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Commentaires écrits par
Zarak (Saintry-sur-Seine, Essonne, France)
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Sexe et Caractère
Sexe et Caractère
par Otto Weininger
Edition : Broché

3.0 étoiles sur 5 Ottoroute vers l'enfer, 23 mars 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sexe et Caractère (Broché)
L'un des livres les plus atypiques de ma vie de lecteur. D'ailleurs, il fascina aussi bien un Freud qu'un Hitler (ce qui en dit long sur la tessiture de l'ouvrage).

Un livre qui aime beaucoup la pensée catégorielle et où on apprend que les femmes et les juifs n'auraient pas d'âme, qu'il ne peut y avoir de génie juif (l'auteur est juif), que Shakespeare est bien inférieur à Beethoven, que Wagner est le plus grand homme depuis le Christ, que la femme n'est qu'un entrelacs de sensations comme un petit animal inaccessible à la conscience supérieure, et donc à la morale et à la foi et qui n'aurait le choix qu'entre le statut de maman et celui de putain, que la meilleure des femmes n'arrive pas à la cheville du plus médiocre des hommes, que le destin d'esclaves propre aux juifs et aux noirs a été favorisé par leur nature servile, etc...

Trois catégories échappent constamment au carnage : le blanc, l'aryen, et l'homme. Si tu es un homme blanc aryen, tu peux dormir sur tes deux oreilles (et l'Histoire donnera raison à Weininger : trente ans après son suicide, un grand nombre d'hommes blancs aryens tenteront effectivement d'asseoir leur supériorité dans l'ordre des espèces). Même les anglais en prennent plein la tronche...

Je n'invente rien : ce sont là, hélas, certaines des conclusions écrites noir sur blanc au milieu d'un ouvrage qui, ne soyons pas malhonnête, se révèle génial et passionnant à plusieurs reprises, par éclairs, au milieu d'une nuit aussi étrange qu'apocalyptique. Mais rarement démonstrations auront été si bien troussées pour aboutir à des conclusions aussi délirantes, même si, il faut bien l'avouer, Weininger essaie de toucher du doigt quelques vérités profondes lorsque son esprit s'apaise et qu'il essaie de saisir le problème féminin et le problème juif dans leur essence pararadoxale ; conclusion hélas très obscurcies pour une absence maladive de nuances, absence qu'on retrouve chez toutes les natures extrêmes (comme les aimait Cioran, qui, lui, vécut assez longtemps pour faire un éternel mea culpa en forme de désespoir sans fond et sans fin nimbé d'esthétisme littéraire).

Tout individu qui se suicide à 23 ans ne connaîtra jamais la nuance.


Leviathan
Leviathan
DVD ~ Vladimir Vdovichenkov
Prix : EUR 19,99

Aucun internaute (sur 1) n'a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Job VS Leviathan, 8 mars 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Leviathan (DVD)
Une vraie fable russe comme on les aime : à la fois métaphysique et sociale, sombre, puissante, pleine de signes cachés. Et des décors à tomber par terre (la Mer de Barents magnifiée par une photo superbe).

C'est l'histoire du Job russe - une Russie qui serait celle d'aujourd'hui, entre corruption, vulgarité et vodka, ce qui ne plut pas vraiment à quelques autochtones avant même l'exploitation du film sur leurs terres -, qui perdra tout pour avoir voulu défendre face aux puissants et aux mafieux ce qui lui appartenait de jure, éternellement sourd aux menaces divines qui pesaient de toute évidence sur son destin. L'Etat, tel que conceptualisé par Hobbes dans le fameux Leviathan, est cette puissance temporelle, ce monstre souverain qui avalera tout sur son passage (à l'instar d'un Moby Dick emportant Achab dans les abîmes sans fond de sa révolte... et de l'océan), aidé en cela par la puissance éternelle de l'Eglise : face à ces deux-là, l'individu - la seule vérité - est oublié, broyé, écrasé, enseveli sous une nature muette et implacable.

Pas beaucoup d'issues, finalement, dans ce conte, si ce n'est dans le silence et l'acceptation...


