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Commentaires écrits par
zybine, amateur éclairé (Paris)
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The Grand Budapest Hotel
The Grand Budapest Hotel
DVD ~ Ralph Fiennes
Prix : EUR 19,99

20 internautes sur 22 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Merveille de la ligne claire, 21 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Grand Budapest Hotel (DVD)
Le nouvel opus de Wes Anderson (né en 1969) ne va pas réconcilier admirateurs et détracteurs du réalisateur texan - mais le succès considérable du film va sans doute multiplier les rangs des deux coteries. Les uns vanteront l'originalité du style, le brio et l'élégance de la mise en scène, le charme de cet univers doux-amer, à la fois tendrement comique et délicatement nostalgique ou dépressif ; les autres mettront en exergue la vacuité du propos et l'absence de profondeur des personnage, les tics fétichistes, le caractère fabriqué, systématique voire industriel de l'esthétique. Je me range dans la première catégorie tout en comprenant les réserves des seconds - même si je regrette que critiques et cinéphiles (surtout les critiques français) ne paraissent pas pouvoir goûter d'esthétique qui se situe trop en marge des trois grandes familles du naturalisme à la française (famille Renoir/Pialat/Kechiche), du contemplatif à l'européenne (famille Bergman/Tarkovski/Bilge Ceylan) et de l'hyper-stylisé hollywoodien (famille Welles/Kubrick/PT Anderson). Sauf dispositifs expérimentaux, les personnalités à l'univers trop riche, trop codifié sont assez généralement ravalées au rang de 'clipeurs' : l'insulte suprême. Trop d'épate, trop de procédés, pas assez d'inspiration, pas assez d'improvisation. Comme si les cadres de Pialat, les plans de Tarkovski ou les travellings de Welles n'étaient pas travaillés et fabriqués...
Bref. A l'instar d'un Jacques Tati ou d'un Robert Bresson, Wes Anderson a un univers immédiatement reconnaissable et, après avoir réalisé son film le plus modeste et le plus touchant (Moonrise Kingdom), il a choisi de se lâcher avec ce projet ambitieux, hors norme et, comme pour défier ses détracteurs, y a répété toutes ses obsessions, y a déposé tous ses tics et maniérismes, y a condensé tout son univers. Même si la nostalgie de l'enfance et du foyer familial y est très présente (le Grand hôtel faisant office de famille pour notre duo de héros orphelins) et en dépit du contexte dépeint (la chute de la civilisation en Europe centrale, entamée par les nazis, achevée par les communistes), c'est cependant un film plus léger, plus drôle que ses prédécesseurs. C'est frais, c'est réjouissant, c'est dynamisant : c'est du champagne.

PS : quelques personnes se sont énervées que le film soit dédié à Stefan Zweig - alors qu'aucun des thèmes de l'écrivain autrichien n'y figure. Anderson avait procédé de même pour le Darjeeling unlimited, dédié à Satyatit Ray. Il faut y voir une référence, une mascotte, un totem - tout à fait dans l'esprit boy-scout et tintinesque du bonhomme.


Le trésor de la sierra madre
Le trésor de la sierra madre
par B Traven
Edition : Broché
Prix : EUR 21,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Gold, 20 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le trésor de la sierra madre (Broché)
Ce classique du roman d'aventures est aujourd'hui surtout connu par la fidèle et excellente adaptation de John Huston (avec son propre père Walter dans le rôle de Howard et Bogart dans celui de Dobbs). L'histoire, simple et belle comme un mythe pré-colombien, a trait à la recherche d'une mine d'or dans la sierra mexicaine. Deux Américains qui ont échoué là faute d'avoir réussi à se faire une place dans l'industrie pétrolière finissent par suivre un chercheur d'or chevronné qui, au terme de lourds labeurs, trouve un filon. Nos trois héros conviennent de se partager l'or. Mais l'argent rend fou et les ennuis commencent.
A la relecture, le roman mérite bien son succès tant ses trois parties (la dèche ; la prospection ; l'éclatement) sont admirablement composées et d'un intérêt constant et la conclusion, violente, brutale et morale, est géniale dans sa belle évidence.
Pour les lecteurs de ce classique, Dobbs est devenu un mythe, comme Harpagon ou Scrooge.


