Profil de Tornado > Commentaires

Fiche d'identité

Contenu rédigé par Tornado
Classement des meilleurs critiques: 11
Votes utiles : 3095

Chez vous : découvrez nos services personnalisés en pages d'aide !

Commentaires écrits par
Tornado (Provence Côte d'Azur)
(TOP 50 COMMENTATEURS)    (COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)   

Afficher :  
Page : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11-20
pixel
L'Empire de la terreur
L'Empire de la terreur
DVD ~ Vincent Price
Proposé par DVD_EN_STOCK
Prix : EUR 14,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 un Poe d'anthologie, 20 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Empire de la terreur (DVD)
Roger Corman réalise "L'Empire de la terreur" en 1962. Il s'agit du quatrième film de la série basée sur les adaptations des écrits et poèmes d'Edgar Alan Poe, auxquelles le réalisateur se consacra durant toute la première moitié des années 60.

Une fois n'est pas coutume, le réalisateur délaisse la forme du long métrage pour s'adonner à celle de l'Anthologie, c'est-à-dire le film à sketchs. "L'Empire de la terreur" compile ainsi trois moyens métrages qui sont autant d'adaptations de courtes nouvelles d'Edgar Poe ("Morella", "Le Chat Noir" et "La Vérité Sur Le Cas Valdemar").
Le principe fonctionne très bien puisque le matériel littéraire est basé sur la formule des petites histoires courtes...
La mise en scène de Corman est toujours la même, qui fait preuve d'un savoir-faire étonnant lorsqu'il s'agit de masquer le manque de moyens ! Le réalisateur utilise sans vergogne divers effets spéciaux basiques mais il le fait avec beaucoup de justesse. L'ensemble respire le bricolage bon enfant. C'est kitsch mais délicieusement suranné et merveilleusement gothique !

Le premier segment ("Morella"), est une version courte des premiers films de la série ("La Chute de la maison Usher" et "La chambre des tortures"). Corman démontre qu'il est à ce moment-là parfaitement rodé à l'exercice de ses adaptations et recycle l'ensemble des éléments des films précédents, décors et acteurs compris !
Pris entant que tel, le moyen-métrage est superbe, qui tire le meilleur parti de ses économies de moyens (décor unique, filtres colorés, candélabres, toiles d'araignées, etc.). Le récit est vénéneux et met en scène la relation morbide entre un homme, sa fille et sa femme défunte ! L'interprétation puissante de Vincent Price, qui joue dans les trois sketchs, porte l'ensemble. Mémorable.

Le second ("Le Chat Noir") est une percée jubilatoire dans la comédie macabre, genre dont Corman avait également fait sa spécialité depuis le délirant La Petite Boutique des Horreurs et que l'on retrouvera l'année suivante avec Le Corbeau, cinquième film de la série.
L'acteur Peter Lore cabotine et s'amuse comme un fou tandis que Vincent Price surjoue les dandys avec moult grimaces ! La scène au cours de laquelle les deux bonhommes s'adonnent à un duel d'œnologie en alignant les verres de vin est irrésistible !
Le segment s'achève avec quelques scènes oniriques délirantes, avant que ne tombe le macabre final sur fond de justice poétique...

Le dernier ("La Vérité Sur Le Cas Valdemar") opère un retour à l'horreur gothique en confrontant cette fois Vincent Price à Basil Rathbone (les deux hommes ayant très souvent joué ensemble). Il s'agit d'un conte macabre (mais ça on s'en doutait) dont le final horrifique n'est pas sans évoquer l'esprit des écrits d'H. P. Lovecraft, dont Corman tentera une première adaptation l'année suivante dans "La Malédiction d'Arkham", sixième film de la série...

La formule fera école, et plus d'un film à sketchs sur le thème de l'horreur verra le jour par la suite.
Sur bien des points, le principe évoque fortement les comics des années 50 qui mettaient en scène le même type d'histoire, comme par exemple les mythiques Tales from the Crypt, dont la structure est étonnamment identique à celle des trois segments de "L'Empire de la terreur". De là à penser que Corman s'est inspiré de ces comics il n'y a qu'un pas, et l'on verra par la suite une tripotée de cinéastes s'emparer de la formule. De Twice Told Tales (Import USA Zone 1) (intitulé "Trio de terreur" en VF mais inédit en DVD zone 2, réalisé au sein du même studio que "L'Empire de la terreur" en 1965 par Sidney Salkow) à Necronomicon (1993), en passant par Histoires extraordinaires (1968), "Creepshow" (1983) et de nombreux autres, le principe de l'anthologie fantastique perdurera dans l'histoire du cinéma.
A noter le grand précurseur du genre : Au Cœur de la Nuit, un (magnifique) film britannique réalisé en 1945...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 21, 2014 10:58 PM MEST


Superman, tome 4
Superman, tome 4
par Geoff Johns
Edition : Relié
Prix : EUR 17,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Multiversity, 19 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Superman, tome 4 (Relié)
Ce quatrième tome de la collection "Geoff Johns présente Superman" regroupe les cinq épisodes de la mini-série "Final Crisis : Legion of 3 Worlds", publiée initialement entre 2008 et 2009.
Les dessins sont effectués par le légendaire George Pérez.
L'édition est superbe, agrémentée d'une belle présentation et de nombreux bonus, avec tout plein de fiches sur les personnages et les diverses équipes de super-héros.

Je ne vais certainement pas me risquer à écrire un résumé de cette histoire, car elle est proprement irracontable. Sachez qu'il est question d'y mêler les différents univers parallèles de DC Comics avec ses diverses périodes temporelles. Ben, oui, ça calme...
Tout au plus puis-je dire que le récit débute au XXXI° siècle, au moment où un super-vilain cosmique, le "Piégeur temporel", ressuscite "Super boy prime" (un Superboy d'un autre univers parallèle devenu fou et meurtrier, perdu dans les limbes). Il espère ainsi, en le guidant vers la Terre, se venger de la "Légion des super-héros", un groupe de super-héros du XXXI° siècle dont "Superman", pourtant disparu depuis mille ans, est le modèle. Qu'à cela ne tienne, les héros décident de faire venir "Superman" à leur époque afin de les aider à lutter contre la terrible menace...

