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Contenu rédigé par Luis
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Luis

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Purcell : The Fairy Queen
Purcell : The Fairy Queen

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Purcell / The Fairy Queen / Gardiner, English Baroque Soloists, Monteverdi Choir, Solistes (1982)., 6 mai 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Purcell : The Fairy Queen (CD)
L'aspect volontiers "patchwork" de cette oeuvre majeure de Purcell n'est ici pas un problème, dans la mesure où Gardiner, à la différence de la sécheresse dénervée d'Harnoncourt et de la langueur déliée de Christie, développe une vision structurée, ferme, attentive à la continuité, mais aussi pleine d'attraits (quel sens du détail et de la ligne réunis !), pour faire de cette "Fairy Queen" un véritable opéra (et non plus un semi-opéra se réduisant à quelques interventions musicales, lecture séquentielle et distendue habituelle proposée par les chefs : là où le théâtre est d'ordinaire l'occasion de la musique, Gardiner fait pratiquement naître le théâtre de la musique) et proposer la meilleure version de la discographie (avec celle, plus récente et très alerte, de Dantone). L'orchestre brille de mille feux (les flûtes !) et soutient avec verve le propos (écouter "One charming night" par exemple, merveille de toucher et de délicatesse suggestive).

A ne laisser passer sous aucun prétexte donc, même si ça et là quelques petites faiblesses (on pourra trouver le timbre de Timothy Penrose un peu blanc, ou encore celui de Wynford Evans un peu fatigué) s'échappent d'un plateau par ailleurs excellent (David Thomas, drolatique au plus haut point dans le "No, no, no, no, no, no kissing at all", ou encore Jennifer Smith, superbe de legato et de finesse dans la célèbre "Plaint").

Par ailleurs, le Monteverdi Choir, très à l'aise avec la battue souple et précise, mais extrêmement vive et dynamique de Gardiner, est royal (quelles attaques dans les ritournelles ! quelles couleurs ! et quel pupitre d'altos ! Christopher Robson, Ashley Stafford, Brian Gordon, Julian Clarkson ...)

Parfaite prise de son, idéalement spatialisée, beau coffret et beau livret, comme Archiv sait les faire. Il existe par ailleurs une réédition économique dans la série "al fresco" : Purcell : The Fairy Queen


Rossi / Oratorio Per la Settimana Santa
Rossi / Oratorio Per la Settimana Santa
Proposé par ZOverstocksFR
Prix : EUR 4,54

5.0 étoiles sur 5 Luigi Rossi / Oratorio per la Settimana Santa / Christie, Les Arts Florissants, Mellon, Visse, Honeyman, Cantor ... (réédition), 21 mars 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Rossi / Oratorio Per la Settimana Santa (CD)
Ce programme, enregistré en 1984 et 1986, a paru seulement en 1989. Tous les disques Rossi (1598-1653) de William Christie sont à thésauriser : réalisation merveilleusement ciselée du continuo (Konrad Junghanel au théorbe, Erian Headley à la lyra, Yvon Repérant au clavecin, Andrew Lawrence-King à la harpe ...), diction impeccable, intention expressive permanente dans la déclamation, sens de l'articulation et du tactus, mais aussi de la différenciation des voix ; la perfection italienne baroquisante même.

Avec le superbe "Orfeo" (Rossi - Orfeo / Mellon · Zanetti · Piau · Favat · Fouchécourt · Salzmann · Corréas · Deletré · Les Arts Florissants · Christie), l'autre disque d'oratorios de Rossi (Luigi Rossi: 2 ORATORIOS) et cet enregistrement, qui comporte le magnifique oratorio madrigalesque pour la Semaine Sainte, mais aussi la cantate "Un Peccator Pentito" (Un Pécheur repenti), on tient les meilleurs disques consacrés à Rossi, dont la musique se caractérise par une grande subtilité dans la saisie du texte et par une ingéniosité singulière dans la jonction des voix (instrumentales et chorales) et dans la construction de l'harmonie.

Evidemment, il faut aussi rendre hommage aux chanteurs, qui eurent par la suite la carrière que l'on sait : Agnès Mellon, Jill Feldman, Dominique Visse, Ian Honeyman, Michel Laplénie, Philippe Cantor, François Fauché, Antoine Sicot, Jean-Paul Fouchécourt, Gérard Lesne, Monique Zanetti ... Ainsi que d'autres noms peut-être moins connus de certains mais tout aussi essentiels : Daniel Cuiller et Thérèse Kipfer au violon, Vincent Darras (haute-contre), Elisabeth Matiffa au violoncelle et à la basse de viole, Jonathan Cable, fidèle entre les fidèles des Arts Florissants au violone, ou encore naturellement Jay Bernfeld, au violone également.


Trauermusik
Trauermusik
Prix : EUR 13,09

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Johann Ludwig Bach / Trauermusik / Rademann, Akademie fur Alte Musik Berlin, RIAS Kammerchor, Prohaska, Fuchs, Schmitt, Wolf, 23 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Trauermusik (CD)
L'admirable Johann Ludwig Bach n'était certes pas un inconnu pour les connaisseurs de la musique sacrée allemande des XVIIe et XVIIIe siècles, puisque l'excellent Hermann Max lui a consacré plusieurs disques de valeur, parmi lesquels le premier enregistrement mondial de la "Trauermusik" (que l'on peut trouver dans ce coffret économique en compagnie de deux autres disques de cantates, motets et messes brèves : Johann Ludwig Bach ou bien séparément : Trauermusik;Funerla Music).
Mais il faut dire que cette "Trauermusik" dirigée par Hans-Christoph Rademann (parue en 2011), dont l'intégrale Schutz encore en cours est exceptionnelle, et qui nous a donné également depuis chez Harmonia Mundi la "Missa da Requiem" de Johann Christian Bach et le "Magnificat" de Carl Philipp Emmanuel Bach, deux réussites majeures, est encore supérieure au très bon travail d'Hermann Max, car plus incisive et plus complète dans le traitement de l'orchestre et dans le choix des timbres. Un exemple, le contrepoint initial de basse sur "Oh Herr ich bin dein Knecht" est chanté ici par un soliste, ce qui renforce l'impression de "coryphée" si l'on peut dire, tandis que chez Max il est dévolu à l'ensemble des choristes. De plus, le fondu est ici plus abouti, ce qui n'empêche nullement un engagement et une ponctuelle alacrité fort bienvenus (superbe RIAS-Kammerchor, à la palette de couleurs et de nuances très large et sollicitée avec précision et compétence par Rademann).

Quant aux solistes, ils sont admirables : Anna Prohaska affirme son impeccable technique et la prestance de son legato, Ivonne Fuchs possède de beaux graves chaleureux et investit ses interventions d'une présence tellurique totalement luthérienne (on imagine ceci dit aussi ce qu'un contre-ténor spécialiste de ce répertoire, comme Robin Blaze ou Damien Guillon, pourrait faire du merveilleux air "Oh Herr ich bin dein Knecht", qui ne requiert pas une virtuosité particulière ni un ambitus particulièrement large, mais qui constitue un véritable "test" pour le chanteur concernant sa capacité à moduler et à déclamer intelligemment, en accord avec les principes de la rhétorique de l'époque). Maximilian Schmitt, que l'on a pu entendre dernièrement au disque dans "L'Enlèvement au sérail" de Jacobs (superbe Belmonte) se montre également à son avantage par la solidité de sa projection et de son registre médian. Enfin Andreas Wolf, au timbre toujours aussi puissant et nuancé, est parfait lui aussi, malgré une certaine tendance au chevrotement.

