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Contenu rédigé par Tornado
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Tornado (Provence Côte d'Azur)

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Conquest: Uncut - 30th Anniversary Edition (Dvd + [Import allemand]
Conquest: Uncut - 30th Anniversary Edition (Dvd + [Import allemand]
DVD ~ Andrea Occhipinti Jorge Rivero
Proposé par lobigo
Prix : EUR 74,12

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Psychedelic fantasy, 16 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Conquest: Uncut - 30th Anniversary Edition (Dvd + [Import allemand] (DVD)
"Conquest" est un film réalisé en 1983 par Lucio Fulci.
En 1982, John Milius réalisait Conan le Barbare, un succès sans précédent pour un genre il est vrai très peu représenté (à l'époque) au cinéma : l'Heroic-fantasy. Et un an auparavant, Jean-Jacques Annaud rencontrait le même type de succès avec La Guerre du Feu et son monde préhistorique.
A cette époque, l'Italie est le grand spécialiste de la série B et son cinéma bis est d'un opportunisme inégalé en matière de récupération de genre dès lors qu'un film cartonne au box-office. Les projets qui profitent de l'engouement pour l'Heroic-fantasy à la "Conan" ou des aventures préhistoriques à la "Guerre du Feu" vont ainsi être légion et pulluler sur les écrans pendant des années, rarement pour le meilleur, souvent pour le pire. Et c'est ainsi que Dar l'Invincible, Sangraal, Ator le Guerrier de Fer, Thor le Guerrier ou Les Barbarians vont côtoyer les Guerre du Fer (!) et autre Yor le Chasseur du Futur (avec parfois même un peu de Star Wars dedans !). Et c'est ainsi qu'en 1983, le réalisateur Lucio Fulci est approché pour le concept de "Conquest"...

A l'origine, Fulci est un spécialiste de l'horreur. Dans le sens le plus extrême du genre. Un horreur gore et malsaine, souvent orientée vers les zombies. Le réalisateur sort d'ailleurs d'une trilogie épique avec L'enfer des Zombies (1979), Frayeurs (1980) et L'Au-Delà (1981), les trois films ayant repoussé loin les limites de l'horreur putride.
Le pitch de "Conquest", au départ pensé pour être un mix de "Conan" et de "La Guerre du Feu", va s'orienter vers une Heroic fantasy plutôt psychédélique et épurée, au scénario d'une simplicité biblique : Dans un monde préhistorique où la magie est l'apanage de quelques clans et où les hommes côtoient des races hybrides telles les hommes-loups et hommes-taupes (il y a même les hommes-fœtus !), une reine maléfique fait régner la terreur en dévorant la cervelle des humains qu'elle rafle sur tout le territoire (ben oui, elle comme ça. Mais elle est maléfique on vous l'a dit). Survient alors un archer, "Illias". Celui-ci est gentil et un peu magicien. Il va donc s'opposer à la reine. Dans sa quête, il va croiser la route de "Mace", un puissant guerrier dont la famille a été massacrée par la méchante reine et ses hommes-loups...

Puisque Lucio Fulci est un spécialiste de l'horreur, il va pimenter son "Conquest" d'une bonne dose d'effets horrifiques. Et comme à son habitude, il n'y va pas avec le dos de la cuiller : Décapitations, attaque de zombies dans les marais, méchants qui dévorent la cervelle à la paille (ils sont méchants, on vous l'a dit), et surtout ce plan au début du film, où une jeune et jolie fille est écartelée par les hommes-loups, le spectateur profitant d'un gros plan particulièrement atroce sur le bassin de la demoiselle qui s'ouvre lentement en deux, libérant ainsi boyaux et entrailles...
Le cinéaste impose en definitive sa "griffe", et "Conquest" tranche dans le tout-venant des films d'Héroic-fantasy par son atmosphère extrêmement gore et malsaine.

L'autre grande particularité du film réside dans le traitement de l'image, particulièrement psychédélique puisque la majorité des séquences sont tournées en contre-jour sur des fonds colorés au travers de brumes vaporeuses. Ces effets visuels, outre qu'ils sont bien pratiques pour masquer le budget rachitique de la production, et au-delà du fait que certaines scènes de combat sont incompréhensibles puisque l'on n'y voit goutte, offrent tout de même une allure originale et unique à l'ensemble, souligné par une musique omniprésente particulièrement onirique et crépusculaire.

Malgré tous ces points positifs qui participent, sinon d'un film d'auteur, au moins d'un spectacle sortant de l'ordinaire, "Conquest" n'est pas pour autant une éclatante réussite. La faute à un script lénifiant et à des acteurs inexpressifs possédant le charisme d'un bigorneau. Détail amusant, le film étant une coproduction italo-mexicaine, il fit un flop en Italie mais obtint un succès fracassant au Mexique grâce à la "présence" de l'acteur vedette Jorge Rivero dans le rôle de "Mace" le guerrier. On se demande bien pourquoi le bonhomme à la moumoutte était une telle vedette !
Aujourd'hui, avec le temps, "Conquest" s'impose comme un film très étrange. Une sorte de nanar unique en son genre, teinté d'onirisme psychédélique et de quelques fulgurances gores pour un résultat particulièrement malsain. Une véritable curiosité.
A l'époque de sa sortie en VHS, il bénéficiait d'une réputation tellement sulfureuse qu'il aura fallu plus de trente ans avant que je ne me décide à le regarder...

Cette tardive édition allemande n'offre, comme d'habitude avec nos voisins teutons, aucune piste VF ni aucun sous-titres français. Dommage pour les amateurs qui devront se contenter des pistes allemandes, italiennes ou anglaises...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 17, 2016 8:52 PM MEST


Les Contes de la nuit noire
Les Contes de la nuit noire
DVD ~ Deborah Harry
Proposé par momox fr
Prix : EUR 29,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Retour à la crypte, 15 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Contes de la nuit noire (DVD)
"Darkside, les Contes de la Nuit Noire" est un film d'horreur réalisé en 1990 par John Harrison.
Il s'agit d'une adaptation cinématographique puisque le film s'inspire de la série télévisée "Tales From the Darkside", diffusée dans les années 80 sous le titre français "Histoires de l'Autre Monde". A l'époque, plusieurs épisodes furent édités en VHS sous le titre "Contes des Ténèbres", mais la série demeure inédite en DVD.
En 1989 débute une autre série TV : Les Contes de la Crypte, adapté d'une célèbre série de comics. Certes, c'est la première fois qu'une telle adaptation voit le jour de manière officielle, mais de manière officieuse, cela avait déjà été le cas avec le film Creepshow en 1982, qui était un hommage aux comics de type Tales From the Crypt réalisé par George A. Romero d'après quelques nouvelles de Stephen King, lui-même fan avéré de ces comics horrifiques des années 50 (qui constituent l'une de ses principales sources d'inspiration).
Cette équation mène en toute logique à notre "Darkside, les Contes de la Nuit Noire", qui marche ainsi sur les traces du film "Creepshow" dans une forme d'hommage, mais cette fois, à une série TV... (Ça donne mal à la tête n'est-ce pas ?).

A "Creepshow", le film de John Harrison emprunte la forme du "film à sketches" mais aussi, en passant, la participation de George A. Romero au scénario et indirectement celle de Stephen King, car le scénario de "Creepshow" était écrit par... le King en personne ! (et oui, ça donne le tournis).
Ainsi, "Darkside, les Contes de la Nuit Noire" se décompose en trois segments distincts, chacun étant relié par un fil rouge.
- Le fil rouge : Un petit garçon, prisonnier d'une sorcière cannibale (Deborah Harry, chanteuse de Blondie !), essaie de gagner du temps en lui racontant trois histoires d'horreur issues d'un vieux grimoire.
- Première histoire ("Lot 249") : Dans un campus universitaire, un étudiant (Steve Buscemi) ressuscite une momie et utilise ce pouvoir afin de se venger de ses camarades (Christian Slater et Julianne Moore)...
- Deuxième histoire ("Cat From Hell") : Dans un vieux manoir, un vieillard milliardaire demande à un tueur à gages (David Johansen, chanteur des New-York Dolls !) de régler son compte à un chat noir maléfique responsable de la mort de toute sa famille...
- Troisième histoire ("Lover's Vow") : A New-York, un artiste raté est attaqué par une gargouille. Celle-ci décide de l'épargner contre la promesse de ne jamais révéler son existence. Peu après, notre artiste rencontre le succès et épouse la femme de sa vie (Rae Danw Chong)...

