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Arakasi
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Gueule de Truie
Gueule de Truie
par Justine Niogret
Edition : Broché
Prix : EUR 17,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Brillamment écrit mais un peu obscur, 20 novembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Gueule de Truie (Broché)
Le monde est mort. Depuis que la Flache (une catastrophe qui a dévasté la planète de fond en comble) a eu lieu des dizaines d’années auparavant, le monde n’est plus qu’une coque vide, un cadavre dans les entrailles duquel grouillent les rares survivants comme des vers dans le corps d’un pendu. Seule institution à avoir survécu à l’apocalypse, l’Eglise envoie aux quatre coins de la Terre ces redoutables inquisiteurs, les Cavales, chargés d’éliminer les dernières traces de vie afin d’achever l’œuvre purificatrice de Dieu. Gueule de Truie est l’un deux. Depuis son plus jeune âge, il n’a jamais connu que la peur, la rage, le désespoir et la haine de toute vie, humaine ou animale. Le visage dissimulé sous un masque de métal, le corps corseté de cuir et d’acier, il erre à la surface du monde et chasse avec une hargne farouche les hérétiques dissimulés frileusement dans leurs cavernes, mutilant, tuant, torturant… Jusqu’au jour où il croise la route d’une étrange jeune fille porteuse d’une boite métallique datant d’avant la Flache dont elle refuse de laisser voir le contenu. La Fille est maigre, fragile, presque muette. Elle n’a rien de remarquable, rien d’extraordinaire, mais pourtant Gueule de Truie ne la tue pas, ni ne la traîne dans les noirs couloirs de l’Inquisition. Bien au contraire : poussé par une mystérieuse intuition, il la prend sous son aile et l’accompagne dans sa quête vers le centre du monde, le lieu où s’est produit la Flache, là où tout a commencé et où tout s’est achevé.

S’il faut reconnaître quelque chose à « Gueule de Truie », c’est son incontestable originalité. Loin des romans de science-fiction traditionnels, loin même des récits post-apocalyptiques habituels, Justine Niogret nous offre un roman complexe et oppressant, écrit dans une langue qui ne l’est pas moins. Violence et bestialité étaient déjà très présents dans ses deux premiers romans, « Chien du Heaume » et « Mordre le bouclier », mais étaient compensées par la douceur et la sérénité de quelques passages. Rien de tel dans « Gueule de Truie » : tout est brutal, âpre, déchirant, cruel… Les personnages terrifient par leur stupéfiante sauvagerie, particulièrement le protagoniste principal, monstre si déshumanisé qu’il ne se reconnait plus aucun lien avec ses semblables, tous réduits à ses yeux à l’état de rats, d’insectes et de larves. Le roman surprend également par son scénario très onirique et regorgeant de scènes surréalistes, parfois à la limite du compréhensible. C’est là que le bât a blessé en ce qui me concerne… Peu sensible à la métaphysique, j’ai souvent perdu pied dans cette tempête de métaphores et de symboles et je ressors de cette lecture secouée, mais aussi vaguement frustrée, avec le sentiment d’être passée partiellement à côté de quelque chose.

Doté de qualités stylistiques évidentes, « Gueule de Truie » est probablement le genre de roman qui nécessite plusieurs lectures pour être pleinement apprécié. Ce ne sera pas pour tout de suite car j’ai largement mon content de livres à engloutir, mais je retenterai peut-être l’expérience un de ces jours, à tête reposée.


Le Cimetière des bateaux sans nom
Le Cimetière des bateaux sans nom
par Arturo Pérez-Reverte
Edition : Poche
Prix : EUR 8,30

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Superbe !, 20 novembre 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Cimetière des bateaux sans nom (Poche)
Marin perdu en terre depuis que la marine marchande lui a interdit de naviguer suite à un accident malheureux au large de Cadix, l’ex-officier Manuel Coy trompe son ennui et sa frustration en flânant dans le port de Barcelone et en tuant le temps dans des ventes aux enchères d’outils de navigation. Une nuit de déprime, il manque de se faire casser la gueule pour les beaux yeux d’une mystérieuse blonde. Reconnaissante, la jeune femme lui propose un travail et pas n’importe lequel : une chasse au trésor… Prend garde, matelot ! Tous les signaux d’alerte de Coy virent au rouge. Il le sait, s’associer à la belle Tanger Soho, c’est prendre le risque de partir tôt ou tard à la dérive pour venir finalement s’écraser avec perte et fracas sur le rivage honni. Des craintes amplement justifiées mais qui ne résistent pas longtemps à l’extraordinaire volonté de la jeune femme et à son immense capacité de séduction. Rapidement subjugué, Coy est prêt à toutes les folies pour l’attirer dans son lit, y compris s’embarquer dans une nébuleuse expédition où tromperies et mensonges l’attendront à chaque nouveau coup de barre.

