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Tornado (Provence Côte d'Azur)

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Animatrix [Blu-ray]
Animatrix [Blu-ray]
DVD ~ Keanu Reeves
Prix : EUR 10,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Anime nation, 17 septembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Animatrix [Blu-ray] (Blu-ray)
Matrix Comics n'était qu'une mise en bouche. Une ébauche. "Animatrix" sera une œuvre d'art, un ensemble de contes philosophiques aussi poétiques qu'oniriques. Pendant trois ans, les frères Wachowski vont travailler avec certains des meilleurs animateurs américains, japonais et coréens. Les frangins supervisent ainsi le projet "Animatrix", soit neuf courts-métrages d'animation immergés dans le monde de la "Matrice"'

A noter que cette anthologie, sortie initialement en 2003, a été pensée pour s'intercaler entre le premier film et sa suite, "Matrix Reloaded" (alors que les épisodes de "Matrix Comics" s'étendaient sur toute la saga et au-delà, deux récits se situant après "Matrix Revolutions"). Ainsi, certains épisodes servent de lien direct entre les deux opus cinématographiques, entérinant la position d'Animatrix comme pierre officielle à l'édifice de la saga.
Au scénario sur quatre épisodes, les "Matrix's brothers" s'adjoignent alors les services d'une dream team impressionnante comptant dans ses rangs des noms prestigieux tels Yoshiaki Kawajiri, Takeshi Koike et Shinichiro Watanabe. L'ensemble est toujours produit par Joel Silver (producteur de l'ensemble de la saga), qui laisse carte blanche à tous ces auteurs, leur offrant ainsi une totale liberté artistique ! Le résultat va être surprenant, au point de jeter dans la confusion la plus totale une partie des spectateurs !

Chaque segment de cette anthologie animée illustre un nombre impressionnant de zones d'ombres sur lequel le spectateur s'était jusque là perdu en regardant le premier film. On apprend ainsi comment le peuple de "Zion" a découvert que les machines lançaient leur attaque finale sur la cité des humains. Ou encore comment Néo a délivré le "Kid" de la "Matrice".
Mais surtout, on apprend, à travers le dyptique intitulé "La Deuxième Renaissance", les origines du monde de la "Matrice" ! Ces deux segments sont d'ailleurs très importants pour quiconque veut s'immerger pleinement dans la saga, puisque c'est ici, à travers ce long flashback, que l'on apprend que ce monde apocalyptique est nettement moins manichéen qu'on ne le pensait, et qu'il ne s'agit pas d'y voir "les gentils humains contre les méchantes machines"'
Et enfin, on profite de quelques épisodes tour à tour poétiques ou parfois même psychédéliques, pour explorer ce monde virtuel dans tous ses coins et recoins, dont le sens du détail parfois maniaque de nos animateurs conceptualise la moindre des pistes philosophiques'

C'est justement ce qui m'a le plus impressionné dans cette anthologie : La capacité des auteurs à interpréter les zones d'ombres de la saga afin d'en extirper la substantifique moelle, à travers une poignée de séquence oniriques, dont la courte durée (chaque segment n'excédant pas les dix minutes) n'empêche jamais cette illustration de nourrir les thèmes philosophiques de ce monde cyberpunk, avec une précision inouïe (profitant à fond de l'impact du format court).
L'ensemble de la saga en ressort grandi, avec un réel supplément d'âme.

seulement voilà, les spectateurs durent trouver l'expérience déroutante. Et le carton annoncé par les exécutifs à propos du succès probable de cette anthologie retomba comme un soufflet !
A l'origine de cette incompréhension, il y a probablement le manque de cohérence esthétique de cet ensemble d'épisodes. Effectivement, trop de liberté a tué l'unité visuelle de la saga et aucun de ces segments animés ne se ressemble.
C'était pourtant très excitant : Chaque épisode devait varier les genres et les interprétations, dans un ensemble d'exercices de style distincts dans le rythme, l'esthétique et le parti-pris technique (tantôt classique ou photo-réaliste).
Ainsi, plus d'un spectateur s'est senti étranger à cette magnifique communion d'artistes issus du monde de l'animation. Et le "Direct to DVD" qu'était "Animatrix" ne tarda pas à écumer les bacs à soldes !
Ce faisant, ces mêmes spectateurs passèrent à côté d'une tentative de globalisation du monde cinématographique qui tentait de donner corps à toutes les influences de la saga "Matrix". Ils ne prirent pas conscience que, ainsi, ils ignoraient l'avènement de quelque chose de très important : La naissance de la culture geek (ou culture de ghetto pour certains). "Animatrix" fut ainsi un morceau de bravoure comme un coup d'épée dans l'eau, et la culture geek est, depuis, toujours dans le même ghetto...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 17, 2015 10:11 PM MEST


Intégrale Rork - tome 1 - Intégrale Rork
Intégrale Rork - tome 1 - Intégrale Rork
par Andreas
Edition : Relié
Prix : EUR 32,95

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Le grand architecte du 7° art, 12 septembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Intégrale Rork - tome 1 - Intégrale Rork (Relié)
Cette première intégrale, sur deux, regroupe les trois premiers albums de la série "Rork" ("Fragments", "Passages" et "Le Cimetière des cathédrales"), ainsi que le tome 0 ("Les Fantômes"), et même deux courts récits inédits intitulés "Les Oubliés " et "Le Sauveur du Crétacé".
Cette première compilation reprend chaque récit dans l'ordre de sa publication initiale, les deux inédits ayant pourtant été publiés après les années 2000 dans un huitième et dernier tome, en majeure partie composé d'illustrations. En revanche, la première histoire, issue du tome 0, est disposée en premier, alors qu'elle a été réalisée en dernier, puisqu'elle nous conte une aventure se déroulant avant les événements du premier tome...

Jadis publiée dans les pages du "Journal de Tintin" à partir de 1978, la série nous raconte de manière déstructurée les aventures d'une espèce d'alchimiste apparemment immortel, traversant les âges et vivants d'étranges expériences surnaturelles de magie et de fantômes...
L'album "Fragments" compile ainsi diverses courtes histoires sans lien apparent, tandis qu'une véritable architecture narrative se met en place dès le suivant ("Passages"), liant rétrospectivement les précédentes aventures sur un fil rouge qui va désormais s'étoffer au fur et à mesure des épisodes, construisant peu à peu une véritable mythologie interne.

Figure énigmatique dont on ne parvient jamais à percevoir les origines de manière vraiment claire, "Rork" est une sorte de détective du paranormal (et ce bien des années avant la série X-Files !). Doté de pouvoirs impressionnants, il est capable de changer d'apparence et de traverser les mondes parallèles, tout en sachant décrypter les signes magiques et les écritures anciennes les plus mystérieuses.
Son parcours est néanmoins jalonné de dangers à la hauteur de sa résistance et de sa sagesse, puisque de puissants ennemis sont à l'œuvre autour de lui. Qu'ils viennent de l'espace ou bien de diverses réalités parallèles, ils ne manqueront pas de dresser leurs terribles menaces...

Il est très impressionnant de prendre la mesure de la richesse du parcours d'Andreas, surtout sur cette série en particulier. Véritable matrice au sein de son œuvre (Cromwell Stone, Arq, Capricorne), "Rork" condense tout ce qui fait la force de son créateur.
Au niveau de la narration et du découpage, c'est un festival de trouvailles fédératrices qui demeure inégalé dans sa densité et sa constance, où les planches se divisent en vignettes de toutes les formes et de toutes les tailles possibles, où la savante construction des lignes touche à la structure architecturale, comparable à celle d'un édifice gothique aux multiples modules venant former une ossature infiniment complexe, parvenant néanmoins, en définitive, à atteindre une impressionnante harmonie.
Du point de vue graphique, l'art d'Andreas est un époustouflant reliquat de gravures anciennes où plane l'ombre de Gustave Doré, tout en lorgnant du côté des comics des années 70, l'auteur se réclamant ouvertement de Bernie Wrightson et de Neal Adams, deux des personnages de la série se nommant par ailleurs "Bernard Wright" et "Adam Neels" ! Avec un trait de plume d'une précision démoniaque et d'une virtuosité stupéfiante, le dessin prend ainsi des airs de gravure du temps passé, tout en demeurant libre et parvenant, au final, à atteindre une totale forme de modernité.
Tantôt en couleur, tantôt en noir et blanc, l'art d'Andreas et les épisodes de la série montrent une évolution vers une personnalité picturale unique, d'une éclatante beauté plastique et d'une maniaquerie de fou, dont la double planche du "Cimetière des Cathédrales" représente une première forme d'aboutissement, où les myriades de détails viennent parachever le style de ce grand architecte du 7° art.