Birdman Oscar® 2015 du meilleur film -Blu-ray + Digital HD
Birdman Oscar® 2015 du meilleur film -Blu-ray + Digital HD
DVD ~ Michael Keaton
Prix : EUR 17,99

7 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Batman à Broadway, 3 mars 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Birdman Oscar® 2015 du meilleur film -Blu-ray + Digital HD (Blu-ray)
Birdman est un film étonnant à bien des égards, il marque en tout cas une rupture assez nette dans la carrière d'Iñárritu ; sur le plan formel, le cinéaste, certes, reste plus que jamais un m'as-tu-vu de première bourre (un faux plan-séquence de deux heures, survolté et numériquement raffistolé, accompagné d'incessants rythmes de batterie) mais il s'éloigne de son œcuménisme doloriste pour nous offrir une fable délirante, baroque, décalée, pas toujours premier degré, sur une ex-star hollywoodienne (et l'on reconnaît évidemment le désormais mythique ex-Batman Michael Keaton) qui tente une renaissance en montant à Broadway son adaptation d'une pièce de Raymond Carver. Toute re-naissance incluant les douleurs du ré-enfantement, notre héros va impulser une suite de rebondissements spectaculaires, le tout dans un périmètre de quelques centaines de mètres (d'où le plan-séquence).

Inutile d'attendre une réhabilitation ou quelque émouvante rédemption : derrière la comédie se cache une satyre féroce et sans issue. Tout le monde en prend pour son grade : l'acteur-né, narcissique et verbeux (Ed Norton), la fille à papa trash et paumée (Emma Stone), la critique du New York Times jouissant de sa toute-puissance... La suproduction de films de super-héros, et toute la méga-industrie des blockbusters, sont dynamités de façon salutaire. Sans oublier notre héros, ex-star dépossédée de ses ailes mais possédée par la voix du super-héros qu'il incarna jadis, et affublé de super-pouvoirs sans doute plus fantasmés qu'autre chose. Il s'accroche à un passé clinquant et glorieux pour mieux supporter un présent qui suinte l'imposture. La hantise de la célébrité (quand bien même il s'agirait de la célébrité à la sauce Youtube), la soif d'exister, la soif d'amour, le côté dérisoire de ces aumônes d'esclaves inguérissables, hantent ce faux film de super-héros mais vraie tragi-comédie presque mélancolique.

Si Birdman tient surtout à en foutre plein les yeux, pour la première fois Iñárritu laisse de côté la pompe et le catéchisme et ose dynamiter ses propres codes dans un élan jouisssif et communicatif. De quoi augurer de bonnes nouvelles pour l'avenir...


Les Rois maudits - L'intégrale
Les Rois maudits - L'intégrale
DVD ~ Jean Piat

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Soyez maudits jusqu'à la 13ème génération !, 1 mars 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Rois maudits - L'intégrale (DVD)
Très certainement l'une des meilleures productions de l'histoire de la télévision française, je ne lui connais en tout cas aucun équivalent. Cette saga historique rencontre encore aujourd'hui des échos, puisque George R. R. Martin himself dira s'en être inspiré pour composer toute la complexité et la noirceur des intrigues de pouvoir dans Game of Thrones.

La mise en scène est quasi théâtrale (et pourra en rebuter certains), avec des décors parfois minimalistes, mais permet de se concentrer sur l'exceptionnel jeu d'acteurs et le texte d'une qualité rare, Jean Piat en première ligne, qui compose un Robert d'Artois mythique, exubérant, paillard, incontrôlable, mais aussi diabolique et manipulateur. Je n'ai pas encore lu la saga de Druon mais cette mini-série a la réputation d'en restituer toute la puissance avec fidélité. Je n'ai pas vu non plus la série remasterisée par l'insupportable Josée Dayan, et n'en ressens que modérément l'envie (euphémisme).

