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Tornado (Provence Côte d'Azur)
(TOP 10 COMMENTATEURS)    (COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)   

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Daredevil, Tome 14 : Le diable dans le bloc D
Daredevil, Tome 14 : Le diable dans le bloc D
par Ed Brubaker
Edition : Broché

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 L'évadé, 6 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Daredevil, Tome 14 : Le diable dans le bloc D (Broché)
Ce recueil regroupe les épisodes #82 à 87 de la série, écrits par le scénariste Ed Brubaker et mis en image principalement par le dessinateur Michael Lark en 2006.

C'est donc au tour d'Ed Brubaker de prendre en main la destinée de Matt Murdock. Ce dernier sort d'une incroyable série d'épisodes conduits par le duo Brian Michael Bendis (scénario) & Alex Maleev (dessins). Ces artistes avaient réalisé un parcours conceptuel impressionnant et jusqu'auboutiste, parsemé de traumatismes en tout genre, anéantissant la vie de notre héros, jusqu'à le faire incarcérer à la prison de Ryker's Island. Une étape inoubliable de la mythologie consacrée au personnage (voir pour cela Daredevil, l'homme sans peur, Tome 1 : Le scoop, Daredevil, l'homme sans peur, Tome 2 : Le procès du siècle, Daredevil, l'homme sans peur, Tome 3 : Le roi de Hell's Kitchen et Daredevil, l'homme sans peur, Tome 4 : Le décalogue).
C'est à ce moment, alors que Daredevil n'est plus qu'un souvenir, que Murdock croupit dans les mêmes cellules que ses ennemis et que son destin est brisé (il est purement et simplement accusé d'être Daredevil), que débute le run de Brubaker...

Dans la lignée de Frank Miller, de Kevin Smith, David Mack et Brian M. Bendis, l'auteur de Fatale propose au lecteur une approche particulièrement sombre et adulte du personnage, davantage proche d'un polar urbain que d'une habituelle histoire de super-héros en slip.
Dès le départ, il met son personnage à rude épreuve en bouleversant son existence encore davantage qu'elle ne l'était jusque là, alors qu'il était difficile d'imaginer que ce fut encore possible !
En scénariste spécialisé dans les polars, Brubaker est à son aise dans ce récit quasiment naturaliste, qui développe une saga carcérale étouffante, dont le décorum sonne incroyablement juste.
Il parvient à conférer à ses personnages une épaisseur immédiate, tout en respectant à la perfection la caractérisation à laquelle ses prédécesseurs nous avaient habitués.

Personnellement, j'ai trouvé dans cette histoire toute droite sortie d'un "film de prison" une belle somme de qualités narratives et de scènes marquantes. Oh ! Ce ne sont pas les scènes d'action qui ont retenu mon attention, mais plutôt toutes celles qui exploraient l'intimité particulière du héros, dont les facultés sont toutes sensorielles. Ainsi ai-je particulièrement aimé cette séquence où Matt Murdock, isolé dans sa cellule, fait part au lecteur de la souffrance que lui inflige sa condition, alors qu'il possède des sens surdéveloppés. Les sons et les odeurs sont alors passés en détail, au travers d'une série de vignettes dont les images illustrent de manière puissante la souffrance du héros par analogie...

Dans l'ensemble, ce premier arc narratif souffre de quelques menus défauts. Premièrement, il ne s'impose probablement pas par son originalité et souffre, de ce point de vue, de la comparaison avec le run de Bendis & Maleev. Il manque d'originalité du côté du scénario dans la mesure où les événements frôlent la redite, en prolongeant les arcs précédents sans les révolutionner. Et il manque d'originalité puisque le graphisme de Michael Lark est tout de suite plus classique que celui d'Alex Maleev.
Les lecteurs les plus perspicaces auront également tôt fait de relever divers raccourcis un peu naïfs, dont le dénouement, qui intervient par le biais d'un climax au cœur du grand pénitencier de Ryker, dans lequel se retrouvent rien moins que "Daredevil", le "Caïd", "Bullseye", le "Punisher" et divers autres personnages habitués de la série, tel "Turk", l'un des rescapés du run de Frank Miller !
Pour autant, ces six épisodes sont brillamment découpés, superbement dialogués et profitent d'un dessin réaliste, expressif et immersif, d'une très grande précision, rehaussé par de magnifiques mises en pages rythmées et chorégraphiées à la perfection, derrière lesquelles se découpent des arrière-plans incroyablement détaillés. La très grande classe d'un point de vue narratif.

Dans le Tome 15 (Le diable en cavale), notre héros va partir en Europe, à la recherche de l'auteur de tous les méfaits qui s'abattent sur lui depuis qu'il a échoué en prison...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (6) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 8, 2014 8:02 AM MEST


As Falls Wichita, So Falls Wichita Falls
As Falls Wichita, So Falls Wichita Falls
Prix : EUR 14,99

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 A la croisée des mondes, 4 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : As Falls Wichita, So Falls Wichita Falls (CD)
J'ai découvert Pat Metheny avec "Are You Going With Me" (voir l'album Offramp). Je sais, ce n'est pas très original mais qu'importe, puisqu'il s'agit à la fois de l'une des plus belles musiques que j'ai entendu de toute ma vie, et qu'elle m'a permis de plonger dans l'univers du Pat Metheny Group, dont j'ai fini par acquérir la totalité des albums...

A la base du Pat Metheny Group, il y a un duo de musiciens immuable : Pat Metheny (guitariste) et Lyle Mays (pianiste). C'est en 1978 que les deux amis se sont associés pour leur premier album conceptuel (nommé tout simplement The Pat Metheny Group). En 1980, deux ans plus tard, ils doubleront leur collaboration sous la forme de deux albums. American Garage sera le deuxième du Pat Metheny Group. Mais l'autre, "As Falls Wichita, So Falls Wichita Falls", sortira comme un album duo, un disque de Pat Metheny & Lyle Mays...