Sur le terrain de la narration, le maitre crée parallèlement une saga en avance sur son temps. A l'heure ou pullulent encore les créations bédéphiliques infantiles (cette première intégrale reprenant principalement des histoires publiées entre 1978 et 1988), la série s'émancipe et côtoie le 7° art et les films d'auteur, où l'atmosphère onirique et l'aspect contemplatif se dédoublent d'une passionnante toile de fond explorant les arcanes de la création par le biais de références savamment absorbées. On songe ainsi à H.P. Lovecraft, Edgar Alan Poe ou encore Arthur Conan Doyle et Jean Ray, chacune de ces influences se mêlant pour n'en former plus qu'une, d'une étonnante cohérence, au service d'un récit original et unique en son genre. Récit qui deviendra, à son tour, un modèle pour plusieurs générations d'auteurs au pays de l'art séquentiel...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 13, 2015 12:22 AM MEST


Antiphon
Antiphon
Proposé par marvelio-france
Prix : EUR 6,74

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 The dark side of the lake..., 11 septembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Antiphon (CD)
Si l'on me demandait quel est l'album de Midlake que je préfère, je répondrais assez instinctivement The Trials of Van Occupanther. Et pourtant, j'adore "Antiphon" !
Il faut dire que chaque album de ce groupe de texans est fort différent et, pour le coup, ce dernier opus se démarque encore plus des autres dans la mesure où il se fait sans le chanteur-guitariste Tim Smith (par ailleurs également auteur et compositeur...), l'ancien leader parti entretemps sous d'autres auspices !
C'est désormais Eric Pulido qui mène le groupe. Sa voix, son jeu, son style, tout est fait pour trancher avec son prédécesseur et, au final, on change complètement d'univers, rompant définitivement avec ce style "Americana" qui avait fait les beaux jours de "The Trials of Van Occupanther" et qui brillait de mille feux dans des titres splendides comme "Roscoe" ou "Young bride".
Mais peu importe ! Car "Antiphon" est un superbe album !

Si je me gaussais tantôt (mais sans vindicte particulière) des références servies par certains commentateurs à propos des albums précédents, j'avoue que celui-ci lorgne clairement du côté d'une certaine pop anglaise 70's à la limite du rock progressif. Son atmosphère très léchée évoque parfois quelques albums d'Alan Parson's Project, tandis que les harmonies vocales (vraiment très belles) nous ramènent effectivement à celles des tout-premiers albums de King Crimson.
Mais on pourrait aussi piocher dans la pop anglaise contemporaine, avec quelques notes de Keane dans le timbre de voix et la densité de la rythmique.
Pour le reste, c'est un festival de mélodies entêtantes et de superbes lignes de basse, posées sur une structure où la batterie serait pensée comme un champ de percussions, pour un résultat assez sombre et haut perché, dans un style nettement plus angoissé et diaphane que sur les précédents albums. Toutefois, il existe une certaine luminosité dans ce côté obscur et, pour peu que vous accrochiez aux premières écoutes, il y a fort à parier que vous aurez du mal à vous défaire de certains titres à la mélodie imparable, mes préférés demeurant "The old & the Young", "This Weight", "Corruption" et "Provider".

Lorsque j'ai écouté cet album pour la première fois, je me suis demandé : C'est quoi ce truc ? Et puis, sans m'en douter, j'ai été happé par des mélodies vraiment incroyables. Sans vouloir influencer qui que ce soit, je pense qu'il s'agit tout simplement d'un très bon album, très inspiré, qui échappe à toute connotation...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 16, 2015 7:57 PM MEST


Spider-man. les incontournables n°3 : la dernière chasse de kraven.
Spider-man. les incontournables n°3 : la dernière chasse de kraven.
par McFARLANE et MACHLAN MICHELINE
Edition : Cartonné

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Descente aux enfers, 9 septembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Spider-man. les incontournables n°3 : la dernière chasse de kraven. (Cartonné)
Notre histoire commence lorsque "Kraven le chasseur", après l'avoir drogué, abat "Spiderman" d'une balle de fusil de chasse. Il le fait ensuite enterrer, non sans lui prendre son costume, afin de lui prendre sa place de super-héros et démontrer au monde qu'il est capable de surpasser son ennemi (une sorte de Superior Spider-Man avant l'heure, quoi).
Mais, malgré ce que croit Kraven, notre bon Spidey n'est pas mort...

Avec le recul, "La Dernière Chasse de Kraven" s'impose tout net comme l'une des meilleures sagas de l'Homme araignée !
Dans une aventure intense, glauque, et pour une fois très adulte (ce qui est rare pour l'époque !), notre héros se voit opposé, pour la dernière fois (mais peut-on parler de "dernière fois" dans le monde des comics de super-slips ?), à l'un de ses pires et plus anciens ennemis...
Bien que le style du dessinateur Mike Zeck ait franchement vieilli (encore que l'on peut l'apprécier pour son aspect vintage !), le scénario n'a, quant à lui, pas pris une ride. Il s'agissait à l'époque d'une très belle tentative réalisée par le scénariste J.M. DeMatteis afin de traiter le personnage de manière adulte et dramatique.

Alors ? pourquoi est-ce si bien ?
Et bien parce que c'est drôlement bien écrit ! La construction du récit, articulée entre les soliloques de "Kraven" et ceux de "Peter Parker", impose une mise en scène conceptuelle, où le lecteur pénètre alternativement les pensées des deux protagonistes, voire des personnages secondaires ("Mary-Jane", par exemple).
Dès lors, chaque intervenant apparait dans une forme de complexité inédite, et "Kraven", habituellement cantonné aux rôles de méchant d'opérette, révèle une étonnante épaisseur dramatique, tourmentée, où la haine se dispute à l'émotion, où le désir de vengeance côtoie le respect et l'admiration de son ennemi.
Teinté de shamanisme et de métaphore totémique (idée originale reprise plus tard dans le run de JMS), le script de J.M. de Matteis met en opposition les deux ennemis avec une rare intelligence et une profondeur thématique étonnante. C'est ainsi que l'Homme-araignée, perçu au départ comme un animal par "Kraven le chasseur", devra puiser en lui toute son humanité la plus pure afin de renaitre (la métaphore qui le voit sortir de la tombe est limpide !), humanité qu'il trouvera évidemment dans son amour pour "Mary-Jane", qu'il vient tout juste d'épouser à l'époque de ces épisodes, et qui lui procurera la force de revenir à la vie. Et c'est ainsi que "Kraven", à l'apparence tout à fait humaine malgré son costume chamarré, tombera dans la bestialité et, par extension, dans la folie, achevant en définitive son voyage du côté animal de l'âme humaine...
Bref, une vision conceptuelle de l'éternel combat du bien contre le mal, illustrée d'une manière proprement brillante !

Evidemment, la date où la saga fut publiée, c'est-à-dire en 1987, n'est pas étrangère à la maturation qui toucha par la grâce le scénariste J.M. de Matteis lorsqu'il imagina cette descente aux enfers d'une noirceur surprenante, cette confrontation shakespearienne laconique et ce suspense au cordeau.
En effet, l'année précédente avait été sous le signe de la révolution dans le monde des comics de super-héros. Tout le monde le sait aujourd'hui, puisqu'Alan Moore et Frank Miller venaient de publier respectivement Watchmen et Batman : The Dark Knight Returns...
Il aura fallu quelques années pour que le labeur de Miller, qui avait complètement revu et corrigé le style narratif naïf et ampoulé des comics old-school de l'âge d'argent dans sa série Daredevil entre 1981 et 1985, fasse boule de neige. Mais force est de constater que cette révolution formelle avait fini par contaminer certains auteurs évoluant dans le milieu. Ainsi, la caractérisation tourmentée, voire psychotique des personnages dans "La Dernière Chasse de Kraven", avec tous ces soliloques et ces flux de pensée, ce découpage rythmé et conceptuel, ces cadrages quasiment cinématographiques, cette absence de bulles de pensée et d'humour infantile, cette noirceur et cette violence assumée, semblent provenir en droite ligne du legs de Frank Miller.

