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Contenu rédigé par Gwen
Classement des meilleurs critiques: 1
Votes utiles : 8232
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Commentaires écrits par Gwen
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
cavale d'enfer, 18 janvier 2013
La trentaine, marié, un physique passepartout, Vincent Parry a tout du citoyen lambda. Courtier à San Francisco, il mène une vie des plus banales. Seule ombre à son bonheur, il ne s'entend plus guère avec sa femme. Or voilà qu'un beau jour ladite Madame Parry est justement assassinée au domicile conjugal. Ni une ni deux, la police arrête Vincent malgré ses protestations d'innocence et le malheureux se retrouve à perpète dans une cellule de San Quentin tandis que le véritable assassin court toujours. Heureusement, profitant d'une occasion, notre homme s'évade et le voilà en cavale... Une cavale évidemment semée d'embûches et qui va lui réserver bien des surprises... David Goodis n'avait que 22 ans lorsque parut son premier livre, Retour à la vie, en 1939, mais il fallut attendre sept ans pour que naisse de sa plume ce deuxième roman. Non qu'il ait chômé entretemps, bien sûr! Ce cher David, au contraire, fut des plus actifs pendant la guerre, livrant des centaines de nouvelles aux pulps les plus divers avec pour spécialité, si je ne m'abuse, les histoires d'aviation... Mais son véritable terreau, c'était bien sûr le polar pur et dur, le hardboiled alors en pleine effervescence et que dominaient les Hammett, Burnett, Chandler et autres Irish... La guerre finie, Goodis se hâta donc de revenir à l'univers qu'il avait commencé d'ébaucher dans son premier livre, un univers ô combien noir et qui n'allait cesser de s'enténébrer toujours davantage au cours des années à venir... Ah, quel somptueux chef-d'oeuvre, mes amis, que ce "Cauchemar"! L'attaque du livre est foudroyante et les cinquante premières pages se lisent presque sans reprendre haleine! Peu de romans noirs peuvent se vanter d'offrir au lecteur un "départ" aussi percutant que celui-ci... D'emblée, l'écriture de Goodis vous prend à la gorge et vous rend la folle cavale de Vincent Parry aussi crédible qu'angoissante... Mais le péril, pour un livre qui commence aussi fort, c'est évidemment de ne pas tenir la distance et de laisser retomber peu à peu la tension... Eh bien ici, croyez-moi, la tension, loin de retomber, s'affûte au fil des pages pour culminer en apothéose... Paru en feuilleton dans un journal à grand tirage, ce sublime roman noir connut en 1946 un triomphe immédiat et comment s'en étonner? Son intrigue est une pure merveille et sa prose un enchantement de chaque phrase! Est-ce le livre le plus typique de Goodis? Sans doute pas, car si tragique soit-il, tout espoir n'y est pas vain. Au bout du tunnel, une petite lueur brille encore. Ultime concession romantique d'un jeune auteur fasciné par les gouffres mais n'ayant pas encore cédé à la noirceur absolue? Peut-être! Moi, en tout cas, devant pareil joyau, je m'incline et je savoure! Les histoires de fugitifs et de braves types injustement condamnés pullulent dans la littérature policière, mais celle-ci reste à mon humble avis la meilleure de toutes, à la fois par la qualité de sa trame et la puissance de son style. Et que ce roman ait de surcroît inspiré à Hollywood un de ses grands classiques est un mérite de plus à son actif.
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
une belle réussite, 18 janvier 2013
Voilà ma foi un thriller fort bien troussé que j'aurais des scrupules à ne pas saluer de cinq étoiles vu qu'il m'a scotchée du début à la fin. L'histoire est assez rocambolesque mais pas au point d'être invraisemblable. L'intrigue débute comme un polar puis vire, à mi-parcours, au pur suspense en nous évitant la plupart des poncifs du genre. Tout cela est bien construit, bien rythmé, bien filmé et surtout interprété avec beaucoup de conviction, d'abord par Ashley Judd, crédible et touchante en mère farouchement décidée à retrouver son fils, ensuite par Tommy Lee Jones, toujours à son affaire en rugueux au coeur tendre. Résultat, un excellent moment de cinéma populaire, humain et divertissant à la fois.
