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mrlgaunt "mrlgaunt"

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L'amour, vous connaissez?
L'amour, vous connaissez?
par Isaac Asimov
Edition : Poche
Prix : EUR 7,10

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Un bon cru du Docteur, 29 janvier 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'amour, vous connaissez? (Poche)
Admirateur de longue date d'Asimov, je n'avais pas encore lu ce recueil de nouvelles, que je considère après lecture comme l'un de ses meilleurs.

Vide-C : l'humanité est en guerre avec les Kloros, une race extra-terrestre. 6 terriens sont fait prisonniers dans un vaisseau Kloro alors qu'ils tentent de regagner la Terre depuis ses colonies. La seule issue semble être le Vide-C, le circuit d'évacuation par lequel on rejette les cadavres dans l'espace...
La nouvelle analyse les motivations des personnages et tente de démontrer que le plus intrépide n'est pas forcément celui qu'on croit. Flirtant avec la psychologie, l'explication finale est moyennement convaincante, mais le texte intrigue de bout en bout.

En une juste cause : peut-être le meilleur texte du recueil. Encore une fois l'humanité est en guerre avec une race extra-terrestre, les Diabolis... mais aussi contre elle-même, les colonies s'opposant farouchement à une union avec la Terre mère. On va ainsi suivre le raisonnement opposé de deux hommes : Richard Altmayer, idéaliste qui voit dans la réconciliation de l'humanité la seule alternative pour lutter contre les Diabolis et Geoffrey Stock, son "meilleur ennemi", qui grimpera les échelons de la hiérarchie politico-militaire au fur et à mesure de l'histoire, partisan d'une stratégie très différente qui éclairera le dénouement final.
Asimov s'inspire ici fortement et explicitement des guerres entre les Grecs et les Perses dans l'Antiquité, et la "philosophie" de la nouvelle est particulièrement cynique. Bien qu'assez incongrue et douteuse (l'auteur avoue d'ailleurs dans sa préface ne pas la partager), elle a le mérite de faire réfléchir.

Et si : Une nouvelle assez inhabituelle, qui relève plus du fantastique que de la SF. On suit le questionnement d'un couple marié sur les possibilités qu'ils se soient rencontrés différemment, dans le but un peu pervers de mettre à l'épreuve l' "évidence" de leur amour. Un petit jeu entièrement au conditionnel, comme l'indique le titre, qui va se révéler dangereux.
Assez intriguant au début, le texte se révèle finalement assez sage.

Sally : une histoire de voitures autonomes, qui rappelle beaucoup "Christine" ou "Maximum overdrive", de Stephen King.
Agréable et rondement mené, mais pas éblouissant.

Personne ici, sauf... : peut-être la nouvelle la plus faible du recueil. Un récit sur l'intelligence des machines sur fond d'intrigue amoureuse. Plutôt anecdotique.

Quelle belle journée ! : Sans doute mon texte préféré, avec "En une juste cause". On suit le petit Richard, un écolier, dans un San Francisco où toutes les maisons-bâtiments-écoles sont reliés entre eux par des Portes - et qui dit portes, dit téléportation. Un jour, la Porte de sa maison tombe en panne et Richard, devant se rendre à l'école, découvre le monde du dehors...
Même si l'idée n'est pas particulièrement neuve, le traitement qu'en fait Asimov est assez remarquable à mon avis. Et en ces temps où les scientifiques remettent beaucoup en cause les vertus de la société "hygiéniste" (isoler les enfants des microbes et bactéries de l'extérieur les rendrait très vulnérables aux allergies, nuiraient de manière générale aux capacités défenses de leur organisme et -paradoxalement- les mettrait plus en danger), le texte résonne de manière très actuelle, en plus de posséder son charme propre.

"L'amour, vous connaissez ? " : La nouvelle, qui donne son titre au recueil et raconte la tentative d'extra-terrestre d'observer deux humains copuler, est sans doute la moins intéressante. Un texte léger, que l'on oubliera assez rapidement.

