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Contenu rédigé par le dernier carré
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Commentaires écrits par
le dernier carré

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La scie patriotique
La scie patriotique
par Nicole Caligaris
Edition : Broché
Prix : EUR 15,00

5.0 étoiles sur 5 Une réédition très pertinente, 30 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : La scie patriotique (Broché)
Une guerre. La soldatesque. Une compagnie de combattants stationnés à l’arrière-garde. Ils pourraient s’en satisfaire mais l’odeur de la poudre, du sang, des pillages s’est propagée, ils veulent en être, ils veulent leur part des combats, du butin, leur part du sang.

C’est du Céline, du Buzzati, une Forêt des Tartares en quelque sorte. C’est surtout une claque. Et c’est une femme qui en est l’auteur(e), qui a su si bien restituer la folie des hommes, la barbaresque contemporaine, la guerre de toujours mais surtout celle d’aujourd’hui, de ces temps dits civilisés, quelque part entre les tranchées de la Première (le texte est daté un 11 novembre) et le conflit en ex-Yougoslavie qui l’a inspiré.

Les dessins de Denis Pouppeville accompagnent formidablement le texte, inspirés par le trait expressionniste allemand (Grosz surtout) mais aussi par Ensor.

A un moment où les guerres, moins tangibles car sous d’autres latitudes, continuent de se succéder avec leurs exactions et la folie des hommes toujours renouvelée, cette nouvelle édition (bravo au Nouvel Attila) mérite la reconnaissance.

Paix à l’âme de tous ceux dévastés par les guerres.


Les derniers jours de Muhammad
Les derniers jours de Muhammad
par Hela Ouardi
Edition : Broché
Prix : EUR 19,50

6 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Toute icône appelle l'iconoclaste, 17 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les derniers jours de Muhammad (Broché)
Si l’histoire officielle ne s’appuie pas sur des éléments et une documentation tangibles et vérifiables, ce n’est qu’une fiction. En tant que telle et en tant qu’histoire officielle, elle appelle des contre-fictions. Contre-fiction ne veut alors dire contre-vérité que dans le sens où la vérité n’a de vérité que le nom. Tout autre fiction est alors apte à présenter une autre vérité tout aussi plausible que celle à laquelle elle se réfère, qu’elle vient contredire, narguer, chahuter.

L’authenticité de la contre-fiction vaut bien celle de la fiction.


Equateur
Equateur
DVD ~ Barbara Sukowa
Proposé par ABCINE
Prix : EUR 15,00

4.0 étoiles sur 5 Alanguis dans la moiteur africaine, 2 avril 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Equateur (DVD)
Un homme descend d'un rafiot rongé par la rouille, aborde une terre africaine également immobile sous la corruption des esprits, une corruption qui touche Africains comme Européens et qui s'appelle colonialisme.

Du roman de Simenon qu'il adapte, Le coup de lune, Gainsbourg a conservé l'essentiel de l'intrigue, l'ambiance et l'esprit. Avec peu de moyens sinon les corps (Francis Huster et Barbara Sukowa, cette dernière tout droit sortie de chez Fassbinder ' Lola, une femme allemande -, d'une beauté étourdissante et à l'apogée d'une carrière commerciale qui la conduisit jusqu'à Cronenberg, en 1991), avec peu de moyens, donc, Gainsbourg traite admirablement de la fascination exercée par la terre africaine, de l'enlisement du colonialisme dans son propre marécage, putréfaction et folie. Il avance avec sensualité, la sensualité des corps et de leurs ébats, mais aussi celle de la pirogue s'avançant sur le fleuve, ou encore celle, révolue, de ces troncs d'arbres abattus, comme les ruines du désir.

Le mot de la fin (n'y voyez aucune allusion au dénouement du récit) : « L'Afrique, c'est le tombeau des Blancs. »

A rapprocher dans un autre registre et dans un autre univers, du film de Danièle Arbid, Beyrouth Hotel.


Metaphysique de la Putain
Metaphysique de la Putain
par de Sutter Laurent
Edition : Broché
Prix : EUR 16,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
1.0 étoiles sur 5 Métaquoi ?, 17 janvier 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Metaphysique de la Putain (Broché)
Il m'est arrivé de penser que l'on pouvait comparer les livres à des putains. Tous ces ouvrages bien rangés sur les rayonnages de la bibliothèque seraient alors comme des putains qui se succèdent sur le même trottoir, chaque tranche hélant le passant : « prends-moi ! », « lis-moi », « je fais ceci », « je fais cela ». Il est cependant des livres comme des putains : certains promettent plus qu'ils ne donnent. C'est justement le cas de l'ouvrage de Laurent de Sutter.

Contrairement à ce qu'indique la quatrième de couverture (texte de présentation ci-dessus), il s'agit bel et bien d'un bavardage, pédant de surcroît, où Godard, Wedekind, Joyce ou encore Genet sont cités pour, avec force préciosités creuses (« la rue, cette forme urbanisée de l'extériorité » ; « la putain provoque l'implication parce qu'elle est le guide vers l'intériorité »), « démontrer » que la putain est l'expression de la vérité ( ? ' « il n'y a de vérité que dans l'affolement d'un ordre ' et il n'y a de vérité que lorsque le moteur de cet affolement est le désir »).

