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Contenu rédigé par Zarak
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Commentaires écrits par
Zarak (Saintry-sur-Seine, Essonne, France)
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L'Or: La merveilleuse histoire du général Johann August Suter
L'Or: La merveilleuse histoire du général Johann August Suter
Prix : EUR 5,49

5.0 étoiles sur 5 Gold rush !, 25 janvier 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Or: La merveilleuse histoire du général Johann August Suter (Format Kindle)
J'avais découvert l'extraordinaire histoire du Général Sutter à travers une petite nouvelle de Zweig dans Les Très Riches heures de l'Humanité, avant de me rendre compte que Zweig n'avait finalement fait que résumer l'Or de Blaise Cendrars...

A histoire extraordinaire, livre extraordinaire : le chef-d'oeuvre de Cendrars, stylistiquement brillant, est un petit opuscule sans fioritures, un roman historique ramassé qui cavalcade au milieu de deux grandes fièvres qui s'entrecroisent et se heurtent tragiquement : celle de Sutter - pionier, entrepreneur, aventurier - et celle de l'or, le métal précieux, qui rendra fous des centaines de milliers d'hommes. On n'en voudra pas longtemps à Cendrars d'avoir pris quelques libertés historiques ; si l'histoire originale est déjà passionnante, racontée par un grand écrivain audacieux, elle devient totalement démente.

C'est l'histoire d'un homme qui quitta la Suisse à trente ans ainsi que sa femme et ses enfants, ruiné, endetté, puis débarqua dans un New York tonitruant pour y faire tous les petits boulots possibles et imaginables, avant de se rendre un peu plus à l'Ouest... et d'y fonder sa Nouvelle Helvétie, alors le plus grand domaine terrien des Etats-Unis. Il fut, par deux fois, sur le point de devenir l'homme le plus riche du monde, et, par deux fois, fut ruiné par deux "bonnes" nouvelles : la découverte de l'or sur ses immenses terres, et le jugement en sa faveur par les instances juridiques de Washington. C'est aussi l'histoire de l'Ouest américain - ce grand mythe moderne -, et la découverte du nouvel Eldorado, la Californie, ainsi que l'émergence de villes telles que San Francisco et Sacramento.

Une tragédie moderne, qui mériterait peut-être un nouveau traitement cinématographique par un grand cinéaste (on n'ose imaginer le chef-d'oeuvre qui en sortirait alors).


Le Conte de la princesse Kaguya [Blu-ray]
Le Conte de la princesse Kaguya [Blu-ray]
DVD ~ ACTEURS INCONNUS
Prix : EUR 22,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Pureté et émerveillement, 15 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Conte de la princesse Kaguya [Blu-ray] (Blu-ray)
J'avais lâché Takahata, par pure négligence, il y a bien longtemps, en 1988, avec le Tombeau des Lucioles, que j'avais vu à plusieurs reprises les années suivantes, et qui avait eu le don de me saisir aux tripes, au foie, à la gorge chaque fois que je le voyais. Je me disais alors que jamais personne dans l'animation - toute civilisation confondue - n'avait réussi à produire un tel mélange de beauté, de pureté et de poésie dans un environnement tombé en disgrâce, au milieu des horreurs et de la mort, mais le regard toujours obstinément tourné vers le ciel.

Quel bonheur de retrouver ce grand artiste, probablement le plus grand de sa catégorie (honnêtement, après un Takahata, un Miyazaki apparaît bien surchargé), dans son nouveau - et peut-être dernier chef-d'oeuvre - joyaux brut hérité d'un conte japonnais ancien, oeuvre d'une vie, d'un accomplissement ; oeuvre totale qui emporte la tête et le coeur sans une seule fausse note, par sa folle simplicité, par l'évidence de sa poésie et une profondeur lavée de tout apprêt et de tout artifice... la beauté pure du conte dans toute sa splendeur originelle. Et encore une fois, cette grâce germe et brille d'autant plus fort qu'elle s'installe précisément au milieu des désillusions et des peines, celles d'une princesse née dans un bambou, descendue de la Lune pour un bref séjour sur Terre, et victime de la médiocrité des hommes.

