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Contenu rédigé par Me Sagnes Sylvie
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Me Sagnes Sylvie
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D'après une histoire vraie
D'après une histoire vraie
par Delphine Vigan (de)
Edition : Broché
Prix : EUR 20,00

1 internaute sur 3 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 « dès qu’une vérité dépasse cinq lignes, c’est du roman », 28 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : D'après une histoire vraie (Broché)
« … la fameuse phrase de Jules Renard (« dès qu’une vérité dépasse cinq lignes, c’est du roman »)… »

De temps en temps se distingue au-delà du brouhaha autour d’un livre quelque chose d’impérieux; on ne veut surtout pas en savoir trop, jamais entrer dans les détails, de peur de voir s’éteindre cette pâle étincelle imprécise qui amorce, de loin, le début d’une éventuelle envie. La presse en parle (toute la presse), les blogs commencent à le décortiquer, on sent qu’il y a là, possiblement, un roman pour soi. Alors on cède, on entre dans une librairie, on le tient entre ses mains, on l’ouvre. Vite, vite, avant qu’à force de l’avoir vu partout on ait l’impression (fausse, toujours fausse) de le connaître sans l’avoir lu. Vite, vite, avant qu’il ait perdu son aura de mystère. La première page est là, on est calme, on a un peu peur, on pense « ne me déçois pas », on plonge.

Et on en ressort quelques heures plus tard, ravi.

Delphine de Vigan a réussi l’improbable. Le roman limpide, dont chaque phrase s’agence parfaitement avec la précédente et la suivante, dont le déroulement happe son lecteur sans qu’il ait envie de bouger d’un cil, elle établit avec lui une connivence, elle le récompense d’une astérisque finale qui le fera immanquablement sourire. La nuit suivante, dans son lit, le lecteur se dira c’était joyeux, tout ça, on s’est bien amusé Delphine, on a senti que vous aussi en l’écrivant, beaucoup, mais vos mots ont porté plus loin, ce que vous avez dit de la fiction, des cheveux hirsutes, de ces sentiments indicibles de gêne et de maladresse, de ces journées sans mettre le nez dehors, de ce temps qui s’échappe sans que l’on comprenne où et comment, toutes ces petites et grandes choses qui se tiennent sous votre intrigue (à laquelle on s’est soumis de grand coeur), tout ça s’est logé quelque part en nous et fermente. Ca donne des idées, des envies, ça ouvre vers autre chose. On s’est bien amusé, mais pas seulement. C’était plus, c’était fort. C’était vraiment, vraiment, BIEN.


Une saison à Longbourn
Une saison à Longbourn
par Jo Baker
Edition : Broché
Prix : EUR 7,90

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 O&P en coulisses, 20 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Une saison à Longbourn (Broché)
De nombreuses lectures d’Orgueil et préjugés ne sauraient vous renseigner quant à la vie quotidienne de l’époque : que mangeaient-ils ? Comment était-ce cuisiné ? Quelles étaient les modalités pratiques, comment faisait-on la lessive, le ménage, se déplaçait-on, quels étaient les standards d’hygiène et à quoi occupait-on ses journées quand on n’était pas sous le joug des mondanités ? Jo Baker nous dit tout, nous montre la face cachée d’O&P, côté domesticité. Nous sommes au coeur de la cuisine de Mrs Hill, la gouvernante des Bennet, et aux côtés des quatre autres serviteurs nous nous levons à l’aube pour aller puiser de l’eau ou nous couchons à pas d’heure après avoir attendu dans le froid et la boue les demoiselles Bennet pour les ramener du bal en calèche. Parmi nous, néanmoins, nous vivons des moments aussi exaltants (même si moins glamour) et tant pis si l’image de Mr Bennet est écornée ou si notre si chère Lizzy fait parfois montre d’un manque de courtoisie flagrant… Un roman qui m’a beaucoup plu car il titille ma fibre sisyphienne, j’ai adopté immédiatement tous les personnages et m’y suis vue, comme si j’y étais, larmes aux yeux à la fin et tout. Un roman fait pour moi :)