Lucky Jim
Lucky Jim
par Kingsley Amis
Edition : Broché
Prix : EUR 22,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Jim la Chance, 20 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Lucky Jim (Broché)
Lucky Jim (1953) est le premier roman de Kingsley Amis (1922-1995) et s'est imposé, dès son immédiat succès (prix Somerset Maugham) et depuis lors, comme un des classiques du roman anglais du XXè siècle. Le roman emprunte aux maîtres de l'humour britannique des générations précédentes (Waugh et Powell notamment) mais il porte l'empreinte des Angry Young men, ces hussards d'après-guerre qui mirent en évidence la brutalité des luttes de classes au sein de la société britannique.
L'histoire a trait aux soucis de Jim Dixon, universitaire médiéviste en quête d'iun poste pérenne dans l'enfer de l'université britannique. Il est donc contraint de supporter les caprices (notamment sa mélomanie) et atermoiements du précieux Pr Welch, qui peut le pousser, et cherche désespérément à publier (et à publier n'importe quoi tant que ça ajoute une ligne à son CV). Rien de neuf sous le soleil, la situation paraîtra familère aux doctorants et ATER de toutes contrées. Jim est également confronté à un dilemme sentimental : choisir sa consœur Margaret, qui a tenté de suicider et lui fait un détestable chantage à l'affection, ou la douce Christine, qui a le malheur d'être la bonne amie d'un peintre fantasque et imbu de lui-même, Bertrand Welch, fils du professeeur précité. Le roman étant une comédie, tout finira bien pour le chanceux Jim mais aucune humiliation ne lui aura été épargnée.
Il faut lire ou relire ce classique, enfin réédité, et qui est délicieusement d'actualité


Ida
Ida
DVD ~ Agata Kulesza
Prix : EUR 19,99

24 internautes sur 25 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 La pesanteur et la grâce, 20 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ida (DVD)
1962, en Pologne. Avant de prononcer ses vœux et de devenir religieuse, Ida (Agata Trzebuchowska, à la fois lumineuse et impénétrable) se voit conseiller par la mère supérieure de son couvent de faire un dernier petit tour en terre profane. Elle va aller passer quelques jours chez sa tante Wanda (Agata Kulesza), une juge communiste qui a autrefois participé avec zèle à la répression stalinienne et, devenue cynique et revenue de tout, s'adonne désormais à l'alcool, aux cigarettes et aux hommes. La tante révèle à sa nièce qu'elle est la fille de Juifs qui ont été assassinés pendant la guerre. Les deux femmes décident de partir à la recherche des corps des défunts...
Grand succès public et critique (mérité) pour cette intense et sèche fable. Le sujet avec les lourds enjeux qu'il porte (la Shoah, la culpabilité polonaise, la grâce) pouvait faire craindre le pire (un tire-larmes, un pensum anti-polonais, une lourde opposition entre la sainte et la pécheresse) mais Pawlikowski, qui a surtout vécu en Angleterre et fait ici son retour au pays natal, a su éviter toutes les chausse-trappes.
Au plan formel, il a choisi la retenue et adopté un style classique, magnifié par une photographie Noir & Blanc sublime. Ida pourrait presque rappeler le Bresson du Journal d'un curé de campagne si le réalisateur n'avait su décorseter à bon escient son iconographie austère par quelques flashs résolument nouvelle vague qui sont autant d'hommages aux Munch, Wajda, Polanski, Skolimowski de la grande école polonaise : brillantes scènes de répétition et de bal de l'orchestre de jazz, jolies scènes nocturnes et de virée en voiture. La distribution est épatante et à l'avenant : pas un acteur qui n'incarne profondément son personnage.
Mais ce qui rend Ida aussi attachante reste le propos car, contrairement à ce que quelques mauvaises critiques ont laissé entendre, il ne s'agit pas d'un simple exercice de style. Le film repose sur une tension et un mystère : l'enquête sera-t-elle couronnée de succès ? que va faire la jeune novice de la révélation inattendue de ses origines ? Pawlikowski a délibérément écarté toute approche psychologique : c'est une fable, voire un conte de fées qui nous est présenté. Avec ses airs diaphanes, son absence d'incarnation, ses silences, Ida est le véhicule et le réceptacle des interrogations de l'auteur et du spectateur. Sa tante, par contraste, bouillonnante de conflits et de tourments, aussi extravertie que sa nièce est renfermée, est le catalyseur, le moteur qui va obliger Ida (et le spectateur) à se confronter à son passé et à faire des choix moraux. Et elle a bien des faux airs de bonne fée, cette merveilleuse Wanda - à mois qu'elle ne soit en fait une avenante sorcière. La confrontation du noir et du blanc, l'opposition du cynisme et de la vertu, les contrastes entre la jeune Pologne (le musicien) et l'ancienne (le paysan) débouchent sur un paysage gris clair gris foncé. Ida avait la grâce, elle a acquis la sagesse. En 80 mns incroyablement précises et tendues.


