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Winter "Just A Word" (Valenciennes, France)
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Le Roy des Ribauds, Tome 1 :
Le Roy des Ribauds, Tome 1 :
par Ronan Toulhoat
Edition : Album
Prix : EUR 19,00

4.0 étoiles sur 5 Triste Sire, 25 février 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Roy des Ribauds, Tome 1 : (Album)
S'il existe bien un duo magique dans le monde de bande-dessinée française que l'on apprécie particulièrement, c'est celui de Ronan Toulhoat et Vincent Brugeas. On les avait découvert en 2010 avec une oeuvre aussi colossale que géniale : Block 109. Déclinée en série (6 tomes à ce jour), cette uchronie apocalyptique sur fond d'affrontement entre la Russie Soviétique et l'Allemagne Nazie avait su épater son monde. Après un crochet par le monde de Chaos Team (dont on reparlera prochainement), les deux compères se sont lancés un tout nouveau défi. Oubliez le monde moderne, leur dernière oeuvre s'intitule Le Roy des Ribauds et nous entraîne au XIIème siècle. Friands d'histoires et de détournements plus ou moins extravagants, les deux français nous livrent cette fois une bande-dessinée rude, haletante mais surtout passionnante.

Nous sommes en l'an de grâce 1194. Le roi Philippe Auguste de France craint la survenue d'un attentat sur sa personne, d'autant plus qu'il doit accueillir ses alliés teutons. Pour le protéger, il peut compter sur un personnage de l'ombre, un certain Triste Sire, qui contrôle en sous-main une bonne partie des affaires de la capitale grâce à ses compagnons d'armes, les Ribauds. Malheureusement, sa position ne va pas avec quelques risques. Lorsqu'un commerçant s'en prend à sa "fille", le Triste Sire perd son sang froid et l'assassine. Le problème, c'est qu'il agissait en tant qu'informateur du roi et que celui-ci, fou de rage, réclame la tête de ses assassins. D'autant plus que l'homme connaissait l'identité d'un ennemi terrible n'attendant que le bon moment pour frapper sa majesté.

Scindé en six chapitres, Le Roy des Ribauds nous plonge avec une facilité insolente dans le nouvel univers de Toulhoat et Brugeas. Utilisant son cadre médiéval au mieux de ses possibilités, l'ouvrage renoue avec le charme du premier Block 109 en jonglant avec l'histoire avec un grand H et les fantasmes délicieux des auteurs. Inspiré par des éléments plus ou moins véridiques (à en croire la post-face), Le Roy des Ribauds choisit d'explorer une époque troublée où le roi Philippe Auguste fait face à la menace latente de l'Angleterre. Paris occupe donc une place tout à fait centrale dans l'ouvrage, et l'on ne s'en plaindra pas, tant la cité se trouve magnifiquement illustrée et employée. Entre basse-fosse et cour royale, la ville des Lumières a certes une cathédrale en trop pour l'époque (Notre-Dame n'étant pas encore achevée en réalité), mais elle a également un charme fou à revendre. C'est là le premier succès du Roy des Ribauds.

Le second, c'est bien évidemment ses protagonistes tous plus charismatiques les uns que les autres. En premier lieu, le fameux Triste Sire au design tout à fait génial mêlant bestialité renfrogné de vieux bandit et regard calculateur de chef de bande. Son personnage, génial de bout en bout, reste bien évidemment l'attraction numéro un. Mais il sera également épaulé par un certain nombre de seconds rôles savoureux à commencer par le belliqueux Glaber ou l'étrange roi Philippe Auguste, un jeune souverain aux allures de vieillard dégageant une aura de puissance impressionnante à chacune de ses apparitions. Une des plus belles trouvailles (que l'on espère retrouver par la suite), c'est également le Hibou...mais on vous laisse le découvrir. Evidemment, à ce stade vous l'aurez deviné, ce qui permet à tout ce beau monde de prendre vie, c'est le trait de Ronan Toulhoat.

A l'instar de son excellentissime travail sur Block 109, Toulhoat nous offre des planches dantesques et une tripotée de designs inspirés. Du Hibou au Triste Sire en passant par Richard Cœur de Lion, son dessin reste toujours aussi succulent. Allié à l'écriture fluide et intelligente de Vincent Brugeas, le résultat s'avère aussi passionnant qu'admirable. Même si l'intrigue semble un peu maigre au départ, elle s'étoffe rapidement et met en place ses pions. Comme tous les premiers volumes, il s'agit ici plutôt d'installer l'univers tout en happant le lecteur. Deux choses tout à fait réussies par les français. Les amateurs de policier seront aux anges tout comme les aficionados de capes et d'épée dans ce récit mené tambour battant qui nous entraîne dans les intrigues de rues et de palais. L'envie clairement affichée de créer une histoire de l'ombre pour une période historique fameuse laisse envisager de beaux développements par la suite. Espérons simplement que le succès soit une fois de plus au rendez-vous !

Nouvelle réussite pour le tandem Brugeas - Toulhoat avec Le Roy des Ribauds. Malgré un premier tome destiné à mettre en place leur univers et leurs personnages, les deux hommes s'en tirent plus qu'avec les honneurs en dépeignant avec talent une période passionnante de l'histoire et en y ajoutant un certain nombre de personnages savoureux. Ajoutez-y un récit un peu linéaire mais franchement efficace, et vous obtenez une bande-dessinée des plus réussies. Vivement la suite !
Just A Word


Roméo et Juliette
Roméo et Juliette
par William Shakespeare
Edition : Poche
Prix : EUR 2,95

5.0 étoiles sur 5 O Roméo !, 12 février 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Roméo et Juliette (Poche)
Le nombre d’œuvres légendaires du non moins légendaire William Shakespeare a permis à l'écrivain de s'imposer durablement dans les esprits. Hamlet, Othello, Songes d'une nuit d'été, MacBeth...autant de classiques qu'on ne présente plus. Si l'on devait finalement désigner le récit le plus connu de l'anglais, nul doute qu'on pourrait tomber d'accord sur Roméo et Juliette. Quintessence du drame romantique paru en 1597, Roméo et Juliette s'est imposé comme un classique à travers les siècles, adapté sous tous les formats. Pourtant, en 2015, que pensez d'un récit qui apparaît comme un des plus gros "clichés" qui soit, à savoir l'amour impossible d'un homme et d'une femme que tout sépare ? Shakespeare est-il encore aussi formidable à la lecture près de quatre siècles plus tard ?