Bien qu'inégal par nature, ce recueil se lit très vite et avec beaucoup de plaisir. "En une juste cause" et "Quelle belle journée !" témoignent du talent de l'auteur de "Fondation" et font sans aucun doute partie de ses meilleurs textes.
Ils justifient à eux seuls l'achat du recueil.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : May 13, 2010 9:37 PM MEST


Duma key
Duma key
par Stephen King
Edition : Broché
Prix : EUR 24,20

5 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 King s'enlise sur Duma Key..., 13 septembre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Duma key (Broché)
Duma Key, une histoire de fantôme de plus ? Ou une réflexion sur l'art, sur l'acte de création, un thème cher à Stephen King, qu'on retrouve notamment dans Histoire de Lisey, son précédent (et décevant) ouvrage ? Les deux, évidemment. Le maître de l'horreur n'a jamais abandonné son genre de prédilection, même s'il se fait plutôt discret dans ce roman - où les fantômes d'une illustre famille, même s'ils ne s'avouent pas précisément comme tels, hantent l'île floridienne de Duma.

L'histoire d'Elizabeth Eastlake, la matriarche de l'île, renvoie au passé tragique de Sara Tidwel dans Sac d'os et aux nombreux récits de familles dévastées qu'a racontés King à travers ses - déjà - 68 livres. Comme souvent chez King, l'île sert de cadre au récit. Celui-ci est assez simple en apparence. Edgar Freemantle, ancien dirigeant fortuné d'une entreprise de travaux publics, perd un jour son bras droit et une partie de sa mémoire dans un accident de chantier. Ce drame, qui le conduit par ailleurs au divorce, l'amène sur une île au large de la Floride, Duma Key, où son psychiatre lui conseille de prendre une retraite temporaire dorée. Là-bas, il fera la connaissance d'un ancien avocat, Wireman, et d'une riche veuve, Elizabeth Eastlake. Surtout, il se découvrira un extraordinaire don pour la peinture, qui se révélera une malédiction...

À vrai dire, on ne s'attend jamais à ce que King innove avec un pareil canevas, et l'histoire reste assez classique, dans la lignée de ses derniers (gros) romans. Un endroit au passé torturé, une famille sombrant dans l'horreur, un talent artistique qui servira de médium au spectre qui hante l'île... Le tout sur fond de tensions familiales, de rapports père-filles enamourés. Le rythme, qu'on qualifiera charitablement de « progressif », pour ne pas dire plombant, enlise ce gros pavé dans les sables mouvants. Non qu'il soit dépourvu d'intérêt. Il comporte même certains passages très réussis, notamment celui de la discussion nocturne entre le héros et une critique d'art après une exposition qui tourne au panégyrique pour le premier. Les relations de Freemantle avec ses filles sont décrites avec sensibilité et subtilité. Celle avec Pam, sa femme, également. Et le rapport amitié/défiance avec Wireman intrigue et sert un peu de fil rouge au récit.

Malheureusement, ce talent pour camper des personnages réussis ne suffit pas. Ce roman - mais ce n'est pas le seul de l'auteur auquel on pourrait faire ce reproche, je pense à « Dreamcatcher », entre autres - ressemble à mon sens à un conglomérat mal digéré de ses livres précédents. L'île, huis-clos par excellence, a déjà servi de cadre à des récits autrement plus intéressants, comme Dolores Claiborne ou La tempête du siècle. Le thème de la peinture fantastique a déjà été exploré en long et en large dans Rose Madder, où il sert mieux la dynamique du récit à mon avis. Quant au don de l'artiste maudit, King l'a utilisé tellement de fois - Misery, La part des ténèbres et encore tout récemment Histoire de Lisey - qu'il finit par paraître usé jusqu'à la corde.

L'expérience n'arrange pas grand-chose à l'affaire. Avec l'âge, les défauts de l'auteur - la lenteur à laquelle il met en place son histoire, le manichéisme, les grosses ficelles horrifiques - plombent un récit qui aurait mérité d'être dégraissé de 200 pages. On sent l'ambition de King derrière ce roman. On la sentait aussi derrière Histoire de Lisey et Sac d'os - le plus réussi des trois, sans doute. Mais ces pavés n'égaleront jamais de mon point vue des novellas brillantes comme Le corps, Un élève doué, Les Langoliers, ces extraordinaires « séries B » que sont Ca, Simetierre, Désolation, Bazaar et n'arriveront jamais à la cheville de cette magistrale - bien qu'inégale - saga qu'est La Tour sombre. Je continuerai donc d'attendre la prochaine bonne surprise dans la bibliographie de l'auteur. La dernière fut le - passionnant - recueil Tout est fatal. Elle remonte déjà à 2003...
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : May 13, 2010 9:34 PM MEST


