41ème millénaire avec Deus Encarmine et Deus Sanguinius. Dans le même temps, cela permet à la série de combler un blanc dans le tableau d'ensemble de ce conflit titanesque puisque jusqu'ici, on ne savait quasiment rien des agissements des anges de Sanguinius. Signus Daemonicus pourra-t-il redorer le blason de James Swallow ?

Sanguinius et le Maître de guerre Horus partagent tout deux un terrible secret, celui de la malédiction qui ronge la légion de l'Ange. Après une campagne des plus frustrantes aux côtés de l'énigmatique Alpha Legion, Sanguinius reçoit la visite d'un émissaire d'Horus qui lui ordonne de se porter vers l'amas de Signus dans le but de libérer ses mondes de l'emprise d'un très vieil ennemi xenos. Réunissant l'ensemble de ses Blood Angels, le primarque de la IXème légion découvre rapidement un système dévasté à une échelle inconcevable. Des mondes vidés de leur population, des planètes devenues des entités hostiles, des étoiles qui s'éteignent...Au fur et à mesure de leur incursion, les Blood Angels réalisent qu'ils se retrouvent face à un ennemi tout autre que celui qu'on leur a ordonné de réduire en cendres. Et si le commandement d'Horus avait un but caché ? Dans les profondeurs du monde-capitale de Signus Prime, la mort et la fureur attendent Sanguinius et ses fils.

L'une des choses les plus attendues dans ce roman, c'est la caractérisation des Blood Angels mais surtout de leur fameuse tare génétique : La Rage Noire. Pour se faire, James Swallow commence le récit par un flash-back qui permet dans le même temps d'introduire un ennemi Xenos qui servira de prétexte par la suite pour le maître de Guerre. Swallow installe une certaine forme de complicité crédible entre Horus et Sanguinius ainsi qu'un bref aperçu du sort qui attend les victimes de la Rage Noire. Par la suite, le britannique s'emploiera à faire graduellement monter la pression sur les Blood Angels lors de leur incursion sur Signus Prime. Celle-ci est d'ailleurs précédée par la lente progression à travers le système de Signus. Ce passage s'avère de loin le plus réussi et convainquant du roman, l'auteur arrive à distiller une ambiance pesante et assez terrifiante tout en évitant de confronter frontalement le lecteur aux démons du chaos. Le passage sur la planète vivante offre d'ailleurs quelques visions fantastiques où Swallow s'amuse à transformer l'environnement urbain en monstruosités. Cette approche en douceur installe une atmosphère pesante et oppressante qui se perd malheureusement avec l'arrivée des anges sur Signus Prime. A ce stade, le britannique dévoile les forces du Chaos et ses démons en ayant recours à une alliance improbable - Slaanesh et Khorne, qui l'eût crut ? - et passe d'un récit de terreur à celui de pure action où les Blood Angels révèlent toute leur férocité.

Du côté du Primarque, Swallow arrive plutôt bien à mettre en avant Sanguinius mais l'on ne peut s'empêcher de penser que celui-ci manque un tantinet de relief, un comble pour celui qui tiendra envers et contre tous la Porte de l’éternité. Ce qui semble manquer à l'anglais ici, c'est un vrai talent pour les punchlines où les séquences héroïques comme Abnett, McNeill ou Dembski-Bowden dans leurs romans respectifs. Une autre déception majeure à attrait à certains rajouts malheureux et totalement inutiles comme celui du groupe de Space Wolves qui n'a rigoureusement rien à faire là et qui ne servira en fait que de punching-ball à des Blood Angels devenus incontrôlables. Enfin, et comme souvent, le roman aurait mérité quelques coupes franches et surtout de condenser l'affrontement final qui vire dans certaines fantaisies un poil abstraites. Heureusement, le récit se suit globalement sans déplaisir, Swallow arrive aussi à insérer quelques flash-backs intéressants ainsi qu'à disserter sur l'erreur monumentale que fut l'Edit de Nikaea. De même, deux personnages sortent du lot : Meros, l'apothicaire, aussi humble que primordial pour le récit, et Amit, le brutal et terrible Flesh Tearer. Les autres restent globalement trop peu travaillés pour réellement interpeller le lecteur. Pour terminer, James Swallow intègre son récit au niveau actuel de l'avancée du cycle et annonce la suite des événements qui se dérouleront dans l'arc Imperium Secundus de Dan Abnett.

Malgré ses défauts, Signus Daemonicus relève le niveau des écrits de James Swallow. Il constitue également un volume primordial dans l'histoire de l'Hérésie D'Horus pour comprendre pourquoi les Blood Angels n'ont pas été du tout présents dans le conflit jusque-là. Même si Swallow souffre de son style très quelconque et d'un manque cruel pour façonner des personnages charismatiques, il livre un récit à l'atmosphère convaincante et globalement captivant, notamment pour les fans de la IXème légion.

Just A Word


Le fleuve des dieux
Le fleuve des dieux
par Ian McDonald
Edition : Poche
Prix : EUR 10,00

5.0 étoiles sur 5 Il était une fois en Inde, 16 novembre 2014
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Croulant sous les louanges, Le Fleuve des Dieux, le roman de l'anglais Ian McDonald, a récolté également une petite moisson de prix parmi lesquels le Grand Prix de l'Imaginaire en France et le British Science Fiction au Royaume-Uni. Cette petite brique de près de 600 pages a tout naturellement trouvé son chemin pour intégrer l'exigeant catalogue de la collection Lunes D'encre chez Denoël. Mieux, elle a même donné lieu à un second volume réunissant les nouvelles et novella liées au même univers dans l'ouvrage La Petite Déesse (dont on reparlera forcément). Véritable tsunami d'idées, Le Fleuve des Dieux est aussi dépaysant que difficile à aborder...et pas seulement quand il s'agit d'en parler ! Ian McDonald s'impose quasiment instantanément comme un des auteurs les plus importants de ces dernières années. Explications.

Nous sommes en 2047.
L'Inde telle que nous la connaissons n'existe plus et s'est scindée en plusieurs petit pays. Au centre de toutes les préoccupations régionales se trouve le Bharât, à majorité Hindoue, qui s'oppose à l'Awadh, à majorité musulmane. En proie à une sécheresse exceptionnelle, les "Indes" se disputent le contrôle de la mère Gangâ, le grand fleuve sacré. Dans une société secouée par une violente crise des valeurs, des hommes et femmes entrelacent leur destin : Lisa Durnau et le professeur Lull, deux américains à l'origine d'un monde virtuel nommé AlTerre, Shiv, un râja en quête de gloire, Tal, un neutre prit dans une vertigineuse machination pour faire tomber Shahîn Badûr Khan, le principal conseiller du Premier Ministre, Vishram, un humoriste que rien ne préparait à diriger une grande entreprise, M.Nanda et Parvâti, un flic Krishna traquant les intelligences artificielles illégales, les aeais, et sa femme de la campagne perdue dans l'immense ville de Vârânaci. Et Nadja, une journaliste d'origine afghane qui va découvrir des scoops à même de faire trembler le pouvoir en place. Tous ces destins convergent vers une seule grande crise, celle provoquée par N.K Jivanji, le meneur d'un partie hindouiste extrémiste qui s'oppose ouvertement à la famille Râna au pouvoir. Mais si la crise politique cachait une crise plus profonde ? Et si les aeais avaient un rôle primordial à jouer dans le destin du Bharât ? Sous la chaleur accablante et les psalmodies des sâdhus, le fleuve des dieux sera une fois encore témoin de la folie des hommes.

