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Franz

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Tex mensuel, Tome 453-454-455 :
Tex mensuel, Tome 453-454-455 :
par Mauro Boselli
Edition : Broché
Prix : EUR 15,90

4.0 étoiles sur 5 Sur les pistes de Raza et de Sa-Hua, 21 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tex mensuel, Tome 453-454-455 : (Broché)
Le dernier Tex mensuel à paraître en France en 2014 reprend trois épisodes datant de 1998 en Italie. El Morisco cherche à obtenir l’aide de ses amis rangers mais son télégramme est expédié comme une bouteille jetée à la mer. Tex, Kit et Jesse, un ranger ami, ont fort à faire pour pister Raza, l’Indien menant les deux enfants kidnappés à travers le désert. Raza est redoutable mais des Mexicains et des Indiens Mimbrenos, razzieurs intraitables, s’invitent dans la danse macabre. L’histoire trouve sa conclusion dans l’épisode suivant.
La 3e et ultime histoire scénarisée par Claudio Nizzi et dessinée par Giovanni Ticci, « Vengeance navajo », est complète. Ki-Nih, père navajo de Sa-Hua, vient trouver Tex Willer afin qu’il raisonne son fils mais entretemps, ils apprennent que Sa-Hua est emprisonné et accusé du double meurtre du juge Kilburne et de sa fille Katy dont il était amoureux. Dans la ville de Sanders, les villageois, excités par l’homme d’affaires Haggarty, sont prêts à lyncher le Navajo derrière les barreaux.
Etonnant Gugliemo Letteri qui, avec un dessin malhabile (les visages et les expressions laissent à désirer) et un graphisme brouillon (voir les hachures pour représenter la nuit, par exemple) parvient à retenir l’attention et à mener le lecteur ravi jusqu’au bout d’une histoire aux limites du fantastique !
Quant à Giovanni Ticci, si sa représentation de Tex n’est pas conforme aux canons (il ressemble à un vieux baroudeur buriné avec des yeux tombant), la vivacité de son graphisme est étonnante et entraînante. Les visages semblent parfois proches du croquis mais les corps en mouvement, les chevauchées à brides abattues et les paysages agités tonifient une histoire d’amour enlevée.


La Plage des noyés
La Plage des noyés
par Domingo Villar
Edition : Poche
Prix : EUR 7,60

5.0 étoiles sur 5 Mmm !, 17 décembre 2014
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Leo Caldas est une vedette des ondes c’est-à-dire qu’il participe à une émission radiophonique très populaire en Espagne. Il est aussi inspecteur de police et chargé de déterminer la cause du décès d’un marin, Justo Castelo, retrouvé noyé dans le port de Panxon, en Galice. Taiseux, célibataire et solitaire, Castelo, surnommé le Blond, ne se connaissait pas d’ennemi avoué mais il avait survécu, avec deux autres hommes d’équipage, à un naufrage douze ans auparavant. Le capitaine Sousa pourtant très expérimenté y avait trouvé la mort. Dans la petite ville portuaire, les habitants se souviennent du sinistre et pensent que le fantôme du capitaine pourrait être à l’origine de la mort de Castelo, retrouvé noyé avec les mains liées dans le dos. Caldas enquête avec l’aide de son adjoint irascible, l’Aragonais Rafael Estevez qui ne comprend rien et s’énerve face au mutisme ou aux réponses évasives ponctuées parfois d’un crachat des Galiciens pures souches.
Qu’est-ce qui fait le magnétisme d’un livre ? L’idée confuse que l’on se fait d’une région inconnue, le goût pour le sentiment de l’inachevé, le parfum des souvenirs défraîchis ? Du roman policier de Domingo Villar vibre tout un monde en sursis, au bord de l’évanouissement, celui des pêches côtières chiches, d’une pauvreté rampante qui ne s’avoue pas, de vies modestes prises dans l’ornière des jours, du départ des êtres chers, de l’amitié tissée de silences, de la mélancolie inhérente à toutes les fins, à une simple question de présence vite diluée dans les brumes d’un automne galicien. Il y a encore l’humour serti entre deux non-dits (voir le coup du pardessus par beau temps) et une belle amitié qui se passe de mots. Le lecteur laisse filer les courts chapitres avec la légère peine d’en avoir fini trop tôt. Heureusement, chaque chapitre présente la définition d’un mot, ses sens propres et figurés, tel un apéritif avant l’entame du récit, une manière délicate d’inviter le lecteur à prendre son temps. Nulle précipitation bien que l’intrigue soit prenante ! Il convient d’adopter la démarche respectueuse d’un inspecteur légèrement à la dérive, doué pour saisir la douleur des hommes en apnée : « On ne mûrit pas, Leo, lui répliqua son père avant d’appuyer sur l’accélérateur. On ne fait que vieillir ». « Mmm. »