SF : la science mène l'enquête
SF : la science mène l'enquête
par Roland Lehoucq
Edition : Broché

5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Trop de science, pas assez de fiction, 4 avril 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : SF : la science mène l'enquête (Broché)
Astrophysicien, Roland Lehoucq écrit régulièrement des articles critiques sur des oeuvres de SF (livres, films...) dans la revue "Bifrost". Ce livre compile ces chroniques éclairantes -développées et retravaillées pour l'occasion.
Au menu: "Rendez-vous avec Rama" et "Les fontaines du paradis" de Clarke, "Armeggedon" ou encore "Sunshine" de Dany Boyle. Si l'auteur épargne généralement les romans, il passe les films à la machette. Enormes incohérences, principes scientifiques sacrifiés sur l'autel d'une spectacularisation outrancière, exagérations diverses -involontaires ou non...
Evidemment, on n'est pas très étonné. On se doute bien que Hollywood et compagnie ont peu de scrupules à enfreindre les vérités scientifiques, caution d'un expert de la Nasa ou pas. Par contre, on n'a pas toujours les arguments pour soutenir ces intuitions. En ce sens, le livre est instructif.
Le problème, c'est le titre: "SF: la science mène l'enquête", on s'attend à lire une analyse d'une oeuvre de SF à chaque chapitre. En fait, si Lehoucq vulgarise beaucoup la science, il parle assez peu de fiction. Hormis les exemples susmentionnés, on ne trouvera que rarement des références aux grands écrivains de SF. Juste quelques allusions, la plupart du temps en début de chapitre. Ce qui est décevant, il faut bien l'avouer. S'il existe une quantité astronomique d'ouvrages de vulgarisation scientifique, ceux qui proposent une analyse critique de la science-FICTION se comptent sur les doigts de la main.
Contrat à moitié rempli, donc.


Leçons du monde fluctuant
Leçons du monde fluctuant
par Jérôme Noirez
Edition : Broché
Prix : EUR 20,30

12 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Des leçons un peu trop sages, 2 février 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Leçons du monde fluctuant (Broché)
On en aura parlé du dernier roman de Jérôme Noirez, du moins dans le petit milieu du genre: que ce soit sur les sites d'Actusf ou du Cafard cosmique ou sur les divers blogs des passionnés de SF/fantastique, sans oublier les émissions radio comme la Salle101 (sur Paris première) ou "Mauvais genre" (sur France Culture), "Leçons du monde fluctuant" a suscité une adhésion quasi unanime. Les critiques les plus tièdes reprochent à ce roman aux allures victoriennes une certaine inconsistance, quelques facilités -mais tout le monde s'accorde à trouver sa lecture au pire "agréable, sans plus".

Et effectivement, le roman se lit bien. Catherine Dufour, une auteure bien connue des amateurs de SF, répète à qui veut l'entendre que "Jérôme Noirez, c'est Dieu". Sans en arriver à de telles extrémités (proches des délires de certaines groupies), il faut reconnaître à l'auteur un style fluide et imagé, parfois même envoûtant. Noirez écrit bien, très bien même. Aucun doute qu' il a satisfait haut la main aux critères stylistiques pourtant exigeants de Gilles Dumay, l'éditeur de "Lunes d'encre", qui a pris l'habitude de publier les auteurs français au rythme d'un ou deux livres par an. Heureux élu, Noirez lui aura permis de remplir son cahier des charges 2007.

Noirez écrit bien, donc. Mais ce n'est pas tout. Il cultive aussi une passion pour Rabelais et Lewis Carroll -c'est d'ailleurs de ce dernier dont il va s'agir ici. Car le personnage de ce roman n'est autre que Charles Lutwidge Dodgson, le véritable nom de l'auteur d'"Alice au pays des merveilles" et surtout -Noirez ne me contredirait pas sur ce point- de "L'autre côté du miroir". C'est davantage de ce côté-là, en effet, que nous entraîne Noirez à travers les péripéties assez "british" de Dodgson et de Kematia, une jeune Noire issue d'une tribu de chasseurs qui déambule au pays des morts, brossant au-delà de ces deux personnages -sans oublier le cruel mais réjouissant Jab Renwick-un portrait acide de l'Angleterre victorienne. Avec un cynisme assez discret, Noirez imagine notamment des colons anglais si avides de pouvoir qu'ils en arrivent à coloniser le royaume des morts.