Quel roman que ce Fleuve des Dieux ! On peut le dire d'emblée : il s'agit bien là d'un de ces Everest littéraires qui jalonnent la vie d'un lecteur. Ian McDonald reprend l'idée du roman choral pour faire entrer en collision pas moins de 9 destinées à priori bien différentes. Ses personnages, fabuleux sans exception aucune, incarne chacun à leur façon une des facettes de la société indienne moderne. Elle occupe naturellement une place centrale dans l'ouvrage tentaculaire de l'anglais. Rarement un roman n'aura été si loin pour plonger son lecteur dans une société aussi différente de la sienne. On découvre d'un coup d'un seul non seulement une conception de la vie radicalement différente avec des dizaines de dieux et une philosophie aux antipodes de celle que l'on connait en Occident, mais également un cachet unique, une atmosphère unique. McDonald manie avec un talent simplement phénoménal les mots pour retranscrire l'Inde (enfin le Bharât...) et nous plonge dans un monde de castes, de faux-semblants et de convenances. C'est aussi la raison d'être de ces neufs personnages principaux (sans compter les nombreux personnages secondaires), de nous faire découvrir les différentes castes, classes qui régissent la société indienne. Des voyous avec Shiv aux plus hauts placés, la quasi-noblesse, avec Khan et le premier ministre Rana en passant par les gens de la campagne largement incarnés par Parvâti et sa mélancolie poignante. L'auteur synthétise brillamment les particularités de la société Indienne, de sa vision de la vie mais avant tout, de ses croyances. Le Fleuve des Dieux porte ici très bien son nom puisque l'histoire est dominée par ces Kali, Ganesh et autres Vishnu, tout ce panthéon de dieux innombrables et exotiques.

Ce foisonnement de divinités permet de faire la liaison avec le thème majeur du Fleuve des Dieux : la technologie et l'intelligence artificielle. En 2047, le monde est parcourue par les aeais, des IA qui deviennent de plus en plus puissantes, de plus en plus extraordinaires. Ian McDonald s'intéresse aux conséquences de l'avènement d'une nouvelle espèce, l'espèce 2.0. Non seulement celles-ci semblent menacer l'existence même de l'humanité mais ont surtout tendance à la supplanter. Les fameuses génération Trois sont des milliers de fois plus intelligentes que l'homme. C'est pour cela que l'humanité les a rapidement interdites, sauf au Bharât justement où leur rôle dans l'industrie du soap s'avère bien trop crucial pour cela. McDonald tend à marier les Dieux traditionnels à ces entités virtuelles dont les pouvoirs et les possibilités aspirent à toujours plus de grandeur, toujours plus de savoir. Dans tous les fils que nous suivront de l'immense tapisserie que représente Le Fleuve des Dieux, les aeais seront présentes, forcément. Comme autant de nœuds obligatoires pour unir cette histoire démesurée. La réflexion du britannique sur les conséquences de l'arrivée d'une intelligence bien plus avancée que celle de l'homme ne prend cependant pas la forme attendue, c'est un vrai bonheur que de ne pas voir le roman réduit à une simple histoire de guerre inter-espèces. Tout est bien plus subtil chez Ian McDonald qui réserve jusqu'au bout une flopée de surprises à son lecteur dans un final flamboyant et d'une intensité peu commune. Un véritable feu d'artifice de maîtrise.

Ne nous y méprenons pas, Le fleuve des dieux, outre l'abord qu'il fait de la culture indienne et de l'évolution technologique, se densifie au fur et à mesure des pages, et cela de façon effrayante. Ian McDonald se penche successivement sur la question du sexe et du genre à travers une caste très particulière, celle des Neutres, des humains modifiés qui refusent d'adopter un genre particulier. Il se penche également sur le poids de l'environnement et des bouleversements qui nous attendent à travers la sécheresse et la véritable guerre de l'eau qui se livrent au sein de cette incroyable épopée. Mais surtout, le britannique aborde l'épineux problème de la confrontation entre deux religions différentes, l'islam et l'hindouisme, et plus loin, la mixité de deux peuples qu'une simple étincelle peut faire exploser comme le prouve l'escalade provoquée par N.K. Jivanji. Celui-ci, et le rôle qu'il joue auprès du peuple, synthétise toutes les manipulations politiques qui sont, au final, les choses les mieux partagées par l'humanité. On pourrait également parler de cette acerbe critique de l'abrutissement des masses au travers de Town and Country, un soap grotesque qui passionne les foules...pourtant, il faut bien s'arrêter un jour. Le Fleuve des Dieux s'avère clairement intimidant pour le lecteur. D'autant plus qu'il agace parfois avec son lexique bourré de termes indiens et qui a tendance à parfois étouffer le récit de Ian McDonald. C'est certainement le plus gros reproche que l'on peut faire au Fleuve des Dieux, celui de jouer la carte de l'exotisme par l'abus de termes étrangers. Paolo Bacigalupi avait par exemple réussi à nous faire pénétrer dans le royaume de Thaïlande sans pour autant nous noyer sous ce déluge de termes obscures. C'est d'autant plus agaçant que le livre comprend un lexique en fin d'ouvrage mais que celui-ci s'avère grandement incomplet (la faute à l'auteur ou à Denoël ?). Mais soit, c'est là un reproche bien mineur par rapport à l'ampleur impressionnante de l'histoire et des thèmes développés par l'auteur anglais.

C'est un Everest que nous livre Ian McDonald. Un vrai. Dense et difficile à aborder de par la multiplicité de ses fils narratifs comme de par son choix lexical jusqu'au-boutiste, Le Fleuve des Dieux marque pourtant durablement le lecteur qui s'est risqué à le remonter. Extrêmement intelligent, d'une précision diabolique mais surtout d'une authenticité rare, le roman-fleuve de Ian McDonald figurera très rapidement sur la liste des classiques de la science-fiction moderne, soyez en certains !
Just A Word


The Horus Heresy, tome 19 : La bataille de Calth - Et ils ne connaîtrons pas la peur
The Horus Heresy, tome 19 : La bataille de Calth - Et ils ne connaîtrons pas la peur
par Dan Abnett
Edition : Broché
Prix : EUR 11,00

4.0 étoiles sur 5 Les Ultramarines doivent brûler !, 23 octobre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Le tome 17, Délivrance Perdue, inaugurait la seconde période de L'Hérésie d'Horus avec les batailles Post-Istvaan V. Pour le 18ème volume, l'empereur de la Black Library est de retour aux affaires. Dan Abnett se retrouve en charge de La Bataille de Calth, l'autre tournant décisif de l'Hérésie, et se concentre sur la légion des Ultramarines jusqu'ici peu exploitée (si l'on met de côté le médiocre La Bataille des Abysses). D'une certaine façon, ce récit fait suite au Premier Hérétique où l'on avait laissé Argel Tal, le commandant des Gal Vorbak, en attente de l'assaut sur Calth. Sauf qu'ici, tout, ou presque, sera vu du point de vue des Ultramarines. Et encore une fois, inutile de le cacher, Dan Abnett fait des merveilles.

Horus a étrillé trois légions loyalistes sur le sable d'Istvaan V. Pourtant, rien est encore joué pour les renégats. Il reste un obstacle majeur au succès du Maître du Guerre et à son attaque sur Terra : Les Ultramarines. La XIIIème légion est, de loin, la plus importante des légions space marine loyaliste. Roboute Guilliman dispose de deux cent mille hommes prêt à se battre. Horus laisse donc les mains libres au plus vieil adversaire de la treizième...Lorgar et ses Word Bearers. Depuis l'affront de Monarchia, ceux-ci n'espèrent qu'une chose : se venger des Ultramarines. Alors que la légion de Guilliman se rassemble autour de Calth sur l'ordre d'Horus ignorant encore sa trahison, la flotte de Lorgar et de ses séides arrivent pour "épauler" son illustre frère. Dans les flammes et la douleur, Calth et les Ultramarines brûleront !