Attention : Cette mini-série n'est pas faite pour le néophyte. Vous n'y entendrez strictement rien si vous n'avez pas déjà lu, de préférence dans l'ordre, au moins les récits suivants :
1) Crisis on Infinite Earths (1985)
2) Infinite Crisis (2006)
3) Superman et la Légion des Super-Héros (2008)
Si c'est le cas, vous pouvez alors considérer que "Final Crisis : Legion of 3 Worlds" est la suite de ces différentes sagas.

Est-ce bien raisonnable ? Alors que les auteurs de "Crisis on Infinite Earths" s'étaient décarcassé afin de rétablir l'ordre et la simplicité dans l'univers DC Comics, les auteurs des années 2000, Geoff Johns en tête, se sont évertué à ramener toutes les diverses créations éparpillées depuis soixante-quinze ans, à coup d'événements cosmiques d'une complexité extrême.
Et voilà qu'ici il est question de mêler trois univers parallèles différents, unissant ainsi les trois versions de la "Légion des Super-Héros" de l'histoire éditoriale.
Franchement à quoi ça sert ? Sinon à développer des scénarios abracadabrantesques où le lecteur doit batailler ferme s'il veut y comprendre quoi que ce soit ?

Le premier épisode était pourtant prometteur. Geoff Johns développait toute une toile de fond sur la xénophobie de notre monde et le droit à la différence. Il se lançait ensuite dans une délicieuse rétrospective de l'histoire éditoriale de "Superman", par le biais d'une visite du musée de Métropolis entièrement guidée par un hologramme virtuel de Jimmy Olsen !
Hélas, le récit va rapidement s'orienter vers la réunion orgiaque d'une centaine de super-héros différents venus de trois univers parallèles et il ne sera, désormais, plus question d'y trouver autre chose qu'une gigantesque série de bastons, de résurrections en tout genre et de multiples tentatives afin de rétablir cette multitude de personnages (souvent grotesques) dans la continuité...

Il faut néanmoins s'incliner devant le talent manifeste des auteurs. Si Johns n'a pas son pareil pour justifier et harmoniser tous les tenants et aboutissants de son concept en un seul récit dense et linéaire (pratique cette idée d'une "continuité temporelle consciente" !), George "je dessine 1000 personnages par case" Pérez réalise, une fois de plus, le fantasme ultime du geek fan de super-héros en slip en gorgeant ses planches d'une myriade de figures colorées se détachant sur des décors d'une précision maniaque, le tout enrobé d'une patine old-school d'une rare perfection !

Une fois de plus, un grand événement éditorial DC Comics est l'occasion de mettre en œuvre une belle démonstration de la dimension mythologique qui s'articule à travers toutes ces figures héroïques de papier. Le lecteur assiste donc à une perpétuelle lutte de demi-dieux évoluant dans un monde où les simples humains ont disparu, où tout le monde vole et arbore la plastique d'une statue grecque.
Hélas, encore une fois, la naïveté inhérente au genre revient tout gâcher car, en insistant pour lier les continuités des diverses époques éditoriales de cette "Légion des Super-Héros", le scénariste ramène inévitablement tous les côtés infantiles qui accompagnaient la version des années 60. Et le lecteur n'en finit plus de passer outre toutes ces résurrections ridicules, ces morts factices et ces paradoxes temporels indigestes.
A la fin du récit, le statuquo est total. Mais il sera finalement invalidé deux ans plus tard, avec le relaunch de l'ère "DC Renaissance" également surnommé "New 52"...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 19, 2014 8:40 PM MEST


The Big Lebowski
The Big Lebowski
DVD ~ Jeff Bridges
Prix : EUR 8,42

5.0 étoiles sur 5 Raymond Chandler, Russe blanc et Nihilisme, 19 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Big Lebowski (DVD)
Le synopsis : "Jeffrey Lebowski" ne veut pas qu'on l'appelle par son nom. Il préfère qu'on l'appelle le "Duc" ("Dude" en VO). C'est un quadragénaire oisif et sans emploi qui vit à Los Angeles et qui n'a que deux passions dans la vie : Participer à des concours de bowling et boire du "Russe blanc"* !
Un beau jour, par le plus curieux des hasards, il se retrouve mêlé à une affaire de kidnapping. Car il partage le même nom qu'un riche homme d'affaires...

"The Big Lebowski" est le septième film des Frères Cohen, réalisé en 1998.
Les cinéastes se sont inspiré de Jeff Dowd, producteur de films indépendants et ancien activiste politique surnommé "the Dude", afin d'imaginer ce personnage décalé évoluant au milieu d'une véritable parodie de film noir, dans la lignée des romans de Raymond Chandler (des récits policiers complexes avec leur tentaculaire réseau de coupables et d'intrigants).

Très vite, les cinéastes s'émancipent de leur référence littéraire et n'en gardent que deux éléments : La structure du récit et le passage entre les diverses classes sociales.
La construction amphigourique du récit "à la Chandler" devient l'occasion d'en rire (sans s'en moquer), en plongeant les protagonistes dans une intrigue absconse, aussi délirante que maitrisée ! Chaque rebondissement devient alors l'occasion de brouiller les pistes tout en maintenant les personnages dans un imbroglio burlesque.
Mais c'est surtout le va-et-vient entre les diverses classes sociales de Los Angeles qui donne du sel à l'intrigue, permettant à Joël & Ethan Cohen de passer à la moulinette la faune de la "cité des anges", en pointant toutes les absurdités de la vie californienne. Du loser assisté à l'ancien combattant bigot et réactionnaire violent et armé, en passant par le businessman cynique et désabusé, la petite frappe imbue de sa personne, le requin d'Hollywood et tous les nantis, riches héritiers qui cherchent dans l'art contemporain une justification à leur ineptie et à leurs velléités mondaines jouisseuses, aucun n'est oublié !
Les frères Cohen ont même l'excellente idée de remplacer le traditionnel narrateur des romans de Chandler, en principe le personnage principal, par un "étranger" ressemblant à un cowboy du style "fan de country", quasiment déconnecté de l'intrigue. Ce faisant, les auteurs semblent nous montrer une ancienne Amérique qui viendrait en regarder une nouvelle, partagée entre l'amusement, l'impuissance, la condescendance et la navrance (il faut dire que le "Duc" traite tout le monde de nihiliste !).
Toutefois, le monologue final (où "l'Etranger" suggère que c'est quand même rassurant de savoir que quelqu'un comme le "Duc" existe dans notre monde) tendrait à laisser penser que, derrière toutes ces absurdités, le plus important est de pouvoir rester soi-même. Soit l'illustration d'un idéal de liberté parfaitement américain...