Pitch rapide : les 6 épisodes couvrent la période qui va du procès des Templiers (qui marque la fin de la chevalerie) jusqu'à la vengeance de Robert d'Artois contre le Royaume de France, qui mènera à la guerre de cent ans avec le royaume d'Angleterre. Sur le bûcher, le dernier des Templiers, Jacques de Molay, lance une malédiction devenue aussi fameuse que légendaire : "Pape Clément, chevalier Guillaume de Nogaret, roi Philippe, avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment ! Maudits ! Maudits ! Vous serez tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races !". La malédiction semblera se réaliser puisqu'au fil des intrigues et des troubles successoraux, les héritiers de Philippe le Bel ne parviendront à engendrer que souffrances, trahisons, assassinats et condamnations. Pour enfin mener à la plus longue guerre de l'histoire de France.

Une épopée historique, certes s'accomodant aisément de certaines légendes (ce qui en fait tout le sel), invitant à se plonger avec passion dans l'une des périodes les plus fascinantes et les plus sombres de notre histoire.


American Sniper [Blu-ray]
American Sniper [Blu-ray]
DVD ~ Assaf Cohen
Prix : EUR 20,99

13 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Protect yourself, man, 25 février 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : American Sniper [Blu-ray] (Blu-ray)
American Sniper est arrivé sur nos écrans parasité par tout un arsenal de polémiques inutiles quant à son caractère trop "patriote". Non seulement c'est hors de propos (Eastwood était contre l'engagement des U.S.en Irak) mais il ne s'agit pas véritablement d'un film de guerre - certes, on y trouve bien des scènes de combat, impressionnantes, dignes de la Kathryn Bigelow de Démineurs - mais le sujet n'est pas la guerre, ou alors une guerre individuelle, de soi à soi : l'histoire d'un homme trop dévoué (famille, patrie) qui, à trop vouloir protéger les siens, en oublie de se protéger lui-même.

Une drôle d'obsession, née d'un héritage à la fois filial et national, héritage trop bien assimilé pour être remis en cause : la métaphore du père sur les loups, moutons et chiens de berger forgera la simplissime représentation morale de notre hommme ; pour l'héritage national, la Bible - qu'il ne lit d'ailleurs jamais vraiment - se chargera du reste. S'il est une "légende", Chris Kyle ne l'est que pour les autres, jamais pour lui-même. Ses performances de sniper en deviennent même secondaires dans le film, si ce n'est pour montrer que sa lunette de visée est toujours pointée vers l'extérieur, jamais vers l'intérieur : est-ce pour cela que le seul miroir du film, censé renvoyer l'image de son alter-ego irakien (et donc un peu la sienne), sera pulvérisé par ce dernier d'une balle bien sentie ?

Eastwood a bien complexifié et même réinventé le personnage de Chris Kyle (en réalité, un redneck pur jus à la vision très courte) pour faire son propre film sur le destin absurde, entêté, paradoxal, d'un chien de berger qui mourra, non sur de lointaines terres par des loups sanguinaires, mais sur ses propres pâturages, par l'un des moutons qu'il était censé protéger.


Un regard en arrière
Un regard en arrière
par Edward Bellamy
Edition : Broché
Prix : EUR 19,00

3.0 étoiles sur 5 Le meilleur des mondes ?, 20 février 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Un regard en arrière (Broché)
Un livre que je n'aurais jamais connu s'il ne m'avait été offert... et qui m'a laissé un goût étrangement amer.

Le héros, Julian West, est un riche Bostonien de 1887 qui se réveille un matin en l'an 2000. Un réveil plutôt heureux puisqu'il constatera auprès de ses nouveaux hôtes que la société du future est devenue "idéale" (guillemets importants) à tous les points de vue : économique, politique, moral, philosophique... l'humanité - du moins l'Amérique - semble enfin avoir trouvé le bonheur et la paix en rangeant l'égoïsme et l'individualisme au placard.