Le scénario est écrit par Michael McDowell, hormis le sketch "Cat From Hell", écrit par George A. Romero d'après la nouvelle de Stephen King (dans un hommage évident au poème d'Edgar Alan Poe) ! A noter que le premier sketch ("Lot 249") est inspiré d'Arthur Conan Doyle. Il convient de reconnaitre que la meilleure partie du film est dévolue au scénario original de Michael McDowell, soit le fil rouge et surtout le dernier sketch ("Lover's Vow"), indéniablement le plus réussi.
L'ensemble colle à son époque. La réalisation parait datée mais ne manque pas de charme. Quelques scènes sont ostentatoirement gores, notamment celle de l'attaque de la gargouille, qui bénéficie par ailleurs de superbes effets spéciaux (pour l'époque) en animatronique et en stop-motion.
A l'arrivée, voilà une bonne petite série B au charme connoté 80's (bien qu'elle soit sortie en 1990) qui ravira les amateurs et les nostalgiques des séances VHS du samedi soir, ou encore des jeudis soirs sur M6, puisque l'émission "les jeudis de l'Angoisse" passait le film en boucle.
Elle ravira enfin les fans de films à sketches horrifiques, hérités des comics des années 50 mais également d'une certaine forme de cinéma fantastique qui, du séminal Au Cœur de la Nuit (1945) à "Creepshow", en passant par L'Empire de la Terreur (1962), Les 3 Visages de la Peur (1965), Le Club des monstres (1981) ou autres Necronomicon (1993), est devenu un genre cinématographique à part entière.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 16, 2016 8:45 AM MEST


Quiet Kenny
Quiet Kenny
Prix : EUR 6,19

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 In the shadow, 13 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Quiet Kenny (CD)
Cela arrive parfois : On découvre un artiste à travers un album et c'est le coup de foudre. Alors on se lance dans une quête, qui consiste à trouver les autres disques du même acabit, qui nous offriraient miraculeusement les mêmes sensations. Hélas, on finit désespérément par se résigner avec le temps, lorsque l'on accepte enfin la fatalité : Un tel album n'existe qu'en un seul exemplaire ! Il n'y en a pas d'autres comme celui-là !
C'est cette expérience que j'ai une fois encore vécue avec "Quiet Kenny", que je découvrais un jour dans une médiathèque, il y a cela bien des années...

Comme son titre l'indique, Kenny Dorham nous offre ici une série de balades, davantage orientées vers le cool que vers le be-bop expressionniste.
La sélection est néanmoins très équilibrée, qui s'ouvre et se referme sur deux titres assez énergiques, encadrant cinq splendides douceurs veloutées. Et là encore, chaque morceau est bien distinct du précédent comme du suivant.
Ainsi, "Lotus Blossom", le premier titre, introduit la sélection avec un panache étourdissant. Là, Kenny Dorham démontre de manière éblouissante que la virtuosité peut avant tout être au service de la mélodie et non pas de la démonstration gratuite. Sachez que le morceau, à lui-seul, justifie l'achat du présent disque...
L'album se conclue précipitamment avec "Mack the Knife", la reprise du standard de Louis Armstrong. Mais avant ce final un peu rapide, il convient de reprendre dans l'ordre les cinq balades qui justifient le titre : "My Ideal" (doux et contemplatif), "Blue friday" (longue plage au swing d'une classe incomparable), "Alone Together" (classique imperturbable, tout en retenue), "Blue Spring Suffle" (où l'on reprend le swing de "Blue Friday", en plus aventureux), "I Had The Craziest Dream" (autre classique "bakerien") et enfin "Old Folks" (blues à la fois lumineux et nocturne). Inutile de le préciser : Rien n'est à jeter.

C'est fort dommage mais c'est pourtant vrai : Kenny Dorham ne bénéficie pas de la notoriété de ses pairs et, avec Clifford Brown, il reste dans l'ombre des autres grands trompettistes de jazz de son époque, Miles Davis, Chet Baker, Dizzy Gillespie et bien évidemment Louis Armstrong. Ecoutez cet album splendide, et il y a de fortes chances pour que ce musicien, au style relativement proche de celui de Chet Baker, rejoigne rapidement dans votre cœur les grands noms cités ci-dessus...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 17, 2016 12:58 PM MEST


DAREDEVIL L HOMME SANS PEUR T02
DAREDEVIL L HOMME SANS PEUR T02
par Alexandre Maleev
Edition : Broché
Prix : EUR 18,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Apocalypse now, 9 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : DAREDEVIL L HOMME SANS PEUR T02 (Broché)
Voici la réédition du recueil de la collection "Deluxe" Daredevil, l'homme sans peur, Tome 2 : Le procès du siècle (grand format cartonné) dans la collection "Select" (format comics et couverture souple). Si le format devient "économique", le contenu est néanmoins identique.
Ce second tome regroupe les épisodes #38 à 50 de la série "Daredevil Marvel Knights", sous l'égide du scénariste Brian M. Bendis. (d'autres tomes viendront compléter le "run" de Bendis).
Les dessins sont réalisés respectivement par Manuel Gutierrez, les époux Terry & Rachel Dodson, et Alex Maleev. L'ensemble a été publié initialement en 2003.
Trois arcs narratifs se succèdent ainsi sur pas moins de treize épisodes :

- LE PROCES DU SIECLE : Le "Tigre blanc", un super-héros de seconde zone, se retrouve au mauvais endroit et au mauvais moment. Il est accusé d'un meurtre qu'il n'a pas commis et écroué. Les autres super-héros, ceux qui connaissent la double identité de Matt Murdock, par solidarité avec leur collègue emprisonné à tort, parviennent à persuader l'avocat de s'emparer de l'affaire. Mais il le fait vraiment à contrecœur. En effet, étant donné que son identité secrète a été révélée il y a peu (et qu'il se démène pour faire croire qu'il s'agit d'un canular), il sent venir le truc : Les membres du jury ne vont-ils pas se laisser influencer par les soupçons quant à sa double identité, et ainsi transformer le procès en une vindicte anti-communauté super-héroïque ?
Cet arc narratif, qui s'étend sur les trois premiers épisodes, se la joue "film de procès", un genre à part entière très prisé par les américains. L'intérêt principal de ce genre de récit réside alors dans la mise en forme du procès, la qualité des dialogues et le suspense quant aux rebondissements de l'affaire. Les joutes verbales entre procureur, juge et avocat remplacent alors les scènes d'action, et le "voyeurisme" se substitue à l'excitation des hypothétiques séquences plus ouvertement divertissantes. Bendis ne déroge à cette règle en aucune manière, et ainsi Daredevil brille par son absence tout le long du récit, ce qui se justifie de toute manière dans le sens où il se voit obligé de se faire oublier... Avec le recul, je reste vraiment surpris que cette série, qui se détourne à ce point des codes habituels des séries super-héroïques mainstream (bonshommes en costumes/slip dehors/gros muscles contre super-vilains en costume d'animaux/inventeurs fous/très très méchants) ait pu obtenir un tel succès auprès des lecteurs de comics ! Rendez-vous compte : Pas d'action, beaucoup de dialogues, un thème sérieux et adulte. Et pourquoi ne pas regarder un film d'art et d'essai aussi ?!!!
Bon, il faut avouer que le personnage de Daredevil a toujours appelé à un traitement un peu plus adulte que les autres super-héros. Et c'est que le scénariste met le tout en scène avec un talent indéniable, sachant saisir la voix des personnages, dans une alchimie parfaite entre traitement mature et naturaliste, et tous les archétypes qui ont fait leur mythologie. La réflexion sur le statut super-héroïque entant que citoyen au dessus des lois est amenée de manière convaincante et subtile. On est loin des crossovers idiots que le scénariste nous livrera par la suite, comme Secret Invasion ou encore Siège !