C'est également l'occasion de louer les instrumentistes de la merveilleuse Akamus : Bernhard Forck, Dorte Wetzel ou encore Eric Dorset au violon, Jan Freiheit au violoncelle, Sebastian Wienand à l'orgue (un peu discret ici mais excellent continuiste), Xenia Loffler et Michael Bosch au hautbois, le basson admirablement timbré de Christian Beuse ... trompettes un peu en retrait cependant.

Un chef-d'oeuvre tout simplement, que l'on se réjouit d'entendre à nouveau après Max, dont il faut avoir les excellents disques susmentionnés, ainsi que celui-ci-:

Bach J.L. : Cantates

Enfin sur les prédécesseurs de Johann Sebastian Bach (Johann Ludwig est son cousin et son quasi contemporain mais hérite également de traits stylistiques de Johann Michael Bach par exemple) qui nourriront son écriture, et pour prolonger la redécouverte de la famille (sur le plan vocal) que certains d'entre vous auront sans doute envie de faire, voici quelques incontournables :

Motets (Intégrale)

Bachianas (Coffret 5 CD)

Les archives de la famille Bach ( Altbachisches Archiv )

Altbachisches Archiv (réédition)
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 26, 2016 12:22 AM CET


Haendel: Tamerlano [BOX SET] [IMPORT]
Haendel: Tamerlano [BOX SET] [IMPORT]

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 Haendel / Tamerlano / Gardiner, English Baroque Soloists, Chance, Argenta, Robson, Ragin, Findlay, Schirrer (1987), 9 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Haendel: Tamerlano [BOX SET] [IMPORT] (CD)
Que reste-t-il aujourd'hui des enregistrements haendeliens de John Eliot Gardiner, en termes d'opéra et d'oratorio ?

Pour les oratorios dramatiques ("Solomon", "Saul", "Jephtha" ...), une conception volontairement lacunaire et dépassée, assumée conjointement avec le pape des études haendeliennes des années 1980, Winton Dean, consistant à considérer certains passages de ces œuvres comme "supprimables", ce qui remet fâcheusement en cause la structure d'ensemble. Il faudrait par exemple étudier dans le détail le préjudice causé à "Solomon", mais l'écoute de l'enregistrement intégral (admirable) de Paul McCreesh suffit, après écoute comparée, à remiser cette pratique dans le rayon des antiquités dépassées. Dommage, car ces enregistrements de Gardiner sont généralement excellents du point de vue choral et orchestral (les faiblesses des solistes relativisent généralement l'ensemble).

Pour les opéras italiens ("Agrippina" et "Tamerlano"), on retiendra surtout un art superlatif de traiter le legato (que l'on trouve aussi chez Christopher Hogwood, par exemple dans les notes montantes de l'air de Mathan tiré d'"Esther", "Gentle airs melodious strains"), une délicatesse ou plutôt une élégance suprême et une façon très "années 80-90" de faire sonner l'orchestre, sans recherche de puissance ou d'engagement excessif, mais avec une volonté de rechercher la nuance. Cette conception connait quelques limites notamment dans le "Tamerlano", ou l'on devrait être par endroits plus "empoigné" ("Ciel e terra armi di sdegno" de Bajazet au premier chef, mais pas que). De plus, les récitatifs sont figés dans la guimauve du clavecin d'Alastair Ross, ce qui étire en longueur une oeuvre pourtant construite comme un haletant huis-clos.

Le plateau est, comme dans à peu près tous les enregistrements haendeliens de Gardiner, bancal. Certes, Michael Chance est un superbe Andronicus, chatoyant dans le medium et à l'aise dans l'aigu et le grave, mais par trop indolent, il réduit le personnage au stéréotype d'un amant ardent mais faible et sans caractère.

Nigel Robson est un Bajazet solide, à l'aise dans la vocalise, mais le timbre reste désespérément uniforme et gris, et la voix est fatiguée.

Nancy Argenta est le pendant idéal de Michael Chance et présente exactement les mêmes qualités et les mêmes défauts, autre explication à la longueur de l'opéra dans cette conception : le couple phare est mou du genou !

René Schirrer n'a pas grand chose à chanter, puisque Gardiner a inexplicablement coupé ses airs (et pourtant le créateur du rôle était Boschi ! Tant qu'à faire, pourquoi ne pas couper carrément le rôle entier ? Drôle de conception de la partition, on le voit), il s'en acquitte avec discrétion et à propos.

Reste le pire pour la fin : le Tamerlano mal-chantant, hululant, vociférant, incapable de tenir la mesure et la note, au timbre acide, pointu, de Derek Lee Ragin (pourquoi diable ne l'a-t-on jamais envoyé consulter un phoniatre ? Le placement de la voix est tellement défectueux qu'on en souffre pour lui) ; et l'Irène acide, soubrette et chantant faux de Jane Findlay.

En somme, une tentative datée, qui n'est pourtant pas surclassée par les versions récentes : certes, Minasi dispose d'un plateau irréprochable (Cencic, Gauvin, Donose, Kudinov) voire superbe (Sabata, Ainsley), mais sa direction sans arêtes et sans souci de l'articulation n'a à proposer qu'un culte de l'effet primaire, sans sens de la ligne et sans l'élégance d'un Gardiner.

En DVD, Pinnock est raide et mécanique, sans imagination, et sa distribution est calamiteuse (le mezzo flûte et pincé de Bacelli en Tamerlano, la grosse voix balourde et hurlante de Randle en Bajazet ...), tandis que McCreesh est inexplicablement hors-sujet, disqualifié de toute façon par l'inadéquation stylistique de Domingo et par l'insuffisance des autres solistes.

On ne sera guère plus charitable avec l'enregistrement de 1983 de Malgoire, amorphe, sans vie, sans sel, sans entrain, sans dynamisme, ponctué par l'insignifiance et l'insuffisance des instrumentistes, rappelant un Martini de Naxos (en écoute aveugle je suis presque prêt à parier sur la parenté ...)

Reste Petrou, probablement le meilleur choix aujourd'hui, qui sait concilier fougue et élégance, vitalité et réflexion, et qui dispose d'un bon plateau (Spanos, Nesi, Christoyannis surtout).


Theodora, Hwv68
Theodora, Hwv68
Prix : EUR 19,34

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
1.0 étoiles sur 5 "Theodora" de Haendel : discographie comparée, 27 janvier 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Theodora, Hwv68 (CD)
Il existe plusieurs versions CD de la "Theodora" de Haendel, oratorio dramatique souvent considéré, sans qu'il en existe la moindre preuve (si ce n'est l'intensité et la ferveur qu'Haendel a mises dans cette musique), comme le préféré du père de quelques merveilles du genre ("Athalia", "Esther", "Saul" ou encore "Samson" et "Jephtha" pour n'en citer que quelques unes).