Cependant, ce côté satirique, l'auteur l'exploite assez peu. C'est sans doute ce que j'ai regretté le plus dans ce livre. Au lieu de creuser cette veine, Noirez préfère raconter des aventures plus "bon-enfant", partir dans des délires référentiels -comme cette scène où un lapin cocaïnomane se donne des rendez-vous imaginaires pour s'entraîner à ne pas être en retard. Ce côté décalé, souvent réjouissant au demeurant, émousse à mon avis le tranchant de ce qui aurait pu être une satire digne de Jonathan Swift. Finalement, on en reste un peu au bégaiement de Dodgson, aux promenades insouciantes de Kematia et aux (inoffensives) perfidies de Renwick. Habile mais peu téméraire, l'auteur commet le péché de ne pas se prendre assez au sérieux. A l'instar d'un Neil Gaiman -un auteur auquel on l'a beaucoup comparé, non sans raison à mon avis-, Noirez oscille entre le divertissement plaisant et la volonté de porter des charges plus corrosives contre cette société victorienne qui semble le fasciner et le révulser à la fois.Au final, il se sera plutôt cantonné à la première option.

Des leçons agréables, donc, parfois savoureuses, mais qu'on aurait aimé plus cinglantes.


L'homme tombé du ciel
L'homme tombé du ciel
par Walter S. Tevis
Edition : Broché
Prix : EUR 7,90

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Le mythe d'Icare revisité, 5 décembre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'homme tombé du ciel (Broché)
« L’homme tombé du ciel » n’est pas à proprement parler un humain mais un extra-terrestre, qui n’est pas « tombé » mais a atterri sur Terre grâce à une navette spatiale ; quant à sa planète d’origine, il s’agit d’Anthéa (nombre d’habitants, après cinq guerres atomiques : moins de trois cents). Evidemment, présenté ainsi, le titre en perd un peu de sa poésie. Mais que les admirateurs de Sturgeon ou de Bradbury se rassurent : le cheminement de Newton, notre « homme-oiseau », emprunte davantage à l’humanisme des deux auteurs précités qu’aux « odyssées » métaphysiques d’un Arthur C.Clarke. Car si Newton est sur Terre, ce n’est pas seulement pour la survie de sa planète…mais aussi pour la nôtre. On l’aura compris, on se situe là à l’opposé des éternels récits d’envahisseurs belliqueux, sans tomber pour autant dans le conte Spielbergien (voir E.T). Newton a d’ailleurs l’apparence d’un humanoïde ordinaire, se comporte comme un humanoïde ordinaire…il y a bien une différence avec nous, mais on ne la découvrira qu’à la fin du récit.

Premier roman de Walter Tevis, « l’homme tombé du ciel », s’il n’est peut-être pas aussi abouti que « l’oiseau d’Amérique », possède les mêmes qualités qui font de cet auteur une espèce rare : une idée forte et évocatrice, une écriture impeccable et un récit qui ne tombe jamais dans le pathos malgré un sujet qui s’y prête à merveille. Et, surtout, cette particularité qui rend les personnages de Tevis si attachants : quelle que soit l’origine du « héros » (un robot suicidaire dans «L’oiseau d’Amérique », un extra-terrestre humanoïde dans le présent roman), on le sent profondément inspiré par la mélancolie éthylique de son auteur –Walter Tevis était un alcoolique notoire. À l’instar des personnages de Sturgeon, les créatures de Tevis sont des parias, des idéalistes à leur manière. Sans se presser, elles tentent de changer le monde et/ou de trouver une solution à leur impasse existentielle. Ensuite, c’est la dramaturgie –dont l’auteur a un sens aigu – qui opère. Un certain penchant pour les coups de théâtre cruels rapproche Tevis d’un auteur plus contemporain, Orson Scott Card, dont « La stratégie Ender » ou « Les maîtres chanteurs » sont des chefs d’œuvres incontestables de ce genre à l’intérieur du genre : la SF dramatique. Au sens « shakespearien » du terme.

