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Emmyne

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Le cadeau du froid
Le cadeau du froid
par Velma Wallis
Edition : Broché
Prix : EUR 12,20

5.0 étoiles sur 5 Chronique d'A lire au pays des merveilles - http://lisezjeunesse.canalblog.com, 17 décembre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le cadeau du froid (Broché)
Toute la beauté d'un conte traditionnel s'invite sur ces pages dans une bien jolie collection. L'auteur, Velma Wallis, peut être fière de transmettre, de sauver une leçon de vie ancestrale. Pureté et force des mots, des paysages, des émotions qu'ils évoquent. Je me suis littéralement laissée envoûter par ce récit, pourtant linéaire, par le propos même du conte, sans surprise mais si riche.

Je ne présenterais pas cette légende pour en préserver la lecture. Je crois que si chaque lecteur sera touché par l'humanité qui se dégage de ce récit, ce ne seront pas les mêmes aspects, ni les mêmes thèmes qui interpelleront, laisseront songeur. C'est toute la magie du conte, si puissant dans sa simplicité, sujets universels et sujets intimes se mêlent. Les contes ne sont pas de gentillettes historiettes saturées de bons sentiments mièvres. Sous le bleu de cette couverture enneigée se racontent les exigences de la vie et le respect de soi. Ce titre, Le cadeau du froid, s'il n'est pas l'original - Two Old Women - traduit bien l'esprit de la légende.

Le texte est court, parsemé de dessins au crayon; le ton est juste et agréable, on y retrouve les accents et les rythmes de l'oralité, le charme et l'atmosphère des histoires écoutées à la veillée.

Un moment de lecture enchanteur.


La charmeuse de bêtes, Tome 1 : Le livre des Tôda
La charmeuse de bêtes, Tome 1 : Le livre des Tôda
par Nahoko Uehashi
Edition : Broché
Prix : EUR 10,50

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Chronique d'A lire au pays des merveilles - http://lisezjeunesse.canalblog.com, 18 novembre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : La charmeuse de bêtes, Tome 1 : Le livre des Tôda (Broché)
Ce livre est issu d'une collection particulière : elle ne propose que des romans fantastiques japonais sous un format et un graphisme pour l'illustration des couvertures imitant ceux des mangas.

Avant la parution de celui-ci, les éditions Milan n'éditaient que la série Les douze royaumes dans cette collection, série d'heroic-fantasy que Virginie et moi nous lirons évidemment un jour puisque nous avons toutes deux compulsivement cédé à la tentation de ces petits livres...

La Charmeuse de bêtes s'inscrit donc dans cette tradition et cette culture du récit fantastique que l'on qualifie de Fantasy, dans la mesure où il raconte un monde différent, parallèle, rappelant un Japon médiéval, celui des castes, des esprits, dans lequel la relation à la nature et le respect de son équilibre sont lois sacrées; nature peuplée de créatures fantastiques puissantes, majestueuses, sauvages : les todas, si impressionnants serpents qu'ils en paraissent des dragons; les ôjû, qui ressemblent à des loups ailés, animal divin consacré à la reine.

Ces aspects du roman, ainsi que la mention d'une population nomade accusée de sorcellerie parce que détentrice d'un savoir ancestral sur ces animaux me rappellent l'atmosphère de la série de Lian Hearn Le Clan des Otori. Cependant, la comparaison s'arrête là. La Charmeuse de bêtes relève bien plus clairement de littérature de jeunesse. De plus, le rythme y est plus lent, ce volume présentant tous les éléments caractéristiques d'un premier tome : mise en place de l'univers, de l'intrigue, des enjeux, apparitions des personnages secondaires dont on devine qu'ils joueront un rôle déterminant dans la suite, origine et évolution de l'héroïne, parcours de formation...L'accent est mis sur l'initiation, sur le propos particulièrement humaniste, "écologique " au premier sens du terme et se rapproche des thèmes de prédilection des films d'animation de Hayao Miyazaki, comme le précise d'emblée l'éditeur.