Pour aborder cette immense boucherie qu'est la bataille de Calth, Dan Abnett choisit de la raconter avec une certaine originalité. On assiste en effet à une sorte de compte-rendu historique avec un texte entrecoupé de repères chronologiques. Cette astuce qui n'a l'air de rien permet pourtant une chose géniale. Elle agit comme une sorte de compte à rebours avant l'attaque des Words Bearers. Ajoutez à cela le talent totalement insolent d'Abnett pour faire graduellement monter la tension et la première partie - le "prélude" - devient une lente montée en puissance extrêmement jouissive qui relate simultanément la position des forces spatiales et terrestres, présente les personnages principaux et surtout dévoile le plan machiavélique de Kor Phaeron et Lorgar. Pendant près de la moitié du roman, on assiste à un massacre en règle qui fait prendre tout son sens au mot épique. Car c'est bien ce que l'on retiendra en premier lieu du récit.

La Bataille de Calth n'est rien de moins que le blockbuster de la série de L'Hérésie d'Horus. Abnett a passé une bonne centaine de pages à placer ses pions et ses enjeux et fait tout sauter d'un coup d'un seul. Imaginez. Une légion de près de cent vingt mille space marines épaulés par des démons du chaos, des millions de cultistes et des Titans se retournant contre leurs frères et leurs alliés. Imaginez un vaisseau lancé à pleine vitesse qui percute une plate-forme orbitale grouillant de navires et explosant au beau milieu. Imaginez un croiseur de 8 km de long qui s'écrase au ralenti sur une ville. Imaginez des croiseurs et des cuirassés en train de raser des villes et de saigner à blanc une flotte entière. Imaginez tout cela et vous ne serez encore qu'à la moitié du chemin. Le style d'Abnett, vif, emporté et tonitruant, nous ballotte en plein milieu d'une tempête sans commune mesure. Aucun des passages de L'Hérésie d'Horus n'a été si intense et si cinématographique. La lecture de la bataille, qu'elle soit spatiale ou terrestre, vaut tous les blockbusters hollywoodiens. Comme si ce n'était pas suffisant, Abnett prend un malin plaisir à révéler la nature chaotique des Word Bearers et dès lors, les démons entrent en scène. Épique que l'on vous dit !

Ce que l'on apprécie également tout particulièrement, c'est cette intensité avec laquelle Abnett incarne ses personnages, qu'ils soient Ultramarines, Adeptes de la Machine ou Gardes Impériaux. Il en profite aussi pour introduire un nouveau personnage "spécial" avec Oll Persson, un individu bien plus important pour le cycle qu'il n'en a l'air...ainsi qu'un revenant de son excellent roman Légion. Bref, du fan-service que tous les amoureux du cycle apprécieront. La fin du roman, relativement vite expédiée, laisse la voie libre au recueil La Marque de Calth et à l'histoire de la guerre souterraine - tome qui sera publié à l'été 2015 - permettant à l'histoire de ne pas s'éterniser. La Bataille de Calth s'avère en effet un des plus courts récits de L'Hérésie d'Horus, pour le meilleur puisque c'est bien la longueur des romans de la franchise qui représentent souvent un handicap. Enfin, le dernier élément de réjouissance, ce sont les éléments de fin qui font non seulement avancer la guerre galactique mais la rende également plus crédible - on sait enfin pourquoi les loyalistes ne pourront pas atteindre Terra à temps.

Une tuerie, au sens propre comme au figuré.
La Bataille de Calth est un récit intense, trépidant et explosif. Abnett joue le jeu du grand spectacle et nous livre un récit de SF militaire hard-boiled ultra-jouissif. Incontournable que l'on soit fan ou non.
Just A Word


Anamnèse de Lady Star
Anamnèse de Lady Star
par L. L. Kloetzer
Edition : Broché
Prix : EUR 21,50

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Refermer la boîte de Pandore, 22 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Anamnèse de Lady Star (Broché)
Gilles Dumay, le directeur de la collection Lunes D'encre chez Denoël, s'imaginait-il en 2009, lors de la publication de son anthologie Retour sur l'horizon, que celle-ci contenait une bombe à retardement ? Dans le paquet de nouvelles du recueil se nichait en effet un texte du français Laurent Kloetzer intitulé Les Trois Singes. Alors que l'année suivante Laurent faisait équipe avec sa femme, Laure, pour écrire Cleer sous le pseudonyme de L.L. Kloetzer, le tandem avait-il dejà à l'esprit le destin de cette "simple" nouvelle ? Quoi qu'il en soit, en 2013, Lunes D'encre accueille le second ouvrage du couple : Anamnèse de Lady Star. Rapidement acclamé de toutes parts par la critique, couronné du prestigieux Prix de L'imaginaire, le roman fait grand bruit dans le milieu de la science-fiction française, et même au-delà d'ailleurs. Comment Laure et Laurent ont transformé un (excellent) texte de 35 pages en un ouvrage de plus de 450 pages ?

Revenons quelques années en arrière. De quoi parlait au juste Les Trois Singes ? D'un interrogatoire. Un terroriste français, Yvan Legorre, avait déclenché une nouvelle sorte d'arme au cœur d'un sommet politique à Islamabad : la bombe iconique. Son but ? Détruire sélectivement la société arabe qui s'opposait, selon lui et ses complices, à la vision occidentale. Le résultat fut terrible et éradiqua bien plus de monde qu'attendu... les trois quarts de la population mondiale étant réduit à l'état de légumes avant de s'éteindre. Au milieu de cet interrogatoire, Legorre lâche un nom étrange : Hypasie. De ce postulat, les Kloetzer ne cherchent même pas à capitaliser sur cette apocalypse. Non. Ou du moins pas vraiment. Avec le roman, il élargissent la focale et se recentre sur un tout autre sujet, cette fameuse Hypasie. Qui est-elle ? Que savait-elle des projets du Dr Aberlour et du colonel Darsonval ? Alors que l'organisation Vergiss mein night tente de mettre la main sur tous les hommes et femmes à l'origine de cette technologie effroyable, Magda Makropoulos et Christian Jaeger découvrent un certain nombre de témoignages étranges. Dans ceux-ci, une dernière personne semble s'immiscer dans l'entourage du gourou Aberlour... Une ombre, une absence embarrassante.Qui est cette jeune femme insaisissable que Legorre avait appelé Hypasie ? Est-ce une Elohim, une enfant des étoiles ? Ou une simple humaine particulièrement rusée ? Existe-t-elle vraiment ? A travers une enquête gargantuesque, Madga et Christian traquent un fantôme pour refermer la boîte de Pandore., pour éviter qu'un nouveau Satori ne se reproduise et n'achève la race humaine.