Stèles : La grande famine en Chine, 1958-1961
Stèles : La grande famine en Chine, 1958-1961
par Jisheng Yang
Edition : Poche
Prix : EUR 14,50

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 L'Histoire de la plus grande famine du XXè siècle, 6 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Stèles : La grande famine en Chine, 1958-1961 (Poche)
Journaliste à l'Agence Chine Nouvelle, Yang Jisheng (né en 1940) était un jeune homme au moment où Mao Zedong lançait son pays dans le Grand Bond en avant, mélange de répression politique, collectivisation des campagnes et industrialisation à marche forcée. Comme il s'en explique dans une bouleversante préface, étudiant en ville, il ne vit pas les souffrances qu'enduraient sa famille et son village et a choisi, trente ans après que son père fut mort de faim dans cette catastrophe, de lui dresser ce monument funéraire, cette stèle. Le livre est paru à Hong Kong, circule sous le manteau en Chine continentale et a fait l'objet d'une version abrégée (celle-ci, de 850p quand même) destinée au public occidental.

Le livre est composé de trois parties : i) une mise en contexte des raisons qui ont poussé Mao à lancer le Grand bond en avant et les outils qui servirent à son dessein (les communes populaires, les cantines communes, les hauts-fourneaux de village) ii) une analyse régionale avec des zooms sur les régions les plus touchées par la famine, iii) les conséquences démographiques et politiques de la grande famine.
La première partie est la plus convenue et, si elle instruira ceux qui découvrent l'histoire chinoise, sera de moindre intérêt pour les autres. La seconde, qui descend au plus près de la macabre réalité, est bouleversante : Yang Jisheng a parcouru le pays, retrouvé des survivants, compulsé les archives et peint le tableau effroyable de la prison de la faim construite par les autorités. Alors que le Parti communiste amassait des surplus en réquisitionnant les productions alimentaires (pour les exporter, acquérir des devises, financer l'industrialisation et le rayonnement international du pays) et imposait des objectifs de rendement inatteignables à toutes les strates de la société, les paysans étaient parqués dans leur village, devaient recourir à des techniques agricoles ineptes, fondre leurs woks, leurs ustensiles de cuisine, leurs outils agricoles, pour ne plus pouvoir manger que dans des cantines collectives bientôt dépourvues de tout. Pris au piège : plus de maison, plus de terre... Et de manger rats, écorces, feuilles puis enfants, vieillards et faibles, le cannibalisme devenant massif dans les régions les plus touchées - sous l'oeil bouleversé ou indifférent des autorités (le niveau d'information des cadres est bien expliqué dans le "Mao, l'histoire inconnue" de Jung Chang). La troisième partie évalue à 36 M le nombre de morts directs de la faim, à plus de 50 les victimes indirectes (répression, suicides), nonobstant le déficit de naissances qui devait en résulter ensuite et se voit encore dans la pyramide démographique chinoise. Soit plus de morts que la Seconde Guerre Mondiale pour une catastrophe conduite en temps de paix.

Un livre indispensable, qu'on pourra compléter - sur les aspects plus répressifs du Grand Bond en avant - par le très bon roman de Lianke Yan, 'Les quatre livres' (Picquier) qui met en scène un camp de rééducation d'intellectuels où s'appliquent aussi les délirantes méthodes agricoles et industrielles qui tuèrent des millions de paysans.


