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Contenu rédigé par Semper Victor
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Semper Victor "FB" (France)
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Le jour des barbares : Andrinople, 9 août 378
Le jour des barbares : Andrinople, 9 août 378
par Alessandro Barbero
Edition : Broché
Prix : EUR 8,20

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Quand l'Empire perd le contrôle de ses barbares..., 31 juillet 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le jour des barbares : Andrinople, 9 août 378 (Broché)
« Le jour des barbares » est à ce jour le meilleur des livres écrit par Alessandro Barbero. Il s'affirme autant par sa forme et la puissance évocatrice du récit, que par le fond qui propose une analyse très intéressante des évolutions qui bouleversent l'Empire romain à la fin du IIIe siècle. On ne manquera pas de noter par ailleurs les allusions à notre monde contemporain, que l'auteur effectue via des comparaisons discrètes mais fondées.

La bataille dramatique bataille d'Andrinople est racontée avec beaucoup de talent, et surtout d'une manière qui permet d'en comprendre et d'en expliquer réellement le déroulement. Mais c'est surtout dans son analyse de la relation compliquée entre Romains et barbares que le livre se révèle particulièrement intéressant. On y découvre que les Goths sont aussi des migrants qui veulent s'installer dans l'Empire tout autant qu'ils ont été auparavant et seront encore à l'avenir, des pillards qui le ravagent. Les élites romaine se montrent partagées, entre ceux qui veulent éliminer par la force les barbares et ceux qui veulent plus ou moins les accueillir et surtout tenter de les utiliser. Le désastre Romain d'Andrinople est à ce titre révélateur d'une politique devenue inadaptée : la gestion de la « question barbare » n'est alors plus maîtrisée par le gouvernement impérial.

Au final, cet ouvrage renouvelle très largement le style des publications consacrées à ce sujet et à cette époque. Un livre à dévorer !


Barbares : Immigrés, réfugiés et déportés dans l'Empire romain
Barbares : Immigrés, réfugiés et déportés dans l'Empire romain
par Alessandro Barbero
Edition : Poche
Prix : EUR 10,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Les barbares voulaient devenir Romains, pas faire chuter Rome, et pourtant..., 31 juillet 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Barbares : Immigrés, réfugiés et déportés dans l'Empire romain (Poche)
Barbero analyse avec maestria la « question barbare » tout au long de l'Empire, d'Auguste à la chute de l'Occident romain. Son texte est précis et inspiré et il renvoie à d'inévitables rebonds avec notre époque actuelle. Barbero compare par exemple l'armée de Théodose à celle des USA en 2003 en Irak, avec Colin Powell (fils d'immigrés jamaïquains) à sa tête, Shinseki (d'origine japonaise) à l'état major et Ricardo Sanchez (d'origine mexicaine), chef sur le terrain. Pour lui, Rome comme les USA sont « des pays multiethniques largement ouvert à l'immigration et cependant dotés d'une cohésion nationale indiscutable ».

Barbero en arrive à l'assertion suivante - « L'armée impériale constituait donc une société militaire très unie, cohérente, dont la plus grade partie des hommes était certes d'origine multiethnique mais qui, pour la plupart, avaient embrassé la religion chrétienne et obtenu, sinon de manière formelle la citoyenneté, du moins un statut juridique grâce auquel ils n'avaient plus aucun motif de se considérer comme des étrangers ou des êtres inférieurs. Et c'est en ce sens que le projet de Théodose tendant à absorber dans les rangs de l'armée le plus gros des immigrés goths correspondait assurément à l'intention déclarée d'accélérer l'intégration de la totalité de l'ethnie dans l'orbe romain » - et démontre, le projet de Théodose ayant finalement échoué sous le nombre, que c'est la perte de contrôle politique par ses successeurs de la gestion de l'immigration des barbares dans l'Empire qui a causé la chute.


Claude : L'empereur inattendu de Renucci. Pierre (2012) Broché
Claude : L'empereur inattendu de Renucci. Pierre (2012) Broché

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Claude, l'empereur trop souvent oublié, 31 juillet 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Claude : L'empereur inattendu de Renucci. Pierre (2012) Broché (Broché)
La biographie de l'empereur Claude de Pierre Renucci se propose de rendre du lustre au règne d'un empereur éclipsé par les caractères fantasques de ses prédécesseurs ou successeurs immédiats (Caligula et Néron).

