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Contenu rédigé par Woland
Classement des meilleurs critiques: 479
Votes utiles : 536
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Commentaires écrits par Woland (Mouvaux)
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4.0 étoiles sur 5
Un portrait intéressant de Catherine II, 19 avril 2013
A la manière d'Alexandre Carrère dans Limonov, Andreï Makine, en s'intéressant à une véritable figure romanesque, la tsarine Catherine II, par le truchement de son protagoniste cinéaste russe Oleg Erdmann (également de filiation allemande), cherche à « effacer les clichés qui la défigurent » et à « démasquer la femme oubliée » tout en sondant l'évolution de la Russie depuis la seconde moitié du Xxème siècle. Sans consacrer à Catherine II une biographie d'historien, Andreï Makine fait œuvre de romancier « vulgarisateur » en s'interrogeant sur l'ambiguïté caractérisant la tsarine, en discernant les linéaments de sa personnalité controversée, réduite à sa condition de fausse moderniste, d'autocrate conservateur et d'impératrice nymphomane. Lui consacrer un portrait flatteur en quêtant la vérité sous les apparences, c'est « entrer en dissidence », tel est l'écueil auquel est confronté le cinéaste dans sa double tentative cinématographique dédiée à son sujet d'étude. Sa volonté d'abolir le servage et d'apaiser les misères populaires, son féminisme, son ouverture d'esprit et ses accointances avec Voltaire et Diderot, sont autant d'éléments biographiques présidant à l'humanisation du personnage mais garrotés sous le diktat de la censure politique des bureaucrates communistes ou commerciale des producteurs affairistes, ces derniers étant plus prompts à capitaliser sur sa boulimie insatiable de jeunes amants. Sur ce point, Andreï Makine a peut-être trop céder à la tentation de délayer les séquences intimes des alcôves au détriment des pans plus méconnus de sa personnalité. L'équilibre des portraits consacrés à ces deux êtres possédant la même double identité germano-russe n'est pas aisé tant la personnalité de Catherine II tend à supplanter toutes celles de quidam ordinaire. L'examen introspectif des protagonistes, réel et fictionnel, mené par l'auteur n'est pas dénué d'intérêt, quoique redondant. Par le prisme cinématographique, Andreï Makine suscite l'intérêt du lecteur pour cette « grande amoureuse toujours déçue » qu'est Catherine II. Si l'érudition du style honore cet écrivain, la construction narrative, parfois confuse, ne m'a toutefois pas totalement convaincu. En laissant poindre son enthousiasme dans le traitement du personnage historique, Andreï Makine confirme qu'il est un habile conteur.
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Le bon hiver
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par João Tordo Edition : Broché |
| Prix : EUR 21,66 |
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3.0 étoiles sur 5
Un huis clos singulier quelque peu frustrant, 19 avril 2013
Sur la voie de la perdition vagabonde un écrivaillon portugais claudicant et désabusé. Endossant le rôle de narrateur, celui-ci livre le contenu d'une séquence de vie tumultueuse durant laquelle son implication, fortuite et malvenue, a failli le mener vers un trépas dénué de douceur... Singulièrement scindé en deux parties (l'une étant consacrée à l'engagement du narrateur et de ses fréquentations dans cette ténébreuse histoire, l'autre aux événements macabres survenus dans le domaine italien de Sabaudia, propriété d'un riche mécène du 7ème art), le récit oscille entre plusieurs atmosphères: celle, soyeuse et exaltante, d'une (recon)quête existentielle nourrie d'un succès artistique espéré, et celle, empreinte d'une dramaturgie inquiétante, laissant peu de place à l'espérance et à une échappatoire salvatrice. Loin d'être une thébaïde apaisante pour son protagoniste, la villa où séjourne une dizaine d'individus (plus ou moins persuadés d'être artistes) et sa forêt environnante deviennent le théâtre macabre d'un huis clos fantasmagorique où les cadavres s'amoncellent et la mécanique de survie s'active. Dès lors que l'amphytrion disparaît, un suspense tenace s'empare de l'histoire jusqu'à l'épilogue, la prose de l'auteur (traduite avec grande qualité) épousant habilement la teneur anxiogène d'un récit caractérisé par sa dimension psychologique prégnante et sa frontière ténue avec l'irréel. On peut s'interroger sur la crédibilité de l'auto-justicier omnipotent (prompt à enrayer toute tentative de fuite), de l'ambiance mortifère (pas toujours oppressante, scènes d'exécution peu réalistes), et sur la qualité du final, quelque peu hâtif et frustrant. Le récit demeure mystérieux et les zones d'ombre nombreuses. Roman plutôt captivant, Le bon hiver ne m'a pas totalement enthousiasmé malgré les considérations veinées de philosophie et de métaphysique liées à l'homme, à la destinée, aux arts et l'atmosphère noire régnante.