La réponse est oui, et même trois fois oui. Le lecteur plonge tête la première dans l'existence de deux familles d'aristocrates de Vérone, les Capulet et les Montaigu. Toujours prêt à se nuire l'une à l'autre, elles ne s'attendent pas à ce que l'impossible se produise, que deux de leurs membres tombent amoureux l'un de l'autre. D'un côté, Roméo, l'héritier du patriarche Montaigu, de l'autre Juliette, unique héritière des Capulet. Cette histoire, archi-connue à l'heure actuelle, n'a cependant rien de rédhibitoire. Mythe fondateur d'une grande part du romantisme moderne, Roméo et Juliette constitue aussi une tragédie flamboyante et fascinante. Même si l'histoire n'est en réalité pas novatrice - Tristan et Yseult étant déjà passés par là - Shakespeare puise dans son génie consommé de conteur pour transcender les limites de son récit.

Ce qui permet à Roméo et Juliette de rester toujours aussi puissant à l'heure actuelle, outre son universalité, c'est avant tout le style d'écriture de William Shakespeare. Avec ses jeux de mots, ses rimes ou encore son sens inné du rythme, la pièce acquiert une puissance hors du commun. L'anglais ose tout, alternant monologue passionnant et déclamations ardentes de deux âmes éprises l'une de l'autre. Oubliez ce que vous croyez savoir de la désuétude des dialogues, si certains sont d'un cliché qui pourrait faire grincer des dents ( "O Roméo! Roméo! Pourquoi es-tu Roméo? Renie ton père et abdique ton nom ; ou, si tu ne le veux pas, jure de m'aimer, et je ne serai plus une Capulet."), ils prennent une toute autre envergure insérés dans le récit, constamment magnifiés par la langue mirifique d'un Shakespeare au sommet de son art. Rien que pour celle-ci, Roméo et Juliette est un chef d'oeuvre intemporel.

Plus loin que le simple aspect formel, c'est la dénonciation en règle de la stupidité humaine qui rend Roméo et Juliette si poignant. Tout le tragique de la pièce tient, au fond, dans l'entêtement maladif des deux familles pour se sauter à la gorge, et cela à la moindre occasion. Brillamment orchestré par Shakespeare, la guerre de clans entre Capulet et Montaigu est aussi passionnante que dénuée du moindre sens, l'écrivain décrivant avec brio comment des personnes, même de bonne éducation, arrivent à s'étriper et à causer les pires drames pour des choses aussi triviales et abstraites que l'honneur ou le respect. Parmi tous les absurdes conflits que se livrent les deux familles, la pureté et la grandeur d'âme de Roméo et de Juliette les rendent presque anachroniques. Oasis de lucidité sauvés par l'amour, les deux personnages seront pourtant tout du long esclaves d'un destin qui les poursuit sans relâche. Maudits par leur nom et par leur propre chair, Shakespeare leur refuse l'amour et les mène au drame, entre les mâchoires d'une destinée finalement impitoyable.

Reste une dernière question essentielle pour le lecteur français, celle de la traduction. Comme avec La Nuit des Rois, on constate qu'il est primordiale d'acquérir la pièce de théâtre dans une traduction de qualité supérieure pour pleinement apprécier son contenu. Dès lors, l'édition magnifique, mais chère, de la Pléaide parait la plus appropriée. Bilingue, avec une foultitude de notes et une présentation exhaustive de la pièce, elle comprend en outre plusieurs autres œuvres de Shakespeare. Il s'agit donc d'un investissement, mais de par sa qualité exceptionnelle, l'achat s'avère tout à fait justifié.

Classique parmi les classiques, summum de l'amour romantique et incarnation flamboyante du drame Shakespearien, Roméo et Juliette trouve toujours sa place parmi les récits les plus passionnants de l'histoire de la littérature. Oubliez ce que vous pensez en savoir et jetez-vous dessus.
Just A Word


The Horus Heresy : Felon
The Horus Heresy : Felon
par Aaron Dembski-Bowden
Edition : Broché
Prix : EUR 11,00

4.0 étoiles sur 5 L'Ange Rouge et l'Urizen, 25 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Horus Heresy : Felon (Broché)
Le dernier volume du cycle de L'Hérésie d'Horus, à savoir L'Ange Exterminatus, avait laissé une désagréable impression de remplissage et de surplace. Félon, le vingt-cinquième tome, part sur un postulat de base similaire, c'est à dire l'union de deux primarques renégats pour ravager l'Imperium. Seulement voilà, c'est le jeune prodige Aaron Dembski-Bowden qui se charge de l'aventure. L'auteur de l'excellent Le Premier Hérétique continue son arc Word Bearers/Ultramarines, prenant le relais de l'illustre Dan Abnett. Alors que l'on est encore déçu de l'histoire de McNeill, Félon vient relever le défi de redorer le blason d'une série qui risque grandement de s’essouffler. Est--ce seulement encore possible ?

Les Ultramarines ont brûlé. Calth est en cendres. La fière flotte de Guilliman saigne. Pourtant, tout cela n'est pas suffisant pour Lorgar. Assoiffé de vengeance depuis Monarchia, le primarque a trouvé de nouveaux Dieux à vénérer. Ceux-ci lui murmurent qu'Ultramar doit être saccagé, sacrifié sur l'autel de la grande Hérésie. De sa destruction jaillira une tempête à même de couper les armées de Guilliman du Palais Impérial. Lorgar décide alors d'emmener un de ses frères avec lui. Pour mettre à genoux des planètes entières, l'Urizen utilise Angron, l'Ange Rouge, le primarque sanguinaire des World Eaters, Sur Armatura cependant, l'écuyer d'Angron, Khârn, sent que son primarque sombre définitivement dans la folie et l'autodestruction. La Croisade des Ombres a commencé, et avant son terme, elle détruira plus que des mondes, elle fera chuter un primarque.

Félon se découpe en deux parties. La première se passe sur Armatura et la seconde... disons qu'elle revient sur un monde hautement symbolique. Là où le roman de McNeill traînait constamment la patte et accumulait les longueurs, Félon cumule les moments épiques. S'inspirant très certainement de la Bataille de Calth d'Abnett, Aaron Dembski-Bowden propose plusieurs séquences mémorables parmi lesquels deux primarques face à un Titan, un assaut planétaire ou encore un vaisseau créant un raz-de-marée en s'écrasant dans un océan. L'ampleur rappelle clairement Calth, mais sait également varier les plaisirs. La prise d'Armatura est le moment idéal pour savourer la sauvagerie martiale des World Eaters et l'efficacité implacable des Word Bearers. L'auteur fait très clairement plaisir aux fans mais il le fait merveilleusement bien, avec un sens du tempo juste parfait. Cependant, n'allez pas croire qu'il n'y a que de l'action dans Félon, car c'est tout le contraire.

