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Gwen
(#1 CRITIQUE au Tableau d'HONNEUR)    (COMMENTATEUR N° 1)   

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Coups de feu dans la nuit : L'intégrale des nouvelles
Coups de feu dans la nuit : L'intégrale des nouvelles
par Dashiell Hammett
Edition : Broché
Prix : EUR 27,55

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 et Dash créa le Noir, 20 décembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Coups de feu dans la nuit : L'intégrale des nouvelles (Broché)
Est-il plus bel apprentissage, pour un auteur de romans noirs, que le métier de "privé"? Poser la question, c'est déjà y répondre! Eh bien, c'est ainsi que débuta Dashiell Hammett puisqu'il émargea sept ans durant, de 1915 à 1922, à la mythique Pinkerton Detective Agency... Ah, comment ne pas rester songeuse en imaginant le jeune Dash fringant de cette époque, déjà tiré à quatre épingles, feutre mou sur le crâne, menant ses filatures dans les rues de Baltimore ou de San Francisco, tel le futur Sam Spade, et engrangeant au fil de ses enquêtes tout un précieux matériau qui nourrirait un jour son oeuvre...

Car, heureusement pour nous, le virus de l'écriture titillait l'ami Dashiell... Rêvant d'un nouveau type de littérature qui, loin des mystères bien policés à l'anglaise, saurait dépeindre la criminalité de son époque avec réalisme, il se met, à l'orée des années 20, à coucher des histoires sur le papier... Ses premières nouvelles paraissent discrètement... En décembre 22, la toute nouvelle revue Black Mask l'accueille dans ses pages et, quelques mois plus tard, en octobre 23, Hammett y accouche de son premier "privé", the Continental Op... Le "hardboiled" est né...

Pendant plusieurs années, Dash peaufine alors son art de nouvelliste, devenant peu à peu le chef de file d'une génération magique où se côtoient Cain, Burnett, Mac Coy, Chandler, Irish ou Thompson. Rien que du beau monde! Puis, en 29, s'inspirant d'un épisode tragique de ses années Pinkerton, Hammett publie son premier roman, Red Harvest, véritable manifeste esthétique et politique dont la qualité littéraire n'a d'égale que la pertinence idéologique.

Suivront quatre autres romans, dont celui-ci, auquel Hollywood saura faire honneur. Mais en 34, après la parution de The Thin Man, la source semble se tarir. Hammett a-t-il dit tout ce qu'il voulait dire? En tout cas, à l'aube de la quarantaine, son oeuvre est achevée ou quasiment. Il n'écrira plus que des choses anecdotiques. Et la fin de sa vie, marquée par la prison, la tuberculose et l'alcoolisme, ne sera hélas pas des plus heureuses. Dash meurt à New York, le 10 janvier 1961, à 66 ans.

Un demi-siècle après sa disparition, que reste-t-il de ce géant des Lettres? Un héritage fabuleux, bien sûr, le roman noir, dont il fut l'initiateur, mais aussi une oeuvre personnelle témoignant d'une extrême exigence stylistique et d'une rare lucidité intellectuelle. En seulement cinq livres et une soixantaine de nouvelles, Hammett n'a pas seulement révolutionné le polar, il a laissé dans la Littérature du vingtième siècle une marque indélébile, portant à son apogée une forme d'écriture rompant radicalement avec la tradition psychologique: le béhaviorisme.

Ouvrez au hasard un de ses romans, plongez-vous dans l'une ou l'autre de ses "short stories", et aussitôt la qualité de sa prose vous saute aux yeux. Nul délayage. Aucun à-peu-près. Chaque phrase est ciselée comme un diamant. Y ôter une virgule, c'est en détruire l'harmonie. Hammett n'écrivait pas simplement pour raconter des histoires de privés, de truands et de femmes plus ou moins fatales. Il écrivait aussi pour faire avancer la Littérature en la débarrassant d'un fatras obsolète à ses yeux. Fini, chez lui, le temps de l'intériorité, de l'introspection romantique: le personnage hammettien se définit par ses actes et ses paroles, non par ses pensées. Approche éminemment visuelle, voire cinématographique.