- LE PETIT MAÎTRE : Une jeune aveugle est sauvée par Daredevil alors qu'elle allait se faire renverser par un chauffard. Le coup de foudre semble immédiat.
Une nouvelle drogue nommée "MGH", conçue à base d'hormones de mutants, circule dans le quartier de Hell's Kitchen.
Matt Murdock est soupçonné de meurtre. En effet, le directeur du "Daily Globe", le journal qui a dévoilé son identité, a été retrouvé décapité dans sa piscine. Y à-t-il un rapport entre cet événement sordide et les rumeurs qui concernent le retour du "Hibou", très intéressé par la place laissée vacante par le départ du Caïd ?
Bendis et Maleev poursuivent sur leur lancée et explorent toutes les conséquences logiques des événements qu'ils ont développés dans les épisodes précédents : Quelle vie pour Matt Murdock maintenant que tout le monde le soupçonne d'être Daredevil ? Que se passe-t-il à présent que le "Caïd" a été déchu ? Qui va prendre sa place ?
Tous les éléments du puzzle s'amoncèlent dans une logique toujours aussi réaliste et sombre comme un polar urbain crépusculaire. Le scénariste continue de donner de la crédibilité à l'ensemble en choisissant une tonalité très naturaliste, rendue palpable grâce à des dialogues inspirés et crédibles.
Alex Maleev retrouve son poste et continue de donner de l'épaisseur à l'intrigue avec une patine à la fois glauque et concrète. Son style, à base de photographies retouchées, pourrait donner aux planches l'aspect d'un roman-photo issu d'un Reader-digest. Mais il y apporte des effets de matière et de couleur qui tirent au contraire leur esthétique du côté de la peinture informelle, quelque part entre Anselm Kiefer et Miquel Barcelo. Ce parti-pris plastique, qui pourrait paraître très emprunté, procure en réalité une densité étonnante à la trame du récit, qui bénéficie ainsi d'une atmosphère expressionniste et étouffante, illustrant à merveille la toile de fond du scénario de Brian M. Bendis, car elle lui apporte toute la dimension sombre et réaliste dont elle a besoin pour acquérir toute l'épaisseur nécessaire.
Cette technique brillante souffre néanmoins de deux défauts particuliers : Premièrement, les scènes d'action paraissent statiques et figées, ce qui s'explique évidemment par le choix du support photographique, qui impose une certaine "inertie" du mouvement. L'autre défaut, c'est qu'Alex Maleev ne peut être remplacé. Dès lors qu'un autre que lui vient mettre la suite du scénario en image, le contraste est tel que le récit en souffre au point de subir une chute vertigineuse dans son atmosphère et sa crédibilité...

- HARDCORE : Wilson Fisk, surnommé le "Caïd", est de retour à Hell's Kitchen. Il s'emploie évidemment à la reconquête de son empire. Afin d'écarter Daredevil de son chemin, il lui envoie ses ennemis les plus redoutés : d'abord "Typhoïd Mary", puis "Bullseye". Mais rien ne va se passer comme prévu...
Malgré son parti-pris résolument adulte et novateur, on pouvait s'étonner que Bendis ait jusque-là tenu à distance tous les ennemis emblématiques de son héros. Alors voilà qu'il leur consacre quatre épisodes, et pas un de plus.
Que raconter de plus sur ces personnages qui n'ait déjà été raconté ? Quel intérêt à les faire s'affronter à nouveau après que l'on ait vu ces affrontements déjà une bonne centaine de fois ? Là-dessus, le scénariste est clair : Dans le fond, il n'a rien de nouveau à raconter. En revanche, dans la manière de le raconter, il a son mot à dire !
"Hardcore" est donc un arc narratif entièrement dévolu à un postulat des plus simples : Le 'Caïd" est de retour. Par son intermédiaire, "Typhoïd Mary" et "Bullseye" sont de retour. Daredevil leur fait mordre la poussière une bonne fois pour toutes. Fin.
Seulement voilà, dans la manière dont c'est raconté, mis en scène, illustré, on n'a jamais vu ça. Jamais les personnages n'ont été racontés, dessinés et éclairés comme ça. L'affrontement entre le justicier et ses ennemis se construit comme un opéra en quatre tableaux : 1) Le Caïd fait le nécessaire pour mettre la police sur le dos de Matt Murdock. 2) Le Caïd fait le nécessaire pour mettre "Typhoïd Mary" sur le dos de Daredevil. 3) Le Caïd fait le nécessaire pour mettre "Bullseye" sur le dos de Matt Murdock. 4) Le Caïd affronte Daredevil en personne.
C'est donc un récit réduit à sa plus simple architecture qui avance crescendo vers un climax inévitable. C'est raconté de manière violente, âpre et sans concession, à travers un parcours jonché de morts et de flots de sang. C'est lyrique et noir comme une tragédie grecque. C'est glauque et viscéral comme un film de Coppola. A ce titre, le choix de représenter Wilson Fisk dans une posture similaire à celle de Marlon Brando dans Apocalypse Now (le crane chauve et la masse imposante à moitié perdus dans la pénombre), peut apparaître comme une note d'intention évidente...
Voilà du comics de super-héros pour les grands, à des années lumières des séries mainstream habituelles. Le style roman-photo d'Alex Maleev procure à la série une atmosphère toujours aussi étouffante et réaliste. Il transcende complètement le sujet en réinventant les personnages sous des atours naturalistes, avec notamment un "Bullseye" dans sa plus simple apparence humaine. Le final, qui voit le justicier s'imposer comme le nouveau "Caïd à la place du Caïd" est tétanisant. C'est à la fois original, éprouvant et cathartique. C'est très impressionnant.

Comme évoqué plus haut, le changement de dessinateurs dénote dans un ensemble plutôt excellent. Il est fort probable que le remplacement d'Alex Maleev sur "Le Procès Du Siècle" se soit justifié par les délais sévères de parution de chaque numéro. Se faire remplacer le temps d'un arc lui aura donc permis de continuer son travail sans baisser la qualité de ses planches.
Le début de cette compilation est donc mis en image par le dessinateur Manuel Gutierrez. Son style est classique, mais la tonalité réaliste fonctionne à peu-près avec le sujet. Bien évidemment, le manque d'originalité et d'atmosphère de ses planches lui font souffrir de la comparaison avec Maleev. La suite et fin du procès est réalisée par Terry & Rachel Dodson. Ce changement de style est radical et dessert le réalisme du récit, atténuant énormément la dramaturgie des événements. Je dois avouer que je ne suis pas très objectif car je n'apprécie vraiment pas le travail du couple Dodson, bourré de faiblesses, avec son esthétique très proche des graffitis...
De toute manière, le retour d'Alex Maleev sur les épisodes suivants met une claque assez impressionnante aux autres dessinateurs.
Ce constat sur le changement de dessinateur est très instructif, car il met en lumière le fait incontestable que la réussite de la série tient autant de Bian M. Bendis que d'Alex Maleev...


DAREDEVIL PAR BRUBACKER T01
DAREDEVIL PAR BRUBACKER T01
par Ed Brubaker
Edition : Broché
Prix : EUR 29,00

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 L'évadé, 8 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : DAREDEVIL PAR BRUBACKER T01 (Broché)
Ce premier recueil de la collection deluxe dédiée au run du scénariste Ed Brubaker sur la série "Daredevil" regroupe les épisodes #82 à 93 publiés initialement en 2006. Il s'agit des deux premiers arcs narratifs écrits par l'auteur.
Auparavant, ces épisodes avaient été publiés dans la collection 100% Marvel : Daredevil, Tome 14 : Le diable dans le bloc D et Daredevil, Tome 15 : Le diable en cavale. L'ensemble de ces épisodes a été dessiné par Michael Lark, hormis l’épisode #88, dessiné par David Aja.