"As Falls Wichita, So Falls Wichita Falls" est un album très important pour ces musiciens car il s'impose comme la pierre angulaire de leur univers musical, qui s'écarte largement de l'univers du jazz pour embrasser celui de la musique ambiante et expérimentale, ainsi que celui de la Wold-Music (particulièrement dans les accents brésiliens).
Ce faisant, ils devaient bien évidemment s'attirer les foudres du public jazz puriste, qui leur reprocha de produire de la soupe commerciale...
Cette attitude méprisante et élitiste n'empêcha pas la musique de Metheny & Mays de s'épanouir, trouvant un large public nettement plus ouvert d'esprit. Et ce fut important, car leurs albums permirent à de nombreuses personnes d'aimer le jazz, chose impossible et impensable pour beaucoup d'entre eux, s'ils n'avaient découvert cette musique universelle, sorte de "pont" entre plusieurs styles à priori irréconciliables. Ce fut important également car derrière son apparente simplicité, cette musique relativement planante permit au monde de s'apercevoir que les compositions épurées n'étaient pas forcément simplistes, mais pouvaient au contraire découler d'une incroyable complexité technique et conceptuelle, prouvant ainsi qu'il n'y avait pas de style musical inférieur...

C'est très paradoxal, mais alors que la discographie du Pat Metheny Group tient une place de choix dans ma discothèque (dans le rayon des disques dont je ne me suis jamais lassé), je ne trouve aucun album où j'estime qu'il n'y a rien à jeter ! Il y a toujours entre deux, trois ou quatre titres que je zappe, qui m'agacent pour diverses raisons (trop expérimentaux, trop aseptisés, trop improvisés, etc.). "As Falls Wichita, So Falls Wichita Falls" ne fait pas exception à cette règle, mais c'est tout de même l'album que je préfère (et même s'il ne s'agit pas à proprement parler d'un album du "Pat Metheny Group").
Je zappe toujours "Ozark", qui ne me plait pas pour son côté hystérique, en totale rupture avec la tonalité de l'album.
Et je zappe également "Estupenda Graça", car je ne supporte pas la voix foireuse de Nana Vasconcelos, qui déraille systématiquement dans les aigus.
Mais il s'agit des deux titres les plus courts parmi les cinq que regroupe le disque (4,04 mn pour le premier, 2,42 mn pour le second) !
Tout ceci, en définitive, est très révélateur : C'est une musique tellement hétérogène qu'il est impossible de tout aimer !

L'album s'ouvre en réalité avec le titre homonyme : "As Falls Wichita, So Falls Wichita Falls", longue suite de 20,46 mn. Il s'agit d'une composition extrêmement planante, sorte de mélange entre musique synthétique et bruitages naturels en tout genre. Quelque part entre Brian Eno et Tangerine Dream, Pat Metheny & Lyle Mays s'ouvrent à la musique "new-âge" et réalisent un mélange de sons qui ne ressemble en définitive à rien de connu. Je l'écoute depuis de nombreuses années, et je suis toujours incapable de comprendre sa structure, d'où proviennent toutes ses sonorités, et comment les deux musiciens ont réussi à imaginer une telle composition ! Et pourtant, ce morceau me fait toujours autant de bien !
Passées les quatre minutes hystériques "d'Ozark", nous arrivons au plat de résistance de l'album : Le sublime "September Fifteenth" (7,45 mn). Une composition homogène mais séparée en deux parties. La première est dévolue à la guitare, la seconde au piano. Il s'agit d'une magnifique déclinaison mélancolique, qui me tire des larmes à chaque passage. L'une des plus belles musiques qui m'ait été donné d'entendre. Et LE titre que j'écoute systématiquement lorsque le besoin d'un plongeon dans la mélancolie se fait ressentir. J'ai eu la chance de voir le Pat Metheny Group jouer ce morceau à l'occasion de la tournée du Imaginary Day Tour en 1997, à Nice, lors d'une douce nuit d'été. Placé au premier rang, je n'en ratais pas une miette...
L'album se poursuit avec "It's For You", titre plus enjoué que le précédent, qui évolue durant 8,20 mn, en opérant un changement de ton vers la cinquième minute. Là aussi, il s'agit d'une composition inédite et surprenante, qui ne suit aucun sentier battu tout en demeurant envoûtante par ses trouvailles mélodiques et ses arrangements inédits.
Le disque se termine avec "Estupenda Graça". Et, la plus-part du temps, tandis que je me dis que le temps est passé trop vite, je repasse l'album une seconde fois...

Si "Are You Going With Me" était présent, il s'agirait assurément de l'album de Pat Metheny que je garderais entre tous.
Pour ceux qui seraient tombés amoureux de ce disque, notez qu'en 1983, le Pat Metheny Group enregistra un superbe double-live, dominé par une version alternative de "As Falls Wichita, So Falls Wichita Falls" : Travels. On pouvait y entendre, entre autres, "Are You Going With Me"...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 6, 2014 2:56 PM MEST


Offramp
Offramp
Prix : EUR 14,99

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 La musique, l'amour et la mort, 2 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Offramp (CD)
"Je veux mourir sur cette musique".
J'étais au lycée lorsque l'un de mes amis, toujours avide de nouvelles sensations musicales, tout autant attiré par les couleurs du jazz que par les longues improvisations du rock progressif ("Genesis for ever" s'écriait-il !), m'a balancé cette phrase traumatisante.
Dès lors, il fallait que j'écoute la musique en question, qui lui avait enlevé la peur de mourir...
Ce fut assurément un choc, et je pris conscience de ce qu'il voulait exprimer : Il est de ces musiques avec lesquelles l'osmose est telle que l'on ne peut plus s'en défaire une fois les avoir écoutées, au point de déterminer que, tel un mariage d'amour fou, nous nous engageons à passer notre existence ensemble, jusqu'à la mort.
Seulement voilà, il l'avait enregistré sur cassette, sans savoir qui en était l'auteur...

Il nous fallait cette musique. Il nous fallait tout l'album. Il fallait que l'on sache où le trouver, et que l'on achète le CD.
S'ensuivit alors une véritable quête, qui allait devenir initiatrice. Munis d'un magnéto, nous partîmes écumer les disquaires à Nice, à Toulon, à Marseille, espérant trouver LE grand spécialiste qui nous délivrerait de cette terrible énigme...
Un monsieur qui travaillait à la Fnac écouta un jour le magnéto, presque distraitement, avant de relever la tête avec un sourire de victoire. Puis il nous lâcha ce que nous étions venu chercher : "ça, c'est Pat Metheny !".
Le connaisseur nous guida alors vers le Graal tant et tant recherché. Il s'agissait bien évidemment "d'Offramp", le troisième album du Pat Metheny Group, sorti en 1981...