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Sam spade
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par Hammett Dashiell Edition : Poche |
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
pulp fiction!, 8 janvier 2013
Comme la plupart de ses confrères, Hammett, avant de se lancer dans le roman noir, pratiqua pendant plusieurs années, et de manière intensive, l'art de la nouvelle. En fait, il passa l'essentiel des années 20 à écrire des "short stories", lesquelles, semaine après semaine, allaient nourrir les pages des fameux pulps, ces magazines à trois sous imprimés sur du papier au rabais mais où s'épanouirent tant de merveilleux écrivains américains de l'entre-deux-guerres! Eh bien, toutes ces nouvelles ont beau être aujourd'hui presque centenaires, elles n'en continuent pas moins de briller d'un éclat inaltéré tant l'épure du style y est éblouissante et la maîtrise du récit absolue. Paru en France en 1987, ce petit recueil s'intitule sobrement "Sam Spade". Ca peut se comprendre dans la mesure où Spade y apparaît en effet. Précisons toutefois que sur les sept nouvelles composant ce volume, seules trois mettent en scène le grand Sam. Ce furent d'ailleurs les trois seules nouvelles qu'Hammett consacra à son célèbre privé, par ailleurs héros du Faucon Maltais comme chacun sait. Intrigues denses, personnages taillés à coups de serpe, dialogues au rasoir: tout Dash est là! Son écriture sans concession vous happe d'une phrase et vous porte jusqu'à la dernière sans vous laisser un moment de répit. Amateurs de longueurs, de lieux communs et de répliques vaseuses, passez votre chemin! Ici, chaque mot compte... A côté des trois aventures de Spade: "Trop ont vécu", "On ne peut vous pendre qu'une fois" et "On demande Spade", on trouve par ailleurs ici, comme susdit, quatre autres nouvelles tout aussi intéressantes, bien que moins connues: "Le paria", "Le complice", "Le juge rit le dernier" et "J'avais un frère". D'une longueur inégale -telle fait cinquante pages, la suivante cinq ou six-, elles se lisent néanmoins toutes avec beaucoup d'agrément. Ecrites au scalpel, chacune est une masterclass en béhaviorisme. Du lot, c'est peut-être "Le paria" ("Night Shade") que je préfère. Ecrite en 33, elle est très courte et son argument est des plus minces: un homme recueille au bord de la route une femme importunée par deux dragueurs trop entreprenants, puis l'emmène boire un verre dans un bar. Diable, me direz-vous, c'est tout? Eh bien oui, à ceci près que la toute dernière phrase du récit l'éclaire rétrospectivement d'une lumière aussi imprévue qu'édifiante! J'aime aussi beaucoup "Le juge rit le dernier" ("The judge laughed last"), parue dans Black Mask en 24, dans laquelle un gangster assagi par l'âge se remémore un épisode de sa turbulente jeunesse et ses démêlés avec un juge particulièrement retors! C'est bon comme du Maupassant... Quoi qu'il en soit, on navigue ici, du début à la fin, sur les cimes du "hardboiled". Un style taillé dans le marbre, des histoires calibrées au millimètre, un regard féroce sur les tares de son époque: ce recueil est du Hammett de toute beauté. Rarement nouvelle et polar auront fait aussi bon ménage!
