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traversay (Orléans, France)
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Comment s'en mettre plein les poches en Asie ...: roman traduit de l'anglais (Pakistan) par Bernard Cohen
Comment s'en mettre plein les poches en Asie ...: roman traduit de l'anglais (Pakistan) par Bernard Cohen
par Mohsin Hamid
Edition : Relié
Prix : EUR 18,00

3.0 étoiles sur 5 Du cynisme au romantisme, 20 septembre 2014
Sous son titre provocateur et cynique : Comment s'en mettre plein les poches en Asie mutante, se cache un livre ironique et tendre, mais oui, qui raconte avec un talent certain une histoire bien connue, celle du jeune garçon pauvre mais ambitieux et débrouillard, devenu un homme riche et magouillard, avant de finir, comme tout un chacun, mélancolique et vieillard. Mohsin Hamid s'amuse à commencer chacun des chapitres par un pastiche des livres de "développement personnel" qui font florès en Asie (et ailleurs). Ou comment acquérir statut et richesse avec quelques conseils de base que suit à la lettre le héros du roman. Tout une vie d'homme défile sous nos yeux, dans un pays qui ressemble furieusement au Pakistan natal de l'auteur, avec ses attentats, sa corruption et le fossé de plus en plus béant entre nantis et déshérités. Si le fond du roman n'a en soi rien d'original, pour peu que l'on soit un tant soit peu familier de la littérature indienne, par exemple, la forme est particulièrement amusante et l'écriture alerte et sans temps morts. Ce pseudo manuel d'accès au capitalisme est un évidemment un leurre et c'est quand Hamid révèle véritablement ses intentions, à savoir montrer que le bonheur se trouve plus du côté du coeur que du portefeuille (d'accord, ce n'est pas un scoop) que le roman devient attachant comme son personnage principal, dès que ce dernier commence à décliner. Un dénouement romantique sans être excessivement sentimental qui laisse le lecteur ému. Oui, vraiment.


Amour de pierre
Amour de pierre
par Grazyna Jagielska
Edition : Broché
Prix : EUR 20,00

3.0 étoiles sur 5 Traumautisme de guerres, 19 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Amour de pierre (Broché)
"Nous partons à la guerre ensemble sauf que moi je reste à la maison." Dans Amour de pierre, de l'asile psychiatrique où elle est soignée, Grazyna Jagielska témoigne. Ce n'est pas un roman, c'est sa vie, réelle, qu'elle raconte à un compagnon de folie. Celle de la compagne d'un grand reporter de guerre qui a couvert pas moins de 53 conflits, de la Tchétchénie à l'Afghanistan, du Sri Lanka au Congo. Elle a essayé de comprendre, Grazyna. Elle a tenté d'évacuer la peur mais rien à faire. L'attente près du téléphone, l'effroi à l'idée qu'il ne reviendrait plus et presque l'espoir qu'il était vraiment mort pour que cesse enfin cette angoisse lancinante. Grazyna a souffert mille tourments. Il lui a dit : "je me sens vivre pleinement quand le danger est là." Pleinement ! Et leur couple alors ? Et leurs enfants ? Pénélope traumatisée, elle a peu à peu sombré, folle de son mari, folle tout court, plus choquée que lui par les horreurs qu'il raconte. Parce que c'était son adrénaline, seulement cela, alors qu'elle vivait tout dans son corps et dans son âme en plus de la crainte de le perdre définitivement. Amour de pierre est une confession. Si intime qu'elle embarrasse parfois. L'écriture est faussement calme, abrasive en dessous. Le récit est haché, suffocant et inconfortable. Le genre de livres qui perturbe mais qu'il est difficile d'aimer. Depuis quelques années, il a abandonné son métier de reporter de guerre. Pour toujours ? Ce n'est pas certain. Grazyna va un peu mieux. Mais il est probable que la peur ne la quittera jamais.