Je laisserai de coté les deux versions DVD, celle, pourtant excellente, d'Ivor Bolton, ainsi que Christie I. Il existe par ailleurs une version CD de ce spectacle mis en scène par Sellars, mais pour moi cet enregistrement demeure associé de manière indélébile à sa mise en scène, que je tiens pour un monument de laideur et de prétention. Par ailleurs, la seconde version m’apparaît meilleure tant par sa distribution que par la conception d'ensemble proposée (détaillée plus bas), qui surclasse sans peine la délirante "lecture" de Monsieur Sellars.

On passera rapidement sur les versions les plus faibles de la discographie : Martini chez Naxos n'a, comme d'habitude, rien à offrir si ce n'est des chœurs surgonflés et indigents, et un orchestre aux qualités techniques déplorables, sans structure de base, sans projection du son, sans timbre, sur lequel les chanteurs, pourtant excellents pour certains (ailleurs), font du style (Mertens en Valens soigne son legato et ses vocalises, accompagné comme à la parade par un orchestre champêtre), s'époumonent (Schoch brame son Septimius) ou minaudent (le Didymus sucré de Vitzthum). L'oeuvre part complètement à vau-l'eau, mal dirigée, mal préparée, et surtout confiée à un orchestre et à un chef de quatrième zone.

La direction de McGegan est, comme à son habitude, molle, plate, dénervée, sans imagination, sans arêtes. Malgré la présence de l'admirable (et regrettée) Lorraine Hunt en Theodora, l'Irène engagée et solide techniquement de Jennifer Lane (beau "As with rosys steps the morn", sombre et recueilli), le reste de la distribution déçoit : David Thomas est un Valens par trop martial et donc trop peu nuancé car surjoué. Drew Minter en Didymus est totalement dépourvu de charisme et de stature interprétative, en raison d'une émission instable et faiblarde et d'une voix "extra-small" comme disait à juste titre un autre discographe dans L'Avant-Scène Opéra. Jeffrey Thomas est un Septimius connaissant des défauts de justesse rédhibitoires dans "Descend kind pity" et "From virtue springs". Pour Lorraine Hunt et Jennifer Lane, on peut néanmoins tenter l'aventure, mais à condition de posséder déjà de meilleures versions.

Harnoncourt est lent, maniéré et occasionnellement lourdingue (l'ouverture ! les chœurs des païens !). Le plateau est discutable : l'Irène très extérieure de Jard Van Nees, le Valens très "homme du monde" de Scharinger, sans doute surinterprété, le Septimius de Blochwitz, engorgé, ou encore le Didymus de Jochen Kowalski, à la peine dans les passages techniques. Reste la vivante Theodora d'Alexander, aux aigus néanmoins étriqués et aux graves trop durs.

Neumann est admirable de finesse, de ciselure du détail, d'intelligence du texte, de respiration chorale. Pour ne donner qu'un exemple, sa lecture de "Thither let our hearts aspire" est particulièrement lumineuse. Comme on le sait, ce duo Didymus-Theodora suit immédiatement le "Streams of pleasures" de Didymus, qui doit être (et qui l'est toujours) pris suivant une pulsation relativement lente, pour marquer l'imprégnation de l'appel de l'au-delà (le texte est clair à cet égard). Là ou les chefs reconduisent généralement ce tempo dans le "Thither let our hearts aspire", Neumann marque l'articulation en proposant un tempo plus dansant, pour le faire concorder avec l'appel du divin se faisant plus fort (cet appel du divin, que l'on trouve d'ailleurs sous une autre forme dans la merveilleuse Symphonie de la seconde partie, précisément dans le contre-chant de la flûte). Par ailleurs, le Collegium Cartusianum et le Kolner Kammerchor sont en symbiose.

Hélas, Peter Neumann n'a que rarement bénéficié, pour ses enregistrements des oratorios de Haendel, et ce malgré sa probité, de distributions de premier plan. Si Johannette Zomer est une Theodora plausible, quoiqu'un peu courte dans les aigus, Sytse Buwalda miaule un peu trop et est également en délicatesse avec les notes montantes. Par ailleurs, Knut Schoch, meilleur que chez Martini (ce n'est guère difficile, l'écart entre l'orchestre et le chanteur y est tel que même le meilleur des techniciens - ce qu'il est loin d’être - n'y ferait rien), reste trop fruste, et Tom Sol est un Valens trop monolithique. A la rigueur le First Elder de "Susanna" (qu'il a chanté et enregistré honorablement avec Neumann).

Christie II possède un orchestre (ses Arts Florissants, la première version étant avec l'Orchestra of the Age of Enlightenment) clair, éloquent, éclatant même. L'anglais du chœur n'est pas toujours irréprochable, mais la distribution est exceptionnelle : le Didymus merveilleux de poésie, de douceur, de sensibilité et de clarté de Daniel Taylor, moins incarné et moins chevaleresque que Robin Blaze (McCreesh), mais comme d'emblée habité par son martyre futur. Il forme un couple déjà béatifié avec la Theodora angélique de Sophie Daneman, dont la pureté de la ligne égale le sens de la déclamation. L'Irène de Juliette Galstian est solide et fervente, elle qui n'a pas la foi totalement détachée de Theodora, mais qui constitue par excellence le coryphée des chrétiens. Richard Croft, éclatant de vitalité, habitant le rôle de Septimius de sa présence charnelle, constitue quant à lui la synthèse écartelée entre la pureté de ses amis chrétiens (quels aigus !) et la brutalité de sa mission, que l'inoxydable Valens du fruste mais très cohérent Nathan Berg lui confie. Il semble bien que Christie ait voulu marquer le contraste entre les deux martyrs, les personnages "intermédiaires" (entre deux mondes ou deux niveaux de réalité dans la foi), et la brute galonnée. Rare intelligence et rare cohérence dans le choix de la distribution, mais qui entraîne parfois Christie dans trop de séraphisme, au détriment du drame. Ainsi, le "Thither let", pour revenir sur cet exemple, est pris trop lentement, comme détaché des contingences extérieures. On ne sent pas l'urgence de Neumann ou la réflexion de McCreesh ; seulement une certaine mollesse que l'on relève de temps à autre chez cet haendelien de valeur.

McCreesh enfin est mûri, réfléchi, posé, irréprochable dans l'articulation, dans la différenciation des timbres, dans la préparation de l'orchestre et du chœur (quelles couleurs chez les altos ! Il faut dire aussi que disposer de David Clegg, Lucy Ballard, Richard Wyn-Roberts ou encore Robin Tyson aide). Il mène son affaire avec assurance et fermeté, mais aussi avec élégance et poésie. L'oeuvre scintille de tous ses feux sous sa baguette (tout comme son sublime "Solomon" et son superbe "Saul") ; elle démontre par sa simple existence son admirable composition et sa profonde cohérence. Là ou les lectures médiocres passent superficiellement sur la liaison des scènes, tant sur le plan théâtral que tonal ou encore harmonique, McCreesh tisse patiemment, savamment, sans pédantisme, sans maniérisme, la trame, et rend ainsi justice à "Theodora" mieux que quiconque.