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Nécrologie
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par Paul Cleave Edition : Broché |
| Prix : EUR 19,00 |
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1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5
Les exquises vérités du confessionnal, 19 mars 2013
Triste et moribonde cité néo-zélandaise peuplée d'âmes condamnées à vivre, Christchurch ne semble pas être bénie des dieux. Sur cette toile de fond dénuée d'optimisme suintent de l'amertume, de la désespérance et particulièrement une vengeance opiniâtre, de celles déflagrant toute tentative manichéenne de réduire l'homme à son état bon ou mauvais... Une enquête basique nourrie d'étranges exhumations mène un ancien policier reconverti détective privé, Théodore Tate, sur une piste criminelle qui se découvre progressivement au gré de ses avancées déductives et des cadavres qui jalonnent la quête de vérité. Nécrologie met en scène ce tourmenté limier en quête d'apaisement moral suite au trauma provoqué par le décès de sa fille et l'internement de son épouse. D'une probité douteuse, le protagoniste enquêteur franchit sans vergogne la limite de l'auto-justice (au profit d'une quête de résilience?), cristallisant toute la haine de l'individu face aux vies brisées qui mériteraient réparation... L'absence d'attachement au personnage est compréhensible et peut-être louable, bien qu'une certaine empathie puisse naître à son égard... Le roman ne sacrifie pas le repli de Tate sur lui-même, ses états introspectifs, laissant choir le lecteur dans une atmosphère obscurcie par le doute, l'accablement et la tentation neurasthénique. La trame narrative se caractérise donc par une dimension psychologique prégnante et des passages parfois insistants et longuets sur cette orientation du récit. L'enquête, soignée et tortueuse, est suffisamment maîtrisée pour happer le lecteur jusqu'à son épilogue, qui souffre peut-être de son caractère abrupt. Le manque d'implication de la police dans cette affaire criminelle d'envergure (certes occupée par celle du Boucher de Christchurch) et le traitement indulgent réservé à Tate (au vu de sa propension à se mettre hors-la-loi et des suspicions à son égard nées de sa capacité à commettre l'irréparable) interpellent et semblent peu crédibles. Par sa teneur sombre et sa tonalité grave, le roman distille efficacement et avec parcimonie les éléments empruntant aux codes du roman noir et du roman d'enquête sans être caractérisé par un rythme haletant. Par sa narration habile et son style efficace, Nécrologie est de ces romans divertissants qui parviennent aisément à captiver le lecteur.