1) Le Diable dans le Bloc D :

C'est donc au tour d'Ed Brubaker de prendre en main la destinée de Matt Murdock. Ce dernier sort d'une incroyable série d'épisodes conduits par le duo Brian Michael Bendis (scénario) & Alex Maleev (dessins). Ces artistes avaient réalisé un parcours conceptuel impressionnant et jusqu'auboutiste, parsemé de traumatismes en tout genre, anéantissant la vie de notre héros, jusqu'à le faire incarcérer à la prison de Ryker's Island. Une étape inoubliable de la mythologie consacrée au personnage (voir pour cela Daredevil, l'homme sans peur, Tome 1 : Le scoop, Daredevil, l'homme sans peur, Tome 2 : Le procès du siècle, Daredevil, l'homme sans peur, Tome 3 : Le roi de Hell's Kitchen et Daredevil, l'homme sans peur, Tome 4 : Le décalogue).
C'est à ce moment, alors que Daredevil n'est plus qu'un souvenir, que Murdock croupit dans les mêmes cellules que ses ennemis et que son destin est brisé (il est purement et simplement accusé d'être Daredevil), que débute le run de Brubaker...

Dans la lignée de Frank Miller, de Kevin Smith, David Mack et Brian M. Bendis, l'auteur de Fatale propose au lecteur une approche particulièrement sombre et adulte du personnage, davantage proche d'un polar urbain que d'une habituelle histoire de super-héros en slip.
Dès le départ, il met son personnage à rude épreuve en bouleversant son existence encore davantage qu'elle ne l'était jusque là, alors qu'il était difficile d'imaginer que ce fut encore possible !
En scénariste spécialisé dans les polars, Brubaker est à son aise dans ce récit quasiment naturaliste, qui développe une saga carcérale étouffante, dont le décorum sonne incroyablement juste.
Il parvient à conférer à ses personnages une épaisseur immédiate, tout en respectant à la perfection la caractérisation à laquelle ses prédécesseurs nous avaient habitués.

Personnellement, j'ai trouvé dans cette histoire toute droite sortie d'un "film de prison" une belle somme de qualités narratives et de scènes marquantes. Oh ! Ce ne sont pas les scènes d'action qui ont retenu mon attention, mais plutôt toutes celles qui exploraient l'intimité particulière du héros, dont les facultés sont toutes sensorielles. Ainsi ai-je particulièrement aimé cette séquence où Matt Murdock, isolé dans sa cellule, fait part au lecteur de la souffrance que lui inflige sa condition, alors qu'il possède des sens surdéveloppés. Les sons et les odeurs sont alors passés en détail, au travers d'une série de vignettes dont les images illustrent de manière puissante la souffrance du héros par analogie...

Dans l'ensemble, ce premier arc narratif souffre de quelques menus défauts. Premièrement, il ne s'impose probablement pas par son originalité et souffre, de ce point de vue, de la comparaison avec le run de Bendis & Maleev. Il manque d'originalité du côté du scénario dans la mesure où les événements frôlent la redite, en prolongeant les arcs précédents sans les révolutionner. Et il manque d'originalité puisque le graphisme de Michael Lark est tout de suite plus classique que celui d'Alex Maleev.
Les lecteurs les plus perspicaces auront également tôt fait de relever divers raccourcis un peu naïfs, dont le dénouement, qui intervient par le biais d'un climax au cœur du grand pénitencier de Ryker, dans lequel se retrouvent rien moins que "Daredevil", le "Caïd", "Bullseye", le "Punisher" et divers autres personnages habitués de la série, tel "Turk", l'un des rescapés du run de Frank Miller !
Pour autant, ces six épisodes sont brillamment découpés, superbement dialogués et profitent d'un dessin réaliste, expressif et immersif, d'une très grande précision, rehaussé par de magnifiques mises en pages rythmées et chorégraphiées à la perfection, derrière lesquelles se découpent des arrière-plans incroyablement détaillés. La très grande classe d'un point de vue narratif.

2) Le Diable en Cavale :

Notre héros s'est échappé de prison en compagnie du Punisher, puis il s'est enfui en Europe (seul), à la recherche du responsable de ses malheurs. Une longue course poursuite s'engage désormais, qui consiste à retrouver la piste, de la Côte d'azur jusqu'en Suisse, en passant par Paris, du mystérieux commanditaire de tous les méfaits qui se sont abattus sur le justicier aveugle depuis le début de son séjour en prison...

Le premier épisode est quasiment un "one-shot" puisqu'il s'attarde sur la figure de "Foggy Nelson", présumé mort dans les épisodes précédents. Il est en réalité placé dans la continuité du récit, mais s'en distingue par sa construction avec début, milieu et fin, tout en s'articulant autour de quelques personnages secondaires, puisque Daredevil n'apparait pas. Il s'agit d'un épisode dans la droite ligne des récits de type "polar", dont Ed Brubaker s'est fait une spécialité. C'est très bon, d'autant que le dessin de David Aja est impressionnant de réalisme et d'efficacité.

Les cinq épisodes suivants reviennent sur la quête de Matt Murdock et son échappée européenne. Cet arc narratif est très divertissant. Le récit est enlevé, pimenté de quelques savoureuses notes exotiques qui rappellent le cinéma d'Alfred Hitchcock, où se mêlent polar, romance et aventures, tout en opérant une orientation vers un dénouement qui permet de ramener un statuquo sur la série, après qu'elle ait été tellement perturbée dans ses schémas classiques au cours du run de Brian M. Bendis et Alex Maleev.
Ce retour au statuquo est à la fois satisfaisant car il est amené de manière rigoureuse, mais également lassant puisque les grosses ficelles scénaristiques dépassent de toute part.

Le dernier épisode se retrouve ainsi tiraillé entre quelques superbes scènes où les situations diverses exacerbent les sentiments des personnages, et d'autres où le lecteur doit accepter le retour à la situation habituelle de la série, sous des revers extrêmement factices et improbables (qui croit encore qu'un gangster comme Wilson Fisk pourrait être innocenté de ses crimes et remis en liberté comme si de rien n'était ?).

Tel semble être le lot des séries Marvel les plus sombres et les plus réalistes : tant qu'il s'agit de la phase de descente aux enfers, tout va bien. Mais dès qu'il faut revenir à la normale, sous couvert de politique éditoriale (la série doit reprendre son cours à long terme), rien ne va plus...
Et telles semblent être les contraintes avec lesquelles doit jongler notre scénariste : Être lui-même, mais réorienter peu à peu la série vers le mainstream de base.

Chapeau bas au travail de Michael Lark, qui réalise de son côté des planches d'une puissance admirable, notamment lors de superbes vues de la ville lumière...


Sherlock Holmes coffret prestige de 7 films / volume 1
Sherlock Holmes coffret prestige de 7 films / volume 1
DVD ~ Basil Rathbone
Proposé par Art Cub
Prix : EUR 100,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Du XIX° au XX° siècle, 7 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sherlock Holmes coffret prestige de 7 films / volume 1 (DVD)
Ce coffret regroupe les sept premiers films de la série des Sherlock Holmes interprétés par Basil Rathbone. Il est suivi d'un second coffret regroupant les sept autres films (Sherlock Holmes coffret prestige de 7 films / volume 2).
Les quatorze films ont été ultérieurement regroupé dans un coffret unique : Coffret Intégrale Sherlock Holmes - Basil Rathbone.
En ce qui concerne ce premier coffret, notons que tous les films sont disponibles en VOST ou en VF d'époque, hormis les deux premiers, uniquement disponibles en VOST.

1- "Le Chien des Baskerville" est réalisé par Sidney Lanfield en 1939. Il s'agit de la douzième adaptation du célèbre roman de sir Arthur Conan Doyle, mais bien de la toute première aventure du célèbre détective portée sur grand écran dans une version grand spectacle tournée à Hollywood.
A noter que cette adaptation de 1939 marque le début d'une saga de quatorze films de Sherlock Holmes interprétés par Basil Rathbone dans le rôle de Sherlock Holmes et Nigel Bruce dans celui du Dr Watson.
Le film n'ayant jamais encore été restauré (on peut toujours attendre la HD !), il souffre d'une image en très mauvais état, parsemée de parasites et autres tâches blanches. Mais son esthétique gothique, très influencée par l'expressionnisme allemand des années 30 et les films d'horreur de la Universal, offre tout de même un très beau spectacle visuel en noir et blanc.

