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Contenu rédigé par Damien Coullon
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Commentaires écrits par
Damien Coullon (Paris)
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Quinze jours dans le désert
Quinze jours dans le désert
par Alexis de Tocqueville
Edition : Poche
Prix : EUR 5,00

5.0 étoiles sur 5 Into the Wild 1830, 19 janvier 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Quinze jours dans le désert (Poche)
Voyage au bout de la civilisation en 1830. Au-delà des dernières bourgades de quelques maisons, au-delà des maisons de pionniers isolées dans la forêt, jusque dans les territoires indiens des grands lacs. Tocqueville a eu la chance d’arriver au moment de la naissance de la nation Américaine, quand les Français et les Anglais présents sur place se sentent encore réellement Européens (cf p.77-78), comme le Normand que rencontre Tocqueville au bout de son trajet à Saginaw.

Tocqueville éprouve un mélange d’admiration froide, sans complaisance, et de rejet, de mise à distance, à tel point qu’on ne parvient pas trop à savoir de qui des Américains et des Indiens Tocqueville se sent le plus proche.

D’un côté, il voit une nation tendue vers un but, dans une marche en avant implacable :
« Nation de conquérants qui se soumet à mener la vie sauvage sans jamais se laisser entraîner par ses douceurs, qui n’aime de la civilisation et des lumières que ce qu’elles ont d’utile au bien-être et qui s’enfonce dans les solitudes de l’Amérique avec une hache et des journaux ; peuple qui, comme tous les grands peuples, n’a qu’une pensée, et qui marche à l’acquisition des richesses, but unique de ses travaux, avec une persévérance et un mépris de la vie, qu’on pourrait appeler de l’héroïsme si ce nom convenait à autre chose qu’à la vertu. »

D’un autre côté, on suspecte une once de romantisme dans sa vision des Indiens (« Couché sur son manteau au milieu de la fumée de sa hutte, l’Indien regarde avec mépris la demeure commode de l’Européen ; pour lui, il se complaît avec orgueil dans sa misère, et son cœur des gonfle et s’élève aux images de son indépendance barbare. Il sourit amèrement en nous voyant tourmenter notre vie pour acquérir des richesses inutiles. Ce que nous appelons industrie, il l’appelle sujétion honteuse. ») ; même s’il met très justement le doigt sur l’hypocrisie et parfois l’inhumanité du traitement des Indiens par les Américains :
« Au milieu de cette société si policée, si prude, si pédante de moralité et de vertu, on rencontre une insensibilité complète, une sorte d’égoïsme, froid et implacable lorsqu’il s’agit des indigènes de l’Amérique. […] Ce monde-ci nous appartient, ajoutaient-ils. Dieu, en refusant à ses premiers habitants la faculté de se civiliser les a destinés par avance à une destruction inévitable.
Satisfait de son raisonnement, l’Américain s’en va au temple où il entend un ministre de l’Evangile lui répéter que les hommes sont frères et que l’Etre éternel les a tous faits sur le même modèle, leur a donné à tous le devoir de se secourir.»

On ne sait pas à quel point Tocqueville embellit son voyage, mais on ne peut qu’admirer son récit et apprécier la chance de voir l’esprit des pionniers américains comme si on y était, décrits avec un recul encore plus frappant 200 ans après les faits.


Histoires
Histoires
par Tacite
Edition : Poche
Prix : EUR 8,40

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 69, l’année des quatre empereurs, année peu érotique, 5 janvier 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Histoires (Poche)
Tacite consacre les Histoires aux guerres civiles romaines autour de l’année 69, année des quatre empereurs (Galba, Othon, Vitellius, Vespasien). L’œuvre originale couvrait aussi la fin du règne de Vespasien, et ceux de de Titus puis Domitien (96), mais les livres correspondant ont été perdus. Un peu comme Star Wars, le prologue ("Annales", qui couvrent les règnes de Tibère à Néron, soit de 14 à 68) a été écrit après.

