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Contenu rédigé par Jean Marc Ferr...
Classement des meilleurs critiques: 578
Votes utiles : 436
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Commentaires écrits par Jean Marc Ferrarini "JMF 46" (France)
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11 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
une oeuvre à part..., 5 janvier 2012
Denis Urval a dit l'essentiel concernant cette symphonie "hors normes", qui occupe une place à part dans l'oeuvre de Brian, compositeur également atypique, c'est le moins qu'on puisse dire. en effet, la symphonie "gothique", fruit de sept ans d'un labeur acharné (alors que Brian était un compositeur particulièrement rapide, qui écrira par la suite pas moins de trente et une symphonies, certes de dimensions plus "normales"...)est l'oeuvre non pas d'un compositeur débutant plus ou moins dépourvu du sens des réalités, mais d'un musicien confirmé, déjà quadragénaire, ayant à son actif un certain nombre de pages chorales et orchestrales qui ont été assez bien accueillies, et qui lui ont valu le soutien et les encouragements (entre autres) d'Edward Elgar et de Richard Strauss, excusez du peu, et qui a vu sa carrière stoppée net par la guerre de 14-18. Alors qu'il gagnait péniblement sa vie comme copiste et critique musical (d'un niveau exceptionnel, pour autant qu'on puisse en juger) il s'imposa une épreuve tout simplement surhumaine, à savoir résumer en une seule symphonie cinq siècles de musique "savante" occidentale, depuis les polyphonistes de la renaissance (le "spem in alium" de Thomas Tallis, le fameux motet à quarante voies, est un des modèles les plus explicites de certains passages choraux de la "Gothique") jusqu'à ses contemporains les plus avancés (Varese, dont Brian connaissait fort bien "Amériques", il en avait lu la partition et en pensait le plus grand bien...) voire même jusqu'à anticiper le futur de l'art musical (dans le "Judex" c'est quasiment du Ligeti que nous entendons...) en passant par Bach, Beethoven (la neuvième), Berlioz (le Requiem), Wagner,le post-romantisme...admettons qu'il n'a pas tout à fait atteint ses objectifs (mais qui y serait parvenu?) qu'il y a des longueurs, des surcharges mais en définitive très peu de maladresses (Brian était aussi instruit de son "métier" de compositeur qu'il est possible de l'être, et il savait parfaitement ce qu'il faisait) mais on ne peut qu'être admiratif de constater à quel point il s'est rapproché de ce but impossible à atteindre. Autrement dit, c'est une oeuvre qu'on ne peut pas juger selon les critères habituels, et ce n'est certes pas avec cette symphonie qu'il faut s'initier à la musique de Brian (ne serait-ce que parce qu'elle vous donnerait une idée inexacte de ce que sont les symphonies de Brian, très différentes de la Gothique mais toutes marquées par l'expérience de la composition de cette première symphonie) mais sa connaissance est indispensable à celui ou celle qui aura contracté le "virus Brianien", étant la source de ce "fleuve symphonique" sans équivalent dans l'histoire de notre musique. Tout celà pour dire que ce "Behemoth" musical réputé injouable en est tout de même à sa sixième ou septième exécution en concert, et que le public a toujours réagi favorablement, même si les critiques se sont à chaque fois montrés pour le moins partagés. L'enregistrement Hyperion dont il est ici question me semble excellent, mais, de mon point de vue, il ne surclasse pas forcément l'enregistrement de studio publié en 1990 par Marco Polo, et depuis régulièrement réédité par Naxos : je l'ai réécouté ces jours-ci, pour être certain que je ne jugeais pas selon de vagues et anciens souvenirs, et j'en suis venu à la conclusion qu'il était à la fois mieux chanté (le ténor slovaque est nettement plus séduisant que le britannique, entre autres, et dans la polyphonie "ligetienne" du "Judex", les choeurs de Bratislava surclassent leurs homologues d'outre-Manche en termes de netteté, d'articulation et de précision d'intonation) et d'une plus grande clarté dans les passages orchestraux les plus complexes (c'est peut être aussi une question de prise de son) sinon les forces orchestrales britanniques sonnent avec davantage de puissance et de plénitude mais les Slovaques ne déméritent à aucun moment, et pour de qui est de la direction, Martyn Brabbins et Ondrej Lenard ne méritent l'un et l'autre que des éloges. En conclusion : si vous êtes un "Brianien" convaincu, vous avez déjà fait l'acquisition de ce CD. Si vous avez déjà l'enregistrement Naxos, sachez qu'il n'y a aucune raison de vous en défaire. Enfin, si vous voulez découvrir la "Gothique", vous pouvez en toute confiance choisir Hyperion, en sachant que le Naxos est deux à trois fois moins cher...à vous de voir.