Dans le même esprit, on remarquera une similitude frappante entre le Spofforth de «l’oiseau d’Amérique » et Newton : si tous deux disposent de « ressources » exceptionnelles (le premier « contrôle » une partie de l’humanité, le deuxième est détenteur d’un savoir technologique qui dépasse de loin celui des humains et démontre une maîtrise assez étonnante dans la gestion des brevets…c’est peut-être d’ailleurs un des légers défauts du roman : on ne croit pas trop à cette histoire de brevets qui permettent à Newton de construire la fusée censée le ramener chez lui. Je n’ai aucune connaissance en la matière, mais cet épisode de transition qui narre les miracles de la W.E Corporation, la société dépositaire des inventions de Newton, et surtout la facilité avec laquelle ces inventions semblent validées par les scientifiques terriens, me rappelle les surprenantes fulgurances du héros du « Je suis une légende » de Matheson, qui parvient à découvrir le virus « vampirique » par le seul miracle de ses cellules grises). Malgré leur pouvoir apparent, donc, tous deux cachent un talon d’Achille qui les rend éminemment (in)vulnérables (Spofforth cherche à se suicider mais sa programmation le lui interdit, Newton n’est pas habitué à la pesanteur terrienne et sa vue, d’une extrême sensibilité, supporte mal la lumière). A l’instar des super héros de Marvel, ils sont aussi victimes de leur nature hors du commun.

« L’homme tombé du ciel » fait à mon sens partie de ces rares livres susceptibles de convertir les réfractaires au genre, en partie grâce à sa puissance allégorique qui tire une grande partie de sa force dans le mythe d’Icare. Tout comme Silverberg, un autre auteur qui utilise abondamment des figures mythologiques pour les adapter à la sauce science-fictionnesque, Tevis a trouvé son personnage emblématique : « l’homme-oiseau. ». Ainsi les « ailes brisées » de Newton (et au-delà de lui, de tout son peuple condamné à s’éteindre sur Anthéa, faute de pouvoir s’envoler vers les étoiles) comme métaphore convaincante pour le carburant, cette « denrée » qui n’existe presque plus sur Anthéa mais qui aura permis à Newton son ultime voyage versla Terre. Au-delà du plaidoyer contre la guerre nucléaire et le gaspillage des ressources énergétiques de notre planète, «L’homme tombé du ciel » raconte le destin tragique de Newton et sa folle tentative pour sauver l’humanité.


Le Premier Sexe
Le Premier Sexe
par Éric Zemmour
Edition : Broché
Prix : EUR 10,15

113 internautes sur 127 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Êtes-vous Zemmourien?, 20 octobre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Premier Sexe (Broché)
Éric Zemmour sait. Il sait tout ce qu'on ce que va lui reprocher, les réactions épidermiques qu'il va provoquer. Il commence donc par prévenir les arguments faciles de ses détracteurs potentiels: il existe bien DES hommes et DES femmes, il y a du féminin en l'homme comme il y a du masculin en la femme, etc. Il n'est pas question de remettre en doute ces vérités basiques. Quant à la féminisation de l'homme moderne (qui constitue le point de départ de ce manifeste), qui aujourd'hui pourrait la nier? Tout le débat consiste à déterminer si elle est souhaitable ou non.
Zemmour, lui, a (depuis longtemps) choisi son camp. A tous les niveaux -intime, social, politique, culturel -, la féminisation de l'homme est une catastrophe qui,à brève échéance, va précipiter celui-ci dans "la soumission, l'humiliation [et] le malheur".
L'argumentaire de Zemmour est habilement construit. Il commence par relever les évolutions les plus superficielles entraînées par cette mutation, c'est-à-dire le physique (l'homme moderne s'épile, se passe des crèmes, porte des bijoux, etc.) et le déplacement des valeurs (des valeurs masculines comme la domination, la pugnacité, la lutte cèdent la place aux valeurs féminines comme le consensus, le dialogue, l'écoute). Dans cette première partie, Zemmour n'est jamais très loin de se caricaturer lui-même, bien qu'on ne puisse lui donner entièrement tort -par exemple quand il affirme que l'homme "est en train de devenir une femme comme les autres". Il parle -à juste titre, à mon avis, qui est aussi celui d'éminents sociologues/ethnologues soit dit en passant- de cette tendance comme d'une "rupture historique".
Il enchaîne ensuite avec une théorie assez intéressante sur le mannequinat (si les modèles sont maigres, dépourvues de toute sensualité et de toute rondeur -en un mot: androgynes- c'est parce que les grands couturiers qui les habillent sont pour la plupart des homosexuels qui fantasment sur des corps de garçons). Comme on le voit, une théorie nourrie de concepts freudiens. D'ailleurs, il est amusant de constater que bien que se gardant de la prétention d'avoir quelque autorité dans le domaine, Zemmour fait fréquemment référence à Freud, Lacan et autres psychanalystes de renom pour analyser la tendance qu'il décrit. Ce qui ne l'empêche pas de citer dans le même temps des personnalités comme Laure Manaudou, Éric Cantona ou Karl Lagerfeld.
Après avoir longuement critiqué le phénomène des "papa-pampers", le polémiste s'attaque -de manière assez...frontale -aux conséquences sur la sexualité qu'il implique. Dans cette partie, le discours de Zemmour s'apparente presque mot à mot à celui d'un Houellebecq. Certaines considérations sur le porno et la prostitution sont assez bien vues.
Enfin, la dernière partie aborde le domaine de la politique -pas moins "féminisée" que les autres secteurs - où Zemmour oppose Hollande et Sarkozy, sans oublier d'expliquer en quoi Ségolène Royale est représentative de la femme moderne. Il parle aussi d'Islam et de catholicisme, de Juifs et d'immigrés -toujours en identifiant valeurs féminines et masculines et en analysant les "modes" selon lesquels elles se confrontent.
Il est difficile d'avoir un avis tranché sur ce livre, parce que Zemmour est suffisamment intelligent pour ne jamais sombrer dans la caricature outrancière. Il y a un certain nombre de constats irréfutables et d'analyses finement argumentées, même si le parti pris global reste très criticable. Tout dépend des valeurs et des choix de société que l'on privilégie. Ce petit livre apporte en tout cas un angle pertinent sur le sujet, et son écriture, limpide, tranchante, souvent provocatrice, a le mérite de faire réagir.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 20, 2012 11:34 PM MEST


