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Contenu rédigé par le dernier carré
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le dernier carré
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Metaphysique de la Putain
Metaphysique de la Putain
par de Sutter Laurent
Edition : Broché
Prix : EUR 16,00

1.0 étoiles sur 5 Métaquoi ?, 17 janvier 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Metaphysique de la Putain (Broché)
Il m'est arrivé de penser que l'on pouvait comparer les livres à des putains. Tous ces ouvrages bien rangés sur les rayonnages de la bibliothèque seraient alors comme des putains qui se succèdent sur le même trottoir, chaque tranche hélant le passant : « prends-moi ! », « lis-moi », « je fais ceci », « je fais cela ». Il est cependant des livres comme des putains : certains promettent plus qu'ils ne donnent. C'est justement le cas de l'ouvrage de Laurent de Sutter.

Contrairement à ce qu'indique la quatrième de couverture (texte de présentation ci-dessus), il s'agit bel et bien d'un bavardage, pédant de surcroît, où Godard, Wedekind, Joyce ou encore Genet sont cités pour, avec force préciosités creuses (« la rue, cette forme urbanisée de l'extériorité » ; « la putain provoque l'implication parce qu'elle est le guide vers l'intériorité »), « démontrer » que la putain est l'expression de la vérité ( ? ' « il n'y a de vérité que dans l'affolement d'un ordre ' et il n'y a de vérité que lorsque le moteur de cet affolement est le désir »).

Et lorsque l'on pérore, même la pédanterie peut y laisser des plumes : « Malgré que Millie fût sans doute plus « intéressante »' " Au secours !

De quelle métaphysique s'agit-il réellement ? Laurent de Sutter ne peut y accéder puisqu'il n'est capable de considérer la prostitution que sous l'angle du client, jamais celui de la putain.

On se passera donc aisément de ces quelque 140 pages en découvrant les textes de Grisélidis Réal ou encore en regardant sur son lecteur DVD de vraies approches métaphysiques, non mentionnées par l'auteur : La fille offerte de Helma Sanders-Brahms ou, ô paradoxe blasphématoire, la sublime Jeanne d'Arc de Dreyer.

Et c’est un autre, un ultime paradoxe que de souscrire in ultima res à l’auteur : « les putains sont les plus métaphysiques de tous les êtres humains. Et peut-être même sont-elles les seuls. C’est pourquoi nous leur causons tant de mal. » Mais la démonstration en est ailleurs…


Prophéties/Philosophie/Aphorismes
Prophéties/Philosophie/Aphorismes
par Léonard de Vinci
Edition : Poche
Prix : EUR 3,50

3.0 étoiles sur 5 A minima, 10 janvier 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Prophéties/Philosophie/Aphorismes (Poche)
Ces extraits des Carnets de Léonard de Vinci, joliment traduits, sont souvent passionnants. La partie intitulée Prophéties – apocalyptique - est particulièrement fascinante (je ne connaissais personnellement pas cette facette de Vinci). Il est cependant fort dommage qu’ils n’aient pas été introduits par quelque spécialiste. C’est là une présentation minimale, une édition a minima qui plutôt inciterait à retrouver une édition plus intégrale qu’elle ne se suffit à elle-même.


Trois chevaux
Trois chevaux
par Erri De Luca
Edition : Poche
Prix : EUR 5,90

5.0 étoiles sur 5 De l'entretien du sourire, 9 janvier 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Trois chevaux (Poche)
"Du bord des ongles et de la pointe des cheveux m’arrive le contrôle permanent de la frontière barbelée entre le monde et moi."

Chose étonnante, voire prodigieuse : un texte à la fois rude et délicat. Derrière la rusticité se cache (à peine) une âme sensible qui atteint un raffinement de la pensée, affiné par l’expérience de vie et par un hédonisme (mais aussi une vision de l’humanité) né(s) de la souffrance et de l’instinct de survie.