Comme évoqué plus haut, "Le Chien des Baskerville" est probablement la plus célèbre aventure de Sherlock Holmes et celle qui a bénéficié du plus grand nombre d'adaptations sous le médium cinématographique.
Celle-ci est l'une des plus célèbres, avec bien évidemment la version Hammer tournée vingt ans plus tard en Grande Bretagne (Le Chien des Baskerville), avec Peter Cushing & Christopher Lee. Notons également une version de 1978 par Paul Morrissey, une comédie parodique plus ou moins tombée dans l'oubli. Mais c'est surtout sur le petit écran que le roman a subi le plus d'adaptations. Nous retiendrons un bien joli téléfilm de 1972 réalisé par Barry Crane, avec Steward Granger (Holmes), Bernard Fox (Watson) et William Shatner (Stapleton), ainsi que l'épisode éponyme tiré de la très appréciée série télévisée interprétée par Jeremy Brett (Sherlock Holmes : L'Intégrale). Récemment, Une autre série à succès a également adapté le roman, transposant les événements dans l'époque présente (Sherlock - Intégrale des saisons 1 à 3). Pour le reste, il s'agit de versions toutes plus anecdotiques les unes que les autres, à l'exception, peut-être, d'un dessin animé réalisé en 1983 et interprété en VO par Peter O'toole dans le rôle du détective de Baker street (Le Chien des Baskerville)...

Noir et blanc expressionniste, lande embrumée, château gothique en ombres portées sous le clair de lune... Cette version produite par la 20th Century Fox marche clairement sur les traces des films d'horreur de la Universal, et l'on ne s'étonne plus si, vingt ans plus tard, le studio Hammer mélangera le tout avec sa propre adaptation du roman dans une version outrageusement gothique ! Il faut avouer que, après tout, Conan Doyle avec sa malédiction fantomatique et son décors lugubre de la région de Dartmoor avait bien imaginé une histoire horrifique !
Quoique décrié en son temps pour les libertés prises avec le texte originel de Conan Doyle, ce premier film avec Basil Rathbone dans le rôle-titre demeure néanmoins l'une des versions les plus fidèles au roman. Bien que très court (76 mn), le film développe assez bien les scènes-clés et ne fait l'impasse ni sur le début du récit à Londres, ni sur les origines de la malédiction des Baskerville, ni sur les principaux morceaux de bravoure. Certains éléments de l'enquête (comme par exemple la participation de la veuve "Lyons") sont passés à la trappe, et certains autres sont modifiés au profit d'un parti-pris romanesque affirmé (c'est ainsi que la romance entre sir Henry Baskerville et Beryl Stapleton est complètement édulcorée !). Mais, dans l'ensemble, le scénario fait preuve d'une belle densité.

Evidemment, afin de multiplier tous les éléments en seulement une heure et seize minutes, le script doit privilégier les dialogues et l'ensemble souffre un poil de la parlotte. L'élément surnaturel incarné par le chien est, lui aussi d'ailleurs, évacué pour cause de manques de moyens au niveau des effets spéciaux (ce sera juste un gros chien...). Ce parti-pris davantage naturaliste marquera l'orientation des films suivants, avec les mêmes acteurs, vers une atmosphère de polar moins gothique, et moins influencée par les films de la Universal...
Quoiqu'il en soit, cette version demeure un incontournable pour tous les amateurs du personnage dans le domaine du cinéma et une date primordiale pour le volet "mythologique" de l'univers "holmésien", puisqu'il marque l'arrivée de l'acteur qui incarnera, dans l'inconscient collectif, l'image du personnage au même titre que Boris Karloff dans le rôle du monstre de Frankenstein ou Bela Lugosi dans celui du conte Dracula...

2- "Les Aventures de Sherlock Holmes" est réalisé en 1939 par Alfred L. Werker. Bien qu'il s'agisse de la suite du Chien des Baskerville, sorti la même année, il développe une intrigue autonome, chaque film pouvant se regarder pour lui-même.
Le pitch : Sherlock Holmes tente d'arrêter son pire ennemi, le Dr Moriarty. Ce dernier le prend comme un défi et lui annonce qu'il commettra bientôt un crime sans précédent, ridiculisant ainsi le détective de Baker street...
Lorsqu'une jeune femme arrive chez Sherlock Holmes et le Dr Watson, réclamant leur aide à la suite d'une étrange missive, une course poursuite s'engage alors dans les rues embrumées de Londres...

Bien construit, parfois haletant mais souvent très bavard, "Les Aventures de Sherlock Holmes" reste un grand classique des adaptations holmésienne au cinéma et un incontournable pour les amateurs.
Ce deuxième film produit par la Twentieth Century Fox est encore très influencé par l'atmosphère gothique des films de Universal, notamment des films d'horreur (les fameux Universal monsters). Ceci est d'ailleurs amusant dans la mesure où, dès le film suivant, c'est justement le studio Universal qui récupérera la franchise pour la suite de la série (les douze autres films avec Basil Rathbone & Nigel Bruce). Et plutôt que de poursuivre dans la veine gothique et l'atmosphère victorienne baignée dans la brume, il sera question de déplacer les intrigues au 20° siècle, durant la seconde guerre mondiale, dans une ambiance nettement plus naturaliste !

"Les Aventures of Sherlock Holmes" est donc le deuxième et dernier film produit par la Twentieth Century Fox, et le dernier avec Basil Rathbone se déroulant à l'époque des romans originels...

3- "Sherlock Holmes et la Voix de la Terreur" est réalisé par John Rawlins en 1942.
En 1942, Winston Churchill en personne décide de récupérer la franchise des adaptations cinématographiques dédiées à Sherlock Holmes et la Twentieth Century Fox cède les droits au studio Universal. Dans l'idée, Churchill (qui avait également débauché Alfred Hitchcock) utilise tout ce qui est à sa portée afin de lutter contre le nazisme et conçoit ainsi le cinéma comme un outil de propagande. Dans le même temps, les USA faisaient la même chose avec les comics, et inventaient par exemple le super-héros Captain America (très patriotique puisqu'aux couleurs du drapeau américain !), qui accompagnait les troupes en Europe et mettait lui-même la raclée au méchant Adolph !
Le film débute ainsi par un texte expliquant la dimension "intemporelle" du personnage afin de justifier son transfert au 20° siècle et le changement de décor par rapport aux films précédents, puisque les acteurs demeurent les mêmes...

Nous assistons ainsi au combat entre Sherlock Holmes et l'ennemi nazi ! L'affrontement demeure néanmoins cérébral et le spectateur, s'il perd une adaptation fidèle aux romans de Conan Doyle, gagne en retour un récit inédit et original, sans qu'il soit question d'abandonner les fondamentaux de la mythologie holmésienne.
Le décor victorien, ses brumes gothiques et ses calèches ont désormais disparu. Mais Sherlock Holmes est plus déterminé que jamais dans sa course contre le mal ! Et si l'ambiance gothique et le smog ont laissé la place à une Angleterre plus naturaliste et actuelle (pour l'époque), les décors et la mise en scène n'en sont pas moins extrêmement soignés. Alors, puisqu'on y est, allons-y : Mort aux nazis !!!

4- "Sherlock Holmes et l'Arme Secrète" ("Sherlock Holmes and the Secret Weapon") est réalisé par Roy William Neill en 1943.
Rappelons que, Durant cette période, le détective lutte ainsi activement contre les espions teutons, et le cadre initial de ses aventures, depuis la fin de l'ère victorienne, est donc délocalisé dans celui des années 40 !
A noter que chaque film de l'époque se termine sur un générique proposant aux spectateur d'acheter des bons pour soutenir l'effort de guerre !