Fin de chasse
Fin de chasse
par Jean-Paul Demure
Edition : Poche
Prix : EUR 9,15

5.0 étoiles sur 5 Boire la vie jusqu’à l’hallali, 17 décembre 2014
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Le facteur Vidal, taiseux et mélancolique, invisible jusqu’à se fondre dans le paysage, attend depuis longtemps l’instant propice pour éliminer Bleyrieux. Une grosse chasse au sanglier est organisée pour les messieurs de Privas, d’Aubenas et de Valence. Raby a dressé son plan de chasse et posté les hommes aux emplacements stratégiques. Le moment idéal se profile pour Vidal. Il doit s’arranger pour faire passer le meurtre comme un simple accident de chasse : « Vidal, certain que les chasseurs présents avaient les yeux fixés sur les sangliers, se dressa, le fusil exactement pointé sur Bleyrieux. Il lança un coup de sifflet suraigu… L’instinct du berger fit que Bleyrieux se tourna d’un bloc et put, comme le souhaitait Vidal, regarder, le temps d’un éclair, venir sa mort ». Le premier chapitre du roman de terroir bien frappé au noir de Jean-Paul Demure se pose comme le dénouement d’une histoire qui reste à venir. Les chapitres suivants vont narrer par le menu le pourquoi et le comment. Cédric Costaro vient de Marseille. Il est stagiaire mais pas journalier. Pour les fermiers qui acceptent sa venue, la différence n’est pas forcément admise entre le bon à rien des villes et l’homme à tout faire mais Cédric, tout jeune homme relativement inexpérimenté, une maîtrise de sociologie en poche, ne se laisse pas faire et apprend très vite. Glandeur des villes, il devient bosseur des champs et il y prend goût. Malheureusement, à son insu, il va réveiller des querelles ancestrales dans ces hautes terres ardéchoises où il a atterri, lui et sa moto rouge. Comme le dit Vidal à Costero : « Il y a le cadastre, clair, net… et il y a avant le cadastre. C’est que là-bas, ils ont les papiers. Mais chez nous, il y a la mémoire. »
Le roman de Jean-Paul Demure est une vraie découverte particulièrement enthousiasmante, un de ces récits âpre à ingérer mais irradiant, fortifiant et lumineux. Pourtant, le monde rural et les hommes qui le composent n’apparaissent pas sous un grand jour. Retors, rancunier, lâche, fanfaron, jouisseur, profiteur, la liste n’est pas close pour décrire les comportements d’une microsociété quasi autarcique. La construction du roman est habile. Les descriptions des personnages, nuancées, affinées, s’approchent d’une vérité universelle. Les dialogues brefs et incisifs tombent toujours justes. Afin de parfaire cette pépite noire, de splendides annotations sur les paysages cévenols montrent d’évidentes qualités d’écrivain, voire de poète car Jean-Paul Demure à l’œil ouvert sur le monde et l’alambic de ses phrases en restitue la quintessence : « Le paysage était splendide. On dominait de vastes croupes jaunes, roussies de fougères passées, teintées du rose-violet des bruyères, du vert dense des touffes de genêt qui écrasaient de leur masse les vallées profondes. Il y avait sur tout une immense part de ciel d’un bleu dur dans lequel l’œil s’absorbait sans trouver d’issue ». L’auteur aujourd’hui âgé de 71 ans est édité depuis 1971. Autant dire qu’il y a encore vingt-deux romans à découvrir, dont le dernier paru en 2014, « Le Chant des morts », une élégie pour notre temps.


