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casbahrock (Paris)

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Sandinista!
Sandinista!
Prix : EUR 12,00

8 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Magnificent, 10 février 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sandinista! (CD)
Déterminés dans leur ambition, maniaques dans leur éclectisme, les Clash offrent en 1980 une révolution musicale de 36 chansons, "Sandinista !", en hommage à la révolution en cours au Nicaragua. Originellement publié sous la forme d'un triple album, Sandinista est gargantuesque. Il s'agit quasiment d'un exercice d'endurance pour l'auditeur, non pas en raison d'un matériel musical laissant à désirer - au contraire la plupart des pistes sont exceptionnelles - mais parce que les Clash s'acharnaient à passer d'un style à l'autre... et aussi parce que c'est assez long d'une seule écoute. Certains disent que Sandinista aurait été supérieur s'il n'avait été qu'un double album. Il y a certainement quelques chansons qui ne sont pas "essentielles". La version gag de « Career Opportunitees » chantée par des enfants était-elle nécessaire ? Et le dingo et swingant « Look Here » ? Timon Dogg, venu chanter en guest sur « Lose This Skin », ruine par son ennui ce qui aurait pu être une chanson décente. Et oui la diversité des genres musicaux est souvent une bonne surprise mais quand même, la blague du gospel « The Sound Of Sinners »... et même si elle est à prendre au seconde degré. Mais il y aura toujours des chansons meilleures que d'autres, spécialement sur cet album de cette taille. En fait, les chansons les plus faibles ne font que mettre en valeur les sommets atteints sur l'album et je n'échangerais pour rien au monde la baffe initiale que j'ai reçue quand j'ai écouté toutes ces chansons ensemble contre un éventuel « Best of Sandinista » tronqué. Jamais ! Quand tu relèves des défis musicaux comme les Clash l'ont fait, les cicatrices contribuent seulement à faire briller les bijoux de manière plus éclatante. Les seuls albums semblables à Sandinista sont le « White Album » des Scarabées et les travaux des Beastie Boys sur le label Grand Royal, lesquels ont aussi produit des morceaux dispensables mais qui ont constitué le meilleur lien possible avec les autres morceaux stellaires. Personne ne pinaillerait si ces quelques faux-pas avaient été assignés sur des faces B, alors pourquoi pinailler ici ?

Personnellement je préfère trop que pas assez. Quand tu as un double album rempli seulement à moitié de chansons qui tuent, c'est bien plus impressionnant et surtout plus généreux. Or, les Clash ont été ultra généreux avec Sandinista et nous devrions leur en être reconnaissants. Reconnaissants du fait qu'ils ont osé l'expérimentation et qu'ils ont maintenu les choses excitantes par l'élargissement de leur vocabulaire musical. Reconnaissants du fait qu'ils ont fait partie des quelques groupes qui ont introduit un commentaire politique et social à leur œuvre musicale, tout en conservant un sens de l'humour et du fun - qui d'autre oserait faire une chanson disco sur la Guerre Froide (« Ivan Meets G.I. Joe ») et illustrerait ses lyrics par des bandes dessinées ? Et nous devrions surtout être reconnaissants de leurs morceaux suivants qui atteignent une qualité exceptionnelle.