Comme il fallait s'en douter, "Offramp" n'a plus jamais quitté ma discothèque, avant d'être rejoint par la totalité des albums du Pat Metheny Group. Et "Are You Going With Me", le fameux titre "mortel", celui qui avait inspiré mon ami au point de s'exprimer par l'emphase, est demeuré l'une des musiques les plus belles de ma vie.

Entre la musique New-Age, le Jazz-Fusion et la World-Music (le Brésil, surtout !), la musique de Pat Metheny est à la fois universelle et unique en son genre, et bien évidemment, elle ne fait pas l'unanimité...
Parfois très "planante" (terme galvaudé entre tous les qualificatifs musicaux), elle déplait aux puristes du jazz, qui méprisent ses accents indolents. Pour en avoir souvent discuté avec ce public d'élite, j'ai fini par comprendre leur déni : La musique de Pat Metheny, à la fois jazzy et universelle, parvient à plaire à ceux qui n'aiment pas le jazz, créant ainsi l'opprobre des jazzmen, qui craignent que l'on vienne leur voler LEUR musique ! Ces gens méprisent d'ailleurs "Are You Going With Me", qu'ils estiment être un titre trop... commercial (terme honnis entre tous !).
Evidemment, le style du Pat Metheny Group déplait aussi aux rockers, qui ne comprennent pas tous ces sons synthétiques qui dénaturent les cordes.
Tour à tour trop expérimentale, ou pas assez, trop technique, trop planante, trop commerciale ou au contraire trop masturbatoire, la musique du guitariste au tee-shirt marin à rayures (oui, oui, le même que Jean-Paul Gautier !) échappe en définitive à tous les puristes, mais s'offre à tous les autres, révélant toute sa finesse et toute sa profondeur, à travers des compositions aussi complexes qu'épurées, pour un voyage musical unique en son genre.

Bien évidemment, "Offramp" incarne toute cette diversité. S'il contient des titres mineurs (comme par exemple l'étrange blues-rock aseptisé "Eighteen"), il regroupe néanmoins deux pièces majeures de l'œuvre de Pat Metheny. "Are You Going With Me", bien sûr, mais également le sublime "Au Lait" (quel drôle de titre !), entendu maintes fois dans divers films (je ne me souviens plus lesquels), avec son râle féminin mystique et langoureux...
Deux ans plus tard, le groupe sortira un double album live exceptionnel (Travels), contenant une version toute aussi belle de "Are You Going With Me".
En 1997, à l'occasion de la sortie de l'album Imaginary Day, le Pat Metheny Group entama une tournée en Europe et j'eu l'occasion d'assister au concert joué à Nice, par une douce soirée d'été. Une magnifique prestation, qui culmina avec une version inoubliable de "September Fifteenth" (l'une des plus belles compositions du duo formé par Pat Metheny et son pianiste Lyle Mays, enregistré en studio dans le magnifique As Falls Wichita, So Falls Wichita Falls) et, bien entendu, avec une interprétation définitive "d'Are You Going With Me".
Placé au premier rang, je n'en ratais pas une miette et ne pouvais m'empêcher de penser, en côtoyant d'aussi près Pat Metheny, Lyle Mays, Steve Rodby et Paul Wertico (soit les membres principaux de la formation) : "Les gars, entre vous et moi, c'est à la vie à la mort"...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 5, 2014 6:25 PM MEST


That Summer
That Summer
Prix : EUR 10,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Entre Baker et Borelly, 30 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : That Summer (Téléchargement MP3)
Sorti initialement en 2004, "That Summer" est un très bel album, mais qui tient davantage de la musique douce de type "lounge" ou "easy leastning" que du jazz de puriste.
D'une manière évidente, le style de Till Brönner est une éclatante citation du leg de Chet Baker, dont notre musicien allemand reprend le style de la trompette, le rapprochant encore davantage d'un murmure velouté, autant que le style de chant, dominé par une voix fragile et juvénile.

Mais "That Summer", au delà de son "Chet Baker style", est tout de même un album extrêmement léché et peut-être trop aseptisé, qui côtoie parfois la variété et les slows de l'été, en oubliant le jazz...
Très orienté bossa-nova (on pense fortement aux albums de Diana Krall), il s'adresse davantage aux amateurs de douceurs sucrées qu'aux férus d'instrumentaux portés sur les improvisations et les démonstrations sonores expressionnistes...
Nous restons toutefois dans le haut de gamme des arrangements classieux et "That Summer", malgré mon approche un tantinet provocante (le titre de mon commentaire), est un petit bijou dans son genre.

S'il ne reprend ici aucun standard (à l'opposé de Rio, sorti en 2008), l'artiste parsème son album de quelques superbes ballades, comme l'impressionnant "Ready Or Not" ou le délicieux "After Hours", probablement les deux perles de l'ensemble au rayon des chansons. Le disque se clôture par "Rising Star", une splendide douceur instrumentale dominée par une trompette langoureuse et indolente, imprégnée de frissons délicats.

Mon album préféré de Till Brönner. Idéal pour les fonds sonores et les soirées décontractées autour d'une coupe de champagne et d'une petite ambiance romantique, feutrée et tamisée...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 1, 2014 4:28 PM MEST


Batman Knightfall tome 5
Batman Knightfall tome 5
par Doug Moench
Edition : Relié
Prix : EUR 28,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 This is (not) the end !, 28 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Batman Knightfall tome 5 (Relié)
Ce cinquième et dernier recueil de la saga "Knightfall" regroupe les épisodes "Batman" #509-510, "Detective Comics" #676-677, "Shadow of the Bat" #29-30, "Legends Of The Dark Knight" #62-63, "Robin" #8-9, "Catwoman" #12 et "Showcase'94" #10 (douze épisodes, mais certains sont des épisodes doubles).
Comme dans les tomes précédents, le team de scénaristes est composé de Doug Moench, Chuck Dixon et Alan Grant, soit trois excellents scénaristes old-school. A noter que l'épisode final (juste avant les deux épilogues) est écrit par Dennis O'Neil, le grand responsable éditorial des titres "Batman".
Les dessins sont effectués par des dessinateurs comme Graham Nolan, Mike Manley, Bret Bevlins, Barry Kitson, Ron Wagner et Tom Grummett. L'ensemble a été publié initialement en 1994.