L’ouvrage soufre d’un manque de vue globale sur la situation, avec beaucoup de détails sur une multitude de petites batailles, et ne fait pas ressortir les moments de basculement les plus importants. Difficile à suivre maintenant pour un non-spécialiste.

Néanmoins, en plus du point de vue d’un témoin direct des évènements (Tacite avait 11 ans l’année des 4 empereurs), on y trouve des perles sur les connaissances et la mentalité de l’époque, comme par exemple ce passage sur l’histoire de Jérusalem et du peuple juif (p.376-377) :
« Les Juifs, dit-on, bannis de l’île de Crète, s’établirent aux extrémités de la Libye à l’époque où Saturne, vaincu et chassé par Jupiter, abandonna son royaume. La preuve, on la tire de leur nom : il y a en Crète une montagne célèbre, l’Ida, dont les voisins, les Idaei, ont été appelés du nom de Judaei par l’addition barbare d’une syllabe. » (Tacite rapporte ensuite 4 autres origines : Egyptiens, Ethiopiens, Assyriens, Solymes).
Le meilleur est là : « Moyse, cherchant par là à s’assurer à jamais l’empire sur cette nation, lui donna des rites nouveaux en contraste complet avec ceux des autres hommes. Là, est profane tout ce qui chez nous est sacré ; en revanche est permis chez eux tout ce qui chez nous est abomination. […] Comme la paresse avait pour eux des charmes, ils consacrèrent aussi la septième année à ne rien faire. »
Etonnant de constater la mauvaise réputation qu’ont les juifs à cette époque (« les juifs furent de leurs esclaves la fraction la plus méprisée » ; « la guerre contre les Parthes l’empêcha de policer cette race abominable » p.382). Recommandé pour mieux comprendre la civilisation romaine du début de notre ère, mais demande un peu d'effort.


Byzance : Une autre Europe (330-1453)
Byzance : Une autre Europe (330-1453)
par Elisabeth Yota
Edition : Broché
Prix : EUR 11,15

4.0 étoiles sur 5 L’autre Europe - le lien qui a préservé nos racines, 5 janvier 2014
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150 pages pour mieux connaître cet empire qui a duré plus longtemps que l’empire romain lui-même (même si les byzantins – et les arabes, qui les appelaient les Roums - se voyaient comme Romains) et a permis de faire le lien entre l’occident de la renaissance et ses racines antiques : en mourant avec la chute de Constantinople, l’empire byzantin a déclenché la renaissance en occident, avec l’émigration massive vers Venise (on pourrait même affirmer que la pré-renaissance italienne est due à la prise de Constantinople lors de la 4ème croisade détournée par les vénitiens en 1204).

Un livre très accessible qui permet de mieux saisir pourquoi l’empire romain a été scindé en deux (en 284, mise en place d’abord du système des tétrarchies (2 augustes + 2 césars) suite aux guerres civiles et aux invasions, puis fondation en 330 d’une seconde capitale sur un lieu plus stratégique, plus sure et plus proche des opérations militaires) ainsi que l’impact énorme que cette séparation a eu, que l’on ressent encore aujourd’hui à travers la distance dans l’Europe chrétienne entre un occident catholique et des pays de l’Est sous influence orthodoxe.


Les Croisades vues par les Arabes
Les Croisades vues par les Arabes
par Amin Maalouf
Edition : Poche
Prix : EUR 6,40

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 L’anti chanson de geste, 5 janvier 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Croisades vues par les Arabes (Poche)
Très bien documenté – chaque chapitre commence par une citation d’une des chroniques utilisées pour construire le chapitre, et avec une approche originale, car presque exclusivement basée sur les chroniques musulmanes (sans pour autant raconter de choses factuellement fausses à ma connaissance).

