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Contenu rédigé par zybine, amateu...
Classement des meilleurs critiques: 62
Votes utiles : 3321
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Commentaires écrits par zybine, amateur éclairé (Paris)
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Un grand film malade, 29 avril 2013
La fille de Ryan (1970) semble en tous points correspondre à la définition du grand film malade que donnait François Truffaut. Oeuvre d'un réalisateur de génie, le film brûle et vibre plus que nombre d'autres films de David Lean et c'est souvent un des préférés de ses admirateurs. Mal accueilli à sa sortie, constamment réévalué depuis, le film a souffert de multiples critiques et avatars: i) sa longueur(3h20) a été jugée excessive alors même que l'intrigue est simple et resserrée dans le temps (quelques semaines), comporte peu de personnages et encore moins de dialogues, ii) le casting prête à débat, en raison d'une performance assez terne de Mitchum et du choix du malheureux Christopher Jones, jeune Américain qui devait ensuite arrêter le cinéma, se vit doubler en post-production par Lean qui n'était pas content de sa voix et dut adopter un jeu outré (pour représenter sa condition post-traumatique de rescapé des tranchées, iii) le scénario de Robert Bolt (le mari de Sarah Miles à la ville), vaguement inspiré de Mme Bovary, ne parvient pas toujours à donner chair à l'amour des deux amants et peut être critiqué pour une vision un rien condescendante des capagnards irlandais, iv)le tournage fut dantesque, Lean allant même chercher en Afrique du Sud des plages plus conformes à ses souhaits et exigeant de ses figurants des scènes incroyablement complexes à agencer. Et pourtant, le film est un chef d'oeuvre. On y retrouve la sensibilité d'artiste de Lean, qui s'exprime tant dans son oeil de peintre (ces admirables paysages, ces nuages sidérants, ces lumières complexes) que dans son regard sur les passions humaines et les fêlures des êtres. On touche au génie tant dans certaines scènes intimes (la première relation des amants, le pardon de Mitchum à son épouse) que dans les grandes scènes : le morceau de bravoure de la tempête, que personne ne pourrait plus imiter et qui mérite à lui seul de voir le film, le procès et la punition de la pécheresse adultère, à la fois hyper-réaliste et comme mythifié. Ajoutons que peu de films se prêtent aussi peu à la vision sur un écran de télévision ou d'ordinateur : sentir sur grand écran le souffle des vagues qui ensevelisent les villageois pertis chercher les fusils de contrebande de l'IRA est une des plus grandes expériences de spectateur. NB : : "Ce n'est rien d'autre qu'un chef-d'œuvre avorté, une entreprise ambitieuse qui a souffert d'erreurs de parcours : un beau scénario intournable, un casting inadéquat, un tournage empoisonné par la haine ou aveuglé par l'amour, un trop fort décalage entre intention et exécution, un enlisement sournois ou une exaltation trompeuse. Cette notion de "grand film malade" ne peut s'appliquer évidemment qu'à de très bons metteurs en scènes, à ceux qui ont démontré dans d'autres circonstances qu'ils pouvaient atteindre la perfection. Un certain degré de cinéphilie encourage parfois à préférer, dans l'œuvre d'un metteur en scène, son "grand film malade" à son chef-d'œuvre incontesté. Si l'on accepte l'idée qu'une exécution parfaite aboutit le plus souvent à dissimuler les intentions, on admettra que "les grands films malades" laissent apparaître plus crûment leur raison d'être. Observons aussi que, si le chef-d'œuvre n'est pas toujours vibrant, "le grand film malade" l'est souvent, ce qui explique qu'il fera, plus aisément que le chef d'œuvre reconnu, l'objet de ce que les critiques appellent un culte". (François Truffaut)
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3.0 étoiles sur 5
Le mal du siècle, 26 avril 2013
Musset fut un génie précoce. Lauréat du concours général, il écrit toute son oeuvre (les grands poèmes, les pièces de théâtre et ce toman-confession) en l'espace de cinq ans, de 22 à 27 ans. Et puis plus rien, comme si le mal du siècle l'avait achevé. De quoi est-il question ici ? De deux choses intimement liées. D'abord, l'incapacité à nouer une relation heureuse avec une femme. Trompé par sa maîtresse, notre héros, Octave, va se plonger dans la débauche et se réfugier chez les filles de joie avant d'entamer une relation toute aussi vaine avec une femme plus âgée (George Sand, qui y reviendra vingt ans plus tard dans son Elle et Lui). Le ton est ici délibérément lyrique, l'atmosphère pesamment romantique, le plus remarquable étant que le style emprunte au registre poétique (on frole le poème en prose), mais avec un vocabulaire assez pauvre et une langue sèche qui a fait le deuil du grand style XVIIIè : on est déjà en plein modernité. Ensuite, le mal du siècle, ce désespoir et ce manque de perspective que connaissent les générations post-napoléoniennes, effrayées et honteuses de leur parcours et de leur mode de vie et écrasées par la gloire et la brutalité des vies de leurs aînés. Les chapitres qui commencent le roman et explicitent cette tension figurent au panthéon de la littérature française et constituent un document essentiel à la compréhension de ce siècle : ils méritent à eux seuls la lecture.