Cette seconde incursion dans le contre-espionnage nazi est dans la lignée de la précédente, mais offre également l'occasion aux spectateurs d'assister au retour du professeur Moriarty, le plus grand ennemi du détective de Baker Street ! Pour l'anecdote, le script de "Sherlock Holmes et l'Arme Secrète" suggère qu'il fait suite au film "Les Aventures de Sherlock Holmes" qui, dans un étrange paradoxe de continuité temporelle, déroulait un récit se situant à l'époque victorienne !
Tout naturellement, Moriarty s'acoquine avec l'envahisseur nazi, offrant à son adversaire un défi à sa mesure, avant de finir l'aventure sur une nouvelle mort apparente...
Par ailleurs, le script adapte partiellement, et de manière très libre, une nouvelle classique de sir Arthur Conan Doyle : "Les Hommes Dansant".

Le film est un bon cru, notamment parce qu'il est réalisé par Roy William Neill, solide artisan du studio Universal, qui réalisera la même année un superbe classique estampillé "Universal Monsters" : Frankenstein Rencontre le Loup-Garou, avant de mettre en boîte la totalité des films suivants de la série des "Sherlock Holmes" avec Basil Rathbone.
Et puisque l'on parle des films de la collection Universal Monsters, notons la présence de l'excellent Lionel Atwill dans le rôle de Moriarty, acteur qui interprétera un rôle distinct dans pas moins de quatre films de la série des Frankenstein, à commencer par Le Fils de Frankenstein, avec Basil Rathbone dans le rôle du baron éponyme...

5- "Sherlock Holmes à Washington" est réalisé par Roy William Neill en 1943.
La formule est désormais parfaitement établie (57 mn par film et pas une de plus !) : Dans une atmosphère de contre-espionnage, adaptant partiellement les nouvelles de sir Arthur Conan Doyle (ici "Les Plans du Bruce-Partington"), Sherlock Holmes & le Dr Watson déjouent les plans des espions nazis qui tentent de mettre la main sur des armes de destruction massive.
Si le pitch de départ ne prête pas forcément à rêver (Sherlock Holmes à Washington ? Autant le sortir complètement de son contexte et lui enlever tout son charme victorien et mystérieux !), il faut avouer que le résultat final est formidable, les auteurs du film ayant tout misé sur la solidité du script. Et finalement, même si le résultat est aujourd'hui un peu suranné, les fondamentaux de la mythologie holmésienne sont parfaitement conservés. Un excellent petit classique du genre consacré.

6- "Echec à la Mort" ("Sherlock Holmes - Faces Death" en VO) est réalisé par Roy William Neill en 1943.
Après avoir servi la propagande pour l'effort de guerre anglais, la série revient à présent à ses fondamentaux. Ce retour est plutôt radical : Il n'est plus du tout question de contre-espionnage et les nazis ont disparu au profit d'une enquête classique. Il s'agit donc d'adapter une des nouvelles ce Conan Doyle de manière plus directe et c'est "Le Rituel des Musgrave" qui est choisi pour l'occasion.
Nous retrouvons alors les décors gothiques de la première période (c'est-à-dire les deux premiers films produits par la Twentieth Century Fox avant le transfert chez Universal : "Le Chien des Baskerville" et "Les Aventures de Sherlock Holmes"), avec vieux manoir, ambiance mystérieuse et ciel nocturne traversé par les éclairs...

Le transfert de la mythologie holmésienne au milieu du XX° siècle ne pose désormais plus aucun problème tant le décorum opère un retour au style gothique des classiques du studio Universal, notamment dans le domaine de l'épouvante. On découvre alors un Sherlock Holmes intemporel, où ce sont les enquêtes mystérieuses qui prédominent et où l'atmosphère impose un cadre angoissant propre à illustrer les mystères en question.
L'imagerie déployée est désormais un brin surannée mais c'est c'est bel et bien ce qui fait son charme. Comme tous les autres films de la série, celui-ci est parfaitement écrit et réalisé et bénéficie d'un format très percutant (58 mn), plus proche du feuilleton que de la véritable adaptation cinématographique. Un excellent petit classique, quoiqu'il en soit'

7- "Sherlock Holmes - La femme aux Araignées" ("Sherlock Holmes and the Spider Woman" en VO) est réalisé par Roy William Neill en 1944.
Ce nouvel opus se concentre sur les nouvelles d'Arthur Conan Doyle tout en s'inspirant librement de certains éléments (Notamment "Une Etude en Rouge") afin de constituer un récit inédit.
Le pitch : Une vague de suicides inexplicables s'étend sur Londres. Sherlock Holmes pense qu'il s'agit d'une série de meurtres et suspecte rapidement une séduisante jeune femme, particulièrement machiavélique. Il décide alors de se faire passer pour mort afin d'endormir les soupçons de la dame et de mener son enquête de l'intérieur...

Il est étonnant que ce septième film apparaisse parmi les plus populaires de la série, car il a plutôt mal vieilli dans son intrigue et sa mise en scène, souffrant aujourd'hui d'une patine assez kitsch, notamment lorsque notre héros feint de se noyer dans la cascade d'une rivière dont le son est plutôt celui d'une douce fontaine (une scène faisant écho à sa mort présumée dans les chutes du Reichenbach à la fin de la nouvelle "Le dernier Problème" de Conan Doyle) ! Qui plus-est, le Docteur Watson incarné par Nigel Bruce passe de plus en plus pour le comique de service et son cabotinage est désormais un peu embarrassant...
Le charme de la Universal assure néanmoins le spectacle, même s'il est évident que cette "Femmes aux Araignées" un peu Grand-Guignol ne fait pas partie des meilleurs films de la série...


Whisperer in Darkness [Blu-ray]
Whisperer in Darkness [Blu-ray]

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 It came from outer space !, 6 avril 2016
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"The Whisperer in Darkness" est un film de science-fiction réalisé en 2011 par Sean Branney. Il s'agit de l'adaptation de Celui qui Chuchotait dans les Ténèbres, célèbre nouvelle horrifico-science-fictionnelle écrite dans les années 1920 par Howard Philip Lovecraft.
Connaissiez-vous la HPLHS ? C'est le studio indépendant qui a produit notre film et son nom complet est "HP Lovecraft Historical Society" (allez voir leur site, c'est plutôt sympa) ! S'ils sont au départ spécialisés dans les feuilletons radiophoniques à l'ancienne, ils réalisent parfois un film et ce "Whisperer in Darkness" est leur deuxième essai après le très réussi Call of Cthulhu réalisé en 2005.

Le pitch : Dans les années 50, Albert Wilmarth, un professeur de folklore, se rend dans le Vermont où un vieux fermier nommé Henry Akeley aurait vu d'étranges créatures d'un autre monde. D'abord septique, le professeur Wilmarth va peu à peu pénétrer un univers des plus étranges et renoncer à ses croyances les plus pragmatiques...

"The Call of Cthulhu" possédait un concept fort puisqu'il était réalisé comme s'il avait été tourné à l'époque où Lovecraft écrivait sa nouvelle, c'est-à-dire dans les années 20. Il prenait ainsi la forme d'un moyen-métrage muet en noir et blanc, semblant avoir été comme exhumé depuis la même période.
Pour "The Whisperer in Darkness", le concept change : Nous passons désormais dans les années 1950.
Ce changement d'orientation trouve sa justification dans le sujet du film, qui évoque tout le cinéma de science-fiction américain des 50's, où planait dans le ciel une menace extraterrestre servant d'exutoire à une nation terrorisée par un péril atomique pouvant surgir à tout moment depuis les terres lointaines de l'ennemi communiste (c'était tout simplement l'époque de la Guerre froide). La métaphore de l'invasion extraterrestre venue du ciel en lieu et place d'une attaque nucléaire soviétique était alors limpide.
Sean Branney réalise ainsi son film en reprenant scrupuleusement les codes d'antan : "The Whisperer in Darkness" possède une patine étonnante tant il réussit à imiter le cinéma consacré. Générique, musique, rythme, éclairages, dialogues, jeu d'acteurs ; tout est dans le ton. Nos voyageons dans le temps en première classe !