L'illusion délirante d'être aimé
L'illusion délirante d'être aimé
par Florence Noiville
Edition : Broché
Prix : EUR 17,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 « Comme on parle de crises anxieuses le psychiatre a un joli mot pour les crises de Léa. Ce sont, dit-il, des « crises d’Espoir, 20 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'illusion délirante d'être aimé (Broché)
Laura est une femme heureuse : elle anime une émission télé à laquelle elle tient beaucoup et qui l’épanouit; elle y trouve du sens et a l’impression de partager réellement quelque chose avec ses invités. Par ailleurs assez sauvage, elle est heureuse également avec son amoureux. Retrouvant par hasard une amie connue en prépa, dont elle avait été proche (elle a peu d’ami(e)s) et qui l’avait aidée à l’époque (lui ouvrant des accès à la culture), elle lui obtient un poste dans la même chaîne qu’elle. Elle conserve envers C. un vague sentiment de culpabilité, elle avait eu son concours mais pas C., elle a laissé leur amitié se distendre, tout ça. Pendant un moment tout va bien et c’est vraiment brutalement que la situation dérape : C. est atteinte du syndrome de Clérambault. Egalement appelé érotomanie, cette psychose paranoïaque n’a rien d’insidieux ou de progressif : ceux qui en sont atteints le sont très brusquement, ils ont la sensation d’une « révélation » et rien (mais RIEN) ne peut les détourner de leur obsession. C. est donc persuadée que Laura est amoureuse d’elle – ce qui en soi ne serait pas gênant au fond sauf que la pathologie la fait agir de façon absolument intrusive et totalement déviante… « L’illusion délirante d’être aimé » (quel beau titre) est un roman qu’on lit d’une traite dès lors qu’on a posé les yeux sur sa première phrase. La narratrice, habituée à se documenter pour son émission, creuse le syndrome aussitôt qu’elle l’a identifié, avec l’aide de psys, de lectures et de témoignages et c’est passionnant. Mené comme une enquête, le roman propose un épilogue un petit peu facile mais romanesque – le tout est très contemporain et se dévore !


Le Contrat Salinger
Le Contrat Salinger
par Adam LANGER
Edition : Broché
Prix : EUR 20,00

4.0 étoiles sur 5 « Parfois, tout ce dont une histoire a besoin, c’est d’une personne pour la lire et d’une autre pour l’écouter. », 20 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Contrat Salinger (Broché)
C’est l’histoire d’un écrivain mystérieusement contraint d’écrire un roman unique et privé à la seule destination d’un étrange commanditaire. Il se confie au narrateur, lui-même écrivain, qui nous gratifie au passage de ses considérations sur l’état du milieu littéraire américain. C’est l’histoire d’une menace qui plane, de familles qui implosent, des regards que chacun peut porter sur l’autre. Mais c’est surtout une histoire de livres (comme le très sympathique précédent roman de l’auteur « Les voleurs de Manhattan« ) : qui les écrit et pourquoi, qui les lit et comment ils sont interprétés, qui les commandite, les collectionne, quel est le pouvoir d’un roman et où se situe l’exacte frontière entre la réalité et la fiction. Ce que j’ai trouvé très réussi dans ce roman c’est l’atmosphère, il y a un côté flou et étrange qui est très habilement entretenu par le paradoxe de très nombreux détails. En revanche lorsque l’action devient concrète (et notamment la dernière scène dans l’appartement du commanditaire) cela semble mécanique, exagéré, et l’épilogue ne parvient pas à nous ramener dans le plaisir du début de lecture. Impossible à lâcher une fois commencé, ceci dit.


Un mec sympa
Un mec sympa
par Laurent Chalumeau
Edition : Poche
Prix : EUR 7,60

4.0 étoiles sur 5 Pétillant, 20 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Un mec sympa (Poche)
Manu est un mec sympa. Professionnel du tennis, bon mais pas assez pour en vivre confortablement, il se laisse entraîner au hasard des tournois à flirter avec la légalité. Ca se termine en prison, qu’il effectue de bonne grâce mais en se jurant qu’on ne l’y reprendra plus : les conneries, c’est terminé, pas question qu’il y retourne jamais. Là, sorti en conditionnelle, il a été embauché par David dans un club super select de la Côte d’Azur. Il y donne des leçons de tennis, dort sur un futon dans les vestiaires et compte bien ne faire aucune vague. C’était sans compter avec son officier de probation, un ripoux de bas étage qui ne lui laisse guère le choix… Après « Bonus » je continue à être enchantée par la plume de Laurent Chalumeau. Ses intrigues sont hyper carrées, c’est une mécanique de précision recouverte d’un vernis désinvolte. Ca tape dur sur tout le monde, tout en recelant une vraie tendresse pour chacun des personnages. C’est fluide, pétillant, vif, une histoire de truands dans l’esprit des années 70 mais complètement actuelle, aux dialogues et aux références très contemporaines.