Avec son atmosphère glauque et cauchemardesque (toutes les scènes se déroulant dans les égouts, où "Spidey" affronte l'épouvantable "Vermine", sont vraiment malsaines !), "La Dernière Chasse de Kraven" préfigure également les épisodes écrits et dessinés par Todd Mac Farlane dans sa propre série (voir Spider Man par Mc Farlane), clairement adressés à un public plus mature que d'ordinaire (dans la forme, en tout cas). La tonalité de l'histoire est aussi sombre que les grandes histoires de "Batman" qui verront bientôt le jour (avec par exemple la saga Knightfall, ou encore le run de Doug Moench & Kelley Jones), et la fin, sans concession, est d'une rare intensité tragique.
Définitivement, cette histoire s'impose comme un modèle de progression narrative, dans la lignée du travail de Frank Miller sur "Daredevil". Et un modèle tout court pour les comics mainstream à venir...

Pour ceux qui ont du mal aujourd'hui avec le style ampoulé des comics "old-school" (Hé ! je ne suis pas le seul !), dans lesquels les personnages commentent à voix haute tout ce qu'ils font, où les bulles de pensée compensent un découpage trop linéaire, où les histoires ne sont que des prétextes à voir des hommes musclés en collants et en slip s'affronter dans des bagarres de bac à sable et s'adonner à des joutes verbales infantiles, sachez que ce récit n'entre pas dans cette catégorie, mais annonce au contraire l'avènement des comics mainstream (les comics inscrits dans la continuité des séries) modernes, avec dialogues épurés, voix off et narration axée davantage sur le vocabulaire graphique que sur les phylactères.
Plus violents que les épisodes de "Daredevil" cités plus haut, ceux de la saga ici présente peuvent encore aujourd'hui nous surprendre par leur noirceur abyssale, bien plus viscérale que la plupart des lectures que nous offre le bien tiède Marvel contemporain...

Avec le recul, les sagas de cette trempe ne sont pas légions à cette époque au sein de la continuité (on pense tout de même au Batman : Killing Joke d'Alan Moore, paru la même année !).
Il y avait eut pourtant un précédent crossover vraiment bon intitulé La mort de Jean Dewolf, très adulte également (relativement en tout cas), publié en 1985/86 sous la houlette de Peter David. Cette précédente saga de "Spiderman" mettait en scène un tueur en série masqué (une simple cagoule verte et des bottes à la Robin des bois !), assassinant les représentants d'une justice qu'il considérait trop corrompue. Sa première victime avait été le "capitaine Dewolff", une amie personnelle de "Spiderman". Dès lors, notre héros, aidé par "Daredevil" (c'est d'ailleurs l'épisode historique où le Diable rouge perçait à jour l'identité secrète de l'Homme-araignée !), allait mettre un point d'honneur à stopper la croisade meurtrière de celui que tout le monde nommait alors le Rédempteur...
La grande qualité de ces épisodes résidait dans la toile de fond que développait le scénariste autour de la notion de justice. Que ce soit dans les divergences de valeur entre les personnages ou bien dans le reflet de ce que faisaient les médias de cette affaire, Peter David déroulait l'air de rien une implacable analyse des complexités liées au code pénal.
Mais, également, le premier épisode de la saga (une pure merveille !) se démarquait déjà par une construction calquée sur celle de Frank Miller, avec voix-off et découpage conceptuel ! Hélas, les trois suivants étaient plus convenus, avec retour des bulles de pensée et dialogues envahissants. On retombait alors dans les travers des comics de l'époque, très ampoulés.

Mais ce fut bel et bien "La Dernière Chasse de Kraven" qui entérina la descente aux enfers de "Spiderman", sa douloureuse renaissance et son passage à l'ère de la maturité. Après tout, il apparait évident, avec le recul, qu'il était nécessaire d'assassiner notre héros afin qu'il renaisse sous un nouveau jour, et sous des atours moins naïfs ! Comme une sorte de parcours initiatique, intense et douloureux, vers l'abrupte réalité de l'âge adulte ! Un "Born Again" chez "Spiderman", en somme !
Cette caractérisation des personnages touchant à tous les aspects strictement adultes de la littérature, les rendant tour à tour complexes, malsains, tourmentés ou psychotiques, alliée à une violence frontale et une approche glauque et dépressive, propulsait en un sens notre saga dans la sphère du roman noir. Malgré un style de dessin qui allait rapidement apparaitre daté, cette épaisseur, cette atmosphère et cette mise en forme exigeante et conceptuelle, destinaient d'emblée ces épisodes à une pérennité certaine.
Aujourd'hui, je pense que l'on peut considérer la saga "La Dernière Chasse de Kraven" comme un chef d'œuvre du genre et comme l'une des plus grandes réussites dédiées au super-héros le plus populaire de la planète ! Un grand classique, à ranger à côté de "Born Again" et de La mort de Captain Marvel !
Cette réussite fut tellement marquante que l'éditeur Marvel attendit plus de vingt ans avant de faire ressusciter le méchant de l'histoire. Impressionnant !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 10, 2015 7:36 AM MEST


Spider-Man: Kraven's Last Hunt
Spider-Man: Kraven's Last Hunt
Prix : EUR 5,49

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Descente aux enfers, 9 septembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Spider-Man: Kraven's Last Hunt (Format Kindle)
Notre histoire commence lorsque "Kraven le chasseur", après l'avoir drogué, abat "Spiderman" d'une balle de fusil de chasse. Il le fait ensuite enterrer, non sans lui prendre son costume, afin de lui prendre sa place de super-héros et démontrer au monde qu'il est capable de surpasser son ennemi (une sorte de Superior Spider-Man avant l'heure, quoi).
Mais, malgré ce que croit Kraven, notre bon Spidey n'est pas mort'

Avec le recul, "La Dernière Chasse de Kraven" s'impose tout net comme l'une des meilleures sagas de l'Homme araignée !
Dans une aventure intense, glauque, et pour une fois très adulte (ce qui est rare pour l'époque !), notre héros se voit opposé, pour la dernière fois (mais peut-on parler de "dernière fois" dans le monde des comics de super-slips ?), à l'un de ses pires et plus anciens ennemis'
Bien que le style du dessinateur Mike Zeck ait franchement vieilli (encore que l'on peut l'apprécier pour son aspect vintage !), le scénario n'a, quant à lui, pas pris une ride. Il s'agissait à l'époque d'une très belle tentative réalisée par le scénariste J.M. DeMatteis afin de traiter le personnage de manière adulte et dramatique.

Alors ? pourquoi est-ce si bien ?
Et bien parce que c'est drôlement bien écrit ! La construction du récit, articulée entre les soliloques de "Kraven" et ceux de "Peter Parker", impose une mise en scène conceptuelle, où le lecteur pénètre alternativement les pensées des deux protagonistes, voire des personnages secondaires ("Mary-Jane", par exemple).
Dès lors, chaque intervenant apparait dans une forme de complexité inédite, et "Kraven", habituellement cantonné aux rôles de méchant d'opérette, révèle une étonnante épaisseur dramatique, tourmentée, où la haine se dispute à l'émotion, où le désir de vengeance côtoie le respect et l'admiration de son ennemi.
Teinté de shamanisme et de métaphore totémique (idée originale reprise plus tard dans le run de JMS), le script de J.M. de Matteis met en opposition les deux ennemis avec une rare intelligence et une profondeur thématique étonnante. C'est ainsi que l'Homme-araignée, perçu au départ comme un animal par "Kraven le chasseur", devra puiser en lui toute son humanité la plus pure afin de renaitre (la métaphore qui le voit sortir de la tombe est limpide !), humanité qu'il trouvera évidemment dans son amour pour "Mary-Jane", qu'il vient tout juste d'épouser à l'époque de ces épisodes, et qui lui procurera la force de revenir à la vie. Et c'est ainsi que "Kraven", à l'apparence tout à fait humaine malgré son costume chamarré, tombera dans la bestialité et, par extension, dans la folie, achevant en définitive son voyage du côté animal de l'âme humaine...
Bref, une vision conceptuelle de l'éternel combat du bien contre le mal, illustrée d'une manière proprement brillante !

Evidemment, la date où la saga fut publiée, c'est-à-dire en 1987, n'est pas étrangère à la maturation qui toucha par la grâce le scénariste J.M. de Matteis lorsqu'il imagina cette descente aux enfers d'une noirceur surprenante, cette confrontation shakespearienne laconique et ce suspense au cordeau.
En effet, l'année précédente avait été sous le signe de la révolution dans le monde des comics de super-héros. Tout le monde le sait aujourd'hui, puisqu'Alan Moore et Frank Miller venaient de publier respectivement Watchmen et Batman : The Dark Knight Returns'
Il aura fallu quelques années pour que le labeur de Miller, qui avait complètement revu et corrigé le style narratif naïf et ampoulé des comics old-school de l'âge d'argent dans sa série Daredevil entre 1981 et 1985, fasse boule de neige. Mais force est de constater que cette révolution formelle avait fini par contaminer certains auteurs évoluant dans le milieu. Ainsi, la caractérisation tourmentée, voire psychotique des personnages dans "La Dernière Chasse de Kraven", avec tous ces soliloques et ces flux de pensée, ce découpage rythmé et conceptuel, ces cadrages quasiment cinématographiques, cette absence de bulles de pensée et d'humour infantile, cette noirceur et cette violence assumée, semblent provenir en droite ligne du legs de Frank Miller.