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4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
"Paray conducts Mahler", 31 décembre 2011
à première vue, celà semble aussi improbable, voire incongru que, par exemple, "Furtwaengler dirigiert Satie" ou encore "Boulez dirige Tchaikowski" (on pourrait s'amuser à inventer d'autres associations improbables, j'attends vos suggestions, chers amazonautes, faites travailler votre imagination...) et pourtant, Paul Paray (1886-1979) grand interprète du répertoire français et qui fut le patron de l'orchestre symphonique de Detroit dans les années cinquante, avait au moins trois oeuvres de Mahler à son répertoire si on s'en réfère à la notice de cet album (intéressante mais un peu succinte) puisqu'il a aussi dirigé "le Chant de la Terre" et les "Kindertotenlieder". Cette "cinquième" a été enregistrée "live" en novembre 1959, ainsi que le concerto pour violon de Mendelssohn, le deuxième concerto de Beethoven par Glenn Gould datant de 1960. Les prises de son me semblent tout à fait correctes pour l'époque, mais il ne faut surtout pas les comparer aux prodiges réalisés par les ingénieurs du son de Mercury avec Paul Paray, Dorati et Kubelik. Venons en maintenant à l'essentiel : à quoi pouvait bien ressembler la cinquième symphonie de Mahler dirigée par un chef Français déjà septuagénaire en 1959? premièrement, çà ne traîne pas : moins de 63 minutes...deuxièmement, c'est forcément moins idiomatique que (par exemple) Bruno Walter : le scherzo sonne assez peu Viennois (en particulier la "valse lente" au début, un peu précipitée ici) troisièmement c'est remarquable de clarté, de précision et de netteté, avec un sens de l'avancée tout simplement irrésistible (quel finale!!!) et avec une "classe" et une élégance exemplaires : la marche funèbre initiale est au tempo idéal, d'une parfaite sobriété et avec un rien de raideur, ce qui n'est pas un contresens, l'adagietto (8'20) chante mais évite tout sentimentalisme et toute langueur, et le deuxième mouvement est aussi "Sturmig" et "bewegt" qu'on peut le désirer. Pour ce qui est de l'orchestre, il s'en tire remarquablement dans les deux premiers mouvements, ainsi que dans les deux derniers (hormis un superbe "pain" du cor au début du finale, ce sont les aléas du concert) mais curieusement il se trouve en difficulté au début du scherzo, avec pas mal de décalages pendant plusieurs minutes, puis cela s'arrange. Il faudrait aussi saluer l'engagement du chef, qui aime manifestement l'oeuvre qu'il dirige (on l'entend chanter à plusieurs reprises, notamment dans l'adagietto). en résumé, ce document fort précieux et intéressant s'adresse aux mahlériens "avertis", ainsi qu'aux admirateurs de Paul Paray et de l'école de direction Française dont ce chef était un magnifique et glorieux représentant, et il leur est chaleureusement recommandé par votre (plus ou moins) modeste serviteur...ceci dit, cette belle et convaincante "cinquième" ne se situe tout de même pas au niveau de l'extraordinaire "troisième" dirigée par Jean Martinon en 1973 (voir mon évaluation dudit CD) mais c'était quinze ans plus tard, et avec un chef de la génération suivante, qui plus est mahlérien d'exception : la discussion est ouverte.