Ce Livre des Todas n'est pas un roman épique. A travers la nature, ses règles, ses fonctionnements intimes, l'héroïne découvre le monde, s'interroge, apprend. Sa situation difficile et précaire - orpheline, enfant métisse d'une communauté rejetée - la transforme. Comme hors du monde en compagnie de l'apiculteur Jon, ancien enseignant, elle observe, grandit. Le roman alterne les passages descriptifs sur la nature, le monde des abeilles, les réflexions d'Erin sur les réactions animales avec des chapitres consacrés à des personnages d'importance pour ce royaume divisé entre deux règnes, deux modes et conceptions de vie. Ainsi, nous retrouvons les thématiques chères au genre ainsi qu'aux romans adolescents : quête identitaire d'une héroïne appelée à un destin exceptionnel dans un contexte de lutte de pouvoirs et complots politiques, dénonciation de la violence, respect de la différence et de la vie sous toutes ses formes.

Pas de magie dans cette série, mais des légendes, des codes d'honneurs, des traditions, une présence du sacré tangible qui relèvent d'une touche d'originalité le scénario classique et nourrissent une trame complexe bien menée tout au long de ce volume d'exposition. La lecture est prenante, les développements se révèlent intéressants, le rythme paisible, fluide, de la narration très agréable, équilibré et maîtrisé, tout à fait dans l'esprit du récit. Une série plus que prometteuse.

Je regrette simplement l'épilogue qui n'en est pas un : la fin est abrupte, on s'apprête à tourner la page lorsque l'on découvre un A Suivre décevant, l'impression déplaisante d'interrompre sa lecture au milieu d'une phrase.


Hunger Games - Tome 1
Hunger Games - Tome 1
par Suzanne Collins
Edition : Broché
Prix : EUR 18,15

46 internautes sur 54 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Chronique d'A lire au pays des merveilles - http://lisezjeunesse.canalblog.com, 18 novembre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Hunger Games - Tome 1 (Broché)
Cet excellent roman me rappelle par bien des qualités Uglies de Scott Westerfeld. Je pourrais d'ailleurs lui appliquer la première phrase que j'avais écrite pour le chroniquer : " Premier volume d'une trilogie plus que prometteuse relevant du récit d'anticipation, celui-ci est aussi intelligent que passionnant, aussi riche en thèmes qu'en aventures ": des thèmes de réflexion contemporains, poussés à leurs extrêmes dans une société futuriste, tels que la télé-réalité, l'esprit de compétition pour devenir riche et célèbre, le prix à payer pour s'adapter à une société qui exige des "survivants", la puissance et les enjeux du regard des autres, la perte d'identité, de repères culturels, de valeurs morales au profit d'une image, d'un rôle...toujours plus, plus loin, plus fort, pour stimuler l'attention, l'audimat.

Les sujets mêlés de ce roman, développés dans un univers fantastique si cher au lectorat adolescent, interrogent, à travers ses jeunes héros, sur la responsabilité citoyenne, la liberté de penser, ses conséquences, ses engagements.

Si la thématique de la télé-réalité n'est pas nouvelle pour les romans adolescents, Suzanne Collins leur en propose une vision pessimiste et dérangeante bien sentie, propre à aiguiser le sens critique. La critique est directe et explicite.

Sur le principe antique " Du pain et des jeux ", l'auteur décrit un monde totalitaire doublement cruel : les maîtres en asservissent la population en leur imposant chaque année le sacrifice de deux de ses enfants envoyés dans " l'arène " ( l'auteur s'est inspirée du mythe du Minotaure ), et en mettant en scène ces meutres institutionnels par le biais d'une retransmission télévisée obligatoire : on y retrouve l'exact fonctionnement de ce type d'émissions qui se nourrit du voyeurisme et des sentiments primaires de ses spectateurs : manipulation de la personnalité physique et psychique des candidats à grand renfort d'un conseiller technique, d'un styliste, d'une " responsable des relations publiques " - qui se préoccupe principalement de son plan de carrière - pour les préparer aux parades et interviews, le but étant de susciter l'intérêt, la sympathie de ce public - et des parieurs - et de décrocher ainsi des sponsors prêts à investir de l'argent qui se matérialisera en don - de nourriture, outils, armes, médicaments - lors du " jeu " augmentant ainsi les chances de survie.