« The Magnificent Seven ». La claque ! Comme Blondie avec "Rapture", les Clash montrent combien ils étaient branchés en faisant du hip-hop avant que la plupart des blancs ne sachent ce que c'était. Il faut admettre qu'à cette époque tout le monde tentait d'imiter la ligne de basse de Bernard Edwards (du groupe Chic), mais Paul Simonon le faisait mieux que quiconque. Il s'agit bien d'un vrai funk ici ! Les paroles de Joe Strummer aussi - sa dissection plein d'esprit du simple travailleur - se rapprochent des meilleurs jeux de mots de Dylan. Le mec arrive tout de même à faire rimer "lobster" ("homard") avec "robster" ("gangster"). Le morceau anti-guerre "The Call Up" ressemble à un "Into The Groove" en plus lent et plus sombre avec une production - à l'instar du travail de Brian Eno avec les Talking Heads - qui a contribué à donner forme au son pop des années 80. « Junco Partner » est un morceau de reggae entêtant et joyeux. « Police On My Back » est un morceau déchaîné, un rock old school à la Clash, mais plus tranché et plus concentré sur le chant. « Kingston Advice » sonne encore aujourd'hui comme rien de ce qui a pu être déjà enregistré; je ne sais même pas comment décrire la chanson... vraiment bizarre, c'est le mieux que je puisse dire. Avec des morceaux purement expérimentaux comme "Mensforth Hill" et "Silicone on Sapphire", les Clash reprennent la main là où les Beatles s'étaient arrêtés avec "Revolution 9" et présagent fortement le son électronique des quinze dernières années. L'influence stylistique qui prévaut le plus est jamaïcaine, mais contrairement aux musiciens blancs qui ont essayé de faire du ska cool (mais en réalité ringard) - comme trop souvent cela s'est produit à la fin des années 90 - les Clash nous offrent un reggae profond et même un dub plus profond. Un des meilleurs moments de l'album est la transformation du génial « One More Time » en un superbe "One More Dub". Dans l'ensemble, les chansons de Mick Jones ne sont pas aussi bonne que ces créations placées sur "London Calling" (il n'y a rien qui atteint le niveau de "Train In Vain" ou "Lost In The Supermarket"), mais ses morceaux restent croustillants et restent dans la tête. « Hitsville U.K. » se rapproche du style Euro-pop et me fait à chaque fois sourire. Et ses morceaux rocks "Somebody Got Murdered" et "Up In The Heaven" maintiennent l'album à une grande allure. Un rôle plus important accordé à Simonon et Headon permet de donner au groupe une plus grande force rythmiquement, tandis que Strummer atteint son sommet le plus féroce, le plus charismatique en tant que porte-parole des Clash.

Je le redis encore : soyez reconnaissants envers Sandinista ! Oui reconnaissants qu'à une époque il y avait des artistes dans l'industrie musicale qui se souciaient d'être les meilleurs. Les Clash se souciaient du monde et de leur musique - à un tel point qu'ils se sont ouverts à tout. Et avec tant de rien de nos jours, nous pourrions prendre un peu de ce tout... même si cela provient d'un album vieux de 29 ans.


Fifth Dimension
Fifth Dimension
Prix : EUR 8,80

9 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 The magic carpet, 4 février 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Fifth Dimension (CD)
Le 3e album des Byrds n'est certainement pas le plus consistant, et il est en réalité trop court (à peine 29 minutes). Mais il s'agit de l'album pivot dans la carrière du groupe, dans la mesure où leurs enregistrements précédents avaient un côté "pop band semi-préfabriqué au son folky" et contenaient de nombreuses chansons traditionnelles ainsi que des reprises (spécialement de Dylan évidemment). Sur "Fifht Dimension", ils laissent tout ça derrière pour devenir un GROUPE ROCK bien emplumé et capable d'anticiper les évolutions musicales : leur influence sera ainsi aussi énorme que n'importe quel groupe de l'époque.

Après avoir co-écrit et co-chanté au début de l'année 1966 le single "Eight Miles High", Gene Clark se retire des Byrds, ce qui offre l'opportunité à David Crosby de montrer qu'il a progressé et de devenir une voix majeure au sein du groupe. Crosby avait co-écrit seulement une chanson sur le second album (le quelconque "Wait and See") et aucune sur le premier; et voici ici un morceau écrit uniquement par Crosby et quatre autres où il est co-auteur. En fait quelques pistes sont ici créditées au quartet entier(McGuinn-Crosby-Hillman-Michael), ce qui démontre un réel changement dans leur autodétermination créative.

Cette évolution est aussi signalée sur la couverture du vinyle qui n'utilise plus l'œil du caractère typiquement occidental pour écrire le nom du groupe mais un cachemire à la couleur groovy; évolution aussi palpable par la présence d'un "tapis magique" sur lequel se tiennent les quatre musiciens (qui tiennent entre leurs mains selon la légende un gobelet contenant une variété d'acide...).

