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Contenu rédigé par Nastasia B
Classement des meilleurs critiques: 1.562
Votes utiles : 494

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Commentaires écrits par
Nastasia B "le goût des livres en papier" (beaucoup plus de critiques sur babelio)
(COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)   

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France 2016. Les données clés
France 2016. Les données clés
par La Documentation française
Edition : Broché
Prix : EUR 5,90

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
1.0 étoiles sur 5 Si vous voulez vous faire enfumer..., 11 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : France 2016. Les données clés (Broché)
J'imaginais un livre de données brutes qui m'aurait permis d'avoir accès à certaines informations auxquelles on n'a pas nécessairement accès ou qu'on ne prend pas forcément le temps d'aller chercher activement.

Le fait qu'il soit édité par un organisme public, en l'espèce, La documentation Française, me laissait présager une sorte de reader's digest de la cour des comptes ou assimilés. Or, c'est tout autre chose. Dès que j'ai commencé à le lire, j'ai été ébahie, je n'en revenais pas, j'ai lu quelques pages, toutes sur le même ton et le même modèle et je l'ai refermé à jamais, sauf peut-être pour parler zététique avec mes amis un de ces jours.

Quelques données chiffrées sans grand intérêt, le tout englué dans une belle mélasse pro-gouvernementale. Dit autrement, une bonne petite propagande d'État destinée à nous faire avaler toutes les couleuvres qu'on nous fourre dans le bec à longueur de quinquennat depuis que le quinquennat existe et à nous formater à la doctrine TINA bien connue outre-Atlantique (There Is No Alternative).

La loi Macron vous déplaît ? Mais c'est pourtant pour votre bien mes braves gens. Vous n'êtes pas d'accord avec les réformes et les politiques engagées ? Alors vous n'avez pas bien compris, parce que vous êtes un peu cons sur les bords et nous on sait ce qui est bien pour vous. La réforme de l'éducation ? L'Europe ? La décentralisation ? La politique économique ? La santé ? C'est une merveille, n'est-ce pas ? Quoi, vous n'êtes pas convaincus ? Bon alors on va vous bourrer le mou un petit peu jusqu'à ce que vous répétiez après nous : « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles et avec la meilleure politique possible. »

Bref, ce que j'espérais être un outil de meilleure compréhension s'avère être un outil d'enfumage et de manipulation, une vraie nullité partisane, un torchon propagandiste, utile seulement si vous êtes à cours de papier toilettes un jour de gastro-entérite. Zététiciens s'abstenir (bon déjà, rien que quand j'ai reçu l'enveloppe émanant de, je cite : La Direction de l'Information Légale et Administrative, j'ai nourri quelques soupçons sur son objectivité). J'ai rarement eu quelque chose d'aussi mauvais et trompeur entre les mains. Ceci dit, ce n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.

P. S. : en quatrième de couverture on peut lire, je cite : « L'essentiel pour rendre l'actu facile en trois temps – une présentation rapide et claire du sujet, – les 30 points indispensables pour démêler le vrai du faux, – les réponses à des questions d'internautes de vie-publique.fr pour être au plus près de vos préoccupations. » Là, excusez-moi, mesdames et messieurs les rédacteurs de la documentation française, mais ça me fait doucement rigoler. Je ne pensais pas que Chomsky avait raison à ce point : la fabrique du consentement, c'est vous.


L'hiver de notre déplaisir
L'hiver de notre déplaisir

5.0 étoiles sur 5 Encore un chef-d'œuvre signé Steinbeck, 11 février 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'hiver de notre déplaisir (Cartonné)
John Steinbeck, encore une fois, nous sert un roman plein d'intelligence et d'humour, riche, profond, fin, subtil, complexe et qui suscite la réflexion bien au-delà du domaine qu'il explore. J'ai lu deux ou trois critiques qui pour présenter cet ouvrage parlent d'un auteur « en déclin ». Franchement dit, j'aimerais bien décliner comme ça et j'imagine que bon nombre de nos petits auteurs de pacotille aimeraient bien s'approcher dans leurs grands moments du déclin d'un Steinbeck. Surtout, surtout, mesdames et messieurs de chez Gallimard & consorts, ne changez rien, mettez-moi du D'Ormesson en pléiade et en tête de gondole et parallèlement, laissez moisir cet auteur en déclin qu'est Steinbeck. (Soupirs…)

Avant de vous parler réellement du fond de l'oeuvre, permettez-moi encore une toute petite digression à propos du titre et de sa traduction. Le titre original de ce roman, The Winter Of Our Discontent, est issu de l'incipit de la pièce Richard III de Shakespeare, dans la bouche de Gloucester, futur roi Richard :
« Now is the winter of our discontent
Made glorious summer by this sun of York;
And all the clouds that lour'd upon our house
In the deep bosom of the ocean buried. »

Steinbeck est coutumier du fait ; il aime bien puiser ses titres d'autres oeuvres en rapport avec son travail. Il avait choisi pour titre Les Raisins de la Colère (The Grapes Of Wrath) issu de l'Hymne de Bataille de la République, texte engagé écrit par Julia Ward Howe ; il avait choisi En Un Combat Douteux du poème de John Milton, le Paradis Perdu ; il avait choisi À L'Est D'Éden de la Bible, et le voici donc venu piocher chez Shakespeare, comme Faulkner (Le Bruit Et La Fureur) ou Huxley (Le Meilleur Des Mondes) avant lui, pour ne citer que ces deux-là.

Voilà pourquoi j'aimerais dire deux mots de la traduction. En ce qui me concerne, j'ai lu cette traduction de Jean Rosenthal de 1970. Il en existe une plus récente, de 1995 d'Anouk Neuhoff qui ne m'a absolument pas plu. La traduction du titre est à l'image du reste : elle a complètement perdu l'esprit (Une Saison Amère). Cette traduction publiée chez le livre de poche est probablement plus moderne, plus actuelle, mais… je n'y reconnais pas l'écriture de Steinbeck, alors que je la reconnais fort bien chez Jean Rosenthal. Donc, si vous avez la possibilité, vous savez ce qui vous reste à faire…

Cette première tirade de Richard III colle à merveille au propos que souhaite véhiculer l'auteur. Voilà un homme, John Steinbeck, qui est né, qui a grandi et vécu une bonne partie de sa vie en Californie du début du XXe jusqu'après la seconde guerre mondiale. La tragédie, pour lui, c'est qu'entre temps, son pays est devenu la première puissance mondiale, sa population a explosé et son mode de vie s'est métamorphosé du tout au tout. La Californie agricole de son enfance n'est plus qu'un très lointain souvenir ; désormais, c'est le temple du high tech, du business et de la superficialité.