Avec son atmosphère glauque et cauchemardesque (toutes les scènes se déroulant dans les égouts, où "Spidey" affronte l'épouvantable "Vermine", sont vraiment malsaines !), "La Dernière Chasse de Kraven" préfigure également les épisodes écrits et dessinés par Todd Mac Farlane dans sa propre série (voir Spider Man par Mc Farlane), clairement adressés à un public plus mature que d'ordinaire (dans la forme, en tout cas). La tonalité de l'histoire est aussi sombre que les grandes histoires de "Batman" qui verront bientôt le jour (avec par exemple la saga Knightfall, ou encore le run de Doug Moench & Kelley Jones), et la fin, sans concession, est d'une rare intensité tragique.
Définitivement, cette histoire s'impose comme un modèle de progression narrative, dans la lignée du travail de Frank Miller sur "Daredevil". Et un modèle tout court pour les comics mainstream à venir'

Pour ceux qui ont du mal aujourd'hui avec le style ampoulé des comics "old-school" (Hé ! je ne suis pas le seul !), dans lesquels les personnages commentent à voix haute tout ce qu'ils font, où les bulles de pensée compensent un découpage trop linéaire, où les histoires ne sont que des prétextes à voir des hommes musclés en collants et en slip s'affronter dans des bagarres de bac à sable et s'adonner à des joutes verbales infantiles, sachez que ce récit n'entre pas dans cette catégorie, mais annonce au contraire l'avènement des comics mainstream (les comics inscrits dans la continuité des séries) modernes, avec dialogues épurés, voix off et narration axée davantage sur le vocabulaire graphique que sur les phylactères.
Plus violents que les épisodes de "Daredevil" cités plus haut, ceux de la saga ici présente peuvent encore aujourd'hui nous surprendre par leur noirceur abyssale, bien plus viscérale que la plupart des lectures que nous offre le bien tiède Marvel contemporain...

Avec le recul, les sagas de cette trempe ne sont pas légions à cette époque au sein de la continuité (on pense tout de même au Batman : Killing Joke d'Alan Moore, paru la même année !).
Il y avait eut pourtant un précédent crossover vraiment bon intitulé La mort de Jean Dewolf, très adulte également (relativement en tout cas), publié en 1985/86 sous la houlette de Peter David. Cette précédente saga de "Spiderman" mettait en scène un tueur en série masqué (une simple cagoule verte et des bottes à la Robin des bois !), assassinant les représentants d'une justice qu'il considérait trop corrompue. Sa première victime avait été le "capitaine Dewolff", une amie personnelle de "Spiderman". Dès lors, notre héros, aidé par "Daredevil" (c'est d'ailleurs l'épisode historique où le Diable rouge perçait à jour l'identité secrète de l'Homme-araignée !), allait mettre un point d'honneur à stopper la croisade meurtrière de celui que tout le monde nommait alors le Rédempteur...
La grande qualité de ces épisodes résidait dans la toile de fond que développait le scénariste autour de la notion de justice. Que ce soit dans les divergences de valeur entre les personnages ou bien dans le reflet de ce que faisaient les médias de cette affaire, Peter David déroulait l'air de rien une implacable analyse des complexités liées au code pénal.
Mais, également, le premier épisode de la saga (une pure merveille !) se démarquait déjà par une construction calquée sur celle de Frank Miller, avec voix-off et découpage conceptuel ! Hélas, les trois suivants étaient plus convenus, avec retour des bulles de pensée et dialogues envahissants. On retombait alors dans les travers des comics de l'époque, très ampoulés.

Mais ce fut bel et bien "La Dernière Chasse de Kraven" qui entérina la descente aux enfers de "Spiderman", sa douloureuse renaissance et son passage à l'ère de la maturité. Après tout, il apparait évident, avec le recul, qu'il était nécessaire d'assassiner notre héros afin qu'il renaisse sous un nouveau jour, et sous des atours moins naïfs ! Comme une sorte de parcours initiatique, intense et douloureux, vers l'abrupte réalité de l'âge adulte ! Un "Born Again" chez "Spiderman", en somme !
Cette caractérisation des personnages touchant à tous les aspects strictement adultes de la littérature, les rendant tour à tour complexes, malsains, tourmentés ou psychotiques, alliée à une violence frontale et une approche glauque et dépressive, propulsait en un sens notre saga dans la sphère du roman noir. Malgré un style de dessin qui allait rapidement apparaitre daté, cette épaisseur, cette atmosphère et cette mise en forme exigeante et conceptuelle, destinaient d'emblée ces épisodes à une pérennité certaine.
Aujourd'hui, je pense que l'on peut considérer la saga "La Dernière Chasse de Kraven" comme un chef d'œuvre du genre et comme l'une des plus grandes réussites dédiées au super-héros le plus populaire de la planète ! Un grand classique, à ranger à côté de "Born Again" et de La mort de Captain Marvel !
Cette réussite fut tellement marquante que l'éditeur Marvel attendit plus de vingt ans avant de faire ressusciter le méchant de l'histoire. Impressionnant !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 10, 2015 7:35 AM MEST


The Trials Of Van Occupanther
The Trials Of Van Occupanther
Proposé par moviemars-amerique
Prix : EUR 5,52

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Vous reprendrez bien un pur Américana ?, 30 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Trials Of Van Occupanther (CD)
De temps à autres, il m'arrive de me passer la discographie entière d'un artiste ou d'un groupe. D'une traite.
Cet exercice a le mérite de faire ressortir immédiatement un album du lot. Et c'est toujours, en tout cas en ce qui me concerne, le meilleur qui ressort, durablement !
Ainsi, l'album de Midlake qui a tout de suite surgi du lot est sans conteste "The Trials Of Van Occupanther", sorti initialement en 2006 (il s'agit du troisième opus enregistré par les texans de Midlake).

Etant donné que j'ai lu plus haut des comparaisons assez croquignolesques quant à notre groupe et ses influences, j'ai eu envie de poser ma propre pierre à l'édifice des commentaires relatifs à cet album en particulier. Très franchement, j'ai du mal à saisir ce qui a pu amener certains commentateurs à trouver un rapport avec des groupes de rock progressif psychédélique 70's britannique comme King Crimson, Genesis ou encore Van Der Graaf Generator (le mot "Van" peut-être ?!!!). Loin de moi l'idée de contester le droit de penser de tout un chacun, mais franchement, je ne vois aucun rapport avec la dite choucroute. Un peu comme si un auditeur qui n'écoutait que de la musique anglaise des années 60 découvrait soudainement un album de Madonna en cherchant systématiquement à le comparer aux Beatles ou aux Rolling Stones (on pourrait aussi bien comparer Jacques Brel et Kurt Cobain parce que ce sont des chanteurs écorchés, ou encore Mireille Mathieu et Nina Hagen parce qu'elles ont la même frange) !
Midlake, dans son troisième album ici présent (oui parce que chaque opus est très différent, surtout Antiphon, réalisé après le départ du leader Tim Smith), réalise une série de chansons pop dans le plus pur esprit de "l'Americana". Pensez à America, à Neil Young, et surtout à Joni Mitchell et Fleetwood Mac, et vous tomberez pilepoil sur l'atmosphère sophistiquée et éthérée de "The Trials Of Van Occupanther".