La belle tenue du film est étonnante. Pour un studio indépendant et probablement peu fortuné, la HPLHS, via son metteur en scène, sait vraiment bien filmer. Le travail sur la lumière est superbe et, comme évoquée plus haut, la reconstitution est bluffante. Avec un sens du détail de tous les instants et un soin maniaque dans la conception des accessoires et les éléments science-fictionnels (notamment les appareils technologiques conçus par les aliens), chaque image est, à sa manière, un travail d'orfèvre.
Toute la première partie du film creuse de loin dans le mystère de cette région isolée du Vermont, tandis que le milieu du film, le plus réussi, nous plonge directement dans ce mystère en compagnie du personnage principal. Jouant sans cesse sur le non dit et le hors-champ, le film cultive un délicieux suspense et un art de l'abstraction qui n'est pas sans rappeler la nouvelle originelle et le style narratif du maitre de l'épouvante...

Sur le terrain de l'adaptation, "The Whisperer in Darkness" est d'une fidélité exemplaire à la nouvelle originelle sur les deux premières parties du métrage. Mais le dénouement se démarque soudain de ce matériel pour épouser une orientation davantage dans l'esprit des films d'invasion extraterrestre des années 50, comme Le Météore de la Nuit, La Guerre des Mondes, Les Soucoupes Volantes Attaquent ou Le Cerveau de la Planète Arous. Certes, ce parti-pris est cohérent au niveau du concept dans l'idée de mélanger la nouvelle de Lovecraft avec le cinéma SF des 50's. Toutefois, le résultat est fluctuant et, en plus de dérouter au niveau de la perte du récit initial, offre une conclusion Grand-Guignol pas franchement heureuse (y aurait-il également une allusion au cultissime Plan 9 From Outer Space de Mr Ed Wood ?). Qui plus-est, le choix de nous montrer soudain les aliens en CGI (animation virtuelle contemporaine), vient complètement contredire le propos. On aurait sans doute préféré des effets spéciaux à l'ancienne (comme c'était le cas dans "The Call of Cthulhu"), voire quelques plans obscurs en semi hors-champ comme dans les scènes précédentes.
Malgré une troisième partie globalement ratée, cette adaptation relativement fidèle de la nouvelle de Lovecraft devrait beaucoup plaire aux amateurs de l'écrivain comme aux amoureux des vieux films de science-fiction. Et l'on espère voir très bientôt un nouveau projet cinématographique sortir de l'antre de la HPLHS...

Apparemment, il n'y a point de sous-titres français sur les DVD et blu-ray, alors qu'il y en a dans moult langues étrangères. C'est dommage car, ce faisant, la HPLHS nous oblige à trouver la chose par d'autres détours...
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Call of Cthulhu: Celebrated Story of Hp Lovecraft [Import USA Zone 1]
Call of Cthulhu: Celebrated Story of Hp Lovecraft [Import USA Zone 1]
DVD ~ Matt Foyer

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Expression horreur cosmique, 5 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Call of Cthulhu: Celebrated Story of Hp Lovecraft [Import USA Zone 1] (DVD)
Ce DVD est un zone 1. Impossible à lire sur notre matériel européen. Mais pour ceux qui sont équipés, il possède la VOSTF.
"The Call of Cthulhu" est un moyen métrage de 46 mn réalisé en 2005 par Andrew Leman.
Connaissiez-vous la HPLHS ? C'est le studio indépendant qui a produit notre film et son nom complet est "HP Lovecraft Historical Society" (allez voir leur site, c'est plutôt sympa) ! S'ils sont au départ spécialisés dans les feuilletons radiophoniques à l'ancienne, ils réalisent parfois un film et ce "Call of Cthulhu" est leur premier essai. Il sera suivi de Whisperer in Darkness en 2012.

Le pitch : Dans les années 20, le jeune Matt Foyer est interné dans un hôpital psychiatrique. Il supplie son médecin de brûler sans détours le manuscrit et tous les documents qu'il transporte avec lui, et qui appartenaient à son oncle, un vieil anthropologue.
Voyant que le docteur ne le prend pas au sérieux, Matt lui raconte alors le récit qui a permis de constituer ce dossier maudit, qui aurait attrait à un certain culte maléfique et qui aurait causé la mort de tous ceux qui s'y sont intéressés...

Les amateurs de l'œuvre de l'écrivain H.P. Lovecraft auront reconnu le résumé de l'une de ses plus célèbres nouvelles, à savoir L'appel de Cthulhu. Effectivement, le moyen-métrage d'Andrew Leman est une adaptation assez fidèle du récit emblématique du maitre de l'épouvante (il s'agit tout simplement de l'œuvre fondatrice du Mythe de Cthulhu).
Nous suivons donc le récit de Matt Foyer à coup de flashbacks nous ramenant aux origines de la découverte de ce culte maléfique, dans une montée en puissance qui nous mène inexorablement vers le bayou de Louisiane et la "morte citée de R'lyeh".

Outre sa fidélité envers l'univers lovecraftien en général et la nouvelle consacrée en particulier (chose extrêmement rare tant le cinéma s'est jusqu'ici montré avare en adaptations de la mythologie imaginée par l'écrivain de Providence, dont les manifestations horrifiques "indicibles" sont, par essence, particulièrement difficiles à restituer en images), "The Call of Cthulhu" étonne par l'originalité de son traitement. Car, effectivement, le film est tout simplement tourné en noir et blanc et... en muet !
Ce parti-pris artistique est déjà, d'un point de vue formel, un excellent choix puisqu'il va permettre de développer une imagerie surannée (on pourrait même parler d'une imagerie de "carton-pâte") propre à traiter le sujet avec une certaine naïveté et une économie de moyens assumée. Le résultat ne manque pas de charme et évite le ridicule, voire le ratage absolu en illustrant le bestiaire et le décorum lovecraftien d'une manière frontale, et en choisissant la pratique des effets spéciaux antiques. Cette mise en scène théâtrale et ces trucages élémentaires à la Méliès offrent ainsi un spectacle poétique dont la naïveté de traitement fait corps avec la sincérité candide de l'adaptation, telles les rimes au service de la prose. Et, cerise sur le gâteau, décors, maquettes et accessoires sont aussi beaux que les moyens sont modestes !

Mais le plus important dans la perspective d'apprécier la réalisation du film se situe encore ailleurs. Car en choisissant le parti-pris de filmer le récit comme dans les années 20, Andrew Leman mêle le fond à la forme et restitue pleinement le cadre de la nouvelle de Lovecraft, écrite en 1926.
Effectivement, cette esthétique expressionniste héritée des cinéastes allemands de l'époque (tels Murnau et Fritz Lang) est en harmonie avec le sujet, et le jeu théâtral des acteurs du muet (ici parfaitement singé) se marie impeccablement avec le décorum de l'époque. Sur le volet esthétique, le film de Leman bénéficie vraiment d'un superbe travail de la part du chef opérateur via des éclairages contrastés, et l'on songe autant à l'épouvante séminale d'un Nosferatu qu'aux décors fantasmagoriques d'un Metropolis (toutes proportions gardées). Et l'animation du grand "Cthulhu" en personne renvoie même à celle des dinosaures du Monde Perdu façon Willis O'Brien ! A l'arrivée, "The Call of Cthulhu" semble surgir du livre de Lovecraft comme s'il avait été adapté simultanément à l'époque de sa publication dans l'état d'esprit initial.