J’avais gardé un fort bon souvenir de mes précédentes excursions dans la bibliographie d’Arturo Perez-Reverte, sans en être tombée complétement amoureuse pour autant. « Le cimetière des bateaux sans nom » marque une nouvelle étape dans ma reverte-philie : coup de foudre intégral ! Dès les premières pages du prologue, je suis tombée sous le charme de cette histoire de bateaux perdus, de mers étoilées, de trésors enfouis et d’amours trahis. J’ai immédiatement été séduite par l’atmosphère toute particulière qui exsude de ce récit – moite, sombre, nostalgique, poétique, sans cesse à cheval entre désabusement et émerveillement – et par son personnage principal, grand paumé rêveur au sourire timide et au regard calme, sujet aux plus profonds accès de mélancolie comme aux plus sauvages explosions de brutalité. La décortication de ses rapports complexes et houleux avec l’ensorcelante Tanger Soho n’a rien à envier avec les descriptions maritimes et les séquences plus violentes qui parsèment le roman – preuve que Perez-Reverte est décidément un écrivain accompli, aussi à l’aise dans le registre de l’émotion que dans celui de l’action.

Passionnant récit d’aventure, histoire d’amour, enquête maritime, roman noir… « Le cimetière des bateaux sans nom » rassemble de nombreux genres littéraires, mais il est avant tout une déclaration d’amour fervente et lyrique à la mer et à la littérature maritime. A l’instar de Herman Melville, Coy a navigué « par les océans et les bibliothèques » : dès ses plus jeunes années, il a dévoré Conrad, Jack London, Jules Verne, Patrick O’Brian et Stevenson et a forgé ainsi ses rêveries d’enfance. Entre deux voyages de Barcelone à Singapour, il a navigué en imagination sur la corvette de Jack Aubrey, affronté le poulpe géant de «20 000 lieues sous les mers», survécu au Typhon en compagnie du capitaine Mac Whirr... Références et clins d’œil à ses grands noms de la littérature maritime abondent donc dans le récit de ses aventures et flattent doucement notre imagination.

Le tout donne une très belle invitation au voyage – sans aucun doute mon roman préféré de Perez-Reverte parmi ceux lus jusqu’à aujourd’hui – que l’on referme avec une pointe lancinante de nostalgie et l’envie de dévorer des dizaines d’autres récits maritimes. Superbe.


Le cavalier suedois
Le cavalier suedois
par Jean-Pierre Sicre
Edition : Poche

5.0 étoiles sur 5 Une belle fable, poétique et intrigante à souhait !, 20 novembre 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le cavalier suedois (Poche)
Par une froide nuit de blizzard de 1701, deux hommes cheminent en direction de la frontière séparant la Pologne de la Suède. Le premier est un voleur, un pauvre hère si dégouté de sa vie de misère qu’il a pris la résolution de s’engager dans les forges du Prince-archevêque, véritable enfer sur terre et refuge de tous les repris de justice du pays. Le second est un nobliau suédois ayant déserté les armées de Pologne pour rejoindre les forces du roi de Suède. Bien qu’ils n’aient rien en commun, la neige et la faim les ont réunis pour quelques heures et le sort s’apprête à leur jouer un bien mauvais tour : dans un moulin abandonné et hanté par le fantôme de son meunier suicidé, leurs deux destins vont bifurquer, empruntant des voies dramatiques et inattendues... Huit ans plus tard durant un hiver fort semblable à celui-ci, une fillette est visitée chaque nuit par le spectre de son père, un noble propriétaire pourtant parti guerroyer à des centaines de kilomètres de là. Quels liens, quelle toile de mensonges, d’intrigues et de traquenards habilement tramés unissent par-delà les années ces deux curieux événements ? C’est ce que « Le Cavalier Suédois » de Leo Perutz nous invite à découvrir.