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5.0 étoiles sur 5
Mariage et bonheur, mariage ou bonheur, 23 avril 2013
Affligé d'une épouse dévote qui ne le rend pas heureux, notre héros, magistrat de son état, s'est laissé allé à fréquenter une grisette, comme on disait à l'époque, qu'il a installée bourgeoisement et à qui il a fait deux enfants. Mais il devra choisir entre Angélique et Caroline... Courte et profonde nouvelle que cette scène de la vie privée. La construction est assez audacieuse et les conclusion que tire Balzac de sa réflexion ne le sont pas moins. Le texte commence, comme tant d'autres oeuvres de la Comédie humaine, par un tableau circonstancié du trou à rats où une mère et sa fille, qui ont connu jours meilleurs, cachent leur pauvreté (ici, dans le quartier du Marais). S'en suit un court passage, plein du romantisme latent de Balzac, sur l'idylle et les jours heureux, avant que n'arrive l'inévitable scène de rencontre des deux épouses. Etonnament, Balzac ne choisit ni le comique, ni le drame mais nous propose à cet instant un percutant et incisif dialogue, épouse et mari se renvoyant les arguments comme un avocat et un procureur. On retrouvera donc, sans surprise pour qui a lu les autres apologies de Balzac ( Mémoires de deux jeunes mariées par exemple) une conclusion de type 'invitis invitam dimisit'. Le meilleur est à venir en conclusion avec le regard terrible que porte notre héros, devenu un vieillard, sur ce que fut son choix - et les conséquences qu'il eut sur les autres. Cruel et glaçant.
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
The hunter gets captured by the game, 22 avril 2013
Quelque part entre La dolce vita et Hunger Games, si ça peut se concevoir, quel brillant ouvrage ! Adapté d'un court roman de Robert Sheckley, La dixième victime, ce film de 1965 n'a guère d'équivalent dans le brillant cinéma italien de cette époque. Dans un futur proche, une grande chasse met aux prises des citoyens tirés au sort. Le chasseur se voit assigner une cible, qui ne connaît pas son futur meurtrier, et pourra empocher le jackpot d'un million de dollars lorsqu'il aura achevé son tableau de dix proies. Ici, notre chasseur est Ursula Andress, belle comme jamais, et la proie Marcello Mastroianni, qui arbore une chevelure peroxydée - qui lui convient très bien. Le film est un monument pop sixties absolument ravissant : costumes sublimes, choix audacieux de décors (soit modernistes avec gratte ciel et dalle désertée, soit les petites places de Rome et les hauts lieux de la jet set romaine), étonnante musique jouée avec un antédiluvien clavier. Et le fond est admirable de prescience, la téléréalité et la publicité étant omniprésentes dans le duel que se livrent nos deux héros - qui tomberont amoureux. Comme dans ses meilleures oeuvres, Petri allie satire et brio formel, cruauté du propos et élégance du style.