Marina Bellezza
Marina Bellezza
par Silvia Avallone
Edition : Broché
Prix : EUR 23,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Du sang, de la sueur et des larmes, 17 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Marina Bellezza (Broché)
« Ce n'est pas vrai que ce qui compte, c'est où on arrive. Ce qui compte, c'est d'où on vient.» Marina et Andrea, nés dans les Alpes piémontaises, une région frappée de plein fouet par la crise et désertée peu à peu par ses habitants, hormis les laissés pour compte, vont mettre du temps à le comprendre et à l'admettre, davantage elle que lui, il faut bien le dire. Ces deux là, qui s'aiment depuis longtemps d'un amour qui fait mal comme une rage de dents, et qui n'ont de cesse de se faire souffrir, sont les héros de Marina Bellezza, le dernier roman de Silvia Avallone, révélée par le viscéral et incandescent D'acier. Ce nouveau livre ressemble par bien des points à son prédécesseur. Trop sans doute pour qu'on accroche d'emblée. Tout y semble outré : les fêlures d'enfance, les ravages du temps, la déliquescence sociale. Et Marina et Andrea sont des rebelles comme les adolescentes de D'acier. Et prêts à tout pour arriver au bout de leurs rêves chimériques, la célébrité et les paillettes pour l'une, quitte à piétiner tous ceux qui croisent sa route ; le retour à la nature et à la vie d'antan pour l'autre, même en payant le prix de la solitude et du mépris paternel. Marina Bellezza est une vraie tête à claques, une starlette capricieuse, qui ferait passer Lady Gaga pour une sainte nitouche. Bien entendu, elle est fragile comme le cristal et traîne ses douleurs de petite fille comme un boulet. Silvia Avallone ne nous prend pas en traître, le lecteur sait pertinemment qu'il va se faire manipuler et devoir avaler des rebondissements parfois dignes d'un mauvais mélo. A vrai dire, on ne résiste que pour la forme tellement la puissance de cette romancière subjugue et nous fait capituler après plus de 500 pages éreintantes. Parce qu'Andrea, le néo-fermier naïf, et Marina, la diva provinciale, se révèlent attachants même s'ils sont pathétiques. Ils ont une telle hargne et volonté de sortir du troupeau et de s'inventer une vie qui leur ressemble. Il y a du sang, de la sueur et des larmes. Et un coin de ciel bleu ? Ce n'est pas dit mais l'important c'est d'y croire, d'en découdre et de ne pas baisser la garde. Marina Bellezza est roman de combat. Une guerre sans merci pour la survie. Ou pour une vie sans compromissions.


L'homme provisoire
L'homme provisoire
par Sebastian Barry
Edition : Broché
Prix : EUR 19,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Regrets éternels, 15 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'homme provisoire (Broché)
Sa prose rugueuse et élégante, qui s'enroule parfois dans des phrases interminables, à la James Joyce, le prouve indéniablement : Sebastian Barry est un écrivain irlandais pur malt. L'homme provisoire raconte une triste histoire, celle d'un homme qui fuit, est incapable de prendre ses responsabilités et se réfugie dans l'alcool. D'une indépendance à une autre, de l'Irlande des années 20 au Ghana des années 50, la trajectoire de Jack suit une ligne brisée. Quand les remords arrivent, le sentiment d'avoir gâché deux vies, la sienne et celle de son épouse Mai, il est déjà trop tard. Jack est un homme ordinaire, qui échappe miraculeusement à la mort pendant la deuxième guerre mondiale mais qui ne voit pas que son couple se désintègre au fur et à mesure. Trop d'alcool, trop d'absences, trop de faiblesse. Jack n'est pas un salaud, mais il n'a pas en lui la volonté ni la lucidité de protéger celle qu'il aime par-dessus tout et dont il refuse de voir les démons -alcoolisme également, dépression, tendances suicidaires- qui la rongent de l'intérieur. Le roman est parfois complexe à suivre dans sa construction qui chahute la chronologie. Il manque surtout la voix de May qui n'est vue que par les yeux de son époux. Mais le récit est prenant dans cette lente et inéluctable déchéance. Au soir d'une vie, ne demeurent plus que la détresse et des regrets éternels.