Véritable travail d'orfèvre, l'album se démarque autant du point de vue des mélodies que des arrangements (le titre "Young Bride", avec son violon traditionnel et ses mélopées entêtantes, bénéficie des plus beaux arrangements que j'ai pu entendre ces dernières années !). Le son est travaillé à l'extrême sans pour autant entamer la spontanéité de l'interprétation, au point que le miracle se produise d'entrée de jeu avec "Roscoe", premier titre de l'album et chef d'œuvre instantané, où les voix à l'unisson façon Crosby Stills & Nash (en plus diffus...), frôlent une guitare rythmique crade et rugueuse façon Neil Young (Ah ! on me signale que l'on a "déjà vu" ces quatre messieurs réaliser un album ensemble...), pour un résultat à fleur de peau, beaucoup plus éthéré que du CSN & Y.
Bref, rien de progressif là dedans, mais tout d'américain, pétri d'influences 70's certes, mais en direction immédiate des sources de l'Americana pure...
Ecoutez également "Antiphon", dernier album en date au moment où j'écris ces lignes. Il est également très bon même si, pour le coup, on se rapproche effectivement d'une pop anglaise 70's lorgnant vers certaines références progressives...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (14) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 30, 2015 10:25 PM MEST


Conan l'Intégrale - Tome 1: Le Cimmérien
Conan l'Intégrale - Tome 1: Le Cimmérien
par Robert E. Howard
Edition : Relié

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un barbare pour les gouverner tous !, 29 août 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Conan l'Intégrale - Tome 1: Le Cimmérien (Relié)
Ce sont les éditions Bragelonne qui nous ont "offert" cette collection de trois tomes reprenant l'intégralité des nouvelles écrites par Robert E. Howard sur le personnage de "Conan le Barbare" dans les années 30. Mais il y a eu deux éditions distinctes. La première, toujours disponible (Conan le Cimmérien, Conan - L'Heure du Dragon et Conan - Les Clous Rouges), présente une reliure souple, avec quelques pages illustrées (illustrations réalisées respectivement par Mark Schultz, Gregory Manchess et Gary Gianni, chacun sur un tome), ainsi que de nombreuses notes et autres bonus (synopsis, textes incomplets ou versions alternatives retrouvés d'après les manuscrits de l'écrivain). Enfin, Patrice Louinet, considéré comme l'un des principaux spécialistes internationaux de l'œuvre d'Howard et de l'univers de Conan, en plus d'assurer une nouvelle traduction, rédige toute une série de notes et d'articles passionnants, éclairant le lecteur sur le legs de l'écrivain.
La seconde édition, dite "collector", est la même que la première, sauf qu'elle propose une couverture cartonnée (avec jaquette), et qu'elle a été distribuée sur la base d'un tirage limité. Elle est donc aujourd'hui épuisée. Puisque c'est cette seconde édition que je me suis offerte, je précise que mon commentaire se réfère donc à l'édition collector ici présente.

La première chose à savoir sur cette collection, c'est qu'il s'agit d'un événement dans la mesure où, auparavant, aucune édition n'avait proposé les nouvelles du "Cimmérien" telles que leur auteur les avaient conçues. En choisissant de publier les aventures de Conan dans un ordre chronologique relatif à sa "biographie" (en commençant par sa jeunesse et en terminant par sa vieillesse), les éditeurs précédents rompaient avec la tradition introduite par Howard, qui voulait que toutes ces histoires aient été contées par Conan à son chroniqueur dans le désordre, comme s'il évoquait des épisodes de sa vie parfois très distants dans le temps et l'espace, au fur et à mesure qu'ils lui revenaient en tête, sans plan précis (ce que ferait un aventurier si on lui demandait de nous conter ses aventures)...
Effectivement, après le décès prématuré de Robert E. Howard en 1936, ces récits avaient été réarrangés, réécrits, modifiés et artificiellement complétés par des plagiaires (qui en profitaient d'ailleurs pour y ajouter de nouveaux récits écrits par leurs soins !), aujourd'hui connus sous les noms de Lin carter, Lyon Sprague de Camp, Steve Perry et Andrew J. Offutt. Ces écrivains et leurs éditeurs s'étaient alors lancés dans une quête visant à réorganiser les nouvelles dans un ordre chronologique scrupuleux, basé sur "Le Parcours Probable de Conan le Barbare", considéré comme la biographie officielle du héros. Il s'agit en réalité d'une biographie originellement rédigée par un fan de l'écrivain. Le fan en question osa envoyer sa version à Howard (quelques temps avant sa mort). Ce dernier en fut touché et répondit avec une autre lettre exhaustive, corrigeant les quelques rares erreurs commises par son admirateur. Grâce au concours d'un autre fan, cette chronologie fut publiée en 1938 dans un fanzine intitulé "The Hyborian Age".
A noter que cette lettre est présentée dans le troisième et dernier tome de notre collection (recueil intitulé Les Clous Rouges), ainsi que dans le comic book Conan : La tour de l'éléphant, une adaptation sous forme de bande dessinée éditée chez Panini Comics. Et que, dans les deux cas, elle est accompagnée de la carte de l'Âge Hyborien dessinée par l'écrivain lui-même...

Patrice Louinet a donc réalisé un travail colossal, présentant toutes les nouvelles dans l'ordre de leur rédaction, restituées dans leur version authentique à partir des manuscrits originaux, avec, comme précisé plus haut, une toute nouvelle traduction.

Il paraitrait que tous les grands écrivains parviennent à insuffler une thématique, une épaisseur et une véritable toile de fond à travers leurs récits, y compris les plus divertissants. Il semblerait que ce soit le cas en ce qui concerne le créateur de Conan et de son univers. Effectivement, Howard développait une passionnante réflexion sur la notion de "civilisation". Il tentait de démontrer que, à cause de la nature imparfaite (et barbare !) de l'homme, toute civilisation ne pouvait être qu'une utopie éphémère, vouée à sombrer tôt ou tard dans le chaos sous les coups de l'âme humaine pervertie. Les barbares renversant ainsi chaque civilisation, se civilisant à leur tour, avant d'être remplacés par d'autres barbares... Une vision certes pessimiste, mais tout à fait cohérente et abordée d'une manière profonde et édifiante.
Assurément, les plagiaires de l'écrivain que furent Lin Carter, Lyon Sprague de Camp et consorts, n'auront fait qu'appauvrir cette toile de fond'
Dans les lettres et les correspondances diverses qu'il entretenait avec son entourage (et notamment avec son ami l'écrivain H. P. Lovecraft), Howard démontrait son acuité à travers des réflexions pénétrantes. Dans ses questionnements sur les civilisations éphémères, il pressentait ainsi que la notre de tarderait pas à devenir décadente, et qu'elle se tournerait alors vers la surabondance de représentations sexuelles, qui finiraient par apparaitre partout. Soit exactement ce qu'il se passe près d'un siècle plus tard !

Quant à ce parti-pris choisi par tous les éditeurs précédents de reprendre la chronologie de la vie de Conan dans un ordre scrupuleux, Patrice Louinet nous fait remarquer que "toute tentative d'aborder le personnage et son évolution en se basant sur la biographie du Cimmérien risque de se heurter à un écueil considérable". Il fait remarquer, avec raison, que "toute conclusion que l'on pouvait tirer sur la série était auparavant faussée par une présentation pseudo-biographique qui occultait l'évolution de Howard entant qu'auteur pour mettre en avant la "carrière" de Conan". Ce qui est rendu indiscutable par le fait que les dernières nouvelles écrites par l'écrivain sont les meilleures et les plus riches. Louinet dit enfin que, "ce qui rend les nouvelles de Conan si différentes et si intéressantes, cet immense sentiment de liberté qu'elles dégagent, c'est justement la totale indépendance de chaque histoire (')".

Bref, voici donc une collection définitive pour tout amateur du personnage de Conan le Barbare et de son écrivain, dont les autres créations ont également été publiées par le même éditeur...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (5) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 5, 2016 10:44 PM CET


Fear agent : Intégrale 1
Fear agent : Intégrale 1
par Jerome Opeña
Edition : Relié
Prix : EUR 29,50

5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Futur imparfait, 23 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Fear agent : Intégrale 1 (Relié)
Ce commentaire portera sur l'intégralité de la série "Fear Agent" écrite par le scénariste Rick Remender. Soit les trente épisodes initialement publiés sous la forme de six tomes de quatre à six épisodes entre 2005 et 2011, puis réédités ici en deux grosses intégrales de type omnibus (autour de 400 pages chacune).
Il s'agit donc d'une série limitée de 30 épisodes (des épisodes bonus ont été écrits par d'autres auteurs mais n'ont pas été regroupés dans ces pages).
Le dessin est principalement l'œuvre de deux artistes, respectivement Tony Moore et Jerome Opeña, qui réalisent en alternance les différents arcs narratifs (trois tomes chacun, la série étant à la base composée de six tomes). Mais d'autres dessinateurs sont venus leur prêter main forte afin que le travail soit bouclé en temps et en heure, notamment Mike Hawthorne, John Lucas, Kieron Dwyer et Rick Remender lui-même, obligé d'effectuer l'encrage sur certains épisodes afin de respecter les délais !
A l'arrivée, l'identité graphique de la série est néanmoins d'une harmonie visuelle remarquable.
Vous êtes ici au tome 1. Le tome 2 se trouve .