Les habitants
Les habitants
DVD ~ Jack Wouterse
Prix : EUR 17,00

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Quelque part entre Jacques Tati et Wes Anderson, 6 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les habitants (DVD)
Ce film remarquable du cinéaste néerlandais Alex Van Warmerdam (né en 1953) frappe par sa grande maîtrise formelle et l'originalité de son univers. L'action est sise dans un complexe balnéaire inachevé des Pays-Bas de 1960. De jolis et rutilants immeubles hébergent une communauté étroite qui se regarde et s'observe, un peu comme dans les banlieues pavillonnaires chères àTim Burton. La civilisation n'a pas totalement pris forme : pas de trottoirs, pas de voirie, des terrains vagues et une mystérieuse et très artificielle forêt qui encadrent notre hameau. Les habitants ? il y a là un facteur facétieux qui lit les courriers, un garde champêtre stérile, un boucher voluptueux affligé d'une femme religieuse qui souffre d'anaphrodisie et d'un fils que passionne le conflit au Congo; il y a même une mystérieuse nymphomane qui parcourt la forêt et rappellera aux lecteurs de Marcel Aymé la Vouivre - et un duo suspect de pères blancs. L'attention portée aux détails, le fétichisme des souvenirs d'enfance, le décalage des plans de coupe évoquent un peu un cousin européen de Wes Anderson mais ce regard amusé, décalé, teinté de surréalisme peut aussi faire penser à Tati. Mais un Tati qui serait obsédé par le sexe puisque, sans que le film soit en rien obscène ou voyeur, c'est bien de frustration sexuelle qu'il est avant tout question ici. On passe un excellent moment avec ces étonnants bataves et l'originalité du propos et de la façon dont il est traité laissent longtemps le film en mémoire.

PS : le gros garçon qui terrorise le quartier avec sa mobylette est Théo Van Gogh, descendant de l'illustre peintre, dont l'assassinat par un islamiste en 2004 provoqua une crise de société dans son pays natal.


Le cousin Bazilio
Le cousin Bazilio
par José-Maria Eça de Queiroz
Edition : Broché
Prix : EUR 22,80

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Master and Servant, 2 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le cousin Bazilio (Broché)
Lisbonne, milieu du XIXè. Luiza, jeune bourgeoise sans éclat, a épousé un brillant et ennuyeux ingénieur. Quand celui-ci est appelé en province pour y diriger des travaux, elle se retrouve seule et s'ennuie. Mais paraît, de retour d'un séjour infructueux au Brésil, son amour de jeunesse, Bazilio. Les deux cousins deviennent amants - sous l'oeil intéressé de la servante Juliana, une âme noire et aigrie, et sous le regard consterné des amis du mari, qui tentent, dans le respect du tact et de la mesure, d'interrompre le flot des événements.
Ecrit après les brillantissimes 'Crime du Padre Amado' (1875) et 'Tragédie de la rue des fleurs' (1877), ce cousin Bazilio apparaît comme une oeuvre de transition dans l'écriture d'Eça de Queiros. Le roman se frotte au thème en vogue dans les sociétés bourgeoises de l'époque de l'adultère mais bifurque assez vite vers l'étude, plus intéressante, des relations de pouvoir et de domination entre une maîtresse et sa servante. Car la terrible Juliana, une créature digne de Balzac ou de Zola, percluse d'aigreur et de jalousie, va faire chanter sa terne maîtresse et devenir la vraie maîtresse de maison. C'est l'affrontement de ces deux volontés féminines, et les retournements psychologiques (soumission, révolte, abattement, colère) qui en résultent, qui donnent tout son sel au roman, puisque nos deux amants sont assez peu passionnants (une midinette et un séducteur cynique). Le livre nous offre également un panorama précieux et incisif de la société bourgeoise lisboète, ses artistes ratés, ses demi-mondaines, ses hauts-fonctionnaires désuets (il y a un quasi Norpois sans l'entourage de Luiza) - mais admettons que d'autres romans du génial Portugais sont plus brillants sur ce plan.


La dernière révolution de Mao: Histoire de la Révolution culturelle (1966-1976)
La dernière révolution de Mao: Histoire de la Révolution culturelle (1966-1976)
par Roderick MacFarquhar
Edition : Broché
Prix : EUR 35,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Les faits, 2 mai 2014
Cette somme sur la Révolution culturelle est due aux talents conjugués de Roderick MacFarquhar (né en 1930), sinologue anglais qui a dirigé le prestigieux John King Fairbank Center for East Asian Research d'Harvard et à un collègue suédois de l'université de Lund, Michael Schoenhals (né en 1953).