Scoop
Scoop
DVD ~ Hugh Jackman
Proposé par plusdecinema
Prix : EUR 5,77

14 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Un "scoop" qui vaut le détour, 25 septembre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Scoop (DVD)
Un Woody Allen mineur mais sympathique, dans le style de "Meurtre mystérieux à Manhattan" ou du "Scorpion de Jade".
Scarlet Johansson, en journaliste fébrile, joue dans un style allenien assez inhabituel quand on connaît un peu sa filmographie. Depuis "Match point", l'actrice est en passe de devenir la nouvelle Diane Keaton ou Mia Farrow -il suffit de voir les commentaires élogieux dont Woody Allen ne tarit pas à son égard pour en être convaincu.
De manière générale, je n'ai pas trouvé le film ausi drôle que "Escrocs mais pas trop" ou "Bananas", par exemple, mais c'est surtout le ton, tout en fraîcheur et en dédramatisation, qui fait de "Scoop" une enquête plaisante, qu'on suit avec intérêt sans être transporté -comme on avait pu l'être avec "Match point", autrement plus ambitieux.


Hellraiser
Hellraiser
par Clive Barker
Edition : Broché

13 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Anecdotique, 19 septembre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Hellraiser (Broché)
"Hellraiser" s'apparente davantage à une longue nouvelle qu'à un roman. Je ne me rappelle pas assez du film (que Barker, artiste multiforme, a réalisé) pour pouvoir comparer les deux versions, mais ce livre qui -en bon produit commercial (ce qui n'est pas une critique dans le cas présent, je le précise)- en emprunte la couverture ne m'a pas transcendé. L'histoire est assez simple: Frank, hédoniste acharné, est prêt à tout pour percer à jour le mécanisme secret de la boîte de Lemarchand qui lui fera éprouver la sensation ultime, le plaisir absolu...et finit par y arriver. X temps plus tard, le frère de Frank (qui n'a plus montré signe de vie depuis longtemps) et sa femme emménagent dans ce même appartement où Frank a ouvert la mystérieuse boîte-piège de Lemarchand, ce qui, évidemment, ne va pas se révéler être une bonne idée pour tous les deux.
On retrouve dans cette longue nouvelle (ou ce court roman, comme on voudra) les personnages mythiques inventés par l'auteur, les Cénobites, dont l'aspect évoque à bien des égards l'imagerie sado-masochiste, qui naviguent dans ce monde parallèle très sombre où l'on peut éprouver les sensations les plus extrêmes à condition d'en rester prisonnier (à jamais? Il faudra lire le livre pour le savoir). On retrouve également cette dualité masculine souvent présente chez Barker, entre ce mari faiblard et très commun et Frank, le jouisseur de l'extrême, qui exerce une fascination absolue sur Julia -la véritable héroïne de l'histoire.
Malgré la qualité de la traduction et d'un certain nombre d'éléments intéressants (notamment ce concept de la boîte-piège qui renferme l'expérience sensuelle ultime mais au prix de ne jamais revoir le monde extérieur- puissante métaphore de l'addiction, de la dépendance), ce récit ne gagne pas être vendu séparément, tant il apparaît anecdotique dans l'oeuvre foisonnante et protéiforme de l'auteur. Peut-être aurait-il fallu l'intégrer à un prochain recueil de nouvelles ou à celles qui forment les Livres de Sang, car présenté tel quel (surtout avec les mentions "Le grand classique de Barker" et "roman inédit"), "Hellraiser" ne convainc pas vraiment. Il s'agit néanmoins d'une lecture agréable et pas inintéressante, bien qu'anecdotique quand on connaît les autres "vrais" romans de l'auteur.