J'adore le travail de Rick Remender.
J'aime quasiment tout ce qu'il fait et je trouve que ses récits sont épatants, uniques en leur genre tout en étant blindés de clichés usés jusqu'à la corde.
C'est ça qui est incroyable chez cet auteur : Il mélange les pires éléments fantaisistes et criards, old-school et obsolètes, voire infantiles, en les intégrant sans complexes dans des récits à la verve moderne, adulte et inspirée.
Il faut voir les couvertures de la série "Fear Agent" : Tous les clichés de la vieille science-fiction démodée y sont regroupés. Normal, puisque le projet à la base de la série Fear Agent est de rendre hommage aux comics des années 50 publiés dans les pages de l'éditeur EC Comics, et notamment de ses séries phares Weird Science et "Weird Fantasy", qui mettaient en scène de petits récit de SF dans le plus pur esprit de l'époque consacrée (en gros, l'âge d'or de la science-fiction moderne, tout medium confondu).
Seulement voilà, dans la mise en forme narrative, "Fear Agent" ne ressemble pas à un vieil épisode rétro naïf et ampoulé. Il ressemble plutôt à Preacher, la série folle et furieuse de Garth Ennis !

Nous reviendrons plus loin sur cette histoire de lien avec l'univers de Garth Ennis. Pour le moment, nous allons continuer de nous intéresser à la source d'inspiration principale de Remender pour son "Fear Agent" : EC Comics. Les EC Comics, que l'on surnommait alors la "New Trend" (nouvelle tendance) s'étaient avant tout épanoui dans trois genres en particulier : L'Horreur (avec évidemment les anthologies Tales From the Crypt, Vault Of Horror et The Haunt of Fear), la SF (avec les publications citées plus haut) et les récits de guerre (publiés dans les pages de Two-Fisted Tales et Frontline Combat). Ce sont ces trois genres que nous allons ainsi retrouver dans la série "Fear Agent", mais fusionnés de manière iconoclaste...
Comme dit plus haut, toute l'originalité de l'écriture de Rick Remender va se jouer dans sa manière d'intégrer ces références démodées, aujourd'hui passablement surannées et parfois enfantines.
Le décorum rétro de "Fear Agent" n'est, comme indiqué, rien d'autre qu'un décor, un état d'esprit référentiel. Ce dernier est assumé, et Heath Hudson, le héros de la série, combat toutes sortes de créatures extraterrestres et autres robots déments dans une atmosphère vintage immédiatement contrebalancée par un style narratif moderne, percutant et parfaitement adulte !
C'est fou mais c'est vrai : Rien dans le décor ni dans la toile de fond de la série n'est réaliste. Aucune créature (il y a des poissons qui volent dans le ciel sans ailes !), aucune situation (on remonte le temps avec une facilité déconcertante, mais on ne le fait pas quand il le faudrait !), aucun état de fait scientifique (on passe d'un univers parallèle à l'autre sans aucune logique !), aucun lien affectif (on s'aime et on se quitte sans la moindre explication cohérente !), aucune cohérence de script (on abandonne un arc narratif soudainement pour enchainer sur un autre !) ; bref, rien ne tient debout si l'on essaie d'aborder la chose de manière réaliste !
Et pourtant, ça marche ! On tremble pour nos personnages, on éprouve viscéralement leur tragique destin, et l'on dévore la saga d'une traite...

Mais alors, c'est quoi l'histoire de "Fear Agent" ?
Les "Fear Agents" sont des mercenaires humains dont l'activité principale consiste à tuer des aliens. "Heath Huston" est le dernier des "Fear agents". Désinvolte, arrogant, insolent, roublard, complètement alcoolique, il loue ses services au plus offrant et parcourt l'espace à bord de sa fusée nommée "Annie" en exécutant diverses missions périlleuses entre deux gueules de bois...
Mais, alors que l'on commence la lecture de la série en imaginant une transposition américaine de l'anime (ou du manga, c'est selon) Cobra Space Adventures (les aventures d'un flibustier de l'espace solitaire et audacieux, badass avant l'heure), "Fear Agent" entame rapidement un virage à cent quatre-vingts degrés et opère une montée en puissance vertigineuse vers la saga cosmique universelle. On pense alors à la série L'incal, où un pauvre détective de l'espace, looser comme pas deux, se retrouve impliqué dans une vaste conspiration cosmique aux répercutions touchant à l'échelle de l'univers et à sa structure, au point d'en devenir l'élément déclencheur et, en définitive, sa seule et unique source d'espoir...
"Heath Huston" est donc le point névralgique d'une saga à l'échelle du cosmos. Mais pas seulement. Car avant tout cela, "Heath" est l'un des seuls survivants de notre espèce. Et l'histoire de "Fear Agent" parle avant tout de notre humanité...
Effectivement, dans cette histoire, la Terre a été envahie par une race d'aliens robotiques à la conquête de l'univers (les "Tétaldiens" : le cerveau d'une espèce humanoïde placé dans un bocal au sommet d'un robot afin d'accéder à la vie éternelle !). Ceux-ci ont commis un génocide et exterminé la quasi-totalité de notre espèce. Ils combattent les "Dressins" (des aliens gélatineux informes enfermés dans une combinaison humanoïde !), eux aussi à la base de notre extinction dans la mesure où notre planète a servi de terrain à ces deux clans pour se faire la guerre (ouais, bon... en vérité c'est vachement plus compliqué que ça...)...
Les survivants de l'humanité, d'abord cachés sous des abris anti-nucléaires, on apprit à survivre et à se battre. Ils se sont réfugiés sur la lune et ont formé peu à peu une élite de combat : Les "Fear Agents" !
Parmi eux, "Heath Huston" est l'un des plus redoutables. Car il a vu mourir son père et son petit garçon sous ses yeux. Il a réussi à survivre avec sa femme "Charlotte" mais, par la suite, sa relation avec cette dernière s'est détériorée, au point qu'il finisse par errer dans l'espace en solitaire, rongé par la mort de ses proches et un terrible secret sur sa conscience...
Très vite, Rick Remender va nous emmener dans le passé de "Heath" et de ses acolytes, nous faisant revivre, par intermittence, la vie entière et la tragédie sans commune mesure de notre héros...

C'est à partir de là que le parallèle avec l'écriture de Garth Ennis et de la série "Preacher" en particulier commence à s'imposer.
Tout comme dans la saga de "Jesse Custer", on suit celle de "Heath Huston" sur le même registre narratif, en découvrant médusé à quel point le passé tragique du héros l'a transformé, au point de lui procurer une existence désabusée, mais également une résistance peu commune.
L'ambiance salace et les "moments Ennis" en moins, "Fear Agent" suit complètement les traces de son ainé, jusqu'à cette déclaration d'intention émise par Remender en personne, lorsque l'on voit marqué le mot "Ennis" en gros, sur le panneau d'entrée du patelin texan où vit "Heath" et sa famille !
Tout comme dans "Preacher", Remender nous présente peu à peu le passé de son héros et parfois de ses personnages secondaires. On découvre par étapes leur enfance, on rencontre d'abord un premier parent en se demandant où est l'autre, qui nous sera exposé plus tard quand on s'y attendra le moins... On suit peu à peu l'évolution de ces personnages dans un va et vient constant avec le présent et le futur, revenant sans cesse dans le Texas originel où le héros a grandi.
Ces éléments purement terrestres et parfois naturalistes contrastent avec les éléments fantaisistes et science-fictionnels se déroulant dans le reste du récit, mais leurs apportent paradoxalement une assise considérable. Un véritable point de repère pour le lecteur.
C'est ce parti-pris narratif qui propulse en définitive la saga "Fear Agent" dans la sphère du comic-book pour adulte, moderne et écorché vif. Dès lors, le destin de l'univers ne veut plus dire grand-chose pour le lecteur, quand celui de son héros désabusé prend une importance de premier plan. "Fear Agent" devient ainsi un drame humain de premier ordre, derrière lequel commence à s'étendre une toile de fond philosophique sur le sens de la vie, sur la destinée, sur les choix et les obstacles qui s'imposent à chacun.
Attention, "Fear Agent" n'est pas un pamphlet ou un quelconque pensum rébarbatif. C'est un divertissement pur. Mais un divertissement intelligent, qui n'oublie jamais d'étendre son sous-texte, lui procurant au final une véritable épaisseur littéraire.