Une peinture assez vivante (un peu romancée notamment sur les personnages « positifs », type Saladin), et centrée vraiment sur le Moyen-Orient plus que sur l’Europe, où on a plus l’habitude de raconter la mobilisation et le voyage que l’arrivée en terre sainte.

Une bonne compréhension aussi de la situation au Moyen-Orient à l’arrivée des croisades – compte-tenu de l’affaiblissement de l’Empire Byzantin et de ses défaites majeures (Manzikert), je pensais que le monde turco-arabe était plutôt sur une dynamique de conquête, alors qu’à la lecture d’Amin Maalouf, on se rend compte d’une part qu’il faut bien séparer monde turc et monde arabe (rivalité entre l’Egypte Fatimide et les Turcs Seldjoukides), et d’autre part que ces deux mondes étaient très fortement fragmentés à l’arrivée des croisés, ce qui permit des alliances étonnantes entre certains princes locaux et les croisés, ce qui est difficile à croire quand on voit les croisades comme une entreprise plus religieuse que politique ou dictée par la cupidité.

En plus de rafraichir notre connaissance des croisades, Maalouf nous permet de nous rendre compte de la très grande partialité dans la façon dont les croisades sont traitées dans les livres d’histoire, plus proche de la chanson de geste (cf Richard « cœur de lion » - amusant d’ailleurs à comparer avec Alp Arslan, « Lion Héroïque » en Turc) que de l’approche objective (qui a entendu parler du cannibalisme lors de la prise de Maara ou du catapultage de têtes coupées pendant le siège d’Antioche ?). Quelque soit le vernis qu’on met au-dessus d’entreprises de conquête, il y a derrière toujours les mêmes techniques et les mêmes passions humaines.


Manifeste d'économistes atterrés : Crise et dettes en Europe : 10 fausses évidences, 22 mesures en débat pour sortir de l'impasse
Manifeste d'économistes atterrés : Crise et dettes en Europe : 10 fausses évidences, 22 mesures en débat pour sortir de l'impasse
par Philippe Askenazy
Edition : Broché

4.0 étoiles sur 5 Les nouveaux marchands du temple, 5 janvier 2014
La crise de 2008 est une crise particulière, car intrinsèquement liée au fonctionnement de notre capitalisme néolibéral, remettant partiellement en cause l’hypothèse clé de l’efficience des marchés. Pourtant, la réponse à cette crise utilise exactement les mêmes recettes que d’habitude, fondées sur la soumission aux exigences des marchés financiers ou la réforme pour redonner confiance aux marchés, selon le point de vue qu’on a.

4 économistes reconnus mais aussi marqués politiquement ont donc décidé d’isoler 10 « fausses évidences » utilisées pour justifier les politiques actuelles de réponse à la crise, et une vingtaine de propositions alternatives. Des propositions souvent fortement discutables (e.g. « restructurer la dette publique […] en opérant une discrimination des créanciers selon le volume des titres qu’ils détiennent ») et parfois de la naïveté ou de la malhonnêteté intellectuelle (cf p.29-30, ou en synthèse on dit « la réponse au déficit est plus de déficit, avec les mêmes méthodes qu’avant » : mesures 10 et 11 ; raisonnement A n'est pas terrible, donc B est forcément excellent), mais ce livre a le mérite de faire réfléchir chacun sur ses hypothèses implicites, et de mettre le doigt sur le décalage fort entre le côté péremptoire des affirmations des très nombreux « experts économistes » et la fragilité des modèles sur lesquels ils s’appuient (quand ils s’appuient sur un modèle).

On aurait aimé aller un peu plus loin sur certaines questions clés, notamment le financement de la dette (aujourd’hui, les états européens ne peuvent être financés que par les banques, qui elles-mêmes sont financées en partie par la BCE, qui leur offre des taux d’intérêts plus bas que ceux offerts aux Etats, ce qui suppose que le profil de risque des banques est plus faible que celui des Etats, et on a bien vu avec cette crise que c’était l’inverse : ce sont les Etats qui ont sauvé les banques. Pourquoi les banques méritent-elles donc cette rémunération ?), ainsi que l’origine de la dette et le lien avec taux d’intérêt vs taux de croissance nominal.