Il s'agit de l'arc narratif intitulé "La Fin" : "Batman" a été brisé par "Bane". Jean-Paul Valley, alias "Azraël", le remplace désormais sous le costume de l'Homme chauve-souris. Mais ce dernier sombre chaque jour un peu plus dans la folie et la violence. Plus personne ne reconnait le justicier de Gotham City. Et pour cause, puisque ce n'est plus le même homme qui se cache sous le masque ! Mais Bruce Wayne, le véritable "Batman", s'est remis de ses blessures. Il subit un entrainement de très haut niveau auprès de "Lady Shiva", une redoutable tueuse. Sera-t-il de taille à affronter son successeur, désormais devenu fou et dangereux ?...

La saga s'achève, non sans avoir été étirée jusqu'aux limites de son concept éditorial.
L'heure est au grand combat final, ainsi qu'au retour du vrai "Batman", et donc au statuquo...
Durant toute la première partie de ce dernier recueil, le lecteur assiste à un double récit, puisque l'entrainement de Batman auprès de "Shiva" est mis en parallèle, au sein de chaque épisode, avec la dernière quête démente "d'Azraël". Le style narratif est donc différent des tomes précédents puisque le lecteur suit désormais un récit à la fois linéaire (chaque épisode étant la suite directe du précédent) et bicéphale (deux parcours distincts dans chaque épisode).
Cette première partie est celle que j'ai préférée. L'entrainement de Batman est une impressionnante montée en puissance presque entièrement racontée en monologue intérieur. C'est prenant, intense, bien écrit et superbement mis en scène. ☆☆☆☆
La seconde partie est nettement plus classique et infantile. Il ne s'agit en réalité que d'une série de combats répétitifs et de confrontations factices. Le grand combat entre "Batman" et "Azraël", comme d'habitude depuis le début de la saga, est une suite de scènes étirées sur un nombre incalculable d'épisodes. C'est aussi l'occasion de réunir tous les principaux personnages de la "batfamily" ("Robin", Nightwing" et "Catwoman"), afin de faire fructifier le principe du crossover...
Les épisodes sont beaucoup moins bien écrits que ceux consacrés à la première partie, avec un retour aux bulles de pensées et aux dialogues naïfs et puérils échangés en plein combat. Le dernier épisode est paradoxalement expédié trop rapidement, avec un retour au statuquo inévitable, attendu et extrêmement factice... ☆☆

Il faut ainsi prévenir les nouveaux lecteurs qui envisagent de s'attaquer à cette saga fleuve : C'est long. C'est très long. C'est nettement trop long, dans la mesure où les responsables éditoriaux ont tout fait pour capitaliser sur la longueur de ce crossover à cheval sur une petite dizaine de séries, étirant ainsi chaque étape au maximum de sa durée (quasiment 75 épisodes en seulement deux ans !!!).

Au final, cette saga demeure néanmoins d'un bon niveau de série mainstream et old-school. Mais soyons sincères : Les tournures ampoulées et la mise en forme de l'ensemble sont quand même assez infantiles et destinent cette saga aux enfants davantage qu'aux adultes.
Les lecteurs puristes vont me détester (une fois n'est pas coutume), mais ce "Batman" mainstream des années 90 (en ce qui concerne les séries régulières), c'est vraiment pour-les-en-fants !
La partie graphique ne tire pas l'ensemble vers le haut. Toutefois, les dessinateurs ont fait un effort sur leurs derniers épisodes et certaines planches sont extrêmement soignées. En tout cas nettement plus que sur le tome précédent !

Urban Comics a pris le parti d'offrir aux lecteurs une collection de très beaux albums cartonnés au papier mat de qualité supérieure. C'est très bien dans le respect du matériau originel mais ça donne des volumes à l'épaisseur considérable, qui risquent d'encombrer les petites bibliothèques !
Deux pages d'éditorial viennent planter le décor au début de l'album, et chaque épisode est précédé de sa couverture originale. Du très bon travail d'édition dans l'ensemble.
Mais alors que l'on pensait que tout était fini, notre saga "Knightfall" connait encore un prolongement dans Batman Le Fils Prodigue...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (9) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 9, 2014 2:12 PM MEST


Sings For Only The Lonely (20bit-Remastered+Bonus Track)
Sings For Only The Lonely (20bit-Remastered+Bonus Track)
Prix : EUR 17,38

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 My favorite thing !, 26 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sings For Only The Lonely (20bit-Remastered+Bonus Track) (CD)
S'attaquer à la discographie de "The Voice", voilà un challenge ! Rendez-vous compte : Près de deux-cents albums, éparpillés sur une période interminable (de 1935 à 1995 !). Il faut le faire.
Et bien voilà dans quel pétrin je me suis fourré !

Des semaines ! Cela maintenant plusieurs semaines que j'écoute la somme vertigineuse de ces enregistrements que le crooner infatigable aura accumulés entre toutes ses beuveries, ses orgies, ses films, ses concerts (chaque soir de la semaine et ce pendant des années !) à Las Vegas avec le "Rat Pack", ses prises de position pour mettre en avant les artistes noirs, ses placements immobiliers et toutes ses associations diverses aussi bien avec le monde politique qu'avec la mafia !
Après avoir écouté un paquet de grands classiques parmi son vaste répertoire (Strangers In The Night, Come Dance With Me !, My Way...), après avoir juré que mon préféré ne pouvait être que Sinatra/Jobim : the Complete Rep (à cause de ma passion pour la bossa-nova), après ce marathon musical donc, je ne peux que me ranger à l'évidence : "Only The Lonely" est pour moi le plus beau de tous.