Evidemment, le manque de moyens et le côté artisanal de l'entreprise prive le film de sa perfection et la patine un peu lisse de nos caméras actuelles trahit sa véritable nature. Pour bien faire, il aurait fallu apporter en postproduction un gros travail de maquillage afin que les images paraissent vraiment surgir des années 20, ce qui n'est finalement pas le cas, malgré toute la bonne volonté déployée pour y parvenir ("The Whisperer in Darkness" sera davantage bluffant en imitant le cinéma de science-fiction des années 50). Certes, cet aspect artisanal ajoute au charme de l'entreprise, mais reste une entrave sur l'idée de lier pleinement le fond et la forme.
C'est dommage, car Andrew Leman est par ailleurs un excellent (jeune) réalisateur et il parvient, grâce à un nombre de plans assez impressionnant, à conférer à son film un rythme et une diversité de séquences sans faille.
Au final, "The Call of Cthulhu" s'impose tout simplement, et ce malgré sa coute durée et son aspect artisanal, comme l'une des meilleures et plus intègres adaptations cinématographiques jamais tournées sur l'univers de Lovecraft. Chapeau bas.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 7, 2016 11:29 AM MEST


Dr. Jekyll et Mr. Hyde
Dr. Jekyll et Mr. Hyde
DVD ~ Michael Caine
Proposé par DIRECT_DVD_EU
Prix : EUR 11,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Dr Jekyll & Mr Hideux, 4 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Dr. Jekyll et Mr. Hyde (DVD)
"Jekyll & Hyde" (titre original) est un téléfilm réalisé par David Wickes en 1990. Il s'agit d'une relecture du roman L'étrange cas du docteur Jekyll et de Mr Hyde de Robert Louis Stevenson, plus que d'une adaptation fidèle.
Deux ans plus tôt, ce même David Wickes avait fait sensation avec le téléfilm fleuve Jack l'éventreur, une excellente extrapolation de l'affaire du meurtrier de Whitechapel, avec un casting brillant dominé par le grand Michael Caine dans le rôle principal (c'est-à-dire celui de l'inspecteur Aberline). Fort de ce succès, le réalisateur s'était ainsi attelé à une adaptation libre du roman de Stevenson, en invitant de nouveau Michael Caine, qui allait cette fois interpréter le Docteur Jekyll et son double maléfique...

Wickes, qui officie à la réalisation mais aussi au scénario, imagine un déroulement différent du roman originel, impliquant parfois les mêmes personnages, et parfois des protagonistes différents.
Le docteur Jekyll est veuf. Après avoir voulu vainement sauver son épouse de la maladie, il subit la rancœur de son beau-père, le docteur Lanion, auquel il est également opposé au niveau de sa philosophie sur les progrès de la science. Mais Jekyll tombe amoureux de Sara (Cheryl Ladd, l'ancienne "Drôle de Dame" !), la sœur cadette de feu son épouse. Parallèlement à ces événements, un être monstrueux, Mr Hyde, devient la terreur du quartier...
La principale originalité de cette relecture réside dans la caractérisation de Mr Hyde. Ce dernier, sorte de psychopathe au physique monstrueux, tente de se mêler à la société et, d'une certaine manière, de s'intégrer, afin de profiter des pauvres et ainsi d'assouvir ses instincts les plus bas au milieu des prostituées ! Il utilise pour se faire la fortune de Jekyll afin de soudoyer la tenancière d'une maison de passe. Le pauvre docteur, parfaitement au courant des agissements de son "double", tente de revenir en arrière à coup de potions. Mais il est hélas trop tard pour inverser le processus. Cette fatalité inquiète tout autant Mr Hyde, qui compte sur l'opportunité de sa transformation chronique en Dr Jekyll afin d'échapper aux autorités...

Hélas, alors que le script s'autorise des libertés plutôt intéressantes avec le roman initial, le résultat pâtit gravement des effets spéciaux et plus précisément de l'immonde maquillage du Dr Jekyll. Celui-ci, grotesque et aussi peu crédible qu'il est possible de l'imaginer, annihile complètement toute possibilité d'immersion dans le volet fantastique ou horrifique du sujet, et le condamne fatalement au ridicule. Le masque que porte Michael Caine est tellement caricatural, factice et inexpressif qu'il finit par lui ôter tout charisme, toute ambivalence et même tout simple jeu d'acteur, ce qui est totalement contre-productif, surtout dans la perspective d'interpréter un personnage comme Mr Hyde, Ici réinventé avec davantage de perversités sociales que dans le roman. Et le sommet du ridicule est atteint lors du plan final, qui dévoile le visage de l'héritier du bon Dr Jekyll...
C'est vraiment dommage car, pour le reste, le téléfilm est fort bien troussé et interprété. Et même s'il est loin de rivaliser avec son ainé ("Jack l'éventreur" bénéficiait de surcroit d'une durée de 180 minutes, contre seulement 90 pour "Jekyll & Hyde"), il pouvait profiter davantage de toutes ces qualités formelles (encore une très belle reconstitution d'époque victorienne) et de ce sous-texte à deux doigts d'être passionnant, à un maquillage près...
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L'Ombre du mal [Blu-ray]
L'Ombre du mal [Blu-ray]
DVD ~ John Cusack
Proposé par plusdecinema
Prix : EUR 6,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Manque de Poe, 3 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Ombre du mal [Blu-ray] (Blu-ray)
"L'Ombre du Mal" est un film réalisé en 2012 par James McTeigue. Le titre original est "The Raven", d'après le célèbre poème d'Edgar Alan Poe.
Le script est une fiction policière illustrant de manière libre les cinq derniers jours de la vie du poète américain, sachant que sa mort demeure mystérieuse et que personne ne sait vraiment ce qu'il s'est passé au cours de ces cinq derniers jours.
Le casting est dominé par John Cusack, Luke Evans et Brendan Gleeson.

Le pitch : Au XIX° siècle, l'écrivain Edgar Alan Poe est de retour dans la ville de Baltimore. Son succès public semble appartenir au passé et son idylle avec Emily Hamilton se complique à cause de la haine que lui voue le père de cette dernière. Au moment où les choses sont au plus mal dans la vie du poète, des crimes atroces ensanglantent la petite ville portuaire américaine.
Bientôt, la police convoque Mr Poe, car les meurtres sont directement inspirés de ses anciennes nouvelles, notamment ceux de "Double Assassinat Dans la Rue Morgue" ou "Le Puits et le Pendule" ! C'est à ce moment qu'Emily Hamilton est kidnappée par le meurtrier, qui opère sur l'écrivain un chantage machiavélique, le forçant à devenir son biographe officiel, sous peine de précipiter la mort de son aimée...

Quel pitch ! Avec la promesse de découvrir une sorte de Silence des Agneaux dans une atmosphère victorienne à la "Jack l'éventreur", le tout mâtiné des moments les plus emblématiques de la littérature d'Edgar Poe, on pouvait se réjouir et trépigner à l'idée de découvrir un pur idéal de geek amateur d'ambiance steampunk !
D'un point de vue formel, le film ne déçoit pas et sa plastique est envoûtante à souhait, où les rues nocturnes et sordides du vieux Baltimore, jonchées de tavernes suintant le vieux bourbon aqueux et de docs humides parsemés de cordages poussiéreux et de mats usés brillant sous un clair de lune blafard (je fais de mon mieux pour essayer de vous restituer le contexte...), illustrent parfaitement la magie de l'imaginaire connoté et fascinant de la littérature consacrée.

Les critiques les plus coincés feront certainement la fine bouche en se gaussant des meurtres perpétrés par le serial-killer imaginé spécialement pour le film, prétextant le manque de crédibilité de la chose et, ce faisant, passant complètement à côté de l'essentiel : Car c'est justement cette accointance avec le fantastique (lorsque les capacités et le génie du crime d'un serial-killer flirtent avec le surnaturel) qui fait le charme de ce genre de fiction et son attrait pour un certain type de lecteurs ou de spectateurs. Et l'on rejoint d'ailleurs le sujet du film puisque cette frontière ténue entre le réel et le fantastique était justement l'apanage de l'œuvre d'Edgar Poe.
A noter, d'ailleurs, que la proximité avec le fantastique avait déjà titillé certains auteurs dans la perspective d'interpréter de manière plus ou moins farfelue la mort mystérieuse du poète (la dernière tentative en date qui me vient à l'esprit étant la bande dessinée Huitième Continent).

Hélas, toutes ces qualités formelles ne font pas de "L'Ombre du Mal" une parfaite réussite. Et si la scène nous montrant jusqu'au bout ce que fait réellement l'instrument du "Puits et du Pendule" est d'une cruauté gore assez saisissante, le reste du long métrage est souvent d'une platitude certaine en termes de mise en scène et d'éventuel sous-texte. La faute à une réalisation froide et sans saveur, académique et superficielle, presque "mécanique". Le talent de James McTeigue en la matière (son très surestimé V pour Vendetta souffrait déjà des mêmes symptômes) doit sérieusement être réévalué à la baisse et l'on espère que, dans l'avenir, un tel projet sera confié à un auteur plus à même de réussir à extirper la substantifique moelle d'une telle toile de fond, plutôt que de l'illustrer aussi platement...
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