Entre la beauté des aquarelles et les folles animations, les dialogues criants de vérité et la musique traditionnelle savamment choisie, toutes les forces s'équilibrent et achèvent de nous convaincre de l'absolue perfection de cette oeuvre déjà mythique.


Boyhood [édition prestige 2 DVD Digibook + livret]
Boyhood [édition prestige 2 DVD Digibook + livret]
DVD ~ Ellar Coltrane
Prix : EUR 22,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Merci pour cet instant, 10 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Boyhood [édition prestige 2 DVD Digibook + livret] (DVD)
Darkman a dit l'essentiel, donc je me contenterai de faire un "thumb up" avec un rapide petit addenda. Boyhood est une superbe expérience indé, qui au-delà de la fameuse prouesse temporelle (12 ans de tournage, d'une certaine manière), parvient à capturer le temps, ce vieux fantasme cinématographique. Volontairement anti-spectaculaire (ce qui, hélas, en rebutera plus d'un) comme peut l'être la vie 99% du temps, le film parvient à saisir les rares et fugaces moments de grâce (dans la joie comme dans la tristesse) qui émaillent nos petites vies.

Ellar Coltrane, c'est vous, c'est moi, tout en étant parfaitement lui, un être qu'on voit lentement germer, malgré les aléas, les déchirements et les doutes de son environnement familial (séparations, remariages ratés, familles recomposées puis décomposées, solitude des départs, non-sens de la vie), justement parce que ce terreau familial, courageusement, résiste au délitement et garde foi en ses propres enfants, en l'amour, en la vie.

Ce n'est pas seulement le temps que réussit à filmer Linklater, c'est aussi cette résistance sourde, cette foi cachée, qui va permettre à un garçon un peu lunaire, un peu balloté, un peu perdu par moments, de devenir tout simplement celui qu'il est, réconcilié avec sa propre nature, oubliant les grandes questions sans réponses pour se retrouver pleinement dans la beauté de l'instant, qu'il essaiera désormais de capturer en devenant photographe.

Et c'est en réecoutant "Hero" de Family of the year (pépite parmi d'autres dans l'une des plus géniales B.O. de ces dernières années), qu'on repense, profondément ému, à l'authentique chef-d'oeuvre auquel on vient d'assister.


Soumission
Soumission
Prix : EUR 14,99

38 internautes sur 53 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 L'après-suicide français selon Houellebecq, 7 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Soumission (Format Kindle)
Plus ramassé mais plus intense aussi, le Houellebecq nouveau est arrivé dans la fanfare habituelle, et il n'est - toujours pas - décevant.

Il arrive, à vrai dire, à point nommé, peu de temps après le phénomène de société du "Suicide français" de Zemmour, dont Houellebecq assure une étonnante continuité éditoriale en racontant, en quelque sorte, l'après-suicide de la France et de l'Europe occidentale, à travers un complet changement de régime aux alentours de 2022. Hollande fut réelu en 2017 (première improbabilité), puis l'immémoriale alterance centre-gauche / centre-droit, complètement déconnectée des réalités du terrain (rien à redire là-dessus), s'épuise rapidement pour laisser monter le nouveau duel politique qui décidera de la transfiguration de la France : Front national contre Fédération musulmane, cette dernière étant le premier parti musulman de France, à vocation "modérée" (d'un point de vue islamique s'entend), avec assentiment de toutes les classes politiques autres que le FN (seconde improbabilité). Ce changement historique s'accompagne de quelques incidents soigneusement gardés sous le boisseau par les nouveaux collabos...

C'est dans ce cadre qu'on verra évoluer le narrateur, un certain François, spécialiste émérite de Joris-Karl Huysmans auquel il a voué sa vie spirituelle et professionnelle - avant de lentement décrocher pour laisser libre court à son désespoir d'intellectuel romantique désabusé -, lui amenant des honneurs et un respect qu'il ne manquera pas d'utiliser à bon escient, au bon moment. La "soumission" du livre n'est pas celle, contrairement à ce que tente nous faire croire Houellebecq, de la femme à l'homme dans les cultures patriarcales, ni celle de l'homme à Dieu dans la religion islamique, mais la soumission d'une intelligentsia décrépite aux nouveaux dominants sous la double férule de la nouvelle religion d'Etat et de l'investissement massif des pétromonarchies. La soumission, en somme, à la marche de l'histoire.