Mais le film est surtout l'occasion de rencontrer une incroyable galerie de personnages truculents et croquignols, dont seuls les frères Cohen ont le secret. Ils s'adjoignent pour l'occasion une hallucinante bande d'acteurs en total cabotinage jouissif (Jeff Bridges, John Goodman, Julianne Moore, Steve Buscemi, Philip Seymour Hoffman, John Turturro, Sam Elliott, Ben Gazzara, David Thewlis, Peter Stormare !). Mention spéciale à Jeff Bridges, qui nous fait oublier tous ses précédents rôles dramatiques en jouant celui d'un hippie quadragénaire cynique et autosuffisant ! A John Goodman qui compose un réac aussi fou qu'attachant et à Steve Buscemi, qui nous offre un personnage hallucinant, qui ne réussit jamais à terminer une phrase sans que ses amis ne lui balancent un "ta gueule Joey" !!!

J'ai vu ce film à sa sortie et je dois avouer qu'il est immédiatement entré dans le palmarès de mes films cultes. Pour ses séquences oniriques sous acide. Pour son humour burlesque. Pour sa toile de fond sociale géniale et imparable. Pour son originalité poétique et étrange. Il s'agit pour moi du meilleur film des frères Cohen (moins glauque que Fargo, moins abstrait que Barton Fink, et surtout plus fun !), et du meilleur film des 90's !
Après l'avoir vu au cinéma, j'ai dû boire des "russes blancs" pendant au moins trois ans. N'est-ce pas la marque des grands films que de vous affecter à ce point ?

*PS: Voici la composition du cocktail nommé "White Russian" : Un tiers de Khaluä (crème de café), un tiers de vodka et un tiers de lait, le tout mêlé à moult glaçons. On peut aussi remplacer le lait par de la glace à la vanille. Attention, ça bouste encore plus que la téquila frappée !
PSS : L'abus d'alcool est dangereux pour la santé.


Batman le chevalier noir, tome 3 : Folie furieuse
Batman le chevalier noir, tome 3 : Folie furieuse
par Gregg Hurwitz
Edition : Relié
Prix : EUR 17,50

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Grim'n gritty ?, 18 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Batman le chevalier noir, tome 3 : Folie furieuse (Relié)
Quatrième (si l'on prend en compte le tome 0) et avant dernier tome de la série "Batman le Chevalier Noir", puisque le titre a été stoppé au #29.
D'abord lancée sous la houlette de David Finch, la série a évolué sous la plume du scénariste Greg Hurwitz par le biais du concept suivant : Des aventures sombres et autonomes sur l'univers de "Batman", où sont explorées de nouvelles origines des super-vilains emblématiques de la franchise (à présent, c'est au tour du "Chapelier fou").
Nous sommes ici sur les épisodes #16 à 21 (plus un annual), réalisés en 2013. Les dessins sont effectués respectivement par Ethan Van Sciever et Szymon Kudranski.

Bienvenue dans la série qui aura le plus divisé le public du temps de sa diffusion. Certains lecteurs auront adoré cette version noire et sanglante de "l'Homme chauve-souris", tandis que d'autres auront détesté ce traitement "Grim'n gritty" (les comics qui en rajoutent grave dans l'excès de violence).

Pour être tout à fait honnête, ce troisième tome (officiel) possède des qualités et des défauts. Mais il ne mérite sans doute pas l'ire de la "Tribu"* des fans de comics (le gras du lectorat qui répète ce que leur disent les autres*). Du coup, la série a été abandonnée de manière prématurée au profit d'une nouvelle série davantage connectée à la continuité : "Batman Eternal". Et voilà qu'à cause de la "Tribu"*, l'une des rares séries mainstream autonomes est désormais remplacée par une autre série gangrénée par la connexion avec les autres...
Alors allons-y :

- Les défauts : Il persiste effectivement quelques clichés et quelques fautes de mauvais goût dans cet arc narratif.
Pour commencer, il y a la présence embarrassante de la nouvelle copine de Bruce Wayne. La relation qui les unit tombe rapidement dans la caricature. Dès le départ, il s'avère que la participation de la belle n'est qu'un artifice narratif utilisé telle une grosse ficelle du récit et destiné à devenir obsolète à très court terme.
Dans l'ensemble, Hurwitz a également raté la relation entre Bruce et Alfred, qui souffre d'un maniérisme apprêté.
La violence. Parlons-en. Elle est juste exposée sans finesse. L'atmosphère malsaine du récit rappelle le traitement effectué par Grant Morrison sur Batman Arkham Asylum. Mais alors que Morrison parvenait à installer un climat putride sans avoir recours à la violence graphique, Greg Hurwitz renonce à la terreur psychologique pour exposer une brutalité ostentatoire. C'est "Too much" et grossier, d'un certain point de vue...
Voilà pour les clichés les plus évidents. Mais alors je pose une question : Combien existe-t-il de clichés de ce type dans les autres séries du "Batmanverse" ? dix ? vingt ? cent ? trente milles ? Pourquoi alors faire une telle fixation obsessionnelle sur ceux de cette série en particulier ?!!!

- Les menus-défauts : Les épisodes sont fluctuants et, quoiqu'il en soit, le récit souffre ponctuellement d'un manque d'inspiration notoire dans le déroulement de l'intrigue (la fin n'est pas vraiment réussie). Dans l'ensemble, Hurwitz se révèle souvent inégal, surtout lorsqu'il s'agit de trouver le bon dosage entre l'aspect adulte de son récit et ses ressorts naïfs. Toutefois, certains passages extrêmement réussis au niveau du découpage et de la narration finissent par rétablir l'équilibre.
Au niveau de la partie graphique, les épisodes #19 et 20 sont l'œuvre de Szymon Kudranski, qui succède à Ethan Van Sciever. La transition est abrupte mais la pilule réussit à passer dans la mesure où Kudranski est hautement supérieur artistiquement parlant. Van Sciever est très bon, mais son remplaçant se situe à des hauteurs vertigineuses qui font que la comparaison n'est pas discutable. Le bonhomme est du niveau de Jae Lee, tout en possédant son identité propre. Le résultat est absolument somptueux, tout en clair-obscur onirique, au diapason de la tonalité du récit. Finalement, le véritable défaut survient lorsque Van Sciever reprend les crayons pour le dernier épisode...
Mais Kudranski revient à l'occasion d'un superbe annual, malicieux et poétique, disposé en fin de recueil !