Par cet aspect, Hunger Games est plus haletant, plus agressif que Uglies. Le contexte est à la violence, même si celle-ci est parfaitement gérée : pas de gore gratuit et malsain - c'est le système qui est pervers -, pas de scènes trop sanguilolentes, des combats, des blessures, évidemment, mais aussi des alliances, des ruses, des questions, des angoisses, de la peur. La violence de ce roman me paraît bien plus psychologique tant on se sent révolté à cette lecture. C'est effrayant, le lecteur devient un voyeur forcené à son tour, puisqu'il faut bien avouer que le scénario plus qu'efficace empêche d'abandonner ce livre avant son épilogue ( qui, s'il conclut l'histoire, n'en termine pas avec la confrontation des héros à la dictature )

Le récit est captivant, mené avec brio : le rythme est soutenu, la tension et l'émotion omniprésentes, les personnages ont une réelle épaisseur, ils évoluent, il doutent, se découvrent - au lecteur autant qu'à eux-même -, l'univers fantastique suffisamment approfondi pour dépasser son rôle de toile de fond.


Le bâtard de l'espace
Le bâtard de l'espace
par Colin Thibert
Edition : Broché
Prix : EUR 10,10

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Chronique d'A lire au pays des merveilles - http://lisezjeunesse.canalblog.com, 18 novembre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le bâtard de l'espace (Broché)
Dix nouvelles d'anticipation dans ce livre, signées d'un écrivain qui manie un humour féroce ( ce qui n'est pas étonnant quand on sait que Colin Thibert est auteur de romans noirs ). Les thèmes développés sont tous d'actualité : banalisation de l'usage des armes par les jeunes, cloonage, traffic d'organes, dessous sordides des émissions de télé-réalité, le bonheur " écologique et aseptisé "obligatoire après une apocalypse nucléaire...variété des sujets, variété des textes, des contextes - des robots de la science-fiction au voyage dans le passé - qui traitent tous de la dignité humaine.

Ces récits, le propos, sont efficaces, violents, cruels, pessimistes. Même si pour certains l'épilogue est annoncé et donc diminue l'impact de la chute, ils peuvent choquer les jeunes lecteurs particulièrement sensibles. Leur force vient évidemment de leur format court, mais aussi du choix de l'auteur de mettre en scène des adolescents - mais pas comme des héros au sens positif du terme - et de présenter chacune des histoires comme autant de faits divers. Cette description au quotidien des dérives possibles de notre société ajoute au réalisme, leur donnant une impressionnante dimension émotionnelle.

Un excellent recueil à conseiller à partir de 14 ans -
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 19, 2010 3:48 PM CET


Guide du savoir-survivre en compagnie des monstres
Guide du savoir-survivre en compagnie des monstres
par Carine-M
Edition : Relié

13 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Chronique d'A lire au pays des merveilles - http://lisezjeunesse.canalblog.com, 18 novembre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Guide du savoir-survivre en compagnie des monstres (Relié)
Ce bel album est une parfaite réussite graphique et narrative. Avec un humour ravageur dans le crayon, il revisite le bestiaire du fantastique.

C'est très exactement le type de livre que j'affectionne, alliant qualités de forme et de fond. Il dépasse évidemment son classement en littérature pour la jeunesse pour entrer dans celui de la collection - comme tout bel ouvrage d'illustrateur qui se respecte - bien qu'il soit parfaitement adapté, et destiné, au jeune lectorat à partir de 9-10 ans - ce qui n'est hélas pas toujours le cas pour ces beaux ouvrages d'illustrateurs qui ne respectent plus leurs petits lecteurs -

Le thème n'est pas nouveau dans un album pour la jeunesse, m'objecterez-vous. Mais cet album-ci n'est pas un catalogue de monstres traditionnels version Halloween, mais plutôt un voyage à la découverte de l'imaginaire et de l'univers délicieusement décalé, impertinent et onirique, de Carine-m ( comme le prouve sa représentation de l'aristocrate vampire en couverture - Guss, trois siècles et quelques globules ). Le trait et la tendresse des portraits ne sont pas sans rappeler ceux d'un certain monsieur T.Burton.
Carine-m est accompagnée du sieur Black'Mor au pinceau et de Patrick Jézékel à la plume - talentueux trio récidiviste déjà follement et férocement associés pour nous faire croire que les dragons existent. -

Cet album, aux allures de grimoire, présente des fiches techniques comprenant un descriptif du physique et des moeurs du monstre, des signets de symboles présentant la nature des dangers et le niveau de dangerosité de chaque espèce, des informations concrètes et des avertissements de conduite, toujours dans le respect des bonnes manières et du savoir-vivre, sur une mise en page encyclopédique. Après lecture de ce guide, notre regard sur les monstres, notre attitude face à eux, seront transformés grâce à trois experts qui nous expliquent, avec moult conseils et témoignages, comment caresser les monstres dans le bon sens du poil.