Par son portrait intégral d'une société de l'an 2000 idéale par un écrivain de la fin de XIXème siècle, cette utopie impressionne et balaie tout le panorama sociétal. Le discours, sous couvert de roman, a un parfum éminemment politique. Et finit fatalement par prendre un goût idéologique : ultra-distributivisme, ultra-centralisme, abstraction de l'individu dans une sorte de communisme new-age fantasmé... anticipant au passage l'invention de la carte de crédit et des grandes surfaces ! Edward Bellamy s'affranchit de la distance entre le rêve et la réalité, malgré l'alibi onirique du roman. Le narrateur ne se montre pas avare en sensiblerie lorsqu'il décrit ce que lui inspire la misère humaine et sociale du Boston de la fin XIXème siècle... oubliant au passage de nous détailler les points noirs de sa vision du futur (mais les utopies sont faites pour être sans défaut). C'est l'avantage d'être un enfant du XXème siècle : on a appris, nous, quels genres de rêves se cachent derrière les charniers...

Le livre inspire un certain malaise, tant il tend le bâton pour se faire battre. L'extrême dichotomie entre passé et futur n'est-elle qu'un procédé littéraire, ou se cache-t-il dans ces considérations un discours convaincu ? Le livre eut, dans son siècle, un énorme succès aux USA, inspirant même des clubs d'adeptes pour tenter de réaliser la vision de Bellamy (accordant par là-même un dangereux crédit aux hypothèses du livre). Car il se dégage malgré tout de ces pages un inexpugnable sentiment de premier degré, et l'utopie finit par virer à la contre-utopie, plus proche alors du manifeste dépourvu de matière romanesque, lavé de toute nuance.

Reste un livre à (re)découvrir, à débattre, regard à peu près unique d'un citoyen de l'ancien monde sur ce que pourrait être notre présent.


Interstellar [Blu-ray + Copie digitale]
Interstellar [Blu-ray + Copie digitale]
DVD ~ Anne Hathaway
Prix : EUR 19,99

10 internautes sur 17 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Voyage, voyage..., 31 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Interstellar [Blu-ray + Copie digitale] (Blu-ray)
J'avoue avoir été très agréablement surpris par l'incursion spatiale des frères Nolan. J'y suis allé avec une légère méfiance, de peur de me retaper sur 3h le phénomène Gravity : entendre seriner du "film d'auteur" pour ce qui est en fait un survival, avec une forme stupéfiante, mais un fond qui flirte avec les trous noirs. Rien de ça ici : le premier désir de Nolan, c'est avant tout de raconter une histoire. Il y a un scénario, bien fourni. En plusieurs parties. Une vraie odyssée interstellaire quoi !

La première partie nous raconte l'apocalypse terrestre à la sauce Nolan : pas de bombe atomique ni de tsunamis, mais une grave crise alimentaire dû à notre mère Terre qui ne parvient plus à donner ses fruits, aidée en cela par d'incessantes tempêtes de poussières. Bref, il est grand temps de mettre les voiles. Mais les humains ne croient plus en la conquête spatiale, même le voyage sur la Lune de 1969 est désormais vu de façon officielle comme un vieux stratagème visant à ruiner l'URSS... une pique plutôt bienvenue à l'adresse de tous les complotistes qui forment la ruine intellectuelle de notre civilisation.

Matthew McConaughey (très bon choix), ex-pilote et agriculteur de son état, se révelera être l'élu pour le voyage interstellaire le plus important de l'histoire de l'humanité. Ca tombe bien : des petits malins ont placé un trou de ver du côté de Saturne (1er hommage évident à Kubrick), pour rejoindre une autre galaxie, et douze mondes dont la viabilité a été testée par une mission précédente, dont l'équipage doit être retrouvé. Un nouvel équipage est donc embarqué, avec à son bord un ordinateur très intelligent (Kubrick es-tu là) mais doté d'un indice humoristique bien supérieur à celui de HAL9000 (bien trop supérieur d'ailleurs). Plan A : on trouve un monde viable et on embarque tous les humains. Plan B : les terriens ne peuvent plus être sauvés, il faut coloniser un nouveau monde au moyen d'embryons cryogénisés. Lequel de ces deux plans diamétralement opposés sera mis en oeuvre ? Ce déchirement d'un père entre sa famille et l'avenir de son espèce forme l'un des grands thèmes du film. Fin du résumé, et l'histoire révèle son lot de surprises.