La Guerre éternelle, édition intégrale
La Guerre éternelle, édition intégrale
par Marvano
Edition : Cartonné

5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Guerre aux envahisseurs infantiles!, 12 septembre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Guerre éternelle, édition intégrale (Cartonné)
Bizarrement, le classique d'Haldeman ne m'avait pas autant enthousiasmé que cette BD qui en est l'adaptation. C'est simple, je ne trouve aucun défaut (à part peut-être parfois un dessin qui manque très légèrement de finition, mais rien de rédhibitoire) à cet album à juste titre considéré comme un chef d'oeuvre du genre: scénario très intelligent, sans longueurs, servi pour un graphisme parfaitement adéquat, avec quelques pages éclairantes sur la genèse de l'oeuvre et un bref échange épistolaire entre Marvano et Haldeman autour de cette réédition des trois albums en un seul volume, vingt ans après.
Outre la construction remarquable du récit, plusieurs trouvailles scénaristiques -déjà présentes dans le livre d'Haldeman, évidemment- témoignent à mes yeux de la portée visionnaire/allégorique de l'histoire:

1)Le fait que les Taurans soient d'abord présentés comme des sortes de gros diplodocus inoffensifs (on peut oser ici le parallèle avec les civils vietnamiens, paisibles et tranquilles jusqu'à l'arrivée des Américains)

2) Cette mesure assez radicale contre la surpopulation mise en place par le gouvernement, à savoir instituer l'homosexualité en tant que norme, pour les hommes comme pour les femmes

3) La cause même expliquant que cette guerre est éternelle, qui est que, humains et taurants fonctionnant selon deux modes opposés (respectivement comme individus égoïstes et isolés et comme masse homogène qui ne forme qu'"un"). Tandis que les Terriens (Les Américains) s'acharnent à envoyer des groupes d'élites surentraînés tuer les Taurans (les Vietnamiens), ceux-ci demeurent quasi invincibles car le seul moyen de les vaincre serait de les tuer tous -de tuer cette entité à la fois homogène et divisée-dispersée dans l'espace, donc globalement hors de portée. La seule fin possible à cette guerre, on l'aura deviné, c'est la paix -mais une paix dont le prix est la transformation radicale de l'être humain.

On l'aura compris, les parallèles avec la guerre du Vietnam sont nombreux, mais ça reste bien évidemment de la SF - pas cette SF gadget et fourre-tout qu'on peut voir dans beaucoup de BD se revendiquant du genre, cependant, mais une SF profondément mature, parfois même visionnaire. Si je ne devais conseiller qu'une seule bande dessinée à des personnes récitentes au genre, ce serait certainement "La guerre éternelle". Et croyez-moi, cette guerre aux apparences austères est bien plus réjouissante que toutes les amusantes fantaisies qui envahissent les rayons de SF/fantasy...


Histoire de Lisey
Histoire de Lisey
par Stephen King
Edition : Broché
Prix : EUR 22,80