Le cocktail est à la fois explosif et délirant. Si par le passé, Houellebecq se révéla presque prophétique (l'attentat islamique en Thaïlande dans Plateforme qui fera étrangement écho à l'attentat de Bali), ici, l'arrivée au sommet de l'Etat d'un parti musulman modéré est plus amusant qu'autre chose et suscite une curiosité circonscrite au pur domaine de la fiction. Houellebecq exploite le champs des possibles sans qu'on sache vraiment son degré de certitude quant à l'avenir de ses hypothèses foutraques, parfaitement adaptées à la confusion ambiante. Ce qui est sûr, c'est qu'il est désormais loin le temps du "L'Islam, c'est la religion la plus con du monde", ici l'insulte n'intéresse plus l'auteur, qui préfère s'amuser d'un glissement politico-religieux qui révélera surtout les lâchetés des élites ayant rompu tout cordon ombilical avec les Lumières comme avec le judéo-christiannisme. C'est dans cette optique qu'il faut le lire, et continuer d'apprécier sa science désormais proverbiale de la rupture de ton et de la précision du style.

Peu de matière dramatique (le plan général se limite au strict minimum : un peu de cul, une déception sentimentale, quelques pélerinages), la plus grosse part étant réservée aux innombrables considérations : sur la vie personnelle du narrateur, les écrivains décadents de la fin du XIXe siècle, le suicide inéluctable des grandes civilisations finissantes, le retour du fait religieux dans les démocraties européennes, la chrétienté médiévale, l'Islam... avec quelques éclats de rire tout de même devant les ruptures de ton houellebecquiennes, notamment lorsque le héros, fantasmant un retour inespéré et salvateur de quelque christianisme primitif devant la Vierge Noire de la chapelle Notre-Dame de Rocamadour et porté par des poèmes de Péguy déclamées par un acteur polonais, se met à confondre son extase mystique avec une carence alimentaire : "Peut-être aussi tout simplement j'avais faim, j'avais oublié de manger la veille et il valait peut-être mieux que je rentre à l'hôtel, m'attabler devant quelques cuisses de canard au lieu de m'effondrer entre deux bancs, victime d'une crise d'hypoglycémie mystique."

C'est la façon qu'a Houellebecq de raconter ce qu'il considère comme un changement d'ère, où le pathétique, le dramatique et le burlesque se joignent à l'inéluctable et où le déterminisme historique se rit des hommes en accomplissant ses desseins sournois. Et surtout, au-delà des polémiques attendues - qu'on peut déjà considérer comme aussi bruyantes que chiantes et inutiles - c'est avant tout le nouveau bon livre d'un auteur, certes décadent, décliniste et désespéré, mais néanmoins toujours en marche, plus étincelant que la plupart des grands cadavres du petit monde des Lettres françaises.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 12, 2015 12:08 AM CET


Le Suicide français
Le Suicide français
par Eric Zemmour
Edition : Broché
Prix : EUR 22,90

27 internautes sur 32 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Le détonateur, 22 décembre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Suicide français (Broché)
Inutile de rajouter son grain de sel après tant de commentaires... quoique...

Le livre de Zemmour, plus qu'un phénomène d'édition, se transforme petit en petit en authentique phénomène de société. Moins pour ce qu'il est, intrinsèquement (malgré ses qualités et son érudition plus que respectable, il ne révolutionnera ni la pensée politique, ni la pensée sociologique), que pour ce qu'il représente : le détonateur, après 30 années d'incurie, d'une France plus que jamais "coupée en deux" ; mais cette fois, plus de grand comique pour nous "plier en quatre" et faire passer la pilule.