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4.0 étoiles sur 5
Un récit romancé et alléchant de la vie du clan Ashley, 25 janvier 2013
Le jardin des Everglades en Floride serait celui des Enfers tant la zone, humide et marécageuse, s'affirme comme le refuge inhospitalier d'une faune peu amène... et d'un clan, celui des Ashley, sanguinaires contrebandiers d'alcool et braqueurs invétérés dont les vicissitudes nous sont narrées par un James Carlos Blake inspiré. James Carlos Blake retrace la destinée épique de ce clan et de ses opposants des années 1912 à 1924 en romançant leurs pérégrinations et séquences de vie tumultueuses sur la base de faits consignés par l'Histoire. Face à la légende des Ashley se construit progressivement celle du shérif Baker, insatiable pourfendeur et traqueur du réseau interlope sévissant dans sa juridiction. L'auteur expose sans manichéisme la confrontation tantôt tendre, tantôt douloureuse liant les deux figures cardinales du roman, John Ashey, le « King of Everglades » et Bobby Baker, dans une atmosphère souvent macabre empreinte des saveurs du western et du roman noir. Red Grass River offre au lecteur la possibilité de s'immerger dans le contexte historique du début Xxème siècle en Floride, paradis de la contrebande durant la prohibition. L'opposition criante entre cette lisière luxuriante que sont les Everglades (magistralement décrits)où se démènent des desperados affranchis des lois (hormis les leurs), et la naissante Miami, catalyseuse de progrès et de modernité - où la quête de justice et de respect masque démagogiquement l'aubaine de la corruption et de la prospérité des trafics, saisie par des malfaiteurs policés - illustre le développement d'une époque nouvelle, celle des Etats-Unis modernes. Enfin, la mise à nue de la destinée des Ashley permet à James Carlos Blake de dresser avec intensité une fresque captivante des relations claniques, marquées du sceau de l'amour, de la haine, de la trahison, de la fidélité, de la cupidité, ou encore de la vengeance. Telle une épopée du Nouveau-Monde, le récit vénéneux du duel Ashley/Bakeres, assez méconnu hors des Etats-Unis, est mené sans réel temps mort, narré avec authenticité et un certain attachement de l'auteur pour ses personnages (cf les informations prétendument véridiques sur John Ashley, ses périodes d'emprisonnement, sa mort) et servi par une prose stylée excellemment restituée par le traducteur.
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
L'esthétique floue d'une ville au bord de l'abîme, 15 novembre 2012
Prix Planeta 2010, Bataille de chats est de ces tragi-comédies captivantes où se mêlent habilement les caractères politiques et policiers d'une intrigue dense et exigeante se déroulant en lisière de la Guerre civile Espagnole. C'est dans cette atmosphère trouble et brasillante (mars 1936) que s'agite une galerie de personnages hétéroclites, acteurs bigarrés d'une fresque soignée consacrée à une période charnière de l'Histoire espagnole. Innocemment plongé dans une poudrière madrilène bien portraiturée (là où les chats s'affrontent âprement), le cultivé, flegmatique et quelque peu naïf Anthony Whiteland (fin connaisseur anglais de l'univers pictural de Velazquez), invité par un aristocrate à expertiser quelques peintures, se trouve happé dans le tumulte des forces politiques présentes, de leurs considérations et actes factieux (représentants du pouvoir, généraux putschistes, anarchistes, communistes, phalangistes, agents secrets, services de la Sécurité espagnole, de l'Intelligence Service,etc.). La focalisation sur le fondateur de la Phalange, José Antonio Primo de Rivera (l'un des rares « personnages » authentiques du roman avec Franco), « note de pied de page de l'Histoire espagnole » selon l'écrivain, lui donne l'occasion d'ironiser sur l'une des figures éphémères de l'étreinte fasciste, qualifiée de « burlesque et d'infantile ». Primo de Rivera est dépeint avec force ironie comme un coryphée quelque peu impuissant et acculé à la désillusion au regard de sa position étriquée sur l'échiquier politique. Eduardo Mendoza, en agençant méticuleusement ces personnages sur une scène politique friable et anxiogène, parvient à restituer une ambiance réaliste du contexte historique, popularisé avec retenue et justesse. Ne cédant pas à l'ennui grâce aux séquences narratives dédiées au badinage de l'opportuniste anglais et à la frivolité cocasse de certaines situations, Bataille de chats séduit également par son éclairage sur la « Vénus au miroir », le seul tableau nu féminin de Velazquez (eu égard sûrement au contexte inquisitorial). Eduardo Mendoza, en étayant une conjecture sur la destinée de cette toile, parvient à susciter un attrait pour Velazquez et son œuvre tant les pages qui lui sont consacrées sont instructives et raffinées et permettent au lecteur de sortir, un temps, de l'ornière de l'intrigue politique. En usant d'un style élégant et enlevé, Eduardo Mendoza réussit à combiner la gravité et la légèreté d' une intrigue en instillant chez le lecteur convaincu une réflexion sur une tragédie humaine annoncée. Un seul bémol j'émettrai: une fin un peu trop hâtive, peut-être pas tout à fait à la hauteur du reste.