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4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
un des livres essentiels..., 11 décembre 2011
de la littérature et de la pensée occidentales, dont on comprend aisément que l'auteur ait été en son temps condamné à mort à deux reprises, et qu'il ait passé environ le tiers de son existence enfermé (en prison ou en asile psychiatrique...) il ne faut pas se polariser sur la partie "sexuelle" de l'ouvrage, certes fort développée et fort instructive, en dépit de son extravagance et (parfois) de son manque de réalisme (on s'aperçoit par ailleurs que nos ancêtres avaient déjà tout inventé dans ce domaine...) l'essentiel est ailleurs, et ce qu'il y a d'extraordinaire avec le " Divin Marquis", c'est qu'il est aujourd'hui aussi inacceptable pour les bien-pensants (apologie de l'inceste, de la pédophilie, de la cruauté...) qu'il l'était il y a deux cents ans, mais pour d'autres raisons(athéisme enragé et revendiqué, remise en question de tous les pouvoirs, apologie de l'homosexualité à une époque ou cela pouvait vous conduire sur le bûcher, proclamation du droit des femmes à disposer librement de leur corps,et ipso facto à l'avortement, voire à l'infanticide...) autrement dit ce que nos bien-pensants trouveraient exemplaire et visionnaire dans son oeuvre (athéisme, liberté sexuelle, condamnation de la peine de mort) voisine à chaque page avec des idées qu'aucun écrivain d'aujourd'hui n'oserait exprimer, et aucun éditeur publier. Il est donc aussi subversif qu'en son temps, ce qui est tout de même exceptionnel, on en conviendra...à lire et à relire, d'autant que du début à la fin, cet ouvrage est écrit dans un français admirable de clarté et d'élégance. Le "Divin Marquis" n'a, en définitive, pas laissé grand-chose de vraiment nouveau à dire pour ses successeurs, fussent ils aussi audacieux que Nietzsche ou Freud. Il a peut-être été l'esprit le plus radicalement libre de l'histoire humaine, et il l'a payé au prix fort, mais il a gagné ce qu'il faut bien appeler l'immortalité, et je ne crois pas me tromper en affirmant qu'on le lira encore dans quelques siècles, alors qu'on aura oublié jusqu'aux noms de ses détracteurs...
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15 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
le cinquième évangéliste..., 8 décembre 2011
si vous me passez cette comparaison "Biblique" (après tout,Mahler aurait,parait il, répondu "martyr", alors qu'il avait neuf ou dix ans, à quelqu'un qui lui demandait ce qu'il voudrait faire quand il serait grand, çà ne s'invente pas...) la discographie Mahlérienne a eu ses "prophètes" (Bruno Walter, Otto Klemperer, Dimitri Mitropoulous, Hermann Scherchen, Jascha Horenstein, Charles Adler pour ne citer que les plus connus) qui ont enregistré dans les années cinquante ce que les éditeurs et les orchestres ont bien voulu leur permettre de graver, puis dans les années soixante, il y a eu les quatre "évangélistes" (Bernstein, Solti, Kubelik, Haitink) qui ont gravé les intégrales grâce auxquelles la plupart des mahlériens de ma génération ont pu découvrir et explorer cet univers (les concerts étaient rares, du moins en France, et les passages à la radio également) quatre? non, il y avait un cinquième évangéliste, qui est passé presque inaperçu en France mais qui ,entre 1963 et 1974 a enregistré les dix symphonies à Salt Lake City, dans un état américain situé en plein milieu des Montagnes Rocheuses, et que la plupart d'entre nous auraient été incapables de situer sur une carte...Maurice Abravanel (1903-1994) qui présida aux destinées de l'orchestre de l'Utah pendant près de trente ans (un tout jeune orchestre, composé alors d'un "noyau" de musiciens professionnels et d'un certain nombre d'amateurs motivés...)fut le premier à enregistrer la "symphonie des mille" en stéréophonie (1963) et devant le succès remporté par ce disque, la maison Vanguard se laissa convaincre de graver les neuf autres. Le succès fut réel aux USA, mais ces disques furent assez mal distribués en France, et on en parla surtout par oui-dire jusqu'au début des années 1990: ils furent alors "compactisés" par la firme Vox, mais se heurtèrent à la concurrence de tout ce qui avait été gravé dans les années 1980(Tennstedt, Inbal, Ozawa, Abbado, Neumann, Sinopoli, Maazel) avec