Le livre, très complet, consacre de longues pages à la conquête de la Bretagne et aux actions menées sur le Rhin, le Danube et en Orient (notamment en Judée), par un princeps particulièrement compétent et qui a pu agir dans la durée. On y découvre aussi ses talents dans les réformes juridiques et administratives entreprises au sein de l'Empire.

L'auteur, spécialiste de la dynastie julio-claudienne décrypte à merveille les très complexes stratégies familiales, caractéristiques de la période. Empereur certes inattendu, Claude est parvenu avec succès à conserver le pouvoir malgré de multiples menaces. Il restait à comprendre son attitude envers ses épouses (Messaline et Agripinne) : Renucci démontre les motivations politiques de ces mariages et explique comment on a souvent exagéré la faiblesse de Claude vis à vis de ses épouses, ou de ses affranchis d'ailleurs.

Un très solide ouvrage de référence sur un règne finalement peu connu.


Courtrai : 11 juillet 1302 de Hélary. Xavier (2012) Broché
Courtrai : 11 juillet 1302 de Hélary. Xavier (2012) Broché

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Une bataille exceptionnelle (au sens premier du terme), 30 juillet 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Courtrai : 11 juillet 1302 de Hélary. Xavier (2012) Broché (Broché)
Le « Courtrai, 11 juillet 1302 », de Xavier Hélary dépeint avec force et détails la célèbre bataille des « éperons d'or ». Point d'importance, le livre démythifie quelque peu la victoire de milices flamandes, ensuite largement exploitée par divers courants de propagande. Tout d'abord, l'armée française qui a livré bataille ce jour là n'était qu'un avant-garde, de taille relativement modeste, de l'ost royal. Par ailleurs,

isolée au milieu des victoires de la chevalerie française à Furnes (1297), à Mons-en-Pévèle (1304), à Cassel (1328) et enfin et surtout Roosebeke (1382), le succès des Flamands à Courtrai devrait être mis en avant du fait de son caractère exceptionnel, au sens premier du terme. Comme l'explique l'auteur, « vers 1300, le noble français reste le parangon de la chevalerie ». Un autre aspect transgressif de cette bataille a marqué les esprits : les Flamands ne font pas de quartiers pour rançonner les chevaliers, comme l'usage le voulait alors et les chefs français sont massacrés sur le champ de bataille. La mort de Robert II d'Artois à Courtrai, neveu de Saint Louis, a un énorme écho sur son temps, comme ce fut déjà le cas avec celle de son père, à la bataille de Mansourah (1250).

L'analyse précise des circonstances de la bataille nous éclaire aussi sur les causes de l'échec des troupes de Robert d'Artois. Les milices flamandes armées de leur traditionnel goedendags, soutenues par un petit millier de nobles et de gens d'armes sont parvenus à vaincre des chevaliers français qui ont trop vite perdu leur élan et qui ont été incapables de se reformer « en bataille », sur un terrain trop coupé pour cela. Précis et factuel, l'ouvrage parvient ainsi à clarifier le déroulement des combats de Courtrai. Malgré un manque certain de cartes, il réussit également, à partir de sources souvent contradictoires, à en expliquer de manière très convaincante leur issue dramatique. Le livre se conclu par une analyse de la « mémoire » de la bataille au travers des siècles.


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Proposé par Pandorastocks LTD
Prix : EUR 26,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Une lampe ultraviolet pratique et puissante, 30 juillet 2015
La lamp PeeDar à lumière ultra violet, prête à l'usage, est livrée avec d'excellente piles Duracel (cela mérite d'être noté, les fabriquants se contente souvent de pile de seconde zone). Elle se révèle ensuite peu gourmande en énergie.

Parmi ses qualités principale, on notera sa très bonne prise en main (elle est suffisamment large avec un revêtement qui agrippe), sa joli couleur bleu métallisée, intense et agréable. Le bouton d'allumage est placé sur le dessus de la lamp est s'avère très pratique, car on peut le manipuler avec la main qui tient la lampe.