Enregistré en 1958 au faîte de sa gloire, porté par les arrangements somptueux de Nelson Riddle, son chef d'orchestre attitré, Sinatra réalise ici un album complètement porté par la grâce. Entièrement composé de balades mélancoliques orientées sur le thème de la solitude, l'album s'écoule miraculeusement sur ses quatorze titres d'une beauté à l'épreuve du temps.
Antithèse du Rock'n Roll, "Only The Lonely" échappe pourtant à toute tentative de lui infliger une connotation surannée tant sa perfection formelle met à genoux l'auditeur égaré. A ranger sans conteste à côté des grands classiques du jazz symphonique de la fin des 50's et du début des 60's, entre le Porgy & Bess de Gershwin interprété par Ella Fitzgerald et Louis Armstrong et le Sketches of Spain de Miles Davis et Gil Evans...

Et voilà qu'en m'empressant de chercher sur la toile des renseignements sur cet album afin de nourrir mon commentaire, je m'aperçois qu'il s'agissait du préféré de Sinatra ! Ce dernier l'avait enregistré au lendemain de sa rupture avec Ava Gardner et chantait la mort de l'amour avec une sincérité bouleversante.
C'était d'ailleurs une époque bénie pour le chanteur, qui alignait les réussites avec des disques magnifiques, comme In the Wee Small Hours en 1955, Where Are You ? en 1957 et No One Cares en 1959.
Impossible, pour ma part, d'écarter un titre plus qu'un autre dans cet enchainement porté par la grâce. Peut-être la chanson qui donne son titre à l'album, le classique "Angel Eyes" ou le délicieux "One For My Baby" (que des titres absents des habituelles compilations !). Mais... non, franchement, dès que j'y pense, il échappe à mon jugement rationnel...
Allez, filez immédiatement écouter le chef d'œuvre de "The Voice" !


Miracleman tome 1
Miracleman tome 1
par Julian Writer
Edition : Broché
Prix : EUR 14,95

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Egakrad !, 24 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Miracleman tome 1 (Broché)
"La vache ! Comme c'est génial !"
Ce n'est pas tous les jours que je me dis ça en refermant un bouquin. Et encore moins s'il s'agit d'un comic book de super-héros en slip. Bien évidemment, c'est ce que je me suis dit après avoir lu Watchmen, le pavé révolutionnaire jeté dans la marre de l'industrie des comics et créé par le scénariste qui nous intéresse ici, et dont je dois taire le nom puisqu'il ne veut plus être associé à la série "Miracleman" sous peine de procès au derrière...

"Miracleman" est pourtant la première œuvre de ce grand scénariste (le plus grand au monde, dit-on) dans le domaine super-héroïque. Et ce fut, en 1982, la première véritable tentative de transformer ce médium afin de le destiner aux adultes.
En cette même année, le scénariste et dessinateur Jim Starlin avait déjà tenté une percée dans le domaine des grands, en mettant en scène La mort de Captain Marvel, où le héros devait combattre le cancer. Mais rien de réellement comparable avec cette révolution thématique absolue générée par la reprise du titre "Miracleman"...

Nous parlons de "reprise" car le personnage existait en réalité depuis 1954. Né de l'industrie des comics britanniques, il était directement inspiré du "Captain Marvel" de Fawcett Publications, plus tard racheté par DC Comics, qui devait crier le mot magique "Shazam !" afin de se transformer en un super-héros aussi puissant que "Superman" ! "Miracleman" s'appelait d'ailleurs au départ "Marvelman", avant que l'éditeur Eclipse Comics (éditeur américain ayant repris la série après l'arrêt du magazine "Warrior") ne l'oblige à quitter ce plagiaire patronyme, qui semblait venir d'une autre célèbre maison d'édition... Et il criait déjà son propre mot magique : "Kimota" ("Atomik" à l'envers)...
Ironie du sort, le "Captain Marvel" version DC Comics ne s'appelle désormais plus "Captain Marvel" (il s'appelle tout simplement "Shazam"), celui de Marvel Comics est mort, et "Miracleman", aujourd'hui devenu propriété intellectuelle de Marvel Comics, s'appelle toujours "Miracleman"...

Dans le même type d'imbroglio, il y a également le procès interminable qui nous a privés de lire cette série depuis des lustres. Fâché à mort avec l'industrie du comic book américain, le créateur de V pour Vendetta s'était opposé à cette réédition. Finalement, il perdit son procès mais exigea que son nom soit retiré de l'œuvre, et que les droits d'auteur soient intégralement reversés au dessinateur...
J'ai pourtant eu la chance de lire l'édition française publiée furtivement par l'éditeur Delcourt au début des années 90 (et rapidement devenue aussi introuvable que le Graal). Et comme de bien entendu, à l'époque, c'est un indiscutable "La vache ! Comme c'est génial !" qui était sorti de mon esprit en refermant la chose...

"Déconstruction et reconstruction du mythe". Voilà la manière dont on a coutume de qualifier la technique narrative du créateur de From Hell, lorsqu'il écrit sur une histoire de super-héros. A ce titre, l'exemple de "Miracleman" illustre cette maxime de manière impressionnante :
Dans sa phase de déconstruction, le scénariste va commencer par présenter son personnage avec toutes ses naïvetés et ses archétypes. Il va montrer du doigt à quel point rien de tout cela ne fonctionne, en relever toutes les incohérences, toutes les naïvetés, tous les anachronismes. A la fin de cette première phase, le lecteur assiste à une démythification totale du héros.
Et puis dans sa phase de reconstruction, l'auteur de Top 10 va déverser une avalanche d'idées toutes plus géniales les unes que les autres afin de justifier toutes ces incohérences en les transposant dans un tout nouveau contexte, un nouveau système de pensée, une autre époque et un nouveau point de vue.
A l'arrivée, "Miracleman" n'est plus du tout une série super-héroïque au sens classique. Le manichéisme et les naïvetés inhérentes au genre se sont évaporés, laissant la place à une fable désenchantée sur la course à l'armement, sur les dangers d'une science utilisée sans conscience et sur la peur du danger nucléaire. L'ambiance devient réaliste, sourde et parfois malsaine. Nous avons été transportés dans un autre univers narratif.