A la manière de McNeill dans L'ange Exterminatus pour les Iron Warriors, Dembski-Bowden donne littéralement une âme à la légion des Word Eaters. Après avoir décrit avec talent et minutie les Word Bearers, l'anglais explore la légion de l'Ange Rouge. Entre Khârn, personnage exquis et ultra-charismatique et Delvarus, un bourrin de première, on trouve bien d'autres individus captivants, à commencer par la commandante du vaisseau-amiral Lotara Sarrin, et le vieux Lhorke. La différence de point de vue apporté par Lhorke reste d'ailleurs une des choses les plus appréciables dans l'histoire, apportant un regard critique vis-à-vis des monstres que deviennent petit à petit les World Eaters. En plongeant sans retenue dans la malédiction qui accable les enfants d'Angron, Dembsi-Bowden accomplit quelques petites prouesses, entre la mélancolie d'un temps révolue où les War Hounds étaient des guerriers honorables et celui, terrible, où les limiers sont devenues des tueurs.
L'immense succès de Dembski-Bowden dans Félon, c'est de capturer l'âme de la légion et de la restituer de façon tout à fait magistrale. Jamais plus vous ne regarderez ceux de la XIIème de la même façon.

Mais, bien évidemment, la plus grande réussite de l'anglais (et on l'attendait au tournant), c'est sa description d'Angron. Le primarque légendaire perd de son aura terrifiante sous la plume de Dembski-Bowden, il devient un personnage désespéré et torturé, dans la droite lignée de la nouvelle Après Desh'Ea. Magnifique personnage dramatique, Angron n'en reste pourtant pas moins extrêmement impressionnant, à aucun moment on ne doute de l'incommensurable force de l'Ange. Mieux encore, l'auteur invente toute un volet sur un premier rappel à l'ordre des World Eaters...par les Space Wolves de Russ. Ce passage, juste formidable, vaut à lui seul l'achat du roman. En plus d'explorer les relations compliquées entre Angron et ses frères (et notamment Lorgar), Dembski-Bowden décortique davantage le primarque en le confrontant à son "double" loyaliste, Leman Russ. A travers lui, il en profite également pour disserter sur le ressentiment d'Angron vis-à-vis de L'Empereur. La chose est tellement bien menée que même le plus fervent loyaliste ne pourra que tomber d'accord avec l'amertume du roi-gladiateur. Ainsi, lorsque qu'arrive une vengeance longtemps attendue, dans la seconde partie du roman, son déroulement s'avère un vrai moment de plaisir sadique pour le lecteur. Jusqu'à la dernière scène (écho d'une certaine nouvelle), Aaron Dembski-Bowden fait des merveilles.

Félon fait mieux que relever le niveau qui avait bien redescendu depuis 2 volumes, il l'explose carrément et rend honneur au volume d'Abnett dans cet arc Word Bearers/Ultramarines décidément passionnant. Épique, passionnant et franchement bien pensé, le roman d'Aaron Dembski-Bowden devient instantanément un indispensable de la série, un volume incontournable que l'on ne peut que vous recommander chaudement. Que brûle Ultramar !
Just A Word


The Horus Heresy, tome 23 : Félon : Du sang pour le Dieu du Sang
The Horus Heresy, tome 23 : Félon : Du sang pour le Dieu du Sang
par Aaron Dembski-Bowden
Edition : Relié

4.0 étoiles sur 5 L'Ange Rouge et l'Urizen, 25 janvier 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Horus Heresy, tome 23 : Félon : Du sang pour le Dieu du Sang (Relié)
Le dernier volume du cycle de L'Hérésie d'Horus, à savoir L'Ange Exterminatus, avait laissé une désagréable impression de remplissage et de surplace. Félon, le vingt-cinquième tome, part sur un postulat de base similaire, c'est à dire l'union de deux primarques renégats pour ravager l'Imperium. Seulement voilà, c'est le jeune prodige Aaron Dembski-Bowden qui se charge de l'aventure. L'auteur de l'excellent Le Premier Hérétique continue son arc Word Bearers/Ultramarines, prenant le relais de l'illustre Dan Abnett. Alors que l'on est encore déçu de l'histoire de McNeill, Félon vient relever le défi de redorer le blason d'une série qui risque grandement de s’essouffler. Est--ce seulement encore possible ?

Les Ultramarines ont brûlé. Calth est en cendres. La fière flotte de Guilliman saigne. Pourtant, tout cela n'est pas suffisant pour Lorgar. Assoiffé de vengeance depuis Monarchia, le primarque a trouvé de nouveaux Dieux à vénérer. Ceux-ci lui murmurent qu'Ultramar doit être saccagé, sacrifié sur l'autel de la grande Hérésie. De sa destruction jaillira une tempête à même de couper les armées de Guilliman du Palais Impérial. Lorgar décide alors d'emmener un de ses frères avec lui. Pour mettre à genoux des planètes entières, l'Urizen utilise Angron, l'Ange Rouge, le primarque sanguinaire des World Eaters, Sur Armatura cependant, l'écuyer d'Angron, Khârn, sent que son primarque sombre définitivement dans la folie et l'autodestruction. La Croisade des Ombres a commencé, et avant son terme, elle détruira plus que des mondes, elle fera chuter un primarque.

Félon se découpe en deux parties. La première se passe sur Armatura et la seconde... disons qu'elle revient sur un monde hautement symbolique. Là où le roman de McNeill traînait constamment la patte et accumulait les longueurs, Félon cumule les moments épiques. S'inspirant très certainement de la Bataille de Calth d'Abnett, Aaron Dembski-Bowden propose plusieurs séquences mémorables parmi lesquels deux primarques face à un Titan, un assaut planétaire ou encore un vaisseau créant un raz-de-marée en s'écrasant dans un océan. L'ampleur rappelle clairement Calth, mais sait également varier les plaisirs. La prise d'Armatura est le moment idéal pour savourer la sauvagerie martiale des World Eaters et l'efficacité implacable des Word Bearers. L'auteur fait très clairement plaisir aux fans mais il le fait merveilleusement bien, avec un sens du tempo juste parfait. Cependant, n'allez pas croire qu'il n'y a que de l'action dans Félon, car c'est tout le contraire.