Souffrez donc, chers amis, que je salue comme elle le mérite, c'est-à-dire en m'aplatissant de respect, cette édition intégrale des nouvelles du grand Dash. Ceux qui ne connaissent encore de ce dernier que ses romans découvriront ici toute la première partie, moins connue, de son oeuvre, et s'apercevront vite que le talent de notre cher Dashiell y était déjà considérable. Quant à ceux qui n'ont encore rien lu du Maître, ils vont avoir l'immense plaisir de faire connaissance avec un écrivain de premier ordre qui savait, tout à la fois, vous captiver par une intrigue policière, faire du grand style et porter sur le monde un regard d'une intelligence aigue.

La Littérature en général et le Polar en particulier vous doivent une fière chandelle, Monsieur Hammett. Et moi bien des heures de plaisir!

Alibi noir
Alibi noir
par Irish William
Edition : Reliure inconnue

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 le tueur sort ses griffes, 19 décembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Alibi noir
"Prêté" à une vedette pour une exhibition publicitaire, un jaguar s'échappe et disparaît dans les rues de Ciudad Real. Quelques jours plus tard, non loin de là, une jeune femme est retrouvée déchiquetée à coups de griffes... Puis une autre... Et une autre encore... Tout porte à croire qu'elles sont victimes du fauve qui rôde... C'est du moins ce que pense l'inspecteur Robles qui mène l'enquête... Mais Manning, l'impresario américain responsable de l'évasion du jaguar, et qui suit la susdite enquête pas à pas, est d'un autre avis... Et si un tueur en série particulièrement machiavélique utilisait précisément la présence du félin échappé pour assassiner des femmes en toute impunité, certain que la police soupçonnera le susdit félin de ses méfaits?

La plupart des romans d'Irish se déroulent aux Etats-Unis, avec une prédilection pour New York où notre cher William vécut lui-même le plus clair de son existence. Ce livre-ci est donc un peu atypique puisqu'il prend pour décor un pays non précisé d'Amérique Centrale, mais n'oublions pas qu'Irish passa une partie de son enfance au Mexique où son père était ingénieur. Les descriptions qu'il nous offre ici relèvent donc moins de l'imagination que du souvenir. Cela dit, qu'il situe ses romans au nord ou au sud du Rio Grande, aucune importance, le résultat est toujours aussi fameux!

Paru en 1942, entre The Black Curtain et Phantom Lady ce roman est une merveille de construction et de narration. La rigueur de son intrigue n'a d'égale que la sûreté de son style. Vous me direz que les histoires de serial killers, on en a soupé! Les tâcherons du genre ont tellement exploité et surexploité le filon que le lecteur contemporain est légitimement blasé en la matière... Mais je vous prie de croire que ce polar-ci, écrit bien avant que les tueurs en série ne soient "à la mode", continue à briller d'une ingéniosité inégalée. Et à l'inverse des auteurs d'aujourd'hui qui se complaisent dans le gore, quelle pudeur, ici, quel art de l'ellipse pour suggérer les meurtres sans jamais les montrer!

Petite précision à l'usage des cinéphiles, "Black Alibi" a été porté à l'écran par Jacques Tourneur en 49 sous le joli titre que voici.

Cercueil et Fossoyeur: Le cycle de Harlem
Cercueil et Fossoyeur: Le cycle de Harlem
par Chester Himes
Edition : Broché
Prix : EUR 27,55

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 la colère et la tendresse, 18 décembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Cercueil et Fossoyeur: Le cycle de Harlem (Broché)
Né a Jefferson City, dans le Missouri, en 1909, c'est en prison, ni plus ni moins, que Chester Himes découvrit le polar. Il n'a que 19 ans lorsqu'on l'arrête pour braquage, dans l'Ohio, en 1928. Jugé, condamné, il écope de 25 piges à l'ombre. Comme départ dans la vie, on a vu mieux! Seulement voilà, derrière les barreaux, notre jeune taulard black, pour passer le temps, se met à lire. Or la bibliothèque de son pénitencier a le très bon goût d'héberger quelques jeunes auteurs en vogue pratiquant un genre littéraire qui vient tout juste d'éclore, le "hardboiled". Emerveillé, Himes découvre ainsi un certain Dashiell Hammett et décide de devenir, lui aussi, écrivain!