Il ne s'y reconnaît probablement plus beaucoup au début des années 1960 (voir à ce propos des mutations survenues en Californie durant l'entre-deux-guerres le roman graphique d'Emmanuel Guibert, L'Enfance D'Alan) de sorte qu'il finit même par s'installer sur la côte Est, celle des origines de son pays.

Il ne faut donc probablement pas s'étonner si l'auteur choisit pour établissement de son dernier grand roman une ville imaginaire, New Baytown, mais qu'il est aisé de situer sur Long Island, en tant qu'ancienne ville baleinière, une ville de pionniers totalement dépassée par le mouvement des années 1960. Au passage, l'auteur fait très certainement un clin d'oeil à Moby Dick, un type d'ouvrage qui lui aussi appartient au passé, du temps des glorieux pionniers de l'Amérique.

Le narrateur et personnage principal, Ethan Hawley, est issu d'une des anciennes grandes familles de la ville. Son père a perdu toute la fortune de la famille ; ne subsiste que le nom (mais ce qui est déjà mieux que rien). Ce faisant, Ethan est désormais garçon d'épicerie au service d'un émigré italien de première génération, ce qui est une sorte de relégation sociale indéniable.

Ethan s'en accommoderait assez bien s'il ne tenait qu'à lui. C'est un employé modèle, honnête et travailleur, qui fait l'ébahissement de son patron italien qui se demande toujours, avec son regard suspicieux qu'est-ce qui peut bien se cacher derrière une telle incompréhensible honnêteté.

Ethan, homme de la quarantaine, est marié avec une femme qu'il aime et qui le lui rend bien. Ils ont deux grands enfants de l'âge de l'adolescence. Malgré tous les sentiments qui unissent Ethan à sa famille, il sent bien dans leur regard qu'un peu d'argent supplémentaire et une situation professionnelle et sociale supérieure leur conviendrait mieux et le grandiraient à leurs yeux.

Le problème d'Ethan, c'est qu'il est à la fois intelligent, lucide et moral. le sang Hawley qui coule dans ses veines vient souvent lui rappeler qu'il est issu de fiers marins besogneux : des gens francs avec des valeurs. Derrière son comptoir, Ethan observe tout, comprend tout, et comprend surtout qu'il n'a pas l'âme d'un homme d'affaire.

Les compromissions, les entourloupes, les coups bas pour arriver à tirer son épingle du jeu le révulsent. Pourtant, il voit tout, il sent tout, il est capable comme Gloucester de devenir Richard III, mais que va-t-il devoir abandonner ou trahir pour se hisser sur le trône qui lui ouvre les bras ?

John Steinbeck nous offre en guise de testament littéraire une sensationnelle réflexion sur la réussite, économique et sociale, sur la notoriété, sur la possession et l'argent. Pour lui, comme pour Georges Brassens, les trompettes de la renommée sont vraiment très mal embouchées. Pourtant, c'est le visage de son Amérique : la réussite à tout prix, quel qu'en soit le prix ; quitte à tricher, quitte à tuer discrètement, quitte à écraser autrui, quitte à voler mais en conservant toujours la face en se réfugiant derrière un joli tampon officiel de légalité.

Voici l'argent, voici le trésor, voici la récompense, elle ne vous appartient pas mais vous pourriez aisément mettre la main dessus discrètement en toute dignité. Pour cela, il suffit juste d'aider un mourant à rejoindre rapidement sa tombe, ou de passer un petit coup de fil aux services de répression pour attirer l'attention sur les affaires d'untel ou d'untel. Que dit votre âme ?

L'auteur, avec son sens de l'humour et de la facétie, utilise la parabole, et même la parabole dans la parabole, au travers d'un jeu-concours comme seule l'Amérique des années 1960 peut en organiser : faire un texte sur « Combien j'aime l'Amérique », une compétition à laquelle les deux enfants d'Ethan vont participer et dont les résultats sont très certainement à l'image de ce que l'auteur pense de son pays, du moins de ce qu'il est devenu.

Je termine avec un petit clin d'œil vers le cinéma, car l'on connaît les liens qui unissent John Steinbeck avec l'immense réalisateur John Ford. Ce dernier a dit dans le livre de Peter Bogdanovich qui lui est consacré : « Si nos ancêtres pouvaient nous voir, ils seraient salement honteux. » Voilà, c'est sans doute à peu près le message que nous délivre L'Hiver de Notre Déplaisir, un livre à ne pas rater (mais à ne pas lire dans sa traduction bidon Une Saison Amère), assurément l'un de mes coups de coeur de l'année.

Bien entendu, tout ceci n'est que mon avis, en espérant qu'il ne fera pas votre déplaisir en cette saison d'hiver, car, somme toute, il ne représente pas grand-chose.


La Belle Vie
La Belle Vie
par I. Kazakov
Edition : Poche
Prix : EUR 6,50

5.0 étoiles sur 5 Le plus grand nouvelliste russe d'après moi, 11 février 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La Belle Vie (Poche)
Oserai-je le dire ?… oserai-je prétexter cela ?… non, quand même, c’est un peu fort… mais pourtant j’y crois, voyez-vous, je m’en suis intimement persuadée, du plus profond de moi-même jusqu'à l'épiderme… J’ai un peu le trac avant de lâcher un truc comme ça… Bon, allez, je me jette :

Je considère Iouri Kazakov comme l’un des plus grands, si ce n’est LE plus grand, nouvellistes du patrimoine littéraire, toutes époques et toutes origines confondues ; excusez du peu ! Ça fait assez énorme dit comme ça, mais c’est toutefois l’exact reflet de ma pensée. J’en ai pourtant lu des tas, de nouvelles et pas écrites par des nains ni des mièvres, mais celles de Kazakov ont un effet sur moi incalculable et inaccoutumé : apaisant, bienfaisant, shootesque, nirvanesque (si vous me tolérez ces deux derniers termes).

N’imaginez pas de spectaculaire, pas d’emphase, pas de sujets déchirants, pas d’individus exceptionnels, pas de temps anciens d’une incomparable cruauté, pas de fantasmagories exacerbées, non, rien de tout ça. Rien que du très simple, du très sobre, du très naturel, des gens ordinaires dans les paysages ordinaires de Russie septentrionale.