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La Vendetta
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par Honoré de Balzac Edition : Poche |
| Prix : EUR 1,48 |
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4.0 étoiles sur 5
Variante corse sur le thème de Roméo & Juliette, 22 avril 2013
Le Paris de la Restauration : Ginevra est la fille d'un Corse resté fidèle à l'Empire et suit des cours de dessin. Dans l'atelier de son maître se cache un proscrit, réchappé des conquêtes napoléoniennes et des Cent-jours. A travers le mince rideau qui le cache de la vue des élèves, va se nouer une idylle qui annonce presque La Chartreuse de Parme. Las, au moment de consacrer ces amours sous l'autel, le père de Ginevra se rend compte que ce Louis est le rejeton d'une famille corse avec laquelle il est en vendetta, ce qui l'a conduit à quitter l'île de Beauté... Très belle nouvelle (1830), à la tonalité pleinement romantique et au ton franchement dramatique, totalement balzacienne dans son cadre et son propos (la difficile reconversion des impériaux dans le Paris de la restauration, la peinture terrible de la pauvreté des gens sans héritage). Une des petites pépites des scènes de la vie privée.
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2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Kind hearts and coronets, 25 mars 2013
Le jeune Louis Mazzini est le rejeton d'une grande aristocrate de la famille d'Ascoynes et d'un soprano italien. Gardant rancune de cette mésalliance, la famille ostracise la jeune mère et son fils qui sont contraints de mener une vie de pauvreté, à laquelle succombe rapidement la mère. Devenu commis dans le commerce, Louis conçoit le dessein de supprimer ses cousins, oncles et tantes pour être le premier dans l'ordre de succession au titre de duc de Chalfont... Eclatante réussite des studis Ealing et sans nulle doute la meilleure comédie britannique d'après-guerre. Le film se distingue par sa très grande élégance formelle, la subtilité de son scénario (brillants flash backs et voix off) et sa parfaite immoralité : difficile de ne pas penser à Monsieur verdoux, La vie criminelle d'Archibald de la Cruz ou aux films quasi-contemporains de Sacha Guitry, la touche de couleur locale étant apportée par une délicieuse satire des rapports de classe et de la morgue de l'aristocratie anglaise. Autre originalité notable, la subtilité des jeux amoureux entre Louis, son amour de jeunesse et l'aristocrate qu'il souhaite épouser, qui rehausse le thème criminel sans lui enlever de force. Le film est trop souvent résumé à la performance d'Alec Guiness, qui tient huit rôles, mais n'est qu'en second plan. Dennis Price, surtout connu pour avoir interprété Jeeves pour la télévision anglaise dans les années 1960, mérite autant de louanges, sa bonhomie et son élégance conférant à son personnage de serial killer (et au film) le charme indispensable au propos.
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5.0 étoiles sur 5
Grandeur et servitude, 23 mars 2013
La scène se passe en 1909, dans un régiment de dragons. Un jeune officier, passionné de mathématiques et peu féru de tactique et de stratégie, est chargé par son chef de corps de faire une présentation des combats qui ont opposé le régiment aux troupes napoléoniennes devant une délégation japonaise. Présentation lamentable qui va le conduire au suicide... A moins que le dégoût de la vie militaire, l'aspiration à fuire ailleurs et une liaison avortée avec la femme du colonel ne soient les motifs de ce choix. Brillante nouvelle de l'auteur croate de Le retour de Philippe Latinovicz. Langue très tenue et élégante, peinture terrible de la superficialité de l'aristocratie militaire austro-hongroise, étonnante analyse d'un jeune homme perdu entre ses aspirations et son héritage (il est lui même fils de hussards), le tout n'étant pas exempt d'humour, puisque nos Japonais ne sont que des escrocs de passage. Amateurs de Schnitzler, Zweig, Roth ou Marai, foncez...
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1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Grandeur et décadence d'un torero sévillan, 15 mars 2013
C'est LE livre sur la tauromachie et les toreros. Enfant d'un modeste cordonnier, Gallardo va parvenir aux cimes de la célébrité, acquérir fortune et séduire les aficionados par l'audace et la témérité qu'il met dans son art. Après avoir été encorné, il connaîtra le doute et la peur - jusqu'à sa déchéance finale. Daté de 1908, ce roman de l'espagnol Vicente Blasco Ibanez (par ailleurs auteur de Les quatre cavaliers de l'apocalypse) frappe par sa belle simplicité, sa langue sèche, la rigueur de sa construction. A le lire sans le savoir, on aurait du mal à prédire sa date d'écriture: l'inspiration est clairement naturaliste mais le thème du jeune homme pauvre qui fascine les foules, séduit les femmes de l'aristocratie, se brûle les ailes au contact de la gloire et perd ses repères pourrait tout à fait s'adapter aux sportifs millionnaires d'aujourd'hui. Même son agent, qui négocie pour lui contrats et courses, semble contemporain. A noter une page saisissante expliquant la passion locale pour les courses de taureaux : faute de guerres, faute de pays à conquérir, les Espagnols auraient trouvé là le moyen de satisfaire leur soif de combats hors de portée. Le livre a fait l'objet de plusieurs adaptations (il s'y prête admirablement), la meilleur étant celle de Rouben Mamoulian avec Tyrone Power : Arènes sanglantes. Elle donne trop de place aux femmes mais pouvait-il en être autrement avec Linda Darnell et Rita Hayworth au générique ?