Les Kloetzer sont fous. Très certainement. Mais du genre de folie qui fait le plus grand bien. Classer Anamnèse de Lady Star dans le genre science-fictif est aussi fondamentalement faux qu'indéniablement vrai. Ce roman de 450 pages bien tassées ne rentre heureusement pas dans les cases. D'un côté, les français cueillent joyeusement un tas de choses appartenant au jardin luxuriant de la science-fiction, mais de l'autre, ils n'hésitent pas à rendre hommage au polar, au roman d'espionnage ou encore au fantastique. Anamnèse est-il en définitive un roman de SF ? Forcément. On y croise des Elohims, des extraterrestres à l'apparence humaine mais aux pouvoirs considérables, on se balade dans des sectes et des villes post-apocalyptiques, on assiste à l'invention de technologies terrifiantes ou fascinantes...et on finit même par apprendre l'existence de mondes colonisés. Pas de doute, la science-fiction est au rendez-vous. Pourtant, là où les Kloetzer pouvaient se borner à raconter l'avant et l'après Satori (le nom de cet attentat monstrueux), ils choisissent d'explorer un tout autre chemin. Laure et Laurent s'attaquent à l'Everest par la face Nord. Ils édifient, brique par brique, chapitre par chapitre, une mosaïque que n'aurait pas renier un Hal Duncan ou même un Max Brooks. Pas de zombie (ou presque....) ou de démon ici, mais un mythe, leur propre mythe : Hypasie. Ou Marguerite. Ou Nomen. Peu importe son nom, puisque, comme toutes les divinités qui se respectent, elle en porte plusieurs. C'est ce personnage central qui va au final occuper le devant de la scène, volant la vedette au Satori, aux Porteurs Lents, à Assur et à toutes les autres tonnes de trouvailles du récit.

Anamnèse de Lady Star porte donc bien son nom. Que signifie Anamnèse ? Le terme est médical, il désigne l'historique d'un patient. Les Kloetzer nous dépeignent en effet l'historique de leur patient, de leur étoile à eux. Cette jeune femme (qualifions-là ainsi) est un mythe. Personne ne l'a véritablement connu mais tous en parle dans l'enquête. Comme dans les mythes, elle trouve plusieurs incarnations. Muse au service d'Aberlour, voleuse de données à Kanazawa, déesse d'un monde virtuel, fantôme d'un manoir (hanté ?) ou encore suivante d'une secte, Hypasie est tout cela et plus encore. L'air de rien, les français livrent une des descriptions de créature extra-terrestre les plus subtiles et les plus magnifiques jamais vues. Insaisissable, l'enfant des étoiles entraîne le lecteur autant que ses poursuivants à travers les événements. Laure et Laurent, par cette minutieuse enquête pour la retrouver, en profitent pour esquisser le portrait d'une société malade, au propre comme au figuré, au bord du gouffre. Ils racontent avec un talent insolent une apocalypse et une renaissance difficile en même temps que le parcours totalement hors du commun d'une Elohim. Pour se faire, ils collent plusieurs nouvelles ensemble, chacune pouvant être considérée comme un texte à part entière au final. Mis bout à bout, soigneusement agencés et reliés, les différentes pièces de la mosaïque s'assemblent et forment un tableau aussi déroutant que génial. Les deux auteurs ne se refusent rien et chaque chapitre adopte sa propre voix. On passe du bon vieux polar au récit "historique" en passant par de vrais morceaux de suspense, d'action et d'onirisme. Les registres se mêlent, se confondent, ils n'existent que par la plume magique des deux auteurs. Cette ambition stylistique n'est pas sans revers. Au fond, oui, Anamnèse est un authentique livre difficile. On tombe tantôt dans la logorrhée (Giessbach) tantôt dans l'évasif, le suggestif (Assur). Plus difficile encore, le fil de l'intrigue, qui relie Hypasie à tous ces petits morceaux de bravoures littéraires, n'est pas des plus faciles à suivre. Heureusement, quelques petits chapitres ingénieux font le point sur les hypothèses et contre-hypothèses de nos enquêteurs.

Parce que le vrai coup de génie d'Anamnèse de Lady Star, c'est de s'amuser avec la vérité. Les Kloetzer prennent souvent un temps fou à nous faire gober une version des faits pour la déconstruire ou la mettre en doute derrière. Hypasie était-elle à Kanazawa ? Siegen l'a-t-il tué ? Qu'a-t-elle à voir avec le programme Assur ? Et Norn ? Les questions n'arrêtent pas de fuser et il faut savoir les empiler dans sa tête, les mettre en réserve. Pour prendre leur propos à bras le corps, Laure et Laurent ne nous donnent pas du tout prêt. Ils nous ont promis une enquête, en voici une vraie. Avec sa part d'ombre et de contre-vérités. Au-delà de cette simple traque, ils nous proposent bien d'autres choses. Déjà, des personnages captivants, de Magda au vieux Herriman en passant par l'obsessif Jaeger (qui porte bien son nom au demeurant). Ensuite, une vraie plongée dans la déification et la mythification, ou comment ériger un être en légende juste à partir d'éléments manquants et de quelques petites choses inexpliquées. Hypasie n'est pas autre chose qu'un être mythologique plutôt qu'une "simple" extra-terrestre. Une chimère que poursuivent sans cesse Magda et Jaeger. Plus roublards encore, nos deux français nous proposent un questionnement sur l'identité, ce qui fait d'un être ce qu'il est, ce qui le désigne en tant que tel. De là découle l'altérité et, évidemment, le besoin de reconnaissance, d'exister. Le regard de l'autre...des autres. Peut-on vivre sans l’intérêt d'autrui ? Les pouvoirs et la consistance d'Hypasie ne tiennent qu'à cela, mais nous, simples humains, sommes-nous si différents ? Arrivés à la fin de toutes choses, Magda et Jaeger ne se construisent-ils pas tout autant par l’intérêt que nous leur portons ? Que leur porte Hypasie ? Le vieux Herriman n'existe-t-il pas grâce à Hypasie et vice-versa ? Cette question fondamentale, être ou ne pas être, on la connait depuis longtemps. Les Kloetzer semblent lui donner une nouvelle dimension.

Parce qu'en définitive, chaque individu croisé dans l'aventure n'a de raison d'exister dans le récit que par l’intérêt de l'enquête. Laure et Laurent jonglent avec cette notion et, surtout, cherchent à la renouveler constamment, par l'écriture et...par le registre de leurs différentes histoires. La boucle est bouclée. Il faut saluer cette ambition monstrueuse, non seulement dans les thèmes abordés et dans les personnages façonnés, mais aussi par cette volonté de caméléon, cette constante recherche d'un nouvel univers à chaque témoignage. On ne peut s'empêcher de rester coi devant l'audace du passage à Giessbach, devant la logorrhée d'un vieil homme condamné à veiller sur ses maîtres comme un esclave du mythique Dracula. On ne peut s'empêcher de saluer cette construction en poupées russes autour de l'univers d'Assur avec le récit de Marguerite, puis de Loomis, puis de Magda...Tout ça parfaitement emboîté les uns dans les autres. Et puis, pour terminer, il y a cette mélancolie, cette tristesse de l'existence d'Hypasie, malade de solitude, en éternelle quête d'attention, qui croisent d'autres fantômes, chacun à leur façon. Condamnée à fuir, à être traquée...pour sa propre survie. Sa vie, son paradoxe, son issue fatale forcément inévitable.