Il faut retenir de "Fifht Dimension" qu'il s'agit d'un grand album de guitare : les standards folks arrangés avec goûts ne sont plus de la partie et sont remplacés par des fusions jazz-raga subjectives. Jim McGuinn tente héroïquement de réinventer le son de la guitare électrique avec sa 12 cordes Rickenbacher qui ne manquera pas de marquer à jamais Hendrix et les Who.

La chanson d'ouverture "5D" bénéficie d'une contribution de Van Dyke Parks au clavier. Elle maintient le même type de vibration contenu sur leurs anciens albums folk-rock, mais les accords bondissants et les paroles mystico-existentialistes de McGuinn signalent que la Seconde Moitié des Sixities est ici maintenant! Mc Guinn semble dériver dans l'espace ou dans un terrier de lapin ou n'importe où ailleurs : "I opened my heart to the whole universe and found it was loving (...) and never hit bottom and keep falling through just relaxed and payin' attention" Ce fut un hit mineur à l'époque et un bijou méconnu de l'année 66.

"Wild Mountain Thyme" est une composition collective du groupe qui ressemble à une ballade irlandaise dans les montagnes Appalaches, avec de superbes harmonies vocales à quatre et des cordes tourbillonnantes qui suggèrent une espèce de vision psychédélique (spécialement ce passage "all along the purple heather"). Onirique...

"Mr. Spaceman" est une chanson précurseur du "It Came Out Of The Sky" de Creedence et de "Rencontres du 3e type" de Spielberg. C'est un morceau pop typiquement charmant des sixties avec des harmoniques originales, mais rien de réellement spécial. Les Monkees auraient pu en faire un plus gros hit.

"I See You" est le premier test raga-rock totalement psychédélique de l'album (et l'un des premiers en général à l'époque) et c'est superbe. Pour la première fois on entend les Byrds sonner "comme un groupe", la section rythmique s'agite violemment pendant que le tintammare jazzy de Crosby se confronte à la fusion jazzy-rock (genre Inner Mounting Flame) de McGuinn. Aucune astuce de studio ici : le psyché se situe dans la façon enflammée de jouer.

"What's Happening?" est une composition solo de Crosby, et l'empreinte hippie qu'on retrouvera dans ses futures oeuvres. C'est un bon morceau dominé par la méchante guitare de McGuinn qui est probablement en train d'essayer de la faire sonner comme un sitar, mais la qualité électronique la fait plus ressembler à une cornemuse qui prend l'eau.

La ballade "I Come And Stand At Every Door" conclue la première face avec des images de l'Ange de la Mort à l'extérieur de votre maison, une métaphore de l'holocauste nucléaire bien sûr. Le résultat austère de ce que Crosby ne pouvait comprendre dans le morceau précédent je suppose.

Et enfin la face 2 : l'intro titanesque de la basse et de la guitare rythmique avant que la 12-cordes ne fasse une descente piquée visitant John Coltrane et Ravi Shankar et nous sommes lancés dans le maelström qu'est "Eight Miles High"! A-t-il déjà existé une chanson rock à l'intro aussi puissante et majestueuse? Mon cœur n'avait jamais battu aussi rapidement que lorsque j'ai entendu cette première mesure s'abattre dans mes oreilles. Les paroles évoquent des avions et l'aliénation, sûrement en rapport avec la peur de voler de Gene Clark. Enorme!

Malheureusement, la suite voit les Byrds manquer d'idée et de matériel. La reprise de "Hey Joe" n'est pas aussi bonne que la version des Leaves, et "Captain Soul" était un instru sorti à l'origine comme face B d'un single (et il aurait du y rester).

Le dernier petit bijou est "John Riley", un vieux folk qu'ils auraient fait sur leurs anciens albums, mais bénéficiant ici d'un arrangement urgent avec une section à cordes. La chanson parle d'amour perdu, elle a à la fois un côté triste, bizarre et affolé.

Puis l'album se termine par "2-4-2 Fox Trot (The Lear Jet Song)" qui est une étrange combinaison de groove-raga sorti d'un âge spatial avec des effets sonores d'engins volants et de contrôleurs aériens papotant, tandis que le groupe chante "go ride a lear jet baby... go ride a lear jet." Ce fétichisme autour de l'avion est un peu bizarre quand on prend en compte la phobie de l'avion de Gene Clark.