Mais une élégance, une pudeur, une finesse, une profondeur dans l’évocation — indubitablement l’œuvre d’un grand esthète. Une âme sensible à toutes les formes du beau, celles — communes — mais si fortes du regard, celles plus sophistiquées de l’univers des sons, celles plus subtiles encore du monde des odeurs et des saveurs, bref, tout ce qui de près ou de loin peut imprimer une sensation, qu'elle soit tactile, thermique, hygrométrique, sentimentale, fruit d’une addiction ou d’un état second, amoureuse ou nostalgique.

La Belle Vie, oh oui, le bien nommé recueil, le bien aimé recueil, oh oui, la belle vie, oh oui, le coup de chance que d’avoir un tel recueil entre les mains, oh oui, que ça fait du bien de lire des lignes de cet acabit-là, croyez-moi.

J’avais adoré son précédent recueil La Petite Gare où il avait réussi à m’émouvoir même d’un chien aveugle et à me faire vibrer à l’unisson de l’animal lorsque ses instincts étaient assouvis. Ici, c’est le même bonheur à la lecture, absolument. Ici, c’est sur le destin d’une vieille dame en bord de cercle polaire arctique qui me touche au plus profond de moi, là c’est sur un alcoolique fainéant doué d’un organe vocal qui met tout le monde en état de grâce, là encore, c’est sur un couple timide aux manières un peu rudes qui n’ose pas trop s’avouer qu’ils se sentent bien ensemble, etc., etc.

Douze nouvelles, douze atmosphères, douze ambiances, douze moments volés à la vraie vie et enfermés entre ces pages, comme d’une belle fleur des champs qu’on cueille et qu'on veut conserver dans un bouquin pour qu’elle ne se fane jamais. Kazakov, le seul gars qui arrive à me faire rêver sur la Russie communiste des années 1950-60.

Il nous parle du grand nord, des littoraux de la mer Blanche, il nous parle des trains du temps de Staline dont on imagine aisément le confort, et pourtant, on aurait envie d’y être, de vivre et de voir ce que ses yeux ont vu, de posséder le même filtre que lui, qui a le pouvoir de rendre beau tout ce sur quoi il pose son dévolu.

Iouri Kazakov a le goût de nous dresser des portraits sublimes et sensitifs de gens qui ont tous, plus ou moins, pour dénominateur commun un réel attachement pour la nature bien plus que pour la foule ; cette nature vierge, sauvage, inviolée ou presque par les cicatrices de l’action humaine. Ce pour quoi il faut souvent aller loin, loin dans le grand nord ou vers l'inaccessible Sibérie, loin de la ruche bourdonnante qu’est Moscou, prendre les bus ou les trains soviétiques pour jouir de quelques heures, quelques jours d’instants de grâce…

L’isolement, le calme, la communion avec la nature, des gens simples, des gestes essentiels, des sentiments bruts, de l’indicible, un voile de pudeur, une relation intime et complexe entre deux êtres, voilà ce dont l’auteur sait se faire le chantre, le peintre et le distillateur, lui qui passe ses nouvelles dans les fins tourbillons de ses alambics et dont on regarde couler goutte à goutte la quinte essence sous laquelle il n’y a plus qu’à allonger la langue et se repaître.

Une véritable cure de jouvence, un élixir, un séjour dans la nature auprès de gens qui vivent chichement mais se sentent bien. En somme, la belle vie, mais ça, ce sera encore à vous d’en décider car ceci n’est qu’un avis, un mince reflet d’une impression de lecture sur une âme manifestement prédisposée à se laisser séduire par cette écriture, autant dire, pas grand-chose.


Les Perses - PREPAS SCIENTIFIQUES 2015
Les Perses - PREPAS SCIENTIFIQUES 2015
par Eschyle
Edition : Poche
Prix : EUR 6,40

Aucun internaute (sur 1) n'a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 Hélas ! Hélas !, 11 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Perses - PREPAS SCIENTIFIQUES 2015 (Poche)
Il y a une nuance, je pense, entre le fait de trouver un texte fondamental dans l'histoire littéraire et le fait de l'apprécier. Prenons un exemple dans un autre domaine. Personnellement, je trouve que le premier récepteur de Guglielmo Marconi est absolument fondamental et essentiel dans l'histoire des sciences et de la technique ; ouvrant la voie à des avancées fulgurantes dont nous bénéficions aujourd'hui plus que jamais.

De là à me pâmer chaque matin sur les incroyables performances de son récepteur, d'une portée de 2,4 km avec une réception comparable à un bac de friture en pleine effervescence et vis-à-vis de laquelle le bip-bip de Spoutnik fait figure de réception Dolby digital : il y a un monde.

Eh bien, Les Perses d'Eschyle, pour moi, c'est un peu ça. Elle est tout ce que les autres en ont dit : la plus ancienne pièce quasi complète qui nous soit parvenue à ce jour ; une pièce qui nous parle d'un événement historique, ce qui est, toutes proportions gardées, très rare pour l'époque. Sans oublier les innovations purement scéniques que nous devons à Eschyle, pas de doute, c'est bien l'un des pères fondateurs du théâtre, de la tragédie et même, je pense qu'on peut aller jusqu'à le présenter comme un des pères de la littérature dans son ensemble.

Ceci dit, j'ai tout de même un peu de mal à m'enthousiasmer plus que ça. Sophocle, par exemple, qui aurait l'âge d'être son fils et qui n'est donc séparé d'Eschyle que d'une génération me semble avoir placé la barre bien plus haut quant aux seules qualités littéraires de ses textes, à l'intensité de ses intrigues, à la profondeur psychologique de ses personnages, au rythme de ses pièces.

Les pièces d'Eschyle sont ultra-courtes mais pourtant, on trouve le moyen de s'y ennuyer. C'est comme un long radotage où l'on vous répète inlassablement le sempiternel « Hélas ! Hélas ! » C'est vrai hélas ! car la lectrice que je suis est lasse. Quoi hélas ? qu'est-ce qu'il y a Hélas ? pourquoi Hélas ? quelles conséquences Hélas ? quelles réactions Hélas ? quels ajustements Hélas ? Mince à la fin avec ton Hélas !