Ni ce qu'ils esperent, ni ce qu'ils croient
Ni ce qu'ils esperent, ni ce qu'ils croient
par Elie Treese
Edition : Poche
Prix : EUR 6,20

4.0 étoiles sur 5 En attendant que la lie soit bue, 17 décembre 2014
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« Le plus beau ciel n’est qu’une sorte de balayure de choses répandues n’importe comment » selon Héraclite (544-480 av. J.C.) qui est un Cioran avant l’heure. Le titre du très court roman d’Elie Treese, 76 pages, emprunte une pensée d’Héraclite évoquant l’idée de la mort que se font les hommes de son temps : « Ni ce qu’ils espèrent ni ce qu’ils croient ». Aujourd’hui, rien n’a changé chez les hommes ici-bas, dans cette vallée innommée où quatre hommes aux noms insaisissables (Maroubi, Low, Hadès et Her Majesty) se dépêtrent aux abords d’un chantier, la nuit, afin de siphonner le gazole du réservoir des engins pour qu’Hadès puisse se chauffer cet hiver. Maroubi raconte à jet tendu l’épopée locale en surplace du quatuor en maraude. La gnôle circule. Hadès, le plus vieux, en abuse et apparaît soit dévarié, soit lucide et amer, soit plus simplement de mauvaise humeur. Quand Hadès, le vieux des morts, décide de noircir la nuit encore plus et d’envoyer valser les plombs de son fusil sur la toupie du chantier juste au-dessus de la tête de ses alcoolytes, Low l’empoigne et fait danser les pains dans le vieux « jusqu’à ce que la main d’Hadès devienne toute molle ».
OVNI des éditions Allia, le petit livre d’Elie Treese est un premier roman inclassable, sans début ni fin, traversé de fulgurances renversantes, ainsi du soliloque d’Hadès : « […] on a tous bu à la bouteille et chacun essayait de voir ce qu’il y avait au fond mais ce n’était juste pas possible… et c’était ça la jeunesse, une chose épuisée et lointaine, peut-être même tout au bout de l’éternité et que les types comme vous autres ne peuvent pas envisager ». Le lecteur pourrait lâcher le fil mais de telles phrases sont des flèches de Parthes, toutes vibrantes longtemps encore après s’être fichées dans les cuirs les plus endurcis.


L'Inconnu
L'Inconnu
par Magnus
Edition : Album

5.0 étoiles sur 5 Son nom est Personne, 17 décembre 2014
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Les trois épisodes : « Quelques heures avant l’aube » ; « Place des Trois Abeilles » ; « Morts à Rome » composent le recueil intitulé « L’Inconnu » du dessinateur et scénariste bolognais Roberto Raviolo, alias Magnus, l’opus étant édité par Casterman, responsable d’un sabotage partiel de l’œuvre du maestro. Les planches ont été recadrées et certaines vignettes quelquefois redessinées, l’ensemble démontrant d’assez piètres qualités éditoriales ce qui est un comble venant d’une telle maison d’édition. En dépit de tares graphiques non imputables à Magnus, d’une mise en page défiant les habitudes de lecture ainsi que la lisibilité de l’histoire, d’une traduction bâclée, le miracle est que l’album procure un grand plaisir de lecture. Alors que l’histoire est banale et linéaire, un vol de diamants à Marrakech chez le caïd M’Barek et les représailles habituelles qui s’ensuivent, le déroulement est agréablement surprenant, mêlant plusieurs lieux et différents protagonistes, une histoire pleine d’échauffourées, d’ellipses et de rebondissements où les gros malins dévissent rapidement. Il ne vaut mieux pas frapper Mister Unknow souvent nanti d’un gros calibre. M’Barek, tout puissant et tout poétisant soit-il va en faire les frais. Le second épisode n’est pas lié au précédent. Il se déroule à Rome. Unknow, quelque peu désargenté, accepte un job de la part d’un malfrat borgne rencontré fort opportunément, Franz Schwarz qui se réclame être une de ses anciennes connaissances au grand étonnement d’Unknow. Chargé de cornaquer l’évêque cubain Carlos Siqueiro, Unknow se prend de sympathie pour l’austère éminence mais un trio d’assassins est chargé de l’éliminer. Le règlement de comptes avec les cadavres en pure perte et sans profit se déroule dans le troisième épisode. Unknow fait le ménage et dessoude en conséquence.
Le dessin de Magnus est une splendeur. Les clairs-obscurs, le sens du cadrage, le déroulé de l’intrigue, la précision des détails, le sens de l’humour titillent le regard, aiguisent la curiosité et entraînent l’adhésion du lecteur. On pourrait croire à une farce macabre mais les impacts de balle, la cruauté affichée et les mises à mort amènent dans un réalisme dur et âpre. Les rares scènes de sexe sont au diapason de l’ensemble, crues et jouissives. Il faudra probablement attendre qu’un petit éditeur talentueux et courageux s’accapare l’œuvre de Magnus et la restitue conformément aux parutions initiales dans des petits formats. Cornélius a déjà magistralement travaillé sur Nécron, du même auteur. Il est permis de rêver à une reprise de l’intégralité des aventures de Unknow. Magnus est grand et vice versa quand il versa dans le vice.