Côté puissance de la lumière ultra-violet, rien à dire, pas une tâche ni une trace d'urine animale n'échappera à son faisceau !
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Les guerres de Louis XIV
Les guerres de Louis XIV
par John A. LYNN
Edition : Poche
Prix : EUR 12,00

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4.0 étoiles sur 5 La France au sommet de sa puissance militaire, 30 juillet 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les guerres de Louis XIV (Poche)
La thèse centrale du très bon livre de John Lynn, intitulé « Les guerres de Louis XIV », est celle d'un Roi Soleil pratiquant, à partir de 1680, une stratégie essentiellement défensive, mais ressentie comme agressive par les autres puissances européennes (surtout par les Provinces Unies et par les Impériaux) en raison de la puissance du Royaume d'alors et du sens de l'honneur de Louis XIV, considéré souvent à tord, comme un monarque arrogant : « Les contemporains considéraient les efforts de Louis XIV pour établir des frontières défendables entre Rhin et Meuse comme le prélude à des offensives ultérieures - qui en réalité n'étaient pas dans ses projets. De même, la guerre de Succession d'Espagne, considérée comme la plus « condamnable » parce qu'elle fut interprétée comme un nouveau plan de domination européenne, est un conflit dont il ne voulait pas et qu'il tenta d'éviter.

En vérité, l'appréciation bonne ou mauvaise, que firent ses voisins de ses buts stratégiques dérivait à la fois de ses tactiques agressives et de son style impérieux ». Le livre détaille ensuite, années après années, les opérations des cinq guerres du règne personnelle de Louis XIV : Guerre de Dévolution, Guerre de Hollande, Guerre des Réunions, Guerre de la Ligue d'Augsbourg et Guerre de Succession d'Espagne.

Les particularités de l'art de la guerre de l'époque y sont passées en revue : « Fruit et cause de l'indécision du combat, le rythme opérationnel de la guerre continue était d'une lenteur infinie. Pour illustrer la difficulté de toute chose en temps de guerre, Clausewitz donne l'image d'un homme qui marche dans l'eau ; les opérations au temps du Roi-Soleil évoquent plutôt l'image de soldats dans la boue jusqu'à la ceinture. Certaines poussées de marches rapides, comme les exploits périodiques de Turenne ou Créqui sur le Rhin et la descente de Marlborough vers le Danube en 1704 ne doivent pas occulter la lenteur habituelle des avancées ».

La conclusion est très claire : « La diplomatie coexistait avec l'action militaire. Tandis que Napoléon imposait par les armes, Louis XIV négociait ».


Achever Clausewitz : Entretiens avec Benoît Chantre de Girard. Rene (2011) Poche
Achever Clausewitz : Entretiens avec Benoît Chantre de Girard. Rene (2011) Poche

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5.0 étoiles sur 5 Vouloir rassurer, c'est toujours contribuer au pire, 30 juillet 2015
On pourrait penser que tout a déjà été sur l'oeuvre de Carl von Clausewitz. De Basil Lidell-Hart à Raymond Aron, les exégètes du fameux « De la guerre » n'ont cessé de tirer les leçons, pour leurs époques respectives, des écrits du stratège prussien.

Le livre de René Girard, « Achever Clausewitz » prend toutes ces analyses à contre-pied, en démontrant à la fois la validité du message de Clausewitz et en affirmant que, contrairement au résumé habituel de son message, c'est en fait la politique qui court impuissante derrière la guerre. Girard décrypte donc comment Clausewitz a compris, mieux qu'aucun autre, que la guerre est avant tout un duel et que la « montée aux extrêmes » a désormais pris le pas sur toute forme de contention de la violence. Girard analyse l'aeuvre de Clausewitz sous plusieurs angles : au regard de la fascination « mimétique » de Clausewitz envers Napoléon, en perspective des textes de Hölderlin - un autre contemporain d'Iéna -, et enfin dans le prolongement du « conflit franco-allemand » et des luttes séculaires entre « le pape et l'empereur ».

La vision Apocalyptique de l'histoire, au sens chrétien du terme, que nous délivre l'académicien français René Girard, en voulant aller jusqu'au bout des intuitions de Clausewitz, a de quoi dérouter (notamment ceux qui n'auraient pas lu ses chefs d'aeuvres fondateurs, Mensonge romantique et vérité romanesque et La Violence et le Sacré), mais sa convergence avec les réalités de l'histoire des deux derniers siècles et de l'actualité récente - comme l'escalade terroriste et les périls écologique - sont plus que troublant. « Il faut donc réveiller les consciences endormies. Vouloir rassurer, c'est toujours contribuer au pire » conclut Girard.