L'Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage
L'Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage
par Haruki Murakami
Edition : Broché
Prix : EUR 23,00

5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le chemin ardu vers la sérénité, 13 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage (Broché)
La première traduction française de Haruki Murakami date de 1990. 8 ans après sa parution au Japon, ce troisième roman de l'écrivain japonais séduisit un premier cercle de lecteurs. La course au mouton sauvage : déjà le titre du livre préfigurait l'aspect mi-réaliste, mi-onirique de son oeuvre, son étrangeté et sa sensibilité fiévreuse. Nous étions peu nombreux alors à le découvrir mais le cercle s'est agrandi jusqu'à la célèbre trilogie 1Q84. L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage est le premier roman de Murakami écrit après Fukushima. Son ton et ses thèmes renvoient à quelques uns de ses livres anciens, La ballade de l'impossible en particulier. Son héros est à un moment crucial de son existence. Pour la première fois, il peut envisager de vivre un véritable amour. Mais pour cela, il lui faudra affronter la vérité en remontant vers le passé et ses années de lycée, comme un saumon, à contre-courant. Lui qui pense qu'il est "peut-être un homme vide de contenu", qui ne peut qu'être quitté par ses amis une fois qu'ils se sont aperçus de son absence de couleur, va devoir enfin faire preuve de courage et surmonter son manque de caractère. Ce roman est une pépite : il raconte combien est ardu le chemin qui conduit vers la sérénité, on n'ose écrire vers le bonheur. Si Murakami délaisse le fantastique pur, il est toujours aussi adepte de métaphores et de symboles. Parfois, la réalité n'est plus aussi avérée et ce sont les rêves qui semblent véritables. Mais pour un temps seulement. L'incolore ... est bâti comme un thriller sentimental avec son personnage flottant qui a longtemps flirté avec l'idée de mourir. Il s'est contenté de couler avant de se décider d'essayer de remonter à la surface. La délicatesse du livre, sa finesse psychologique et sa construction arachnéenne touchent directement. La douleur de vivre y est permanente mais adoucie et voilée par le sentiment contradictoire que la solitude et le désespoir ne sont pas des fatalités. "Ce n'est pas seulement l'harmonie qui relie le cœur des hommes. Ce qui les lie bien plus profondément, c'est ce qui se transmet d'une blessure à une autre. D'une souffrance à une autre. D'une fragilité à une autre. C'est ainsi que les hommes se rejoignent. Il n'y a pas de quiétude sans cris de douleur, pas de pardon sans que du sang soit versé, pas d'acceptation qui n'ait connu de perte brûlante. Ces épreuves sont la base d'une harmonie véritable."


Tous les Jours Sont des Nuits
Tous les Jours Sont des Nuits
par Stamm Peter
Edition : Broché
Prix : EUR 17,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Vers une vague sérénité, 12 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tous les Jours Sont des Nuits (Broché)
Tous les personnages des livres de Peter Stamm naviguent dans une sorte de flou. Leur caractère est irrésolu. Ils subissent les épreuves de la vie avec un certain fatalisme. Hausser les épaules, comme dans Tous les jours sont des nuits, son dernier ouvrage, est l'attitude qui les résume le mieux. Leur révolte, si elle a lieu, sera douce, et comme un chemin emprunté presque comme par hasard. Les romans de l'écrivain suisse sont épurés et tiennent sur un fil fragile. Pour les apprécier, il faut être d'une humeur égale et se laisser bercer par une musique qui peut apparaître sensiblement monotone et dépourvue d'énergie. Parfois, la magie opère comme dans Sept ans, sans doute son meilleur livre. Tous les jours sont des nuits est moins réussi, trop étiré peut-être, comme si l'auteur recyclait ses thèmes favoris sans parvenir à dépasser une langueur somnolente. Les deux caractères principaux de Tous les jours sont des nuits sont Gillian et Hubert. Elle est présentatrice à la télévision et sa vie bascule lorsqu'elle est défigurée dans un accident de voiture alors que son compagnon décède ; il est peintre mais ne croit plus guère dans son art. Ils se sont rencontrés brièvement et ont ressenti une attraction mutuelle mais ne sont pas allés plus loin. Ils se retrouveront 6 ans plus tard dans un petit village de montagne. Leur reconstruction est en cours. Voilà. On a l'impression que ces deux êtres sont un peu hors d'eux-mêmes, observant de haut leur lente mutation, leur migration vers une vague sérénité qui passe par l'abandon de toute ambition. Au final, il ne reste qu'un peu de mélancolie qui flotte dans l'air. C'est un roman de Peter Stamm. Pas son meilleur mais il est suffisamment attachant pour diffuser un parfum qui n'appartient qu'à lui, avec ce cousinage certes lointain mais tout de même réel avec un certain Modiano.