Anamnèse de Lady Star.
Retenez bien ce titre car c'est celui d'un des meilleurs romans de science-fiction française de ces dix dernières années. Extrêmement ambitieux, intelligent et dense au point d'en devenir terrifiant, le roman-monstre de Laure et Laurent Kloetzer est de ces œuvres marquantes qu'on oublie pas de sitôt.
Une vraie bombe.
Just A Word
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 9, 2014 11:07 PM CET


Batman Arkham Asylum
Batman Arkham Asylum
par Grant Morrison
Edition : Relié
Prix : EUR 19,00

5.0 étoiles sur 5 Au coeur de la folie, 21 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Batman Arkham Asylum (Relié)
Une nouvelle fois, le commissaire Gordon réclame Batman. Dans l'asile d'Arkham, le Joker et les autres psychopathes ont pris en otage le personnel médical. Leur exigence : la venue du superhéros de Gotham. Mais lorsque Batman s'apprête à partir affronter cette nouvelle épreuve, il a peur... Non des occupants d'Arkham mais de lui-même. Pourra-t-il se défaire de ce monde de fous une fois à l'intérieur de l'asile... ?

Urban Comics continue de rééditer les plus célèbres albums de Batman. Après le fameux The Dark Knight Returns de Frank Miller , c'est au tour de L'asile d'Arkham de Grant Morrison et Dave McKean d'être réédité sous le titre d'Arkham Asylum. On connaissait déjà le scénariste écossais pour la série Les Invisibles ou la plus récente Seven Soldiers of Victory, il s'agit cette fois de sa première incursion dans l'univers de l'homme chauve-souris. Pour cette entreprise, c'est le formidable dessinateur Dave McKean - MirrorMask, Violent Cases ou encore Cages - qui se charge de mettre en forme l'univers tourmenté d'Arkham.

Déroutant. Voici l'adjectif le plus adapté à ce nouvel album. Mettons d'emblée les choses au clair, ceux qui cherchent de l'action seront véritablement déçus puisqu'il ne s'agit pas du tout du sujet de Morrison. Dans la droite lignée d'un Killing Joke, L'asile d'Arkham tend à semer le doute dans l'esprit du lecteur sur la nature du Batman : fou ou authentique super-héros ? Le piège tendu par le Joker s'avère des plus tordus, le danger de l'entreprise ne se situant pas tant dans les pensionnaires d'Arkham que dans le Batman lui-même. Pourtant, là où Alan Moore se bornait à rapprocher le Joker de Batman, Morrison va plus loin en le confrontant à tous ses ennemis dont Double-Face, Clayface ou encore Croc. Tout ce beau monde permet au scénariste de disserter sur la folie et de créer le malaise chez son lectorat.

Arkham Asylum n'est ni plus ni moins qu'une plongée totale dans le royaume de la folie humaine. Tout en symbolisme, l'auteur retrace le parcours du créateur de l'asile en même temps que les terreurs qui hantent notre héros. Pourtant, le comics n'aurait pas été véritablement percutant sans le dessin extraordinaire de Dave McKean. Son trait flou, ses collages incongrus et son style noir inimitable immergent l'album dans une ambiance lugubre et malsaine. En quelques 100 pages, Morrison et McKean élaborent un tour de force à la fois graphique et psychologique. Mais ce n'est pas tout, au-delà du Joker et de Batman, un autre personnage vole la vedette aux deux légendes : Amadeus Arkham, le créateur de l'asile. Personnage torturé et au destin tragique, il fascine autant qu'il effraie. Une authentique réussite.

On saluera enfin la dimension psychanalytique de l'œuvre avec le test de Rorschach ou le test d'association, superbement employés. Flirtant avec le complexe Œdipien et la peur de l'inconnu, Morrison semble affirmer que la folie fait partie intégrante de l'homme et qu'un simple catalyseur peut la réveiller. Mais dans un monde peuplé de fous, où se trouve la normalité ? Au sein d'Arkham, Gotham ne représente pas autre chose qu'un vaste asile. Dernière excellente idée du volume, mettre des "fiches d'hospitalisation" en fin d'ouvrage, la meilleure d'entre elles et la plus dérangeante étant bien entendu celle du Batman lui-même dont l'obsession pour la justice confine au pathologique. De quoi brouiller un peu plus les pistes...

Arkham Asylum mérite de figurer au panthéon des comics sur le Batman aux cotés du Killing Joke de Moore, du Dark Knight de Miller ou du Long Halloween de Loeb. Abandonnant presque totalement l'action pour la réflexion et sublimé par le trait fabuleux de Dave McKean, le comics de Grant Morrison surprend de la plus exquise (et folle) des façons.

Just A Word


The Horus Heresy : Delivrance Perdue, les Fantomes de Terra
The Horus Heresy : Delivrance Perdue, les Fantomes de Terra
par Gav Thorpe
Edition : Relié

4.0 étoiles sur 5 La Raven Guard brisée, 21 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Horus Heresy : Delivrance Perdue, les Fantomes de Terra (Relié)
Délivrance perdue annonce une nouvelle période dans l'immense cycle de L'Hérésie d'Horus. Après 17 tomes, la Black Library se décide (enfin) à aborder des événements post-Istvaan. Bien entendu, on peut arguer que, déjà, Les Morts Oubliés abordait cette époque mais, en regard du type particulier de roman dont il s'agissait et de son action restreinte à Terra, c'est bel et bien Délivrance perdue qui représente le véritable coup d'envoi de cette seconde époque. Pour l'occasion, c'est Gav Thorpe, un des concepteurs de jeux le plus connus de Games Workshop (et un des plus controversés...), qui se charge de l'écriture des mésaventures de la Raven Guard. Il faut noter d'ailleurs qu'il est très fortement recommandé de lire la nouvelle Le Visage de la Trahison dans le recueil L'Âge des Ténèbres puisqu'elle raconte justement le sauvetage de la Raven Guard du point de vue du commandant Branne.

Le massacre du site d’atterrissage a entraîné l'annihilation de deux légions, les Salamanders et les Iron Hands. Saignés à blanc, les survivants de la Raven Guard abandonnent derrière eux près de soixante-quinze mille des leurs pour fuir à travers les plaines tourmentées d'Istvaan V. A leur tête, leur impétueux primarque, Corvus Corax. Alors qu'ils se préparent à vendre chèrement leur peau face aux hordes d'Angron, le commandant Branne les contacte depuis son vaisseau pour les évacuer. Il parvient ainsi à sauver le primarque et quelques deux mille cinq cents de ses hommes. Corax ordonne alors de partir pour Terra au plus vite dans l'espoir d'obtenir de l'Empereur son ancienne technologie génétique pour reconstruire sa légion meurtrie. Ce qu'il ignore c'est que son échappée miraculeuse ne doit rien à la chance. Dans l'ombre, Alpharius et Omegon ont infiltré des agents de l'Alpha Legion au cœur même de la Raven Guard...

Gav Thorpe a trois tâches principales avec Délivrance Perdue. La première est de nous raconter les conséquences du massacre d'Istvaan V. De façon précise et rapide, il arrive à saisir toute l'horreur de cette trahison pour Corax et, plus loin dans le récit, pour Dorn et le Sigilitte. Il rend de façon très crédible l'impuissance et le désespoir qui a envahi la Raven Guard mais aussi la fébrilité des forces stationnées sur Terra pour fortifier le Palais Impérial. La seconde tâche est elle, plus ardue. Thorpe se doit de décrire une des légions qu'on a le moins vu jusque là : la Raven Guard. D'un côté, l'auteur britannique parvient à donner une identité à ces space marines en en faisant une force d'attaque-éclair bien plus pragmatique que des World Eaters ou des Space Wolves, mais de l'autre il peine à bâtir un véritable caractère, de véritables spécificités comme l'a fait Dan Abnett pour les Space Wolves justement. Leur description, même si elle reste plaisante, se borne donc au minimum syndical et, d'une certaine façon, Thorpe réussit bien mieux à incarner leur primarque, Corvus Corax. Charismatique, le primogenitor de la Raven Guard est également décrit au cours de quelques flash-backs au sujet de son ascension sur Lycaeus. Une excellente idée qui permet de rendre le personnage plus humain alors que, justement, il est bien plus que ça.