On m’avait tant vanté ce roman que je n’ai pu m’empêcher de grommeler dans ma barbe en l’ouvrant pour la première fois : « Toi, mon gars, t’as intérêt à tenir tes promesses… » Béni soit le sieur Perutz, il a amplement répondu à mes attentes et je sors de cette lecture tout à fait enchantée ! Roman historique savamment saupoudré de fantastique, « Le Cavalier Suédois » est une œuvre pleine de charme et de mystère, dotée en sus d’une intrigue remarquablement construite, de celle qui nous mène du début à la fin par le bout du nez et ceci pour notre plus grand plaisir. L’histoire est délicieusement prenante, le style simple et poétique à la fois, le personnage principal attachant (malgré une moralité souvent déficiente et un très très gros complexe social), les dialogues spirituels et finement écrits, l’atmosphère mélancolique et envoutante… La présence du merveilleux est particulièrement bien dosée, imprégnant tout le récit sans jamais que celui-ci ne verse dans le fantastique pur et dur. Pour ne rien gâcher, les thématiques abordées ne manquent pas d’intérêt et de profondeur : impuissance des hommes face à la destinée, usurpation d’identité, culpabilité et quête de rédemption, ravages du désir et de la jalousie...

En conclusion, une belle fable, poétique et intrigante à souhait ! J’ai noté qu’une adaptation BD avait été réalisée par l'illustrateur Jean-Pierre Mourey et peut-être me laisserai-je tenter, mais ce sera après avoir parcouru le reste du l’œuvre du sieur Perutz. « Le Marquis de Bolibar » me tente particulièrement – les guerres napoléoniennes : miam miam !


Beaux seins, belles fesses : Les enfants de la famille Shangguan
Beaux seins, belles fesses : Les enfants de la famille Shangguan
par Yan Mo
Edition : Broché
Prix : EUR 10,00

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Un roman satirique d’une grande richesse, grinçant et cocasse à la fois, 20 novembre 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Beaux seins, belles fesses : Les enfants de la famille Shangguan (Broché)
« Beaux seins, belles fesses », tout un programme, non ?

Qu’on ne s’y trompe pourtant pas, le roman fleuve de l’écrivain chinois Mo Yan n’est pas livre érotique ou tout autre ouvrage de ce genre (comme l’a cru fort innocemment mon compagnon en regardant mes mails par-dessus mon épaule ; ça lui apprendra, tiens…). Cette immense saga familiale débute en 1938 dans la bourgade de Dalan avec la naissance du petit Shangguan Jintong, une naissance qui se place d’emblée sous le signe du chaos et de la malchance, puisqu’elle a lieu au moment exact où les troupes japonaises envahissent son canton natal. Neuvième enfant d’une fratrie de huit filles, Jintong répond aux vœux ardents de sa mère et de son père – qui n’en profitera pas puisqu’il sera l’une des premières victimes à tomber sous les coups des « diables japonais » à leur entrée dans Dalan.

Hélas, le petit Jintong ne se révélera guère à la hauteur des attentes familiales : pleutre, geignard, dépourvu de volonté et d’intelligence, maladivement obsédé par le sein maternel qu’il tétera jusqu’à un âge avancé, il s’avère incapable de subvenir à ses besoins et, à plus forte raison, à ceux de la fratrie Shangguan dont il est devenu le chef de famille. Restent ses huit sœurs et son indomptable mère, neuf femmes au fort caractère et à la volonté bien trempée, à défaut de posséder beaucoup de jugeote. Car si, chez les Shangguan, les hommes sont des mauviettes, les femmes quant à elles ont de qui tenir ! Pourvues de beaux seins et de belles fesses, comme le dit si bien le titre du roman, c’est elles qui sont le cœur et l’âme de la famille Shangguan et lutteront pour lui permettre de surnager malgré les innombrables bouleversements que traversera la Chine de 1938 à nos jours : invasion japonaise, guerre mondiale, révolution culturelle, multiples réformes économique foireuses, etc.

A la première lecture de « Beaux seins, belles fesses » de Mo Yan, on ne s’étonne pas de l’accueil glacial qu’il a reçu en Chine à sa sortie en 1995. A travers les nombreux aléas de la vie du pauvre Jintong et surtout de celles de ses sœurs, le romancier chinois trace un portrait au vitriol de la Chine contemporaine. Avec humour noir, verve et un sens certain de l’absurde, il rentre allègrement dans le lard de l’Histoire officielle et nous embarque dans une aventure aux multiples rebondissements, où les larmes et le rire se côtoient régulièrement. Jamais condescendant ou méprisant, il rend aussi délicatement hommage à une certaine partie de la population chinoise, celle qui souffre et peine quels que soient les régimes qui la dominent, mais parvient toujours à survivre malgré les privations et les injustices dont elle est abreuvée. Si les malheurs du personnage principal, véritable mollusque, prêtent plus à rire qu’à pleurer, le personnage de sa mère nous touche bien davantage : petite femme au courage discret et à la détermination sans limites, prête à tous les sacrifices pour permettre à son innombrable couvée (qui ne tardera pas à s’enrichir d’une flopée de beaux-fils encombrants et de petits enfants…) de subsister.