Cette fracture, d'ampleur inédite, c'est celle du gouffre, de l'abîme vertigineux (qui finira par tous nous engloutir) qui s'est creusé entre les élites politico-médiatiques et le peuple. Fracture moins sociale qu'idéologique, entre les "bobos bien-pensants" et les "réacs", souvent assimilés à d'odieux crypto-fascistes. Le phénomène est étonnant : dans toutes les strates de la société, dans tous les lieux, les soirées, les restaurants, derrière les volets des foyers, la moindre évocation d'une pensée quelque peu "dérangeante" à l'évocation des problèmes de notre pays fait hérisser le poil fragile des progressistes illuminés par leur propre lumière intérieure. Gare à toi, citoyen, si tu t'es toi-même exilé de ce pays imaginaire et merveilleux, où la mondialisation c'est génial, l'immigration massive c'est génial, la fin des frontières c'est génial, où les élites mondialisées et le peuple marchent main dans la main pour construire la France de demain, où l'Europe est cette structure cohérente et fédératrice, ces "Etats-Unis d'Europe" qui sera demain notre rempart contre les nouvelles puissances économiques. Pauvre rabat-joie que tu es, pauvre aveugle nostalgique d'une France rance... que tu n'as d'ailleurs même pas connu si tu as 30 ans !

Aborder, même timidement, le livre de Zemmour, c'est assister à un phénomène d'authentique hallucination collective. Juste "en parler" devient problématique, les uns diront qu'il se sert de la provocation pour faire son beurre, les autres diront que le type est un danger public qu'il faut baîlloner ; à ceux à qui vous rétorquerez qu'ils feraient bien, AU MOINS, de lire le livre, sachez qu'il vous sera répondu : "Je n'ai pas besoin de le lire pour savoir ce qu'il y a dedans". Ok, mea culpa ! Le phénomène en deviendrait presque christique : "Car désormais cinq dans une maison seront divisés, trois contre deux, et deux contre trois, le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère." Fracture quoi !

Aux dernières infos, les chantres de la liberté d'expression, sa Sainteté le Groupe Canal Plus, s'est arrangé pour faire virer le vilain Gargamel d'i-Télé.

To be continued... comme disent les anglo-saxons.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (11) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 25, 2014 4:29 PM CET


The Endless River
The Endless River
Prix : EUR 14,99

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 L'éternité c'est long, surtout vers la fin, 8 décembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Endless River (CD)
Levez la main, les fans du Flamand Rose qui croyaient "réellement" que cette nouvelle purge allaient pouvoir créer l'impossible surprise...

20 ans pour remixer les faces B de The Division Bell, c'est un peu long... mais ça valait le coup d'attendre : The Endless River est en passe de devenir l'album préféré de ceux qui n'ont jamais aimés ce groupe qui jadis s'appelait Pink Floyd. Gare à ceux qui osent venir critiquer cette nouvelle compil "Nature sounds & Relaxation music" : car ceux qui n'ont jamais aimés ou écoutés le Floyd sont finalement autrement fois plus nombreux que ceux qui se souviennent (même quand on n'a pas l'âge requis !), pincement au coeur, de ceux qui firent jadis Meddle, Wish you were here ou Dark side of the moon.

Bon, le passéisme ne sert à rien, me dira-t-on... est-ce une raison pour nous assommer de ces 53 minutes de musique de baignoire, paresseuse rivière sans clapotis - interminable en effet - Gilmour ayant réussi à pulvériser la célèbre phrase d'Héraclite : On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve... mon cul ! Sérieux, c'est Gilmour sur la pochette ? Pink Floyd est dans un bateau ; Barrett, Waters et Wright tombent à l'eau, qu'est-ce qui reste ? Un type tout seul qui vogue sans fin vers nulle part...

Allez, je laisse deux étoiles, la galette n'est pas totalement inutile, cet album est "relaxant", et accompagné d'un peu d'encens, il pourra aider tout un chacun à approcher de l'état de zénitude dans ce monde devenu si fou, si brutal. Finalement, c'est le parfait album de la fin, celui qui nous confirme que, décidément, c'est bel et bien mort et qu'il est temps de trouver le repos pour l'éternité.


