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Commentaires écrits par
m.anuel "m.anuel" (France)

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Morwenna
Morwenna
par Jo Walton
Edition : Broché
Prix : EUR 21,50

2 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Un goût vraiment trop prononcé de roman d'adolescente, 8 janvier 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Morwenna (Broché)
La lecture des commentaires très élogieux m'a convaincu d'acheter ce livre. Cette même lecture m'a fait tenir pendant les 100 premières pages, malgré l'ennui tenace qui ne me quittait pas, et en me demandant ce qui diable pouvait avoir tant plu aux autres lecteurs.
Passés donc ces 100 premières pages et quelques, j'ai commencé à m'intéresser, un peu, à ce que racontait la narratrice dans son journal intime. Je m'y suis assez intéressé pour finir le livre, mais jamais suffisamment pour prendre plaisir à la lecture.
Car il s'agit non seulement d'un journal écrit par une adolescente, mais aussi et hélas, le ton et les idées semblent avoir été écrites par une adolescente, dans le mauvais sens du terme : remarques de peu d'intérêt, sentiments mièvres, élucubrations ennuyeuses, parfois énumérations ou listes interminables et qui n'apportent rien.
Il faut aussi ajouter ces innombrables références aux grands auteurs de science-fiction des années 70-80, qui m'ont semblé par leur excès pesantes et même ridicules.
D'ailleurs, autant le dire, pour que ce livre ne vous semble pas totalement indigeste, il est nettement préférable de connaître un minimum Ursula le Guin, Robert SIlverbert, Roger Zelazny, Robert Heinlein, Arthur C. Clarke et j'en passe. Ancien lecteur des grands maîtres de la SF américaine, je savais à quoi elle faisait constamment référence et ai pu poursuivre ma lecture sans que le livre me tombe des mains. Mais tout de même, j'avais l'impression de lire les avis souvent naïfs d'une jeune fille sur les auteurs qu'elle admire, tout en me demandant si on allait enfin avancer dans le récit.
Et finalement non, l'histoire est quasi immobile, il se passe très peu de choses, et ce minimalisme n'est compensé par rien ou presque. Ce presque m'a tenu jusqu'à la fin, mais c'est à mon sens trop peu pour justifier l'achat de ce livre.

Pour autant et pour en revenir aux commentaires éblouis, il faut dire que cet ouvrage peut emporter comme endormir. A vous de voir ou de ressentir ce qu'il en sera pour vous.


Celle qui a tous les dons
Celle qui a tous les dons
par M. R. Carey
Edition : Broché
Prix : EUR 23,00

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Très bon départ, impression de déjà vu sur la fin, 22 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Celle qui a tous les dons (Broché)
Même lorsque le thème est plus que connu, vampires ou zombies, un auteur talentueux pourra toujours captiver le lecteur.

C'est le cas pour ce livre et particulièrement pour sa première bonne moitié.

L'idée de départ (une Angleterre envahie d'Affams, en qui on reconnaît nos amis les zombies) et le point de vue narratif (celui d'une petite fille "affam") m'ont tout de suite accrochés et j'ai dévoré les premières pages. L'héroïne ne connaît pas la vérité sur elle-même, et elle est bien la seule, puisque tant les autres personnages que le lecteur savent à quoi s'en tenir dès le début. Cette jeune fille est très attachante et c'est pour elle que l'on va jusqu'au bout du roman.

Car à la seconde moitié environ, le lecteur et plus encore le spectateur de films de zombies va retrouver des lieux connus, voire des lieux communs. C'est sympathique, agréable, mais beaucoup moins prenant que les pages qui précèdent.

Je me suis demandé si l'auteur l'avait écrit en pensant déjà à l'adaptation cinématographique, qui est prévue, en privilégiant l'action au détriment d'un peu de subtilité, puisque toute cette seconde partie fait penser à bien des films du genre post-apocalyptique.