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4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Mister Jules!, 3 janvier 2013
Maigret a connu bien des visages en France, au petit comme au grand écran, mais il a connu bien des visages à l'étranger aussi. J'avoue toutefois que je n'en faisais pas grand cas jusqu'à peu, partant du principe qu'un Maigret véritablement crédible se devait d'être hexagonal. Eh bien, j'avais tort car je viens de découvrir cette merveilleuse série britannique de douze épisodes datant des années 92/93 et j'y ai rencontré, sous les traits de Michael Gambon, un Maigret épatant. En fait, c'est la série toute entière qui est épatante. D'abord, ses intrigues sont fidèles à l'oeuvre de Simenon, à la fois dans la lettre et dans l'esprit. Ensuite, la reconstitution du Paris des années 50 y est des plus convaincantes. Quant à la réalisation, elle est classique au meilleur sens du terme. Mais c'est bien l'interprétation de Gambon qui m'a le plus intéressée. Celui-ci ne campe pas vraiment le Maigret habituel, massif et laconique, voire volontiers bougon. Non, ce Jules-là s'autorise une certaine licence avec le personnage des romans. Un peu dégarni, moustachu, il semble un peu moins porté sur la bière ou la pipe. Il donnerait même plutôt dans l'élégance british avec ses vestons croisés qu'on dirait tout droit sortis d'une boutique de Savile Row. Il lui arrive aussi d'être cavalier jusqu'à la désinvolture ou de faire de l'esprit. Eh bien, malgré cela, il me plaît bien, moi, ce Maigret-là. S'il donne moins dans le côté "confesseur d'âmes", il reste quand même très humain, privilégiant la psychologie aux indices matériels et la réflexion piétonne aux poursuites en voiture. Bref, il retient l'essence du personnage. De plus, Michael Gambon, est-il besoin de le rappeler? est un acteur d'une grande finesse qui sait colorer sa prestation de mille nuances, tout comme d'ailleurs les Janvier, Lucas et autres Lapointe qui l'entourent d'épisode en épisode, sans oublier bien sûr l'indispensable Madame Maigret qui trouve ici une incarnation très heureuse! Bref, voilà une réussite à tous points de vue. Evidemment, entendre notre cher Jules causer angliche, au début, ça surprend un peu, mais une fois ladite surprise passée, croyez-moi, c'est grand plaisir que de suivre ces enquêtes souvent bercées, comme il se doit, par un petit air d'accordéon bien parisien... Je n'irai pas jusqu'à mettre cette série aussi haut que celle avec Bruno Cremer, mais franchement elle n'est pas loin derrière...
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
tragédie en Picardie, 29 décembre 2012
Saint-Venant, petit hameau picard. C'est là que vit Mouchette, une pauvre gamine un peu sauvage de quatorze ans. Sa mère est malade. Son père se cuite. Livrée à elle-même, sans autre compagnie que sa solitude, Mouchette fait volontiers l'école buissonnière pour s'éviter les mercuriales de l'institutrice. Elle préfère courir par monts et par vaux, libre comme l'air, sans se soucier du lendemain. Mais voilà qu'un soir d'orage, en traversant les bois pour regagner son village, la pauvrette s'égare. Un braconnier, Arsène, croisant sa route, offre alors de la recueillir pour la nuit... Epuisée, Mouchette accepte sans se douter de ce qui l'attend... C'est en 1937 que Bernanos écrivit ce livre. Agé de 49 ans, on lui devait déjà plusieurs chefs-d'oeuvre explorant ses thèmes de prédilection, le Bien et le Mal, la grâce et le péché, la Foi et le doute, cela au travers de prêtres torturés par d'intenses angoisses métaphysiques. Ici, pourtant, pas l'ombre d'une soutane. Nul curé à l'horizon. Rien qu'une petite fille confrontée à l'indifférente cruauté du monde et à la violence des hommes. Bref, ce roman fait à peine plus de cent pages. Mais quelle puissance dans ce récit! Quelle énergie sourd de cette prose! Est-ce parce qu'elle nous est narrée au présent de l'indicatif que cette histoire semble se dérouler sous nos yeux? En tout cas, il en émane un réalisme étonnant et presque dérangeant. Quand Bernanos dit la pluie qui tombe et gorge la terre, on a l'impression d'entendre ses gargouillis. Quand il décrit le ciel bas, on a envie de courber la tête pour ne pas s'y cogner! Et quand Arsène prend Mouchette par la main pour l'entraîner dans sa cabane, on voudrait pouvoir la retenir et la mettre en garde... Si vous pensez que l'oeuvre de Bernanos est austère ou sulpicienne, détrompez-vous! Chacun de ses livres, à commencer par celui-ci, brûle d'une vie intérieure hallucinante. Il y a quelque chose de "brut" en eux, voire de "brutal", mais au meilleur sens du terme. Ils ne donnent pas dans le romanesque conventionnel, ne cherchent pas à faire du "joli style", des phrases coquettes, non, ils vont à l'essentiel, sans gants ni pincettes, sondant la nature humaine dans ce qu'elle a de plus profond, de plus viscéral, de plus insoutenable. 75 ans après sa parution, ce roman reste un véritable choc. Peu d'écrivains surent porter la Littérature à un tel degré d'incandescence.