A la manière de McNeill dans L'ange Exterminatus pour les Iron Warriors, Dembski-Bowden donne littéralement une âme à la légion des Word Eaters. Après avoir décrit avec talent et minutie les Word Bearers, l'anglais explore la légion de l'Ange Rouge. Entre Khârn, personnage exquis et ultra-charismatique et Delvarus, un bourrin de première, on trouve bien d'autres individus captivants, à commencer par la commandante du vaisseau-amiral Lotara Sarrin, et le vieux Lhorke. La différence de point de vue apporté par Lhorke reste d'ailleurs une des choses les plus appréciables dans l'histoire, apportant un regard critique vis-à-vis des monstres que deviennent petit à petit les World Eaters. En plongeant sans retenue dans la malédiction qui accable les enfants d'Angron, Dembsi-Bowden accomplit quelques petites prouesses, entre la mélancolie d'un temps révolue où les War Hounds étaient des guerriers honorables et celui, terrible, où les limiers sont devenues des tueurs.
L'immense succès de Dembski-Bowden dans Félon, c'est de capturer l'âme de la légion et de la restituer de façon tout à fait magistrale. Jamais plus vous ne regarderez ceux de la XIIème de la même façon.

Mais, bien évidemment, la plus grande réussite de l'anglais (et on l'attendait au tournant), c'est sa description d'Angron. Le primarque légendaire perd de son aura terrifiante sous la plume de Dembski-Bowden, il devient un personnage désespéré et torturé, dans la droite lignée de la nouvelle Après Desh'Ea. Magnifique personnage dramatique, Angron n'en reste pourtant pas moins extrêmement impressionnant, à aucun moment on ne doute de l'incommensurable force de l'Ange. Mieux encore, l'auteur invente toute un volet sur un premier rappel à l'ordre des World Eaters...par les Space Wolves de Russ. Ce passage, juste formidable, vaut à lui seul l'achat du roman. En plus d'explorer les relations compliquées entre Angron et ses frères (et notamment Lorgar), Dembski-Bowden décortique davantage le primarque en le confrontant à son "double" loyaliste, Leman Russ. A travers lui, il en profite également pour disserter sur le ressentiment d'Angron vis-à-vis de L'Empereur. La chose est tellement bien menée que même le plus fervent loyaliste ne pourra que tomber d'accord avec l'amertume du roi-gladiateur. Ainsi, lorsque qu'arrive une vengeance longtemps attendue, dans la seconde partie du roman, son déroulement s'avère un vrai moment de plaisir sadique pour le lecteur. Jusqu'à la dernière scène (écho d'une certaine nouvelle), Aaron Dembski-Bowden fait des merveilles.

Félon fait mieux que relever le niveau qui avait bien redescendu depuis 2 volumes, il l'explose carrément et rend honneur au volume d'Abnett dans cet arc Word Bearers/Ultramarines décidément passionnant. Épique, passionnant et franchement bien pensé, le roman d'Aaron Dembski-Bowden devient instantanément un indispensable de la série, un volume incontournable que l'on ne peut que vous recommander chaudement. Que brûle Ultramar !
Just A Word


Le monde inverti
Le monde inverti
par Christopher Priest
Edition : Poche
Prix : EUR 9,00

5.0 étoiles sur 5 Collision des mondes, 18 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le monde inverti (Poche)
Christopher Priest a trouvé une place de choix dans le cœur des lecteurs de SF du monde entier et, plus particulièrement dans celui des lecteurs français. Pourtant, le chemin a été long et dur pour en arriver là. C'est seulement avec son troisième roman que l'anglais conquiert le monde (ou presque). Intitulé de façon énigmatique Le monde inverti, le livre arrive en un peu plus de 380 pages à dresser le portrait d'un univers totalement atypique, sortant largement des sentiers habituels de la science-fiction. Aujourd'hui considéré par beaucoup comme un grand classique, Le monde inverti garde toute son importance dans l'oeuvre de Priest et constitue surement une des meilleures portes d'entrée sur l'oeuvre de l'auteur britannique.

"J'avais atteint l'âge de mille kilomètres."
Cet immensément célèbre incipit est prononcé par Helward Mann, jeune apprenti de la guilde du Futur. Son monde est étrange. Il roule, il s'arrête, il accélère. Mann vit dans la cité Terre, une gigantesque structure mobile qui parcourt les étendues chaotiques d'un monde bien étrange. En prêtant serment devant ses pairs, Mann s'engage à ne pas révéler les choses qu'il va apprendre en sortant de Terre. Comme le fait que le soleil n'est pas une sphère mais une ellipse, ou que les tooks, ces populations indigènes que la cité rencontre dans son périple, haïssent les hommes et femmes de Terre. Parmi la milice ou les hommes de labeur installant les voies, Mann va découvrir un univers où règne le chaos, la faim et la misère, où la sauvagerie ne se trouve pas que dans le cœur de ces sauvages que les habitants redoutent tant mais surtout, il va découvrir que sa cité, qu'il imaginait si parfaite, recèle une part d'ombre qu'il devra arpenter a ses risques et périls. Pour atteindre l'optimum, Mann devra avant tout apprendre à se connaître lui-même.

Malgré son impressionnante réputation, Le monde inverti n'a rien d'un roman difficile à aborder. Priest use d'une écriture aussi simple que fluide sans jamais tomber cependant dans la facilité. Derrière son apparente simplicité, le style de Priest nous cueille et nous balade de bout en bout. Il nous emmène à la découverte de Terre, une cité roulante, idée géniale et exploitée de la plus belle des façons par l'auteur. Imaginez deux minutes une immense barre d'immeuble se déplaçant calmement sur des rails, inlassablement. Devant cette image sidérante, l'écrivain anglais appose la figure frêle de Mann, un homme du commun, en passe de devenir un des membres de la guilde du futur, une des plus importantes de la cité. Le Monde inverti parle avant toute autre chose de Mann, de ses doutes, de sa fragilité. Il nous décrit le passage à l'âge adulte d'un jeune homme que rien n'aurait su préparer aux questions qu'il doit affronter. Dans son humanité touchante et sa proximité avec le lecteur, Mann sert plus que de narrateur, il sert de point d'attache pour comprendre et pour appréhender tout ce qu'il se passe ensuite. Il est, du début à la fin, la grande réussite du roman, un personnage magnifique dont on ne comprend la complexité qu'à la toute fin du récit.