Les métamorphoses de la cité : Essai sur la dynamique de l'Occident
Les métamorphoses de la cité : Essai sur la dynamique de l'Occident
par Pierre Manent
Edition : Poche
Prix : EUR 11,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 L'héritage politique de la cité, 30 juillet 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les métamorphoses de la cité : Essai sur la dynamique de l'Occident (Poche)
« Les métamorphoses de la cité », essai de Pierre Manent sur la « dynamique occidentale » m'a ravi et passionné. Le propos du livre est d'apporter une explication au « projet de modernité » propre à l'Occident, qui le distingue des autres civilisations, toutes aussi respectables, mais qui n'ont pas bâtie leur histoire sur ces mêmes bases.

Pour Manent, le point de départ nous vient de la Grèce classique : « La cité grecque fut la première forme de la vie humaine à produire de l'énergie politique, c'est-à-dire à déployer de l'énergie humaine d'une intensité et d'une qualité inédite. Elle fut finalement consumée par sa propre énergie dans la catastrophe de la Guerre du Péloponnèse. » Manent explique ensuite comment les évolutions de l'Occident n'ont pas fait s'éteindre le feu de cette quête de modernité : « La forme qui succéda à la cité ce fut l'Empire. L'empire occidental, à la différence de l'empire oriental, est une certaine continuation de la cité : la cité de Rome déploya des énergies si puissantes, qu'elle rompit toutes les limites qui circonscrivaient les cités, qu'elle s'adjoignit des populations toujours plus nombreuses et lointaines jusqu'à paraître sur le point de rassembler le genre humain tout entier. L'Empire occidental renonce à la liberté de la cité mais promet l'unité et la paix ». Une fois encore, l'échec relatif du mode impérial n'est que temporaire : « L'idée impériale va marquer l'Occident non seulement par le prestige durable de l'Empire romain, mais sous une forme absolument inédite, elle aussi propre à l'Europe, à savoir l'Eglise, l'Eglise catholique, c'est-à-dire universelle, qui entend réunir tous les hommes dans une communion nouvelle, plus étroite que la cité la plus close, plus étendue que l'Empire le plus vaste. De toutes les formes politiques de l'Occident, l'Eglise est la plus chargée de promesses puisqu'elle propose, je viens de le dire, une communauté qui est à la fois cité et empire, mais aussi la plus décevante parce qu'elle ne parvient jamais, loin s'en faut, à rendre effective cette association universelle dont elle a éveillé le désir ». Selon Manent, la « situation chrétienne » marquée par la concurrence des autorités, nécessite, d'un point de vue politique une réconciliation entre paroles et actes. La solution a été trouvée dans l'état neutre, agnostique et représentatif que nous connaissons: « Voilà donc comment a été résolu le problème des temps chrétiens, le problème de l'anarchie des autorités de la disjonction et de l'écart excessif entre les paroles et els actions. Il a été résolu par l'Etat souverain et le gouvernement représentatif de la société. C'est notre régime politique considéré dans son tout qui est la solution du problème : le facteur décisif de la jonction, de la réconciliation entre les actions et les paroles, c'est la formation d'un parole commune par l'élaboration, le perfectionnement et la diffusion d'une langue nationale. »

Le développement de l'ouvrage (plus de 700 pages) s'effectue d'abord au travers d'une analyse de l'expérience originelle de la cité grecque (à travers d'Homère, d'Aristote, de Platon et la réinterprétation du phénomène par Machiavel et Montesquieu ou Hobbes).

Il se poursuit par une enquête sur l'énigme de Rome (ses rapports à la Grèce, sa vision par les modernes). Dans cette seconde partie, c'est sur Cicéron que Manent appuie son travail. Manent pointe aussi le rôle singulier et spécifique de César dans les mutations du modèle Occidental, avec l'invention, car c'en est une, du césarisme : « Normalement, selon l'ordre usuel des choses, la république succède à la royauté ; ce fut le cas en Grèce et à Rome ; ce fut aussi le cas dans la plupart des pays d'Europe, à commencer par la France. Eh bien, le césarisme, en France comme à Rome - mais la Grèce ignore ce phénomène - c'est cette monarchie qui succède à une république qui avait succédé à une royauté. Une nouvelle séquence historique est ajoutée, absente de l'expérience grecque ».