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Spectralement efficace, 13 novembre 2012
A l'instar de ses comparses écrivains irlandais ou nord-irlandais (Bruen, McKinty, Bateman,etc.) Stuart Neville n'échappe pas à la tentation d'écrire un roman noir dont la toile de fond (l'action se situe une dizaine d'années après la signature de l'accord de paix de Belfast en 1998) est imprégnée et héritée des affrontements chaotiques survenus entre communautés religieuses, forces et milices politiques durant le Xxème siècle. L'ancrage dans la réalité politique de la fin des années 2000 n'est pas dénué d'originalité, Stuart Neville développant une intrigue autour de la personnalité controversée d'un ancien activiste meurtrier de l'IRA, Gerry Fegan, dont la pénitence ne se limite pas à la peine de prison infligée, aussi lourde soit elle. L'expiation justement proportionnée aux douze assassinats commis dans le cadre d'une action présumée politique semble être dictée par quelques forces supra-terrestres, spectrales soulageant la culpabilité de son auteur, reclus dans un alcoolisme cathalyseur... S'en suit une série de liquidations orchestrées par les « suiveurs » d'un homme déterminé à cicatriser ses stigmates intérieurs pour trouver sa place dans sa communauté. Salvatrice (d'un certain point de vue), cette quête d'élimination des commanditaires des meurtres ou de ceux qui n'ont pas entravé la réalisation de ces homicides se heurte à la stabilité politique fragile d'un Etat qu'il convient de préserver. La chasse à l'homme est donc double et offre l'occasion à Stuart Neville de décrire sans concessions et de manière très désenchantée l'Irlande du Nord actuelle: son aréopage de politiciens véreux et cyniques, sa cohorte d'anciens activistes de l'IRA manipulateurs prêts à tout pour sauvegarder leurs intérêts financiers et agir au nom d'une idéologie dévoyée, la difficile conciliation entre intérêts unionistes et nationalistes (le fonctionnement délicat du Parlement de Stormont), les questionnements confinés de la responsabilité collective dans la tragédie des drames humains... Une tension constante insufflée au récit tend à captiver le lecteur claustré dans une ambiance étouffante, laissant toutefois la place à un rapprochement affectif entre le protagoniste et une irlandaise, Marie McKenna, répudiée au sein du clan familial pour s'être acoquinée avec un policier protestant (personnage que l'on retrouve dans Collusion, suite des aventures de Fegan). L'agencement des saynètes est habile et maîtrisé, toutefois, la séquence finale de la grange et des fusillades tire quelque peu en longueur, lorgne vers la phase d'actions du thriller en rompant avec la teneur peu spectaculaire d'une histoire dont l'atmosphère pesante s'est installée progressivement. Servi par une écriture (et/ou une traduction) sans afféterie qui s'allie parfaitement à l'ambiance de la narration, Les Fantômes de Belfast est une réussite majeure dans le registre du roman noir.