Le troisième défi que doit relever Thorpe est également le plus conséquent. Délivrance perdue constitue certes un récit centré sur la Raven Guard...mais parle également de l'Alpha Legion. En quelque sorte, Thorpe doit prendre la suite d'Abnett et son génial Légion. Evidemment, il n'arrive jamais à égaler l'excellent background mis en place par Dan Abnett mais pour autant il prolonge honorablement la chose. L'Alpha Legion devient ici quasiment une troisième faction, tiraillée entre sa collusion avec la Cabale et son envie de dominer toute les légions renégates. Le mystère qui les entoure permet d'ailleurs à l'intrigue de faire long feu. Gav Thorpe nous berne pendant les trois quarts de l'histoire sur l'identité des agents infiltrés et amène son lot de surprises en fin de récit. On regrette de ne pas voir davantage Alpharius (le vrai) mais la présence d'Omegon permet de pallier à cette frustration. En réalité, le seul vrai défaut du roman, c'est encore une fois sa longueur. Le livre aurait mérité d'être amputé d'une bonne centaine de pages, notamment des passages inutiles autour des régiments de Therion qui ne servent à rien. De même, le passage sur Terra s'éternise beaucoup trop avec le petit jeu d'exploration mortel du labyrinthe vraiment trop long. Ainsi, Délivrance Perdue accuse un coup de mou à mi-parcours et retrouve un deuxième souffle avec l'amorce de la révolte contre la Cache du Corbeau. Thorpe conclut son récit par une bataille qui vaut plus pour la révélation des machinations d'Omegon que pour son action en elle-même, celle-ci sera d'ailleurs bien plus réussie dans la prise de la Forteresse Parfaite.

A l'arrivée, Délivrance Perdue n'est pas un tome aussi réussi que Prospero Brûle ou Legion, mais il se lit avec plaisir, notamment pour les fans de L'Alpha Legion et de la Raven Guard. Si Thorpe n'a pas la plume d'un Abnett, il assure le nécessaire pour rendre son récit intéressant et réserver quelques surprises à son lecteur. Espérons simplement que la Bataille de Calth sera plus prenant.

Just A Word


Plus grands sont les héros
Plus grands sont les héros
par Thomas Burnett Swann
Edition : Poche
Prix : EUR 7,90

4.0 étoiles sur 5 David contre Goliath, 11 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Plus grands sont les héros (Poche)
Les Israélites ont un nouveau roi. Désigné par Samuel, Saül, un simple paysan, mène une armée de plusieurs milliers d’hommes contre les Philistins. Son fils, Jonathan, et sa reine, Achinoam, sont perçus avec un immense respect par son peuple. Originaires de Caphtor, on murmure qu’ils sont bien davantage que de simples mortels et qu’ils cachent leurs pouvoirs craignant la colère de Saül et de son Dieu, Yahvé. Alors que le champion des Philistins, Goliath, réapparaît parmi leurs rangs, un jeune berger nommé David vient rejoindre le camp des Israélites et s’attire l’attention du roi lui-même par son talent à la harpe. Mais une question se pose, qui pourra vaincre Goliath le cyclope ?
Immense auteur de fantasy, l’américain Thomas Burnett Swann n’est pourtant guère connu en France par le public. A l’origine d’une fantasy plus mythologique, l’auteur est surtout réputé pour sa Trilogie du Minotaure, déjà parue aux Éditions du Bélial il y a quelques années. Aujourd’hui, Les Moutons électriques ont décidé de traduire un des textes inédits de Burnett Swann directement dans le format poche de la collection Hélios. Plus Grands sont les héros renoue avec la veine mythologique des autres œuvres de l’américain mais en s’intéressant cette fois à un récit Biblique de l’Ancien Testament, extrêmement célèbre au demeurant puisqu’il s’agit de l’histoire de David et Goliath. Loin de se borner à raconter cet affrontement épique, Thomas Burnett Swann s’échine à dresser le portrait de Saül, David et Jonathan ainsi que du royaume d’Israël en guerre contre les Philistins.
Plutôt court, Plus Grands sont les héros se déguste lentement. Thomas Burnett Swann déploie pour l’occasion un style très poétique et lyrique (rappelons qu’il a lui-même commencé par écrire des poèmes) qui s’apprécie pas à pas, de par sa richesse lexicale d’une part, mais aussi par son symbolisme omniprésent d’autre part. Vous l’aurez compris, le roman de l’américain n’est pas forcément une lecture de divertissement et demande même un peu d’investissement à son lecteur. Heureusement, le jeu en vaut la chandelle. Il nous plonge dans les temps de l’Ancien Testament mais sans jamais assommer comme aurait pu le faire le texte original, et surtout en y intriquant une mythologie d’inspiration hellénique du plus bel effet. Oubliez rapidement l’affrontement simpliste entre l’homme gigantesque et le petit adversaire insignifiant, la rencontre entre David et Goliath s’avère bien plus complexe chez Burnett Swann. En effet, Goliath appartient à la race des cyclopes et Achinoam ainsi que Jonathan, l’épouse et le fils du roi Saül, font partie des Sirènes. Et pas forcément l’image de la sirène typique popularisée par Disney, loin de là. Il n’est définitivement pas question pour l’auteur d’accoucher d’un récit classique, et c’est tant mieux.
Son but avoué, c’est surtout de nous conter la vie d’un trio de personnages, David, Jonathan et Achinoam, autour de l’ombre décatie d’un Saül vieillissant. Le portrait de ses héros, bourré de poésie, de légendes et parfois de grandiloquence, arrive à rendre extrêmement modernes et attachants des archétypes bibliques que tout poussait à rendre désuets. Achinoam, par exemple, est une magnifique relecture de la reine du roi des Israélites, à mi-chemin entre mélancolie des Dieux et héroïsme d’une simple mère mortelle. Ce qui surprend d’ailleurs le plus dans Plus Grands sont les héros, c’est la vision de l’auteur concernant les liens qui unissent David et Jonathan. Il prend le parti de certains historiens et dépeint une tragique, mais splendide, relation homosexuelle qui, dans sa confrontation entre la loi de Yahvé et celle de la Déesse Astarte, prend une tournure résolument moderne. Ce choix radical évite de plus tous les clichés et permet de questionner la foi elle-même. Burnett Swann oppose à Yahvé le sévère une déesse fantasmée pour qui tout n’est qu’amour. Pour de vrai cette fois, pas simplement pour certaines catégories de personnes. Audacieux pour un récit écrit en 1974 !
Enfin, dernière chose, et non des moindres, Thomas Burnett Swann ne se contente pas de dépoussiérer l’Ancien Testament, il le rend bien plus héroïque, bien plus tragique. Avec sa galerie de personnages charismatiques mais également – et c’est paradoxal pour ces êtres surnaturels – plus humains. La relation mère-fils ou la lente et inévitable déchéance de Saül donne une tonalité poignante à l’ensemble de son histoire. Dès lors, on n’a plus l’impression de suivre des protagonistes tirés tout droit de la Bible, mais bien des héros issus de l’Antiquité, emplis de ce charisme et de cette magie que l’on n’attendait pas forcément, et qui font toute la force du récit que l’on suit au cours de ces 220 pages. Malgré la richesse du style de l’américain qui force parfois le lecteur à s’accrocher, l’adéquation de cette plume acérée avec la vision toute personnelle déployée par Burnett Swann au sujet de cette époque archi-connue gratifie son lecteur de quantité de visions d’une rare puissance évocatrice. On citera rapidement le récit d’Achinoam sur la jeunesse de Jonathan, ou les premiers émois amoureux des deux amants Israélites, et, évidemment, cette superbe rencontre avec Alecto, l’autre Sirène du roman.
Plus grands sont les héros explose le cadre traditionnel des récits fantasy et continue de livrer cette vision tout à fait singulière de Thomas Burnett Swann au sujet des mythes antiques et, cette fois, bibliques. Porté par un style sublime, bourré de poésie et pétri d’intelligence, le roman offre en plus des personnages somptueux.
De quoi motiver les amateurs de mythes et légendes… comme les autres d’ailleurs.