En effet, Priest ne se contente pas de nous conter le parcours initiatique d'un homme, il le replace dans une époque et dans un cadre, tous deux aussi extraordinaires l'un que l'autre. L'anglais joue avec ce qui deviendra un de ses thèmes favoris, la réalité et, par ricochet, notre perception de celle-ci. Comment perçoit-on le monde ? Comment notre perception du monde influence nos choix ? Mais surtout, comment deux mondes opposés peuvent-ils survivre lorsqu'ils entrent en collision ? Ces deux univers, ce sont ceux de Mann d'une part et des tooks d'autre part. Le premier, comme nous l'avons déjà dit, est cette impressionnante cité, espace clos asphyxiant autant physiquement que mentalement. Enfermé dans cette structure monolithique, le mode de vie s'est fait carré, archaïque. Tout est cadré, policé et régulé. Mais derrière cette organisation un peu trop parfaite, il y a l'autre monde, celui des tooks. S'ils sont autant des hommes que les habitants de Terre, ils vont dépenaillés et morts de faim, victimes de la misère et la maladie. Quand Mann croit à la miséricorde lorsque les guildes les emploient en échange de la nourriture, eux ne voient que le labeur et les femmes qui sont utilisés par Terre pour perpétuer sa population.

Priest illustre non seulement la dichotomie de la situation par les paramètres matériels et humains, mais aussi par la dimension physique - au sens strict du terme - de la planète sur laquelle évoluent les deux peuples. Le lecteur le découvrira bien assez tôt lorsque Mann voyagera dans le passé. Un terme qui n'est pas anodin puisque sur ce monde, le temps se dilate et l'anglais joue avec une autre variable. Il épouse avec délice le décalage temporel et le changement profond qu'il opère sur Mann, devenant plus vieux alors que les autres restent jeunes. On suit alors, grâce à cet ingénieux procédé, l'évolution d'Helward tout au cours de sa vie. Ainsi, lentement, on regarde celui qui ne comprenait pas l'attitude de ses maîtres devenir exactement comme eux, ou presque. Parce qu'entre deux, il y a cette infime variable, celle d'une femme took qui va changer totalement son mode de pensée et sa destinée. Une nouvelle fois, les mondes entrent en collision et la dernière partie du roman confronte les protagoniste à la réalité, quoiqu'elle puisse représenter pour les uns et les autres. Abrupte, la fin du monde inverti reste pourtant aussi crédible que logique, l'auteur britannique fait s’effondrer une société et analyse avec une grande brutalité l'impact sur Mann qui a cru, toute sa vie, à des chimères. Devant la révélation finale, le lecteur reste aussi pantois que le narrateur. Une sorte de vertige qu'on ne retrouve que dans un nombre infime d’œuvres.

Classique s'il en est, Le monde inverti ne déçoit pas. Il allie facilité de lecture avec intelligence et émotion. Grâce à son talent naturel pour dépeindre des personnages humains et touchants, Priest nous fait pénétrer dans un univers unique. Méfiez-vous de vos sens mais pas de votre instinct, Le monde inverti n'usurpe pas son titre. Un classique que l'on vous dit.
Just A Word


Soumission
Soumission
par Michel Houellebecq
Edition : Broché
Prix : EUR 21,00

11 internautes sur 17 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Fin d'un mo(n)de de vie, 11 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Soumission (Broché)
Il décevra ce roman, il décevra grandement. Il décevra ceux qui viennent y chercher un tas de phrases assassines sur l'Islam, les musulmans et l'immigration dans le plus pur style zemourien. Il décevra ceux qui y cherchent un discours simpliste sur le religieux sans attendre de longues pages autour de l'écriture et de la nécessaire déchéance humaine. Pourtant, Soumission s'avère, au-delà des polémiques et de ses faiblesses narratives, un bon roman. Très loin d'être un chef d'oeuvre, il échappe grâce à sa roublardise au bête réquisitoire et use de son humour pour parler de politique-fiction avec un mordant et une irrévérence jouissive. On y retrouve l’obsession du français pour la décadence occidentale et, plus généralement, masuuline. Bien évidemment, on empêchera jamais ceux qui sont convaincus d'avance de ce qu'ils vont trouver à l'intérieur du roman de clamer la médiocrité et la dangerosité de celui-ci.
Reste au lecteur à décider de la position qu'il adoptera. Peut-on faucher un roman d'un auteur reconnu sans en lire un mot ?
Just A Word
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 13, 2015 8:36 PM CET


Le Petit Prince
Le Petit Prince
par Antoine de Saint-Exupéry
Edition : Poche
Prix : EUR 6,60

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Regardez les étoiles, 4 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Petit Prince (Poche)
Ceci est l'histoire d'un petit prince et d'un aviateur.
Une histoire devenue aujourd'hui un classique parmi les classiques. Un roman de 120 pages comme aimeraient à le savoir les grandes personnes.
Mais ce texte n'est pas pour les grandes personnes, comme le rappelle son auteur, le fameux Antoine de Saint-Exupéry.
Aviateur avant tout, le français livre une oeuvre inoubliable et intemporelle dans un monde alors plongé dans l'horreur de la seconde guerre mondiale en 1943. Au summum de la domination nazie, la publication du Petit Prince a quelque chose de surprenant mais d'infiniment salutaire. Alors que la civilisation s'enfonce dans l'abjection la plus totale, Saint-Exupéry brille comme une étoile malicieuse au cœur de cette longue traversée du désert. Destiné avant tout aux enfants, ces petits princes que l'auteur semble tellement chérir, le conte va connaître non seulement un immense succès mais également d'innombrables adaptations. Sa relecture, en 2015, soit près de 70 ans plus tard, s'avère toujours aussi formidablement délicieuse. Fermez les yeux, et regardez les étoiles.

Un aviateur solitaire s'est écrasé en plein milieu du désert du Sahara. Ce piètre dessinateur qui ne sait dessiner que des Boas ouverts et des Boas fermés ne s'attend pas le moins du monde à l'étrange visite qu'il va recevoir, alors qu'il tente de réparer son avion. Devant lui se trouve un enfant qu'il nomme le Petit Prince et qui, surtout, tient absolument à ce que l'aviateur lui dessine un mouton. Devant l'étrangeté de la situation, l'homme s’exécute et questionne le garçonnet. Il apprend ainsi qu'il vient d'une minuscule planète, un astéroïde pourrait-on dire, et qu'il possède 3 volcans et une fleur, une rose à quatre épines. Ébahi, il écoute alors le récit du petit prince à propos de l'extraordinaire voyage qui l'a mené jusqu'à la Terre.