J'ai quand même passé un moment très plaisant. Dommage que la puissance du début n'ait pu se prolonger plus longtemps.


BATMAN ANNEE UN - N&B - EDITION 75 ANS
BATMAN ANNEE UN - N&B - EDITION 75 ANS
par David Mazzucchelli
Edition : Relié
Prix : EUR 19,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Bel et dense ouvrage, 30 juin 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : BATMAN ANNEE UN - N&B - EDITION 75 ANS (Relié)
Je ne connaissais de Batman que le feuilleton télévisé et les adaptations au cinéma. Cette réédition en format spécial, à tirage limité, m'a intéressée et je suis ravi de cet achat.

Le format, la couverture, le papier sont très beaux, et l'histoire étonnamment sombre et dense. Franck Miller est un grand scénariste et Mazzucchelli un grand dessinateur, ce que les planches agrandies pour cette édition permettent de constater et d'admirer.

Je pourrais donc dire, a contrario d'un précédent commentaire, que cette série sortie pour les 75 ans de Batman est une merveilleuse occasion de découvrir cet univers, qui n'a vraiment rien à envier à ses adaptations cinématographiques, lesquelles d'ailleurs y ont puisé largement.


Henri Le Saux - Le passeur entre deux rives
Henri Le Saux - Le passeur entre deux rives
par Marie-Madeleine Davy
Edition : Poche
Prix : EUR 8,50

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 A la recherche d'Henri Le Saux, 20 janvier 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Henri Le Saux - Le passeur entre deux rives (Poche)
Il était difficile de rédiger un livre sur Henri Le Saux, dont l'expérience est essentiellement intérieure. L'aspect proprement biographique n'apparaît que de façon incidente, en miroir discret de son cheminement spirituel, de sorte qu'on ne doit pas s'attendre à un récit de vie au sens traditionnel du terme.

Marie-Madeleine DAVY écrit de très belles pages sur Le Saux, sur son accomplissement de l'unité en Dieu, réalisé par la lecture des Upanishad, ses retraites silencieuses, et son travail personnel d'écriture.

J'ai pourtant trouvé que la voix et la parole de Marie-Madeleine DAVY étaient par moment trop présents, jusqu'à prendre la place de ceux de Le Saux. On peut ainsi lire plusieurs pages successives constituées des seules réflexions de l'auteur, et ne retrouver que quelques lignes du renonçant occidental, qui viendraient presque comme pour conforter l'analyse de Davy.

J'aurais aimé que l'équilibre soit plus grand entre l'univers du moine français parti en Inde chercher sa vérité des écritures chrétiennes et la réalisation de sa foi, et les commentaires de Davy, qui voit parfois un peu trop souvent des rapprochements avec une multitude d'auteurs, quitte à étouffer un peu l'esprit de l'homme à qui elle entend pourtant rendre hommage.

Le livre est à conseiller pour quelques passages inspirés, mais on sera certainement encore plus inspirés en lisant ou relisant Henri Le Saux dans le texte.

Trois étoiles, pour le mérite qu'a ce livre de nous donner cette envie de lire les oeuvres originales du moine français.


La construction de la sainteté dans la Chine moderne :  la vie du maître bouddhiste Xuyun
La construction de la sainteté dans la Chine moderne : la vie du maître bouddhiste Xuyun
par Daniela Campo
Edition : Broché
Prix : EUR 35,00

6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Derrière le mythe, un homme exceptionnel, 13 janvier 2014
Je ne connaissais rien de Xuyun (nuage vide) dont j'ignorais même l'existence. C'est pourtant un maître bouddhiste extrêmement vénéré en Chine, et dont l'influence demeure essentielle aujourd'hui.

Le livre de Daniela Campo s'attache à montrer comment a été construite la légende de Xuyun, en amplifiant certaines de ses actions, en lui prêtant une longévité hors du commun (120 ans alors qu'il a vécu environ 95 ans, un âge déjà vénérable), et lui attribuant des pouvoirs surnaturels.