« Une vie d’homme dure autant que celle de trois chevaux et tu as déjà enterré le premier. » lui a dit un homme naguère, alors qu'il fuyait les loups. Aujourd'hui jardinier, le narrateur partage le présent (la belle Laila) et le passé (l'Argentine d'une dictature qui lui a arraché son premier amour), cultive la basilic, la sauge et de belles amitiés.

En peu de pages, voici un récit dense et beau, certainement un des plus beaux de son auteur.

"Si moi aussi je suis un autre, c’est que les livres, plus que les années et les voyages, changent les hommes."

PS : Quant au titre ce ce commentaire, c'est bien sûr un clin d'oeil à ce jardinier magnifique.


Naguima
Naguima
DVD ~ Aidar Mukhametzhanov
Prix : EUR 26,00

5.0 étoiles sur 5 Un grand petit film, 30 novembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Naguima (DVD)
Il faut avoir le cœur bien accroché pour voir certains films, même parmi ceux qui ne payent pas de mine. Tel est le cas de ce film kazakh. Ces films d''Asie centrale qui nous parviennent de loin en loin ont des accents de vérité à faire pâlir bien des productions d''Outre-Atlantique gonflées aux hormones.

Qu''est-ce qui d''emblée nous accroche ? L''usage parcimonieux des mouvements de caméra, de la musique extra-diégétique, du montage. Tout est austérité, sécheresse. Mais aussi, mais surtout on nous laisse le temps de voir, d''observer, de ressentir, d''éprouver non pas une émotion facile et passive, subie, mais une compassion réelle.

On pourrait résumer le film en une phrase : comment deux jeunes filles sont devenues sœurs et ce qui s'ensuit. C'est un peu rapide, mais on pourrait se contenter de cela.

Mais on pourrait aussi en dire un peu plus, livrer quelques détails. Par exemple celui-ci : Naguima, l''une des deux jeunes filles en question, 18 ans, retrouve sa mère biologique qui l''a abandonnée à sa naissance. Elle raconte ses retrouvailles à son amie Nina : « Elle m'a rejetée / encore une fois. » Déchirant.

Alors, une histoire simple, racontée simplement ? Oh, bien davantage. Les apparences sont ' on le sait ' trompeuses. On est bien ici devant un grand film, de la trempe d''un Allemagne Année Zéro, par exemple. Un film qui se pose de grandes questions, des questions déchirantes, définitives.

« A quoi bon vivre ? Pour souffrir ? De toute façon, tu mourras un jour. » En ai-je trop dit ? Pas suffisamment ? J''espère que vous aurez envie de trancher par vous-mêmes.


2084: La fin du monde - Rentrée littéraire Gallimard
2084: La fin du monde - Rentrée littéraire Gallimard
par Boualem Sansal
Edition : Broché
Prix : EUR 19,50

6 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Régime Sansal, 1 novembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : 2084: La fin du monde - Rentrée littéraire Gallimard (Broché)
On a beaucoup parlé de ce livre, en cette rentrée 2015. A tel point que le Goncourt lui semblait promis. Mais la médiatisation et le marketing ont leurs limites….

On trouve pourtant dans le nouvel ouvrage de l’enfant terrible des lettres arabes (d’expression française) tout ce que l’on pourrait chercher en matière d’esprit critique : une écriture puissante maniant les mots avec une maestria consommée, une inventivité facétieuse, une attitude intransigeante et irréductible. Mais sommes-nous vraiment dans une critique de l’islamisme (ou de l’islam, comme ont voulu le voir tous ceux qui ne veulent pas voir l’islam même en peinture) ? Le régime décrit ici s’apparenterait plutôt à une synthèse orwellienne de tous les pouvoirs basés sur la religion (d’où d’ailleurs son exergue : « La religion fait peut-être aimer Dieu mais rien n’est plus fort qu’elle pour faire détester l’homme et haïr l’humanité. »)

Certes beaucoup d’éléments proviennent de l’islam, religion que Sansal connait le mieux et qu’il a le plus subie, mais d’autres éléments sont importés d’autres religions. Nous nous trouvons surtout, ici, dans un récit d’anticipation à la Mad Max (pp. 153-154), un Bled Runner oriental, en quelque sorte. Dont l’attaque est formidable, l’évolution, un peu fastidieuse. On pourra gloser longtemps sur le message anti-islamiste de 2084, tout excellent écrivain qu’il est, Boualem Sansal est à mon avis plus à l’aise dans l’essai (Gouverner au nom d’Allah) que dans la fiction de 2084.