La Petite Dorrit - Un conte de deux villes
La Petite Dorrit - Un conte de deux villes
par Charles Dickens
Edition : Cuir/luxe

5.0 étoiles sur 5 Roman parfait, 10 août 2015
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La Petite Dorrit s’appelle en réalité Aimée. Elle est née en prison, et son père y passera tellement d’années qu’il héritera du titre de "Père ou Doyen de la Maréchaussée". Y être née lui procure à elle aussi une certaine célébrité, mais pas autant que son caractère et sa façon d’être. La Petite Dorrit est une crème, une petite personne formidable qui se dévoue toute au bien-être de sa famille, et qui aime tendrement son père, à qui elle épargne dans la mesure du possible toute contrariété. Elle est aimée très sincèrement par le petit John, fils du gardien de la prison, mais ne partage pas son inclinaison. Elle, c’est d’Arthur dont elle s’éprend durablement; Arthur qui refuse lui-même de s’avouer un sérieux penchant pour Chérie, la fille de ses amis les Meagles; qui elle-même est folle de Mr Gowan, au grand dam de ses parents (et d’Arthur). Manque encore Flora, bluette de jeunesse d’Arthur, qui aimerait beaucoup retisser ces fils quelque peu distendus…
Beaucoup d’amours contrariés donc, dans ce gros roman (970 pages), mais évidemment pas que ça.
Une charge féroce et drôle contre l’administration anglaise et son goût pour l’immobilisme (le Ministère des Circonlocutions en long, en large et en moult détails !) et une mise en situation extrêmement précise d’une escroquerie de haut-vol maintiennent une tension tour à tour amusante et pesante, au milieu de plusieurs intrigues menées de front sans faiblir, de personnages cocasses et plein de vie, de différents pays évoqués.
Onzième roman écrit en pleine gloire, à 43 ans, La Petite Dorrit m’a emportée dans ses pages avec une intensité qui augmentait sans cesse. J’ai été profondémment émue par le personnage du petit John, dans sa cocasse manie de dresser mentalement de dramatiques épitaphes, et par sa déclaration à son "rival", qui ne prend alors qu’à peine conscience de ses propres sentiments :
"- Seigneur, dit John en prenant à témoin les pointes de fer qui couronnaient le mur, il demande quoi !
Clennam regarda les pointes, puis John; puis les pointes, puis John.
- Il demande quoi ! Et, qui plus est, s’écria John en le contemplant comme à travers une douloureuse brume, il a l’air de bonne foi ! Vous ne voyez donc pas cette fenêtre, monsieur ?
- Naturellement que je la vois !
- Vous voyez cette chambre ?
- Naturellement que je la vois.
- Et ce mur en face, et cette cour en bas ? Tout cela en a été témoin, du matin au soir et du soir au matin, d’une semaine à l’autre, d’un mois à l’autre. Combien de fois n’ai-je pas vu Miss Dorrit ici alors qu’elle ne me voyait pas !
- Témoin de quoi ? dit Clennam.
- De l’amour de Miss Dorrit.
- Pour qui ?
- Pour vous ! dit John en lui mettant la main sur la poitrine.
Puis il recula jusqu’au fauteuil, où il s’assit, tout pâle, les mains sur les accoudoirs, en secouant la tête à l’adresse de Clennam.
S’il avait donné à Clennam un violent coup de poing au lieu de le toucher délicatement, il ne l’aurait pas ébranlé davantage. Le prisonnier demeurait confondu. Ses yeux étaient fixés sur John, ses lèvres s’entrouvraient et semblaient s’efforcer de dire : "Moi ?" mais sans parvenir à émettre un son. Il avait les bras ballants et ressemblait de la tête aux pieds à un homme qu’on vient d’éveiller en sursaut et qui n’arrive pas à saisir la nouvelle qu’on vient de lui annoncer.
- Moi ! dit-il enfin tout haut.
- Oui ! Vous ! gémit le petit John.
Il fit de son mieux pour sourire en répondant :
- C’est pure imagination. Vous faites erreur !
- Moi ! Faire erreur ! monsieur, répliqua John, moi, me tromper sur ce point-là ! Non, monsieur Clennam, ne me dites pas ça. Pour toute autre chose, bien sûr ! je n’ai pas la prétention d’être grand observateur et je sais bien tout ce qui me manque pour ça. Mais moi, me tromper sur une chose qui m’a plus tourmenté le coeur qu’une pluie de flèches tirées par des sauvages ! Moi, me tromper sur une chose qui a failli me mettre dans la tombe (comme je l’aurais parfois souhaité, si la tombe n’avait pas été incompatible avec le commerce du tabac et les sentiments de mes parents !) Moi, me tromper sur une chose qui en ce moment encore m’oblige à prendre mon mouchoir comme une grande fille, bien que je ne voie pas pourquoi "grande fille" serait un terme de reproche, car tout esprit masculin bien constitué les aime toutes, grandes et petites. Allons donc ! Ne me dites pas ça ! Ne me dites pas ça !"
Plus tard dans la nuit, il s’endormira malgré tout d’un paisible sommeil, ce cher John, après avoir composé cette épitaphe :
" Passant !
Respecte la tombe de
JOHN CHIVERY Fils
mort à un âge avancé
qu’il est inutile de préciser.
Ayant rencontré son rival plongé dans le malheur
son premier mouvement fut d’en découdre
mais en souvenir de la bien-aimée
il surmonta sa rancoeur
et se montra
MAGNANIME
"