C'est donc une étude de l'élaboration de la biographie de maîtres spirituels qui constitue le sujet principal de ce livre, biographie dont le but est de servir d'exemple et d'inspiration pour les disciples ordonnés ou laïcs.

C'est aussi le constat qu'une figure devenue légendaire ne peut apparaître que si elle se base sur la vie d'un homme hors du commun, en quoi on peut dire que la légende rejoint sur bien des points la réalité. En cela le travail de Daniela Campo est passionnant, qui nous fait passer de la déconstruction du mythe à la révélation d'un homme et d'un destin exceptionnels.

L'intérêt est aussi de nous montrer comment les organisations monastiques chinoises ont dû affronter le passage à la modernité, et subir la brutalité, la cupidité et la violence des nouvelles forces communistes. Xuyun avait pressenti les années sombres qui allaient durablement s'installer en Chine du fait de l'arrivée au pouvoir de Mao, et a sans relâche semé des graines en vue de la renaissance du mouvement bouddhiste et de la préservation de la tradition. Il n'aura pas vu le résultat de ses efforts, lesquels ont pourtant porté au delà de ce qu'il aurait pu espérer, grâce à l'action de ses nombreux disciples dans le monde.

La lecture du livre est parfois un peu austère, du fait du souci de précision de Daniela Campo, et les notes renvoient souvent à des sources exclusivement chinoises. Elle n'en reste pas moins passionnante, d'autant que son sujet est très peu connu en France et en langue française en général.


La Voie vers l'éveil: Préface de Matthieu Ricard
La Voie vers l'éveil: Préface de Matthieu Ricard
par Dalaï-Lama
Edition : Broché
Prix : EUR 22,90

1 internaute sur 3 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Remarquable exposé sur la voie progressive et la vacuité, 20 décembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Voie vers l'éveil: Préface de Matthieu Ricard (Broché)
Je ne sais pas si l’enseignement retranscrit dans ce livre est le plus développé que le Dalaï Lama ait jamais donné à des occidentaux.

Il est certain en revanche qu’il y expose un enseignement de Tsong-kha-pa de façon incroyablement pédagogique, rigoureuse et précise, et que nous avons là un de ces livres qui nous donnent l’impression d’être plus intelligents lorsque nous l’avons terminé.

Tsong-kha-pa commente un texte d’Atisha, maître indien venu au Tibet au 11ème siècle pour transmettre les textes et les explications du bouddhisme indien, dont les tibétains étaient en demande. Il est l’inspirateur de la création du mouvement bouddhiste tibétain Kadampa, qui donnera lui-même naissance plus tard à l’école Guelougpa (à ne pas confondre avec le mouvement bouddhiste intégriste “nouvelle tradition kadampa”).

Le Dalaï Lama, qui commente lui-même le texte de Tsong-kha-pa, emploie dans son exposé la méthode de “l’entonnoir” : il débute de façon très générale, pour progressivement en venir au coeur du sujet, à savoir pour l’essentiel la vacuité, base de la pratique du mahayana. On en arrive ainsi à un exposé philosophique dense, exigeant, avec des références permanentes aux bouddhistes indiens réputés, en particulier Nagarjuna.

Car le Dalaï Lama rappelle dans ce livre que le bouddhisme tibétain est l’héritier et le dépositaire des enseignements bouddhistes anciens de l’Inde, et il démontre de façon extraordinaire sa maîtrise et sa connaissance des textes et de l’esprit de ses illustres prédécesseurs. L’exercice est d’autant plus remarquable lorsqu’on réalise qu’il s’agit dans ce livre d’une retranscription d’un enseignement oral, donné plusieurs jours de suite sans notes, ce qui nécessiterait même pour un spécialiste du sujet d’avoir recours au moins à un plan de son exposé.