La traversée des Alpes: Essai d'histoire marchée
La traversée des Alpes: Essai d'histoire marchée
par Antoine de Baecque
Edition : Broché
Prix : EUR 24,50

4.0 étoiles sur 5 Le bon sauvage, 17 décembre 2014
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Croisant l’expérience du terrain et l’étude historique, Antoine de Baecque, historien, critique et enseignant se lance dans le paysage alpin en suivant les balises du GR5, du Léman à Nice. Son « histoire marchée » compile articles et ouvrages, œuvrant à mettre en lumière les pionniers oubliés de la randonnée en France à l’exemple de Jean Loiseau (1896-1982), à l’initiative de la création des GR et de la FFRP ou Raoul Blanchard (1877-1965), géographe et alpiniste, créateur d’un institut et d’une revue de géographie alpine. La problématique posée de la stratification historique de la GTA (Grande traversée des Alpes), l’auteur pose en préambule son départ depuis Paris, ses doutes et ses tergiversations, listant le contenu de son sac à dos de 17 kilos puis arrive le lundi 7 septembre 2009 et le début du raid pédestre, de Saint-Gingolph à La Chapelle-d’Abondance, la première étape d’un périple de six cent cinquante kilomètres sur vingt-cinq jours de marche, passant par une trentaine de cols et un dénivelé positif cumulé de trente mille mètres. Toutefois, la vraie difficulté tient à l’opiniâtreté du marcheur lancé chaque jour et par tous les temps sur le GR 5 avec son manège intransigeant de montées et de descentes, toujours recommencées. Dédaignant la randonnée qu’il assimile au tourisme, l’auteur marche en prenant son temps, dans la solitude et la sauvagerie des paysages. Passeur de cols et non de sommets, Antoine de Baecque a conscience que si la marche est populaire, l’alpinisme est élitiste. Les nombreux Anglais qui pratiquent traditionnellement le GR 5 adoptent parfois un comportement ethnocentriste, dressant une typologie des paysages traversés et des « indigènes » croisés. Faire « l’épreuve du chemin » coûte mais la « sauvagerie » retrouvée en soi n’a pas de prix.


La faux soyeuse
La faux soyeuse
par Éric Maravélias
Edition : Broché
Prix : EUR 16,50

5.0 étoiles sur 5 Ombres blanches, 17 décembre 2014
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Quand la complainte d’un mort-vivant franchit le cercle des mots et arrive in extremis dans l’esprit du lecteur, la vie des laissés pour compte perfuse malgré soi et leur déchéance devient la nôtre. Comme une ombre errant dans les faubourgs, Frank est à l’agonie. Il lui reste deux jours à survivre, au sida, à la défonce. Il se remémore son passé des années 1970, la déferlante des drogues dures une décennie plus tard, les seringues infectées par les virus mortels (sida, hépatite). Frank n’a pas toujours été une loque humaine. Il a connu, l’amour, l’espérance, la camaraderie, l’adrénaline mais l’héroïne a su combler une faille en lui, peut-être un manque viscéral d’amour, comme tout un chacun. Ensuite, le shoot est devenu une obsession entraînant son cortège de deals, vols, braquages, et trahisons.
Le roman est intense, autobiographique à 80 % mais si l’auteur a pu sortir du cercle létal de la drogue, il a aussi sûrement laissé derrière lui des amis moins chanceux. Si les longues réflexions et digressions macabres de Frank « Eckel » (surnom donné pour sa ressemblance avec les corbeaux Heckle et Jeckle du dessin animé éponyme) empoissent parfois un peu la narration, les dialogues, la description du quotidien d’un toxicomane en banlieue parisienne, la restitution des ambiances des années 1970 sont percutantes, troublantes et difficilement oubliables. C’est lorsque l’auteur élimine les dernières fioritures que son style agrippe et frappe. Roman noir corsé, sans intrigue policière, parfois drôle, La Faux soyeuse (oublié le jeu de mots facile, le titre est une trouvaille inspirée) ouvre les yeux sur une misère sans fond.