(Mention spéciale également au personnage de Flora, en lequel Dickens égratigne son propre amour de jeunesse, mais avec quel humour ! C’est souvent proprement hilarant, et cette sossotte est pourtant rendue bien attachante, quand elle veut bien laisser parler son coeur…)
"La Petite Dorrit" est un roman parfait; en l’espèce, et également pour découvrir Dickens, nonobstant le très léger problème de ne plus le trouver en librairie (en français) (et même en Pléiade). Je ne saurais trop recommander le farfouillage en bouquinerie et en bibliothèque (et de ne surtout pas en lire une version expurgée, qui elles, pullulent) !

(Bibliothèque de la Pléiade, 1970, traduction de Jeanne Métifeu-Béjeau)


David Copperfield
David Copperfield
par Charles Dickens
Edition : Poche
Prix : EUR 10,40

5.0 étoiles sur 5 Merveille, 4 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : David Copperfield (Poche)
"L'Histoire, les Aventures, et l'Expérience Personnelles de David Copperfield le Jeune" est le roman le plus autobiographique de Charles Dickens, dans le sens où il relate certains fait réellement vécus, est rédigé sous la forme d'une narration à la première personne, et contient nombre de réflexions très personnelles; pour autant, il s'agit bien d'un roman, et non des moindres.

"Le plus grand roman anglais du XIX° siècle" claironne la 4° de couverture de l'édition Livre de Poche, et elle prêche là une convaincue; limpide, rieuse, tragique, amoureuse et moqueuse, l'intrigue de David Copperfield se lit toute seule, aucune longueur, aucun passage à lire en diagonale, sur plus de 1000 pages, c'est réellement remarquable.

Ainsi donc nous est relatée par lui-même la vie de David Copperfield, de sa naissance à ses vieux jours. Et pour le reste, il faut le lire ! Les personnages sont en nombre plutôt réduit, finalement, en comparaison avec d'autres gros romans de Dickens, donc on a tout le temps pour les côtoyer sur de longues années, on se régale d'avoir un mot sur le sort final de chacun, on se régale tout court, d'ailleurs.

Ainsi tous les noms dont sera affublé notre David Copperfield (initiales inversées de Charles Dickens) - Davy, Mseu Davy, Trotwood, Trot, Pâquerette, Mr Compère fils, Dody, et enfin, ENFIN ! "Mon mari bien aimé" (comme une midinette j'ai bien cru qu'on allait passer à côté de cet amour qui crevait les pages depuis de loooooongs moments !) - ne font-ils qu'accentuer la gentille candeur de notre héros, qui aura besoin de bien des années et des coups du sort pour enfin mûrir.