Dans la solitude de son cachot, il se met donc à noircir des pages et des pages, mêlant sous sa plume une sourde rage et un humour caustique. Et le miracle se produit! En 1931, sa première nouvelle paraît dans un magazine. Avant peu, il est publié dans "Esquire" où il signe de son matricule de prisonnier: 59623! Libéré au bout de huit ans pour bonne conduite, Himes émigre alors en Californie et, tout en continuant à écrire, vivote de petits boulots. Mais le climat racial des Etats-Unis lui pèse. Désireux de changer d'air, il gagne l'Europe et se fixe en France où Marcel Duhamel, patron de la Série Noire, lui suggère un beau jour d'écrire des polars. Trouvant l'idée excellente, Chester s'y colle aussi sec. Le résultat paraît en 57 et s'appelle La Reine des Pommes. C'est un chef-d'oeuvre.

Premier opus du Cycle de Harlem, ce roman doux-dingue à l'écriture envoûtante sera suivi de sept autres titres dont le dernier, L'Aveugle au Pistolet, paraîtra en 69. Eh bien, mes amis, ne craignons pas de le dire, ces huits polars, mis bout à bout, forment l'un des plus beaux édifices de l'histoire du roman noir. Trois qualités les distinguent particulièrement. D'abord, ils sont narrés dans une prose riche, pittoresque, frémissante de vie, à la fois réaliste et lyrique, où se côtoient de bouleversants éclairs de poésie et de brusques bouffées de violence pure. Ensuite, ils brossent du petit monde d'Harlem un tableau éminemment attachant, croquant avec une égale habileté ses aspects les plus sordides et sa beauté la plus intime. Enfin, la question raciale, qui est omniprésente, y est traitée avec une maturité et une absence de manichéisme qui forcent l'admiration.

Et puis pardon, quelle galerie de personnages! Quelle joyeuse sarabande de tueurs déjantés, de gangsters farfelus, de losers lunaires et de garces magnifiques! Rarement auteur aura fait naître sous sa plume pareille collection de zozos en tout genre! C'est un peu le Brueghel d'Harlem, Chester Himes, sauf qu'il peignait avec des mots. Ah, quel plaisir que de se laisser embringuer dans son univers carnavalesque et sanglant, au gré d'intrigues mine de rien finement construites et portées par un regard d'une intense acuité sociologique.

Jamais Himes ne tombe dans le militantisme, pas plus que dans l'angélisme. S'il dénonce implacablement le racisme, qu'il soit agressif ou latent, il ne fait pas simplement le procès de l'Amérique blanche ou l'apologie de la négritude. Non, dans ces huit romans qui d'une certaine manière n'en font qu'un, Himes, tout en chantant l'âme d'un quartier, explore la condition de ses frères noirs avec empathie mais sans complaisance. S'il partage leur révolte, il ne se prive pas de pointer leurs paradoxes. Quand il cède à la colère, la tendresse n'est jamais loin, et inversement. Bref, sous leur apparente légèreté, derrière le masque distrayant du polar, le regard que ces livres portent sur "la question noire" est tout bonnement lucide, complexe et profondément adulte.

Mort en Espagne en 1984, ce cher et regretté Chester est aujourd'hui plus populaire en France que dans son propre pays. C'est du moins ce que j'entends souvent dire. Eh bien, vrai ou pas, ce grand monsieur de la Littérature, par son parcours d'homme et son oeuvre d'écrivain, m'inspire le plus profond respect et je lui tire moralement mon chapeau. Cette volumineuse anthologie est un des trésors de ma bibliothèque. Précisons qu'on y trouve, en guise de préface, un passionnant essai d'une trentaine de pages intitulé "Harlem ou le cancer de l'Amérique" écrit par Himes lui-même et paru dans la revue Présence Africaine en 1963. Par ailleurs, en fin d'ouvrage, figure une superbe biographie commentée et accompagnée de photos souvent émouvantes. Bref, voilà un joyau de plus à l'actif de l'excellente collection Quarto!