Grinçant et cocasse à la fois, « Beaux seins, belles fesses » est un roman satirique d’une grande richesse. Malgré sa taille impressionnante et parfois quelques longueurs, il se lit très facilement et s’avère un excellent moyen de découvrir plaisamment l’Histoire de la Chine contemporaine.


LE LOUP DES MERS
LE LOUP DES MERS
par Riff Reb's d'après Jack London
Edition : Album
Prix : EUR 17,95

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Une adaptation fort réussie, 20 novembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : LE LOUP DES MERS (Album)
Etant tombée raide-dingue, l’année dernière, du magnifique roman « Le loup des mers » de Jack London et particulièrement du fascinant personnage de Loup Larsen, capitaine nihiliste aussi brutal que cultivé, c’est avec optimiste et curiosité que j’ai ouvert l’adaptation BD de Riff Reb’s. Bien m’en a pris, car, dès les premières pages, j’ai été happée par l’extraordinaire travail graphique de l’illustrateur ! Chaque planche est un éblouissement, un subtil travail de colorisation et de luminosité qui subjugue le lecteur par sa virtuosité. Afin de renforcer les différentes ambiances de son album, Riff Reb’s a choisi une gamme chromatique par chapitre, alternant couleurs froides et chaudes : bleu sombre pour les nuits maritimes étoilées, rouge sang pour les déchainements de violence, etc… Sans verser dans l’hyper-réalisme – style que je n’apprécie guère en bande dessinée – son dessin est aussi d’une rare finesse. Très expressif et détaillé, il campe avec une égale habilité personnages et décors. Les scènes de tempête sont particulièrement superbes et immersives : on sentirait presque les vagues glacées nous fouettaient la face et le hurlement des bourrasques dans nos oreilles. À couper le souffle !

Niveau adaptation, l’album de Riff Reb’s est également une belle réussite. A l’exception d’une importante (mais plutôt bienvenue) modification à la fin du récit, il reste très fidèle au roman de Jack London, reprenant la trame de l’intrigue presque scène pour scène. N’ayant pas le roman sous les yeux, je ne pourrais dire à quel point les dialogues et les confidences du narrateur sont conformes à ceux de l’œuvre originale, mais Riff Reb’s restitue indubitablement fort bien l’âpreté et l’ironie féroce de London. C’est donc un vrai plaisir que de redécouvrir, par le biais de son pinceau, les mésaventures du malheureux marin d’eau douce Humphrey Van Weyden. J’ai tout de même un petit regret à formuler – un tout petit petit petit regret, je l’admets, mais qui prend à mes yeux une importance disproportionnée… – à propos de la caractérisation du capitaine Loup Larsen. Si l’auteur parvient à merveille à retranscrire l’écrasante volonté, ainsi que la puissance physique et intellectuelle de Larsen, il échoue à revanche à lui donner l’aura tragique, le fond de désespoir, qui le caractérisait chez London. Cette diabolisation excessive du personnage est probablement volontaire, mais je la trouve dommageable puisque celui-ci y perd en nuances et en subtilité.

A ce détail près, « Le loup des mers » de Riff Reb’s n’en reste pas moins une adaptation fort réussie, doublé d’un très bel objet qui devrait séduire tout bédéphile, même si toute ma tendresse va prioritairement au roman de London. Que voulez-vous ? Les premiers amours sont comme ça, difficiles à surpasser…


Le Bureau des Assassinats
Le Bureau des Assassinats
par Jack London
Edition : Broché