La tristesse de notre époque tient, pour beaucoup, au désenchantement. Qu'il s'agisse de la pauvreté de notre société ou de notre littérature jeunesse, les choses ne varient guère. Pourtant, en 1943, Antoine de Saint-Exupéry, dans un monde qui semble subir l'apocalypse, délivre un des plus beaux messages d'espoir qui soit. Le Petit prince est, avant toute autre chose, un conte pour enfants à cheval entre la science-fiction, le fantastique et le drame. Il présente un protagoniste devenu légendaire en la personne de ce garçon extraordinaire, qui enchante de la première à la dernière phrase sortie de sa bouche. Sorte de Candide juvénile, préservé de l'horreur du monde moderne et de la bêtise humaine, le petit prince incarne la candeur enfantine et la beauté de l'innocence. En face, l'aviateur caractérise le monde des grandes personnes mais appartient aussi à cette fraction infime qui n'a pas perdu sa capacité à rêver les yeux grands ouverts.

Rêver, ce mot fabuleux que Antoine de Saint-Exupéry met constamment en avant avec son imagination galopante qui ne connaît aucune bride. Il imagine un enfant qui possède une planète, voyagent sur d'autres et découvrant des êtres archétypaux mais magiques, des fleurs qui parlent et des baobabs qui étouffent. L'auteur s'affranchit de toute contrainte et rêve. Il envoie balader l'idée même de genre...et nous transporte. Malin, il recourt à un langage très simple pour toucher son public le plus important, les enfants. Mais derrière la simplicité se cache des montagnes et des montagnes d'intelligence. Le Petit prince ne se contente pas de nous emmener rêver dans un voyage extraordinaire. Non. Il enseigne, moralise, il éduque de la plus noble des façons.

De par sa brièveté (une autre des choses qui fait cruellement défaut aujourd’hui), le texte va à l'essentiel. Antoine de saint-Exupéry voyage et critique avec une malice fascinante les maux de son époque. L'omniprésence du chiffre et de l'argent, l'incapacité à rêver et surtout à considérer les rêveurs, le pouvoir royal (ou non), l'absence de chaleur dans les relations humaines, l'horreur d'une société devenue mécanique et stupide...et même le fascisme (cette dernière idée jouit d'une métaphore grandiose). Le Petit Prince étonne à chaque page. Chaque situation abracadabrantesque recèle son fond de vérité et apprend à l'enfant - comme à l'adulte - que les choses ne devraient pas être ce qu'elles sont et que, aussi étrange que la vision du petit prince soit, c'est elle qui cache beauté et sincérité. L'immense force derrière le voyage du petit prince, c'est de jouer avec les archétypes, de titiller son lecteur sans l'abrutir et de laisser toujours assez de place pour l'élément le plus capital du récit : l'émotion.

Si Le Petit Prince est une absolue merveille littéraire, c'est qu'en plus de prendre le rêve à bras le corps, en plus de cacher en son sein des trésors d'intelligence...il recèle également des océans de belles choses. Des choses futiles et éphémères comme des roses mais aussi éternelles que la lumière des étoiles. La relation qui se noue graduellement entre le petit prince, l'aviateur et le lecteur devient dans les dernières pages d'une grandeur époustouflante. Par des mots simples mais tranchants comme des épines de roses, Antoine de Saint-Exupéry fait de l'amitié dans les relations humaines l'élément le plus indispensable à l'homme, plus encore que l'eau. L'amour que l'on porte au petit prince culmine dans un final qui brise autant le cœur qu'il nous incite à croire à la bonne étoile. Ou devrions-nous dire, "les" bonnes étoiles. La tendresse du récit et cette fabuleuse scène avec le renard illustrent tout le propos de l'auteur : L'homme a besoin d'être apprivoisé. Il a besoin d'être unique pour quelqu'un, pour être. Pour exister.

Non sans rappeler parfois l'excentricité des aventures d'Alice aux pays des merveilles, Le Petit Prince s'affirme purement et simplement comme un chef d'oeuvre littéraire total. Il arrive à faire rimer simplicité avec intelligence, poésie avec émotion mais surtout il arrive à faire immensément rêver que l'on ait 7 ou 77 ans.
Alors si vous passez dans le désert, que vous apercevez une étoile solitaire, restez un instant. Peut-être y rencontrerez-vous ce touchant petit Prince.
Sinon, vous pouvez toujours lire le récit de Saint-Exupéry. Histoire de regarder les étoiles.

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Space Marine Battles, tome 2 : Helsreach
Space Marine Battles, tome 2 : Helsreach
par Bowden Dembski
Edition : Broché

4.0 étoiles sur 5 Défense désespérée, 28 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Space Marine Battles, tome 2 : Helsreach (Broché)
L'Hérésie d'Horus constitue la plus imposante saga littéraire autour de l'univers de Warhammer 40.000 publié chez Black Library. Pourtant, il en existe d'autres comme Les Fantômes de Gaunt de Dan Abnett....ou les Space Marine Battles. Ces derniers romans s'intéressent à des batailles légendaires menées par les Space Marines, les troupes d'élite du genre humain. A l'heure actuelle, il en existe 14 volumes. Contrairement au cycle de L'Hérésie d'Horus, chaque roman est un one-shoot. Moins populaire que son illustre aîné, la série comprend pourtant plusieurs tomes à la réputation flatteuse au sein du fandom. Nous commencerons aujourd'hui par LE plus renommé : Helsreach d'Aaron Dembski-Bowden. Ecrit avant Le Premier Hérétique, le premier écrit de Dembski-Bowden pour l'Hérésie D'Horus, Helsreach s'intéresse à une des campagnes les plus légendaires de Warhammer 40.000 : la troisième guerre d'Armageddon.

Encore marqué par les stigmates de la dernière invasion ork, le monde industriel d'Armageddon se retrouve de nouveau en état d'alerte. Les patrouilles de reconnaissance impériales font état de l'avancée d'une gigantesque flotte peau-verte. L'ordre est donné à tous les régiments de la Garde Impériale et tous les chapitres Space Marines disponibles de venir défendre une nouvelle fois la légendaire planète. Bientôt la rumeur se répand sur la planète, Ghazghkull Thraka est de retour. Le vieux Yarrick, l'amiral Parol et un certains nombres de maîtres de chapitres se préparent à l'accueillir comme il se doit. Parmi les forces impériales se trouve le glorieux chapitre des Black templars. Les Croisés de l'Empereur menés par le redoutable Haut Sénéchal Helbrecht vont livrer un de leurs combats les plus déterminants. Pour défendre la cité-ruche Helreasch, le Sénéchal a choisi un chapelain nouvellement nommé comme Réclusiarque : Mereck Grimaldus. Tandis que la cité fortifié assiste à l'arrivée massive des armées orks, Grimaldus et sa croisade gravissent les remparts de la ville. La guerre est sur eux, et ils mourront pour défendre Helsreach.