Au final un tournant dans la carrière des Byrds, anticipant le psychédélisme à venir et captant parfaitement les vibrations excitantes et bouillonnantes de l'année 66 qui se concrétiseront en une série de chefs-d'œuvre en 1967.


The Idiot
The Idiot
Prix : EUR 8,99

10 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Iggy's back, 4 février 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Idiot (CD)
Au début des seventies, Iggy Pop s'est fait un nom à lui tout seul comme étant le plus "mauvais" représentant du rock, créant du pur tohu-bohu et de la pure débauche avec son groupe de rock de Détroit, les Stooges. Mais après le split qui suivit la sortie de "Raw Power", Iggy est devenu une sorte de cas perdu. Accro à la drogue et s'étant rendu lui-même dans une institution psychiatrique, Iggy allait bientôt disparaître dans l'obscurité et presque devenir ce qu'Axl Rose était il n'y a pas si longtemps. Mais grâce au vieux pote David Bowie, tout cela prit fin. Iggy était déterminé à redémarrer sa carrière dans la musique, et Bowie à ses côtés pour co-écrire les chansons et produire son "comeback" qui sera "The Idiot".

Si on le compare à Raw Power ou à Fun House, The Idiot montre résolument un Iggy plus contrôlé et contenu. Les riffs de guitare brillants et embrasés de James Williamson ainsi que les hurlements flippants à la banshee d'Iggy sont partis. A la place, sous la tutelle de Bowie, Iggy devient un chanteur de rock plus sophistiqué, mais résolument plus sombre et dérangé. Pensez à du Bowie, mélangé avec du Léonard Cohen et une touche de Peter Murphy, et vous n'êtes pas loin du résultat. The Idiot était loin d'annoncer un futur ensoleillé pour Iggy. C'était quelque chose qu'il ne pouvait juste pas faire. On a à la place une collection de visions mornes et de mélodies sinistres. Le son des Stooges n'est plus d'actualité. Comme il le disait à l'époque : "I'm not a punk anymore. I'm a damned man!"

Il est peu fréquent d'écouter des ouvertures d'albums aussi dérangées que celles de "Sister Midnight" sur The Idiot. Froide et inquiétante, cette chanson est conduite par un riff robotique et fluet (et qui refera surface plus tard sur le "Lodger" de Bowie) joué par Carlos Alomar, tandis qu'Iggy délivre des paroles racontant ses cauchemars œdipiens : "You know I had a dream last night/Mother was in my bed/And I made love to her/Father he gunned for me/Hunted me with his six-gun"...

Puis arrive la chaloupée et aguichante marche macabre de "Nightclubbing", laquelle servit de bande-son au film Transpotting. Iggy la délivre sans émotion et de manière mécanique, parodiant les clubbers de discothèques cocainés qu'il tourne en dérision dans la chanson : "Nightclubbing/we're nightclubbing/ we walk like a ghost." Iggy reprend le même type de lyrics dans la chanson suivante "Funtime", l'un des morceaux au son le plus punk de l'album. La première face du vinyle se termine par "Baby", une chanson au son inévitablement inspiré par l'atmosphère de Berlin où l'album a été enregistré. Evoquant certainement une rupture, Iggy chante encore avec presque aucune émotion, de manière sinistre et fantomatique, grâce à un lourd effet "reverb" dans sa voix. Iggy susurre à son ancienne bien-aimée : "We're walking down the street of chance/ where the chance is always slim or none/ and the intentions unjust." Alors qu'il en avait fini avec son passé d'accro aux substances illicites, Iggy est en train de dire adieu sans regret.