Afin de ne jamais perdre de vue cet aspect méditatif, Rick Remender a opté pour un leitmotiv qui va traverser chaque épisode de la série : Tout comme le ferait un bon vieux détective privé issu d'un roman de Dashiel Hammett ou de Raymond Chandler, "Heath Huston" nous fait profiter de ses réflexions par le biais d'une série de soliloques (les monologues intérieurs). Mais ces derniers sont presque systématiquement mis en parallèle avec des citations signées Samuel Clemens (c'est-à-dire Mark Twain), dans lesquelles l'écrivain émet toute une série de constats amers et désabusés sur le sens de la vie. En plus d'apporter une note mélancolique et un brin dépressive à la série (on parle tout de même de récit apocalyptique et d'extinction de la race humaine dans laquelle les héros perdent tous leurs êtres chers), ces citations vont surtout permettre au scénariste de garder une constante et rigoureuse toile de fond quant aux thèmes sous-jacents initiés dès le départ, relatifs au sens de la vie et de ce qui définit l'humanité. Le constat est d'ailleurs surprenant, puisque le plus important en définitive, sera de mettre en lumière le thème de la "famille" comme l'aboutissement absolu de notre destinée...
Cet aspect mature du scénario demeure, au final, l'une des plus grandes réussites de la série.

Toutefois, cette étrange alchimie entre les univers bigarrés de la SF criarde et l'histoire tragique des personnages évoluant dans la série n'aurait nullement fonctionné sans un second degré effectif et une réelle dimension humoristique. "Fear Agent", c'est donc aussi beaucoup d'humour et une distanciation constante prise avec les rouages du scénario. C'est la présence d'un héros à la gouaille pugnace, capable de sortir une blague salace en plein cliffhanger et de se moquer du look ringard de son ennemi robotique armé jusqu'aux dents...
C'est ainsi que Remender ne se soucie jamais de peaufiner ses récits avec une réelle cohérence. Comme relevé plus haut, la saga ne s'embarrasse pas de détails explicatifs scientifiques et accumule les incohérences de script en vrac ! C'est ce dernier élément qui risque fort de coincer par rapport à certains lecteurs exigeants...
Ainsi, moult ressorts dramatiques n'aboutissent sur rien, Remender changeant l'orientation du récit en plein épisode, et enchainant sur un truc différent en oubliant le précédent. Et plus d'une situation arrive comme un cheveu sur la soupe, l'auteur ayant envie de se faire plaisir, comme lorsqu'il envoie son héros sur une planète western ! Parallèlement, les ennemis ne sont dotés d'aucune psychologie poussée, ou quasiment. Tandis que la tragédie humaine de Heath, en revanche, garde le cap !
Si le lecteur se focalise sur ces éléments, il n'aimera pas la série. Mais s'il passe outre ces parti-pris assumés et accepte les règles du jeu imposées par l'auteur, il profitera d'un trip science-fictionnel de fou, doublé d'une verve jubilatoire et d'une splendide histoire humaine.

Ah là là... Je me rends compte que je viens d'accumuler les paragraphes et que j'ai encore un mal fou à saisir ce qui fait l'alchimie de cet auteur, ce mélange improbable entre décor rétro-futuriste teinté de références culturelles, histoire à la façade enfantine pleine de combats irréalistes, et tragédie humaine racontée de manière adulte...
Ou la rencontre incroyable mais vraie entre les EC Comics, "Preacher", "L'Incal" et Blueberry, ce dernier étant ouvertement cité comme une référence majeure par Tony Moore d'après ses recherches dans les pages de bonus (double référence donc, pour notre Jean Giraud/Moebius national) !
C'est ainsi que s'achève ce tour d'horizon. "Fear Agent" a été pour votre serviteur une lecture géniale, parfois agaçante pour sa liberté de ton faisant fi de toute vraisemblance.
Pour les défauts, on relèvera donc un nombre conséquent d'incohérences scénaristiques, une caractérisation pas toujours poussée selon certains personnages, et quelques orientations de l'intrigue capilotractées...
Pour les qualités, on retiendra un divertissement incroyablement généreux. Un pur trip de geek, enrobé d'une affection sans bornes pour les histoires de notre enfance, le tout mâtiné d'une dimension lyrique due à une narration adulte, talentueuse et inspirée, à la base d'une magnifique histoire d'homme. Une histoire d'homme désespérée et poignante comme un drame de Shakespeare, avec un final délicat et éthéré comme une chanson de geste.
Ainsi, cette série vous est chaleureusement recommandée, en vous conseillant de mettre de côté vos aprioris sur ce type d'alchimie improbable, et en vous demandant de faire un effort de distanciation.
Vous goutterez alors à l'une des toutes meilleures séries de science-fiction de ces soixante dernières années...
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Tarzans Peril [Import USA Zone 1]
Tarzans Peril [Import USA Zone 1]
DVD ~ Lex Barker
Proposé par RAREWAVES USA
Prix : EUR 13,20

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 Retour aux fondamentaux, 14 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tarzans Peril [Import USA Zone 1] (DVD)
Réalisé en 1951, "Tarzan et la Reine de la Jungle" ("Tarzans Peril" en VO) est le troisième film de la série des "Lex Barker", et le troisième de la série des "Tarzan" sans Johnny Weissmuller. Il y a cinq "Tarzan" interprétés par Lex Barker (qui aura également droit, plus tard, à une belle notoriété pour son rôle de "Old Shatterhand" dans la série des Winnetou, et à sa participation, dans son propre rôle, à la La Dolce Vita) : "Tarzan et la Fontaine Magique" (1949), "Tarzan et la Belle Esclave" (1950), "Tarzan et la Reine de la Jungle" (1951), "Tarzan défenseur de la Jungle" (1952), et "Tarzan et la Diablesse" (1953). Lex Barker laissera ensuite la place à Gordon Scott (cinq films et une courte série TV), puis à Jock Mahoney (deux films).

Ce DVD est un "Zone 1". Impossible à lire sur du matériel encodé "zone 2", il ne possède pas de VF ni de VOST. Pour les amateurs, le coffret Todos Los Tarzán De Lex Barker [Import espagnol] propose la VOST. A noter qu'un petit éditeur marseillais propose tous les films de la série Lex Barker ainsi que ceux interprétés par Gordon Scott et Jock Mahoney (en VOST). Il n'est pas disponible sur Amazon, mais sur eBay...

Réalisé par Byron Haskin (L'Ile au trésor, La Guerre des mondes, Capitaine Sinbad), "Tarzan et la Reine de la Jungle" est plutôt décevant au regard des deux films précédents. On sait que la série avait perdu de sa superbe depuis qu'elle avait quitté le studio de la MGM avec "Les Aventures de Tarzan à New York" (1942), pour être délocalisée dans ceux de la RKO avec "Le Triomphe de Tarzan" (1943). Le souvenir de la magnificence de "Tarzan L'Homme-Singe" (1932) et "Tarzan et sa Compagne" (1934), les deux premiers films de la série, est loin. Mais les deux premiers segments interprétés par Lex Barker avaient redoré le blason des adaptations cinématographiques du héros créé par Edgar Rice Burroughs.

Avec les deux premiers opus du sieur Barker, la série opérait un sympathique basculement vers un univers plus ouvertement "pulp", aussi fantaisiste que celui que l'on trouvait dans les serials des années 30 et 40. On pensait alors aux romans d'H. Ridder Haggard (Les Aventures d'Allan Quatermain), avec un mélange presque mythologique dans lequel les traditionnelles tribus africaines laissaient leur place à des cités perdues (peuplés d'hommes blancs !) qui rappellaient davantage les civilisations égyptiennes, incas et mayas, ou encore celle de l'Atlantide disparue...
Hélas, ce troisième segment retombe dans les sempiternelles histoires de méchants blancs qui vendent des armes aux tribus africaines. Si cette option peut paraitre intéressante dans la mesure où elle dénonce des pratiques bien réelles et tout à fait abjectes de la part des colons occidentaux, le spectacle en prend une claque au niveau du divertissement pur. La faute à un scénario sans surprises et répétitif, et surtout à une mise en scène plate et sans relief, habituelle chez un cinéaste comme Byron Haskin, dont le sens du rythme a toujours été assez lénifiant.
C'est dommage mais c'est un fait : Sans être une catastrophe, "Tarzan et la Reine de la Jungle" est, en plus d'être fort peu spectaculaire et tout simplement anecdotique, un opus très mineur dans la filmographie des aventures de notre héros de la jungle favori...
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Les aventures de Luther Arkwright
Les aventures de Luther Arkwright
par Bryan Talbot
Edition : Album
Prix : EUR 20,30

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Réécrire l'Histoire sur un ruban de Möbius..., 8 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les aventures de Luther Arkwright (Album)
A partir de 1976, dans les pages d'un magazine anglais ("Near Myths"), débute la saga "The Adventures of Luther Arkwright". Il s'agit d'un comic-book de science fiction entièrement réalisé par Bryan Talbot.
L'auteur continuera de publier sa saga sous forme de comics-trips après l'arrêt de ce premier magazine dans un autre ("Pssst !"), puis relira le tout dans ce qui sera considéré comme le premier "graphic novel" britannique de l'histoire en 1982. Finalement, Bryan Talbot ajoutera une fin véritable à son récit en 1988. C'est cette histoire complète de 210 pages qui est aujourd'hui disponible dans le présent album...