Et lorsque l'on pérore, même la pédanterie peut y laisser des plumes : « Malgré que Millie fût sans doute plus « intéressante »' " Au secours !

De quelle métaphysique s'agit-il réellement ? Laurent de Sutter ne peut y accéder puisqu'il n'est capable de considérer la prostitution que sous l'angle du client, jamais celui de la putain.

On se passera donc aisément de ces quelque 140 pages en découvrant les textes de Grisélidis Réal ou encore en regardant sur son lecteur DVD de vraies approches métaphysiques, non mentionnées par l'auteur : La fille offerte de Helma Sanders-Brahms ou, ô paradoxe blasphématoire, la sublime Jeanne d'Arc de Dreyer.

Et c’est un autre, un ultime paradoxe que de souscrire in ultima res à l’auteur : « les putains sont les plus métaphysiques de tous les êtres humains. Et peut-être même sont-elles les seuls. C’est pourquoi nous leur causons tant de mal. » Mais la démonstration en est ailleurs…


Prophéties/Philosophie/Aphorismes
Prophéties/Philosophie/Aphorismes
par Léonard de Vinci
Edition : Poche
Prix : EUR 3,50

3.0 étoiles sur 5 A minima, 10 janvier 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Prophéties/Philosophie/Aphorismes (Poche)
Ces extraits des Carnets de Léonard de Vinci, joliment traduits, sont souvent passionnants. La partie intitulée Prophéties – apocalyptique - est particulièrement fascinante (je ne connaissais personnellement pas cette facette de Vinci). Il est cependant fort dommage qu’ils n’aient pas été introduits par quelque spécialiste. C’est là une présentation minimale, une édition a minima qui plutôt inciterait à retrouver une édition plus intégrale qu’elle ne se suffit à elle-même.


Trois chevaux
Trois chevaux
par Erri De Luca
Edition : Poche
Prix : EUR 5,90

5.0 étoiles sur 5 De l'entretien du sourire, 9 janvier 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Trois chevaux (Poche)
"Du bord des ongles et de la pointe des cheveux m’arrive le contrôle permanent de la frontière barbelée entre le monde et moi."

Chose étonnante, voire prodigieuse : un texte à la fois rude et délicat. Derrière la rusticité se cache (à peine) une âme sensible qui atteint un raffinement de la pensée, affiné par l’expérience de vie et par un hédonisme (mais aussi une vision de l’humanité) né(s) de la souffrance et de l’instinct de survie.

« Une vie d’homme dure autant que celle de trois chevaux et tu as déjà enterré le premier. » lui a dit un homme naguère, alors qu'il fuyait les loups. Aujourd'hui jardinier, le narrateur partage le présent (la belle Laila) et le passé (l'Argentine d'une dictature qui lui a arraché son premier amour), cultive la basilic, la sauge et de belles amitiés.

En peu de pages, voici un récit dense et beau, certainement un des plus beaux de son auteur.

"Si moi aussi je suis un autre, c’est que les livres, plus que les années et les voyages, changent les hommes."

PS : Quant au titre ce ce commentaire, c'est bien sûr un clin d'oeil à ce jardinier magnifique.


Naguima
Naguima
DVD ~ Aidar Mukhametzhanov
Prix : EUR 26,00

5.0 étoiles sur 5 Un grand petit film, 30 novembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Naguima (DVD)
Il faut avoir le cœur bien accroché pour voir certains films, même parmi ceux qui ne payent pas de mine. Tel est le cas de ce film kazakh. Ces films d''Asie centrale qui nous parviennent de loin en loin ont des accents de vérité à faire pâlir bien des productions d''Outre-Atlantique gonflées aux hormones.

Qu''est-ce qui d''emblée nous accroche ? L''usage parcimonieux des mouvements de caméra, de la musique extra-diégétique, du montage. Tout est austérité, sécheresse. Mais aussi, mais surtout on nous laisse le temps de voir, d''observer, de ressentir, d''éprouver non pas une émotion facile et passive, subie, mais une compassion réelle.

On pourrait résumer le film en une phrase : comment deux jeunes filles sont devenues sœurs et ce qui s'ensuit. C'est un peu rapide, mais on pourrait se contenter de cela.

Mais on pourrait aussi en dire un peu plus, livrer quelques détails. Par exemple celui-ci : Naguima, l''une des deux jeunes filles en question, 18 ans, retrouve sa mère biologique qui l''a abandonnée à sa naissance. Elle raconte ses retrouvailles à son amie Nina : « Elle m'a rejetée / encore une fois. » Déchirant.

Alors, une histoire simple, racontée simplement ? Oh, bien davantage. Les apparences sont ' on le sait ' trompeuses. On est bien ici devant un grand film, de la trempe d''un Allemagne Année Zéro, par exemple. Un film qui se pose de grandes questions, des questions déchirantes, définitives.