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La belle vie
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par Matthew Stokoe Edition : Broché |
| Prix : EUR 22,32 |
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4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile
2.0 étoiles sur 5
" Peu d'individus peuvent se vanter d'avoir baisé un cadavre, mais je suis sûr que beaucoup y pensent ", 12 novembre 2012
Oeuvre transgressive et subversive en vue, Antoine Chainas est à la traduction ! Les adeptes de l'écrivain français ne peuvent s'illusionner sur le caractère aseptisé et conformiste de la matière narrative, les autres vont découvrir un univers très particulier... L'éditeur états-unien de Matthew Stokoe loue la capacité de l'auteur à appréhender « le tréfonds du côté sombre de l'industrie télévisuelle et cinématographique à Hollywood » en lui consacrant une spectaculaire satire sociale. Son éditeur français voit en lui un « moraliste clinicien qui, par son côté sadien, nous fait vivre une expérience totalitaire sans issue, un univers narcissique exacerbé où chacun veut devenir quelqu'un sans s'en donner l'effort ». L'entreprise littéraire, louable, semble appartenir au registre policier/noir dès lors qu'une enquête criminelle - un faux-semblant - se profile... Une galerie de personnages entre alors en scène sur les terres anomiques et nihilistes de Los Angeles, une Cité des Anges maculée de substances organiques où l'intégrité physique semble se compromettre subrepticement avec la chirurgie néphrétique... Sont convoquées dans ce roman hardcore quelques composantes de l'hédonisme fantasmé: des personnages masculins et féminins reclus dans leur vacuité, drogués, guidés par un flot inconscient de pulsions avilissantes, aussi sordides soient-elles, notamment dans le domaine sexuel. Inceste assumé, nécrophilie, scatophilie, torture paroxysmique illustrent toutes les dérives dans lesquelles s'enferrent les personnages dont les profils, s'ils peuvent ne pas échapper à une certaine réalité, laissent dubitatifs. S'identifier à ceux-ci relèvent de la gageure ou de l'inconscience... Admettre que des individus puissent expérimenter toute sorte d'attitudes extrêmes pour parvenir à leurs fins ou soulager leurs inavouables désirs implique que le seuil de crédibilité ne soit pas franchi, dans l'optique notamment où la satire est censée discréditer cet acmé existentiel. Dès lors que les expérimentations médicales menées par la concupiscente et profiteuse Bella sombrent dans le grand-guignolesque (masturbation avec organe fraîchement prélevé!), on peut s'interroger légitimement sur la santé psychiatrique du personnage et sur la réussite d'une entreprise littéraire consacrée à une « expérience totalitaire » qu'il conviendrait de moraliser. De la déviance à la folie, la frontière semble être ténue ici. La Belle Vie est sûrement le roman le plus dérangeant que Gallimard ait publié dans sa Série Noire, tant la lecture de ce bréviaire de perversion, d'obscénités, quoique teinté d'humour noir, consterne, abasourdit, percute. La maîtrise de la narration, servie par une traduction fluide de bonne facture, permettra aux âmes résistantes d'être captivées jusqu'à son épilogue. Il reste toutefois difficile d'en conseiller sa lecture, et d'en cacher sa teneur au public non averti.
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Anima
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par Wajdi Mouawad Edition : Broché |
| Prix : EUR 21,85 |
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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
La quête identitaire d'un Monstre Brutal, 12 novembre 2012
« Un artiste est un scarabée qui trouve, dans les excréments mêmes de la société, les aliments nécessaires pour produire les œuvres qui fascinent et bouleversent ses semblables ». De cette assertion désenchantée de Wadji Mouawad naît un maelström impétueux de douleurs et de désillusions duquel il semble difficile de se soustraire. Le rapport au monde environnant, à l'humanité dévoyée, lacérée de ses turpitudes, est brutal et fracassant. L'écrivain dramaturge investit le terreau d'une violence plurielle qui affecte son protagoniste humain, Wahhch Debch, dont la résilience se traduirait par une inespérée échappatoire salvatrice. Les premières encablures de l'intrigue laissent poindre l'orientation policière du roman (un homme dévasté par l'assassinat sordide de sa compagne enceinte, en quête d'une vérité rédemptrice), cependant, le lecteur constate rapidement que la centralité de l'histoire narrée dépasse ce cadre restrictif d'une confrontation mortifère avec le meurtrier, dont l'identité est assez vite dévoilée. S'il ne fait pas un usage inédit de la prosopopée appliquée à la narration en prose (figure de style par laquelle on fait