Il y rend hommage à la fois aux bouddhistes indiens, à qui les bouddhistes tibétains doivent tout, mais aussi aux bouddhistes chinois, rappelant à bon escient que le bouddhisme s’est implanté en Chine bien avant le Tibet.

Il faut être conscient de la difficulté des notions exposés dans les derniers chapitres du livre, et ne pas en être surpris, car on réduit trop souvent le Dalaï Lama à des formules de bon sens, alors qu’il donne toute sa mesure lorsqu’il commente et explique les grands textes du bouddhisme.

Seul regret : les notes renvoient systématiquement à des ouvrages en anglais parus aux Etats-Unis (où se déroulait cette série d’enseignements) alors que le lecteur français aurait aimé pouvoir se référer aux ouvrages pourtant existants dans sa propre langue et disponible en France.

Sous cette seule réserve, je considère ce livre comme un enseignement magistral du Dalaï Lama, qui nous donne en outre de très pertinents conseils sur la pratique de la méditation.


Hors champ
Hors champ
par William Bayer
Edition : Broché
Prix : EUR 9,65

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Ouvrage mineur mais très prenant, 9 juillet 2013
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Hors champ (Broché)
Geoffrey Barnett est un photographe qui s'est spécialisé dans les prises de vue froides et impersonnelles de villes. Il est dans l'incapacité de réalier une photo d'un être humain, et recherche les plans de quartier, de murs, de rues, sans aucun être humain. Jusqu'à ce qu'il rencontre une jeune femme, mannequin, qui l'aide à surmonter cette phobie et lui redonne goût aux photographies de visages et de corps.

Il en tombe éperdumment amoureux, et se trouve plongé, en la suivant dans son univers étrange, dans une intrigue complexe, faite de perversion et de sang.

Ecrit en 1989, avant Wallflower, labyrinthe de miroirs, la ville des couteaux et le rêve des chevaux brisés, Hors Champ n'atteint pas encore la qualité des romans qui vont le suivre. L'intrigue reste assez simple, les personnages ne sont pas très fouillés et sont parfois proches du stéréotype. Comme dans ses romans les plus anciens, leur psychologie est sommaire et sert de décor à l'histoire.

Pour autant, on lit avec plaisir ce roman rédigé avec talent et doté de rebondissements qui suffisent à renouveler notre intérêt jusqu'à la chûte. Un William Bayer relativement mineur, mais prenant et très distrayant.


Le mendiant de l'Amdo
Le mendiant de l'Amdo
par Heather Stoddard
Edition : Broché

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un témoignage du Tibet d'avant 1950 et le portrait d'un tibétain méconnu, 11 juin 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le mendiant de l'Amdo (Broché)
« Le mendiant de l'Amdo » est composé de deux parties : la première et la plus courte pose le cadre géopolitique, à savoir celui du Tibet de 1895 à 1951. D'abord celui de la situation du pays, qui vit sous un protectorat de la dynastie Mandchoue dans une relation chapelain-donateur et l'ambiguïté qui en résultera jusqu'à l'arrivée des communistes en 1951. Ceux-ci, qui avaient repris le pouvoir aux mandchoues, considéreront le Tibet comme partie intégrante de leur territoire, tandis que les tibétains, qui n'avaient connu qu'une présence chinoise superficielle et formelle, se considéraient comme indépendants et à l'abri des vélléités de conquêtes de leurs voisins.

Est ensuite décrite la position du 13ème Dalaï Lama, qui doit faire face aux puissances étrangères (Britanniques de l'Inde, Chine) et qui militera pour donner aux tibétains une identité politique et tentera de convaincre l'élite traditionnelle de la nécessité de réformes. C'est ainsi qu'il proclamera l'indépendance du Tibet en 1913, suite à la chûte de la dynastie Mandchoue, indépendance qui durera jusqu'en 1951.