des standarts techniques (mais pas forcément musicaux...) largement supérieurs. Voila donc l'occasion de juger sur pièces, avec ce coffret économique et fort bien remastérisé. après ce trop long préambule, venons en au contenu du coffret: et bien, en tant qu'intégrale, avec ses points forts et ses points faibles, l'ensemble est au moins aussi convaincant que n'importe lequel de ses quatre "concurrents" des années 60, une fois admis que l'orchestre de l'Utah ne peut se comparer au Concertgebouw ou au Chicago Symphony. Disons que cet orchestre disposait alors d'un pupitre de cordes discipliné et homogène, mais manquant parfois de "coffre" et de puissance (en particulier les contrebasses), de bois et de cuivres "graves" (cors, trombones, tuba) corrects, mais avec un sérieux point faible concernant les trompettes, régulièrement en difficulté : les mouvements initiaux de la troisième et de la septième sont assez éprouvants de ce point de vue, avec des couacs et des dérapages surprenants pour des enregistrements de studio. Coté vocal, les choeurs sont excellents (les voix de basses de la "Résurrection" !!!) et pour les solistes, çà va de l'acceptable au sublime (Nethania Davrath dans la quatrième). Question prise de son, c'est de la bonne stéréophonie des années soixante, parfois "démonstrative" voire un peu artificielle, mais rien de bien méchant. Venons en à la direction, et résumons : Maurice Abravanel était sans doute, parmi les cinq "évangélistes", celui qui comprenait le mieux et le plus intimement cette musique, du moins à cette époque (Leonard Berstein, par exemple, a sensiblement approfondi vers la fin de sa vie son approche de certaines symphonies qui lui résistaient plus ou moins dans les années soixante) il n'y a selon moi qu'un seul ratage, assez inexplicable, la cinquième symphonie qui est littéralement "survolée" (je l'ai écoutée plusieurs fois, mais rien à faire). Sinon, pour détailler un peu, la quatrième est une des plus belles de toute la discographie, la neuvième est la plus convaincante si on s'en tient aux cinq "intégrales", l'adagio de la dixième est admirable, la "Titan", la "Résurrection" et la sixième sont tout à fait réussies mais il y a des versions plus "luxueuses" sur le plan orchestral, la troisième (très bien chantée) et la septième sont remarquablement maîtrisées par le chef mais il y a les faiblesses orchestrales déjà mentionnées...enfin, en ce qui concerne l'historique "huitième", le plateau vocal est inégal mais en rien déshonorant, les choeurs sont irréprochables, la partie orchestrale est moins somptueuse que chez Solti ou Abbado (par exemple) mais rien à redire quant à la mise en place, la prise de son est remarquablement réussie compte tenu de la date (1963) et pour ce qui est de la direction de Maurice Abravanel, je crois avoir déjà dit tout le bien que j'en pensais... En conclusion, vivement recommandé à tous les mahlériens, qui attribueront d'eux même les cinq étoiles que je ne me suis pas résolu à donner, compte tenu des points faibles précédemment mentionnés.
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9 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
monumental, 1 novembre 2011
à tous les sens du terme...bon, j'arrive après la bataille, les cinq commentateurs qui se sont exprimés avant moi ont détaillé de façon aussi exhaustive qu'il est possible le contenu de ce coffret, et je partage leurs analyses à, disons 95%, ce qui fait tout de même une bonne moyenne. Il est intéressant de constater par ailleurs que des mahlériens aussi avertis et manifestement si différents dans leurs personnalités disent à peu près les mêmes choses sur cet ensemble qu'il faut bien qualifier de "référentiel" au sein de la pléthorrique discographie mahlérienne : les Mahler de Klemperer sont en effet gravés dans le marbre, et ils le sont sans aucun doute pour longtemps. Je pense moi aussi que l'intérêt primordial de cette réédition est de nous rendre l'extraordinaire et controversée "septième", qui n'était plus disponible que dans des imports japonais hors de prix, les autres symphonies et le "Chant de la Terre" ayant été édités et réédités à maintes reprises. Dernier détail pratique : les textes chantés sont traduits en Français, c'est devenu suffisamment rare pour le signaler.