La Soupe aux choux
La Soupe aux choux
DVD ~ Louis de Funès
Proposé par Magic-Boutic
Prix : EUR 6,98

5.0 étoiles sur 5 plus fin qu'il n'y paraît, 18 décembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Soupe aux choux (DVD)
C'est peu dire que ce film est un OVNI du 7ème Art, mais dieu que cet OVNI est sympathique! Née sous la plume talentueuse et anticonformiste de René Fallet, son histoire délirante relève à la fois de la farce surréaliste et du conte philosophique. Bien sûr, Jean Girault n'est pas Kubrick et question mise en scène ça pêche un peu, mais il y a là-dedans tellement de candeur et de bonne humeur, c'est un tel pied-de-nez au bon goût et à ce que l'on n'appelait pas encore, en 1981, le "politiquement correct", que je revois toujours cette "Soupe aux Choux" avec plaisir! Ah, quel bonheur que d'y retrouver trois de nos comédiens les plus sympathiques, l'inoubliable Fufu, l'immense Jean Carmet et l'émouvant Jacques Villeret... Et quelle merveilleuse bande-son que celle de Raymond Lefèvre! Quel thème entraînant et inattendu que sa fameuse bourrée auvergnate arrangée au synthétiseur! A défaut d'être une leçon de cinéma, ce film est une belle ode à l'amitié qui cache sous la rusticité de son humour un message humaniste délicatement désenchanté...

À vau-l'eau
À vau-l'eau
Prix : EUR 1,44

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 du meilleur Huysmans, 18 décembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : À vau-l'eau (Format Kindle)
Huysmans est un peu à la prose ce que Mallarmé est à la poésie: l'esthète absolu. Les attentes du public et les modes de son époque ne lui inspiraient que mépris et dégoût, et comme il avait raison! Sa vie durant, il ne suivit qu'un idéal, le sien. Homme secret, artiste exigeant, âme torturée, on fait parfois de lui le portrait d'un dandy décadent, le double réel de ces Des Esseintes qu'il peignit avec une telle maestria dans son chef-d'oeuvre, A rebours. Mais pour moi, ce cher Joris-Karl était surtout un styliste incomparable et un formidable penseur des gouffres, dont certains livres préfigurent, par leur ton et leurs thèmes, Bataille ou Bernanos. Né en 1848, mort en 1907, contemporain de Zola et de Maupassant, c'est sous la bannière naturaliste qu'il fit ses premiers pas littéraires, mais très vite leurs routes divergèrent car sur le fond comme dans la forme Huysmans était bien trop singulier pour se fondre dans un quelconque mouvement littéraire! Son oeuvre, au confluent de la poésie, de la philosophie et du mysticisme, ne pouvait s'épanouir qu'à l'écart des écoles et autres chapelles. C'est ce qu'elle fit. Mais un siècle et des poussières plus tard, son génie brille d'un rare éclat au panthéon de nos Lettres, et quoi de plus mérité?

Paru en 1882, ce texte est au choix un bref roman ou une longue nouvelle. Il tient, dans mon édition, en quarante pages et se lit en une demi-heure. Mais quel bijou de style! Quel somptueux joyau d'humour caustique! Point d'intrigue, ou à peine, dans ce récit. Son héros, si l'on ose employer ce terme, Jean Folantin, quarante ans, commis aux écritures dans un vague ministère, mène à Paris une vie des plus effacées. On pourrait même dire que son existence est un long tunnel d'ennui. Ni riche ni pauvre, il traîne son sort comme le boeuf traîne son joug. Plus jeune, les femmes l'intéressèrent, mais l'âge venant les turbulences de la chair ont fait place à l'apathie des sens. Bref, ses jours sont aussi vides que ses nuits. Même au travail, toute ambition l'a quitté. Il se contente de végéter où le destin l'a mis... Seule fantaisie de son caractère, il ne cesse de traquer la gargote idéale, ce qui s'avère hélas bien difficile...