Departures
Departures
DVD ~ Masahiro Motoki
Prix : EUR 12,99

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 Mmmmouais, 26 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Departures (DVD)
Je vais encore me faire plein de copains, mais j'ai pas du tout été embarqué dans ce film dont le succès populaire me laisse de marbre. Moi qui vient juste de me remettre (difficilement) des 5 saisons de Six Feet Under, ce petit film japonais qui se veut tendre et sans prétention m'a surtout donné l'impression d'un survol sans risque au milieu des simplismes, facilités et autres conventions. Le sujet du "départ" des proches n'est jamais creusé de l'intérieur et se perd en séances d'embaumement et toilettage mortuaire alternés de tires-larmes poussifs sur un fond dramatique ficelé à la va-vite.

Les scènes censées nous reconnecter avec la vie sont des cartes postales sans saveur, les symboles sont lourds (les vivants qui mangent les morts avec d'insupportables bruits de mastication !), la mise en scène paresseuse, la complexité mise au ban ; on reste en surface en caressant poliment le spectateur dans le sens du poil à coups d'idées-prêt-à-porter.

Électrocardiogramme plat en ce qui me concerne... remarquez, pour un film censé traiter de la mort, c'est assez à-propos.

J'ai le droit ou pas ?


Enemy [Blu-ray]
Enemy [Blu-ray]
DVD ~ Jake Gyllenhaal
Prix : EUR 19,99

8 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Spiderwomen, 23 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Enemy [Blu-ray] (Blu-ray)
Villeneuve m'avait bluffé avec Incendies et complètement embarqué avec Prisoners, que je vantais partout autour de moi comme le meilleur thriller de l'année 2013. Du coup j'avais hâte de découvrir son nouveau bébé. Et Enemy opère un changement de cap pour le moins... inattendu.

C'est dans le thriller fantastique que se lance cette fois-ci le réalisateur québecois, avec un environnement minimaliste (deux couples), et un joli dédoublement de personnalité. On a deux Jake Gyllenhaal pour le prix d'un (sympa !), sans qu'on sache de prime abord si la raison de ce clone parfait est d'ordre maternel (jumeau caché), génétique (naturel ou expérimental), ou psychique (projection mentale). Le film est tortueux, difficile d'en comprendre les arcanes au premier visionnage (à moins d'être un expert en analyse cinématographique) - le dernier plan se révélant déjà culte dans l'art de nous retourner le cerveau comme une crêpe avant la fin de la cuisson - mais dont le sens se révèle évident après quelques recherches et une seconde tentative. Une belle parabole arachnéenne plane au-dessus de cette oeuvre assez déroutante, plutôt réussie.

L'inspiration est évidente et relève presque de l'hommage : c'est du côté de Lynch (Lost Highway) et Cronenberg (Spider... tiens donc) que Villeneuve est allé chercher ses sources. Et même s'il n'arrive pas au niveau de ses pères (le propos du film est quand même assez limité), Enemy demeure la dernière belle énigme cinématographique en date.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 14, 2014 11:29 AM CET


Rectify - Saison 1 [Blu-ray]
Rectify - Saison 1 [Blu-ray]
DVD ~ Aden Young
Prix : EUR 25,99

6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Peine de vie, 22 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Rectify - Saison 1 [Blu-ray] (Blu-ray)
Un début parfait pour une série qui s'impose lentement comme l'une des meilleures du moment, malgré des codes qui peuvent paraître hermétiques au tout venant : tempo assez lent, contemplation, trouble moral aux frontières du Bien et du Mal, et une fine analyse de la machine judiciaire. Le tout dans une petite bourgade américaine bien conservatrice comme on (ne) les aime (pas), où la grandeur côtoie la médiocrité et où la sainteté cohabite avec la violence.