Le plateau est impeccable : la Theodora de Susan Gritton n'est pas aussi détachée que celle de Sophie Daneman. Moins "mystique", sa force réside plus dans sa vertu que dans sa foi. Robin Blaze, alors au meilleur de sa forme (2000) est le plus chevaleresque et le plus incarné des Didymus. Susan Bicklet est une remarquable Irène, agile dans la vocalise ("Bane of virtue"), sans aigreur, sans la moindre petite pointe de "rêche" dans le timbre comme on peut souvent le reprocher aux mezzos. Paul Agnew, dont le timbre très homogène et sans faiblesses demeure un peu vibratile, campe un Septimius humain avant tout. Neal Davies enfin, est admirablement stylé et nuancé ; il suggère en Valens simultanément un froid politicien et un homme de conviction prêt à assassiner au nom de la justice pour maintenir l'ordre (ou ce qu'il croit être l'ordre).

Cette conception de "Theodora" est certes différente de celle de Christie, mais j'aurais tendance à penser que les deux lectures sont possibles, avec une préférence personnelle pour celle de McCreesh. McCreesh insiste dans le livret de présentation (coécrit avec la musicologue Ruth Smith, qui a renouvelé l'étude des oratorios anglais de Haendel, en fondant davantage ses travaux sur l'analyse des livrets) sur l'idée que "Theodora" serait avant tout un drame de l'humain et un plaidoyer pour la liberté de pensée en matière de religion. Christie voit sans doute plutôt en "Theodora" un exemplum chrétien, un récit de martyr au sens vraiment spirituel du terme. Il faut à mon avis avoir ces deux visions pour pouvoir ensuite éventuellement se décider.

Neumann fait un parfait troisième choix. Quant au reste, on évitera surtout Martini. Les admirateurs des oratorios de Haendel par Harnoncourt ne se laisseront pas rebuter par mes critiques, et McGegan pourra toujours séduire, pour Lorraine Hunt et Jennifer Lane.


Haendel : Theodora
Haendel : Theodora
Prix : EUR 10,92

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 "Theodora" de Haendel : discographie comparée, 27 janvier 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Haendel : Theodora (CD)
Il existe plusieurs versions CD de la "Theodora" de Haendel, oratorio dramatique souvent considéré, sans qu'il en existe la moindre preuve (si ce n'est l'intensité et la ferveur qu'Haendel a mises dans cette musique), comme le préféré du père de quelques merveilles du genre ("Athalia", "Esther", "Saul" ou encore "Samson" et "Jephtha" pour n'en citer que quelques unes).

Je laisserai de coté les deux versions DVD, celle, pourtant excellente, d'Ivor Bolton, ainsi que Christie I. Il existe par ailleurs une version CD de ce spectacle mis en scène par Sellars, mais pour moi cet enregistrement demeure associé de manière indélébile à sa mise en scène, que je tiens pour un monument de laideur et de prétention. Par ailleurs, la seconde version m’apparaît meilleure tant par sa distribution que par la conception d'ensemble proposée (détaillée plus bas), qui surclasse sans peine la délirante "lecture" de Monsieur Sellars.

On passera rapidement sur les versions les plus faibles de la discographie : Martini chez Naxos n'a, comme d'habitude, rien à offrir si ce n'est des chœurs surgonflés et indigents, et un orchestre aux qualités techniques déplorables, sans structure de base, sans projection du son, sans timbre, sur lequel les chanteurs, pourtant excellents pour certains (ailleurs), font du style (Mertens en Valens soigne son legato et ses vocalises, accompagné comme à la parade par un orchestre champêtre), s'époumonent (Schoch brame son Septimius) ou minaudent (le Didymus sucré de Vitzthum). L'oeuvre part complètement à vau-l'eau, mal dirigée, mal préparée, et surtout confiée à un orchestre et à un chef de quatrième zone.

La direction de McGegan est, comme à son habitude, molle, plate, dénervée, sans imagination, sans arêtes. Malgré la présence de l'admirable (et regrettée) Lorraine Hunt en Theodora, l'Irène engagée et solide techniquement de Jennifer Lane (beau "As with rosys steps the morn", sombre et recueilli), le reste de la distribution déçoit : David Thomas est un Valens par trop martial et donc trop peu nuancé car surjoué. Drew Minter en Didymus est totalement dépourvu de charisme et de stature interprétative, en raison d'une émission instable et faiblarde et d'une voix "extra-small" comme disait à juste titre un autre discographe dans L'Avant-Scène Opéra. Jeffrey Thomas est un Septimius connaissant des défauts de justesse rédhibitoires dans "Descend kind pity" et "From virtue springs". Pour Lorraine Hunt et Jennifer Lane, on peut néanmoins tenter l'aventure, mais à condition de posséder déjà de meilleures versions.

Harnoncourt est lent, maniéré et occasionnellement lourdingue (l'ouverture ! les chœurs des païens !). Le plateau est discutable : l'Irène très extérieure de Jard Van Nees, le Valens très "homme du monde" de Scharinger, sans doute surinterprété, le Septimius de Blochwitz, engorgé, ou encore le Didymus de Jochen Kowalski, à la peine dans les passages techniques. Reste la vivante Theodora d'Alexander, aux aigus néanmoins étriqués et aux graves trop durs.

Neumann est admirable de finesse, de ciselure du détail, d'intelligence du texte, de respiration chorale. Pour ne donner qu'un exemple, sa lecture de "Thither let our hearts aspire" est particulièrement lumineuse. Comme on le sait, ce duo Didymus-Theodora suit immédiatement le "Streams of pleasures" de Didymus, qui doit être (et qui l'est toujours) pris suivant une pulsation relativement lente, pour marquer l'imprégnation de l'appel de l'au-delà (le texte est clair à cet égard). Là ou les chefs reconduisent généralement ce tempo dans le "Thither let our hearts aspire", Neumann marque l'articulation en proposant un tempo plus dansant, pour le faire concorder avec l'appel du divin se faisant plus fort (cet appel du divin, que l'on trouve d'ailleurs sous une autre forme dans la merveilleuse Symphonie de la seconde partie, précisément dans le contre-chant de la flûte). Par ailleurs, le Collegium Cartusianum et le Kolner Kammerchor sont en symbiose.

Hélas, Peter Neumann n'a que rarement bénéficié, pour ses enregistrements des oratorios de Haendel, et ce malgré sa probité, de distributions de premier plan. Si Johannette Zomer est une Theodora plausible, quoiqu'un peu courte dans les aigus, Sytse Buwalda miaule un peu trop et est également en délicatesse avec les notes montantes. Par ailleurs, Knut Schoch, meilleur que chez Martini (ce n'est guère difficile, l'écart entre l'orchestre et le chanteur y est tel que même le meilleur des techniciens - ce qu'il est loin d’être - n'y ferait rien), reste trop fruste, et Tom Sol est un Valens trop monolithique. A la rigueur le First Elder de "Susanna" (qu'il a chanté et enregistré honorablement avec Neumann).