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
dans lequel San-Antonio fait connaissance avec Montesquieu, 28 décembre 2012
Sale turbin pour Tonio! Le v'là chargé par son boss de dessouder l'un de ses collègues, ni plus ni moins... Il est vrai que ledit collègue, un nommé Wolf, a trahi en livrant des secrets à une puissance ennemie... N'empêche, ce genre de boulot, Sana, c'est pas dans son code génétique... D'instinct, il renâcle... Seulement voilà, il ne s'agit pas d'une pure et simple exécution... Wolf doit mourir, certes, mais il faut que sa mort paraisse naturelle afin de ne pas alerter le réseau ennemi qui l'employait... Mission hautement délicate, donc, et qui va entraîner le chéri de ces dames, une fois de plus, dans un tourbillon d'aventures échevelées comme on les aime... Sixième opus de la série, ce San-Antonio première manière paru en 53, sans surprise, est un bijou d'humour bon enfant et un miracle de verve endiablée. Ah, du roman de gare de cette qualité littéraire, mes amis, ça vous donne envie de prendre le train! Dieu que tout cela est savoureusement narré... Pas une phrase qui ne soit un bonheur d'écriture! Pas une ligne qui ne vous réserve une formule plaisante! Pas une page qui ne recèle un morceau de bravoure... Ah, quelle langue juteuse et fruitée que celle de notre cher et inimitable Frédo... L'intrigue de ce book justifierait à elle seule sa lecture, mais elle passe presque au second plan tant la prose qui nous la sert est d'une gouaille irrésistible... Signalons tout de même, au passage, que l'indispensable Béru n'est pas de cette aventure. C'est regrettable, évidemment, mais à cela une excellente raison: Frédéric Dard ne l'avait pas encore inventé! Heureusement, il n'allait pas tarder à combler cette grave lacune, offrant du même coup au meilleur limier de France un coéquipier à sa mesure et à la Littérature française son personnage le plus pittoresque...
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Jalousie, quand tu nous tiens!, 26 décembre 2012
De tous les romans de Tolstoï, celui-ci est l'un des mes préférés. Dieu sait pourtant si ce cher Léon nous a donné bien des chefs-d'oeuvre! Mais il est dans cette Sonate à Kreutzer une petite musique (c'est le cas de le dire!) qui m'émeut particulièrement. Et puis ce livre, à sa manière, est un peu un roman noir, ce qui ajoute encore, pour moi, à son attrait. C'est en 1891 que Tolstoï écrivit cette histoire. Il avait alors 63 ans et sa réputation de grand écrivain n'était plus à faire puisqu'on lui devait déjà, à l'époque, Guerre et Paix ainsi qu' Anna Karénine. On est ici, évidemment, très loin de ces deux oeuvres monumentales, par le volume entends-je, puisque ce court roman avoisine dans mon édition les 150 pages, mais question qualité rien à leur envier! L'histoire débute dans un train, quelque part en Russie. Dans un compartiment, des voyageurs se mettent à causer mariage. Peu à peu, les esprits s'échauffent, car un vieux monsieur, Poznidchef, révèle sans plus de détails qu'il a jadis assassiné sa propre épouse. Au gré des arrêts, le compartiment se vide. Bientôt, resté seul avec le narrateur, Poznidchef se décide à lui raconter toute son histoire: comment jeune homme, après un début de vie dissolu, il se maria, et comment, après quelques années de vie conjugale, il en vint à tuer sa femme... Nul suspense, vous l'aurez compris, dans ce roman. Dès les premières pages, le meurtrier clame son crime. Nous savons d'avance qui a tué qui. Mais le pourquoi exact de ce drame et l'enchaînement précis des circonstances, voilà tout l'enjeu du récit. Un récit freudien avant la lettre puisque, soucieux de bien nous faire comprendre son rapport aux femmes, Poznidchef remonte jusqu'à son adolescence et entame sa confession par une scène traumatisante: son dépucelage dans une maison close, souillure originelle qui entachera le reste de sa vie. Comme plus tard dans Lolita -autre chef-d'oeuvre!- tout le destin sexuel et sentimental du héros se voit ici déterminé par un traumatisme de jeunesse. Chronique d'un assassinat, relation d'un mariage tragique, réflexion sur l'Amour, la Femme, la Sexualité, ce livre est tout cela à la fois. Bref, dense, riche, il vous happe d'entrée de jeu et une fois happé plus question de lui échapper! Personnellement, ma lecture entamée, rien ne m'en aurait divertie avant le dernier mot... J'ai lu quelque part que Virginia Woolf, qui s'y connaissait un peu en Littérature, tenait Tolstoï pour le plus grand écrivain de tous les temps... Eh bien, chère Virginia, je ne suis pas loin de partager ton avis!