Huysmans avait trente-quatre ans lorsqu'il écrivit cette oeuvre sans réelle trame dramatique et il est bien difficile de ne pas y déceler, tant sur le fond que dans la forme, quelques signes annonciateurs d'A rebours. Ce n'est pas tant que Folantin présage le futur Des Esseintes, l'un et l'autre sont fort dissemblables, mais tous deux se rejoignent par leur incapacité à mener la vie de leurs contemporains. Là où Des Esseintes, écoeuré par la vulgarité universelle, choisit de se retirer du monde, Folantin, lui, s'abîme peu à peu dans une sorte de misanthropie mélancolique. Convaincu d'avoir raté sa vie, il tente futilement de se raccrocher à quelques menus plaisirs solitaires, espérant ainsi compenser la nullité de son existence. Bref, là où Des Esseintes a quelque chose de magnifique, Folantin, lui, n'est que pathétique. Pourtant, chose intéressante, Huysmans ne le raille jamais. Il l'accompagne simplement dans sa médiocrité, le contemple d'un oeil d'entomologiste, chroniquant ses humeurs avec un suprême détachement rappelant ce bon Flaubert.

Portrait d'un "homme sans qualités" qui fait son bout de chemin sur Terre sans grande conviction, "A vau-l'eau" a quelque chose d'un conte philosophique un peu désespéré, voire nihiliste. Placé sous le patronage de Schopenhauer, dont le nom s'invite dans le texte, il ne recèle guère de message, sinon que lutter contre les aléas de notre humaine condition est vain et qu'il vaut mieux se laisser porter sans résister par le flot des jours jusqu'à l'inévitable trépas. Mais rassurez-vous, cette lecture n'a rien de triste pour autant. Au contraire, c'est un grand moment de plaisir pour la simple et bonne raison que tout cela nous est narré dans une prose divine qui, si elle n'atteint pas encore les sommets à venir, est déjà, croyez-moi, du meilleur Huysmans!

Les ennuis, c'est mon problème : L'intégrale des nouvelles suivi de Simple comme le crime, Essai sur le roman policier
Les ennuis, c'est mon problème : L'intégrale des nouvelles suivi de Simple comme le crime, Essai sur le roman policier
par Raymond Chandler
Edition : Broché
Prix : EUR 27,55

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 la crème du crime, 17 décembre 2012
Il est des "moments" miraculeux dans l'histoire des Lettres. Soudain, sans que l'on sache bien pourquoi, surgit quelque part une génération de talents qui fait du passé table rase et ouvre à la Littérature des horizons nouveaux. Eh bien, le moment "harboiled", autrement dit l'avénement du roman noir dans l'Amérique dépressive des années 30, fut assurément l'un de ces miracles. Ah, quelle belle page de l'histoire littéraire, mes amis, que cette époque bénie qui vit s'épanouir, autour de la figure tutélaire de Dashiell Hammett ou dans son sillage, des plumes aussi talentueuses que James Cain, William Burnett, Raymond Chandler, Jim Thompson, William Irish ou David Goodis...

Chacun de ces auteurs, à sa manière, sortit le Crime du "vase vénitien" où il somnolait, selon la fameuse expression chandlérienne, pour le remettre à sa juste place, dans la rue, dans le réel, au coeur même de la société dont les maux s'appellent Vice, Corruption et Cupidité. Parmi tous ces formidables écrivains, Hammett mérite évidemment, et sans l'ombre d'une hésitation, la place d'honneur, car non seulement il donna au "hardboiled" son impulsion première, mais de surcroît l'absolue perfection de son style en fait un auteur majeur du vingtième siècle.

Cela dit, avouons-le, Chandler n'a pas grand chose à lui envier. Pour moi, en tout cas, le lire est un aussi grand bonheur. Venu à l'écriture la quarantaine passée (encore qu'il s'essaya jeune homme à la poésie romantique!), ce cher Raymond ne nous a laissé que sept romans, mais ces derniers suffirent à lui assurer l'immortalité littéraire et à faire de Philip Marlowe l'archétype indétrônable du privé nonchalant amateur de whisky et de pulpeuses rouquines en bas résille.

Hélas (corrigez-moi si je me trompe) le Chandler nouvelliste me semble moins connu ou moins célébré que le Chandler romancier. Eh bien, c'est dommage car les "short stories" recueillies dans cette intégrale sont là pour le prouver: le père de Marlowe était aussi doué pour les courtes distances que pour les longues. Si, pour la virtuosité de ses intrigues, Irish reste mon nouvelliste noir de prédilection, Chandler, lui, possède un art du récit auquel il est bien difficile de résister.