Complainte des landes perdues - Cycle 2 - tome 4 - Sill Valt
Complainte des landes perdues - Cycle 2 - tome 4 - Sill Valt
par Jean Dufaux
Edition : Album
Prix : EUR 13,99

4.0 étoiles sur 5 Maître ancien, 16 décembre 2014
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Trompée, Saavarda, la reine-mère des Moriganes, reproche au Guinea Lord sa méprise. La tête de la jeune femme qu’il jette au feu n’est pas celle de la fée Sanctus. Son armure d’invincibilité ne le protège pas complètement de la férocité d’une Mater Obscura déchaînée.
Sill Valt, un des maîtres de l’Ordre des Chevaliers du Pardon se rend au château de la Dame à l’Hermine, mère du Guinea Lord afin de trouver une faille à l’invulnérabilité du bras armé des Moriganes mais la Dame prend tout et ne donne rien, surtout aux humains.
Pendant ce temps, Seamus, disciple de Sill Valt, cherche à protéger la fée Sanctus incarnée dans un jeune enfant. Des assassins aguerris et déterminés vont tenter de piéger le jeune novice et de détruire la fée, proche des hommes, reniant ses origines de Morigane. Elle détient de tels secrets qu’elle doit être anéantie.
Sur l’île d’Eruin Duela, les Chevaliers du Pardon cherchent à refouler les démons et à étendre la foi chrétienne. Les Moriganes voient d’un mauvais œil les manigances humaines. Débutée en 1993 avec le 1er cycle intitulé Sioban, Rosinski est aux pinceaux puis il cède la place en 2004 à Philippe Delaby qui réalise le 2e cycle, Les Chevaliers du Pardon. Sa mort prématurée laisse inachevé le dernier tome. Jérémy Petiqueux reprend sans trembler le flambeau à la planche 34. Un 3e et ultime cycle, Les Sorcières, est prévu avec Béatrice Tillier.
Série moyenne à ses débuts tant par son histoire convenue que par ses dessins parfois bâclés, Complainte des landes perdues s’est sensiblement bonifié à l’arrivée de Philippe Delaby. Le ton s’est durci ; les dessins fouillés et précis se sont imposés d’emblée. Dessinateur remarquable dont les influences graphiques et picturales majeures ont été parfaitement assimilées (Jérôme Bosch, Bruegel l’Ancien, Frank Frazetta…), Philippe Delaby compose ses planches comme des tableaux de maîtres anciens. Ses trognes et ses démons (Cryptos, Perkrok), grotesquement hideux pourraient surgir des œuvres de Primitifs flamands ou ricaner dans les sculptures d’une cathédrale gothique.


Toucher terre
Toucher terre
par Vincent Pélissier
Edition : Broché
Prix : EUR 12,00

5.0 étoiles sur 5 L'espace du dedans, 15 décembre 2014
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Mémoires brèves et intenses d’un auteur discret et présent, Vincent Pélissier, médecin psychanalyste et fondateur de la revue littéraire Fario (publiant notamment l’extraordinaire auteur sans visage, Baudouin de Bodinat, « Au fond de la couche gazeuse » dans les n° 4, 10 à 13), « Toucher terre » met à nu des racines enfouies entre l’Afrique de l’Ouest et le Limousin, lieux de l’enfance, les liant habilement afin d’en extraire une cartographie mémorielle et géographique, sensorielle et flottante : « La puanteur des médinas s’est mêlée à celle des cours de ferme… » ; « […] des palmiers fourvoyés au milieu des pommiers de plein-vent, un lacis d’eaux minces hanté par des fleuves larges comme le vent ou des sonorités wolofs buissonnant dans la haie de petits noms… qui bordent ces confins de Haute-Vienne ». Scindé en trois parties : « Les ligatures, les déchirures » ; « La fin du troisième jour » et « Marge », ce bref opus est écrit avec soin. Les termes sont choisis, précis et agencés en orfèvre afin de faire sentir une pensée déliée, en mouvement, aiguisant les souvenirs, ressuscitant les mots. Ainsi de ce vieux paysan qui « connaissait infailliblement les taillis, les fossés illisibles dont ils sont ceints, les pierres enterrées, les bornes » et qui déniche une tige torsadée, une « perche de châtaignier » pour en faire un merveilleux bâton : « Notre marche n’avait pas pris fin qu’il me fit don de ce caducée. Cela fait trente ans. Je le possède toujours. » Il représente « la tournure précise et l’exacte forme de mon âme ». L’évocation de Louis Beynat, le journalier, est poignante : « Il ne posséda rien, n’eut de vraie compagnie que de bêtes et dans la brume où je le distingue, je sais qu’il était bon, rieur, fin ». Par des pas de côté dansés, l’auteur trace les contours d’un pays intériorisé et le donne à sentir. La mise au monde de l’auteur s’incarne dans un simple ruisseau, la Dronne, dans un village inconnu, Passerieux qui envoûtent, aimantent et aiguillonnent le lecteur à son tour.