Christie II possède un orchestre (ses Arts Florissants, la première version étant avec l'Orchestra of the Age of Enlightenment) clair, éloquent, éclatant même. L'anglais du chœur n'est pas toujours irréprochable, mais la distribution est exceptionnelle : le Didymus merveilleux de poésie, de douceur, de sensibilité et de clarté de Daniel Taylor, moins incarné et moins chevaleresque que Robin Blaze (McCreesh), mais comme d'emblée habité par son martyre futur. Il forme un couple déjà béatifié avec la Theodora angélique de Sophie Daneman, dont la pureté de la ligne égale le sens de la déclamation. L'Irène de Juliette Galstian est solide et fervente, elle qui n'a pas la foi totalement détachée de Theodora, mais qui constitue par excellence le coryphée des chrétiens. Richard Croft, éclatant de vitalité, habitant le rôle de Septimius de sa présence charnelle, constitue quant à lui la synthèse écartelée entre la pureté de ses amis chrétiens (quels aigus !) et la brutalité de sa mission, que l'inoxydable Valens du fruste mais très cohérent Nathan Berg lui confie. Il semble bien que Christie ait voulu marquer le contraste entre les deux martyrs, les personnages "intermédiaires" (entre deux mondes ou deux niveaux de réalité dans la foi), et la brute galonnée. Rare intelligence et rare cohérence dans le choix de la distribution, mais qui entraîne parfois Christie dans trop de séraphisme, au détriment du drame. Ainsi, le "Thither let", pour revenir sur cet exemple, est pris trop lentement, comme détaché des contingences extérieures. On ne sent pas l'urgence de Neumann ou la réflexion de McCreesh ; seulement une certaine mollesse que l'on relève de temps à autre chez cet haendelien de valeur.

McCreesh enfin est mûri, réfléchi, posé, irréprochable dans l'articulation, dans la différenciation des timbres, dans la préparation de l'orchestre et du chœur (quelles couleurs chez les altos ! Il faut dire aussi que disposer de David Clegg, Lucy Ballard, Richard Wyn-Roberts ou encore Robin Tyson aide). Il mène son affaire avec assurance et fermeté, mais aussi avec élégance et poésie. L'oeuvre scintille de tous ses feux sous sa baguette (tout comme son sublime "Solomon" et son superbe "Saul") ; elle démontre par sa simple existence son admirable composition et sa profonde cohérence. Là ou les lectures médiocres passent superficiellement sur la liaison des scènes, tant sur le plan théâtral que tonal ou encore harmonique, McCreesh tisse patiemment, savamment, sans pédantisme, sans maniérisme, la trame, et rend ainsi justice à "Theodora" mieux que quiconque.

Le plateau est impeccable : la Theodora de Susan Gritton n'est pas aussi détachée que celle de Sophie Daneman. Moins "mystique", sa force réside plus dans sa vertu que dans sa foi. Robin Blaze, alors au meilleur de sa forme (2000) est le plus chevaleresque et le plus incarné des Didymus. Susan Bicklet est une remarquable Irène, agile dans la vocalise ("Bane of virtue"), sans aigreur, sans la moindre petite pointe de "rêche" dans le timbre comme on peut souvent le reprocher aux mezzos. Paul Agnew, dont le timbre très homogène et sans faiblesses demeure un peu vibratile, campe un Septimius humain avant tout. Neal Davies enfin, est admirablement stylé et nuancé ; il suggère en Valens simultanément un froid politicien et un homme de conviction prêt à assassiner au nom de la justice pour maintenir l'ordre (ou ce qu'il croit être l'ordre).

Cette conception de "Theodora" est certes différente de celle de Christie, mais j'aurais tendance à penser que les deux lectures sont possibles, avec une préférence personnelle pour celle de McCreesh. McCreesh insiste dans le livret de présentation (coécrit avec la musicologue Ruth Smith, qui a renouvelé l'étude des oratorios anglais de Haendel, en fondant davantage ses travaux sur l'analyse des livrets) sur l'idée que "Theodora" serait avant tout un drame de l'humain et un plaidoyer pour la liberté de pensée en matière de religion. Christie voit sans doute plutôt en "Theodora" un exemplum chrétien, un récit de martyr au sens vraiment spirituel du terme. Il faut à mon avis avoir ces deux visions pour pouvoir ensuite éventuellement se décider.

Neumann fait un parfait troisième choix. Quant au reste, on évitera surtout Martini. Les admirateurs des oratorios de Haendel par Harnoncourt ne se laisseront pas rebuter par mes critiques, et McGegan pourra toujours séduire, pour Lorraine Hunt et Jennifer Lane.


Theodora
Theodora
Proposé par STRADIVARIUS
Prix : EUR 28,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 "Theodora" de Haendel : discographie comparée, 27 janvier 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Theodora (CD)
Il existe plusieurs versions CD de la "Theodora" de Haendel, oratorio dramatique souvent considéré, sans qu'il en existe la moindre preuve (si ce n'est l'intensité et la ferveur qu'Haendel a mises dans cette musique), comme le préféré du père de quelques merveilles du genre ("Athalia", "Esther", "Saul" ou encore "Samson" et "Jephtha" pour n'en citer que quelques unes).

Je laisserai de coté les deux versions DVD, celle, pourtant excellente, d'Ivor Bolton, ainsi que Christie I. Il existe par ailleurs une version CD de ce spectacle mis en scène par Sellars, mais pour moi cet enregistrement demeure associé de manière indélébile à sa mise en scène, que je tiens pour un monument de laideur et de prétention. Par ailleurs, la seconde version m’apparaît meilleure tant par sa distribution que par la conception d'ensemble proposée (détaillée plus bas), qui surclasse sans peine la délirante "lecture" de Monsieur Sellars.

On passera rapidement sur les versions les plus faibles de la discographie : Martini chez Naxos n'a, comme d'habitude, rien à offrir si ce n'est des chœurs surgonflés et indigents, et un orchestre aux qualités techniques déplorables, sans structure de base, sans projection du son, sans timbre, sur lequel les chanteurs, pourtant excellents pour certains (ailleurs), font du style (Mertens en Valens soigne son legato et ses vocalises, accompagné comme à la parade par un orchestre champêtre), s'époumonent (Schoch brame son Septimius) ou minaudent (le Didymus sucré de Vitzthum). L'oeuvre part complètement à vau-l'eau, mal dirigée, mal préparée, et surtout confiée à un orchestre et à un chef de quatrième zone.

La direction de McGegan est, comme à son habitude, molle, plate, dénervée, sans imagination, sans arêtes. Malgré la présence de l'admirable (et regrettée) Lorraine Hunt en Theodora, l'Irène engagée et solide techniquement de Jennifer Lane (beau "As with rosys steps the morn", sombre et recueilli), le reste de la distribution déçoit : David Thomas est un Valens par trop martial et donc trop peu nuancé car surjoué. Drew Minter en Didymus est totalement dépourvu de charisme et de stature interprétative, en raison d'une émission instable et faiblarde et d'une voix "extra-small" comme disait à juste titre un autre discographe dans L'Avant-Scène Opéra. Jeffrey Thomas est un Septimius connaissant des défauts de justesse rédhibitoires dans "Descend kind pity" et "From virtue springs". Pour Lorraine Hunt et Jennifer Lane, on peut néanmoins tenter l'aventure, mais à condition de posséder déjà de meilleures versions.