Ah, quelle plume magistrale que la sienne! Quelle exceptionnelle économie de moyens dans cette prose qui sait vous "photographier" une scène ou un personnage sans un mot inutile, sans une virgule superflue, sans le moindre gramme de graisse narrative! Quel prodigieux contraste avec tant d'écrivaillons actuels qui vous tartinent du poncif au kilomètre pour pondre de gros pavés bien lourdingues et bien indigestes... Chandler, comme Hammett, n'est qu'élégance, au contraire... Son efficacité n'est jamais de la sécheresse... S'il est concis, c'est parce qu'il trouve d'emblée le mot juste, l'expression idoine, la métaphore qui fait mouche...

Chacune de ces nouvelles, ne craignons pas de le dire, est une véritable masterclass en polar où se conjuguent un style exceptionnel et un sens inné de l'atmosphère. Chandler faisait-il ses "gammes" dans ces histoires courtes qu'il "cannibalisa" ensuite, selon sa propre expression, pour élaborer ses romans? Ma foi, peut-être... Mais quelles "gammes", alors! Si tardivement qu'il soit venu à la Littérature, ce cher Raymond était de toute évidence né pour écrire...

Se plonger dans ce gros volume, mes amis, c'est non seulement s'offrir la compagnie d'un écrivain éminemment talentueux, mais aussi remonter le temps jusqu'à une époque savoureuse où les gangsters portaient beau, où les privés avaient de la classe et où les femmes étaient fatales. Ajoutez-y le soleil de Californie, le Pacifique à l'horizon, des Packard aux chromes étincelants, du bourbon à volonté et tout y est... Y a plus qu'à déguster!

L'Homme traqué
L'Homme traqué
par Francis Carco
Edition : Broché
Prix : EUR 13,49

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 criminelles amours, 17 décembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Homme traqué (Broché)
Boulanger du côté des Halles, à Paris, François Lampieur assassine un jour une vieille concierge, dans sa loge, pour lui voler de l'argent. Hélas pour lui, une des filles publiques oeuvrant dans le quartier a surpris son crime, mais il ignore laquelle. Dans le troquet où il va chaque soir boire son petit blanc, Lampieur observe donc les filles en question, rongé d'angoisse à l'idée que l'une d'elles connaît son secret et peut à tout instant le dénoncer à la police... Mais pourquoi, justement, ne l'a-t-elle pas encore dénoncé? Bizarre, bizarre...

De l'avis général, et je le partage, Léo Malet a inventé le roman noir à la française, dans les années 40. Mais, sans vouloir aucunement diminuer son mérite, ce cher Léo eut évidemment des précurseurs. En fait, toute une certaine littérature "réaliste" des années 20 et 30 annonçait déjà, sans le savoir, l'atmosphère et les thèmes du susdit roman noir, lui "préparant le terrain" pour ainsi dire. Eh bien, parmi ces grands précurseurs, Francis Carco, mes amis, est sans doute le plus attachant et le plus talentueux, aussi ai-je grand plaisir à saluer ce merveilleux polar, car c'en est un, qui mêle avec un rare bonheur suspense, chronique sociale et poésie populaire.

Ah, Carco! Que voilà un beau romancier comme je les aime... Et qu'il fait bon se replonger dans son oeuvre gouleyante en ces temps de littérature anémique... Ce sont des écrivains comme lui, voyez-vous, qui font toute la saveur de notre patrimoine littéraire et me le rendent si sympathique... Entrez dans ce livre et il vous enveloppe aussitôt de son humanité, de son atmosphère, il vous entraîne dans la nuit odorante des Halles et dans les obscurs recoins de la rue Saint-Denis, il vous plonge la tête la première dans le petit peuple en souffrance de ces Années qu'on disait Folles... Il y a un petit côté "Mystères de Paris" dans tout ça, sûr que l'ami Carco avait lu Eugène Sue, mais il pèse aussi sur tous ces personnages une telle fatalité, leur univers est si glauque, si bouché, si désespéré, qu'on se croirait parfois, avec trente ans d'avance, chez David Goodis...