Oh ça me ramène directement à ce si compassé M. Littimer qui fait instantanément se sentir DC tel un nouveau-né, et ce jusqu'au bout. Dès qu'il apparaît, le sentiment d'être trop jeune s'empare de DC, occasionnant un très amusant comique de répétition. Ou comment fait donc Charles Dickens pour nous amener à ressentir de la tristesse à la mort d'un personnage qu'on n'avait pourtant perçu que comme totalement écervelée mais jolie ?

J'ai rarement lu un chapitre, le XLV, "M. Dick justifie la prédiction de ma tante" le coeur battant à ce point, suspendue aux moindres mots et toute à l'émotion de ces dénouements en cascade. Nous ne sommes pas du tout à la fin du roman, nous assistons simplement à l'explication entre le docteur Strong et sa jeune épouse; mais quelle virtuosité pour éclairer enfin leurs rapports, tout en lançant les pistes de réflexion sur le mariage de David Copperfield, en faisant l'éclatante preuve que Mr Dick peut se révéler conforme aux prédictions de la tante, et quel sens du comique (les apartés, comme au théâtre) pour alléger l'intensité dramatique... C'est de la dentelle, c'est de l'art,.

Dickens est un génie. C'est tout.

Et puis peut-on ne pas penser que Dickens l'écrivain s'exprime directement dans des passages comme :

"J'ajouterai seulement à ce que j'ai dit déjà de ma persévérance à cette époque et de la patiente énergie qui commençait alors à mûrir et qui constitue la force de mon caractère, s'il a la moindre force, que j'y trouve rétrospectivement la source de ma réussite. J'ai eu beaucoup de bonheur dans les affaires de cette vie; bien des gens ont travaillé plus que moi, sans avoir autant de succès; mais je n'aurais jamais pu faire ce que j'ai fait sans les habitudes de ponctualité, d'ordre et de diligence que je commençai à contracter, et surtout sans la faculté que j'acquis alors de concentrer toutes mes attentions sur un seul objet à la fois, sans m'inquiéter de celui qui allait lui succéder peut-être à l'instant même. Dieu sait que je n'écris pas cela pour me vanter ! Il faudrait être véritablement un saint pour n'avoir pas à regretter, en passant sa vie en revue comme je le fais ici, page par page, bien des talents négligés, bien des occasions manquées, bien des sentiments mauvais constamment en guerre dans son coeur et toujours victorieux. Il est probable que j'ai mal usé, comme un autre, de tous les dons que j'avais reçus. Ce que je veux dire simplement, c'est que, depuis ce temps-là, tout ce que j'ai eu à faire dans ce monde, j'ai essayé de le faire bien; que je me suis dévoué entièrement à ce que j'ai entrepris, et que dans les petites comme dans les grandes choses, j'ai toujours sérieusement marché vers mon but. Je ne crois pas qu'il soit possible de réussir si ne s'unissent pas au talent naturel des qualités simples, solides, laborieuses. En ce monde, aucun succès n'est possible sans effort. Des talents rares, ou des occasions favorables, forment pour ainsi dire les deux montants de l'échelle où il faut grimper, mais, avant tout, que les barreaux soient d'un bois dur et résistant; rien ne saurait remplacer, pour réussir, une volonté sérieuse et sincère. Au lieu de toucher à quelque chose du bout du doigt, je m'y donnais corps et âme, et, quelle que fût mon oeuvre, je n'ai jamais affecté de la déprécier. Voilà des règles dont je me suis trouvé bien."

ou encore :

"M. Micawber aimait singulièrement à entasser ainsi des formules officielles, mais cela ne lui était pas particulier, je dois le dire. Même si cela paraît ridicule en l'occurrence, c'est plutôt la règle générale. Bien souvent j'ai pu remarquer que les individus appelés à prêter serment, par exemple, semblent être dans l'enchantement quand ils peuvent enfiler des mots identiques à la suite les uns des autres pour exprimer une seule idée; ils disent qu'ils détestent, qu'ils haïssent et qu'ils exècrent, etc. Les anathèmes étaient jadis conçus d'après le même principe. Nous parlons de la tyrannie des mots, mais nous aimons bien aussi à les tyranniser; nous aimons à nous en faire une riche provision qui puisse nous servir de cortège dans les grandes occasions; il nous semble que cela nous donne de l'importance, que cela a bonne façon."