Harnoncourt est lent, maniéré et occasionnellement lourdingue (l'ouverture ! les chœurs des païens !). Le plateau est discutable : l'Irène très extérieure de Jard Van Nees, le Valens très "homme du monde" de Scharinger, sans doute surinterprété, le Septimius de Blochwitz, engorgé, ou encore le Didymus de Jochen Kowalski, à la peine dans les passages techniques. Reste la vivante Theodora d'Alexander, aux aigus néanmoins étriqués et aux graves trop durs.

Neumann est admirable de finesse, de ciselure du détail, d'intelligence du texte, de respiration chorale. Pour ne donner qu'un exemple, sa lecture de "Thither let our hearts aspire" est particulièrement lumineuse. Comme on le sait, ce duo Didymus-Theodora suit immédiatement le "Streams of pleasures" de Didymus, qui doit être (et qui l'est toujours) pris suivant une pulsation relativement lente, pour marquer l'imprégnation de l'appel de l'au-delà (le texte est clair à cet égard). Là ou les chefs reconduisent généralement ce tempo dans le "Thither let our hearts aspire", Neumann marque l'articulation en proposant un tempo plus dansant, pour le faire concorder avec l'appel du divin se faisant plus fort (cet appel du divin, que l'on trouve d'ailleurs sous une autre forme dans la merveilleuse Symphonie de la seconde partie, précisément dans le contre-chant de la flûte). Par ailleurs, le Collegium Cartusianum et le Kolner Kammerchor sont en symbiose.

Hélas, Peter Neumann n'a que rarement bénéficié, pour ses enregistrements des oratorios de Haendel, et ce malgré sa probité, de distributions de premier plan. Si Johannette Zomer est une Theodora plausible, quoiqu'un peu courte dans les aigus, Sytse Buwalda miaule un peu trop et est également en délicatesse avec les notes montantes. Par ailleurs, Knut Schoch, meilleur que chez Martini (ce n'est guère difficile, l'écart entre l'orchestre et le chanteur y est tel que même le meilleur des techniciens - ce qu'il est loin d’être - n'y ferait rien), reste trop fruste, et Tom Sol est un Valens trop monolithique. A la rigueur le First Elder de "Susanna" (qu'il a chanté et enregistré honorablement avec Neumann).

Christie II possède un orchestre (ses Arts Florissants, la première version étant avec l'Orchestra of the Age of Enlightenment) clair, éloquent, éclatant même. L'anglais du chœur n'est pas toujours irréprochable, mais la distribution est exceptionnelle : le Didymus merveilleux de poésie, de douceur, de sensibilité et de clarté de Daniel Taylor, moins incarné et moins chevaleresque que Robin Blaze (McCreesh), mais comme d'emblée habité par son martyre futur. Il forme un couple déjà béatifié avec la Theodora angélique de Sophie Daneman, dont la pureté de la ligne égale le sens de la déclamation. L'Irène de Juliette Galstian est solide et fervente, elle qui n'a pas la foi totalement détachée de Theodora, mais qui constitue par excellence le coryphée des chrétiens. Richard Croft, éclatant de vitalité, habitant le rôle de Septimius de sa présence charnelle, constitue quant à lui la synthèse écartelée entre la pureté de ses amis chrétiens (quels aigus !) et la brutalité de sa mission, que l'inoxydable Valens du fruste mais très cohérent Nathan Berg lui confie. Il semble bien que Christie ait voulu marquer le contraste entre les deux martyrs, les personnages "intermédiaires" (entre deux mondes ou deux niveaux de réalité dans la foi), et la brute galonnée. Rare intelligence et rare cohérence dans le choix de la distribution, mais qui entraîne parfois Christie dans trop de séraphisme, au détriment du drame. Ainsi, le "Thither let", pour revenir sur cet exemple, est pris trop lentement, comme détaché des contingences extérieures. On ne sent pas l'urgence de Neumann ou la réflexion de McCreesh ; seulement une certaine mollesse que l'on relève de temps à autre chez cet haendelien de valeur.

McCreesh enfin est mûri, réfléchi, posé, irréprochable dans l'articulation, dans la différenciation des timbres, dans la préparation de l'orchestre et du chœur (quelles couleurs chez les altos ! Il faut dire aussi que disposer de David Clegg, Lucy Ballard, Richard Wyn-Roberts ou encore Robin Tyson aide). Il mène son affaire avec assurance et fermeté, mais aussi avec élégance et poésie. L'oeuvre scintille de tous ses feux sous sa baguette (tout comme son sublime "Solomon" et son superbe "Saul") ; elle démontre par sa simple existence son admirable composition et sa profonde cohérence. Là ou les lectures médiocres passent superficiellement sur la liaison des scènes, tant sur le plan théâtral que tonal ou encore harmonique, McCreesh tisse patiemment, savamment, sans pédantisme, sans maniérisme, la trame, et rend ainsi justice à "Theodora" mieux que quiconque.

Le plateau est impeccable : la Theodora de Susan Gritton n'est pas aussi détachée que celle de Sophie Daneman. Moins "mystique", sa force réside plus dans sa vertu que dans sa foi. Robin Blaze, alors au meilleur de sa forme (2000) est le plus chevaleresque et le plus incarné des Didymus. Susan Bicklet est une remarquable Irène, agile dans la vocalise ("Bane of virtue"), sans aigreur, sans la moindre petite pointe de "rêche" dans le timbre comme on peut souvent le reprocher aux mezzos. Paul Agnew, dont le timbre très homogène et sans faiblesses demeure un peu vibratile, campe un Septimius humain avant tout. Neal Davies enfin, est admirablement stylé et nuancé ; il suggère en Valens simultanément un froid politicien et un homme de conviction prêt à assassiner au nom de la justice pour maintenir l'ordre (ou ce qu'il croit être l'ordre).

Cette conception de "Theodora" est certes différente de celle de Christie, mais j'aurais tendance à penser que les deux lectures sont possibles, avec une préférence personnelle pour celle de McCreesh. McCreesh insiste dans le livret de présentation (coécrit avec la musicologue Ruth Smith, qui a renouvelé l'étude des oratorios anglais de Haendel, en fondant davantage ses travaux sur l'analyse des livrets) sur l'idée que "Theodora" serait avant tout un drame de l'humain et un plaidoyer pour la liberté de pensée en matière de religion. Christie voit sans doute plutôt en "Theodora" un exemplum chrétien, un récit de martyr au sens vraiment spirituel du terme. Il faut à mon avis avoir ces deux visions pour pouvoir ensuite éventuellement se décider.

Neumann fait un parfait troisième choix. Quant au reste, on évitera surtout Martini. Les admirateurs des oratorios de Haendel par Harnoncourt ne se laisseront pas rebuter par mes critiques, et McGegan pourra toujours séduire, pour Lorraine Hunt et Jennifer Lane.