L'ouvrage, imposant, se veut une invitation à la réflexion des générations présentes et futures (chinoises, mais pas seulement) sur cet assez indécryptable épisode de l'histoire de la Chine communiste.
Modestes, les auteurs ont surtout souhaité préciser les faits, et ceci à partir des dernières archives apparues. Il faut certes s'accrocher un peu devant la masse des événements, des personnages, des lieux mais la lecture reste aisée et il est même agréable, osons le mot, de suivre le récit des intrigues et des manipulations, des purges et des contre-purges, des disgrâces et rétablissements des dignitaires - jusqu'à l'évincement de Hua Guofeng par Deng Xiao Ping. Au-delà du mystère sans fond qu'est la motivation de Mao à détruire son parti et à sciemment provoquer le chaos, apparaît comme novatrice la peinture d'un Zhou En-Lai en organisateur/canalysateur sans état d'âme du défoulement gauchiste - et nullement dans la figure du droitier modérateur qu'on décrit habituellement. Les auteurs sont moins diserts sur les souffrances endurées par l'homme de la rue ou le cadre de base, qu'ont si bien rendues les romans de Wang Gang ou Yu Hua entre autres.
On reste un peu sur sa faim quant aux interprétations à donner à cet événement sans vrai équivalent. Pourquoi cette participation enthousiaste d'une partie de la population à la violence ? Pourquoi ce choix de Mao de risquer la guerre civile, la destruction du parti, la division du pays ? La limite du livre est d'écarter toute analyse sociologique ou anthropologique de la violence politique et - plus grave pour des historiens - de ne pas rechercher les racines historiques de l'événement. En effet, sans remonter aux Tang, la montée vers le pouvoir de Mao, entre 1929 et 1949 offrait de multiples parallèles à mobiliser : comment Mao avait fait de Zhou En-Lai, initialement son supérieur, son homme à tout faire, comment il avait déjà tenté de faire tomber le généralissime Peng De Huai, comment il avait à d'innombrables occasions envoyé à la mort ses troupes, sacrifié des civils et manqué de faire échouer la conquête du pouvoir par pur opportunisme personnel, passion des intrigues et purges, conviction du caractère "créateur" du chaos...

Ce livre remarquable apparaît donc plus comme une invitation au débat, sur des fondements factuels objectivés, qu'une conclusion de celui-ci.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 16, 2014 2:55 PM MEST


"Bien malin qui connaît son père"
"Bien malin qui connaît son père"
par Angela Carter
Edition : Broché
Prix : EUR 22,87

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Toutes les familles heureuses ne se ressemblent pas, 10 mars 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : "Bien malin qui connaît son père" (Broché)
Sorti peu de temps avant le décès précoce d'Angela Carter (1940-1992), ce dernier roman se détache assez nettement du reste de sa production. Peu de références à l'univers des contes de fée, un ton franchement espiègle et comique, un récit entièrement porté par les enjeux narratifs et les personnages : une brillante récréation, festive et joyeuse quoiqu'écrite au stade terminal d'un cancer des poumons, clôt cette oeuvre singulière et attachante. L'histoire est, comme toutes les histoires de famille, assez irrésumable. D'autant que c'est d'une famille bien compliquée qu'il s'agit : des saltimbanques, évoluant entre jeu télévisés et modestes music-halls pour les uns, grandes scènes et répertoire shakespeariens pour les autres, et qui, tous autant qu'ils sont, se refusent à "faire" famille. Les pères ne reconnaissent pas leurs enfants, les couples se défont et se remarient, les enfants (jamais certains de leur ascendance) grandissent au petit bonheur, qui élevé par un inconnu, qui par un tiers vaguement apparenté, et des liaisons quasi incestueuses ne nouent au bout d'une ou deux générations. Et pourtant, c'est bien d'une famille, avec ses références et ses secrets, que Dora, notre narratrice, va nous raconter le parcours, des tréteaux de l'East End londonien du début du siècle à Hollywood et retour.
Le charme du livre tient à son étonnante vitalité, sa verve permanente, son rythme effréné.


We Are The 21st Century Ambassadors Of Peace & Magic
We Are The 21st Century Ambassadors Of Peace & Magic
Prix : EUR 16,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Hibernatus, 25 février 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : We Are The 21st Century Ambassadors Of Peace & Magic (CD)
Le temps s'est arrêté. Nous sommes en 1969 et un jeune duo californien qui a beaucoup, beaucoup, beaucoup écouté les Kinks et les Stones, Dylan et le Velvet, nous offre un joyeux pot pourri de sa discothèque.
Il est facile de critiquer un disque avec un parti pris aussi réactionnaire mais force est de constater que l'exercice de style est réussi et qu'on passe un excellent moment à l'écoute de ce disque ramassé et solaire. A ce niveau, le plagiat relève de l'art et non de la contrefaçon : No Destruction est la meilleure chanson de Dylan depuis 1976, San Francisco aurait fait un excellent single à tirer du Something Else by The Kinks, etc. On entend parfois des échos de MGMT dans ce joyeux revival mais avec une modestie d'artisan, une gaieté qui feront plaisir aux oreilles les plus blasées.


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