Ecrit en 1922, ce bref roman, vous l'aurez compris, n'a rien perdu de son charme ni de sa force. L'Académie Française le salua, quand il parut, de son Grand Prix. Souffrez, 90 ans plus tard, que je le salue de mon estime.

Histoire de France : Vue par San-Antonio
Histoire de France : Vue par San-Antonio
par San-Antonio
Edition : Broché
Prix : EUR 17,10

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 il était une fois Béru, 17 décembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Histoire de France : Vue par San-Antonio (Broché)
Telle quelle, l'Histoire de France est déjà passablement pittoresque, alors revue et corrigée par notre cher San-Antonio imaginez un peu ce que ça peut donner! Ah là là, mes amis, quelle jubilatoire délirade que ce livre! Si vous n'aimez pas l'Histoire, aucune importance, ici vous allez l'adorer! Et si au contraire vous l'aimez, alors vous allez bien rire de la voir malmenée et tournée en dérision avec autant de brio... Ah, quelle idée de génie eut Frédéric Dard le jour où il s'avisa de revisiter notre passé en le passant à la moulinette de son humour ravageur et en déclinant à travers les siècles l'impayable Alexandre-Benoît Bérurier et sa mémorable Berthe d'épouse...

Tout commence au Quai des Orfèvres où c'est le calme plat, les criminels se tenant à carreau... Or voilà-t-y pas que l'Enflure, c'est-à-dire Béru, au détour d'une conversation, avoue piteusement à Tonio qu'il ne touche pas une bille en Histoire. C'est pourtant pas faute de vouloir apprendre! Le problème, c'est qu'il pique du naze au bout de dix lignes dès qu'il tente de lire un manuel... Compatissant et n'ayant rien de mieux à faire, notre commissaire de charme et de choc décide donc de rémédier à l'inculture crasse de son subordonné et se met à lui conter par le menu la France et ceux qui la firent...

Et nous voilà partis pour 400 pages de cocasserie tous azimuts! Première étape, la Gaule, of course, et ses fameux Gaulois, avec un zoom sur le siège d'Alésia où s'illustre un certain Bérurix... Défilent ensuite Clovis, Dagobert, Charlemagne, Saint Louis, Jeanne d'Arc, etc... Et à chaque fois, un ancêtre plus ou moins loufoque de Béru, dont le nom fluctue au cours des siècles, trouve le moyen de s'immiscer dans les événements et de mettre son grain de sel dans l'Histoire en marche... Un grain de sel souvent polisson, est-il besoin de le préciser?

Ah, ce qu'il dut bien rigoler, l'ami Frédo, en couchant cette délirante pochade sur le papier! On sent, de loin en loin, sous sa plume magique, une certaine tendresse pour cette Histoire qui est aussi la sienne, mais son irrévérence naturelle revient toujours au galop et balaie systématiquement tout esprit de sérieux d'un tonitruant et salutaire éclat de rire... Lire ce livre, c'est un peu feuilleter l'album de souvenirs de la France, mais un album de souvenirs mâtiné d'almanach Vermot et sponsorisé par les pieds-nickelés...

Inspecteur Barnaby - Saison 13
Inspecteur Barnaby - Saison 13
DVD ~ John Nettles
Prix : EUR 32,99

13 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Tom tire sa révérence, 16 décembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Inspecteur Barnaby - Saison 13 (DVD)
Les années passent et les saisons défilent, mais le succès de cette série très britannique ne se dément toujours pas et c'est évidemment une bonne nouvelle pour tous les amateurs de mystères bien troussés et d'atmosphères villageoises trompeusement paisibles! Ah, ce cher inspecteur Barnaby... Quel plaisir sans cesse renouvelé que de suivre ses savoureuses enquêtes au coeur de cette Angleterre bucolique où le meurtre rôde sournoisement derrière les façades fleuries des cottages...

Mais dieu que tout cela est "pépère", voire "réac", me diront certains. Eh bien, c'est vrai que cette série cultive une indéniable bonhomie de ton... Ce n'est pas ici que vous trouverez des scènes de violence graphique... Nulle grossièreté de langage ne heurtera les oreilles délicates... Mais pourquoi pas? Cette retenue toute british n'est pas sans charme... En tout cas, je ne vois là-dedans, personnellement, rien de réactionnaire... Barnaby s'inscrit dans une longue tradition de détectives anglais "cérébraux" et perpétue cette tradition avec talent, voilà tout...