C'est la narration, surtout, qui emporte l'adhésion. Nolan a osé pousser le lyrisme, sous les auspices d'une belle citation de Dylan Thomas répétée comme un mantra, et d'une musique organique obsédante. Le tempo est maîtrisé, entre calmes et tempêtes. Peu de lourdeurs, et des dialogues tirés au cordeau malgré un jargon scientifique qui part un peu dans tous les sens. On ne croit pas une seconde à l'exploration humaine des trous de ver et autres trous noirs (inutile d'avoir fait des études d'astrophysique pour savoir qu'un astronef et tous ses occupants seraient déchiquetés en quelques dixièmes de seconde), et pourtant on plonge, excité à l'idée de savoir ce que le réalisateur nous a réservé...

C'est là, hélas, que ce beau film prometteur finit par pêcher et perdre quelques médailles. Nolan n'a pu prétendre au vertige pessimiste et philosophique d'un 2001 pour ne céder qu'à la bouillabaisse sentimentalo-mystique d'un Contact. N'est pas Stanley qui veut ! C'est l'Amour - encore lui - et son optimisme abrutissant qui vient de nouveau rompre le charme en s'invitant à une table à laquelle il n'était pas convié. Mais quand les dimensions s'écroulent et que les repères s'effacent, on ne se préoccupe plus vraiment des cartons d'invitation...

Je ne retire finalement qu'une étoile, parce que l'aventure en valait quand même le coup. Parce que c'est Apollo à l'échelle des galaxies. Parce que Nolan est resté à la pellicule 35mm sans céder au numérique comme un petit mouton bien élevé. Et qu'il y a un vrai souffle dans ce film qui, sans nous faire adhérer à ses choix et ses postulats, finit par nous habiter.
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L'Or: La merveilleuse histoire du général Johann August Suter
L'Or: La merveilleuse histoire du général Johann August Suter
Prix : EUR 5,49

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Gold rush !, 25 janvier 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Or: La merveilleuse histoire du général Johann August Suter (Format Kindle)
J'avais découvert l'extraordinaire histoire du Général Sutter à travers une petite nouvelle de Zweig dans Les Très Riches heures de l'Humanité, avant de me rendre compte que Zweig n'avait finalement fait que résumer l'Or de Blaise Cendrars...

A histoire extraordinaire, livre extraordinaire : le chef-d'oeuvre de Cendrars, stylistiquement brillant, est un petit opuscule sans fioritures, un roman historique ramassé qui cavalcade au milieu de deux grandes fièvres qui s'entrecroisent et se heurtent tragiquement : celle de Sutter - pionier, entrepreneur, aventurier - et celle de l'or, le métal précieux, qui rendra fous des centaines de milliers d'hommes. On n'en voudra pas longtemps à Cendrars d'avoir pris quelques libertés historiques ; si l'histoire originale est déjà passionnante, racontée par un grand écrivain audacieux, elle devient totalement démente.

C'est l'histoire d'un homme qui quitta la Suisse à trente ans ainsi que sa femme et ses enfants, ruiné, endetté, puis débarqua dans un New York tonitruant pour y faire tous les petits boulots possibles et imaginables, avant de se rendre un peu plus à l'Ouest... et d'y fonder sa Nouvelle Helvétie, alors le plus grand domaine terrien des Etats-Unis. Il fut, par deux fois, sur le point de devenir l'homme le plus riche du monde, et, par deux fois, fut ruiné par deux "bonnes" nouvelles : la découverte de l'or sur ses immenses terres, et le jugement en sa faveur par les instances juridiques de Washington. C'est aussi l'histoire de l'Ouest américain - ce grand mythe moderne -, et la découverte du nouvel Eldorado, la Californie, ainsi que l'émergence de villes telles que San Francisco et Sacramento.

Une tragédie moderne, qui mériterait peut-être un nouveau traitement cinématographique par un grand cinéaste (on n'ose imaginer le chef-d'oeuvre qui en sortirait alors).