« A quoi bon vivre ? Pour souffrir ? De toute façon, tu mourras un jour. » En ai-je trop dit ? Pas suffisamment ? J''espère que vous aurez envie de trancher par vous-mêmes.


2084: La fin du monde - Rentrée littéraire Gallimard
2084: La fin du monde - Rentrée littéraire Gallimard
par Boualem Sansal
Edition : Broché
Prix : EUR 19,50

6 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Régime Sansal, 1 novembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : 2084: La fin du monde - Rentrée littéraire Gallimard (Broché)
On a beaucoup parlé de ce livre, en cette rentrée 2015. A tel point que le Goncourt lui semblait promis. Mais la médiatisation et le marketing ont leurs limites….

On trouve pourtant dans le nouvel ouvrage de l’enfant terrible des lettres arabes (d’expression française) tout ce que l’on pourrait chercher en matière d’esprit critique : une écriture puissante maniant les mots avec une maestria consommée, une inventivité facétieuse, une attitude intransigeante et irréductible. Mais sommes-nous vraiment dans une critique de l’islamisme (ou de l’islam, comme ont voulu le voir tous ceux qui ne veulent pas voir l’islam même en peinture) ? Le régime décrit ici s’apparenterait plutôt à une synthèse orwellienne de tous les pouvoirs basés sur la religion (d’où d’ailleurs son exergue : « La religion fait peut-être aimer Dieu mais rien n’est plus fort qu’elle pour faire détester l’homme et haïr l’humanité. »)

Certes beaucoup d’éléments proviennent de l’islam, religion que Sansal connait le mieux et qu’il a le plus subie, mais d’autres éléments sont importés d’autres religions. Nous nous trouvons surtout, ici, dans un récit d’anticipation à la Mad Max (pp. 153-154), un Bled Runner oriental, en quelque sorte. Dont l’attaque est formidable, l’évolution, un peu fastidieuse. On pourra gloser longtemps sur le message anti-islamiste de 2084, tout excellent écrivain qu’il est, Boualem Sansal est à mon avis plus à l’aise dans l’essai (Gouverner au nom d’Allah) que dans la fiction de 2084.

Terminons sur une note positive, une citation parmi les nombreuses que l’on pourrait extraire de ce texte ambitieux : (p. 46) « Dans son infinie connaissance de l’artifice, le Système a tôt compris que c’était l’hypocrisie qui faisait le parfait croyant, pas la foi qui par sa nature oppressante traîne le doute dans son sillage, voire la révolte et la folie. Il a aussi compris que la vraie religion ne peut rien être d’autre que la bigoterie bien réglée, érigée en monopole et maintenue par la terreur omniprésente. »


Englebert des collines
Englebert des collines
par Jean Hatzfeld
Edition : Poche
Prix : EUR 6,50

5.0 étoiles sur 5 Collines sanglantes, 1 novembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Englebert des collines (Poche)
Un condensé des atrocités commises lors des massacres des Tutsis au Rwanda. Devant tant d''horreur, on reste bouche bée, pantois. Ce récit est d'autant plus poignant qu''il est dit dans un langage savoureux, mais aussi très digne : les paroles d''un témoin de premier ordre que l''excellent Jean Hatzfeld met ici au premier plan, dans le quatrième ouvrage qu''il consacre à ce terrible sujet. Inoubliable.


Quels sont ces chevaux qui jettent leur ombre sur la mer ?
Quels sont ces chevaux qui jettent leur ombre sur la mer ?
par António Lobo Antunes
Edition : Broché
Prix : EUR 23,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Une voix unique, 4 octobre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Quels sont ces chevaux qui jettent leur ombre sur la mer ? (Broché)
"(est-ce la paix vraiment ou brûlons-nous sans qu’ils le remarquent ?)"

Antonio Lobo Antunes écrit depuis si longtemps. Texte après texte, livre après livre, ténèbres éblouissantes, et toujours pas le Nobel, et jamais le Nobel, les lecteurs jugeront, les lecteurs réclameront d’autres textes, d’autres livres à Antonio Lobo Antunes qui s’en va. Ses textes qui deviennent plus amers, plus crépusculaires. L’Autriche avait son Thomas Bernhard, la Hongrie a encore son Imre Kertész, la France, son Michel qui lui donne la houellebecquée tous les deux ans, le Portugal assurément a son Antonio Lobo Antunes, à notre grand bonheur toujours magnifiquement traduit.

Mais revenons à ce livre-ci, qui galope comme un pur-sang que rien n’arrêtera, qui hennit à réveiller les (mots) morts. Ici, des voix, des échos, une polyphonie majestueuse et en même temps au ras des ressentiments d’un groupe familial dépeint cruellement mais aussi avec compassion et avec un lyrisme obstiné, il y a du Fellini de Huit et demi dans ces baroquismes, ces noirs obscurs coupés d’éclairs de lumière, ces phrases qui se coupent et s’entrechoquent, qui croisent le fer – et le remuent dans la plaie, la plaie du Portugal et la plaie de la condition humaine.

Les voix ici sont multiples, mais la voix d’Antonio Lobo Antunes, portée par Dominique Nédellec, est , assurément, unique.


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