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une très divertissante histoire de fous, 25 octobre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Bureau des Assassinats (Broché)
Le Bureau des assassinats n’est pas une organisation criminelle comme les autres. Constituée de philosophes éclairés (voire franchement illuminés) aux poignards aussi aiguisés que leurs esprits, elle supprime allégrement n’importe quel gêneur, mais à une condition expresse : que le meurtre du quidam en question soit bénéfique à la société – et en échange, bien entendu, d’une rondelette rémunération, mais que voulez-vous, ma p’tite dame, il faut bien vivre… Une entreprise, tout ce qu’il y a de plus moralement respectable, donc ! Hélas, tout le monde n’est pas de cet avis… Et vient le jour où un fâcheux rend visite au Bureau pour proposer un nom bien particulier, celui du chef de l’organisation en personne ! Une situation fichtrement embarrassante, il faut bien l’admettre, car si l’on s’en réfère au code moral très stricte de l’organisation, la marche à suivre est claire : si le meurtre demandé est socialement justifiable et l’argent empoché, il ne saurait être refusé…

Surtout connu du grand public pour ses romans d’aventure, Jack London surgit où on ne l’attend pas et nous offre une très divertissante histoire de fous, brouillant joyeusement morale et logique. C’est avec jubilation que l’on emboite le pas à cette aimable bande de déments qui constituent le Bureau des Assassinats, tout aussi timbrés que des belettes, mais si adorablement jetés et pleins de bonnes intentions qu’ils en deviennent irrésistiblement sympathiques. Leurs dialogues sont des merveilles d’humour noir et de non-sens ! Il faut saluer également l’originalité et la modernité de l’œuvre de London qui se permet de doubler son roman d’une satire sociale d’une déroutante actualité et même bien en avance sur son époque – en effet, impossible de regarder ces dangereux théoriciens, sans penser aux membres du Politburo de l’ex-URSS (à noter que l’affable chef de ce groupe de cinglés est russe, ce qui témoigne d’une stupéfiante prescience de la part de l’auteur ou d’une coïncidence tout aussi surprenante). Je ne saurais trop recommander ce roman aussi drôle que captivant et je m’empresse, en ce qui me concerne, de me procurer le reste de la bibliographie de Mr Jack London !
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 29, 2013 1:24 AM CET


Drood
Drood
par Dan SIMMONS
Edition : Broché
Prix : EUR 11,90

4.0 étoiles sur 5 Un roman à l'intrigue noire, dense et complexe, 25 octobre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Drood (Broché)
Nous somme en juin 1865, à l'apogée de la carrière du plus fameux des auteurs victoriens, "L'Inimitable" Charles Dickens. Alors que celui-ci revient d'une semaine de vacances en France, le train qui le ramène à Londres subit un terrible accident, entraînant la destruction de tous le wagons de première classe, à l'exception miraculeuse d'un seul : celui qui contenait l'écrivain et sa jeune actrice de maitresse. Tandis qu'il cherche à porter secours aux rares survivants, Dickens va croiser un étrange individu nommé Drood, à l'allure aussi terrifiante qu'extravagante. Loin de secourir les blessés, celui-ci semble leur apporter la mort, chaque homme qu'il aborde ne tardant pas à expirer mystérieusement. Pourtant, une fois les victimes évacuées et les wagons déblayés, nulle trace sur les lieux du drame du mystérieux Drood et encore moins sur la liste des passagers – de quoi exciter, on s'en doute, l'intérêt d'un des auteurs les plus imaginatifs de son temps…

Dès son retour à Londres, Dickens va donc se lancer sur les traces de son "spectre", entraînant avec lui son meilleur ami et collaborateur, Wilkie Collins, prolifique auteur lui-aussi et très peu enthousiaste à l'idée d'apporter sa contribution dans cette aventureuse affaire. A la poursuite de l'insaisissable Drood, les deux écrivains vont s'enfoncer dans les bas-fonds londoniens les plus sordides, une plongée dans un enfer de crasse, de boue et de vice… Mais Drood existe-il réellement ? Ne serait-il pas une invention morbide de l'esprit surchauffé de "L'Inimitable" ? Collins en doute, mais – curiosité ou fascination perverse – il ne peut s'empêcher d'emboiter le pas à Dickens, et c'est par sa plume acide et mordante que nous découvrirons la suite de cette ténébreuse enquête.

Voici un bien curieux et troublant roman… Très ambitieux aussi, car ce n'est pas une mince tâche pour un romancier, aussi habile soit-il, que de ressusciter deux auteurs aussi illustres que Dickens et Collins et de raconter à sa sauce les cinq dernières années de la vie de l'auteur d'"Oliver Twist", au risque de faire brailler d'indignation des générations de lecteurs. Un pari risqué donc, mais un pari également fort réussi ! Certes "Drood" n'est pas dénué de défauts : on pourrait notamment reprocher à Simmons quelques longueurs et une certaine tendance à noyer le fil de son intrigue principale sous une pluie de détails et d'anecdotes (toujours très intéressants et plaisamment racontés, ceci dit), mais le roman n'en reste pas moins captivant à lire. Tenant à la fois du roman historique et du récit fantastico-horrifique, il oscille sans cesse entre les deux genres, nous entraînant à la frontière trouble qui sépare le monde des fantasmes et celui de la réalité.