Le Conte de la princesse Kaguya [Blu-ray]
Le Conte de la princesse Kaguya [Blu-ray]
DVD ~ ACTEURS INCONNUS
Prix : EUR 22,99

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Pureté et émerveillement, 15 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Conte de la princesse Kaguya [Blu-ray] (Blu-ray)
J'avais lâché Takahata, par pure négligence, il y a bien longtemps, en 1988, avec le Tombeau des Lucioles, que j'avais vu à plusieurs reprises les années suivantes, et qui avait eu le don de me saisir aux tripes, au foie, à la gorge chaque fois que je le voyais. Je me disais alors que jamais personne dans l'animation - toute civilisation confondue - n'avait réussi à produire un tel mélange de beauté, de pureté et de poésie dans un environnement tombé en disgrâce, au milieu des horreurs et de la mort, mais le regard toujours obstinément tourné vers le ciel.

Quel bonheur de retrouver ce grand artiste, probablement le plus grand de sa catégorie (honnêtement, après un Takahata, un Miyazaki apparaît bien surchargé), dans son nouveau - et peut-être dernier chef-d'oeuvre - joyaux brut hérité d'un conte japonnais ancien, oeuvre d'une vie, d'un accomplissement ; oeuvre totale qui emporte la tête et le coeur sans une seule fausse note, par sa folle simplicité, par l'évidence de sa poésie et une profondeur lavée de tout apprêt et de tout artifice... la beauté pure du conte dans toute sa splendeur originelle. Et encore une fois, cette grâce germe et brille d'autant plus fort qu'elle s'installe précisément au milieu des désillusions et des peines, celles d'une princesse née dans un bambou, descendue de la Lune pour un bref séjour sur Terre, et victime de la médiocrité des hommes.

Entre la beauté des aquarelles et les folles animations, les dialogues criants de vérité et la musique traditionnelle savamment choisie, toutes les forces s'équilibrent et achèvent de nous convaincre de l'absolue perfection de cette oeuvre déjà mythique.


Boyhood [édition prestige 2 DVD Digibook + livret]
Boyhood [édition prestige 2 DVD Digibook + livret]
DVD ~ Ellar Coltrane
Prix : EUR 22,99

5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Merci pour cet instant, 10 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Boyhood [édition prestige 2 DVD Digibook + livret] (DVD)
Darkman a dit l'essentiel, donc je me contenterai de faire un "thumb up" avec un rapide petit addenda. Boyhood est une superbe expérience indé, qui au-delà de la fameuse prouesse temporelle (12 ans de tournage, d'une certaine manière), parvient à capturer le temps, ce vieux fantasme cinématographique. Volontairement anti-spectaculaire (ce qui, hélas, en rebutera plus d'un) comme peut l'être la vie 99% du temps, le film parvient à saisir les rares et fugaces moments de grâce (dans la joie comme dans la tristesse) qui émaillent nos petites vies.

Ellar Coltrane, c'est vous, c'est moi, tout en étant parfaitement lui, un être qu'on voit lentement germer, malgré les aléas, les déchirements et les doutes de son environnement familial (séparations, remariages ratés, familles recomposées puis décomposées, solitude des départs, non-sens de la vie), justement parce que ce terreau familial, courageusement, résiste au délitement et garde foi en ses propres enfants, en l'amour, en la vie.

Ce n'est pas seulement le temps que réussit à filmer Linklater, c'est aussi cette résistance sourde, cette foi cachée, qui va permettre à un garçon un peu lunaire, un peu balloté, un peu perdu par moments, de devenir tout simplement celui qu'il est, réconcilié avec sa propre nature, oubliant les grandes questions sans réponses pour se retrouver pleinement dans la beauté de l'instant, qu'il essaiera désormais de capturer en devenant photographe.

Et c'est en réecoutant "Hero" de Family of the year (pépite parmi d'autres dans l'une des plus géniales B.O. de ces dernières années), qu'on repense, profondément ému, à l'authentique chef-d'oeuvre auquel on vient d'assister.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Mar 26, 2015 9:35 AM CET


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