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
le Mozart du suspense, 23 décembre 2012
Jeune homme, il rêvait d'être le nouveau Francis Scott Fitzgerald. Ses premiers romans baignés de psychologie reflétaient d'ailleurs cette aspiration. Mais le destin en décida autrement. Lorsqu'au milieu des années 30, après quelques beaux succès d'estime, les éditeurs se détournèrent de lui, Cornell Woolrich, pour survivre, dut se résigner à "commettre" des histoires criminelles pour les pulp magazines qui fleurissaient à l'époque. Un simple pis-aller, croyait-il, en attendant des jours meilleurs... Mais voilà qu'à sa grande surprise le jeune homme se découvre très vite un don exceptionnel pour le mystère et le suspense! En quelques années, il devient l'un des pulp writers les plus populaires de sa génération, fournissant aux revues semaine après semaine d'innombrables récits d'une noirceur cauchemardesque portés par une écriture somptueuse et un art de l'intrigue magistral... Puis, en 1940, à 37 ans, le nouvelliste se décide enfin à franchir le pas et écrit, sous le pseudonyme de William Irish, son premier roman noir... Ce sera un chef-d'oeuvre... Le premier d'une longue série... Il me semble, hélas, qu'Irish est aujourd'hui plus connu des cinéphiles éclairés que des amateurs de littérature. Il faut dire que les livres de ce cher William inspirèrent à Hollywood et jusqu'en France des dizaines de films dont la plupart sont excellents, voire des classiques du Septième Art. Mais pour moi le meilleur des films ne remplacera jamais l'expérience unique et ensorcelante que constitue la lecture d'un roman d'Irish. Il y a dans sa prose, dans ses histoires, dans leur climat, une alchimie unique qui me ravit au plus haut point. On l'a comparé à Edgar Poe et à Hitchcock. Eh bien, on a raison. Comme eux, il était un génie de l'effroi, un maître de la peur, un virtuose de l'angoisse. Mais le plus beau, c'est que ses intrigues diaboliques ne sont jamais gratuites. S'y niche toujours une profonde vérité humaine. Et puis, voyez-vous, j'aime qu'il échappe à toutes les conventions de la littérature noire. Chez lui, peu de flics, peu de privés, peu de gangsters: le noir irishien se joue ailleurs. Dans le cercle familial. Au sein du couple. Ou tout simplement dans la tête d'un homme en proie à ses démons intérieurs. En fait, le grand sujet d'Irish, le fil rouge qui court dans toute son oeuvre, c'est la paranoïa. Une paranoïa qu'il n'aura cessé d'explorer sous tous les angles et de toutes les manières possibles, un peu comme Cézanne peignait et repeignait sans cesse sa chère montagne Sainte-Victoire, déplaçant à chaque fois son chevalet de quelques mètres pour capturer sous son pinceau une nuance inédite. Mort en 1968, à 65 ans, William Irish, je l'ai déjà dit et je le répète, n'a pas la postérité qu'il mérite. Des auteurs qui lui étaient inférieurs se voient aujourd'hui abondamment célébrés tandis que nombre de ses romans sont scandaleusement introuvables. Si quelqu'un peut m'expliquer cette aberrante injustice, qu'il ne se prive pas d'éclairer ma lanterne! En tout cas, tant qu'il me restera un souffle de vie, je ne cesserai, moi, d'entretenir la flamme de ce Mozart du suspense qui aura donné au "hardboiled" quelques uns de ses plus grands chefs-d'oeuvre, de L'Ange Noir aux Yeux de la Nuit en passant par J'ai épousé une ombre. Fort bien, fort bien, chère Gwendoline, me direz-vous, mais qu'en est-il de ce volume-ci? Eh bien, c'est un recueil regroupant une quinzaine d'histoires peu connues d'Irish. Recueil préfacé et édité par LE grand spécialiste et biographe américain de notre cher William, à savoir Francis Nevins dont j'ai plaisir à saluer ici l'inaltérable passion. Si vous avez déjà lu ne serait-ce qu'une seule nouvelle d'Irish, vous savez à quel point il excellait dans cette forme littéraire, auquel cas je n'ai pas besoin de vous dire que ces quinze récits sont autant de petites merveilles de style et de noirceur. Dans le cas contraire, mes amis, préparez-vous à déguster un mets de tout premier choix car ces nouvelles, si méconnues soient-elles, n'en sont pas moins du très grand Irish. Si tant est, d'ailleurs, qu'il en soit un autre...