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10 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
exceptionnel..., 26 septembre 2011
j'ai hésité un moment entre quatre et cinq étoiles, dans la mesure ou il me semblait discutable de donner la note maximum à un enregistrement "live" avec des bruits de salle (ah, ces tousseurs...) et les inévitables accidents du concert (en sachant qu'ils se réduisent ici à très peu de choses, j'y reviendrai plus loin) surtout pour une oeuvre dont la discographie est aussi riche quantitativement que qualitativement. Et il m'a fallu trois écoutes pour finalement décider que cet enregistrement méritait bien cinq étoiles : cette "troisième" est tout simplement une des quatre ou cinq plus belles que j'ai entendues, en bientôt quarante ans de "mahléromanie", et ce fut sans doute un des plus beaux concerts de l'Orchestre National de France (à l'époque il s'appelait encore "de l'ORTF") même si on ne s'en est pas forcément rendu compte sur le moment. Jean Martinon (1910-1976) a toujours été acclamé (et à juste titre) comme un interprète de grande classe pour la musique Française(Debussy, Ravel, Roussel, Saint Saens, etc) mais on a tendance à oublier que ce chef avait un répertoire exceptionnellement diversifié (Varèse, Nielsen, Chostakovitch, Prokofiev, Bartok, Berg, Schoenberg) et qu'il était dans les années soixante (si on excepte Boulez qui s'y était mis une fois en poste à la BBC, après l'avoir longtemps rejeté...) le seul chef d'orchestre Français à diriger régulièrement Mahler, compositeur avec lequel il avait de toute évidence des affinités extraordinaires. Il reçut d'ailleurs une médaille de la "Gustav Mahler Geselschaftt" pour (je cite) "le nombre et la qualité de ses interprétations"...tout est dit. Rappelons que Jean Martinon fut le troisième chef à diriger (à Chicago) la version Cooke de la "dixième", après Ormandy et Berthold Goldschmitt (le créateur) en...1966, et qu'il donna en 1967 avec ce même orchestre une version de concert légendaire de la "troisième" éditée dans les années 1990 par le Chicago Symphony au sein d'un coffret commémoratif, aujourd'hui introuvable: on se consolera sans mal avec le concert du "National" de septembre 1973 : ce qui frappe d'emblée,du début à la fin, c'est la justesse et le sentiment d'évidence des tempi, des équilibres sonores, des phrasés, des enchaînements et des climats qui se succèdent tout au long de cette immense architecture sonore (Mahler voulait, selon ses propres termes, "bâtir un monde avec la symphonie, la troisième est sans doute celle de ses oeuvres qui correspond le mieux à cette définition) impossible de tout citer, je me contenterai de mentionner la façon magistrale dont la coda du premier mouvement est "amenée", avec un imperceptible ralentissement avant la ruée finale, l'explosion de sauvagerie à la fin du scherzo, l'intériorité,l'intensité quasi extatique, la joie profonde du quatrième mouvement, d'une authenticité absolue (jamais sans doute on n'a été aussi proche de la pensée Nietzschéenne, et tant pis si la cantatrice, tout à fait honorable, n'est pas Christa Ludwig ou Maureen Forrester...) le naturel et l'évidence du cinquième (avec une maitrise de l'ORTF qui ne mérite que des éloges) le tout couronné par un finale tout simplement bouleversant (on est ici dans le Royaume de Dieu, n'ayons pas peur des grands mots) sans parler de l'orchestre, qui à l'époque n'était pas très familier de cette musique, mais qui se couvre de gloire du début à la fin (les incidents du concert se réduisent à deux ou trois flottements des trompettes dans le premier mouvement, un décalage dans la partie de "posthorn" du troisième, par ailleurs admirablement jouée, et quelques signes de fatigue des cuivres vers la fin du sixième, vraiment des broutilles...) sinon les cordes sont à la fois transparentes et expressives, les bois avaient encore à l'époque les caractéristiques du "son Français" qui se sont hélas peu à peu estompées, les cors sont irréprochables dans le premier mouvement et idéaux dans le quatrième, et les solistes sont tout simplement géniaux (le violon solo!!! le hautbois!!! le trombone!!! on voudrait citer tout le monde) en un mot comme en cent, merci à Cascavelle de nous avoir donné cette merveille, qui se situe selon moi à fort peu de distance de ce que Bernard Haitink, Jascha Horenstein et Leonard Bernstein nous ont laissé pour cette symphonie :parmi les "numériques", les "challengers" les plus sérieux seraient, pour moi, De Waart s'il était disponible (c'est le sommet de son intégrale, qui mériterait bien une réédition) et Sinopoli, s'il avait une cantatrice à la hauteur...bon, j'y retourne, je ne m'en lasse pas...