La Route Sombre
La Route Sombre
par Jian Ma
Edition : Broché
Prix : EUR 22,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Le ventre martyrisé des femmes chinoises, 11 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Route Sombre (Broché)
Tous les lecteurs de La route sombre doivent être prévenus : La route sombre de Ma Jian est un roman atroce et insoutenable par instants. Ce qui ne signifie pas qu'il ne doit pas être lu, bien au contraire. A l'opposé de Yu Hua et de Mo Yan, pour ne citer que deux des écrivains chinois parmi les plus célèbres, Ma Jian est un dissident qui a quitté son pays depuis plus de 25 ans parce qu'il ne pouvait s'exprimer librement dans ses écrits. La route sombre raconte comment la politique de l'enfant unique, mise en place à la fin des années 70 (quelque peu adoucie en 2013 seulement), a condamné des milliers pour ne pas dire des millions de familles à fuir pour échapper aux foudres du planning familial. Il s'agit bien d'un roman qui s'attache aux pas d'un couple qui attend un deuxième enfant, en toute illégalité donc, mais la fiction ne fait que refléter qu'une réalité avérée d'une violence à peine imaginable. Avortements sauvages, viols, centres de détention et de "rééducation", corruption, bébés morts flottant sur les fleuves : le tableau est d'une horreur totale et la tentation est forte de refermer le livre avant la fin. Un cauchemar. En Chine, le ventre des femmes appartient au gouvernement et quiconque s'oppose à cet état de fait s'expose à toutes les "punitions" possibles, jusqu'à la mort. A travers La route sombre, Ma Jian dépeint la condition féminine sous le joug d'un Etat qu'il qualifie à nombreuses reprises de "fasciste." Le portrait de son héroïne, Meili, est celui d'une femme courageuse, qui ne connait pas un jour de paix et qui, pourtant, espère toujours un avenir meilleur. Son chemin de croix, au côté d'un mari machiste obsédé par l'idée d'avoir un enfant mâle est éreintant et désespéré. Ma Jian ne cède jamais aux sirènes du mélodrame, son constat est clinique et terrible. Le livre est à déconseiller aux personnes sensibles, pas à celles qui sont prêtes à connaître cette face très sombre de la Chine contemporaine. Bien que bousculé et écoeuré par ce qu'il découvre, le lecteur reste, impuissant, à mille lieues de la souffrance endurée par ces femmes.


Les réputations
Les réputations
par Juan Gabriel Vasquez
Edition : Broché
Prix : EUR 18,00

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 La mémoire et la responsabilité, 8 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les réputations (Broché)
De Juan Gabriel Vasquez, on en était resté à un roman remarquable : Le bruit des choses qui tombent. Son successeur : Les réputations, s'il est en peu en-deçà, reste tout de même un excellent livre qui reprend les thèmes favoris de l'auteur colombien : la mémoire, l'oubli et la responsabilité de nos actes. Son héros, caricaturiste de son état, a bâti sa notoriété sur son acuité de la perception de la vie politique de son pays et son insolence provocatrice. On le sait, un bon dessin vaut largement plus qu'un éditorial et à l'heure où on le célèbre notre homme ne se doute pas qu'une histoire dont il ne se souvient même plus va remettre en cause toutes ses certitudes. Lui qui a fait et défait des réputations s'aperçoit, un peu tard, qu'il s'est peut-être trompé, qu'il n'a passé sa vie qu'à s'ériger en juge, sans tenir des dommages collatéraux. Comme toujours, l'élégance du style de Vasquez fait merveille. Dans Les réputations, il ne laisse aucun répit à son personnage principal, le précipitant de la cime vers l'abîme avec une précision qui s'apparente à de le cruauté. Mais ce faisant, il élargit le spectre et s'adresse à chacun d'entre nous. Qu'avons nous fait de nos vies ? N'avons pas, nous aussi, même en toute bonne foi, blessé ou davantage quelques uns de ceux qui nous ont côtoyés ? Comme l'écrivait René Char : "La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil." Le roman de Juan Gabriel Vasquez en est la parfaite illustration.