Le 13ème Dalaï Lama apparaît ainsi comme celui qui, après le 5ème, essaiera de donner une réalité à l'idée d'unité nationale du Tibet, et qui sera conscient de la nécessité de mettre en oeuvre des mesures de réformes sociales et politiques dans le sens d'un progressisme et de la modernité. Il se heurtera au conservatisme de l'élite laïque et religieuse. Celle-ci, après la mort du Dalaï Lama, abandonnera tout ce que celui-ci avait tenté et plongera le Tibet dans l'isolement, arrangeant les affaires des grandes puissances qui ne voulaient pas entendre parler d'un Tibet politique susceptible de revendiquer une place au sein de la région.

La seconde partie du livre est consacré à Gedun Ch'omp'el. Cet homme était né dans l'Amdo, une des provinces orientales du Tibet, avec le Kham, méprisée du Tibet central, celui de Lhassa. Les habitants du Tibet central, pour signifier leur mépris de ces tibétains des paturages, les appelaient les mendiants, terme que les amdowas reprenaient ironiquement à leur profit, d'oû le titre de cet ouvrage.

Gedun Ch'omp'el est d'abord un moine, reconnu comme surdoué dans les études classiques religieuses, et qui fréquentera les meilleurs monastères, avant d'abandonner les voeux monastiques en 1934. Il s'intéresse à l'histoire ancienne du Tibet, rencontre un pandit indien qui fait des recherches sur le bouddhisme, et décide de le suivre en Inde où il restera environ 12 ans.

En Inde, il poursuit ses recherches sur l'histoire du bouddhisme, est un précurseur dans la quête de textes anciens et leur traduction, va au Sri Lanka, étudie les autres religions, apprend l'anglais, le sanscrit et l'hindi. Il se confronte aussi au monde moderne, à sa complexité, et se forge la conviction que le Tibet, pour survivre, doit évoluer radicalement, bouleverser sa structure traditionnelle, et se forger une identité nationale. Il estime que cette identité nationale, seule de nature à réaliser l'unité des différents peuples du Tibet, ne pourra émerger que par l'étude de l'histoire du pays, laquelle révélera leur héritage commun, et la nécessité de le préserver.

Il prend part en Inde au parti progressiste tibétain, et décide, en 1945, de rentrer au Tibet. Les choses se dérouleront mal pour lui, car l'élite tibétaine, craignant que ses activités ne nuisent à l'ordre établi, le font arrêter sous un faux prétexte, le font fouetter et lui faire vingt-huit mois de prison.

Lui qui vivait pour se rendre utile à son pays, pour lui donner une unité politique, ne se remettra jamais de ce traitement et se détruira dans l'alcool.

Lorsque les chinois débarquent en 1951, il s'écriera « c'est bien fait, c'est bien fait ! » Car il savait, tout comme le 13ème Dalaï Lama, que le Tibet serait une proie facile face aux communistes chinois si rien ne changeait. Or, de 1933 (mort du Dalaï Lama) à 1951, l'élite tibétaine tourne le dos au monde et au modernisme, se complait dans ses traditions et ses privilèges et se persuade que le Tibet grace au Bouddha et sa doctrine n'a rien à craindre.

Les chinois tireront vite profit de cette situation, scindant le Tibet en deux parties, incluant dans le territoire chinois les deux provinces de l'Amdo et du Kham, et créant une région artificielle pour les reste du Tibet, ce que l'on appelle aujourd'hui la Région Autonome du Tibet, qui ne comprend donc qu'une partie du Tibet historique.

On voit que les tibétains ont en quelque sorte manqué leur rendez-vous avec l'histoire : ils ont eu l'occasion de s'ouvrir au monde, de faire reconnaître leur particularité, leur histoire, leur singularité et finalement leur unité, pour devenir un Etat indépendant reconnu au plan international. Dans cette perspective, le 13ème Dalaï Lama avait commencé à mettre en place une armée tibétaine et des réformes tendant à plus d'égalité entre les citoyens de son pays.