parler et agir une chose personnifiée, un animal, etc.), nul doute que la volonté de relater les évènements observés, essentiellement par l'entremise de témoins animaliers, s'avère être une réussite majeure, eu égard à l'immersion dans la communauté Mohawk et ses croyances. L'approche « éthologique » de l'auteur consiste non seulement à suivre l'humain dans ses pérégrinations et cheminements intérieurs, mais à diffuser les émotions ressenties par ces animaux (chien, chat, oiseau, insectes, etc.) au regard de la barbarie humaine, à illustrer les relations totémiques les unissant à l'homme (l'animal en tant qu'être mythique protecteur de l'hominidé et partie intégrante de son être). La douleur diffuse ceignant Wahhch Debch se renforce au gré des informations recueillies sur ces zones d'ombre identitaires; Wadji Mouawad, d'origine libanaise, libère dans ces pages cendrées et intimistes consacrées à son protagoniste tous les sentiments universels qui l'étreignent: la filiation, le devoir mémoriel, l'amnésie, l'exil, la bestialité humaine à travers notamment les épisodes guerriers (la séquence narrative afférente aux massacres de Sabra et Chatila au Liban est insoutenable, pétrifiante, traumatisante). La prose ténébreuse de Wadji Mouawad, finement ciselée, évocatrice, puissante, conjuguée à la forme narrative précitée (qui engendre parfois de la distanciation avec le parcours du protagoniste) est au service d'un voyage initiatique tumultueux et abrupt qui ne devrait pas laisser insensible le lectorat captivé par la forme et le fond du récit (à noter la présence fréquente de passages en anglais, non traduits, requérant une maîtrise « moyenne » de cet idiome).
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2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
La violence du narco-trafic dans toute sa splendeur, 4 novembre 2012
Premier roman du journaliste d'investigation Sebastian Rotella, spécialiste des problématiques liées à l'immigration, au crime organisé et au terrorisme international, Triple Crossing est une plongée saisissante dans les marchés interlopes d'Amérique Centrale et du Sud (drogue, immigration). A la confluence de plusieurs genres (roman noir, d'action, d'espionnage), ce roman réaliste nous gratifie, à la manière du magnum opus sur le sujet, Les Griffes du Chien de Don Winslow, d'un tableau sidérant de la globalisation des trafics. Scrutateur, dans le cadre de son activité de journaliste, de la « tortilla border », cette frontière de plus de 3000 kilomètres séparant les Etats-Unis du Mexique surveillée par la United States Border Patrol, Sebastian Rotella ne focalise pas exclusivement son histoire et son attention sur cette ligne (tronçon entre San Diego et Tijuana) dont le crépuscule assombrit et irradie d'autres lisières: la triple frontière - triple crossing - délimitant une zone de narco-trafic (Paraguay, Brésil et Argentine) où la pègre prospère et celle, morale, ténue entre la probité et la corruption des acteurs luttant contre ce fléau. L'exploration des zones de non droit ne se cantonne pas aux espaces de criminalité, l'histoire narrée laisse s'épancher sous la forme fictionnelle ce que les mass media internationaux ne cessent de marteler et de dénoncer sur le sujet: les actes de collusion entre politiciens véreux, flics stipendiés et cartels mondialisés, l'impunité régnant dans certaines prisons mexicaines (exemple édifiant de celle de Tijuana) et la barbarie acceptée comme une composante ordinaire de la vie quotidienne. L'infiltration d'un patrouilleur de la Frontalière inexpérimenté, Valentin Pescatore, au sein d'un réseau de narcos, et le rapprochement du chef mexicain du groupe Diogène, Leo Mendez (dont l'implacable droiture semble incompatible avec les us et coutumes de son pays) avec les services états-uniens constituent les ressorts d'une intrigue nerveuse qui ne cède pas à l'ennui. L'histoire imaginée par Sebastian Rotella, classique, est de bonne facture, même si l'imbrication des éléments journalistiques et fictionnels n'est pas toujours parfaitement huilée. Les principaux personnages mis en scène sont bien campés, difficiles à cerner et leurs interactions crédibles (bien que la passade amoureuse entre une agente états-unienne et le protagoniste patrouilleur soit superflue). Le style du roman, s'il est honnête, aurait pu être davantage soigné, laissant poindre les caractéristiques littéraires du journaliste. En guise d'incursion dans le registre fictionnel mâtiné d'une documentation restituée avec justesse, Triple Crossing est un très bon narco-roman, sérieux et désenchanté et à l'instar de ses compères écrivains oeuvrant dans le même registre (Nunn, Winslow, Mendoza, Solares,etc.) Sebastian Rotella ne s'illusionne guère sur l'éradication des trafics en tous genres dans cette partie du monde...