Sur une touche d'ambiance gothique, l'atmosphère de cet album est merveilleuse et drôle pour nous guider vers cette étape ultime qu'on appelle entre intiés The Tea-Time Monsters Show : entretenir de cordiales relations avec les monstres en partageant une tasse de thé, et limiter ainsi l'usage de la poudre d'escampette. Bonne chance.

L'album, divisé en trois parties, distingue les monstres domestiques - cachés dans nos maisons ou justes à côté -, les monstres fantasmagoriques - ensorceleurs aux apparitions inopinées - et les monstres exotiques - créatures des contrées lointaines - . On y croise donc un loup-garou, l'abominable Homme des Neiges, un zombi, une sirène, mais aussi un chat de sorcière, des réducteurs de têtes, une plante carnivore, une araignée tricoteuse de mauvais sort, Miss Pudding et le chevalier Noir sans tête...

L'illustration est somptueuse : pleine page, parfois sur double page, soignée, toute en détails incongrus et hilarants ( ( une tasse de thé so british entre les griffes d'un dragon très fin de race, l''indispensable anneau de pirate pendant à l'oreille hirsute du formidable Lapin Naufrageur ...), en couleurs mates et profondes. La conception de l'album tient ses promesse avec ses feuilles épaisses aux bords arrondis, pas trop grand de format, pas trop lourd, pas trop fragile pour y laisser s'aventurer les mains avides de petits rêveurs.


Comme en hiver
Comme en hiver
par Stéphane Servant
Edition : Album

6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Chronique d'A lire au pays des merveilles - http://lisezjeunesse.canalblog.com, 18 novembre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Comme en hiver (Album)
Un album tout en image, tout en mots doux sur l'hiver, la renaissance à la vie de la nature au printemps.

Le passage des saisons est joliment signifié par les jeux de lumière sur les pages qui s'éclaircissent peu à peu.

Une enfant sort écouter la chanson du vent, contempler la danse des flocons. Emmitouflée, elle construit un bonhomme de neige tandis que s'anime le paysage d'un bruissement de plume, du réveil du soleil, de couleurs délicates...

En quelques phrases que l'on se surprend à chuchoter, le texte traduit à merveille l'atmosphère feutrée de cet album. Les illustrations sont impressionnantes, ciselées, raffinées. Ce sont des montages photographiques des décors réalisés en maquettes de papier à la façon d'origamis et de personnages de tissus aux teintes chaleureuses.

Pureté et esthétique pour raconter le temps qui passe, le rythme des saisons.


Dis Maman... pourquoi les dinosaures ne vont-ils pas à l'école ?
Dis Maman... pourquoi les dinosaures ne vont-ils pas à l'école ?
par Quentin Gréban
Edition : Album
Prix : EUR 11,00

4.0 étoiles sur 5 Chronique d'A lire au pays des merveilles - http://lisezjeunesse.canalblog.com, 18 novembre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Dis Maman... pourquoi les dinosaures ne vont-ils pas à l'école ? (Album)
Douze questions insolites, douze réponses délirantes pour un album hilarant. Quentin Gréban récidive avec toujours autant d'humour dans le crayon après le premier Dis Papa, pourquoi les zèbres ne font-ils pas de patins à roulettes ?

Beaucoup d'imagination et de fantaisie, de vie aussi sur les délicieuses aquarelles de Q.Gréban qui croquent avec tendresse ses personnages animaliers dans des situations incongrues. Les pages s'amusent du monde enfantin, de son quotidien, de ces références - l'école, les jeux, les fêtes, les déguisements... - présentant la question à droite, la réponse en image à gauche.

L'art d'initier les petits curieux au second degré de l'humour et au jeu de l'interprétation.