Enfin, la dernière partie porte sur l'Empire, l'Eglise et la Nation, notamment à partir de l'ouvrage majeur de Saint Augustin qu'est « La cité de Dieu », en le mettant en perspective avec la question de la grandeur de Rome et le rejet du modèle personnifié par Caton. Manent s'appuie cette fois encore sur Machiavel, Rousseau et Hobbes pour commenter Saint Augustin.
Manent explique finalement comment depuis le XVIe siècle le Christianisme a été, dans son rôle de « médiateur de la société, d'abord « nationalisé » par la Réforme, avant d'être « neutralisé » dans les états nationaux laïques. Le christianisme national, puis la Nation tout court ont ainsi le relais de l'Eglise en Europe.

« Les métamorphoses de la cité » est un ouvrage riche et complexe qui retrace avec une acuité vivifiante l'histoire politique de l'Occident. Sa lecture requiert une grande concentration et se révèle parfois complexe, mais l'effort est récompensé par la l'intérêt des thèses développées. On sent à chaque page l'amour de l'auteur pour la cité et son évolution, pour la richesse de l'héritage politique singulier de l'Occident. On en perçoit grâce à une argumentation toujours très solide, la vraie valeur.

La conclusion de Pierre Manent amène finalement à réfléchir sur l'avenir politique de nos sociétés occidentales : « Aujourd'hui l'humanité est bien considérée par l'opinion commune européenne comme la seule ressource et référence disponible après l'épuisement des nations. Mais cette humanité, je viens de le relever, est dépourvue de portée politique, elle ne constitue pas une ressource politique effective. Elle est toute au plus le cadre de référence d'un sentiment du semblable sur lequel il est impossible d'appuyer aucune construction politique. Il s'agit d'une humanité immédiate, englobant indifféremment « tous les hommes » et « tout homme », qui n'offre aucune ressource pour la médiation. Aujourd'hui, parmi les Européens, l'humanité est une référence immédiatement opposable à toute entreprise, à toute action politique effective. Alors que l'humanité qui mit en mouvement les hommes de 1789 était inspiratrice et capable d'alimenter les plus vastes ambitions, l'humanité au nom de la quelle on édicte aujourd'hui la règle ne sait que protéger ce qui est et interdit ce qui pourrait être ».


Mensonge romantique et vérité romanesque de Girard. René (2011) Poche
Mensonge romantique et vérité romanesque de Girard. René (2011) Poche

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 La littérature au secours de nos âmes, 30 juillet 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mensonge romantique et vérité romanesque de Girard. René (2011) Poche (Poche)
« Mensonge Romantique et vérité romanesque » est le premier ouvrage de René Girard, écrit en 1961 et il s'agit également de son plus lumineux essai. Il y expose avec génie ses intuitions sur la « nature mimétique du désir », expression qui fera date. L'ouvrage s'appuie sur une analyse de chefs d'œuvre de la littérature (Cervantès, Stendhal, Proust, Dostoïevski) pour démonter que l'autonomie du désir n'est qu'une illusion romantique : « Seuls les romancier révèlent la nature imitative du désir. Cette nature, de nos jours, est difficile à percevoir car l'imitation la plus fervent est la plus vigoureusement niée. Don Quichotte se proclamait disciple d'Amadis et les écrivains de son temps se proclamaient les disciples des Anciens. Le vaniteux romantique ne se veut plus le disciple de personne. Il se persuade qu'il est infiniment original. Partout au XIXe siècle, la spontanéité fait dogme, détrônant l'imitation. Ne nous laissons pas duper, répète partout Stendhal, les individualismes bruyamment professés cachent une forme nouvelle de copie. Les dégoûts romantiques, la haine delà société, la nostalgie du désert, tout comme l'esprit grégaire, ne recouvrent, le plus souvent, qu'un souci morbide de l'Autre » (page 29).

Le désir est par nature « triangulaire », il s'appuie sur un médiateur externe (hors d'atteinte du sujet) ou interne (proche et bien réel) qui sert de référence et de modèle pour le développement du « mimétisme » : « Proust n'a cessé d'affirmer que la révolution esthétique du Temps retrouvé était d'abord une révolution spirituelle et morale ; nous voyons bien, maintenant, que Proust avait raison. Retrouver le temps c'est retrouver l'impression authentique sous l'opinion d'autrui en sa qualité d'opinion étrangère ; c'est comprendre que le processus de la médiation nous apporte une impression très vive d'autonomie et de spontanéité au moment précis où nous cessons d'être autonome et spontané. Retrouver le temps c'est accueillir une vérité que la plupart des hommes passent leur existence à fuir, c'est reconnaître que l'on a toujours copiés les Autres afin de paraître original à leurs yeux comme à ses propres yeux. Retrouver le temps s'est abolir un peu de son orgueil » (page 52).