Ne peut-on frémir de sentir tout l'amour dans une phrase comme : "Elle ne me donnait pas de conseils; elle ne me parlait pas de mes devoirs; elle me disait seulement, avec sa ferveur accoutumée, qu'elle avait confiance en moi." Ah..

Allez, la citation finale : "Fidèle à mon projet de ne faire allusion à mes romans que lorsqu'ils viennent par hasard se mêler à l'histoire de ma vie, je ne dirai point les espérances, les joies, les anxiétés et les triomphes de ma vie d'écrivain. J'ai déjà dit que je me vouais à mon travail avec toute l'ardeur de mon âme, que j'y mettais tout ce que j'avais d'énergie. Si mes livres ont quelque valeur, qu'ai-je besoin de rien ajouter ? Sinon, mon travail ne valant pas grand-chose, le reste n'a d'intérêt pour personne."

Charles Dickens avait 37 ans quand il a commencé à écrire David Copperfield, juste avant Bleak House. Ce sont de lui mes deux romans préférés.


La vallée des Amazones (HQN)
La vallée des Amazones (HQN)
Prix : EUR 0,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Encore !, 1 août 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : La vallée des Amazones (HQN) (Format Kindle)
Un petit village brésilien, une jeune maire dynamique, un ethnologue en mission, ça, c'est pour le côté romance (très réussi, comme d'habitude). Mais ce qui fait toujours le petit plus d'Angela Morelli c'est la qualité de ses ambiances, et la vitalité de des personnages qui sont tous délicieusement décalés. Drôle et très attachant !


Le feu sur la montagne
Le feu sur la montagne
par Edward Abbey
Edition : Broché
Prix : EUR 22,00

4.0 étoiles sur 5 Joli petit Western, 28 juillet 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le feu sur la montagne (Broché)
Billy a dix ans et depuis toujours il vient passer l’été chez son grand-père. Au ranch, c’est à peine les Etats-Unis, c’est LE RANCH, l’endroit écrasé de sécheresse et de chaleur où toute la famille a toujours vécu, avec les vaches et les chevaux, sur ce territoire conquis aux Indiens et âprement défendu depuis. Billy en est dingue, la moindre parcelle de cet endroit lui plaît et il trippe des bulles à longueur de temps. Mais cette année est inquiétante dès son arrivée : nous sommes dans les années 60 et le gouvernement récupère les terres pour lancer ses essais de missile. L’expropriation menace et les esprits s’échauffent… Un western qui chante la beauté de l’Arizona et magnifie les liens filiaux. Tout en douceur, avec beaucoup de respect et un grand sens du récit.


Les Désorientés
Les Désorientés
par Amin Maalouf
Edition : Poche
Prix : EUR 7,90

5.0 étoiles sur 5 Roman magique, 21 juillet 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Désorientés (Poche)
Ils se sont connus à l’université, dans un pays du Levant jamais nommé explicitement. Ils étaient amis, ils brassaient des idées fortes et importantes, ils se sont dispersés sur plusieurs continents et trente ans ont passé. Ils se retrouvent à la cinquantaine… Un roman magique d’une richesse incroyable. Il y a les personnages, bien sûr, l’histoire de ces retrouvailles amicales qui fonctionne très bien, les interactions des uns et des autres et le Champagne, les mezzes, les mails, tout ça, qui forme un premier plan très réussi et très prenant; mais il y a surtout cette formidable limpidité qui donne à des sujets très denses et véritablement épineux une impression de grande clarté. Avec ce qui ressemble parfois à une certaine naïveté, Amin Maalouf ne recule devant aucun sujet brûlant et s’offre même le luxe du regard extérieur critique sur lui-même, l’historien qui voudrait toujours que les torts soient partagés à 50/50, ou l’homme fait qui tergiverse interminablement pour finir par se cacher derrière son petit doigt (ou un organe situé plus bas…). Ces 520 pages célèbrent la vie et se dégustent dans une joie fébrile.


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