Ceux qui sauront
Ceux qui sauront
par Pierre Bordage
Edition : Broché
Prix : EUR 15,00

17 internautes sur 17 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Chronique d'A lire au pays des merveilles - http://lisezjeunesse.canalblog.com, 18 novembre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ceux qui sauront (Broché)
Voici ce que j'appelle un roman pour adolescent réussi à qui on peut pardonner ses quelques défauts. La trame historique est bien menée, le point de divergence intéressant, ces développements maîtrisés, l'alternative élaborée. Cet univers parallèle joue habilement du réalisme; la réécriture de l'Histoire se veut concrète, proche de son lecteur au quotidien; j'ai envie d'écrire que l'histoire de cette Histoire est crédible.

Le postulat de cette uchronie est politique, ces conséquences sociales : Pierre Bordage imagine une France contemporaine sous une monarchie absolue. Après la Révolution de 1789, l'Empire de Napoléon et le parcours troublée de la République, l'espoir de la mise en application de ses préceptes fut mis en échec par une restauration qui perdure. Lors d'un coup d'état, le gouvernement de Gambetta fut renversé, les ministres fusillés, parmi lesquels Jules Ferry. L'accès à l'enseignement demeure le privilège des classes favorisées par la fortune et la naissance. Dans ce Royaume de France, c'est un délit sévèrement puni que de s'instruire - d'un camps de redressement pour les enfants, de mort pour les enseignants - lorsqu'on appartient au peuple. En abandonnant cette population, surnommée les cous noirs, cette multitude laborieuse qui expose sa peau au soleil, à la saleté, parce qu'elle travaille - paysans, ouvriers, saisonniers, lavandières...- , la royauté espère l'asservir et étouffer ainsi toute velléité de révolte en la privant de connaissances, des outils nécessaires à la circulation des idées : toutes les découvertes et le confort technologiques sont réservés à la Cour, comme l'électricité, les moyens de transport et de communication, réduisant ainsi le peuple en esclavage, tellement soumis à de rudes conditions de vie que son univers se limite à sa survie. Toutefois une résistance à cette dictature de l'ignorance s'organise : des leçons sont données aux enfants la nuit, des insurrections réprimées dans le sang menacent la monarchie, des terroristes harcèlent les représentants de cette royauté.

S'il y a de multiples péripéties dans ce roman, il n'y a pas vraiment d'intrigue. Le lecteur suit le parcours des deux héros adolescents, attachants certes, un peu caricaturaux aussi : celui du jeune cou noir Jean, ayant étudié secrètement, contraint de devenir clandestin pour échapper à l'arrestation - il découvrira un camps de terroriste ainsi que la guerre que se livre les mafias des quartiers pauvres profitant de la misère -, et celui de la fille d'une famille bourgeoise aspirant à la noblesse, Clara, qui étouffe dans le carcan superficiel et machiste de la Cour imposant à son sexe une éducation visant à emprisonner les femmes dans le rôle de gardienne de traditions après un mariage arrangé. Clara rêve d'échapper à sa cage dorée, de découvrir le monde; Jean espère améliorer sa vie, le sort de sa famille, pouvoir se tourner vers l'avenir.

Deux voix, deux chemins qui se rejoignent sur la route alors que leurs milieux sociaux et culturels ( c'est la cas de le dire ) respectifs les séparent. Si le scénario est linéaire, présentant toutes les caractéristiques du roman d'aventure initiatique, le suspens a la part belle, jouant des effets en fin de chapitre. La mise en scène aboutie de cette France parallèle, les personnages secondaires intéressants et bien campés accompagnent heureusement cette histoire qui n'épargne pas plus son lecteur que ses personnages : les répressions sont sanglantes, les polices politiques cruelles, les affrontements violents, le désespoir latent, le récit sombre, à tel point que j'ai douté un instant que l'épilogue soit positif. Tout de même, si le roman se termine sur une scène apocalyptique, l'espoir y nait, une nouvelle révolution est en marche.

Ceux qui sauront ne limite pas son propos aux grands principes républicains, à la nécessité et l'importance de l'instruction pour les préserver. Il interpelle son jeune lecteur, lui parle d'éducation au sens large, du poids des valeurs et des engagements familiaux, des droits et des devoirs citoyens, de l'importance de s'ouvrir au monde, à sa dureté, à ses possibles en lui racontant une page d'Histoire.