Atlas Shrugged
Atlas Shrugged
par Ayn Rand
Edition : Poche
Prix : EUR 14,65

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Aussi subtil que tintin au pays des Soviets : « the middle is always evil », 8 décembre 2013
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Atlas Shrugged (Poche)
Un livre assez déstabilisant : d’un côté, il part d’une fondation très simple (« There’s nothing of any importance in life – except how well you do you work. […] The code of competence is the only system of morality that’s in a gold standard.”), et développe cette idée jusqu’à ses dernières conséquences, dans sa négation (la bureaucratie perverse socialiste) comme dans son affirmation (l’idéal de l’entrepreneur américain).

L’occasion pour Ayn Rand de mettre le doigt (et parfois essayer de vous agripper la tête et de vous plaquer le nez dessus) sur les conséquences d’un système « socialiste » poussé jusqu’à l’extrême, où la responsabilité individuelle est peu à peu effacée, remplacée par un état providence qui se transforme petit à petit en outil d’exploitation de tous au profit réel d’une petite minorité de bureaucrates puis de simples bandits.
“Did you really think we want those laws to be observed? We want them broken. […] There’s no way to rule innocent men. The only power any government has is the power to crack down on criminals. Well, when there aren’t enough criminals, one makes them. One declares so many things to be a crime that it becomes impossible for men to live without breaking laws. […] just pass the kind of laws that can neither be observed nor enforced nor objectively interpreted – and you create a nation of law-breakers – and then you cash on guilt.”

D’un autre côté, par moment on a l’impression de lire comme de la propagande stalinienne inversée, avec les héros industriels de l’acier et du chemin de fer (chosen few seuls en mesure de sauver l’humanité) traçant le chemin que le reste de l’humanité devrait suivre gaiement tout en célébrant le triomphe de la volonté sur l homme et sur la nature.

De nombreuses répétitions donc, une approche peu subtile (peut-être choisie consciemment, cf ci-dessous), mais au final on s’accroche pour la stimulation intellectuelle.
“The man who refuses to judge, who neither agrees nor disagrees, who declares that there are no absolutes and believes that he escapes responsibility, is the man responsible for all the blood that is now spilled in the world. Reality is an absolute, existence is an absolute, a speck of dust is an absolute and so is a human life. […]There are two sides to every issue: one is right and the other is wrong, but the middle is always evil.”


L'aveuglement
L'aveuglement
par José Saramago
Edition : Poche

5.0 étoiles sur 5 « Tous les récits sont comme celui de la création de l'univers..., 14 mai 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'aveuglement (Poche)
...personne n'était là, personne n'y a assisté, mais tout le monde sait ce qui s'est passé. »
Même chose pour cette histoire d'épidémie où le monde semble devenir aveugle. Les premiers infectés sont placés en quarantaine pour tenter de limiter la contagion. Regroupés dans un asile et laissés à eux-mêmes, chacun découvre sa vraie nature sous les yeux d'une femme qui n'a pas perdu la vue mais a malgré tout choisi de suivre son mari médecin parmi les premiers infectés.
« Il y a en chacun de nous une qui n'a pas de nom, et cette chose est ce que nous sommes. »

Un style un peu difficile à lire au début, et qui pourrait en rebuter quelques-uns qui n'auraient pas la patience d'atteindre le moment où le roman devient véritablement intéressant (l'arrivée dans l'asile) : très peu de ponctuation, et l'impression d'être moitié narrateur objectif, plein de détachement et d'ironie, et moitié directement dans la tête des personnages.