30 internautes sur 35 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Histoire d'une déception, 7 septembre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Histoire de Lisey (Broché)
Lisey's story (pourquoi a-t-il été traduit "Histoire de Lisey" et non "L'histoire de Lisey", voilà déjà un mystère assez perturbant) n'est pas, à mon sens, le roman ambitieux annoncé en quatrième de couverture et certainement pas le meilleur de son auteur. Je ne pense pas non plus que ce soit un livre raté, parce que, pour paraphraser ce qu'a dit Harlan Ellison quelque part, "Stephen King possède une qualité que tout écrivain devrait avoir: il assure", et les 60 ou 70 dernières pages du livre suffisent effectivement à sauver l'histoire du marécage dans laquelle elle était -lentement-en train de s'embourber.
Mais peut-être que je suis de mauvaise foi. Peut-être que, d'une façon qui m'échappe, "Histoire de Lisey" est bien le roman le plus personnel et le plus ambitieux de SK. Je comprends même ceux qui soutiennent ce point de vue, parce que c'est vrai que les thémes du livre (la part obscure inhérente à tout acte créatif, l'amour par-delà la mort et à travers l'art, les ressources inépuisables du courage et de l'imagination, mais aussi le fanatisme et l'obscurantisme qui entourent certains artistes adulés) correspondent bien à l'idée qu'on se fait d'un livre ambitieux. En soit, les thèmes sont intéressants -le problème, c'est qu'ils sont au service d'une histoire qui ne m'a pas enthousiasmé.
En effet, je pense qu'en abordant des sujets plus personnels (aussi profonds soient-ils), Stephen King s'éloigne de ce qu'il sait faire le mieux: raconter des histoires. Or celle de ce livre peut se résumer à ceci: Lisey vient de perdre son mari-écrivain-célèbre-et-reconnu, assassiné par un fan cinglé, et se retrouve soudain la proie d'un autre fan cinglé qui cherche à récupérer des livres introuvables de ce mari dont certaines publications inédites s'apprêtent à tomber dans le domaine public sous la pression d'obscurs universitaires. C'est donc une histoire d'écrivain,dans un contexte d'écrivain avec des problématiques d'écrivain -en fait, on n'est à mon sens pas loin de l'autofiction, mais une autofiction que King aurait fantasmé dans la peau de sa femme en mettant en scène sa propre mort.
Malgré ce que le synopsis peut laisser croire, le côté "thriller horrifique" du livre est peu présent, et l'essentiel de l'histoire nous raconte l'évolution de Lisey dans la jungle obscure qu'est l'esprit de son mari (décédé, rappelons-le). C'est donc un récit principalement tourné vers l'introspection, la mémoire, l'accès à l'univers parralèle que constitue l'esprit de Scott. En fait, on est plus proche de la littérature générale que du roman fantastique ou du thriller horrifique -les apparitions de Dooley, le "méchant" de l'histoire, paraissent d'ailleurs étonnamment brèves quand on se rappelle des confrontations bien/mal omniprésentes auxquelles nous a habitué l'auteur.
Plusieurs aspects liés à l'écriture même m'ont aussi passablement agacé. En vrac, des néologismes omniprésents (même si sur le principe ça reste une bonne idée pour traduire le langage assez particulier et familier de Scott -dont le métier, rappelons-le, consiste aussi à jouer avec les mots-,je n'ai pas trouvé ces néologismes, en tout cas dans leur version traduite, très "significatifs"; je pense que King aurait pu en faire un emploi plus judicieux), un côté sentimental parfois un peu trop appuyé (ça suprendra peut-être ceux qui ne connaissent pas l'oeuvre récente de King, où l'auteur fait -à mon humble avis- de plus en plus de concessions à l'émotion facile, même si ça reste discret), et puis surtout cette impression persistante que j'ai eue parfois de lire une espèce de soap-opera non assumé. King flirte de plus en plus (c'est vrai depuis "Sac d'os", à mon sens) avec le sentiment, au détriment de l'émotion véritable. Les flash-backs sur l'enfance de Scott contrebalancent heureusement cette tendance, et c'est dans ces flash-backs (ainsi que dans les brèves excursions de Lisey au royaume imaginaire de Scott) qu'on trouvera les meilleures scènes du livre.
Au bout de deux-cents cinquante pages, je croyais tenir un des 2-3 plus mauvais bouquins de King (avec "Roadmaster", "Cellulaire" et autres "Territoires"). Une fois le livre refermé, cependant, je me suis rendu compte que même si celui-ci m'avait rarement emballé (hormis lors des passages évoqués plus haut), le tableau dans son ensemble était malgré tout assez réussi, d'une étrange façon. Peut-être est-ce dû à un profond souci de cohérence, pas forcément perceptible en cours de lecture, mais qui se révèle presque magiquement à la fin -nuançant les impressions franchement mitigées qu'on a pu avoir en cours de route. Peut-être cela rejoint-il tout simplement ce que voulait dire Ellison quand il affirmait que King "assurait".


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