La Résistance : L'histoire de Peter
La Résistance : L'histoire de Peter
par Gemma Malley
Edition : Broché
Prix : EUR 18,30

6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Chronique d'A lire au pays des merveilles, 9 décembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Résistance : L'histoire de Peter (Broché)
Tome consacré au personnage de Peter, ce roman est la suite directe de l'histoire d'Anna.
Dans ce deuxième volume le champs d'horizon, de réflexion s'élargit dans la mesure où l'histoire se déroule dans la société que le lecteur entrevoyait seulement dans La Déclaration, présentant plus précisement l'idéologie, ses pratiques, décrivant ses enjeux, l'organisation du réseau de résistance, ses motivations.
Sur un scénario toujours classique - et prévisible - il interroge pertinement sur la place des jeunes dans la société, les caractères et les revendications qui leur sont attribués : l'envi de renouveau, la contestation, la fougue, l'enthousiasme, l'espoir, l'action plutôt que la réflexion décrit comme l'apanage de la jeunesse.

L'intrigue se déroulant en majeure partie dans le laboratoire produisant les fameuses pilules de longévité, le récit aborde la thématique des limites éthiques de la science, les conflits avec les croyances religieuses. L'auteur imagine un monde dans lequel la foi en Dieu a disparu : par la vie éternelle, par sa maîtrise absolue des lois de la nature, l'homme devient un dieu, mais que devient justement son humanité ? N'est-ce pas plutôt sa morale, sa capacité à créer et respecter une déontologie qui le rend supérieur aux autres espèces de la planète ?

" science sans conscience n'est que ruine de l'âme " écrivait Rabelais

Ce tome paraîtra plus long, plus lent, du moins dans sa première partie. Il prend des allures de roman initiatique, Peter étant confronté aux questions philosophiques que soulève l'auteur. Dans l'histoire d'Anna, les idées et les principes de Peter étaient théoriques, idéalistes, qu'en est-il lorsqu'il se heurte aux difficultés, aux angoisses de la réalité ? Dans ce tome, Peter grandit, mûrit, fait les choix fondamentaux de sa vie d'homme.
Moins bouleversant, plus agressif, la part affective de la lecture de ce deuxième volume est moindre.
Dès la seconde partie, le roman reprend le rythme de l'action, péripéties et rebondissements s'enchaînent, un nouveau personnage apparaît, Jude le demi-frère de Peter. Manipulations génétiques et piratages informatiques, poursuite, évasion, la lecture du dernier tiers du livre tient le lecteur en haleine jusqu'à l'épilogue ouvert.
Un deuxième volume excellent, plus appronfondi quant à sa thématique et son univers, un deuxième volume qui en appelle un troisième sans aucun doute.


Par une sombre nuit de tempête
Par une sombre nuit de tempête
par Gérard Moncomble
Edition : Album
Prix : EUR 11,00

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Chronique d'A lire au pays des merveilles http://lisezjeunesse.canalblog.com, 1 décembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Par une sombre nuit de tempête (Album)
le texte de cet album est construit sur la répétition, sur le modèle de la comptine. Il raconte les bruits, les craquements, le vent fort des nuits de tempête. L'album s'ouvre sur un petit fantôme gémissant, puis c'est le mobilier de la maison qui lui répond - le balai danse, la bougie tremblote, la fenêtre cliquette, la porte claque - jusqu'au hibou, jusqu'à la sorcière, jusqu'au vent qui soufle, soufle, soufle et les emporte tous !
A la façon d'un refrain, chaque page ajoute un élément, une phrase au texte. Le vocabulaire est choisi, évocateur, tout comme l'illustration en camaïeu de gris-bleu, toute en nuances, dans laquelle le reflet de la lune apporte une touche de lumière. L'ambiance est sombre sans être trop effrayante, du fait de la ritournelle et de l'agitation qu'elle suggère. Voici la danse de la tempête :

" Par les sombres nuits de tempête, le fantôme gémit, le tabouret trépigne, le balai danse, la bougie tremblote, le feu fume à tort et à travers, la fenêtre cliquette furieusement, le plancher craque, le hibou hulule.

Moi, je tournoie atour de la maison, répondit la sorcière.

Alors, je vais SOUFLER, dit le vent."


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