- Les qualités : Il y a tout d'abord un fil rouge magnifique. Conceptuel. Les origines du "Chapelier fou" sont exposées sans aucune redite (dans le fond) par rapport à celles de "l'Epouvantail" sur le tome précédent. Le vilain échafaude un plan diabolique afin de revivre la seule véritable belle journée qu'il ait connu dans son enfance, sachant qu'il a lui-même fait de sa vie un enfer !
Hurwitz offre ainsi une relecture désespérée et hallucinée du comte "Alice au pays des merveilles", en toute logique par rapport à la mythologie du personnage.
Les pouvoirs de "Chapelier" sont traités avec originalité et cohérence, avec une excellente idée quant à la composition des tasses de thé qu'il ingurgite à dessein, qui lui procurent ses dons autant qu'elles alimentent sa folie.
Les tenants et aboutissants du scénario sont solides, qui offrent une réelle épaisseur au machiavélique projet du vilain, qui déjoue autant que possible les pistes de Batman et des autorités.
Les flashbacks revenant sur son passé sont très réussis, empreints de délicatesse et de tragédie patente.

La violence. Parlons-en. Elle est ostentatoire, certes. Elle ne fait pas dans la finesse, c'est un fait. Mais il se dégage du récit une terreur viscérale extrêmement bienvenue (image tétanisante des monceaux de cadavres déversés dans les canaux de "Gotham"), qui tranche évidemment avec le commun des séries mainstream, mais qui destine la série à sortir des gonds. Et si certains n'ont pas digéré la pilule (il est décidément souvent question de pilule dans cette relecture d'Alice Au Pays des Merveilles !), j'ai trouvé qu'il s'agissait là d'un exercice de style tout à fait opportun. Car il y a bien une place pour ce "Batman Grim'n gritty", destiné à ceux qui ne sont plus des enfants.
Réfléchissons un peu : Cela fait maintenant soixante-quinze ans que paraissent les aventures de "Batman", et les psychopathes qui hantent "Gotham City" sont toujours aussi politiquement corrects ! N'est-il pas temps que leurs velléités meurtrières deviennent palpables et frontales ?
Pour ma part, je me range du côté de ceux qui estiment que la violence graphique des comics possède ses bons côtés, qui non seulement apportent une dimension intense aux récits, mais qui agissent également comme un véritable exutoire, une catharsis finalement très saine ! Tout au plus les éditeurs auraient-ils dû intituler ce tome "Folie meurtrière" et lui ajouter un macaron stipulant "Attention : réservé à un public averti", afin qu'il ne tombe pas innocemment dans les mains d'un lectorat trop jeune et influençable.
Après tout, cela fait maintenant bien des années que les films d'horreur plaisent aux adolescents, et il n'a jamais été question de les interdire !
Et puis il y en a marre de ces super-slips qui se tabassent avec ces super-méchants sans qu'il n'y ait jamais une goutte de sang qui coule. C'est ridicule ! c'est daté ! c'est infantile ! c'est navrant ! Laissons le sang couler lorsque c'est logique et contentons-nous d'avertir le public ! La violence virtuelle est une catharsis qui peut être domptée et prise avec du recul si elle ne va que dans le sens de la lecture. Il faut vivre avec son temps. L'Âge d'argent, c'est comme l'Âge de pierre : c'est terminé !!!

En définitive, je pense que cette série a perturbé les habitudes du lectorat mainstream. Les lecteurs en question ont focalisé sur ses défauts en ignorant scrupuleusement ses nombreuses qualités et l'orientation différente qu'elle proposait. De plus, le scénario d'Hurwitz ne fait pas grand cas de la continuité du moment, ce qui a certainement déstabilisé les complétistes, manifestement incapables de lire ce type de récit de manière indépendante.
Cela me rappelle qu'il est très difficile de changer les habitudes du public, et qu'il va ainsi falloir renoncer une fois de plus à une série auto-contenue pour essuyer toutes les productions habituelles qui s'enlisent depuis des lustres dans la redite...

Personnellement, je trouve dans cette série, et depuis le début, tout ce que j'aime chez Batman : Une version simple et consacrée du mythe. Le personnage évolue seul comme au bon vieux temps (marre des douze "Robin" et des huit "Batgirls" !). Les récits sont autonomes et forment un tout unique. Il s'agit d'une version mainstream iconique et divertissante, à la fois immergée dans la mythologie de "Gotham City" et portée sur un mode gothique et horrifique (on pense à cela), avec ce qu'il faut de "Batman", et ce qu'il faut de "Dark Knight"...

*PS : Le terme de "Tribu" ne s'adresse pas aux lecteurs qui ont lu ce tome et l'ont critiqué avec leurs arguments, ce qui est tout à fait respectable. Il s'adresse au contraire aux nombreux internautes qui ont proclamé que cette série était nulle, sans même l'avoir lue...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (6) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 18, 2014 11:10 PM MEST


La Malédiction d'Arkham
La Malédiction d'Arkham
DVD ~ Debra Paget
Prix : EUR 11,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Monsieur Poe, voulez-vous épouser Mr lovecraft, ici présent ?, 17 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Malédiction d'Arkham (DVD)
Synopsis : Au XVIII° siècle, dans la bourgade d'Arkham, le sorcier "Joseph Curwen" a établi une relation avec les démons d'une réalité parallèle. Il accouple les monstrueuses créatures avec les femmes du coin, qui mettent au monde des êtres difformes !
Brûlé vif par les habitants du village, il jure de se venger et porte sa malédiction sur tous leurs descendants.
Un siècle plus tard, Charles Dexter Ward, son héritier, arrive à Arkham...