La seconde face s'ouvre avec sa chanson plus connue pour certains, "China Girl", utilisée plus tard de manière plus bling-bling sur l'album "Let's Dance" de Bowie. La version d'Iggy est plus intense, plus brute et ne contient pas les riffs "chinois" kitchissimes de la version de Bowie. La performance est de loin ici plus passionnée (la plus passionnée de l'album en fait) et confère un aspect plus humain, quoique un peu effrayant, à l'album. Certains disent que cette chanson évoque l'une des relations d'Iggy, d'autres qu'ils s'agit de la "blanche chinoise", ou encore que ce serait à propos de l'impérialisme occidental. La véritable signification n'est pas très claire, mais le plus probable est qu'il s'agisse de quelque chose combinant amour et politique. Iggy chante d'ailleurs : "My little China girl/you shouldn't mess with me/I'll ruin everything you are" suggérant ainsi que la culture occidentale pourrait corrompe sa beauté innocente. Il crie ensuite plus loin "I'd stumble into town/Just like a sacred cow/Visions of swastikas in my head/And plans for everyone," critiquant probablement la faim de pouvoir des leaders du "monde libre" et des atrocités qu'ils commettent en son nom. Il a aussi été dit que la chanson fut écrite avec l'idée que les femmes sont des êtres fragiles, comme des poupées chinoises...

Les trois dernières chansons sont différentes dans leur style et leur thème. "Tiny Girls" en est une courte, au son doo-wop et aux paroles évoquant un amour sans espoir. Tandis que les deux autres morceaux, "Dum Dum Boys" et "Mass Production" sont plus épiques et sinistres. "Dum Dum Boys" est un péan dédié aux anciens membres des Stooges. Iggy commence par raconter le destin de chacun des Stooges : "What about James?/ He's gone straight'", avant de supplier plus loin : "Where are you now/when I need your noise." Le riff de guitare de cette chanson vous poursuivra longtemps dans votre tête... Enfin, aucune chanson n'est aussi dingue et tordue que le chant funèbre de "Mass Production". Le même groove pendant 8 minutes avant une descente vers un désordre noisy et électro de synthés gazouillant.

De tous les albums d'Iggy, incluant même ceux des Stooges, The Idiot est de loin le plus sombre. Il se glisse sous votre peau et s'installe fermement, il s'introduit lentement dans votre psyché, juste pour donner une petite tape de temps à autre. Il peut vous donner des cauchemars à propos de clubbers zombies, d'inceste, de nazis ou de vous découpés en morceaux. Il fut l'album qui déclencha les premières jam sessions de Joy Division, et c'était l'album que Ian Curtis écouta juste avant de se pendre. The Idiot a pu signifier un nouveau début pour Iggy mais il n'est certainement pas pour débutants.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 26, 2011 7:56 AM MEST


Forever Changes
Forever Changes
Prix : EUR 6,99

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Forever Love, 10 janvier 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Forever Changes (CD)
1) "Alone Again Or". Ecrite et chantée par Bryan MacLean mais arrangée par Arthur Lee. Les guitares 12 cordes et les trompettes Mariachi font situer la chanson dans un univers de fiction, exotique, latin, new world... Les cordes hésitantes confèrent à la chanson une résonance chargée d'émotion tandis que la voix est enveloppée dans un son luxueux et éthéré. La batterie et la basse assurent le rythme de manière anxieuse. C'est à la fois étrange et magnifique, le morceau étant imprégné d'une texture inquiétante qui envahira tout l'album. MacLean évoque l'amour universel et la paix, très banal au premier abord mais on perçoit un réel tourment derrière ces mots délivrés avec plein de sincérité.

2) "A House Is Not A Motel". La guitare acoustique grattée frénétiquement marque l'allure de la chanson. La guitare sauvagement folle du génie Johnny Echols ponctue les breaks et part en roue libre sur la fin. Le morceau semble joué par des gens déterminés et désespérés à la fois, en accord avec la nature étrangère de l'existence où les couleurs de la vie sont peintes dans des tons surréels superbes. A travers les paroles, Lee sonne le glas mortuaire de notre planète tandis qu'il entend quelqu'un appeler son nom...

3) "Andmoreagain". La musique est ici complexe, baroque, à renfort de clavecins, de cordes et de percussions : magnifique, obsédant, édifiant et frissonnant à la fois. Lee fait une fixation sur l'amour, un amour répétitif, inaltérable et intemporel.