A partir de là, les comics de super-héros ne seront plus jamais les mêmes, et tout un groupe d'auteurs, quasiment tous venus de Grande-Bretagne, va utiliser ce medium jadis enfantin pour raconter des histoires destinées aux adultes, mâtinées d'une toile de fond politique, philosophique ou, quoiqu'il en soit, réflexive.
Je terminerais d'ailleurs, à ce sujet, par relever que le scénario de "Miracleman" par l'auteur de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires regorge encore de thèmes sous-jacents, passionnants à décrypter (au hasard : les affres de la nature humaine, les notions de confiance et de pouvoir, la schizophrénie et les allusions à la philosophie de Nietzsche via son livre "Ainsi parlait Zarathoustra"...), le tout découpé avec une classe narrative incomparable. L'ensemble a certes un peu vieilli, demeure peut-être un peu bavard (le seul vrai défaut du scénariste), mais démontre un sens de la mise en scène quasi-cinématographique, dominé par des soliloques inspirés (qui remplacent peu à peu les bulles de pensées au fil des pages, jusqu'à les faire disparaitre !), qui fait encore école aujourd'hui.
Bref, une œuvre dense, destinée à être relue indéfiniment...

Cette nouvelle édition proposée par Panini Comics (qui reprend le modèle américain) ajoute, en plus de son grand format "deluxe", un grand nombre de bonus à la précédente (celle des éditions Delcourt).
Parmi les plus belles idées, nous pouvons profiter d'un épisode datant de 1956, réalisé par le créateur de la série "Miracleman" : Mick Anglo. L'épisode en lui-même est d'une tonalité infantile extrême. Mais, placé en introduction, il permet de rentrer de manière idéale dans le récit concocté ensuite par le créateur de Promethea, et d'en mesurer toute la profondeur.
A l'époque de sa première édition, la série "Miracleman" était publiée dans le magazine britannique "Warrior". Et l'auteur de Killing Joke avait inséré, entre deux épisodes, de petites histoires annexes venant étoffer son univers de science-fiction. Cette édition nous fait profiter de ces raretés, de petites histoires courtes qui mettent en scène les "Warpsmith", des extraterrestres aux pouvoirs incroyables. L'espace d'une vingtaine de planches, on assiste alors au débordement d'imagination d'un auteur qu'aucun concept science-fictionnel et métaphysique n'arrête (attention aux dialogues d'un autre monde) ! Cela peut paraître un peu indigeste à lire pour la première fois, mais c'est paradoxalement savoureux au final !
Le recueil se termine par divers bonus telles les couvertures originales et alternatives, les crayonnés initiaux de Garry Leach et des exemples de la toute nouvelle mise en couleur exécutée par ce dernier. En effet, la colorisation a été refaite et modernisée. Comme d'habitude, cela ne plaira pas aux puristes extrémistes. Mais les autres, et bien... on adore ! Sachant que la mise en couleur initiale était laide et industrielle, que le récit présent s'impose comme une œuvre hors du temps, je pense qu'il faut se féliciter de ce petit coup de jeune...

Ce premier volume annonce une collection de quatre tomes, dont les trois prochains ne comporteront que du matériel inédit, y compris la suite et fin de la série sous la plume du scénariste Neil Gaiman. En bref : Que du bonheur.
Allez, hop, on y retourne : "Kimota !"
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (13) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 11, 2014 10:25 AM MEST


Le Seigneur des Anneaux [Dessin animé de 1978]
Le Seigneur des Anneaux [Dessin animé de 1978]
DVD ~ Andre Morrell
Prix : EUR 10,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Le Maître étalon, 22 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Seigneur des Anneaux [Dessin animé de 1978] (DVD)
Depuis 1957, le réalisateur Ralph Bakshi rêvait de réaliser une adaptation du Seigneur des Anneaux sous la forme d'un dessin-animé.
D'abord frustré de ne pas réussir à en obtenir les droits, il se mit à la tâche afin d'imaginer sa propre mythologie inspirée de l'univers de Tolkien. Ce projet aboutit en 1977 avec la réalisation des Sorciers de la Guerre, un étonnant film d'animation psychédélique à mi-chemin entre les histoires de la "Terre du Milieu" (la terre du "Seigneur des Anneaux") et des anthologies de l'époque que l'on pouvait trouver dans des magazines comme le mythique Métal Hurlant.
A peine un an plus tard, Bakshi apprenait que le studio United Artists avait entamé la production d'une adaptation du chef d'œuvre de Tolkien...

D'abord destiné à John Boorman, le projet échoua finalement à Ralph Bakshi, qui réussit à convaincre le producteur Saul Zaentz de lui en laisser la direction. Et alors que Boorman avait imaginé un seul film condensant toute l'intrigue des trois livres originaux ("La Communauté de l'Anneau", "Les Deux Tours" et "Le Retour du Roi"), Bakshi proposa d'emblée l'idée d'un film en trois parties.
Finalement, United Artists négocia deux films au lieu de trois, chacun adaptant un livre et demi (le premier bénéficiant tout de même une durée de 132 minutes)...

La suite est désormais connue. Le film soufra au final d'un manque de moyens (pourtant considérables) et de choix artistiques parfois étranges.
Comme il l'avait déjà fait pour "Les Sorciers de la Guerre", son film précédent, Bakshi abusa du mélange entre les superbes décors peints comme des tableaux, les personnages principaux aux allures de cartoon et les figurants animés grâce au procédé de la rotoscopie (des acteurs filmés en prises de vue réelles, puis recouverts par le dessin). Si ce dernier parti-pris technique n'était pas nouveau (Walt Disney l'ayant utilisé depuis 1937 !), on ne peut pas dire qu'il ait été pratiqué, dans le cinéma de Ralph Bakshi, avec subtilité et harmonie. Ainsi, lors de la grande "Bataille du Gouffre de Helm", à la fin du film, peut-on voir les personnages de cartoon se télescoper avec des acteurs en chair et en os, à peine "maquillés" par quelques filtres sombres et autres légères brumes colorées ! Pour un résultat esthétique somme-toute très particulier...
Le résultat ne plut pas à la critique qui descendit le film en flèche. Et malgré le succès commercial de ce premier film, le studio refusa d'en produire la suite...