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
The street with no name, 14 mars 2013
Surtout connu pour avoir réalisé G Men [Import USA Zone 1] avec James Cagney et co-réalisé Les aventures de Robin des bois avec Michael Curtiz, William Keighley livrait ici, en fin de carrière, un excellent film noir typique de son époque. Les séquences introductives, d'inspiration documentaire, présentent le travail des équipes du FBI (entraînement, infiltration des gangs, collation des données statistiques, ballistique et police scientifique) avec une pléthore de détails et une voix off qui porte haut l'admiration que la nation doit à J. Edgar Hoover... Elles rappeleront aux amateurs celles de Incident de frontière ou de La Brigade du suicide d'Anthony Mann et, pour la séquence où Stevens s'entraîne au tir, une scène célèbre de Magnum Force. Ce prologue passé, le film reprend un fil plus narratif avec un pitch simple : l'infiltration d'un gang de braqueurs par le jeune rookie du FBI. Le film déroule ensuite ses inévitables péripéties (le difficile contact à maintenir entre l'undercover et sa hiérarchie, la crainte d'être pincé, la réalisation de cette crainte) jusqu'à la conclusive fusillade finale dans un lieu pittoresque (ici, un complexe industriel). Réalisée avec rythme et style, cette dernière heure est de haute tenue. Le film bénéficie surtout d'une excellente composition de Widmark, gangster charismatique et intelligent, pas aussi psychotique que dans Le Carrefour de la mort mais déjà affligé de travers mémorables (ici : sa phobie des microbes et des courants d'air).
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9 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Un étrange mélange de soap opera et de film noir, 13 mars 2013
Le film, enfin disponible sur le marché français est étrange et remarquable par son mélange de deux genres qui ont peu l'occasion de se fréquenter : le film noir et le soap opera. Soit une petite ville minière de l'Amérique provinciale des années 1950. Le film commence comme un film noir puisque débarque en ville un trio (dont le moindre n'est pas Lee Marvin) dont l'objectif arrêté est de braquer la banque locale. Mais le scénario nous fait petit à petit découvrir quelques uns des remarquables membres de cette communauté minière. Il y a M. Boyd Fairchild, le gérant de la mine, perclus d'alcool et dont le mal de vivre semble résulter des coucheries de sa jolie femme. Fairchild semble disposé à se consoler dans les bras de l'infirmière, laquelle est épiée tous les soirs au moment de sa toilette par le directeur de la banque, qui feint de promener son chien pour oublier ses soucis avec une clientèle difficile (et notamment une vieille libraire cleptomane). La seule personne normale paraît être l'ingénieur de la mine (Victor Mature) mais lui aussi a ses tourments, puisque son fils croit qu'il est un lâche pour n'avoir pas fait la seconde guerre mondiale (regardez bien : c'est le petit gars de La Nuit du chasseur). Et je n'oublie pas une communauté amish, dirigée par l'improbable Ernst Borgnine (a-t-on jamais vu pire casting !?). Intervient le hold up et tout ce petit monde va être pris dans les filets du drame - et même y trouver une voie pour clore ses problèmes conjugaux et familiaux. L'étonnant est évidemment la brusque transition qui s'opère entre un monde bourgeois et élégant issu de Cukor, Sirk ou de Minnelli (auxquels on pense en permanence) et la brutalité de l'irruption de la violence (avec d'excellentes scènes où se sent la patte personnelle de Fleischer). L'ensemble me paraît un peu dépareillé mais on passe un très bon moment.
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