Handel - Theodora / Hunt, Minter, Lane, J. Thomas, D. Thomas; McGegan by Nicholas McGegan (1992-12-22)
Handel - Theodora / Hunt, Minter, Lane, J. Thomas, D. Thomas; McGegan by Nicholas McGegan (1992-12-22)

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2.0 étoiles sur 5 "Theodora" de Haendel : discographie comparée, 27 janvier 2016
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Il existe plusieurs versions CD de la "Theodora" de Haendel, oratorio dramatique souvent considéré, sans qu'il en existe la moindre preuve (si ce n'est l'intensité et la ferveur qu'Haendel a mises dans cette musique), comme le préféré du père de quelques merveilles du genre ("Athalia", "Esther", "Saul" ou encore "Samson" et "Jephtha" pour n'en citer que quelques unes).

Je laisserai de coté les deux versions DVD, celle, pourtant excellente, d'Ivor Bolton, ainsi que Christie I. Il existe par ailleurs une version CD de ce spectacle mis en scène par Sellars, mais pour moi cet enregistrement demeure associé de manière indélébile à sa mise en scène, que je tiens pour un monument de laideur et de prétention. Par ailleurs, la seconde version m’apparaît meilleure tant par sa distribution que par la conception d'ensemble proposée (détaillée plus bas), qui surclasse sans peine la délirante "lecture" de Monsieur Sellars.

On passera rapidement sur les versions les plus faibles de la discographie : Martini chez Naxos n'a, comme d'habitude, rien à offrir si ce n'est des chœurs surgonflés et indigents, et un orchestre aux qualités techniques déplorables, sans structure de base, sans projection du son, sans timbre, sur lequel les chanteurs, pourtant excellents pour certains (ailleurs), font du style (Mertens en Valens soigne son legato et ses vocalises, accompagné comme à la parade par un orchestre champêtre), s'époumonent (Schoch brame son Septimius) ou minaudent (le Didymus sucré de Vitzthum). L'oeuvre part complètement à vau-l'eau, mal dirigée, mal préparée, et surtout confiée à un orchestre et à un chef de quatrième zone.

La direction de McGegan est, comme à son habitude, molle, plate, dénervée, sans imagination, sans arêtes. Malgré la présence de l'admirable (et regrettée) Lorraine Hunt en Theodora, l'Irène engagée et solide techniquement de Jennifer Lane (beau "As with rosys steps the morn", sombre et recueilli), le reste de la distribution déçoit : David Thomas est un Valens par trop martial et donc trop peu nuancé car surjoué. Drew Minter en Didymus est totalement dépourvu de charisme et de stature interprétative, en raison d'une émission instable et faiblarde et d'une voix "extra-small" comme disait à juste titre un autre discographe dans L'Avant-Scène Opéra. Jeffrey Thomas est un Septimius connaissant des défauts de justesse rédhibitoires dans "Descend kind pity" et "From virtue springs". Pour Lorraine Hunt et Jennifer Lane, on peut néanmoins tenter l'aventure, mais à condition de posséder déjà de meilleures versions.

Harnoncourt est lent, maniéré et occasionnellement lourdingue (l'ouverture ! les chœurs des païens !). Le plateau est discutable : l'Irène très extérieure de Jard Van Nees, le Valens très "homme du monde" de Scharinger, sans doute surinterprété, le Septimius de Blochwitz, engorgé, ou encore le Didymus de Jochen Kowalski, à la peine dans les passages techniques. Reste la vivante Theodora d'Alexander, aux aigus néanmoins étriqués et aux graves trop durs.

Neumann est admirable de finesse, de ciselure du détail, d'intelligence du texte, de respiration chorale. Pour ne donner qu'un exemple, sa lecture de "Thither let our hearts aspire" est particulièrement lumineuse. Comme on le sait, ce duo Didymus-Theodora suit immédiatement le "Streams of pleasures" de Didymus, qui doit être (et qui l'est toujours) pris suivant une pulsation relativement lente, pour marquer l'imprégnation de l'appel de l'au-delà (le texte est clair à cet égard). Là ou les chefs reconduisent généralement ce tempo dans le "Thither let our hearts aspire", Neumann marque l'articulation en proposant un tempo plus dansant, pour le faire concorder avec l'appel du divin se faisant plus fort (cet appel du divin, que l'on trouve d'ailleurs sous une autre forme dans la merveilleuse Symphonie de la seconde partie, précisément dans le contre-chant de la flûte). Par ailleurs, le Collegium Cartusianum et le Kolner Kammerchor sont en symbiose.

Hélas, Peter Neumann n'a que rarement bénéficié, pour ses enregistrements des oratorios de Haendel, et ce malgré sa probité, de distributions de premier plan. Si Johannette Zomer est une Theodora plausible, quoiqu'un peu courte dans les aigus, Sytse Buwalda miaule un peu trop et est également en délicatesse avec les notes montantes. Par ailleurs, Knut Schoch, meilleur que chez Martini (ce n'est guère difficile, l'écart entre l'orchestre et le chanteur y est tel que même le meilleur des techniciens - ce qu'il est loin d’être - n'y ferait rien), reste trop fruste, et Tom Sol est un Valens trop monolithique. A la rigueur le First Elder de "Susanna" (qu'il a chanté et enregistré honorablement avec Neumann).

Christie II possède un orchestre (ses Arts Florissants, la première version étant avec l'Orchestra of the Age of Enlightenment) clair, éloquent, éclatant même. L'anglais du chœur n'est pas toujours irréprochable, mais la distribution est exceptionnelle : le Didymus merveilleux de poésie, de douceur, de sensibilité et de clarté de Daniel Taylor, moins incarné et moins chevaleresque que Robin Blaze (McCreesh), mais comme d'emblée habité par son martyre futur. Il forme un couple déjà béatifié avec la Theodora angélique de Sophie Daneman, dont la pureté de la ligne égale le sens de la déclamation. L'Irène de Juliette Galstian est solide et fervente, elle qui n'a pas la foi totalement détachée de Theodora, mais qui constitue par excellence le coryphée des chrétiens. Richard Croft, éclatant de vitalité, habitant le rôle de Septimius de sa présence charnelle, constitue quant à lui la synthèse écartelée entre la pureté de ses amis chrétiens (quels aigus !) et la brutalité de sa mission, que l'inoxydable Valens du fruste mais très cohérent Nathan Berg lui confie. Il semble bien que Christie ait voulu marquer le contraste entre les deux martyrs, les personnages "intermédiaires" (entre deux mondes ou deux niveaux de réalité dans la foi), et la brute galonnée. Rare intelligence et rare cohérence dans le choix de la distribution, mais qui entraîne parfois Christie dans trop de séraphisme, au détriment du drame. Ainsi, le "Thither let", pour revenir sur cet exemple, est pris trop lentement, comme détaché des contingences extérieures. On ne sent pas l'urgence de Neumann ou la réflexion de McCreesh ; seulement une certaine mollesse que l'on relève de temps à autre chez cet haendelien de valeur.