Cette ambiguïté est renforcée par la narration d'un Wilkie Collins névrosé jusqu'aux os et drogué vingt-quatre heures sur vingt-quatre au laudanum, ce qui rend son témoignage des moins fiables. Les admirateurs de Collins trouveront peut-être le portrait de l'écrivain victorien trop grinçant, voire carrément négatif (idem pour Dickens qui en prend méchamment pour son grade par moment, sans perdre pour autant une miette de charisme), mais Simmons parvient néanmoins à en faire un personnage fascinant et un narrateur passionnant. La relation ambiguë qui le lie à Dickens – relation presque passionnelle où se mêlent réelle affection, admiration et jalousie maladive – est au centre du roman et en fait en grande partie l'intérêt.

En conclusion, un roman à l'intrigue noire, dense, complexe (parfois même trop alambiquée), mais tout à fait digne d'intérêt ! Mon seul regret est de ne pas avoir lu la plupart des oeuvres de Dickens et de Collins évoquées dans "Drood", ce qui m'a probablement fait manquer un certain nombre de références, mais je compte bien remédier à cela, un de ces jours !


La foire des ténèbres
La foire des ténèbres
par Ray Bradbury
Edition : Broché

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Méfiez-vous des gens de la nuit !, 25 octobre 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La foire des ténèbres (Broché)
Savez-vous qui sont les gens de la nuit ? Le gens de la nuit s'en viennent après la tombée du soir. Ils arrivent en catimini, aussi silencieux que des reptiles rampants et s'installent en marge de nos villes pour dresser les piquets de leurs tentes. Au matin, quand enfants et parents émergent de leurs maisons, ils sont là : leur grande roue se dresse dans la lumière éblouissante du matin, leurs manèges tournent, leurs tambours tonnent. Des devantures de leurs échoppes s'échappent de bonnes odeurs de barbe à papa, de frites et de saucisses grillées. Mais tout ceci n'est qu'apparence, illusion mensongère ! Car les toiles de leurs chapiteaux sont faites de nuages d'orage, leurs manèges jouent des airs de marche funèbre et leur labyrinthe des miroirs vous volera votre âme. Méfiez-vous des gens de la nuit ! Ils promettent beaucoup et à peu de frais, mais malheur à qui se laisse prendre à leurs belles paroles, car celui-ci ne tardera pas à rejoindre la parade. Et jamais, plus jamais, il ne la quittera…

Aujourd'hui, c'est sur deux petits garçons que la foire des ténèbres a jeté son dévolu : deux petits garçons unis comme les doigts de la main, mais aussi dissemblables que faire se peut - l'un blond, l'autre brun ; l'un bavard comme un pie, l'autre taciturne ; l'un l'esprit léger comme une feuille au vent, l'autre brûlant déjà des ardents désirs du monde des adultes. Deux proies de choix pour les avides créatures qui peuplent la foire, mais deux proies non dépourvues de ressources… Mais ces ressources suffiront-elles à les protéger ? Sauront-ils résister aux maléfices de la Sorcière Poussière ? S'échapper du monstrueux musée de cire ? Et surtout résister aux tortueuses manigances de Mr Dark, le terrible directeur de la foire ?

Cela faisait une dizaine d'années que je n'avais rien lu de Ray Bradbury, au point d'en oublier à quel point son style était admirable - sans fioritures littéraires, mais tout de poésie et de sensibilité - et ses histoires aussi troublantes que captivantes. Il faut reconnaître que l'auteur n'a pas son pareil pour créer une atmosphère en quelques lignes et y immerger son lecteur aussi profondément qu'un poisson dans l'eau. Immersion d'autant plus facile que le monde du cirque ambulant est un univers infiniment séduisant : un univers aux milles bizarreries, toujours un peu en marge de notre réalité où toutes les choses, même les plus étranges et les plus effrayantes, semblent pouvoir arriver.