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5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
dérangeant, cynique, grinçant, noir..., 3 septembre 2011
vraiment très noir, en tout cas déconseillé aux personnes qui se battent contre ce genre de maladie ou dont un des proches a été confronté à cette épreuve...ceci dit, il convient maintenant d'évaluer le film de Bertrand Blier d'un point de vue strictement artistique et alors il faut bien reconnaitre que c'est une réussite à peu près totale, en ce qui concerne le scénario, les dialogues, le jeu des acteurs (tous excellents sans exception, y compris les troisièmes rôles) la musique ou plutôt les musiques...alors vous voila prévenus, à vous de savoir si ce film est pour vous ou s'il vaut mieux que vous l'évitiez. Si vous appréciez ce réalisateur pour le moins dérangeant, sachez que c'est probablement son meilleur film; si vous aimez l'un ou l'autre des acteurs qui jouent là dedans, sachez qu'ils sont tous au sommet de leur talent, et si vous vous sentez capable d'affronter ce sujet et surtout la manière dont Blier le traite ( grinçante, sarcastique et dépourvue de toute sentimentalité mais avec quelques échappées dans le sublime qui surgissent ici ou là sans prévenir, çà aussi c'est le style Blier...) alors tentez l'expérience, çà en vaut vraiement la peine.
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18 internautes sur 20 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
(presque) la meilleure intégrale de l'ère numérique..., 28 juillet 2011
dans une discographie mahlérienne qu'on qualifiera par euphémisme de "saturée", David Zinman et l'orchestre de la Tonhalle de Zurich ont osé graver "leur" intégrale, et c'est une remarquable réussite sans être tout à fait une "référence". Passons d'abord en revue les (nombreux) points forts, avant de formuler quelques réserves. D'abord, il s'agit d'une intégrale de studio, ce que pratiquement plus aucun éditeur n'ose programmer à l'heure actuelle (on préfère compiler des "lives" plus ou moins réussis...) et pour résumer la question de la technique d'enregistrement, on dira simplement que c'est aussi proche que possible de la perfection...pour ce qui est du travail des musiciens et du chef, on dira à peu près la même chose, en ce qui concerne la mise en place, la beauté sonore, l'élégance et la "classe" des phrasés et surtout l'extraordinaire clarté et "lisibilité" de l'ensemble, y compris et surtout dans les passages les plus chargés (coda du finale de la "Titan", du premier mouvement de la troisième ou du rondo burleske de la neuvième, certains passages du "veni creator") ou Mahler frôle parfois la confusion, avec Zinman c'est toujours d'une parfaite clarté et cela ne tourne jamais au vacarme, du (très ) grand art. Alors pouquoi quatre étoiles "seulement"? pour deux raisons : d'abord à cause des inégalités sur le plan vocal. En effet, si les choeurs, aussi bien enfants qu'adultes sont toujours très bons, les solistes vocaux sont, disons, inégaux : l'alto de la "résurrection" est quelque peu "exotique" avec son vibrato mal maîtrisé, le plateau de la "huitième" n'est pas le meilleur que le disque nous ait offert, en particulier pour les voix masculines (c'est d'autant plus dommage que les choeurs et l'orchestre sont admirables du début à la fin, on est passé tout près de la référence absolue...) deuxième réserve, elle concerne les choix esthétiques du chef d'orchestre : il a tendance à vouloir estomper tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à de la lourdeur ou de la grossièreté, alors que la musique de Mahler est parfois délibérément grinçante, voire même vulgaire (Bernstein avait dit aux musiciens de la philharmonie de Vienne avec lesquels il répétait la "cinquième", et qui avaient tendance à en faire un peu trop dans le registre du "beau son" que pour prendre tout son sens , cette musique devait parfois sonner avec laideur: ils n'en étaient pas revenus et pourtant il y avait du vrai là dedans...) il arrive donc parfois qu'on reste sur sa faim, tout en admirant le travail de Zinman et de son orchestre, et en se délectant de la beauté du son et de la parfaite transparence de l'ensemble (troisième et quatrième mouvement de la Titan, Totenfeir de la Résurrection, scherzo