Je me suis évadé d'Auschwitz
Je me suis évadé d'Auschwitz
par Rudolf Vrba
Edition : Poche
Prix : EUR 7,80

5.0 étoiles sur 5 Shoah, 13 décembre 2014
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Si le titre du récit de Rudolf Vrba sonne comme une délivrance, le premier chapitre plonge immédiatement dans l’enfer du camp d’extermination nazi et les issues semblent toutes condamnées. Heinrich Himmler vient en visite et tout doit être propret. L’orchestre juif est en place. Les détenus sont alignés au cordeau. La venue est imminente, l’attente insupportable, la tension exacerbée. Parce qu’il va manquer trois boutons à la veste de Yankel Meisel, son ignoble chef de block va le battre à mort mais il faudra l’intervention d’un officier SS pour mettre fin à l’agonie du vieil homme. Puis vient le ponte nazi dont l’aspect rappelle à Rudolf Vrba, planté aux « premières loges », « un très ordinaire maître d’école ». Sous leurs airs policés et les bonnes manières, les fauves sont lâchés. L’extermination de masse des hommes est en marche. Le zélé Rudolf Hoess va travailler à optimiser l’industrie de la mort. Lors d’une visite ultérieure, Himmler se montrera satisfait, lorgnant avec délectation par le judas des chambres à gaz l’asphyxie des hommes, femmes, enfants, bébés entassés. Haletant, le lecteur enchaîne le deuxième chapitre et effectue un retour en arrière dans la vie de Rudolf Vrba, jeune juif slovaque cherchant à fuir son pays pour rejoindre l’armée tchèque en Angleterre.
Mémoires de Rudolf Vrba, survivant de la machine de mort nazie, mis en forme par Alan Bestic, ils apportent un témoignage stupéfiant et incroyable à tel point que le rapport précis et détaillé qu’il rédigera en juin 1944 dès son évasion réussie en duo avec Alfred Wetzler, ne sera pas pris en compte par les autorités juives hongroises. Les Alliés prévenus ensuite n’interviendront pas davantage ne serait-ce qu’en bombardant les sinistres voies ferrées qui acheminaient des millions d’êtres humains vers l’abattoir : « Arbeit Macht Frei ». Si Alan Bestic filtre les propos de Rudi V[e]rba en les agençant dans une dramaturgie romanesque efficace, alors même que la traduction française laisse parfois à désirer, le lecteur ne peut pas lâcher le livre tant la tension est grande et constante. Curieusement, aucun cauchemar ne vient hanter l’esprit du lecteur comme si le souffle vital (et l’humour noir) qui animent des grandes âmes parmi quelques prisonniers, de rares kapos et un SS, arrivait à contenir l’effroyable barbarie humaine et son cortège de bassesses. Dits simplement par le capitaine cosaque Gorki Cholokhov détenu à Auschwitz : « Ne fais confiance à personne… N’aie pas peur des Allemands… Sois invisible… Vis, vole, évite les gens… Voyage avec trois fois rien (couteau, allumettes, sel, montre) », Rudi en fera son credo et réussira à franchir les cercles de l’enfer de son épicentre vers la lumière. Rudolf Vrba est un immortel selon les dires de Claude Lanzmann lorsqu’il lui rend hommage en 2006 à sa mort. Vrba parlait « magnifiquement, sans pathos ni apitoiement mais avec une précision clinique, une causticité ravageuse et, quand il le faut, la plus grande humanité ».


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