Dans les années 60, le réalisateur Roger Corman se lance dans une série de films basés sur les adaptations des écrits et poèmes d'Edgar Alan Poe, auxquels il va se consacrer durant toute la première moitié de la décennie (avec par exemple, La Chute de la maison Usher, La chambre des tortures et Le Masque de la mort rouge).
Cependant, avec "La Malédiction d'Arkham", Corman décide de s'éloigner de l'univers du poète gothique américain pour approcher celui de l'écrivain horrifique H. P. Lovecraft. Les producteurs du studio "American International Pictures" (Samuel Z. Arkoff & James H. Nicholson) lui imposeront tout de même de mêler cette nouvelle influence à celle de Poe. Mais le film deviendra, envers et contre tous, la première adaptation cinématographique de l'univers de Lovecraft.
Ainsi naquit le mariage entre les poèmes de Poe et les nouvelles de Lovecraft, qui allait, l'air de rien, devenir une constante en ce qui concerne la transposition sur grand écran de l'écrivain de Providence ! En 1965, le réalisateur Daniel Haller (directeur artistique de Corman) mettait en chantier, pour le même studio, Die, Monster, Die !, une adaptation de la nouvelle La Couleur tombée du ciel, du même Lovecraft, avec une atmosphère au diapason de la série cinématographique inspirée des poèmes de Poe. Bien plus tard, le premier sketch du film Necronomicon renouvellera le mariage entre les univers conjoints des deux écrivains, qui se retrouveront une fois encore dans Le Territoire des Ombres...

Si "La Malédiction d'Arkham" porte en version originale le titre "The Haunted Palace", un poème d'Edgar Poe, il s'agit en réalité d'une adaptation plus ou moins officielle de L'affaire Charles Dexter Ward, une nouvelle de H. P. Lovecraft. Le poème de Poe est cité par écrit à deux reprises (comme souvent dans la série des films de Corman). Mais pour le reste, le film est une adaptation de l'œuvre de Lovecraft...
Le scénario va d'ailleurs plus loin en intégrant plusieurs éléments liés à la mythologie de l'écrivain horrifique, tel le "Necronomicon" et les "Grands Anciens" "Cthulhu" et "Yog-Sothoth"...

Une fois encore, Corman décide de préserver davantage l'esprit à la lettre et opère une synthèse conceptuelle des éléments issus de son matériel littéraire. Et ce concept deviendra également une autre constante pour toutes les adaptations futures dédiées aux écrits de Lovecraft...
A travers la caméra du réalisateur, les éléments gothiques et horrifiques deviennent d'envoûtantes enluminures faites de brumes colorées et de manoirs menaçants se découpant sous la pleine lune. La photographie, somptueuse, fait naitre l'épouvante dans un écrin cobalt, qui suggère l'horreur des événements plus qu'il ne la montre.
Le réalisateur bénéficie en outre de la présence de son acteur fétiche, Vincent Price, qui apporte son charisme old-school à cette fable démoniaque...

Il y aurait encore beaucoup à dire de cette œuvre fédératrice, qui n'est d'ailleurs pas exempte de défauts. Et il apparait aujourd'hui bien naïf de voir tous les ancêtres du village d'Arkham, remplacés, un siècle plus tard, par leurs descendants incarnés par les mêmes acteurs !
Pour autant, l'importance du film dans l'histoire du cinéma est telle qu'il ne faut pas la prendre à la légère. Outre le fait qu'il s'agisse de la première adaptation des écrits de Lovecraft et un cas d'école dans le mariage entre son influence et celle d'Edgar Poe, il est également important de noter que "La Malédiction d'Arkham" est un film précurseur sur le thème de la "possession" (thème repris deux ans plus tard dans le très beau La Tombe de Ligeia)...
Aujourd'hui naïve et surannée, parfois surjouée mais toujours splendide d'un point de vue plastique, cette œuvre classique du cinéma fantastique ne fera aujourd'hui plus peur à personne. Mais elle n'en demeure pas moins une pierre à l'édifice du genre qui nous intéresse à tous, ici.
A noter la présence de Lon Chaney Jr, autre grand acteur spécialisé dans les films d'horreur, dont ce fut l'un des derniers rôles...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (10) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 21, 2014 10:59 PM MEST


Superman, tome 3 : Apocalypse
Superman, tome 3 : Apocalypse
par Grant Morrison
Edition : Relié
Prix : EUR 19,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Remue-méninge, 16 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Superman, tome 3 : Apocalypse (Relié)
Ce troisième tome de la collection éditée par Urban Comics regroupe les épisodes "Action Comics" #13 à 18, publiés initialement en 2013. Il s'agit du dernier recueil dédié au run du scénariste Grant Morrison, après Superman, Tome 1 : Genèse et Superman, Tome 2 : "À toute épreuve".
Les six épisodes regroupés dans ce troisième opus sont systématiquement accompagnés d'un "back-up" de huit pages écrit par le scénariste Sholly Fish, dont le rôle est d'apporter un complément et une résonnance au scénario elliptique de Morrison.
La série principale est essentiellement mise en image par Rags Morales et Brad Walker. Les "back-up" sont l'œuvre du dessinateur Chris Sprouse et de son encreur attitré, Karl Story.

Nous connaissions la narration décompressée (lente et étirée), voire hyper-décompressée, très à la mode ces dernières années. Mais nous n'étions sans doute pas encore préparés à la narration hyper-hyper-hyper compressée !
La vache ! Morrison y est allé très fort dans les ellipses et les ruptures ! Eparpillant ses diverses pistes narratives dans les épisodes précédents (dans un désordre chaotique d'une rare anarchie), il nous réserve ici, pour la fin de son run, un regroupement actantiel dont il a le secret. C'est-à-dire que tous les petits récits épars et apparemment distincts qu'il avait écrits jusque là finissent par se rejoindre afin de former un tout.
Mais il s'agit d'un tout conceptuel, dont la narration est non seulement abrupte et particulièrement elliptique, mais qui plus-est complètement différente des habituels récits linéaires auquel le lecteur est habitué dans les histoires de super-héros.

Le thème du run de Grant Morrison, c'est l'idée d'un temps simultané, où le passé, le présent et le futur sont réunis, permettant aux personnages de passer de l'un à l'autre selon les étapes du récit. C'est l'un des thèmes récurrents de l'œuvre de Grant Morrison.
N'oublions pas que ces épisodes correspondent au relaunch de la série dédiée à "Superman" sous l'ère éditoriale du "New 52". A travers cette idée, l'auteur de All-Star Superman déroule un scénario ambitieux, dont l'objectif est de mettre en avant toutes les grandes périodes historiques et artistiques du passé éditorial lié au personnage (La Mort de Superman, La Légion des Super-héros, Superman pour Demain, etc.), qui se retrouvent imbriquées simultanément au milieu de ces dix-huit épisodes.
D'une manière plus ambitieuse encore, Morrison tente de diluer les frontières entre fiction et réalité, à travers la figure de "Mr Mxyztplk". Ici complètement réinventé, ce personnage délirant lui donne l'idée d'une cinquième dimension, sorte de monde façon "conte de fée". Depuis cet univers alternatif, le lutin aux pouvoirs immenses aurait mélangé notre réalité à celle de "Superman", afin de développer un plan très spécial...