4) "The Daily Planet". Un riff acoustique de légende brisé par des coups de hache électrique et par la caisse claire et les toms tout en rondeur de Michael Stuart. La structure est complexe, deux chansons semblent se superposer : des passages folk acoustiques plus lents entrelacés avec les cordes luxuriantes orchestrées par David Angel. Un petit bijou.

5) "Old Man". Le chef d'œuvre de MacLean. Une voix qui glisse vers les aigus avec une facilité incroyable, aidée par des cordes gracieuses. Une voix sincère, profonde et d'une honnêteté saisissante. Le mélange subtil d'une voix et d'instruments enveloppés dans une atmosphère intemporelle. La guitare acoustique est exemplaire, la basse et la batterie d'une grande délicatesse et discrétion, offrant ainsi à la chanson tout son charme. "Old Man" est capable de vous toucher profondément à partir du moment où vous mettez de côté votre incrédulité pour plonger avec innocence dans le monde énigmatique et captivant de Love.

6) "The Red Telephone". La liberté analysée puis réduite à la parodie par Lee... Sinon, les arpèges parmi les plus beaux du rock.

7) "Maybe The People Would Be The Times...". Une guitare acoustique au feeling mexicain combinée à des accords jazz/latino. L'écriture poétique de Lee brille de toute sa classe, en parvenant à combiner de manière originale la rime et le rythme : l'absence du dernier mot à la fin de chaque couplet est utilisée au début du couplet suivant. La couleur grise est fréquemment mentionnée par Lee : symbole de conformisme, d'insipidité, couleur de la futilité... Bienvenue dans le cerveau d'Arthur!

8) "Live and Let Live". La guitare à renfort de pédale fuzz à la fin de la chanson est le testament définitif du talent de Johnny Echols. Il y a quelque chose d'euphorique dans l'arrangement de ce final : une espèce de cacophonie amphétaminée à forte influence Bo Diddley qui hypnotise l'auditeur. Tout semble se désagréger mais en même temps tout reste uni grâce à la guitare excellente de Echols. Un tumulte furieux de cordes acoustiques maltraitées, une batterie surchargée en toms, la basse assourdissante de Forsi se rue à la fête, cherchant désespérément à rattraper le mouvement, avant que les explosions de la guitare excentrique de Echols viennent achever le tableau. Un morceau incroyable, Love à son apogée.

9) "The Good Humor Man...". Le côté innocent des Sixties ("Hummingbird... Merry-go-rounds... Summertime"). Une musique mélancolique qui donne la chair de poule, la marque déposée de Love. C'est le matin, on est heureux, jeunes, mais Arthur annonce l'inévitable pourrissement, l'atmosphère du morceau le fait bien ressentir : c'est ostensiblement léger, banal, mais le riff de cette trompette qui bégaie, et encore ces cordes hésitantes, l'atmosphère s'avère au final plutôt sombre.

10) "Bummer in the Summer". Où Love est capable de balancer des solos de country.

11) "You Set the Scene". Et enfin la grande marche finale, le morceau épique qui vient clôturer l'album, à l'instar d'un "Desolation Row". Lee évoque tous les sujets qui le tourmentent : la vie, la mort, la régénération. A 26 ans, Lee était convaincu de la fin imminente de son existence, cette chanson est certainement un journal de ses perceptions de la vie à travers la mort. Jamais la musique pop n'avait encore proposé des lyrics aussi profonds. Lee communique ses pensées avec un vocabulaire unique et surprenant, parfois amer, acerbe, maussade, renfrogné, satirique, ou parfois enthousiaste, extasié, transcendant. Il s'agit encore de deux chansons mélangées en une seule. La voix de Lee déborde de créativité, adoptant même parfois une posture crooner, et le tempo de la chanson évolue vers un final totalement frénétique dans lequel se mêlent trompettes, violons, breaks de batterie et la voix possédée de Lee. Dans la version bonus contenue dans la réédition CD, on peut entendre dans ce même final Lee sortir un rap improbable, on est alors seulement en 1967...

Un album d'une beauté inouïe.
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