Et pourtant, cette première adaptation de l'œuvre de Tolkien au cinéma regorge de qualités !
Le scénario est parfois confus, mais la mise en scène épouse brillamment les aspérités de la "Terre du Milieu". Bakshi trouve immédiatement la "voix" de ses personnages et les anime dans une série de scènes qui s'abreuvent directement dans les lignes des deux premiers livres.
Dès l'introduction, tandis que défile la magnifique bande-son épique composée par Leonard Rosenman, l'univers de Tolkien s'impose à notre esprit, alors qu'il ne s'agit que de simples animations en (fausses) ombres chinoises !
Fidèle à sa volonté de réaliser des films d'animation pour adultes, puisqu'il fut le premier, en réalisant le cultissime Fritz the Cat, à utiliser la technique de l'animation à destination des grandes personnes, Bakshi nous offre une interprétation à la fois très fidèle de la "Terre du Milieu", et aussi épique que celle d'un film en prises de vues réelles.
Alors qu'à l'époque l'univers de l'Heroic fantasy est purement et simplement absent du grand écran, cette première adaptation du "Seigneur des Anneaux" se révèle comme le mètre-étalon de toutes les productions futures dans ce domaine au départ réservé aux livres ou aux jeux de rôle.

Bien des années plus tard, Peter Jackson s'inspirera clairement des partis-pris narratifs du film de Bakshi, apportant dans sa propre et définitive version (Le Seigneur des Anneaux - Intégrale) peu ou prou les mêmes modifications et les mêmes changements de script par rapport aux livres de Tolkien.
Quatre ans plus tard, Bakshi délaissera l'univers de Tolkien mais tentera une ultime plongée dans l'Heroic fantasy en compagnie de Frank Frazetta en réalisant Tygra, la glace et le feu.
En 1977, Jules Bass réalisait une adaptation de Bilbo le Hobbit pour le petit écran. Trois ans plus tard, en 1980, le même Jules Bass réalisait Le Retour du Roi], laissant le public perplexe à l'idée qu'il s'agissait de la suite du "Seigneur des Anneaux" de Ralph Bakshi. Ce n'était hélas pas le cas et ainsi, ce premier grand film d'Heroic fantasy adapté de l'univers de Tolkien demeura un film inachevé...
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Les Sorciers de la guerre
Les Sorciers de la guerre
DVD ~ Bob Holt
Proposé par AAWATA59
Prix : EUR 14,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Quand Tolkien échoue à Woodstock..., 21 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Sorciers de la guerre (DVD)
"Les Sorciers de la Guerre"("Wizards") est un film d'animation réalisé en 1977 par Ralph Bakshi, un an seulement avant sa version animée du mythique Seigneur des Anneaux.
Le scénario tient d'ailleurs tout autant de l'œuvre de J.R.R. Tolkien que des récits de science-fiction populaires que l'on trouvait à la même époque dans les anthologies de type "Métal Hurlant" : La Terre a été ravagée par le feu nucléaire. Des millions d'années sont passés lorsque notre planète se retrouve dominée par plusieurs races mutantes et diverses créatures féériques.
Un beau jour, deux jumeaux très puissants et quasiment immortels naissent au royaume de "Montagar". Le premier, "Avatar", est sage. Mais le second, "Blackwolf", est maléfique. Après plusieurs siècles de paix, la guerre va de nouveau ravager le monde...

Film culte de toute une génération issue d'une époque où l'Heroic Fantasy ne courrait pas les rues, le film de Ralph Bakshi est à la fois d'une ambition démesurée et d'une forme bâtarde qui souffre d'un manque de moyens évident.
Regarder aujourd'hui ce film unique en son genre est une expérience hallucinante, qui confine au mélange des genres, thématiques comme esthétiques !
Dans les années 70, Ralph Bakshi est l'un des tout premiers auteurs à réaliser des films d'animation à destination des adultes (on se souvient encore de Fritz the Cat !). Avant lui, personne n'avait encore injecté du réalisme cru et des véritables expérimentations psychédéliques (au sens psychotrope du terme) dans le médium préféré de Walt Disney ! Ainsi, "Avatar", le héros du film ici présent, est un véritable vieux poivrot lubrique qui fume à longueur de journée !
"Les Sorciers de la Guerre" s'impose dès lors comme un ovni, qui reste désormais intrinsèquement lié à une époque bien précise : Celle de la génération "flower power"...

Alors qu'il rêve d'adapter "Le Seigneur des Anneaux" depuis de nombreuses années, Bakshi imagine une mythologie d'une étonnante richesse et d'une incroyable originalité, qui puise ses sources dans les diverses références les plus évidentes (le monde de Tolkien mais aussi les contes de notre enfance) tout en les interprétant avec une liberté de ton qui s'impose à l'arrivée comme une véritable reformulation. En bref, il fait du neuf avec du vieux...
La mise en forme de l'ensemble souffre toutefois d'un mélange de techniques pas toujours réussi (c'est le moins que l'on puisse dire). S'il a la bonne idée de faire appel à deux artistes illustrateurs de premier ordre pour réaliser les backgrounds en la personne de Mike Ploog et Ian Miller, Bakshi colle par dessus leurs magnifiques tableaux ténébreux des personnages animés tout en rondeur qui ne s'harmonisent pas du tout avec les décors.
Et puis le réalisateur oppose pour la première fois (et par manque de moyens) les divers personnages principaux animés de manière traditionnelle avec tous les personnages secondaires intégrés grâce au procédé de la rotoscopie (qui consiste à filmer des acteurs ensuite recouverts -ici grossièrement- par le dessin). Ce mélange disgracieux se reproduira par la suite dans "Le Seigneur des Anneaux" puis dans Tygra, la glace et le feu, pour un résultat bâtard qui aura peu à peu raison de la carrière de l'auteur...
Par manque de moyens, encore, Bakshi ira même, afin de mettre en scène la grande bataille finale, jusqu'à recycler puis intégrer (parfois de manière "copié-collé" à outrance !) des scènes de quelques films de guerre (comme par exemple La Bataille Des Ardennes), elles aussi "maquillées" à la va-vite grâce à un mélange de filtres et de fumées colorés !
Le résultat est surprenant, parfois raté, souvent choquant, toujours original et surtout extrêmement psychédélique, sensation encore renforcée par une musique aujourd'hui très connotée "70's" avec ses accents pop underground !