Synopsis : Dans le multivers, un être exceptionnel nommé "Luther Arkwright" possède le don de traverser les univers parallèles par le seul pouvoir de la volonté. Mais il possède également une autre caractéristique qui fait de lui un être exceptionnel : Luther est le seul homme qui ne connait pas de doubles dans les différentes versions de la Terre...
Depuis le parallèle "00.00.00", Luther œuvre pour les bons soins de "WOTAN", une agence d'espionnage chargée de surveiller le maintien de l'équilibre entre tous les différents parallèles. Cet équilibre est menacé par les "Disrupteurs", un puissant groupuscule qui désire prendre le pouvoir sur le multivers et modifier le cours de l'Histoire à sa guise. Ces derniers possèdent "Firefrost", une arme absolue, un artefact capable de détruire tous les univers parallèles.
Afin d'échapper au cataclysme sans précédent préparé par les "Disrupteurs", "WOTAN" met en place un plan désespéré : Depuis le parallèle "00.72.87", au début des années 80, où les nations européennes sont dominées par les empires britanniques, prussiens et russes, il met le feu aux poudres en déclenchant une guerre mondiale. Les têtes pensantes de "WOTAN" espèrent ainsi modifier le cours de l'Histoire tel que souhaité par les "Disrupteurs", forçant ces derniers à sortir au grand jour, permettant à "Luther Arkwright" de remonter jusqu'à leur base secrète cachée au fin-fond du multivers...

Le plus impressionnant, dans la perspective de cette saga phénoménale, ce sont finalement les déclarations d'admiration émises par les plus grands spécialistes du monde de la science fiction et de la bande-dessinée, qui ne tarissent pas d'éloge sur l'œuvre de Bryan Talbot. Ce ne sont pas moins que Jack Kirby, Will Eisner, Moebius, Alan Moore, Neil Gaiman, Grant Morrison, Warren Ellis, Garth Ennis et Michael Moorcock (entre autres) qui prennent chacun la parole pour encenser la chose, parlant pour l'occasion d'une œuvre impressionnante, marquant le passage du comic-book vers l'âge adulte, développant ses ramifications depuis la science-fiction jusqu'aux horizons encore inconnus de la philosophie, de la politique et de la métaphysique.
L'ambition de Bryan Talbot ne connait effectivement pas de limites et, au travers d'un imagerie science-fictionnelle bigarrée, l'auteur se permet le luxe de tisser une toile de fond explorant toutes les facettes de la littérature d'anticipation, emmenant son récit sur les terrains propices à questionner les notions d'Histoire, d'uchronie, de religion, de pouvoir, de dictature, d'héritage et de quête métaphysique.
En illustrant son récit sous forme d'aventures menées dans un étonnant décorum rétro-futuriste, Talbot profite de l'espace que lui permettent les voyages dans les mondes parallèles pour réécrire l'Histoire en mélangeant les époques. XIX° siècle et science-fiction futuriste se télescopent ainsi en mélangeant les genres et les sous-genres de la littérature consacrée, empruntant autant au steampunk qu'au dieselpunk, dessinant au final un gigantesque tableau ultime en matière d'images universelles.
A l'arrivée, la saga résonne comme une immense réflexion sur le destin de l'homme, entre Histoire cyclique et propension à mener le monde dans la folie et le carnage...
Le passage entre les époques et les terres parallèles ne trompe pas : Chaque pan du multivers est ainsi le moyen de réécrire l'Histoire en boucle (Guerres, ivresse du pouvoir, impérialisme, dictatures, révolutions, croisades meurtrières, etc.), comme le même refrain d'une chanson décliné à l'infini...

Evidemment, les maîtres de la science-fiction et de la bande-dessinée cités plus haut louent également la mise en forme de l'œuvre. "Les Aventures de Luther Arkwright" est effectivement une incroyable matrice en termes d'expérimentations plastiques et séquentielles, chaque planche relevant d'un impressionnant florilège de trouvailles narratives, de mélanges de techniques, de découpage conceptuel et de prouesses graphiques. Le tout déconnecté des habituelles facilités naïves des comics old-school (aucune bulle de pensée ni d'onomatopées ou autres commentaires artificiels).
L'auteur ne recule devant rien et ose même mélanger divers médiums en faisant cohabiter la bande-dessinée avec la littérature au sens propre, la photographie et les gravures, tout en prenant soin de laisser la meilleure place au dessin, avec une virtuosité de tout les instants, qui vient s'immiscer dans chaque détail, chaque recoin et chaque atome de chaque page, l'ensemble recelant peut-être, au final, le plus grand nombre de traits de plume jamais répertorié...
Dans un noir et blanc expressionniste somptueux, Bryan Talbot réalise ainsi une série de plus de deux cents planches séminales, qui font autant écho aux publications du magazine Métal Hurlant qu'aux épisodes créés par Richard Corben dans les pages des anthologies Eerie et Creepy de la même époque.
Le connaisseur prend alors la mesure et l'importance de la chose en pleine face : Toutes les œuvres à venir de la science-fiction illustrée dans le monde de la bande-dessinée (par exemple L'Incal, s'il fallait n'en citer qu'une) ou des comics de l'ère baroque (le Promethea d'Alan Moore, Les Invisibles de Grant Morrison ou le Planetary de Warren Ellis) peuvent se réclamer de l'œuvre de Bryan Talbot !

Mais il y a hélas un prix à payer pour profiter de la richesse de ce monument du 9° art. Car la complexité de l'œuvre, en termes de lecture, est à la hauteur de ses ambitions.
Le début du récit, sous forme d'album (car il s'agissait au départ d'un comics-trip publié au compte-gouttes), est parfaitement incompréhensible. L'intrigue n'est pas linéaire, les mondes parallèles se succèdent sans prévenir et le lecteur ne dispose d'aucune scène d'exposition, aspiré tout net dans le cœur d'une intrigue qui ne ressemble en rien à une intrigue, tournant les pages sans savoir où s'arrêtait jadis le court épisode, et où commençait le suivant.
J'avoue sans détour avoir détesté cette expérience sur toute sa première partie, devant renoncer à y comprendre goutte sur plus de soixante pages ! Et il a fallu bien de la patience, pour que le livre ne voltige pas brutalement à l'autre bout de la salle à maintes reprises !
Et puis, lentement, comme un puzzle géant prenant forme au détour d'une pièce puis d'une autre, petit à petit, le récit se met en place. Et tout aussi lentement, le lecteur se sent comme hypnotisé. La chose devient addictive au fur et à mesure que les éléments s'imbriquent, que le cœur de l'intrigue se révèle, et que la substantifique moelle de l'œuvre s'extirpe enfin de sa gangue.
Les cent dernières pages sont grandioses et l'on suit la montée en puissance de la saga comme plaqué sur son fauteuil, avec un morceau d'anthologie de fou : La grande bataille finale étalée sur plus de cinquante pages, dynamitée de l'intérieur par autant, et plus encore, de trouvailles et autres expérimentations séquentielles !
Et à la fin, essoufflé, essoré, vaincu par chaos, le lecteur paradoxalement enfin récompensé ne peut plus le nier : Il vient de lire un chef d'œuvre et un monument séminal de l'histoire des comics modernes...

Parmi les nombreuses grandes saga que nous auront offert les mondes de la science-fiction et de la bande-dessinée, il est évident que "Les Aventures de Luther Arkwright" tient une place de choix. Et plus encore que la plupart des autres créations sur le sujet, celle-ci se destine sans détour à être relue indéfiniment, pour un plaisir probablement décuplé à chaque fois. Et il est probable, au bout du compte, qu'aucun lecteur ne puisse jamais épuiser toute la richesse condensée de sa beauté plastique et de sa vertigineuse toile de fond littéraire...
Bien des années plus tard, Bryan Talbot consacrera une suite à sa grande saga : "Au Cœur de l'Empire" (publié en VF dans une collection de trois tomes, à commencer par Au Cœur de l'Empire Tome 1 : L'héritage de Luther Arkwright). Mais ceci est une autre histoire...
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