Terminons sur une note positive, une citation parmi les nombreuses que l’on pourrait extraire de ce texte ambitieux : (p. 46) « Dans son infinie connaissance de l’artifice, le Système a tôt compris que c’était l’hypocrisie qui faisait le parfait croyant, pas la foi qui par sa nature oppressante traîne le doute dans son sillage, voire la révolte et la folie. Il a aussi compris que la vraie religion ne peut rien être d’autre que la bigoterie bien réglée, érigée en monopole et maintenue par la terreur omniprésente. »


Englebert des collines
Englebert des collines
par Jean Hatzfeld
Edition : Poche
Prix : EUR 6,50

5.0 étoiles sur 5 Collines sanglantes, 1 novembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Englebert des collines (Poche)
Un condensé des atrocités commises lors des massacres des Tutsis au Rwanda. Devant tant d''horreur, on reste bouche bée, pantois. Ce récit est d'autant plus poignant qu''il est dit dans un langage savoureux, mais aussi très digne : les paroles d''un témoin de premier ordre que l''excellent Jean Hatzfeld met ici au premier plan, dans le quatrième ouvrage qu''il consacre à ce terrible sujet. Inoubliable.


Quels sont ces chevaux qui jettent leur ombre sur la mer ?
Quels sont ces chevaux qui jettent leur ombre sur la mer ?
par António Lobo Antunes
Edition : Broché
Prix : EUR 23,00

5.0 étoiles sur 5 Une voix unique, 4 octobre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Quels sont ces chevaux qui jettent leur ombre sur la mer ? (Broché)
"(est-ce la paix vraiment ou brûlons-nous sans qu’ils le remarquent ?)"

Antonio Lobo Antunes écrit depuis si longtemps. Texte après texte, livre après livre, ténèbres éblouissantes, et toujours pas le Nobel, et jamais le Nobel, les lecteurs jugeront, les lecteurs réclameront d’autres textes, d’autres livres à Antonio Lobo Antunes qui s’en va. Ses textes qui deviennent plus amers, plus crépusculaires. L’Autriche avait son Thomas Bernhard, la Hongrie a encore son Imre Kertész, la France, son Michel qui lui donne la houellebecquée tous les deux ans, le Portugal assurément a son Antonio Lobo Antunes, à notre grand bonheur toujours magnifiquement traduit.

Mais revenons à ce livre-ci, qui galope comme un pur-sang que rien n’arrêtera, qui hennit à réveiller les (mots) morts. Ici, des voix, des échos, une polyphonie majestueuse et en même temps au ras des ressentiments d’un groupe familial dépeint cruellement mais aussi avec compassion et avec un lyrisme obstiné, il y a du Fellini de Huit et demi dans ces baroquismes, ces noirs obscurs coupés d’éclairs de lumière, ces phrases qui se coupent et s’entrechoquent, qui croisent le fer – et le remuent dans la plaie, la plaie du Portugal et la plaie de la condition humaine.

Les voix ici sont multiples, mais la voix d’Antonio Lobo Antunes, portée par Dominique Nédellec, est , assurément, unique.


L'Atelier des morts
L'Atelier des morts
par Daniel Conrod
Edition : Broché
Prix : EUR 14,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 A travers le labyrinthe, 27 septembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Atelier des morts (Broché)
L’auteur s’adresse à cinq personnes de sa famille. Un frère aîné d’abord, ses parents, un oncle, une demi-sœur. Cinq personnes pour revenir sur une mémoire familiale qui aura contribué à donner un destin à l’homme qui écrit.