Une des qualités principales des "Sorciers de la Guerre" tient tout de même à son script d'une force hors du commun. La toile de fond politique et anticipationnelle propose ainsi au spectateur de s'interroger sur le devenir de notre monde s'il venait à basculer une fois encore dans le totalitarisme primaire et les idées fascistes. Afin de matérialiser sa métaphore, Ralph Bakshi se fend d'une idée absolument géniale : Lorsque "Blackwolf" le maléfique déverse ses armées sur le royaume de "Montagar", il mystifie ses ennemis grâce à une vieille caméra retrouvée dans les ruines antiques de notre monde, qui diffuse des images de propagande du III° Reich ! Ainsi terrifiés par ces images d'apocalypse, ses ennemis baissent leur garde et se laissent décimer dans un décor qui rappelle les horreurs de la guerre des tranchées...
Le message est clair : La force des images, qui galvanisent les troupes autant qu'elles terrorisent l'ennemi, agit comme une arme ultime qui pervertie la conscience humaine !
Si aujourd'hui l'affrontement manichéen qui oppose le gentil "Avatar" et ses allures de hippie au méchant "Blackwolf" avec ses croix gammées peut paraitre simpliste, il gagne ses jalons de fable anticipationnelle d'une puissance peu commune dès lors qu'on le replace dans son époque, où l'on pensait encore que le festival de Woodstock suffisait à répandre la paix sur le monde, tandis qu'une autre partie des jeunes américains se faisait massacrer au Vietnam...

Bref, un film unique en son genre qui souffre autant de sa mise en forme composite qu'il profite de son ambition artistique ébouriffante. Un très grand moment de cinéma, quoiqu'il en soit...
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Masqué - Coffret Tome 1 à 4 de Serge Lehman (2013) Poche
Masqué - Coffret Tome 1 à 4 de Serge Lehman (2013) Poche
par Serge Lehman
Edition : Poche

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Le retour des super-héros en france, 20 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Masqué - Coffret Tome 1 à 4 de Serge Lehman (2013) Poche (Poche)
Mon commentaire épouse l'intégralité de la saga, soit les tomes 1 à 4 de la série "Masqué", par serge Lehman & Stéphane Créty.

Dans un futur très proche (presque un présent dystopique), Paris est confiée au préfet spécial "Beauregard", qui décide d'en faire une "méga-métropole", que les buildings gigantesques et une esthétique rétro-futuriste transforment en une cité utopique de science-fiction. Une énergie s'en dégage aussitôt, au point de générer l'émergence de phénomènes surnaturels (les "Anomalies", sortes de robots qui naissent de nulle part). Un soldat, de retour à la capitale, va se retrouver au cœur de ces événements, appelé lui-même à subir sa propre transformation... en surhomme ! Les super-héros seraient-ils de retour dans la capitale française ?

"Masqué", au cas où certains l'ignoreraient encore, est la suite de la série La Brigade chimérique, par le même scénariste. Dans cette magistrale création initiale, Serge Lehman et ses collaborateurs nous avaient expliqué les raisons de la disparition des surhommes de notre continent, au bénéfice de l'Amérique, à l'aube de la seconde guerre mondiale. "Masqué" peut ainsi être perçu comme une suite, une uchronie, ainsi qu'une tentative particulièrement solide de revendiquer la notion de "super-héros" dans la culture européenne.

Le concept de la série regorge de bonnes idées :
1) La montée du nazisme, ses horreurs et ses répercutions : Après la seconde Guerre mondiale et les abominations de l'idéologie nazie, le "surhomme" était soudain devenu une notion horrible ! Résultat : ceux-ci ont disparu du continent et ils ne connurent leur essor qu'en Amérique (allégorie à peine déguisée de ces artistes et savants qui, fuyant le nazisme, ont déporté tout le savoir et les acquis de l'ancien continent vers le nouveau) !
2) La transformation de Paris en métropole futuriste à cheval entre Metropolis (version Superman ET Fritz Lang) et Blade Runner : Le lecteur est ainsi en terrain favorable pour épouser ce retour en force de la science-fiction dans une ville à la fois parfaitement reconnaissable, et complètement repensée de manière futuriste !
3) Le super-héros en noir et blanc : C'est le témoignage parfait d'une époque rétro et révolue, et ce n'est pas pour rien que la figure de "Fantômas" s'élève en permanence, tout au long de la série et sous la forme d'un hologramme, au dessus de Montmartre, le sommet de la ville !
4) Les super-pouvoirs comme une entité prisonnière soudain libérée : Le décor de ce "Paris-Métropole" étant enfin raccord avec la notion de surhomme, une entité énergétique conceptuelle -le "Plasme"- se répand sur la ville, créant dans un premier temps des manifestations fantastiques (les "Anomalies"), avant de générer des super-héros et des super-vilains de manière inconsciente, arbitraire et intuitive.

"Masqué" s'impose d'emblée comme une œuvre d'une densité ébouriffante, qui nécessitera probablement un certain nombre de lectures avant que l'on puisse en saisir toute la richesse et l'avalanche de références pointues et fédératrices. Mais néanmoins, sa publication sous la forme d'albums franco-belges de facture classique (une cinquantaine de pages pour chaque tome) en atténue la profondeur en termes de perception et de pagination. Tout va très vite et l'on a souvent l'impression que les événements y sont beaucoup trop précipités. La caractérisation des personnages y est ainsi trop expédiée, la toile de fond politique également, ainsi que les pouvoirs de chaque surhomme, qui brillent par leur manque d'épaisseur et d'originalité.
Pour le dessin, c'est un peu la même chose : Le style très consensuel de Stéphane Créty n'apporte pas beaucoup de force au récit. Ses quelques vues de "Paris Métropole" sont impressionnantes mais elles sont tellement rares qu'on a l'impression que l'artiste s'est un peu économisé sur ce point, ce qui atténue l'impression d'immersion voulue. Le dessin de Gess dans la "Brigade Chimérique" était beaucoup plus sommaire mais nettement plus mythologique, et s'accordait finalement mieux au sujet, lui apportant une densité iconique bien plus forte.
Dans le fond, la série est conceptuellement exceptionnelle. Mais dans la forme, elle souffre d'une facture classique qui ne lui permet pas vraiment de décoller comme elle le devrait. A l'heure où j'écris ces lignes, un deuxième cycle est déjà en préparation. Souhaitons que la Forme y soit aussi bien développée que le Fond...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 20, 2014 8:36 PM MEST


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