de la septième par exemple) ceci dit c'est une appréciation totalement personnelle et subjective et cela ne remet en rien en question l'admiration et même l'émerveillement que j'ai plus d'une fois ressenti à l'écoute de ces disques, ainsi que le plaisir qu'on peut y prendre. S'il fallait classer les symphonies, je dirais que nous avons quatre réussites quasi absolues : la troisième, la quatrième, la sixième et la neuvième (ou justement Zinman et ses musiciens semblent s'être "déshinibés" et nous offrent des mouvements centraux aussi grinçants et sarcastiques qu'on peut l'espérer sans jamais sacrifier la clarté des textures) une deuxième, une septième et une huitième de très haut niveau, et, un peu en retrait, une Titan et une cinquième remarquables de clarté et d'élégance mais justement peut être un peu trop "élégantes" (je le répète, c'est totalement subjectif). Pour conclure ce (trop) long commentaire, je signalerai quatre spécificités de cette intégrale : la présence de "Blumine" (le mouvement lent de la Titan, que Mahler avait supprimé, une curiosité plutôt qu'autre chose) l'andante de la sixième en deuxième position comme c'est plus ou moins la mode actuellement, la version de la dixième en cinq mouvements "complétée" par le musicologue américain Clinton Carpenter (ne pas confondre avec la version Cooke, celle qu'on joue en concert et qu'on enregistre habituellement) à chacun de se faire son opinion, en ce qui me concerne j'ai tendance à considérer ce qu'a fait Carpenter comme une des grandes infamies musicales du vingtième siècle, au même titre que l'orchestration par Schoenberg du premier quatuor avec piano de Brahms, je sens que je vais payer ce genre d'opinion tranchée par un certain nombre de votes inutiles mais tant pis...(la discussion est ouverte, amis mahlériens!!!) et enfin il y a un DVD absolument passionnant sur la sixième symphonie, qui nous éclaire considérablement sur la vision que Zinman a de cette oeuvre (un des sommets de son intégrale, d'ailleurs) alors, en conclusion définitive, une des intégrales les plus recommandables de l'ère numérique, en sachant que Gielen est sans doute allé plus loin (mais il n'a pas tout à fait réussi la sixième, alors que Zinman est ici au sommet de son art, alors...) et que Sinopoli est souvent discutable, voire choquant mais qu'il est idéalement complémentaire du (parfois) trop sage Zinman...
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13 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
une intégrale à part, 21 juin 2011
qui constitue l'avant dernière étape de l'extraordinaire "Sibelius Edition" rêve insensé de monsieur Von Bahr, le patron du label suédois Bis, un rêve qu'il poursuit depuis plus de trente ans et qui sera (sauf fin du monde anticipée ou troisième guerre mondiale...) devenu réalité dans quelques mois (je reviendrai en détail à ce moment là sur l'ensemble, si Dieu me prête vie) cette intégrale des symphonies se compose en fait de deux parties : d'une part, les sept symphonies gravées par Osmo Vanska et l'orchestre de Lahti dans les années 90, déjà éditées et rééditées, et d'autre part la version préliminaire de la cinquième symphonie (celle de 1915) et un certain nombre de fragments des première, deuxième, troisième, quatrième et septième symphonies qui n'ont pas été retenus par le compositeur dans les versions définitives, dirigés ici par Jaakko Kuusito. A ce titre, cette intégrale est indispensable à tous les admirateurs de Sibelius : que dire de ces quelque cinquante minutes de musique, sinon qu'elles nous confirment l'exigence et le perfectionnisme du compositeur? le matériau thématique est strictement identique à celui des versions "définitives" mais il est disons "ébauché" alors que dans les versions finales il est mieux mis en valeur par l'adjonction de voix supplémentaires, il est également "déployé" comme on pourrait le dire d'une fleur qui ouvrirait largement ses pétales alors que sa corolle était au départ à moitié fermée et révèle ainsi toutes ses potentialités latentes qui n'étaient qu'entrevues au départ (le début de la troisième et la fin du scherzo de la quatrième sont assez caractéristiques) l'orchestration est, qu'on le veuille ou non, améliorée (dans le mouvement lent de la