Elbakin.net


L'Hérésie d'Horus, tome 16 : L'Âge des Ténèbres
L'Hérésie d'Horus, tome 16 : L'Âge des Ténèbres
par Christian Dunn
Edition : Poche

4.0 étoiles sur 5 L'âge sombre de l'Imperium, 10 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Hérésie d'Horus, tome 16 : L'Âge des Ténèbres (Poche)
Pour ce tome 16, le cycle de L'Hérésie d'Horus fait une nouvelle pause "nouvelles". Après un recueil Chroniques de l'Hérésie très décevant, L'âge de ténèbres a la lourde tâche de relever le niveau, d'autant plus qu'il s'agit la d'un volume destiné à faire la transition vers l'après Istvaan V. Au travers de 9 nouvelles et autant d'auteurs, L'âge des ténèbres fait un peu le point des forces en présence avant d'embrayer vers des tomes tels que Délivrance Perdue où l'on assistera au devenir de Corax et de ses troupes meurtries. Peut-il effacer le souvenir médiocre de son prédécesseur et rassurer quand à la capacité des auteurs de la Black Library à écrire correctement sur une forme courte ?

Premier auteur à ouvrir ce volume, le vétéran Graham McNeill qui se penche cette fois du côté des Ultramarines qu'on avait eu peu l’occasion de voir auparavant. On y suit l'affrontement terrible entre le capitaine Remus Ventanus, commandant de la 4ème compagnie, et les différents envahisseurs du secteur d'Ultramar tandis que le Primarque Roboute Guilliman débute l'écriture d'un livre essentiel pour l'avenir de l'humanité, le Codex Astartes. Malheureusement, si McNeill était le plus convaincant dans le premier recueil de nouvelle, il ne réitère pas cette exploit avec un texte franchement inutile, tout juste destiné à ceux qui recherche de l'action. De plus, Roboute Guilliman est présenté de façon tout à fait étrange, seul enfermé dans son domaine de Maccrage alors que la galaxie se déchire sous les coup du maître de guerre... Voilà qui est pour le moins peu crédible. Les Règles du combat constitue une piètre entrée en matière...

Heureusement, le second texte relève le niveau. Dans le Fruit du Mensonge, James Swallow - l'auteur de La Fuite de l'Eisenstein - tente une nouvelle approche du conflit. Sur la planète agricole Vigor-Mos II, un monde reculé et sans aucune importance stratégique, une terrible nouvelle secoue les habitants. Horus a tué l'Empereur de l'Humanité et règne désormais sur la galaxie. Léon pourtant n'en croit pas un mot tandis que le reste de la population commence à se diviser entre les fidèles de l'Empereur qui refusent de croire à son décès et les lâches qui préfèrent déjà se ranger sous la bannière d'Horus. Léon commence alors à s’intéresser à un étranger arrivé quelques semaines auparavant, un certain Mendacs. Originale, sans aucun space marine à l'horizon, James Swallow nous démontre de manière fort convaincante comment un monde peut changer d’allégeance par un simple mensonge. Derrière cette stratégie retorse, une légion qu'on a plaisir à retrouver et une ambiance qui tranche avec l'habituelle atmosphère martiale et guerrière. Une vraie bonne pioche et le premier bon texte de Swallow.

Pour Les Fils Oubliés, Nick Kyme, un petit nouveau pour le cycle de l'Hérésie, raconte comment Bastion, un monde technologiquement et militairement avancé, demande à des émissaires de chaque camp de se rencontrer pour plaider leur cause et choisir leur allégeance en conséquences. Du côté renégat, ce sont les Iron Warriors qui se chargent de cette tâche tandis que de l'autre, Heka'tan, un survivant Salamanders, et Arcadese, un Ultramarine, portent la lourde responsabilité de représenter l'Imperium...Mais si la rencontre était un piège ? Relativement sans surprise et presque complètement anecdotique, la nouvelle de Nick Kyme ne vaut que pour les quelques passages où l'on assiste au dernier carré des Salamanders et de leur primarque Vulkan à la surface d'Istvaan. Le reste fait appel à des ressorts scénaristiques éculés et les personnages peinent à convaincre (la présence d'Arcadese laisse sceptique...). Dommage.

Le Dernier Commémorateur prend encore à contre-pied son prédécesseur et expurge toute action ou bataille pour renouer avec un huit-clos et rapporter le récit de Solomon Voss, fondateur des Commémorateurs. Très bien pensée, la nouvelle a l'avantage de se pencher sur les extrémités auxquelles sont obligés de se résoudre les loyalistes et ainsi, de préfigurer l'horreur que sera le 41ème millénaire. Rogal Dorn y apparaît plus humain et surtout dans une position bien plus inconfortable qu'il n'y parait. C'est aussi l'occasion d'apprendre ce qu'est devenu l'ordre des commémorateurs. En résumé, John French convainc dès son premier texte. Chapeau.

Ce n'est pas le cas de Chris Wraight avec Renaissance. Non seulement sa plume présente quelques lacunes mais en plus son sujet souffre de cette même inutilité qui sapait l’intérêt du texte de McNeill. Le lecteur y suit le retour de certains Thousand Sons non présents durant l'attaque de Prospero et leur réaction face à la dévastation. Wraight tente un faux-suspense longuet sur l'identité des agresseurs qui se trouvent à la surface de la planète mais surtout, il n'apporte rien de neuf au cycle. De même, la justification de la présence des renégats sur Prospero s'avère très légère, pour ne pas dire ridicule. Une belle déception.

Le Visage de la trahison n'est, lui, pas du tout inutile, c'est même tout le contraire. Dans celui-ci, Gav Thorpe raconte le sauvetage inespéré des survivants de la Raven Guard et de leur primarque, Corvus Corax. Le texte est non seulement fort bien mené mais il permet en plus d'annoncer clairement la suite des choses en constituant le parfait prélude pour Délivrance Perdue. Thorpe met ses pions en place, que ce soit du côté des loyalistes ou des renégats, et en profite pour expliquer par quel miracle Corax a pu s'échapper d'Istvaan V. Un miracle qui n'en est d'ailleurs surement pas un. Voilà un texte qui rehausse le niveau.

Dan Abnett avait largement déçu dans les Chroniques de L'Hérésie. Cette fois, avec L'autre Horus, il capitalise sur un des personnages qu'il avait lui-même introduit dans le premier tome du cycle. C'est un vrai plaisir de retrouver Horus Aximand et de pouvoir enfin constater ce que sont devenus les Sons of Horus, et plus particulièrement le Mournival. Courte, très bien écrite, et avec son lot de fan-service, la nouvelle arrive à rassurer sur la capacité d'Abnett à forger de courtes histoires passionnantes.