Les lecteurs qui s'attendent à trouver dans "la foire des ténèbres" les clichés éculés d'un bon vieux roman d'horreur seront bien déçus… Pas de giclées d'hémoglobine ou de tête tranchée ici, mais de la magie, du rêve, du fantasmagorique… Un très beau voyage à la frontière entre le monde des forains et celui de l'enfance (deux mondes qui se ressemblent beaucoup à bien des égards) qui séduira autant les amateurs de littérature générale que ceux de fantastique. M'sieur Bradbury, je vous tire mon chapeau !


La fenêtre panoramique
La fenêtre panoramique
par Richard Yates
Edition : Broché
Prix : EUR 11,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Un roman à la fois profondément dérangeant et curieusement touchant, 25 octobre 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La fenêtre panoramique (Broché)
Amateurs d’Happy Endings et de tendres histoires d’amour s’abstenir : le très grinçant roman « La fenêtre panoramique » de Richard Yates (adapté très brillamment au cinéma, il y a quelques années, sous le titre « Les noces rebelles ») n’est pas pour vous. Tout commence pourtant de la façon le plus classique du monde par un coup de foudre entre Franck Wheeler, jeune homme plein d’entrain au brillant avenir professionnel, et April, belle jeune femme cultivée. Ils s’aiment, ils s’admirent, ils sont chacun « l’être le plus intéressant » que l’autre ait jamais rencontré. Touchante illusion mais que quelques années de mariage et deux enfants plus ou moins accidentels ne tardent pas à ternir...

Huit ans plus tard, les Wheeler sont toujours un couple charmant, installé en banlieue new-yorkaise dans une coquette petite maison et grandement apprécié de leurs voisins, mais le ver s’est insinué dans la pomme. Dissimulés derrière les murs de leur joli foyer et leurs murailles de faux-semblants, les Wheeler se déchirent, ponctuant leur vie conjugale de disputes de plus en plus violentes : April méprise Franck et Franck craint April. Dans un ultime effort pour sauver leur mariage et se prouver l’un à l’autre qu’ils sont toujours les êtres exceptionnels qu’ils pensaient être huit ans plus tôt, ils prennent une décision aventureuse : quitter l’Amérique et partir en France, terre de culture et de civilisation (oulah !) où leurs potentialités pourront enfin s’épanouir. Mais, comme disait l’autre, il y a loin de la coupe aux lèvres et, loin de stabiliser les choses, ce projet hasardeux va jouer le rôle d’événement déclencheur, précipitant la crise.

Avec « la fenêtre panoramique », Richard Yates réussit l’exploit de livrer un roman à la fois profondément dérangeant et curieusement touchant. Dérangeant car il offre une image du couple bien éloignée de celle des romances habituelles : une relation fondée sur le mépris mutuelle, la passion des apparences et du conformisme (si notre vie n’est pas un conte de fée, elle ne vaut pas la peine d’être vécue…) et la peur névrotique de la solitude. Mais touchant également, car si Franck et April rivalisent souvent de puérilité et d’aveuglement – même si Franck remporte à plusieurs reprises la palme de la médiocrité, à mon avis – ils n’ont restent pas moins très humains : ils nous répugnent un peu, nous dérangent, mais nous les comprenons tout de même. Dans leurs faiblesses, leurs petites veuleries, leurs craintes infantiles, il y a un peu de nous. Un roman fort, triste et vrai que l’on referme avec au cœur une pointe de pitié glacée et de crainte : prions le ciel de ne jamais être comme eux…


Le bossu
Le bossu
par Paul Feval
Edition : Poche
Prix : EUR 6,60

5.0 étoiles sur 5 LE roman de cape et d’épée par excellence, 25 octobre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le bossu (Poche)
Au vu des longues années d’adulation exclusive que je vous ai vouées et de toute l’affection que je vous porte encore, vous me pardonnerez cette petite infidélité, m’sieur Dumas, si j’admets que le jour où j’ai tourné la dernière page du « Bossu » de Paul Féval, vous avez brutalement perdu à mes yeux le statut de meilleur auteur de cape et d’épée de tous les temps. Et oui, coiffé au poteau par un petit écrivaillon, un petit auteur de rien du tout dont presque toute l’œuvre a sombré dans l’oubli… Mais vous m'excuserez surement, m’sieur Dumas, car j’ai une très bonne excuse : « Le Bossu » ce n’est pas un roman de cape et d’épée parmi d’autres, c’est LE roman de cape et d’épée par excellence ! Jugez vous-même, il y a tout : des mercenaires aux épées aiguisées et aux cœurs de bronze, de belles jeunes filles enlevées en plein galop sur des chevaux écumants, des coups de lame dans le noir, des duels à un contre six, des vengeurs masqués, des gitans, des traitres, des bals costumés… Tout, je vous dis !