Et si, derrière ses atours de série super-héroïque et science-fictionnelle, cette saga était l'occasion pour le lecteur de saisir l'essence des comics mainstream, derrière lesquels se dissimule une constante recherche artistique au delà d'une politique éditoriale commerciale ? Car il faut bien l'admettre, les auteurs de comics ont souvent bataillé pour mêler les impératifs éditoriaux à une quête de sens.
Il m'est ainsi apparu, à travers le mélange développé par Grant Morrison entre le monde des super-héros, celui de la science-fiction et celui des contes de fées, une réelle tentative de réfléchir sur les barrières entre la naïveté inhérente au genre consacré et les possibilités d'élever les pistes de connivence avec le monde de la réflexion !
Où la démonstration que, du monde naïf du divertissement populaire à la masturbation intellectuelle il n'y a qu'un pas !

Le problème est bien évidemment que Grant Morrison croule sous l'ambition démesurée de son script en trop peu d'épisodes. La narration devient ainsi trop dense, trop compressée et souvent indigeste (voire arrogante et prétentieuse !).
Il semble d'ailleurs avoir bâclé son dénouement, car la fin de le la saga n'est pas très réussie, qui ne voit pas tous les éléments du scénario aboutir de manière claire et satisfaisante (le personnage civil de Clark Kent est le grand oublié de ce run !).
Et pourtant, je me range du côté de ceux qui plébiscitent ce run controversé. Car malgré l'indigestion, les ingrédients restent savoureux. Les idées développées sont magnifiques. La caractérisation des personnages relève d'un haut niveau de finesse. Et ces dix-huit épisodes sont tout de même mille fois plus poétiques, plus spirituels, plus imaginatifs et plus originaux que 99% de l'industrie du comic book en matière de super-héros en slip...
De plus, les défauts formels du tome précédent se sont évaporés et, malgré la composition chaotique du récit, le déroulement éditorial se fait désormais plus rigoureux. Chaque épisode écrit par Morrison est complété par un "back-up" de Sholly Fish de manière beaucoup plus cohérente. Et les équipes artistiques sont désormais stables, évacuant la détestable sensation d'incohérence picturale qui régnait dans le second recueil...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (8) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 17, 2014 11:21 PM MEST


Die, Monster, Die !
Die, Monster, Die !
DVD ~ Boris Karloff
Proposé par PLANETECINE
Prix : EUR 9,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Lovecraft & Karloff, 15 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Die, Monster, Die ! (DVD)
Le synopsis : Stephen Reinhart, un étudiant américain, se rend dans la ville d'Arkham, en Angleterre, afin d'y retrouver sa fiancée. La jeune femme vit dans le vieux manoir familial, éloigné de tout et craint par les habitants du village. Aussitôt arrivé, Stephen se heurte à l'hostilité du patriarche, Nahum Witley, avant de découvrir son abominable secret...

"Die, Monster, Die !" (rebaptisé un temps "Le Messager du Diable" en VF !) est un film d'horreur américain réalisé par Daniel Haller en 1965. Il s'inscrit dans la collection des adaptations d'Edgar Alan Poe produites dans les années 60 par le studio "American International Pictures" (de Samuel Z. Arkoff & James H. Nicholson). C'est au cœur de ces productions que le réalisateur Roger Corman s'est illustré de manière brillante, réalisant toute une série de films d'horreurs gothiques inspirés des poèmes et nouvelles de Poe (La Chute de la Maison Usher, La Chambre des Tortures, Le Corbeau, Le Masque de la Mort Rouge, La Tombe de Ligeia...).
"Die, Monster, Die !" fait partie des quelques exceptions (avec le sympathique film à sketches Twice Told Tales (Import USA Zone 1) et le guignolesque Le Croque-mort s'en mêle) qui furent réalisés par d'autres artisans. Daniel Haller était d'ailleurs le directeur artistique de Corman sur les autres films de la série, avant de venir ici faire ses premières armes entant que réalisateur...

Cette énième production liée à Poe n'est certes pas la meilleure. Haller n'a pas le talent de Corman et sa mise en scène se révèle peu inspirée, souffrant d'un cruel manque de rythme et de poésie.
Quelques séquences sont néanmoins réussies, comme nous le verrons plus bas.
Car il est temps de préciser que "Die, Monster, Die !" est moins une adaptation d'Edgar Poe qu'une des premières transpositions cinématographiques des œuvres littéraires d'H. P. Lovecraft !
Le scénario est d'ailleurs une interprétation relativement fidèle de "La Couleur Tombée du Ciel", tandis qu'il ne garde de l'univers de Poe que les réminiscences des films de Roger Corman. Certains détails ont été modifiés par rapport à l'œuvre de l'écrivain ("Arkham" se trouve désormais en Angleterre !), mais le script est tout de même le premier, dans l'histoire du cinéma, qui tente d'adapter une nouvelle de Lovecraft de manière aussi directe.
L'année précédente, Corman en personne s'était amusé à marier les univers conjoints de Poe et de Lovecraft dans La Malédiction d'Arkham, sans pour autant se révéler aussi fidèle au second écrivain que ne le fait ici son jeune poulain...

Sur ce dernier point, "Die, Monster, Die !" se révèle très intéressant car, s'il souffre d'une mise en scène pataude et d'un scénario fluctuant, il parvient à installer un climat glauque et putride assez réussi et l'on ressort du film avec un arrière goût de relents malsains, et ce malgré son aspect suranné et ses effets spéciaux à l'ancienne !
Fidèle à l'écrivain de Providence, Haller montre l'horreur moins qu'il la suggère, mais réussit néanmoins une poignée de scènes horrifiques qui ne font pas dans la dentelle !
Il bénéficie enfin de la présence de l'acteur Boris Karloff qui, même très âgé (il décèdera en 1969), continuait encore de jouer les monstres !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 18, 2014 7:27 PM MEST


Daredevil, Tome 17 : Sans peur
Daredevil, Tome 17 : Sans peur
par Ed Brubaker
Edition : Album
Prix : EUR 16,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Plus dure sera la peur, 14 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Daredevil, Tome 17 : Sans peur (Album)
Ce dix-septième tome de la collection 100% Marvel dédiée à "Daredevil" regroupe les épisodes #100 à 105 de la série (Vol. 2), écrits par le scénariste Ed Brubaker et mis en image par le dessinateur Michael Lark en 2007.
Il s'agit de la fin d'un arc narratif en deux parties, dont le début se déroule dans Daredevil, Tome 16 : A chacun son dû. C'est le quatrième tome du run de Brubaker.