Bon, d'accord, l'armée des Perses est vaincue ; ça, je crois que j'ai bien compris, et ensuite ? « Hélas ! Hélas ! » Oui, mais encore ? « Hélas ! Hélas ! » Okay, mais je voulais dire, qu'est-ce qu'il y a après le hélas ? « Hélas ! Hélas ! » Bon, je crois que c'est sans espoir… « Hélas ! Hélas ! » (profond soupir, immédiatement suivi d'un violent choc des paupières… hélas !)

Donc en somme, voilà ce que j'ai retenu. Les Perses, une gigantesque armée recrutée sur les immensités de l'empire du défunt Darius, les Perses, pas tous Perses donc, menés par Xerxès, le fils du grand Darius s'en viennent prendre en tenaille la coalition grecque autour d'Athènes. D'un côté par la mer en affrétant une immense flotte de plus de mille navires de guerre (pour les détails, toujours très sujets à caution, se reporter à l'historien Hérodote, qui peut-être bien radote). de l'autre côté, par le continent en franchissant le détroit des Dardanelles par un procédé original : relier des barques d'un bout à l'autre du détroit pour permettre à son armée de sauter de l'une à l'autre à pied sec.

Bref, c'était pas mal pensé mais les Grecs, ayant été les vainqueurs — et transitoirement ceux qui nous ont raconté cette histoire — se sont attribué un rôle intéressant : moins nombreux mais pas affolés, pas peureux pour deux drachmes, capables de s'unir sans dissensions, plus rusés, plus forts, plus agiles, plus TOUT, quoi !

Tiens, c'est marrant, le coup de l'union des cités grecques contre un ennemi commun venu d'Asie ça me rappelle un peu une histoire qu'on se racontait alors depuis des siècles, l'Illiade. Donc on sent une certaine volonté, pour ne pas dire une volonté certaine, de faire coller la situation actuelle des guerres Médiques à celle, aux trois quarts fantasmée, de la Guerre de Troie.

Bon, et comme dans toute bonne propagande il faut un système de communication efficace, pourquoi ne demanderions-nous pas à un ancien de la bataille de Salamine de nous pondre un petit spectacle bien senti allant dans ce sens sous des airs d'apitoiements pour les Perses ? Eschyle était né ; l'histoire allait devenir légende, allait devenir spectacle, un peu comme le Jour le Plus Long avec John Wayne, Henry Fonda et Robert Mitchum (à tes souhaits).

D'ailleurs, à ce propos, la fin de la pièce fait dans l'endoctrinement quasi-religieux où l'on reconnaît une forme ancestrale du répons des offices liturgiques chrétiens, voire même un proto-gospel de type call and response.

On voit donc à longueur de pièce la brave maman de Xerxès pleurer et se lamenter sur la défaite de son humilié de fiston. Elle en appelle alors, cas de force majeure, au fantôme de Darius à coup de libations et de prières aux Dieux pour savoir quoi faire en pareille panade. Eschyle ponctue toutes ses phrases d'un « Hélas ! Hélas ! » en nous rappelant bien que la Grèce est forte, qu'Athènes c'est ce qu'il y a de mieux et que surtout, surtout, faut croire aux Dieux, car, en toutes occurrences, ce sont eux, les véritables artisans de la victoire. (Ce que l'on pourrait éventuellement résumer en langage moderne par une formule pleine de sagesse du genre : « Si vous ne voulez pas vous faire Niké*, vous vous ferez avoir. »)

Eh bien, merci pour ce conseil Eschyle, j'y penserai en temps utiles ; pour l'heure il faut que j'aille me recoucher car à fin et à force de me percuter les paupières, j'ai senti les bâillements lancer l'assaut. Donc, vous aurez peut-être deviné que cette pièce n'est pas particulièrement ma tasse de thé mais ceci n'est que mon avis, pas beaucoup plus qu'un tuyau Persé, c'est-à-dire, pas grand-chose.

(* il s'agit bien entendu de Niké, déesse de la victoire, pas de cette marque vaguement sportive symbolisée par un genre de virgule mal positionnée et qui, soi-disant, serait une représentation stylisée de l'aile de ladite déesse.)


Une pomme par jour
Une pomme par jour
par Keda Black
Edition : Broché
Prix : EUR 16,90

10 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Une ôde à la pomme, 17 octobre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Une pomme par jour (Broché)
Il fut un président qui fit de la pomme un slogan de campagne. Ce n’est pas rien. Heureusement, pour le bien de tous, les présidents passent et leurs slogans avec eux. Mais la pomme, elle, reste. Et c’est bien d’elle qu’il s’agit dans ce livre qui lui est amoureusement dédié par la trublionne des cuisines Keda Black.

La Normande de naissance et de cœur que je suis restée (malgré mon lâche et déchirant abandon de la Basse-Normandie il y a bientôt quinze ans) ne pouvait passer à côté d’une si belle occasion de lui rendre hommage.

Sachez (et je parle sans parti pris puisque mes veines sont baignées pour moitié de sang breton) que lorsque de nos jours, dans beaucoup de régions de France on vous vante les mérites du cidre breton, comme le seul véritable et authentique, ça me fait doucement rigoler. C’est presque comme si l’on vous garantissait l’authenticité d’un camembert des Pays de la Loire ou du Nord-Pas de Calais.

Non, je ne vais pas vous faire un long plaidoyer argumentatif, rassurez-vous, je vais juste vous donner un chiffre (qui en l’occurrence est un nombre) : dans le seul Pays d’Auge, c’est-à-dire un infime trognon de la Normandie puisqu’il couvre, grosso modo, un tiers seulement du département du Calvados, dans ce seul Pays d’Auge donc, au XIXème siècle, on répertoriait non pas 10, non pas 50, non pas 100, non pas 500 mais près de 600 variétés différentes de pommes.

Non, vous ne rêvez pas, 600 variétés de pommes différentes dans le seul Pays d’Auge. Donc la patrie du cidre, sachez-le, n’en déplaise à quelques Bretons de mauvaise foi, c’est bel et bien la Normandie. Une région qui a voué un culte et un savoir-faire à la pomme comme la Bourgogne ou le Bordelais ont voué un culte à la vigne. Mais les Normands ne savent pas vraiment se vendre et ne sont guère les champions de la publicité, domaine où je veux bien reconnaître une forme de supériorité locale à la Bretagne.