La couleur du lait
La couleur du lait
par Nell Leyshon
Edition : Broché
Prix : EUR 17,00

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Une âme pure et innocente, 8 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La couleur du lait (Broché)
La couleur du lait court sur à peine plus d'une année, à cheval entre 1830 et 1831. Et raconte le destin d'une fille de ferme, de la misère à l'enfer, en passant par un bref moment d'épiphanie. La trame en est relativement simple, ressemblant à celles de romans anglais du XIXe siècle. Un drame prévisible dans un décor provincial qui témoigne de la condition féminine de l'époque. Ce qui fait la différence et toute la grandeur du récit de Nell Leyshon, c'est sa forme. La narratrice est la jeune fille, elle-même, qui du haut de ses 15 ans livre avec sincérité et sans fard les événements tels qu'elle les a vécus avec son honnêteté et sa vivacité de paysanne. Un véritable tour de force que ce texte sans ponctuation écrit comme une confession dans une langue où abondent les fautes de grammaire et de syntaxe comme il est logique d'attendre d'une personne qui vient tout juste d'apprendre à lire et à écrire. Le livre est souvent drôle car cette adolescente n'a pas sa langue dans sa poche et qu'elle ne peut faire autrement que de dire ce qu'elle pense. Il est surtout poignant parce que c'est une âme pure et innocente qui s'exprime sans avoir compris que la méchanceté des hommes et du monde n'a pas de remords à piétiner la vertu et la faiblesse. La couleur du lait est une terrible leçon de vie.


Le Royaume
Le Royaume
par Emmanuel Carrère
Edition : Broché
Prix : EUR 23,90

13 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 L'apôtre, l'évangéliste et l'enquêteur, 8 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Royaume (Broché)
Qu'importe le sujet, depuis qu'il a abandonné la fiction pure, Emmanuel Carrère le prend à bras le corps, l'essore et l'épuise, en tire la substantifique moelle, et ses propres conclusions. Mais attention, libre à quiconque de les partager ou non. Chacun se fera, c'est le cas de le dire pour Le Royaume, sa propre religion. L'érudition, phénoménale en l'occurrence, n'est pas nécessairement synonyme de certitudes assénées. Les derniers mots du livre ne sont-ils pas : Je ne sais pas ? Ceci dit, son humilité dut-elle en souffrir, il en sait des choses, Carrère, sur les premiers pas du christianisme, avérées, probables ou possibles. Il donne toujours l'impression de tâtonner mais d'où vient alors cette capacité à nous passionner, à nous entraîner dans sa quête et à lâcher prise ? A son talent de conteur, impressionnant, à cette façon de rendre vivante une époque qui appartient plus à la légende qu'à l'histoire. Le Royaume est un tourbillon, avec quelques longueurs tout de même, sans cela ce serait la perfection, un carrousel de sensations et d'impressions, des plus prosaïques aux sublimes. Ce n'est certes pas un roman historique mais un ouvrage à entrées multiples, une farandole de goûts variés qui brasse une somme gigantesque d'informations et émet un certain nombre d'hypothèses. Le thème majeur en est la résurrection. Enigme majuscule. Tout bien posé, on est là dans le domaine du fantastique, que Carrère connait parfaitement lui, le biographe de Phillip K. Dick, et auquel il fait souvent référence. Paul, Luc et Emmanuel (l'auteur) sont les personnages centraux du Royaume. L'apôtre, l'évangéliste et l'enquêteur. Trois vies racontées en toute bonne "foi". Il n'est pas le seul à pratiquer l'auto-fiction, l'ami Carrère, mais il laisse loin derrière lui tous les besogneux du genre. Son livre est monumental et il faut laisser aux exégètes le soin de le décortiquer s'ils en ont le courage. Trop riche, trop dense, trop choquant, trop brillant pour être résumé en quelques phrases lapidaires. Une chose quand même : le Royaume de Carrère est la littérature et, en ce domaine, peu de ses contemporains lui arrivent à la cheville.


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