Gedun Ch'omp'el allait encore plus loin, lui qui pensait qu'il fallait donner le pouvoir au peuple et qui réalisait que le conservatisme du clergé et de l'aristrocratie menait le pays à la catastrophe.

Il est aujourd'hui un personnage controversé, considéré parfois comme un traitre, plus souvent comme un saint fou, une de ces personnes qui transmettait de façon non conventionnelle l'enseignement bouddhique. Les saints fous font partie du paysage religieux du Tibet : leur comportement choque les conservateurs (Gedun Ch'omp'el aimait les femmes, fumait, buvait trop), mais leur sagesse transcende leur excentricité.

Il représentait un tibétain à la croisée des chemins : une éducation très traditionnelle, et une prise de conscience aigüe des réformes vitales à réaliser pour assurer au Tibet sa pérennité. Il aura été un infatigable chercheur et un des premiers à jeter les bases d'une recherche historique de l'histoire du Tibet basée sur l'étude des textes anciens et de la topographie (une de ses priorités était de délimiter les frontières anciennes du grand Tibet pour donner au pays une légitimité à revendiquer ses frontières).

On pourrait faire un parallèle avec le 14ème et actuel Dalaï Lama, qui s'est également heurté au conservatisme de l'élite, lorsqu'il a voulu entreprendre une réforme du système politique tibétain. Il aura dû attendre 2011 pour remettre ses pouvoirs à un premier ministre issu de la diaspora et imposer la démocratisation du système politique tibétain.

Ce livre se lit avec grand plaisir, car il est composé de témoignages de personnes ayant connu Gedun Ch'omp'el, et raconte le Tibet d'avant 1950 par ses habitants, ainsi que l'Inde qui allait accéder à l'indépendance. Il témoigne aussi des courants progressistes qui émergeaient au Tibet ou des mouvements tibétains progressistes en Inde à la même époque, encore peu connus aujourd'hui.


La Civilisation tibétaine
La Civilisation tibétaine
par Rolf Stein
Edition : Broché
Prix : EUR 34,50

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 L'ouvrage de référence sur le Tibet, 10 juin 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Civilisation tibétaine (Broché)
Stein, spécialiste du Tibet, livre un ouvrage de référence sur ce pays, qui nous permet de nous faire une idée de ce qu'était cette culture avant l'occupation chinoise.

Pas de description idéalisée, pas de légendes dorées, il s'agit à la fois d'un condensé de l'histoire du Tibet dans sa complexité trop souvent ignorée, y compris par les amoureux de ce pays, et de sa culture dans ses détails les plus quotidiens.

Le texte est précis, documenté, et s'il n'est pas question d'ignorer les relations très anciennes qu'ont toujours entretenus Tibet et Chine, il s'agit d'une source précieuse pour nous rappeler que le Tibet avait sa propre culture, sa propre histoire, ses propres coutumes.

Cette société n'était pas parfaite, elle connaissait ses inégalités, tout comme dans les pays voisins (et ceux du monde entier), mais elle avait aussi une grande richesse qui lui aurait certainement permis d'évoluer à son rythme si le cours de l'histoire ne lui avait pas imposé de disparaître de son territoire.

Entre ceux qui pensent le Tibet comme un pays de rêve, concentré de sagesse et de bonté et ceux qui n'y voient qu'un repères de barbares accrochés à une société médiévale ultra inégalitaire, ce livre donne une excellente occasion de constater que comme d'habitude, la vérité est entre les deux, et que le Tibet mérite à la fois un regard lucide et critique et inspire dans le même temps beaucoup de sympathie et de tendresse.