Oui, 600 variétés de pommes, dont beaucoup ont disparu ou c’est tout comme. Grâce au gui, aux tempêtes, aux tronçonneuses et à cette manie du XXème siècle de croire qu’il savait tout mieux que les dix siècles qui l’avaient précédé, qui avaient mis sur pied, amélioré et pérennisé un système qui avait fait ses preuves depuis mille ans.

Oui, quand je retourne en Normandie, souvent mon cœur se pince quand je vois ces immenses surfaces dédiées au dieu Productivité, un dieu qui est fâché de longue date avec les dieux Qualité et Goût. Ces immenses surfaces où ont disparu les pâturages traditionnels plantés de pommiers à hautes tiges sous lesquels les vaches paissaient. Ces nouvelles surfaces plantées de pommiers à basses tiges, peuplées de mini-tracteurs et de bombonnes de traitement insecticide, ruisselantes de pommes toutes bien calibrées, jaunes comme des mirabelles et insipides comme des hosties, deux ou trois variétés, pas plus, des variétés… anglaises ! Ouille ! Que j’ai mal à ma Normandie et à son ancestral savoir-faire en matière de pomme !

Eh oui, une pomme — une vraie pomme j’entends — ça a du goût (parfois tonique même), ça dépasse rarement les 5 cm de diamètre, ce n’est jamais brillant, encore moins symétrique et c’est souvent véreux et bourré d’imperfections. Une vraie pomme, comme n’importe quel fruit originaire des régions tempérées du globe, ça a une saisonnalité et ça ne se rencontre pas toute l’année. C’est aussi le pourquoi des 600 variétés du Pays d’Auge.

Cela permettait d’étaler la floraison sur la plus longue période possible au printemps pour arriver à passer au travers des dévastatrices gelées tardives pour les pommiers en fleurs et aussi d’étaler la maturité de juillet pour les pommes dites « pommes de juillet » jusqu’à la variété dite « Noël des champs » et dont le nom parle de lui-même.

D’ailleurs, j’en terminerai dans cette longue digression, en stipulant que le mot argotique ou patoisant pour désigner le cidre dans le Pays d’Auge est le mot « bedan », l’une des stars locales parmi les 600 variétés répertoriées et qui était réputée pour la saveur qu’elle donnait au cidre.

C’est ce qu’exprime, mais de façon moins longue et moins pénible Keda Black, qui centre très intelligemment son ouvrage sur les variétés. Bien sûr ce sont les variétés actuelles qu’on trouve le plus fréquemment sur le marché, les Golden Delicious, les Granny-Smith et autre Jonagold ou Boskoop, des hérésies de la nature toutes nées sur des terres anglo-saxonnes ou des Pays-Bas, mais bon, il faut faire avec ce qu’on a…

L’auteur nous délivre donc des recettes variées sucrées (surtout), salées (un peu) autour de la pomme (beaucoup) ou du cidre (un peu). Pour une même variété de pomme, on vous donne des recettes où elle est utilisée de façon optimale (saveur, tenue à la cuisson, etc.) et par quelle variété elle peut éventuellement être remplacée. Je suis vraiment enthousiasmée par cette tentative pour redonner ses lettres de noblesse à un fruit qu’on ne célèbre pas — ou trop peu — à sa juste valeur.

Ce sont donc des recettes assez ambitieuses. Qui dit " ambitieuses " dit " pas spécialement adaptées aux débutant(e)s ". Un livre qui vous réussira donc d'autant mieux que vous aurez une petite expérience en pâtisserie. C’est à la fois la force et la faiblesse, selon moi, de ce livre. Des recettes plutôt élaborées qui donnent des résultats excellents mais qui sont du coup assez longues et qui nécessitent une certaine logistique. On n’a rien sans rien me direz-vous.

Assurément vous pourrez surprendre positivement vos hôtes avec ces (environ) soixante-dix recettes, (j’en ai déjà essayé quelques-unes qui m’ont satisfaite) mais dites-vous simplement que ce n’est pas de la cuisine pour gens pressés. Hormis ce petit bémol qui peut s’avérer gênant avec le rythme de la vie actuelle, je n’ai que du bien à dire de ce livre objet très beau, très réussi esthétiquement et graphiquement, avec des illustrations et des photographies de qualité.

Je remercie donc vivement les éditions Marabout ainsi que l’opération Masse Critique de Babelio qui m’ont permis de découvrir ce succulent ouvrage. Mais ce n’est bien évidemment qu’un tout petit avis, haut comme trois pommes, c’est-à-dire, très peu de chose.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 31, 2015 1:32 PM MEST


L'Introuvable
L'Introuvable
par Dashiell Hammett
Edition : Poche
Prix : EUR 7,10

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un policier écrit par un véritable écrivain, ça fait du bien, 29 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Introuvable (Poche)
AAAAAHHHHH ! Ça c'est du polar comme je les aime ! Le genre de livres qu'on ouvre un soir avant d'aller dormir et qu'on ne referme plus avant d'avoir tourné la dernière page au petit matin et qui vous aura coûté une nuit blanche et énormément de plaisir. D'ailleurs l'appellation roman noir conviendrait peut-être mieux, quoiqu'il s'agisse, au sens le plus noble et le plus strict de l'expression, d'un roman policier.

Aiguisons votre fibre d'enquêteur... voyons, voyons. Si je vous dis qu'il s'agit d'un p'tit gars né exactement le 27 mai 1894, mort en 1961, qui a fait la guerre, qui a eu des démêlés avec les autorités de son pays, hum ?... qu'est-ce que vous me dites ?... Louis-Ferdinand Céline. Ouais, pas mal, tout colle, les indices semblent révélateurs, mais je vous dis non, vous faites fausse route.

Le 27 mai 1894, aux deux antipodes de l'Atlantique sont nés deux monstres de la littérature. L'un s'appelle Céline et l'autre c'est évidemment Dashiell Hammett. Leurs lignes de vie sont incroyablement ressemblantes, si ce n'est qu'on a reproché à l'un d'être un peu trop à gauche et à l'autre un peu trop à droite.

Effectivement, hormis ces quelques points communs, on n'a évidemment pas tout à fait affaire au même bonhomme. Celui qui nous intéresse aujourd'hui avait une paire de couilles absolument énormes et a fait mille trucs dangereux dans sa vie, au premier rang desquels on peut citer le fait de se déclarer communiste en pleine chasse aux sorcières et de refuser systématiquement de balancer des gens et de se trouver des alibis, alors même qu'il n'avait absolument rien à se reprocher, juste par principe, parce qu'il n'aimait pas qu'on l'oblige à dire ce qu'il n'avait pas envie de dire.