Rob Sanders, encore un nouveau nom pour l'Hérésie, s'intéresse à un conflit intra-légion, en l’occurrence l'opposition entre des Iron Warriors loyalistes emmenés par le maître de forge Barabas Dantioch, seigneur du Fort de la Misère sur Damantyne La Petite, et le maître de forge renégat Krendl envoyé par Horus et Perturabo. Épique et haletante, la nouvelle permet en plus de mettre en lumière un des héros méconnus ayant ralenti la progression des renégats vers Terra. Avec ses personnages charismatiques et une ribambelle d'idées, notamment à propos du lieu de la bataille, Rob Sanders offre un récit qui se lit avec grand plaisir et qui ne manque pas de moments de bravoure.

Pour conclure, Aaron Dembksi-Bowden, le responsable de l'excellent Le Premier Hérétique, s'intéresse aux Dark Angels dans Des Armes Brutales. Il nous emmène dans le secteur de Thramas où les Darks Angels ont reçu l'ordre de défendre les mondes impériaux et où ils se sont heurtés à la légion de Konrad Curze, le Night Haunter. Il nous convie à une rencontre au sommet entre les deux primarques et à un inévitable affrontement bien épique. Les deux demi-dieux sont excellemment dépeint et la fin du récit permet d'annoncer un nouveau rebondissement dans la saga, que l'on retrouvera dans quelques tomes. Une excellente conclusion.

L'âge des Ténèbres rassure. Malgré trois nouvelles anecdotiques, le reste des textes du recueil tient largement ses promesses et fait de belle manière la liaison avec la suite du cycle. En gros, si vous souhaitez lire de courts récits intéressants et importants pour la saga, oubliez Chroniques de l'Hérésie (excepté les deux dernières nouvelles) et prenez L'âge des Ténèbres, autrement plus convainquant.


Zombie ball
Zombie ball
par Paolo Bacigalupi
Edition : Broché
Prix : EUR 15,00

4.0 étoiles sur 5 Un peu de zombie dans votre hamburger ?, 5 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Zombie ball (Broché)
En cette rentrée littéraire 2014, les éditions Au Diable Vauvert misent clairement sur un de leurs auteurs préférés puisqu’ils nous offrent pas moins de deux livres signés Paolo Bacigalupi, l'auteur du génial roman La Fille Automate. Le premier est en réalité une novella intitulée L'alchimiste de Khaim, le second, Zombie Ball, s'inscrit dans un thème décidément très à la mode ces derniers temps : les zombies ! Avec un titre pour le moins intriguant, ce livre se destine avant tout à un public jeune à l'instar de Ferailleurs des Mers ou Les Cités englouties. En 310 pages, Bacigalupi peut-il faire aussi bien dans un registre bien plus léger que ses œuvres adultes ?

Rabindranath n'en peut plus de son médiocre entraîneur de Baseball, Mr Cocoran. Sans parler de Sammy, le petit arrogant gosse de riche du dirigeant de l'abattoir industriel Milrow. Heureusement, il peut compter sur ses deux amis, le bouillonnant Miguel et le fantasque Joe, un grand fan de comics. Alors qu'ils se débattent avec des problèmes d'Immigration du fait du statut des parents mexicains de Miguel, ils ne prêtent guère attention aux voitures de polices qui circulent à toute blinde dans leur calme ville de Delbe. Par contre, lorsque Mr Cocoran surgit d'un champ de maïs pour leur bouffer le cerveau, Rabi et ses comparses réalisent qu'ils vont devoir faire face à une apocalypse zombie. Et ça, il faut avouer que ce n'est pas tous les jours que ça arrive.

L'espace d'un assez court récit, Paolo Bacigulapi se fait plaisir. Il délaisse ses futurs désespérants et inquiétants pour une aventure menée à cent à l'heure bourrée d'humour et de références geeks. Dans Zombie Ball, il dresse le portrait de Rabi et Miguel - Joe restant un peu plus en retrait - deux amis très proches et finalement bien plus courageux et attachants qu'il n'y paraissent au départ. Très drôle et surtout, fonctionnant très bien ensemble, les deux compères nous entraînent dans une succession de rebondissements autour d'une épidémie zombie, causée par les abattoirs Milrow. Pourquoi ce choix de l'américain ? Parce que cela lui permet de mener une charge frontale contre l'abattage industriel et la souffrance animale au nom de la productivité. Malgré sa simplicité, ce sous-texte fonctionne très bien et arrive facilement - et on comprend facilement pourquoi - à convaincre du principe odieux de cette pratique, qui dessert en fait tout le monde, à commencer par le consommateur lui-même. Le bonus d'utiliser cette source d'épidémie originale, c'est qu'elle permet dans le même temps à Bacigalupi de mettre en scène quelques scènes absurdes et délirantes qui décrochent bien des sourires au lecteur. Voir une vache zombie foncer sur des enfants pour les mordre, c'est tout de même assez drôle et assez peu courant quand l'on y réfléchit bien.

Zombie Ball se lit vite. Ecrit simplement (et pas de façon simpliste, nuance), le roman se concentre sur ses rebondissements et sur les multiples références autour des enfants qui occupent la place centrale du récit. Paolo Bacigalupi cite Spider Jerusalem (et l'incarne même !), Left 4 Dead, Call of Duty, les X-Men... bref, il met en avant une certaine culture jeux-vidéo/comics déjà très empreinte de la vague zombiesque sur laquelle surfe son livre. Le genre de clin d’œils qui plaira à tous les amateurs du genre, petits comme grands. L'autre très gros axe de lecture du roman, c'est le discours de Bacigalupi sur l'immigration (notamment des Mexicains). Un peu plus lourd et parfois maladroit, il permet tout de même de mettre en avant l'injustice de l'expulsion de travailleurs qui triment deux fois plus que les autres et qui reçoivent, pour tout remerciement, un ticket de retour dans leur pays. L'américain y mêlera de joyeux tacles sur la toute-puissance de l'argent et l’inhumanité d'un certain type d'avocat. Ce genre de petites choses positionnent le roman sur un créneau un peu plus militant que la moyenne des romans jeunesse et poussera, certainement, le jeune lecteur à la réflexion sur ces sujets. Ce qui est toujours bon à prendre.

Côté zombie, disons que l'amateur sera plus ou moins déçu. Simplement parce que l'apocalypse arrive (très) tard et qu'il y a, finalement, peu de zombies dans Zombie Ball. Le mort-vivant est plus employé ici comme un élément incongru par l'auteur américain pour égayer son récit plutôt que que comme le moteur principal de son histoire. Voila qui risque d'en décevoir plus d'un. Attention, cela n'implique pas que le récit est mauvais pour autant, mais peut-être qu'il est moins zombiesque qu'annoncé. Heureusement, les quelques apparitions de mort-vivants restent tout de même jouissives, notamment par la réaction très drôle des enfants. Moins sérieux donc, mais pas moins enthousiasmant pour autant puisque les zombies donnent le piment nécessaire au livre et permettent, à mot couverts, de parler de ces consommateurs décérébrés qui ne regardent plus ce qu'ils mangent. Bacigalupi ne révolutionne pas du tout le genre, au contraire, mais il lui offre surement une pause récréative hautement sympathique.

Même si on doute de l’intérêt de Zombie Ball pour les plus féroces érudits du genre zombiesque, on le recommandera assez chaudement au public jeunesse auquel il se destine et à ceux, peut-être bien tout aussi nombreux, qui recherchent un peu d'humour et de plaisir dans une aventure horrifique.
En tout cas, grâce à Paolo Bacigaupi, vous ne regarderez plus jamais les vaches comme avant.
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