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
San-Antonio entre en scène, 22 décembre 2012
Frédéric Dard avait déjà un p'tit brin de carrière derrière lui, mine de rien, en 1949, lorsqu'il inventa San-Antonio. Bien qu'âgé d'à peine 28 ans, on lui devait déjà des dizaines de romans populaires, tantôt psychologiques, tantôt policiers, dans lesquels perçaient une vive intelligence de l'art romanesque et un style d'une rare virtuosité. Certains, d'ailleurs, ne s'y étaient pas trompés, à commencer par l'écrivain lyonnais Marcel Grancher qui, dès 41, dans sa préface à Monsieur Joos, qualifiait notre précoce Frédo, à peine sorti de l'adolescence, de "prodige"! Eh bien, c'est peu dire que t'avais du flair, Marcel, car le prodige en question, au cours des soixante ans qui suivirent, se fit fort de nous éblouir, en effet, par un génie du verbe unique dans notre Littérature... Mais ce que personne n'aurait pu prévoir, avant cette fameuse année 49, c'est qu'un drôle de commissaire allait s'inviter à la table de l'ami Dard et y tenir banquet pendant un demi-siècle! Ah, moi, que voulez-vous, ça me fascine, ces héros de fiction qui naissent comme par enchantement et suscitent un engouement tel qu'ils finissent par phagocyter leur propre créateur... Car une fois San-Antonio enfanté, plus question de s'en débarrasser! Il fallut nourrir ce personnage en aventures et son prolifique géniteur de papier s'en chargea de bon coeur et avec le talent étourdissant qui le caractérisait, alignant 175 volumes au total, au rythme de trois ou quatre titres par an... Mais enfin, me direz-vous, une telle fécondité devait fatalement nuire à la qualité des ouvrages en question? Eh bien non, pas le moins du monde! Mozart, paraît-il, composait à une vitesse folle, or je ne crois pas que sa rapidité ait jamais nui à la qualité de ses oeuvres? Eh bien, idem pour Dard. Ce gars-là écrivait plus vite que son ombre et pourtant jamais sa plume magique ne laissa passer une seule phrase médiocre. Prouesse d'autant plus remarquable que non content de "pondre" ses trois ou quatre San-Antonio annuels il poursuivit parallèlement, toute sa vie, une oeuvre ambitieuse et abondante où scintillent autant de sublimes romans noirs tout à fait sérieux que d'inclassables joyaux mariant la truculence et l'humanisme en une alchimie aussi jubilatoire que singulière! Ah, mes amis, cet homme-là était plus qu'un prodige, c'était un miracle! Que de dons en lui se trouvent réunis! Si je devais m'exiler sur une île lointaine et qu'il me fût accordé d'emmener avec moi les oeuvres complètes d'un écrivain français, j'emporterais les siennes... Aucun auteur, je crois, ne m'a donné autant de plaisir... Le lire, le relire, piocher au hasard de ses innombrables romans, rien ne réjouit davantage l'insatiable lectrice que je suis! Otez Dard de ma vie, j'en resterais inconsolable... Sans doute, sans doute, diront certains, ce sympathique monsieur avait quelque talent, mais ses San-Antonio, tout de même, cela reste du roman de gare, non? On ne saurait parer du beau nom de Littérature ces polars lestes et argotiques dénués de la moindre profondeur? Eh bien, ma foi, si l'on a de la Littérature une conception étriquée, si l'on estime qu'un véritable romancier se reconnaît à ce qu'il fréquente les terrasses germano-pratines, pérore prétentieusement sur les plateaux de téloche, courtise l'Académie, guigne anxieusement les prix de fin d'année et se la joue Penseur de Rodin quand vous lui demandez ce qu'il a voulu exprimer dans son dernier chef-d'oeuvre, alors effectivement Frédéric Dard n'était pas de cette risible engeance et la plupart de ses romans appartiennent au "ghetto" de la Littérature Populaire. Mais si vous pensez, comme moi, qu'un authentique écrivain se reconnaît d'abord et surtout à ce qu'il possède une voix et un univers résolument personnels, alors indiscutablement notre cher Frédo fut et reste l'un des Grands de son siècle... Car enfin ouvrez un seul de ses livres, qu'il soit sérieux ou fantaisiste, et en trois lignes, sinon en trois mots, on sait qu'on lit du Dard. Le