L’histoire débute en France à la fin du règne de Louis XIV par un assassinat. Philippe, duc de Nevers, possède tout : la beauté, l’esprit, la noblesse, la richesse, un talent d’épéiste hors-pair – toute la France ne parle plus que de la célèbre « botte de Nevers » capable d’expédier ad patres n’importe quel escrimeur d’élite en le touchant entre les deux yeux. Il a surtout l’amour d’une adorable demoiselle – la belle Aurore de Caylus. Mais, comme on pourrait s’en douter, tous ces privilèges attirent forcément la jalousie des envieux et particulièrement celle du cousin et meilleur ami du duc, le prince de Gonzague (moins riche, moins beau, moins noble, mais considérablement plus malin et dépourvu de scrupules…). Une nuit, le drame survient. Dans les fossés du château de Caylus, alors qu’il rendait visite à sa belle et la petite fille qu’ils ont eu tous deux en secret, Philippe de Nevers tombe dans un guet-apens et succombe sous les coups de ses assaillants après un combat héroïque. De cette sinistre tragédie, un seul témoin survit : Henri de Lagardère, jeune chevalier de dix-huit ans à la tête folle mais au cœur d’or, qui, faute de pouvoir sauver le duc, parvient à protéger sa petite fille des poignards des agresseurs et s’enfuit avec elle.

Vingt ans après, Louis XIV est mort, la régence bat son plein et tout le monde a oublié le drame des fossés de Caylus. Gonzague a prospéré, devenant l’homme le plus riche de Paris et épousant au passage la veuve éplorée de son défunt cousin, Aurore de Caylus. Quant au chevalier de Lagardère et à l’enfant enlevée, plus personne n’en a entendus parler depuis des dizaines d’années. Tout va donc à merveille dans le meilleur des mondes ? Peut-être pas… Car, un peu partout en Europe, des hommes sont retrouvés morts, le front transpercé d’un coup de lame entre les deux yeux. Et – comme c’est curieux – ces braves gens s’avèrent ceux qui avaient participé au guet-apens contre Nevers des dizaines d’années plus tôt. Le fantôme du duc assassiné hanterait-il l’Europe en quête de vengeance ? Tremblez, traitres et meurtriers ! Car la justice est en marche, et si elle est tardive, elle n’en sera pas moins meurtrière, sans pitié et diablement ingénieuse.

Avis à tous les amateurs de cape et d’épée, ne manquez pas le passionnant chef-d’œuvre de Paul Féval ! Vous y trouverez tout pour vous plaire : une intrigue trépidante alternant tragédie et comédie, un style vif et plein d’esprit, de la baston, de la romance… Contrairement à Alexandre Dumas (qui, malgré tout le respect que je lui dois, souffre d’une fâcheuse tendance aux digressions plus ou moins oiseuses), Féval mène son récit sans temps morts, entraînant son lecteur des bouges parisiens les plus immondes aux palais les plus prestigieux avec un dynamisme joyeux et contagieux. Le style très souvent ironique et les dialogues enlevés ajoutent énormément à l’attrait de l’intrigue. Les personnages secondaires, un peu stéréotypés comme c’est généralement le cas dans ce type de roman, sont solidement campés et attirent aisément la sympathie ou l’antipathie : qui ne pourrait pas adorer les inénarrables maîtres Cocardasse et Passepoil, l’hilarant petit marquis de Chaverny ou l’immonde et grotesque Peyrolles ? Mais, parce que l’on ne se refait pas, j’avoue que c’est pour l’ignoble et manipulateur prince de Gonzague que mon petit cœur sensible bat très fort : un « magnificent bastard » dans toute sa splendeur que l’on adore haïr, tout en se retenant d’applaudir des deux mains aux succès de ses brillantes manigances. Rooooh, qu’est-ce que j’aime les méchants intelligents…

Hélas, il faut terminer sur un petit bémol, pas sur le roman lui-même mais sur les suites que lui a donné Paul Féval Fils (« la jeunesse du bossu », etc…). Honnêtement, ça vaut à peine le papier sur lequel c’est imprimé, donc ne gâchez pas votre plaisir : dévorez l’œuvre original et tenez-vous en là. (Par contre, n’hésitez pas à mettre la main sur la très divertissante adaptation en mini-série de 1967 : c’est excellent et Jean Piat a une façon incroyablement sexy de hausser le sourcil gauche).
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