Roman de divertissement pur, Helsreach est un récit de SF Militaire burné. Aaron Dembski-Bowden porte son dévolu sur un des chapitres les plus fanatiques (c'est dire !) et arrive à rendre de façon particulièrement convaincante la dichotomie "devoir de protection de l'humanité" et "caractère totalement surhumain des Marines". Ce paradoxe s'incarne à merveille dans le personnage principal, Grimaldus, véritable attraction du roman, sévèrement charismatique mais aussi étonnamment pragmatique. Empli de doutes, le personnage permet pour une fois d'entrevoir le désespoir qui ronge les défenseurs de l'humanité dans ce futur apocalyptique sans issue. Pour mieux nous faire pénétrer les pensées du chapelain, l'auteur alterne la première personne du singulier et la troisième. De ce fait, on bénéficie souvent d'un point de vue radicalement différent des mêmes événements. Une excellente idée. De même, le contraste offert entre le fanatisme des autres Black Templars et Grimaldus permet de mieux mettre en valeur le caractère post-humain des Marines. Une partie de la "réflexion" menée par Dembski-Bowden tourne autour de cette question : Comment des guerriers aussi surpuissants et modifiés peuvent-ils encore correspondre aux critères humains ?

Mais ne nous y trompons pas, avant tout, Helsreach est l'histoire d'une défense désespérée d'une cité que l'on sait perdu d'avance. Ce côté dramatique s'allie aux nombreux passages héroïques du roman (avec les discours de Grimaldus en point d'orgue) pour offrir une lecture puissante et passionnante. Le roman devient un vrai page-turner. De surcroît, l'auteur reste le plus respectueux possible du fluff de Warhammer 40.000, un élément qui ravira les fans de la franchise, premiers concernés par le livre. Mieux encore, il ne néglige pas ses personnages secondaires, du maître des docks au princeps de Titan en passant par les troupes de choc, le récit offre quelques beaux seconds couteaux qu'on espère grandement retrouver à l'avenir. Malgré la qualité un peu fluctuante de son écriture (oeuvre de jeunesse oblige), Dembski-Bowden se débrouille extrêmement bien notamment lorsqu'il change d'échelle, passant du Titan Imperator au milicien avec une aisance salutaire pour son histoire. Cette vision globale de la bataille ne fait pourtant jamais perdre au récit son sens de l'épique et du grandiloquent (dans le bon sens du terme). Le roman comporte son lot d'affrontements et de confrontations mémorables et quelques instants poignants en prime, à commencer par l'énumération des morts Black Templars avec cette sensation que leur effectif fond comme neige au soleil devant les millions d'orks.... ou encore l'épilogue, magnifique et concis.

Fidèle à sa réputation, Helsreach assume parfaitement son statut de divertissement gonflé à la testostérone. On ne décroche pas un instant du récit mené tambour-battant par Aaron Dembski-Bowden qui décrit avec passion ce siège haletant et dresse des portraits charismatiques à souhait - à commencer par l'inoubliable Grimaldus - au cœur d'une titanesque bataille. Une grande réussite et un vrai indispensable pour les fans de Warhammer 40.000 (et de SF militaire en générale).

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Les souffles ne laissent pas de traces
Les souffles ne laissent pas de traces
par Timothée Rey
Edition : Broché
Prix : EUR 19,90

4.0 étoiles sur 5 Chamanes et Souffles, 18 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les souffles ne laissent pas de traces (Broché)
Le petit monde de la science-fiction et de la fantasy française regorge d'écrivains surprenants. Parmi eux, Timothée Rey, révélé en 2010 par son (excellent) recueil Des Nouvelles du Tibbar, publié par les Moutons Électriques. Son écriture raffinée et son univers absurde installent rapidement Timothée comme un des écrivains de genre les plus prometteurs. Promesses tenues avec la parution de son second recueil Dans la forêt des astres, tout aussi excellent que le premier. Après un détour par les éditions ActuSF pour une autre fournée de nouvelles, le français retrouve les Moutons Electriques pour la publication de son premier roman : Les souffles ne laissent pas de traces. Sous ses dehors de roman policier, le dernier bébé de Timothée Rey possède une singulière particularité... celle d'être mené par un chamane à l'ère préhistorique. Il est temps pour nous de replonger dans la vision délurée de cet écrivain pas comme les autres.

Une grande partie de chasse se déroule dans une steppe non loin du Val Velu. Aspic Fumée-Rouge, dynaste du clan des Basses-Tourbières, participe à celle-ci aux côtés du respecté Loutre Pas-D’Étoiles et d'un groupe de chasseurs aguerris issus de divers clans rassemblés à l'occasion du Jamboree Printanier. Alors qu'ils prennent au piège une bisonne, Aspic disparaît d'un coup d'un seul. Tous craignent que le Boréal, le souffle malveillant, n'ait emporté le jeune homme. Naturellement, de retour dans le Val, la panique se répand dans les rangs des hommes et femmes réunis pour l'occasion. Le vicaire Pecten n'hésite pas une seconde à organiser une cérémonie sacrificielle pour apaiser le Boréal. Seulement voilà, l'hypothèse de la punition divine ne convainc guère Collembole N'a-qu'un Oeil, chamane et soigneur des Ronces. Lorsque le grand détective, épaulé par son apprenti Farouch Queue-d'Aurochs, se met en tête de percer le mystère entourant ce drame, il se met également à dos bon nombre de personnes... à commencer par Pecten et ses Ventards. Mais si les souffles ne laissent pas de traces, les hommes eux, en laissent un sacré paquet !

Contrairement à ce que laisse penser le pitch de départ, Les souffles ne laissent pas de traces s'ouvre sur une scène qui n'a rien à voir avec l'histoire principale. Dans celle-ci, deux bandes concurrentes tentent de punir une troisième troupe particulièrement perfide et perverse. Nul besoin de faire grand mystère de la chose, Timothée n'a rien perdu de son humour mordant et absurde. Des guerriers déguisés en tortues, d'autres en lièvres... enfin non, en hases, avec des noms tous plus étranges les uns que les autres. Pas de doute, nous sommes dans une histoire made in Rey. Premiers sourires avec cette expression délicieusement débile "La Hase bine", ou par l'apparition d'un certain Lichen Le Survivant, mais jamais de rires gras. Car l'humour de Timothée n'est pas grossier, au contraire. Référencé, joyeusement loufoque mais jamais rébarbatif, les jeux de mots du français ajoutent un registre comique délicieux à son roman qui en a d'ailleurs bien besoin. En effet, on peut immédiatement reprocher au récit de Timothée d'être un archétype d'intrigue policière avec tous les développements attendus dans un bouquin de ce genre. Heureusement, l'originalité du récit ne se trouve pas dans ce cheminement relativement attendu, mais dans l'univers et l'ambiance qui baignent l'histoire tout du long.