Notre héros se débat toujours autant afin de lutter contre tous les malheurs qui s'abattent sur lui depuis des mois. En effet, un de ses pires ennemis a entrepris de ruiner son existence, en commençant par s'attaquer à ses proches et notamment à son épouse, Milla.
Le justicier aveugle parviendra-t-il à arrêter cette odieuse machination qui se déroule depuis les plus sombres recoins de "Hell's Kitchen" ?

Arrivée à ce stade, la série dédiée à "l'Homme sans peur" est réellement unique en son genre. Plus réaliste et adulte que la plus-part des autres séries super-héroïques, elle s'axe également sur des atours nettement plus tragiques. Derrière ses airs de polar urbain nocturne et étouffant, elle met en scène un justicier pas comme les autres, dont la plus-part des protagonistes formant son entourage, qu'ils soient amis ou ennemis, connaissent la double identité.
Si Ed Brubaker ne révolutionne pas son matériel narratif par rapport au run précédent effectué par Brian M. Bendis et Alex Maleev (voir les tomes 5 à 13), il conduit la destinée de son personnage selon une logique rigoureuse, qui fait de lui une icone à part dans le monde des super-héros.
Après la révolution interne et jusqu'auboutiste du tandem Bendis/Maleev, Brubaker réussit tout de même le tour de force de revenir à une forme de statuquo sans pour autant restreindre les menaces réelles qui pèsent sur la vie de Matt Murdock. Soit une relance idéale et virtuose d'une série qui semblait avoir atteint des limites insurmontables !

Ce nouvel arc narratif ne souffre d'aucun défaut réel. Construit autour d'une redoutable mécanique scénaristique, il engouffre la destinée de notre héros dans une inaltérable descente aux enfers et entérine sa condition de justicier tourmenté, dont l'existence est un cauchemar sans fin !
Puisqu'il mène la destinée d'un héros surnommé "l'Homme sans peur", Brubaker va réaliser ici une déclinaison des mécanismes de la peur, jusqu'à ce que cette notion s'insère dans l'esprit du justicier par des chemins inattendus.
Depuis un épisode #100 anniversaire (dessiné respectivement par certains des dessinateurs cultes ayant officié sur la série) dont le prétexte est remarquablement utilisé afin de faire corps avec l'arc narratif, jusqu'à un dénouement tragique et cathartique, "Sans peur" constitue un excellent moment dans toute la série du justicier en costume de diable rouge.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 15, 2014 8:53 PM MEST


Truck Turner 1974
Truck Turner 1974
Prix : EUR 24,74

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 After Shaft !, 13 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Truck Turner 1974 (Album vinyle)
En 1971, l'auteur, compositeur et interprète Isaac Hayes offrait ses lettres de noblesse à la "Blaxploitation" avec le mythique Shaft, bande originale du film éponyme. Il lança ainsi la mode des "films de black" quasiment tout seul, puisque les films en question obtinrent moins de succès que leurs bandes-sons...
Plusieurs grands représentants de la soul lui emboitèrent le pas, comme James Brown (Black Caesar et Slaughters Big Rip-Off), Curtis Mayfield (Superfly, peut-être le chef d'œuvre du genre !), Marvin Gaye (Trouble Man), Willie Hutch (Foxy Brown et The Mack), ainsi que de nombreux autres !
Mais Hayes ne lâcha pas l'affaire et aligna les projets cinématographiques, histoire de montrer à quel point il était le boss en la matière ! On retiendra ainsi les bandes originales de Three Tough Guys et de ce "Truck Turner", film dans lequel il interprète le premier rôle, en plus !

Isaac Hayes l'acteur ne fera pas une grand carrière (on se souvient tout de même du grand vilain de New York 1997 !) mais qu'importe, puisqu'il nous aura laissé une discographie somptueuse, jalonnée de ces albums typés "Blaxploitation".
A ce propos, si tout le monde -ou presque- connait l'album "Shaft", ce monument qu'est "Truck Turner", paru en 1974, demeure injustement inconnu du grand public. C'est dommage, car il est quasiment aussi bon que "Shaft". Et son titre principal, "Main Title Truck Turner", est une hallucinante démonstration de groove survolté, gonflé à bloc de guitares wah-wah et de basses monstrueuses !
Soit dix-sept titres d'enfer, dans la droite lignée de l'album "Shaft", avec la même architecture musicale (titre principal placé en intro avec reprise en fin d'album, balades groovy à foison et climax atteint avec l'avant-dernier titre, dantesque !), et le même type d'orchestration.
Incontournable pour les amateurs de soul 70's et, bien évidemment, de "Blaxploitation"...

A noter le CD très avantageux qui propose "Truck Turner" couplé avec "Tough Guys" : Three Tough Guys / Truck Turner 2cd.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 13, 2014 11:12 PM MEST


Le Territoire des Ombres : L'intégrale de la saga
Le Territoire des Ombres : L'intégrale de la saga
DVD ~ Daniele Liotti
Proposé par Video screen
Prix : EUR 21,99

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Lovecraft, etc., 12 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Territoire des Ombres : L'intégrale de la saga (DVD)
De nos jours, une agence immobilière s'intéresse à un vieux manoir inhabité ayant appartenu jadis à la famille Valdemar. Mais les deux agents qu'ils ont envoyé successivement ne sont pas revenus et demeurent portés disparus. Ils engagent alors un détective privé en lui adjoignant les services d'une spécialiste de l'histoire des Valdelmar. A bord du train qui les mène à Dunwitch, la jeune femme raconte les origines de cette mystérieuse famille, dont il est dit qu'ils seraient allés trop loin dans leur appétence pour la démonologie...