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Les lisières
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par Olivier Adam Edition : Broché |
| Prix : EUR 19,95 |
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3.0 étoiles sur 5
Un roman périphérique, 3 novembre 2012
« A force de fuir de lieu en lieu, de lisière en lisière, est-ce qu'on ne finit pas par vivre aux lisières de sa propre existence ? ». Cette interrogation obsédante, considérée sous le prisme auto-fictionnel d'un écrivain en proie à une sensibilité exacerbée, est de nature à sonder les « identités plurielles et successives » de chacun, à nourrir la quête d'un parcours de vie cohérent d'une éventuelle résonance collective, à enrichir l'esprit d'une réflexion sur la condition d'être périphérique dans un contexte fragmenté: social, affectif, urbanistique, générationnel. Paul Steiner, avatar romanesque d'Olivier Adam, est de ces individus en lesquels on peut s'identifier (un étranger familier) tant les ruptures qui l'accablent (dans sa vie sentimentale) ou l'ostracisent (dans sa vie familiale) paraissent, à première vue, s'extirper de l'intime pour joindre le collectif, l'impersonnel et caractériser l'un des points d'étape existentiels du quidam. Le choix de l'auto-fiction est ici décisif. Bien que ce registre narratif soit d'une manière générale quelque peu frustrant par son absence de délimitation entre les teneurs fictionnelle et réelle du récit, il n'en demeure pas moins que cet agrégat d'éléments autobiographiques et imaginaires, lorsqu'il est réussi, permet à l'auteur de féconder une histoire connectée à la sienne, émaillée d'un vécu et d'un ressenti emplis d'une sincérité irréfragable tout en dépassant son cadre privatif, exclusif pour échapper à la diatribe nombriliste et égocentrique. Cette orientation narrative paraît maitrisée et tend, tout au moins partiellement, à ne pas inscrire l'œuvre d'Olivier Adam dans une littérature du confinement. L'emploi immersif du « je » qui restitue efficacement la « sismographie des états intérieurs » du protagoniste, eu égard à son appréciation de ses vies sentimentale et familiale, est susceptible de renforcer cette connexion à l'Autre. Il est plus difficile cependant de s'incarner dans la peau d'un écrivain à succès (même si la posture est intéressante) quelque peu geignard, et « sauvé par l'écriture qui lui permet d'habiter le monde » (une compassion à l'égard de celles et ceux qui sont rejetées par Paul Steiner oui qui s'éloignent délibérément de lui est acceptable). Les Lisières, s'il s'inscrit dans la confession intime, investit également le terreau du délitement social illustré par cette classe moyenne (inférieure) chancelante dans la lisière parisienne et dans la France d'aujourd'hui par extension. C'est quelque peu misérabiliste, mais il y a certainement une justesse des descriptions qui n'échappe pas à la réalité (l'auteur ne se livre pas à une étude sociologique de la fracture sociale). D'un regard sans concession sur ce qui environne l'existence d'un personnage, Olivier Adam réussit plutôt à illustrer quelques marges existentielles par diverses approches sans en concevoir toutefois une « fresque hypnotisante » et ambitieuse. Le style des Lisières est simple, trop banal à mon goût, et sa prose trop délayée, redondante aurait mérité un substantiel allègement.
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