Toujours est-il que cette treizième saison est un nouveau régal, même si la joie de retrouver notre cher Tom se voit tempérée par une certaine mélancolie, ledit Tom nous faisant ici ses adieux... Heureusement, son cousin John est là pour assurer la relève... Et pour avoir déjà vu les saisons suivantes à la télé anglaise, je peux vous dire qu'il assure cette relève de manière très compétente... M'est donc avis que cette sympathique série a encore de beaux jours devant elle!

Romans acides : Banlieue Sud-Est/La Fleur et la Souris/Pigalle
Romans acides : Banlieue Sud-Est/La Fleur et la Souris/Pigalle
par René Fallet
Edition : Broché
Prix : EUR 24,09

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 plus qu'un écrivain, un ami, 16 décembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Romans acides : Banlieue Sud-Est/La Fleur et la Souris/Pigalle (Broché)
Né en 1927, mort en 1983, il est de ces écrivains discrets qui font rarement parler d'eux, qu'on n'étudie guère au lycée et dont la postérité est quelque peu confidentielle. De son vivant, pourtant, on le qualifiait volontiers de populiste -au sens noble du terme, évidemment-, ses livres se vendaient fort bien et il fut généreusement adapté au cinéma puisque son oeuvre inspira des films aussi divers que Porte des Lilas de René Clair, Les Vieux de la Vieille avec Gabin, le pittoresque Triporteur ou encore l'inénarrable Soupe aux Choux!

Ah, René Fallet! Le sympathique romancier que voilà... Quand parut son premier ouvrage, Banlieue sud-est, en 1947, Boris Vian en personne salua son talent et il eut bien raison car ce fut là le début d'un parcours littéraire exemplaire de qualité. Anticonformiste invétéré, ennemi de la bêtise, rétif au travail, ce cher René n'aimait rien tant qu'écrire, boire du bon vin, jouer à la pétanque, faire de la bicyclette et cultiver l'amitié de ses potes, tel Georges Brassens, qui lui ressemblait tant par bien des aspects, et pas seulement par la moustache!

Populiste ou pas, quelle importance, au fond? Il n'y a que deux sortes d'écrivains, les bons et les pas bons, et Fallet appartient de toute évidence à la première catégorie. Ouvrez n'importe lequel de ses livres, la séduction opère aussitôt! La séduction d'une prose émouvante, complice, tendre, poétique, d'une simplicité qui cache en vérité un art précieux et porte un univers mêlant sans prétention rire et lucidité, truculence et mélancolie, bonheur de vivre et tristesse d'être mortel.

Personnellement, c'est par Le Beaujolais nouveau est arrivé que je découvris ce cher René voilà quelques années et cette découverte fut pour moi un enchantement. Je ne crois pas d'ailleurs qu'il soit meilleure porte pour entrer dans le monde falletien que ce bijou d'humour et d'humanité qui ne cesse de gagner en pertinence (et en impertinence) à mesure que les années passent et que notre société s'enfonce de plus en plus dans la course au gain, le cynisme et le matérialisme.

Je ne connaissais toujours pas, en revanche, les trois oeuvres de jeunesse rassemblées dans ce recueil. Eh bien, j'ai eu grand plaisir à les découvrir tantôt car s'y ébauchent la plupart des thèmes chers à Fallet et s'y déploie déjà -est-il besoin de le dire?- son écriture souvent bouleversante. Il y a mille manières d'avoir du style. Celle de Flaubert n'était pas celle de Proust, qui n'était pas celle de Céline. Et pourtant tous trois sont de grands stylistes. Eh bien, René Fallet, lui aussi, était, à sa manière très personnelle, un grand styliste. Comme Brassens dans ses chansons, il sut capter, mine de rien, sans grandes phrases pompeuses, avec une rare pudeur, l'essence même de la condition humaine.

Oui, osons le dire, mes amis: cet homme est un trésor de la Littérature française!

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