"Le Territoire des Ombres" est un film espagnol en deux parties écrit et réalisé par José Luis Alemán entre 2010 et 2011. "Le secret des Valdemar" compose donc la première partie d'un film fleuve de près de 3h15, à suivre dans "Le monde interdit".
Mon commentaire porte sur le film entier.

Les espagnols ont-ils signé un pacte mystérieux avec l'écrivain H.P. Lovecraft ? C'est ce que l'on est en droit de se demander lorsque l'on constate à quel point la péninsule ibérique multiplie les adaptations cinématographiques sur le sujet. Si bien que même Brian Yuzna et Stuart Gordon, grand spécialistes et pionniers de l'univers Lovecraftien sur grand écran (Re-Animator, From Beyond), ont utilisé leurs services pour la production de Dagon, leur dernière œuvre en date...

Pour être honnête, il convient de préciser que ce dyptique intitulé "Le Territoire des Ombres" ressemble davantage à un long téléfilm fantastique en deux parties (du style Ca ou Stephen King - Salem's Lot) qu'à une réelle production cinématographique. Le script est très ambitieux, mais la mise en forme de l'ensemble souffre d'une disparité des effets qui rendent le résultat très irrégulier .
Les deux parties sont d'ailleurs très inégales en matière de qualité et, si "Le secret des Valdemar" est assez réussi et envoûtant, "Le monde interdit" est carrément laborieux en termes de mise en scène. Le film dans son entier est construit sur un mode narratif simultané, qui va et vient entre le passé et le présent, utilisant le mode du flashback pour développer la toile de fond du récit. Alors que le premier segment s'apparente à un très long retour sur les origines de la famille "Valdemar" au XIX° siècle (l'occasion d'une très belle série de scènes romanesques, voire gothiques), la suite s'enlise dans une tentative de transposer l'univers de Lovecraft dans une forme de film d'horreur moderne, qui ne fonctionne pas du tout puisque l'ensemble n'est jamais effrayant, ni même glauque ou malsain.

Ce n'est donc pas tant sur le fond que le bas blesse, mais bien sur la forme, puisque la mise en scène souffre d'approximations aussi bien du point de vu de la tension narrative que des effets spéciaux, honnêtes mais trop peu viscéraux pour créer l'effroi. Le jeu des acteurs, excellent sur le premier volet (au temps passé), tombe complètement à plat sur le second dans la mesure où les personnages principaux (ceux du temps présent) sont idiots et insupportables à souhait ! A noter que le film offre l'occasion à l'acteur Paul Naschy, illustre vétéran espagnol dans le domaine du cinéma fantastique et notamment dans celui des loups-garous (Voir par exemple L'EMPREINTE DE DRACULA !), d'interpréter son dernier rôle sur un écran...
Dans le fond d'ailleurs, le film est plutôt intéressant et fourmille de belles idées (sans doute trop) lorsqu'il s'agit d'interpréter l'univers de Lovecraft, tout en lui adjoignant d'autres figures de la littérature fantastique ou démonologique. Des personnages ayant réellement existé prennent ainsi part à l'intrigue, à commencer par H.P. Lovecraft lui-même. Aleister Crowley s'invite également dans le script, et convoque même Bram Stocker en personne lors d'une séance de spiritisme non dénuée d'humour référentiel ! Dans la réalité, la réunion de ces personnages est parfaitement anachronique, mais qu'importe, c'est l'idée de les réunir qui compte !

Comme d'habitude, les puristes de l'œuvre de Lovecraft DE-TES-TENT ce film en termes d'adaptation, jugeant cette dernière infidèle. Et une fois encore, je m'élève contre ce manque d'ouverture d'esprit qui consiste à ne pas comprendre (ou accepter ?) le principe même d'une adaptation, qui peut difficilement se révéler littérale dès lors que l'on change de médium. Il est évidemment toujours possible de critiquer les choix du réalisateur en matière d'horreur, puisque Lovecraft était le maître de la peur "suggérée", effet terrifiant qui retombe à plat dès lors que l'on tente de donner corps à cette terreur (on se souvient de l'excellent L'Antre de la folie, dans lequel le réalisateur John Carpenter avait su trouver la bonne formule pour suggérer l'horreur sans vraiment montrer les monstres !). Mais certainement pas sur le choix d'un script original et référentiel, qui prend le parti de s'inspirer de l'œuvre lovecraftienne dans son ensemble plutôt que d'en adapter un extrait en particulier.
C'est sur ce terrain que le récit imaginé par José Luis Alemán est le plus intéressant, puisqu'il a décidé de garder davantage l'esprit à la lettre dans sa tentative d'adaptation. Nous retrouvons donc plusieurs éléments qui font le sel de l'univers de Lovecraft, à commencer par le cadre de l'enquête classique qui conduit au mystère par l'intermédiaire d'un lieu étrange (ici Dunwitch), ainsi que le choix d'une atmosphère gothique surannée, propre à cette fin du XIX° siècle (même si Lovecraft plaçait ses personnages plutôt au début de XX° siècle).
Parallèlement, le scénario ne fait pas l'impasse sur les principaux éléments de la mythologie lovecraftienne. Et ni les "Grands Anciens", ni "Cthullu", ni même le "Nécronomicon" ne sont oubliés !
Citant Roger Corman, le réalisateur espagnol se souvient que le plus grand spécialiste d'Edgar Poe au cinéma avait, dans les années 60, marié les influences de Poe et de Lovecraft dans La Malédiction d'Arkham, l'une des premières (et meilleures) tentative de transposer l'univers du maitre de l'horreur au cinéma. Et c'est ainsi que nous retrouvons dans "Le Territoire des Ombres", tout comme l'avait fait Christophe Gans dans le premier sketch du film Necronomicon, l'influence du poète américain à travers le destin de la famille Valdemar, prisonnière malgré elle de sa mystérieuse demeure...

"Le Territoire des Ombres" constitue ainsi une tentative très intéressante de transposer l'univers de l'écrivain H.P. Lovecraft sur grand écran. Il s'agit d'un film réalisé avec peu de moyens, qui souffre d'une mise en scène approximative et d'un script particulièrement laborieux dans la seconde partie. Mais les intentions sont louables et les choix en matière d'adaptation sont remarquables.
Conclusion : ☆☆ pour la forme. ☆☆☆☆ pour le fond.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 12, 2014 10:07 PM MEST


Page : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11-20