Le personnage principal, joué par le suprenant Aden Young, est une réussite totale : Ange ou Bête, tout est fait pour qu'on ne puisse jamais vraiment décrypter cet être qui est comme une boîte noire qui aurait perdu sa propre clé. Le mystère est en lui, mais ses profondeurs silencieuses révèlent tantôt la lumière, tantôt les ténèbres. Dix-huit années de détention dans le couloir de la mort ont fait de lui un fantôme, libéré du réel mais troublé par la distance qui le sépare des vivants. Un homme brisé, qui cherche à se reconnecter avec la vie comme avec lui-même, ballotté entre ceux qui l'aiment et veulent le voir se battre pour laver son honneur et ceux qui le haïssent et cherchent à le faire replonger.

Les futures saisons, déjà attendues avec impatience, nous en diront plus sur le sort qui est réservé à cet antihéros magnifique.
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Six Feet Under - L'ultime intégrale
Six Feet Under - L'ultime intégrale
DVD ~ Peter Krause
Proposé par dvd_ozone
Prix : EUR 67,99

5.0 étoiles sur 5 Dies irae, 18 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Six Feet Under - L'ultime intégrale (DVD)
Que dire... c'est probablement LA série qui a marqué l'entrée dans le troisième millénaire.

Un moment d'orfèvre, généreusement offert pas l'ex-scénariste d'American Beauty et de pas mal de collaborateurs très inspirés.

Une histoire de croque-morts donc, sur la côte ouest, du côté de L.A. Une famille - Fisher - qui tente de faire survivre l'entreprise familiale de pompes funèbres après la mort du père. Une famille un peu jojo quand même, ça turbine sévère là-dedans, et pas toujours dans le bon sens, mais c'est ce qui fait qu'on s'attache à eux. Une fois qu'on a mis un pied dans cette famille, on ne peut plus en sortir. Ruth la mère, surprotectrice et surannée, sorte de spectre effaré qui continue de chercher l'amour et de se chercher dans l'amour... Nate l'aîné, personnage clé, pré-adulte sensible et torturé, croque-mort par fatalité, cumulant les crasses à force de faire les mauvais choix... David l'homo, probable projection d'Alan Ball, le feu sous la glace, un coming-out difficile mais un professionnalisme sans faille, dont le couple avec "Keith le beau black" a fait exploser tous les préjugés et toutes les facilités en matière de traitement du couple homosexuel à la télévision. Et enfin Claire, petite boule de vie toute rousse, fille intelligente et caractérielle mais - comme une bonne Fisher - bien torturée, qui se cherche elle aussi à travers les petits amis allumés et une vocation artistique mise à rude épreuve - j'allais dire à "Ruth" épreuve - et les passages obligés de l'ado : période dépressive, période rebelle, période sagesse... au final, un beau parcours, un beau brin de fille, qui a toutes les cartes en main pour trouver le bonheur. Et bien d'autres personnages, ce ne sont là que les Fisher, les autres valent aussi leur pesant d'or.

Si cette série est un chef-d'oeuvre, c'est surtout que rarement série aura été aussi brillament écrite. La vérité profonde de chaque personnage (et quels formidables acteurs), les liens complexes qui les relient, les parcours personnels suintant de vérité... La mort est très loin d'être le seul sujet (bien que chaque épisode s'ouvre par une nouvelle mort, certaines étant paradoxalement très drôles), tout est balayé dans ce génial panorama humain et sociétal. C'est ce qui fait que tout un chacun peut se retrouver dedans, comme un grand miroir tendu à notre individualité.

La perfection n'est pas de ce monde, et Six Feet Under a ses failles. Quelques circonvolutions scénaristiques, des épisodes dispensables, quelques moments de remplissage, et ce gimmick de la scène rêvée qui finit par être usé jusqu'à la corde... pas grave ! C'est sur la fin que la perfection finit par reprendre ses droits, lors d'un épisode final inoubliable, celui qui rassemble les pièces éparses dans une unité symbiotique pour les projeter vers le ciel, au-delà de l'espace et du temps. La dernière séquence de Six Feet Under est un chef-d'oeuvre à elle seule, un moment légendaire de toute l'histoire de la fiction télévisée, un modèle indépassable pour tout créateur de série qui ne sait comment parachever son oeuvre. Et que demander d'autre à une série qu'elle nous quitte dans la plus belle des cérémonies ?


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