On remarquera aussi comment Girard, il y a cela déjà 50 ans avait une vision prémonitoire du « mal-être » postmoderne qui est devenu aujourd'hui si commun : « Derrière toutes les doctrines occidentales qui se succèdent depuis deux ou trois siècles il y a toujours le même principe : Dieu est mort, c'est à l'homme de le remplacer. La tentation de l'orgueil est éternelle mais elle devient irrésistible à l'époque moderne car elle est orchestrée et amplifiée de façon inouïe. La « bonne nouvelle » moderne est entendue par tous. Plus elle se grave profondément dans notre cœur plus le contraste est violent entre cette promesse merveilleuse et le démenti brutal que lui inflige l'expérience. A mesure que s'enflent les voix de l'orgueil, la conscience d'exister se fait plus amère et plus solitaire. Elle est pourtant commune à tous les hommes. Pourquoi cette illusion de solitude qui est un redoublement de peine ? Pourquoi les hommes ne peuvent-ils plus alléger leurs souffrances en les partageant ? Pourquoi la vérité de tous est-elle enfouie profondément dans la conscience de chacun ? Tous les individus découvrent dans la solitude de leur conscience que la promesse est mensongère mais personne n'est capable d'universaliser cette expérience. La promesse reste vraie pour les Autres. Chacun se croit seul exclu de l'héritage divin et s'efforce de cacher cette malédiction. Le péché originel n'est plus la vérité de tous les hommes comme dans l'univers religieux, mais le secret de chaque individu, l'unique possession de cette subjectivité qui proclame bien haut sa toute-puissance et sa maitrise radieuse : « Je ne savais pas, remarque l'homme du souterrain, que les hommes puissent être dans le même cas et toute ma vie je cachais cette particularité comme un secret » (page 73).

Girard se fait également plus politique lors qu'il évoque les « imitations croisées » de la noblesse (les ultras) et de la bourgeoisie, à travers l'œuvre de Stendhal et la période de la Restauration. Les prolongements actuels sont encore bien palpables : « La justification historique des luttes intestines n'est plus guère qu'un prétexte. Ecartez le prétexte et la véritable cause apparaîtra. L'ultracisme passera ainsi que le libéralisme, mais la médiation interne ne passera pas. Et la médiation interne ne manquera jamais de prétextes pour entretenir la division en deux camps rivaux. La société civile, après a religieuse, est devenue « schismatique ». Envisager avec optimiste l'avenir démocratique sous prétexte que le « ultra », ou tels de leurs successeurs, sont destinés à disparaître de la scène politique, c'est faire passer à nouveau l'objet avant le médiateur et le désir avant l'envie. C'est agir comme le jaloux chronique qui confond toujours sa jalousie avec le rival du moment. Le dernier siècle d'histoire de France donne raison à Stendhal. La lutte des factions est le seul élément stable dans l'instabilité politique contemporaine. Ce ne sont plus les principes qui engendrent la rivalité, c'est la rivalité métaphysique qui se glisse dans les principes opposés à la façon de ces mollusques que la nature n'a pas pourvus de coquille et qui s'installent dans la première venue, sans distinction d'espèce » (page 154).

Le désir mimétique se prolongé également dans l'analyse de la dialectique du maître et de l'esclave, dans le chapitre sur l'ascèse du héros. A force d'admire le médiateur, le sujet en devient l'esclave : « Le Napoléon de Tolstoï illustre cette marche à l'esclavage par la plus grande maîtrise. Comme tous les bourgeois, Napoléon est un parvenu qui doit son succès à l'instinct ascétique de la médiation interne. Comme tous les bourgeois, il a confondu cet instinct ascétique avec l'impératif catégorique d'une morale absolument désintéressée. Mais Napoléon découvre au sein de son triomphe, que rien n'est changé en lui, et cette découverte le désespère. Il veut traquer dans le regard d'autrui un reflet de cette divinité qui lui échappe encore. Il veut être un empereur de « droit divin », proclamer sa volonté urbi et orbi, exiger de l'univers entier qu'il obéisse. Le maître cherche l'objet qui lui résistera, Stavroguine ne le trouve pas. Napoléon finit par le trouver. Les Napoléon sont beaucoup moins rares que les Stavroguine dans l'univers de la médiation interne. Ce n'est pas un destin aveugle qui s'acharne contre l'ambitieux, c'est la dialectique de l'orgueil et de la honte qui se poursuit implacablement au faîte des honneurs. Le trou de néant se creuse toujours dans l'âme du grand homme » (page 192).