malheur de tant d'écrivaillons, aujourd'hui comme hier, c'est qu'ils sont parfaitement interchangeables! Leur prose est incolore, leur langue sans saveur, leur plume banalissime. Ils ne diffèrent pas plus les uns des autres qu'un petit pois ne diffère d'un autre petit pois. Frédo, lui, ne se poussait pas du col, il ne prenait pas la pose, c'était le gars simple, sans chichis, terre-à-terre, bon enfant, le coeur sur la pogne, mais dès qu'il s'installait derrière sa machine à écrire, youyouyouille, mazette, quel talent, quelle verve, quelle personnalité! On a dit de lui qu'il était l'enfant naturel de Rabelais et de Céline. Eh bien, on a fichtrement raison! De Rabelais, qu'il vénérait, Dard possédait le goût de la démesure et un profond humanisme. De Céline, dont il adorait Mort à Crédit, il hérita une liberté de ton, une oralité de langage, une souplesse de style qu'il ne cessa de cultiver passionnément jusqu'à son dernier souffle. Mais à ces deux influences notre cher Fred sut ajouter son propre tempérament, un tempérament dont il déclina inlassablement les facettes au gré de ses livres: tragique dans ses romans noirs, blagueur dans ses romans légers. Facettes qui se rejoignent parfois, d'ailleurs, dans certains de ses chefs-d'oeuvre où la plus grande légèreté côtoie la plus grande noirceur. Personnellement, j'aime tout chez Dard. Qu'il me fasse rire ou m'émeuve, qu'il me fasse peur ou m'entraîne dans quelque délire iconoclaste, peu importe, déguster sa prose est l'un de mes plus grands bonheurs! Souffrez donc, mes amis, que je salue comme il le mérite, c'est-à-dire en me liquéfiant de gratitude, ce volume rassemblant les premières enquêtes de notre incomparable commissaire San-Antonio, le plus polisson des policiers! C'est Sartre, je crois, qui appelait Arsène Lupin le "Cyrano de la pègre". Eh bien, notre cher Tonio, lui, c'est le Cyrano du Quai des Orfèvres. Au lieu de manier la rapière et l'alexandrin, il manie le calibre 38 et le calembour grivois... Chacun ses armes!
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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
son chef-d'oeuvre, 21 décembre 2012
Paris, années 50. Etudiant le jour, Phil, 22 ans, natif de Pointe-à-Pitre, emploie ses soirées à faire le guide au musée Grévin, histoire de se mettre quelques sous en poche. C'est là qu'un soir il se lie avec une jeune et jolie touriste suédoise, Margareta. Celle-ci désirant s'installer à Paris, Phil lui déniche une place au pair chez des bourgeois du boulevard Saint-Germain, les Courtalès. Tout le monde semble y trouver son compte. Hélas, le drame ne tarde pas à couver... Ah, quel étincelant bijou, mes amis, que ce roman policier de 1958 où l'art de Fred Kassak atteint son apogée! C'est bien simple, ce polar est tout bonnement parfait. Rigoureusement et absolument parfait. J'aurais beau me creuser le caberlot jusqu'à la Saint-Glinglin pour lui trouver l'ombre d'un défaut que je n'y arriverais encore pas. Quelle intrigue somptueusement originale! Quel suspense habile! Quel stupéfiant rebondissement dans ses dernières lignes! Et comme tout cela nous est narré dans une prose élégante et spirituelle... Pas étonnant que ce chef-d'oeuvre ait raflé, l'année de sa parution, le Grand Prix de Littérature Policière! Aussi bref que dense, il pétille d'intelligence, d'esprit et de sensibilité de la première à la dernière phrase! Et sa narration en flash-backs est un modèle de construction... On prend autant de plaisir à cheminer vers son dénouement -et quel dénouement!- qu'à savourer lentement, une à une, chaque page de cette histoire qui reprend les codes du vaudeville pour mieux les subvertir et s'en jouer en y injectant du meurtre et de l'humour noir... Ah, quel antidote aux grosses daubes ennuyeuses qui nous inondent aujourd'hui, avec leurs intrigues téléphonées, leur style à coucher dehors et leur suspense à deux balles! Ici, tout n'est que légèreté, subtilité, virtuosité... Rarement histoire aussi ingénieuse aura été servie par une écriture aussi gouleyante!
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