Clichés tibétains : Idées reçues sur le toit du monde
Clichés tibétains : Idées reçues sur le toit du monde
par Françoise Robin
Edition : Broché
Prix : EUR 18,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 A lire par les admirateurs comme par les détracteurs du Tibet et du bouddhisme tibétain, 27 mai 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Clichés tibétains : Idées reçues sur le toit du monde (Broché)
Ce petit livre s'attaque frontalement aux divers clichés qui circulent sur le Tibet, pour y répondre point par point, références à l'appui, avec lorsque cela est nécessaire un rappel historique et des éléments de compréhension pour nous aider à saisir la réalité du sujet.

Voici quelques unes des questions ou idées reçues dont traite cet ouvrage :

le Tibet est demeuré isolé du monde jusqu'en 1959
le gouvernement tibétain a entretenu des liens avec l'Allemagne nazie
le régime qui a précédé l'invasion chinoise était une théocratie
le régime tibétain traditionnel était un système féodal qui opprimait le peuple et reposait sur le servage
le Tibet fait partie de la Chine depuis 700 ans
l'invasion chinoise a fait un million de victimes chez les tibétains
les forces occidentales soutiennent la résistance tibétaine
les tibétains sont non-violents
tous les tibétains sont bouddhistes

Certains des ces thèmes sont repris soit par les pro-tibétains, pour amplifier le drame vécu par les habitants du Tibet et susciter la sympathie, au risque de se décrédibiliser en exagérant inutilement ce qui constitue déjà un désastre humain et culturel. D'autres, nombreux, sont repris par les anti-tibétains, qui assènent toujours les mêmes arguments pour ternir l'image du Tibet et celle du Dalaï Lama.

Françoise Robin, forte de ses sources et de son travail, nous renseigne sur ces questions qui fachent, autant les admirateurs du bouddhisme tibétain qui ne veulent rien savoir d'autres que la version enchantée de ce pays, que les enragés du combat anti-tibétain, qui voient avec ce livre leurs arguments traditionnels soit très nuancés, soit totalement démentis.

Chaque réponse s'étale sur plusieurs pages, car le sérieux demande d'argumenter et d'expliquer, alors que la caricature ne prend qu'une ligne. Par exemple, on lit encore trop souvent que de tous temps, et au moins depuis (selon les versions) le 7ème siècle, le 13ème siècle ou le 18ème siècle, le Tibet était chinois. La réalité est bien sûr infiniment plus complexe, et Françoise Robin y répond très bien, de façon succinte mais claire.

Elle donne de plus une bibliographie de qualité pour permettre d'aller plus loin sur chaque thème abordé (bibliographie partielle dans le livre, et très complète sur internet, citant notamment plusieurs fois Melvyn C. Goldstein, qui est un spécialiste, parmi d'autres, du Tibet, et dont les écrits constituent une des sources sur le sujet).

Un livre qui est donc à conseiller à tous les curieux du Tibet, mais aussi à ses admirateurs un peu trop naïfs et aux détracteurs capables d'entendre autre chose que les clichés éculés.

Il peut être utilement complété par la lecture d'un ouvrage qui reprend plus en profondeur certains des thèmes évoqués par Françoise Robin : Le Tibet est-il chinois ?

Il faut peut-être ajouter qu'on trouvera toujours des personnes qui s'efforceront pour une raison qui m'échappe finalement de ternir à tout prix l'image du Tibet ou celle du Dalaï-Lama. Elles vanteront là là les progrès réalisés au Tibet depuis son annexion par la Chine, en occultant les prisons-goulags, les camps de rééducation et l'ostracisme d'Etat mis en oeuvre à l'égard des tibétains par les autorités chinoises. Elles se feront des gorges chaudes d'amitiés embarrassantes du Dalaï-Lama, et occulteront ce qui importe, à savoir ce que fut l'action de ce dernier depuis son intronisation à ce titre.

Peut-être est-il utile de rappeler :

- qu'au début de la seconde guerre mondiale, le Dalaï Lama avait 4 ans, et 10 ans à la fin de cette guerre. Qu'on pourrait donc difficilement, sauf mauvaise foi grossière, le soupçonner de collaboration avec les allemands (ou les japonais).