Ça lui a coûté à peu près tout ce qu'il possédait, ça lui a flingué sa carrière littéraire, mais, rien à faire, il ne plia pas. Bref, j'ai beaucoup d'admiration pour l'homme, (sauf peut-être son côté alcoolique très prononcé) et peut-être plus encore pour l'écrivain.

J'ai souvent exprimé ici mes regrets de voir des romans policiers au scénario impeccable, avec tous les ferments d'un sublime morceau de littérature, malheureusement gâchés, ou partiellement gâchés, par une écriture trop faible ou des facilités de style.

Ici, rien de tout ça, et c'est ce qui en fait le prix à mes yeux. Vous êtes menés de main de maître tambour battant sur la piste d'un criminel, ça, c'est tout à fait ordinaire de nos jours, mais rien n'est lâché quant au style, nerveux, incisif et pourtant littérairement solide, ce qui est déjà nettement plus rare. Selon moi, la très, très grande classe en matière d'écriture policière.

Le livre a été écrit en 1934. Non, vous ne rêvez pas, 1934, quatre-vingts piges et ça sent encore le frais comme si vous veniez de le déballer. La traduction française de 1950 est elle un peu moins fraîche mais encore très convenable et Gallimard a malgré tout eu l'excellente idée de le faire retraduire récemment pour en restaurer tous les sucs intimes, délicats et inestimables qui avaient passé au soleil. Donc, pourquoi se priver ?

L'Introuvable qui est-ce ? Clyde Wynant. Un original, un inventeur, un fou disent certains. Peut-être un brin timbré, certes, mais suffisamment génial pour gagner grassement sa vie de ses inventions. Son ex-femme, Mimi, et sa fille, Dorothy aimerait bien lui remettre la main dessus, mais depuis que sa secrétaire particulière Julia Wolf a été retrouvée abattue de plusieurs balles de révolver, l'oiseau s'est envolé.

Il ne communique plus que par lettres ou par télégrammes, qu'il fait transiter soit par son avocat Macaulay, soit par son fils Gilbert, soit par quelque autre procédé qui interdit toujours de le localiser.

Heureusement, par hasard, se trouve à New-York un ancien détective, Nick Charles, qui connaissait bien la famille avant le divorce et même l'avocat. L'inspecteur Guild, chargé de l'affaire, aimerait bien que Nick Charles reprenne du service pour l'aider à voir un peu clair dans cet imbroglio.

Or lui aussi paraît louche, car il semble bien avoir fricoté naguère avec Mimi, l'ex-femme, qui s'est remariée avec un certain Jorgensen. Et qui est ce Jorgensen ? Que cherche Dorothy à vouloir allumer Nick ? Quelle relation unissait la victime Julia Wolf et l'introuvable Clyde Wynant ? Nunheim, un trois-quarts malfrat de troisième zone semble avoir accidentellement appris quelque chose sur l'affaire. Pourra-t-il monnayer ces informations ? En aura-t-il le temps et le loisir ? Qui d'autre avait intérêt au meurtre ? Pour quel mobile ? C'est ce qu'évidemment, je ne veux à aucun prix vous révéler.

Du grand Dashiell Hammett, du grand polar, avec des dialogues excellents, une peinture sociologique et psychologique des plus raffinées mais ce n'est bien évidemment que mon avis, et j'ai bien conscience qu'il vaut mieux parfois qu'il soit introuvable car il ne signifie pas grand-chose.


La véridique histoire de la fée Melusine
La véridique histoire de la fée Melusine
par Michèle Perret
Edition : Broché
Prix : EUR 14,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Un classique du Moyen Âge bien revisité mais avec un vocabulaire un peu trop difficile pour les jeunes d'aujourd'hui, 26 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La véridique histoire de la fée Melusine (Broché)
C'est un exercice toujours très délicat que de faire la critique d'une œuvre écrite par une personne pour laquelle on a à la fois de la sympathie, de l'estime et de l'admiration. J'ai pris cet engagement auprès d'elle d'en faire une critique la plus impartiale et objective possible.

Pour ce faire, j'ai pris le temps au préalable d'étudier le livre in-extenso avec une classe de CM1/CM2 d'un niveau correct, pas exceptionnel, loin s'en faut, mais pas non plus aussi bas qu'il m'est arrivé d'en croiser. L'avis qui va suivre est donc une espèce de fusion de mon ressenti propre de lecture, de mon ressenti d'enseignante ayant eu à faire étudier ce livre à des élèves et des remarques mêmes des élèves, qui restent les principaux intéressés dans cette expérience.

Le livre se présente sous forme de dix-neuf chapitres allant de 2 à 8 pages (4 à 5 pages de moyenne). Certains chapitres présentent une illustration de pleine page en noir et blanc de Sylvain Bourrières. Autant régler tout de suite leur sort à ces illustrations. Personnellement, elles ne m'ont pas convaincu et ne me semblent rien apporter à l'histoire, mais les élèves, eux, semblent les avoir appréciées et les trouver importantes.

L'histoire est une double adaptation de l'œuvre de Jean d'Arras intitulée Mélusine ou la noble Histoire des Lusignan, datant de la fin du XIVème siècle. Adaptation en français moderne, tout d'abord, et adaptation pour les enfants d'autre part.

Cette histoire de Jean d'Arras est complexe car à cheval sur différents genres : le récit merveilleux, tout d'abord, quasiment récit mythique fondateur car on retrouve des avatars de Mélusine dans beaucoup de folklores indo-européens depuis des temps immémoriaux. C'est aussi un roman de chevalerie comme il s'en faisait à l'époque et c'est encore une manière de biographie généalogique sur la famille de Lusignan, originaire du Poitou et dont des représentants seront rois qui à Chypre, qui à Jérusalem, qui en Arménie, qui en Bohème ou au Luxembourg, sans oublier une myriade de comtés ou d'autres type de provinces françaises.

Selon moi, il convient d'examiner séparément les deux types d'adaptations que propose Michèle Perret de cette œuvre. Tout d'abord, l'adaptation en français moderne, qui, je ne pense pas faire vraiment débat là-dessus est très réussie. En rafraîchissant la langue, les cheminements ou des détails tels que les unités de mesure, on a affaire à un texte réellement intelligible au XXIème siècle. L'auteur propose également fréquemment, en bas de page des éléments d'éclaircissement quant au texte même de Jean d'Arras.