Et pourtant, en terminant la lecture de ce roman, je me suis surpris à penser intuitivement que les gens qui m'entouraient étaient tous aveugles, preuve du niveau d'immersion qu'a réussi à atteindre Saramago.


L'Ombre du vent
L'Ombre du vent
par Carlos Ruiz Zafón
Edition : Broché

5.0 étoiles sur 5 Fantômes de Barcelone, 14 mai 2012
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Barcelone, 1945. Le Cimetière des Livres Oubliés, lieu connu de quelques libraires qui y préservent un exemplaire de chaque livre connu pour les maintenir en vie.

Après y avoir découvert un de ses livres, un jeune homme part à la recherche de Julian Carax, auteur maudit dont quelqu'un cherche à brûler tous les livres, dans la Barcelone de l'après-guerre. Sur le chemin, il va soulever des pierres qu'il ne fallait pas déplacer.

Dans un récit très fluide, Carlos Ruiz Zafon parvient à créer un véritable suspense tout en reconstituant très bien l'atmosphère de l'Espagne pendant la guerre civile de 1936 et dans les années qui suivent. Lu d'une traite malgré ses 600 pages.


Expiation
Expiation
par Ian McEwan
Edition : Broché
Prix : EUR 8,90

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Manque de souffle, 20 novembre 2011
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Expiation (Broché)
Un récit construit intelligemment autour d'un évènement central vu à travers les yeux de ses principaux acteurs, en particulier ceux d'une petite fille au seuil de l'adolescence, qui, ayant du mal à comprendre ce que l'amour peut être, va accuser (faussement ?) un homme de viol, et passer sa vie à expier cette accusation.

Une peinture intéressante de la société anglaise au seuil des années 1930, et une mise en abîme particulièrement adaptée au thème traité grâce à la distance qu'elle apporte. On regrette pourtant qu'elle n'ait pas été plus courte, au moins concernant la mise en place des lieux et des personnages dans cet été fatidique. Etonnamment, on pourrait croire que l'auteur en était lui-même conscient, au vu de la lettre de refus de l'éditeur auquel Briony, le personnage principal, a adressé son manuscrit :

"Tant de choses pourraient se dérouler à partir de là - mais vous consacrez des dizaines de pages à la qualité de la lumière et de l'ombre, et à des impressions aléatoires."


Fortune carrée
Fortune carrée
par Joseph Kessel
Edition : Poche
Prix : EUR 5,30

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Abyssinie volcanique, 20 novembre 2011
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Fortune carrée (Poche)
Excellent roman d'aventure dans une région et à une époque qui s'y prêtent si bien, par un homme qui l'a connue et aimée - le roman est inspiré de personnages réels, notamment Henry de Monfreid, que le jeune Kessel a rencontré lors d'une enquête sur le trafic d'esclaves dans la mer rouge.

Récits de voyages de contrebande menés par des aventuriers terribles, au centre desquels un marin Français et un cosaque russe retrouvant le plaisir de parcourir à cheval des étendues désertiques :
« Tout en suivant de tous les muscles la cadence furieuse de l'étalon, tout en aspirant la force véhémente, la force grise du plateau de Sanaa, Igricheff, sur son Chaïtane ailé, riait silencieusement. Ses lèvres étroites comme le fil d'un couteau lui donnaient toujours, lorsqu'elles se dilataient, l'apparence de la douleur. »

Des hommes sans attaches, portés par la recherche du dépassement de soi-même plutôt que de la richesse dans des aventures curieusement assez solitaires qui ne sont finalement qu'un prétexte pour découvrir la farouche Abyssinie prise entre luttes tribales et influences coloniales au basculement entre deux époques.

Fluide, prenant, alternant descriptions d'un paysage torturé et passages plus aventureux au bon rythme, pratiquement rien à reprocher à ce roman si ce n'est parfois quelques passages empreints d'un peu trop de naïveté, où l'on devine l'auteur en tant que jeune homme plutôt qu'écrivain.


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