A sa mère qu’il n’a pas connue (elle est morte alors qu’il était tout petit), il écrit : « A mes yeux, tu es un océan d’absence et de silence, un invisible fardeau. Tu pourrais être une hypothèse. Jamais une image funéraire n’est venue suggérer ou imposer autre chose à mon esprit qu’une abstraction ou l’image d’un chemin qui se perd dans le brouillard. » (p. 42)

Avec son père, le compte à régler est plus sévère. Quant à son oncle, chapitre le plus long, son parcours à lui seul aurait pu donner lieu à un roman à part. Pour des raisons dont il s’explique, Daniel Conrod a préféré en rester là. Trop douloureux.

A chaque étape de ce livre, à chaque adresse, même dans ses non-dits, ses allusions, ses zones d’ombre, cette suite de textes compose un roman très français. Un roman de la France de la seconde moitié du siècle dernier, de la faute dont nous portons encore aujourd’hui les stigmates, la mauvaise conscience et la mémoire.

Magnifiquement écrit, ce texte très personnel est une lecture qui laissera une impression durable, quelque chose de consistant dans ce flux incessant d’éditions clinquantes que colportent les médias.

Arrive la fin du roman. L’auteur s’adresse à une demi-sœur qu’il n’a pas connue (et pour cause…) et qui pourtant l’aura marqué définitivement : « Tout le monde t’avait oubliée. Il me semble que tout le monde m’avait oublié moi aussi. Presque en même temps que toi. Nous n’avions plus que nous. Nous étions l’un à l’autre. Nous nous sommes inventés. Il n’y avait rien d’autre à faire. Ainsi n’es-tu jamais tout à fait morte. Ainsi ne me suis-je jamais tout à fait mélangé aux vivants. Nous étions d’ailleurs. Nous avions nos labyrinthes, tantôt les tiens, tantôt les miens, impénétrables, indestructibles. Nous les avons gardés jusqu’à ce jour. Intacts. Encore aujourd’hui… Nous étions seuls, et le savions, ma dauphine, irréductibles, deux poètes, moi vivant, toi morte, ou quelquefois l’inverse, ordinairement seuls, comme des esquifs abandonnés sur le bord de la mer , à la merci des requins mais aussi des baleines, exposés au danger mais espérant notre bonheur. Fermement. Je ne sais pas sur quoi ou sur qui nous nous sommes appuyés, moi pour ne pas mourir, toi pour ne pas mourir davantage. Encore aujourd’hui, j’ignore quelles ressources, quels dons nous avions reçus en héritage pour ne pas nous laisser aspirer par les flots, ne pas sombrer par le fond, ne pas finir engloutis. » (p. 170-171)


La Dernière Nuit du Raïs
La Dernière Nuit du Raïs
par Yasmina KHADRA
Edition : Broché
Prix : EUR 18,00

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Le crépuscule des odieux, 23 septembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Dernière Nuit du Raïs (Broché)
Ces despotes arrogants qui terrorisaient leur peuple et qui défiaient le monde, ces Saddam Hussein et autres Kadhafi, les voir finir si lamentablement, si pathétiquement, débusqués comme des rats au fond d’une tanière empoussiérée… quoi de plus normal que Yasmina Khadra, un des chefs de file de la littérature arabe actuelle, s’intéressât à la chute du colonel Kadhafi ?

Le nouveau livre de Yasmina Khadra semble presque une prolongation à son Olympe des infortunes, tellement le Raïs paraît un personnage tout droit issu de ce roman de 2010. L’école abandonnée dans laquelle il s’est réfugié est comme une réflexion du tas d’immondices où ont échoué les personnages de son Olympe, à tel point que l’on pourrait presque croire que cet ouvrage antérieur, quelque peu beckettien, préfigurait de celui-ci et, mieux encore, anticipait le sort du Raïs (là, j’exagère un peu, mais il me plait d’imaginer que la lucidité de Yasmina Khadra pût atteindre de telles fantaisies).