Pour Gérard l'important est donc de découvrir la réalité du désir et de dévoiler le médiateur pour s'en libérer. Il affirme ainsi, dans le chapitre sur L'Apocalypse dostoïevskienne : « La violence du désir n'est plus un criterium de spontanéité. La « lucidité » de notre époque sait reconnaître la présence du sacré dans les désirs qui paraissent les plus naturels. La réflexion contemporaine découvre les « mythe » et la « mythologie » dans chacun de nos désirs. Le XVIIIe siècle démystifiait la religion, le XXe siècle démystifiait l'histoire et la philologie, notre époque démystifie la vie quotidienne. Pas un désir n'échappe au démystificateur patiemment occupé à construire sur tous ces cadavres de mythes le plus grands mythes de tous, celui de son propre détachement. Lui seul, semble-t-il, ne désire jamais. Il s'agit toujours en somme de convaincre les « Autres » et surtout de se convaincre soi-même que l'on est parfaitement et divinement autonome » (page 304).

Sa conclusion, lumineuse, peut se résumer par cette ultime citation : Toutes les conclusions romanesques sont des « Temps retrouvé » (...) « J'abhorre Amadis de Gaule et l'infini bataillon de sa race... » Ce sont les romanciers eux-mêmes, par la voix de leur héros, qui confirment enfin ce que nous n'avons pas cessé d'affirmer tout au long de cet ouvrage : c'est dans l'orgueil qu'est le mal, et l'univers romanesque est un univers de possédés. (...) De médiate qu'elle était dans le corps du roman l'unité romanesque se fait immédiate dans la conclusion. Les conclusions romanesques sont forcément banales puisqu'elles répètent toutes littéralement la même chose. Cette banalité des conclusions romanesques n'est pas la banalité locale et relative de ce qui fut naguère « original » et peut le redevenir à la faveur, d'abord, de l'oubli et, ensuite, d'une « redécouverte » et d'une « réhabilitation ». C'est la banalité absolue de ce qui est essentiel dans la civilisation occidentale. Le dénouement romanesque est une réconciliation entre l'individu et le monde, entre l'homme et le sacré. L'univers multiplie des passions, se décompose et retourne à la simplicité. C'est « l'analusis » des Grecs et la seconde naissance des Chrétiens que fait songer la conversation romanesque. Le romancier rejoint dans ce dernier moment tous les sommets de la littérature occidentale ; il rejoint les grandes morales religieuses et les humanismes supérieurs, ceux qui élisent la part la moins accessible de l'homme. (...) « Karamasov, s'écria Kolia, est-ce vrai ce que dit la religion, que nous ressusciterons d'entre les morts, que nous nous reverrons les uns les autres, et tous, et Ilioucha ? - Oui, c'est vrai, nous ressusciterons, nous nous reverrons, nous nous raconterons joyeusement ce qui s'est passé... ».

D'une réjouissante limpidité... La littérature au secours de nos âmes.


Alexandre Ier
Alexandre Ier
par Marie-Pierre Rey
Edition : Broché
Prix : EUR 25,00

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5.0 étoiles sur 5 L'histoire complexe d'un tsar méconnu, 30 juillet 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Alexandre Ier (Broché)
La biographie d'Alexandre Ier signée Marie-Pierre Rey est une ouvre salutaire, car elle permet enfin de faire connaître en France le personnage complexe du Tsar russe qui fut l'adversaire de Napoléon. A St Hélène, l'Empereur dira d'ailleurs de lui : « Pour l'empereur de Russie, c'est un homme infiniment supérieur à tout cela : il a de l'esprit, de la grâce, de l'instruction ; est facilement séduisant ; mais on doit s'en méfier ; il est sans franchise ; c'est un vrai Grec du Bas-Empire. [...] Peut-être aussi me mystifiait-il ; car il est fin, faux, adroit : il peut aller loin. Si je meurs ici, ce sera mon véritable héritier en Europe ».