Donc, pour le lecteur actuel, une adaptation parfaite en français moderne. En revanche, si je dois donner sincèrement mon opinion sur l'adaptation destinée à des enfants de 9 à 13 ans, la fenêtre d'âge qui semble le cœur de cible de l'ouvrage, mon éloge sera plus mesuré pour les raisons suivantes :

1) En premier lieu, la richesse et la complexité du vocabulaire employé a très fortement nuit à la compréhension. Les élèves n'ont pas décroché parce que je les ai tenus à bout de bras (et un peu menacé, faut être sincère jusqu'au bout). Je ne sais pas si en lecture libre, un seul de mes élèves serait allé au bout. C'est particulièrement vrai pour les termes propres à la chevalerie ou à la religion, deux domaines où les enfants actuels sont quasi vierges de connaissances et de vocabulaire spécifique.

2) En second lieu, la multiplication des personnages, les descendants de Mélusine, dans la seconde moitié du livre, personnages auxquels on n'a pas vraiment le temps de s'habituer ni de s'identifier me semble également un frein. J'ai perçu un net déclin d'intérêt dans cette phase alors que la première partie, ayant le couple Mélusine et Raymondin pour centre, les avait, elle, captivés.

3) Troisièmement, en regard des connaissances limitées des enfants en géographie, une carte présentant les différents lieux de l'histoire aurait été plus que nécessaire. Les élèves n'arrêtaient pas de me demander : c'est où la Marche ? c'est où l'Arménie ? c'est ou Parthenay ? etc., etc.

4) Enfin, pour des enfants de cet âge, le mélange des genres à quelque chose de frustrant et de déroutant. Je m'explique. Ils ont, vers 10 ans, une expérience à la fois des œuvres de fiction et également des documentaires (historiques ou autres). Ici, du fait que des informations réelles sont constamment entremêlées d'événements peu crédibles, ils ont eu tendance à se sentir menés en bateau et à ne plus croire à rien du tout. C'est susceptible un enfant à cet âge-là, et c'est assez manichéen aussi : soit c'est faux, soit c'est vrai. Quand c'est entrecroisé, ça dérange.

Je vais donc conclure avec cette dernière adaptation, celle destinée spécifiquement à la jeunesse, en disant qu'il aurait très certainement fallu une simplification du vocabulaire et des tournures trop éloignées du quotidien des enfants (ex : vint à passer, eut-on dit, chapellenie, etc.), un débroussaillage plus approfondi sur les descendants de Mélusine sur lesquels on souhaitait se focaliser, une carte des lieux mentionnés, et un documentaire réel, en fin d'ouvrage où les enfants auraient pu avoir accès à " ce qui est vrai " dans l'histoire qu'ils viennent de lire. Le simple " repères chronologiques " en fin d'ouvrage ne me semble pas suffisant pour gommer les interrogations germées tout au long du livre.

Bien évidemment, ceci n'est que la véridique histoire de mon avis, qui ne signifie pas grand-chose.


Un amour bon comme le sel
Un amour bon comme le sel
par Mariana Cojan-Negulesco
Edition : Album

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Un conte moderne original et plutôt réussi, 26 août 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Un amour bon comme le sel (Album)
Voici un conte moderne de l'auteur roumaine Mariana Cojan-Negulesco qui est assez différent de ceux auxquels on est habitué.

Tout ressemble pourtant : un empereur, trois filles à marier, une infortunée qui deviendra servante, un prince charmant, bing ! le grand amour. On se dit qu'on a affaire à Cendrillon.

Et pourtant non, loin s'en faut. Car ici, s'il est effectivement question d'amour, c'est d'amour filial. Il n'y a aucune marâtre jalouse, aucune opposition entre les sœurs. Le nœud de l'histoire réside dans la relation entre un père et sa fille.

Un jour que l'empereur veuf demande à ses trois filles chéries comment elles l'aiment, elles, les deux premières répondent avec des comparatifs sucrés et la dernière, trop jeune, peut-être, ou trop franche, lui avoue qu'elle l'aime comme le sel.

C'est vrai que dit comme cela, ce n'est pas hyper sexy. Imaginez Lou Reed en train de chanter, à la place de " Sugar " : ♫ " Hey Salt, ♪ take a walk on the wild side. " ♫ Tout de suite, ça le fait moins... et c'est précisément ce que s'est dit son père, l'empereur Rouge, qui pour le coup, a bien porté son nom et qui a expédié l'insolente au diable vauvert.

Ce n'est que péniblement, avec beaucoup d'humilité, que la jeune princesse bannie retrouvera par un heureux mariage la majesté due à son rang. Que décidera-t-elle alors vis-à-vis de son vieux père et de ses sœurs ? C'est ce que je vous propose de découvrir par vous-même.

Ce conte de sagesse est intéressant de mon point de vue car il montre, par le biais d'une expérience vécue par tous les enfants, l'expérience culinaire, que tout ne réside pas dans l'immédiateté et dans la facilité et que, selon l'expression consacrée, c'est même parfois ce qui fait le sel de l'existence.

Donc, un livre bien agréable à proposer à la lecture à partir de 8 ans environ et à lire par l'adulte un peu plus tôt mais probablement pas à la maternelle où le vocabulaire employé et la longueur de l'histoire seront des obstacles trop important. Mais ce n'est là qu'un avis, peut-être bien insipide, c'est-à-dire, pas grand-chose.


Le Jour des corneilles
Le Jour des corneilles
par Jean-François Beauchemin
Edition : Poche
Prix : EUR 8,10

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Un beau style comme on en n'avait plus fait depuis Rabelais mais d'un glauque déprimant, 26 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Jour des corneilles (Poche)
Le Jour Des Corneilles m'a été chaudement conseillé par l'une de mes plus proches amies qui, connaissant mes affinités pour le style, m'a assurée que " tu vas adorer, j'en suis sûre ".

Et effectivement, dès les premières lignes vous êtes embarqués dans un français incroyable, comme surgit d'outre-tombe, un françois comme Français Rabelois l'eût probablement escrit et appresté, si agréable à l'esgourde par sa sonnaillerie plaisante et insolite.

Cet effet très maîtrisé par Jean-François Beauchemin est rendu presque naturel par le fait que le narrateur et protagoniste principal de l'histoire a vécu, complètement isolé et reclus avec son père dans une cabane au fond des bois depuis sa plus tendre enfance.