Khadra n’écrit-il pas, p. 131, « Syrte n’est qu’un terrible gâchis, un vieux tapis râpé que l’on bat au gourdin, un paillasson sur lequel on essuie ses bottes crottées. On dirait que les dieux l’ont choisi pour faire le deuil de leur olympe. » ?

Revenons à La dernière nuit. Point d’arabesques ou de fioritures, Yasmina Khadra va droit au but. Son style est sobre, sec. Il évite de se perdre dans d’éventuelles élucubrations comme Kadhafi en était coutumier, lui qui ridiculisa Sarkozy en venant planter sa tente à Paris et en y paradant avec ses amazones. Tout cela est loin… On est plus proche du crépuscule de Hitler dans La Chute. Tout s’effondre. Il reste une poignée de fidèles. La nuit se fait. La dernière nuit. S’est-elle réellement passée ainsi ? On peut le croire.


Suis-je encore vivante ?: Journal de prison
Suis-je encore vivante ?: Journal de prison
par Grisélidis Réal
Edition : Broché
Prix : EUR 19,50

5.0 étoiles sur 5 « comme une sorte de résurrection», 19 septembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Suis-je encore vivante ?: Journal de prison (Broché)
« La plus grande épreuve que l'on puisse traverser, c'est la solitude. Et la solitude la plus vraie, la plus impitoyable, c'est celle que j'ai rencontrée en prison. Mais je ne veux pas désespérer, je lutte encore, de toutes mes forces j'espère, je crois en la vie, je crois en l'amour, je crois en la bonté humaine. Il faut que cette épreuve soit positive, qu'elle m'amène à la paix, à une compréhension plus profonde de l'humain, de moi-même, de la valeur de l'être. Que rien ne soit détruit. Que tout, au contraire, soit reconstruit. Et si, parfois, je succombe à l'horreur d'être enfermée ici, loin de mes enfants, de mon ami, de tous ceux que j'aime, loin du mouvement de la vie, je refuse d'accepter la lâcheté, je refuse le renoncement à la lutte. Tant pis si je pleure, parfois longtemps ' car de ma haute fenêtre fermée par six barreaux, où ne paraît qu'un carré de ciel, tantôt gris, tantôt bleu, tantôt noir, me parviennent, déchirants, tous les bruits vivants du dehors. »

Ainsi écrit Grisélidis Réal. Nous sommes en avril 1963 à Munich, et c'est entre les quatre murs d'une cellule que l'on retrouve cette femme exceptionnelle ' ce qualificatif est ici amplement à sa place -, passionnée, fervente, battante, éprise de la vie. Elle est emprisonnée pour une affaire de drogue (cf. Le noir est une couleur) et attend de passer en jugement. Soumise au rude régime carcéral, elle témoigne ici de son désespoir, à peine adouci par ses rencontres avec d'éphémères ' et souvent attachantes ' camarades de galère, par ses lectures et surtout par sa pratique de la peinture (et ô combien nous manquent ici les reproductions de ses œuvres ' je suis allé les chercher sur internet : elles sont magnifiques). Tout ça pour dire que malgré la dureté et le désespoir, il y a aussi des moments de joie. Le tout écrit dans un style aussi limpide qu'ardent, déchiré entre doutes et espérances, à la hauteur d'une entreprise de résistance et de survie.

Encore un extrait pour convaincre les indécis ? : « C'est une chose étrange, mais pas improbable, de penser que cette claustration d'un être humain seul dans sa cellule ressemble à celle de l'embryon dans la matrice maternelle. Tous ces bâtiments sourds et tristes, aux fenêtres aveugles, ne seraient qu'une vaste agglomération de matrices dans le corps géant et inconnu de quelque monstre invisible, d'où nous éclorons un jour. » Une éclosion qui ' pour quelques trop rares ' pourra aussi signifier résurrection.


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