troisième, les flutes de la version définitive sonnent bien mieux que les hautbois initialement prévus, de même le solo de violoncelle au début du finale de la quatrième) etc... toutes les différences avec les versions définitives sont détaillées mesure par mesure à la fin du livret, c'est passionnant (à condition de lire l'anglais...) maintenant venons en à l'intégrale "classique" : à mon humble avis, elle fait partie des très bonnes intégrales mais ce n'est pas tout à fait LA référence absolue, si tant est qu'il puisse y avoir une intégrale "de référence", pour Sibelius comme pour Mahler d'ailleurs. Elle comporte un des sommets absolus de la discographie, à savoir LA quatrième de référence (l'équivalent de la troisième de Mahler par Horenstein) et c'est déjà considérable. La deuxième et la cinquième "définitive" sont également de très haut niveau, la troisième est admirable dans les mouvements impairs mais le tempo du mouvement lent est vraiment très lent (alors que Sibelius a marqué "andantino con moto, quasi allegretto" je n'invente rien...), la sixième et la septième sont correctes mais ne s'imposent pas vraiment : l'une manque un peu de mystère (c'est le domaine réservé de Berglund, sans oublier la remarquable réussite de Rojdestvensky) et l'autre de puissance et de grandeur (écoutez Segerstam avec le philharmonique d'Helsinki, et vous comprendrez ce que je veux dire) et enfin la première, remarquablement lisible et détaillée me semble discutable en raison de certains phrasés "précipités" qui participent d'une tendance générale à gommer le caractère "romantique" de cette oeuvre (ici encore, écoutez Segerstam). Donc, si je devais noter l'ensemble, cela se situerait entre trois étoiles et...un peu plus de cinq (la quatrième) alors amis "Sibeliens", à vous de voir....
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Antéchrista
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par Amélie Nothomb Edition : Broché |
| Prix : EUR 13,97 |
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1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
une grande réussite, 17 juin 2011
d'un(e) écrivain(e) extrêmement douée mais singulièrement inégale, capable du meilleur ("stupeur et tremblements") comme du pire ("acide sulfurique") avec entre les deux des oeuvres intrinsèquement inégales ("métaphysique des tubes", "hygiène de l'assassin") qui juxtaposent des trouvailles fulgurantes et des tunnels parfois éprouvants...on retrouve ici le thème souvent traité dans la littérature ou le cinéma (voir, par exemple "Fenêtre sur Pacifique" ou "Venins") de l'intrusion dans l'existence jusque là paisible (voire ennuyeuse) du narrateur de ce qu'il faut bien appeler un prédateur ou, mieux, un vampire, personnalité perverse manipulatrice qui tente de détruire à petit feu sa proie et d'en tirer le maximum. La définition de la personnalité perverse étant justement le fait que le pervers manipule l'autre avant tout pour le manipuler, pour exercer son pouvoir sur lui et le contrôler le plus complètement possible.Certes, nous sommes tous manipulateurs dans certaines circonstances (le petit enfant manipule sa mère avant même de savoir articuler deux mots et ne parlons pas de la séduction amoureuse...) mais en principe c'est dans un but précis alors que le pervers manipule pour manipuler, c'est pour lui (ou pour elle...) une fin en soi que de contrôler l'autre et de tenter de s'approprier son influx vital, et non pas un simple moyen d'obtenir quelque chose: parmi ses stratégies destructrices il y a le fait de monter l'entourage de sa victime contre elle, de s'attaquer à tout ce qui a de la valeur ou simplement de l'intérêt pour elle, de la faire passer pour un(e) paranoiaque en plein délire de persécution...lorsqu'on se retrouve dans ce genre de situation, il n'est pas évident de l'identifier comme telle, et encore plus difficile de s'en sortir. Tout cela est parfaitement décrit dans ce roman, avec le style si particulier d'Amélie Nothomb qu'on trouvera, selon les passages et selon son humeur du moment soit remarquablement concis et maitrisé, soit trop lapidaire. Contrairement à d'autres commentateurs, j'apprécie beaucoup la fin en raison de son ambiguité...
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