Ainsi, ce langage bourré d'archaïsmes québécois, lesquels archaïsmes ressemblent comme deux gouttes d'eau au moyen français qui se pratiquait à l'époque de Rabelais, est censé coller à l'archaïsme du mode de vie, loin de la civilisation et des mœurs de notre époque.

Donc, sur le volet du style, je trouve ce petit roman très réussi et très dépaysant, vous transportant en moins de cinq lignes à cinq siècles en arrière, comme au temps du bon roi François, premier du nom.

Il me faut maintenant parler des choses qui fâchent, à savoir que, malgré cette grande originalité de style, je n'ai pas goûté cette romance au ragoût de chipmonque et d'atrabile. Si vous aimez le glauque de chez glauque assaisonné au gore de chez gore, alors vous aimerez très certainement Le Jour Des Corneilles.

En revanche, si comme moi vous n'affectionnez ni glauque ni gore, vous risquez d'éprouver quelques malaises durant cette lecture. De quoi est-il question ?

Dans ce récit à la première personne, le fils Courge explique à un juge tout son parcours, depuis sa naissance jusqu'à cette session devant le tribuneau. Il y fait donc la longue litanie des mauvais traitements semi-sadiques qu'il a subit de la part de son père, faute d'avoir connu sa mère, décédée à sa naissance.

Ce père, véritable brute des bois, qui a tout fait pour le faire périr, volontairement ou involontairement, avec ou sans le recours d'un fort dérangement cérébral est le véritable héros (anti-héros) de cette histoire.

Tout du long, on essaie de comprendre les motivations de cet homme, d'une part à vivre à l'écart du monde et à interdire à son fils tout contact avec ses semblables. Ensuite, l'origine de l'espèce de culte sacrificiel païen qu'il voue à sa défunte épouse, ainsi que quelques uns de ses dérangements psychiatriques.

Dans l'ombre du père Courge, vivote — survit plutôt que vit — son frêle fils, qui passe lui son temps à se demander si son père éprouve quoi que ce soit d'affection envers sa personne.

On peut lire en quatrième de couverture une citation de Martine Laval dans Télérama qui dit : " Ici, l'horreur flirte avec la grâce. " Tout dépend comment l'on entend le mot flirte, si comme moi, l'on considère que cela signifie " qui s'en approche sans jamais l'atteindre ", alors oui, je suis d'accord.

Pour ma part, j'écrirais plutôt que l'horreur flirte avec le morbide et roule un patin à l'immonde. Les scènes de dépeçage de créatures diverses, animales ou humaines, viennent à l'appui de ce sentiment.

Bref, très belle rencontre quant au style, mais grande déception quant au fond. Je pense qu'il est possible de parler d'amour filial sans aller dans des terrains aussi glauques et bourbeux, d'où cette appréciation mitigée et assez généreuse par rapport au plaisir réel que j'y ai pris à la lecture.

Mais ce n'est là que mon avis de sinistre corneille, un avis qui volera en fumée, c'est-à-dire, pas grand-chose.


Le Génie des alpages, tome 1
Le Génie des alpages, tome 1
par F'Murr
Edition : Album
Prix : EUR 11,99

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Complètement déjanté, comique de l'absurde, BD très spéciale mais finalement sympa, 25 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Génie des alpages, tome 1 (Album)
Attention ! accrochez-vous ! vous êtes dans Le Génie Des Alpages. C'est un OVNI à base d'OVIN. C'est une bande dessinée vraiment difficile à définir car hors norme sur toute la ligne, décalée sur tous les codes. Dites-vous déjà que cette BD ne peux pas être consensuelle car elle est trop typée, trop barrée, trop déjantée pour plaire à un large public.
Vous rencontrerez donc des fans morts de rire et des gens qui détestent en criant au foutage de gueule, rarement entre ces deux extrêmes. C'est donc tout à fait involontairement que, pour ce qui me concerne, je me situe à peu près entre les deux, disons " moyen + ". Je ne peux pas dire que j'adore, en revanche, je ne trouve pas ça nul du tout. C'est juste très spécial.
Imaginez un comique de l'absurde, mais pas juste un peu absurde, de l'absurde total, du non-sens absolu. Mettez-vous dans l'ambiance bouillonnante et délirante des années 1970, période de tous les excès, où l'on osait tout et vous comprendrez comment une telle bande dessinée a pu voir le jour (l'émergence d'une telle curiosité me paraît peu probable dans le climat éditorial actuel, sauf à considérer l'auto-publication).
Ne cherchez pas de scénario ou de thème, car il n'y en a pas. L'album est une suite de situations distinctes jouant sur les registres loufoque et burlesque, se limitant à des doubles pages. Ces situations ne se suivent pas, mais il y a régulièrement des rappels, des gags récurrents ou des personnages secondaires qui poursuivent d'une histoire sur l'autre leurs interrogations complètement déjantées.
Vous avez donc un berger qui ressemble à un retraité anglais confortablement installé dans le jardin de son cottage, un chien de berger qui parle avec son maître et qui mène des réflexions philosophiques avec lui, un troupeau de brebis qui fait sa vie sans les deux précédents ou qui interagit telle une assemblée démocratique face à ses dirigeants.
On retrouve certaines personnalités parmi le troupeau comme Einstein et Rostand, ou encore le bélier Romuald et quelques autres brebis au caractère bien trempé. On y rencontre également des personnages plus surprenants, tel un lion engagé par le chien pour l'aider à garder le troupeau, un sphinx égyptien, pour les mêmes raisons, un Saint-Bernard idiot, un aigle malchanceux et quelques autres personnages, tous aussi délirants et absurdes les uns que les autres.
Le sport local pour le berger et son chien est de faire le décompte des touristes morts en montagne dans les gazettes du pays. L'humour est vraiment très particulier, bourré de calembours, de second degré ou de références à d'autres œuvres, de la littérature, du cinéma, de la BD, etc.
Ce n'est pas toujours à hurler de rire mais il y a de bons gags et des trucs totalement débiles qui finissent par être drôles au millième degré quand on rentre dans le jeu. C'est donc une expérience de BD assez spéciale, pas désagréable pour moi, mais, je le répète, certainement pas grand public donc, c'est à chacun de se positionner par rapport à l'humour et l'univers de F'murr. Mais ceci n'est bien évidemment que mon avis ovin, une brebis égarée, c'est-à-dire, bien peu de chose.


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