- Que le dalaï-lama n'a appris le passé de Harrer que lors de sa publication par la presse. Il dit à son ami que si sa conscience était claire, il n'avait rien à craindre. Harrer dit que c'était le cas (Chacun s'accorde à reconnaître que l'alpiniste n'a jamais commis la moindre brutalité sous l'uniforme nazi. Selon un article de l'agence Associated Press en date du 14 juillet 1997, Simon Wiesenthal a déclaré lors d'une interview que Harrer n'avait pas fait de politique et était innocent de toute mauvaise action).

- Qu'enfin on peut considérer que le Dalaï Lama est un exemple dans la pratique de l'équanimité bouddhique, qui signifie accepter tout le monde et toutes choses de façon égale, sans jugement de valeur. C'est ce qu'il a fait par les quelques rencontres avec un ancien nazi. On peut le lui reprocher, penser que c'est une erreur, au moins politique, mais on cherchera en vain quelque chose dans son parcours qui laisserait penser la moindre proximité avec les idées du nazisme, ou toute autre idéologie de l'intolérance.

C'est d'ailleurs un certain type d'esprit que de retenir trois personnes sur les milliers rencontrées par le Dalaï Lama.

On peut souligner qu'un Dalaï Lama se succède en quelque sorte à lui-même, par la recherche de sa nouvelle incarnation, quelques temps (deux à quatre ans) après sa mort. Il aurait dans ces conditions été bien difficile pour le 13ème de faire assassiner son prédécesseur (comme j'ai pu le lire incidemment), lequel, par définition, était mort depuis déjà quelque temps lorsque son successeur a vu le jour...

On peut aussi considérer avec beaucoup de raisons que le Tibet, s'il avait pu obtenir la reconnaissance de son indépendance au plan international, se serait modernisé, développé et que sa population aurait bénéficié du même progrès que les pays voisins. On peut le penser très légitimement puisque le Dalaï Lama est un homme de son temps, et qu'il aurait insufflé à l'intérieur de son pays ce qu'il a mis en place dans le cadre du gouvernement en exil, à savoir une longue marche, réussie, vers la démocratie. Et les tibétains du Tibet actuel auraient ainsi pu éviter de payer les progrès réalisés en termes de confort matériel par les décennies de souffrance générées par l'occupation chinoise (le Dalaï Lama peut à ce titre parler d'enfer sur terre pour le Tibet, car il sait que le confort matériel n'empêche pas la souffrance si ce confort n'est pas accompagné du respect et de la liberté).

De même, l'indépendance politique du Tibet, de 1913 à 1950, est parfaitement indéniable, quelques furent les naïvetés du régime, ses faiblesses et ses tatonnements pour trouver son style. Lui nier par la suite tout droit au maintien de son indépendance et nier l'occupation brutale par la Chine serait comme nier le droit à l'indépendance de nombre d'Etats africains, qui au prétexte d'une indépendance et d'une démocratie fragiles depuis 50 ou 60 ans, devraient être annexés dans le territoire de la France, de la Belgique ou du Portugal.

Et dans ces conditions, jamais la Birmanie, les pays de l'ancienne sphère indochinoise, le Bouthan et bien d'autres n'auraient dû pouvoir prétendre à l'indépendance, puisqu'ils étaient sous contrôle étranger.

Par ailleurs, l'invasion et l'occupation par les forces armées chinoises à partir des années 1949/50 jusqu'à aujourd'hui est une réalité, et on peut toujours tenter de les justifier a posteriori, il n'en demeure pas moins qu'il s'agit d'un coup de force, d'une violence illégitime, qui a empêché le Tibet de faire valoir ses droits à l'autodétermination, à l'image de ses voisins.

En quelque sorte, en ressassant des vieilles histoires et des anecdotes de peu d'intérêt, certaines personnes se focalisent sur le doigt faute de vouloir regarder la lune.


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