Le parcours politique d'Alexandre n'est pas linéaire. Il résulte en partie de sa formation, car il a eu pour précepteur un Suisse républicain : Laharpe. Le jeune Alexandre, avant d'être tsar, était par ailleurs un admirateur inconditionnel du patriote polonais Kosciuszko. Jusqu'en 1805, Alexandre Ier se présente comme un libéral, ouvert et pacifiste.

C'est bien entendu avec les épreuves, au premier rang desquelles celle de 1812 que la grandeur di personnage se révèle. Marie-Pierre Rey développe sa thèse d'un tsar transformé par les épreuves terribles de cette guerre. Le jeune idéaliste, à tendances libérales et pacifistes, élève du jacobin La Harpe, se transforme radicalement : « Après l'incendie de la ville sacrée (ndlr: Moscou), sa conscience de plus en plus aiguë que la fin du monde est possible le rapproche de l'Apocalypse, texte qu'il admire, ainsi qu'il le confie à Golytsine : « Là mon cher frère, il n'y a que plaies et bosses ». Dès lors, c'est dans les livres de piété et dans la Bible, devenue son ouvrage préféré, qu'il médite Il prie et se recueille, y puisant la sérénité et la paix que la situation politique lui refuse. A la fin de l'année 1812, alors que Napoléon a quitté le territoire russe, c'est un Alexandre Ier profondément transformé qui surgit des cendres et des décombres laissés par la Grande Armée. Et c'est animé de cette foi sincère, mais encore floue, qu'il va conduire ses armées jusqu'à Paris, avec le dessein de faire du continent européen un lieu de paix et de fraternité » (page 329).

On verra d'ailleurs ensuite très bien que dès que la Coalition flanchera ou doutera (après Bautzen, après Dresde, après Montmirail) que c'est Alexandre qui trouvera les ressources et la volonté de ne jamais se détourner de sa « quête » et d'arriver jusqu'à Paris. Marie-Pierre Rey met également en avant son désaccord avec l'historiographie russe (soviétique) sur Alexandre : « Là encore, le principe d'équilibre est essentiel dans la pensée d'Alexandre. Ce point - sur lequel l'on reviendra plus loin - revêt une très grande importance et va à l'encontre d'une historiographie soviétique qui voit dans la campagne de 1813-1814 menée par Alexandre l'expression de sa prétendue volonté de rétablir une monarchie conservatrice en France. En réalité, cette interprétation plaque sur 1813-1814 un regard anachronique, soutenu par l'évolution qui caractérisera la diplomatie russe après 1818, mais elle ne saurait rendre compte des objectifs poursuivis par le tsar en 1813-1814 : à cette date, ce qui lui importe avant tout, c'est de mettre en place en France un régime politique qui réponde aux vœux des Français, qui rende compte de leur histoire et de leur mémoire collective et qui, par sa stabilité et sa modération, garantisse la paix à l'Europe » (page 344).

L'auteur insiste aussi beaucoup sur le rôle favorable d'Alexandre face à la France, face aux appétits des Coalisés et surtout des Prussiens lors des négociations de 1814 et encore plus en 1815.

Sinon, ont peut citer deux bons mots d'Alexandre, mentionnés dans le livre, qui éclairent aussi sa personnalité : « Aux royalistes français qui lui proposent de débaptiser le pont d'Austerlitz, il répond élégamment qu'il « suffit que l'on sache que l'empereur Alexandre y a passé avec ses armées ». Visitant le palais des Tuileries, il s'arrête au salon de la paix et demande avec humour à ses guides « à quoi cette pièce servait à Buonaparte ».

L'ouvrage s'achève sur les tentatives plus ou moins secrètes d'Alexandre de réunir les églises d'Orient et d'Occident et sur sa possible « fausse mort » (abdication déguisé puis vie en ermite par la suite). L'auteur ne prend pas vraiment partie mais expose avec une grande clarté tous les éléments à charges et à décharge rassemblés jusqu'alors. C'est là une histoire très étrange et assez fascinante qui conclue un livre particulièrement bien écrit.


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