Le lecteur suit avec une jubilation sans cesse renouvelée les réflexions et aventures de la bande à Collembole. Ce dernier s'avère naturellement le gros point fort du roman, totalement anachronique par sa minutie et son refus de gober les premières absurdités venues. Incarné en prime par la plume habile de Rey qui flirte entre familiarité avec le lecteur et professionnalisme de détective aguerri, N'a-Qu'un-Oeil est un personnage délicieux et attachant. Sa bande de joyeux lurons n'en reste pas moins tout à fait fascinante malgré l'ombre pesante de leur maître. D'Aspérule, le chamane-junkie, à Farouch, l'assistant zélé, en passant par Spaighne, la petite peste du groupe, les suivants du soigneur ont de quoi susciter l’intérêt du lecteur. Même si la profusion de noms empêche parfois de véritablement cerner tel ou tel personne (trop d'enthousiasme dans l'écriture peut-être ?), le noyau dur de personnages qui accompagne de bout en bout le lecteur constitue surement le plus grand atout du livre... avec son cadre préhistorique. Ce choix étrange se révèle rapidement des plus judicieux et comble avec facilité la sensation de banalité de l'intrigue. En mêlant à son enquête souffles, chamanes, confréries et autres Ventards, Timothée Rey pare son récit d'un arrière-goût de dépaysement bienvenu. Saupoudrez le tout de joyeux anachronismes et du sérieux papal affiché par les notes de bas de pages à propos de choses totalement absurdes, et vous obtenez une lecture unique et délicieuse.

Le principal talon d'Achille du premier roman de Timothée Rey, c'est son côté un poil bavard. L'auteur prend en effet parfois un nombre de pages bien trop important pour décortiquer dans les moindres détails la reconstitution d'un crime. Cette exhaustivité nuit un tantinet au rythme du récit, mais, heureusement, ne le fausse pas totalement. Parce qu'au final, l'écriture fluide et la facilité avec laquelle Timothée Rey monte ses petits mystères et retournements de situations permettent d'éviter l'enlisement des péripéties de nos hommes préhistoriques. De même, pour éviter la lassitude d'un trop plein d'enquêtes, le français a l'excellente idée d'entrecouper ses chapitres avec des interludes comiques. Histoires au coin du feu ou joutes verbales, ces chapitres très courts condensent tout le talent humoristique de l'auteur. De petites pauses qui deviennent vite un régal d'originalité et d'anachronismes en tout genre. Grâce à cette alternance, la fin du roman arrive bien vite et évite la phase explicative longuette pour dévoiler le mobile des meurtres. Le ton brut et sauvage de l'épilogue arrive à la fois à esquiver le cliché de l'explication finale par le détail tout en renouant avec la narration loufoque qui sied si bien à Timothée Rey.

Malgré certains problèmes de rythme, Les souffles ne laissent pas de traces s'affirme comme un divertissement de qualité. Profitant de l'humour si particulier du français et de son style d'écriture fluide, le roman arrive rapidement à se faire attachant et dépaysant. Deux des caractéristiques les plus importantes des univers étranges échafaudés par Timothée Rey. On peut légitimement attendre avec une impatience non feinte la parution d'une nouvelle aventure de Collembole N'a-Qu'un-Oeil et sa bande de joyeux enquêteurs.
... Et puis un livre avec Choque-Nourrice ne peut fondamentalement pas être un mauvais livre.

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La petite bête qui monte ça me terrorifie
La petite bête qui monte ça me terrorifie
par Eric Didier
Edition : Poche
Prix : EUR 6,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Paroles d'enfants perdus, 8 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La petite bête qui monte ça me terrorifie (Poche)
Issu de la scission des (génialissimes) éditions Attila, Le Nouvel Attila publie un tout petit livre pour cette fin d'année qui a pourtant tout d'un grand. Ce livret porte l'étrange titre La petite bête qui monte ça me terrorifie, un titre à rallonge qui évoque cependant immédiatement le langage enfantin dont il sera question. Petit recueil de paroles d'enfants à un psychanalyste, l'ouvrage pose un regard percutant et doux-amer sur l'enfance à travers les mots des petits patients rencontrés par Eric Didier.

Pour une page, le lecteur retrouve une phrase ou à peu près. La brièveté des sentences ne doit pas égarer sur leur importance. Chacune doit être prise comme un instant volé, une perle de l'esprit sortie de la tête d'un enfant. Tour à tour très drôles - les lapsus, les mots mal employés ou inventés - ou extrêmement poignantes - les nombreuses métaphores qui parsèment l'ouvrage, aussi simples que terribles - les citations jouent tous un rôle dans cette espèce de fleuve de la pensée infantile. Elles permettent de pénétrer par une petite porte dérobée sur les pensées les plus intimes des jeunes patients et d'apercevoir même une minute l'étendue de leur vie intérieure. On se prend à lire et relire ces petits bouts de vie égarés, à les laisser nous imprégner, nous transpercer.

Malheureusement, la fin arrive trop vite. Forcément. L'ouvrage est petit, comme un minuscule diamant, et se termine par une dizaine de pages de celui qui a recueilli ses propos, Eric Didier lui-même. En l'espace de quelques lignes, il nous raconte le comment du pourquoi de ce recueil, le contexte, les silences et les blessures qu'il renferme. Eric Didier donne voix à des dizaines d'enfants perdus qui se battent au quotidien pour retrouver qui leur intégrité mentale qui leur histoire familiale. Son écriture, sublime, explique autant qu'elle subjugue, et nous emporte ailleurs, encore. Une fois refermé, on y retourne et on refait un tour de ces éclats d'existence, éclairé cette fois par les mots experts d'Eric, pour redécouvrir d'autres choses. Parce qu'après tout les mots sont une porte sur d'infinis univers et ceux prononcés par des enfants le sont encore davantage. Ils ont leurs propres sonorités et leur propre signification. On découvre que les fautes d'orthographes n'en sont pas, qu'il s'agit tout simplement d'un autre langage, celui de garçons et de filles qui n'ont pas perdu le pouvoir des mots.

Pour 6 euros, Le Nouvel Attila et Eric Didier nous offrent un trésor. Que vous puissiez passer à côté, "ça me terrorifie".

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