McCreesh enfin est mûri, réfléchi, posé, irréprochable dans l'articulation, dans la différenciation des timbres, dans la préparation de l'orchestre et du chœur (quelles couleurs chez les altos ! Il faut dire aussi que disposer de David Clegg, Lucy Ballard, Richard Wyn-Roberts ou encore Robin Tyson aide). Il mène son affaire avec assurance et fermeté, mais aussi avec élégance et poésie. L'oeuvre scintille de tous ses feux sous sa baguette (tout comme son sublime "Solomon" et son superbe "Saul") ; elle démontre par sa simple existence son admirable composition et sa profonde cohérence. Là ou les lectures médiocres passent superficiellement sur la liaison des scènes, tant sur le plan théâtral que tonal ou encore harmonique, McCreesh tisse patiemment, savamment, sans pédantisme, sans maniérisme, la trame, et rend ainsi justice à "Theodora" mieux que quiconque.

Le plateau est impeccable : la Theodora de Susan Gritton n'est pas aussi détachée que celle de Sophie Daneman. Moins "mystique", sa force réside plus dans sa vertu que dans sa foi. Robin Blaze, alors au meilleur de sa forme (2000) est le plus chevaleresque et le plus incarné des Didymus. Susan Bicklet est une remarquable Irène, agile dans la vocalise ("Bane of virtue"), sans aigreur, sans la moindre petite pointe de "rêche" dans le timbre comme on peut souvent le reprocher aux mezzos. Paul Agnew, dont le timbre très homogène et sans faiblesses demeure un peu vibratile, campe un Septimius humain avant tout. Neal Davies enfin, est admirablement stylé et nuancé ; il suggère en Valens simultanément un froid politicien et un homme de conviction prêt à assassiner au nom de la justice pour maintenir l'ordre (ou ce qu'il croit être l'ordre).

Cette conception de "Theodora" est certes différente de celle de Christie, mais j'aurais tendance à penser que les deux lectures sont possibles, avec une préférence personnelle pour celle de McCreesh. McCreesh insiste dans le livret de présentation (coécrit avec la musicologue Ruth Smith, qui a renouvelé l'étude des oratorios anglais de Haendel, en fondant davantage ses travaux sur l'analyse des livrets) sur l'idée que "Theodora" serait avant tout un drame de l'humain et un plaidoyer pour la liberté de pensée en matière de religion. Christie voit sans doute plutôt en "Theodora" un exemplum chrétien, un récit de martyr au sens vraiment spirituel du terme. Il faut à mon avis avoir ces deux visions pour pouvoir ensuite éventuellement se décider.

Neumann fait un parfait troisième choix. Quant au reste, on évitera surtout Martini. Les admirateurs des oratorios de Haendel par Harnoncourt ne se laisseront pas rebuter par mes critiques, et McGegan pourra toujours séduire, pour Lorraine Hunt et Jennifer Lane.


Händel: Theodora
Händel: Theodora
Prix : EUR 41,47

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 "Theodora" de Haendel : discographie comparée, 27 janvier 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Händel: Theodora (CD)
Il existe plusieurs versions CD de la "Theodora" de Haendel, oratorio dramatique souvent considéré, sans qu'il en existe la moindre preuve (si ce n'est l'intensité et la ferveur qu'Haendel a mises dans cette musique), comme le préféré du père de quelques merveilles du genre ("Athalia", "Esther", "Saul" ou encore "Samson" et "Jephtha" pour n'en citer que quelques unes).

Je laisserai de coté les deux versions DVD, celle, pourtant excellente, d'Ivor Bolton, ainsi que Christie I. Il existe par ailleurs une version CD de ce spectacle mis en scène par Sellars, mais pour moi cet enregistrement demeure associé de manière indélébile à sa mise en scène, que je tiens pour un monument de laideur et de prétention. Par ailleurs, la seconde version m’apparaît meilleure tant par sa distribution que par la conception d'ensemble proposée (détaillée plus bas), qui surclasse sans peine la délirante "lecture" de Monsieur Sellars.

On passera rapidement sur les versions les plus faibles de la discographie : Martini chez Naxos n'a, comme d'habitude, rien à offrir si ce n'est des chœurs surgonflés et indigents, et un orchestre aux qualités techniques déplorables, sans structure de base, sans projection du son, sans timbre, sur lequel les chanteurs, pourtant excellents pour certains (ailleurs), font du style (Mertens en Valens soigne son legato et ses vocalises, accompagné comme à la parade par un orchestre champêtre), s'époumonent (Schoch brame son Septimius) ou minaudent (le Didymus sucré de Vitzthum). L'oeuvre part complètement à vau-l'eau, mal dirigée, mal préparée, et surtout confiée à un orchestre et à un chef de quatrième zone.

La direction de McGegan est, comme à son habitude, molle, plate, dénervée, sans imagination, sans arêtes. Malgré la présence de l'admirable (et regrettée) Lorraine Hunt en Theodora, l'Irène engagée et solide techniquement de Jennifer Lane (beau "As with rosys steps the morn", sombre et recueilli), le reste de la distribution déçoit : David Thomas est un Valens par trop martial et donc trop peu nuancé car surjoué. Drew Minter en Didymus est totalement dépourvu de charisme et de stature interprétative, en raison d'une émission instable et faiblarde et d'une voix "extra-small" comme disait à juste titre un autre discographe dans L'Avant-Scène Opéra. Jeffrey Thomas est un Septimius connaissant des défauts de justesse rédhibitoires dans "Descend kind pity" et "From virtue springs". Pour Lorraine Hunt et Jennifer Lane, on peut néanmoins tenter l'aventure, mais à condition de posséder déjà de meilleures versions.

Harnoncourt est lent, maniéré et occasionnellement lourdingue (l'ouverture ! les chœurs des païens !). Le plateau est discutable : l'Irène très extérieure de Jard Van Nees, le Valens très "homme du monde" de Scharinger, sans doute surinterprété, le Septimius de Blochwitz, engorgé, ou encore le Didymus de Jochen Kowalski, à la peine dans les passages techniques. Reste la vivante Theodora d'Alexander, aux aigus néanmoins étriqués et aux graves trop durs.

Neumann est admirable de finesse, de ciselure du détail, d'intelligence du texte, de respiration chorale. Pour ne donner qu'un exemple, sa lecture de "Thither let our hearts aspire" est particulièrement lumineuse. Comme on le sait, ce duo Didymus-Theodora suit immédiatement le "Streams of pleasures" de Didymus, qui doit être (et qui l'est toujours) pris suivant une pulsation relativement lente, pour marquer l'imprégnation de l'appel de l'au-delà (le texte est clair à cet égard). Là ou les chefs reconduisent généralement ce tempo dans le "Thither let our hearts aspire", Neumann marque l'articulation en proposant un tempo plus dansant, pour le faire concorder avec l'appel du divin se faisant plus fort (cet appel du divin, que l'on trouve d'ailleurs sous une autre forme dans la merveilleuse Symphonie de la seconde partie, précisément dans le contre-chant de la flûte). Par ailleurs, le Collegium Cartusianum et le Kolner Kammerchor sont en symbiose.

Hélas, Peter Neumann n'a que rarement bénéficié, pour ses enregistrements des oratorios de Haendel, et ce malgré sa probité, de distributions de premier plan. Si Johannette Zomer est une Theodora plausible, quoiqu'un peu courte dans les aigus, Sytse Buwalda miaule un peu trop et est également en délicatesse avec les notes montantes. Par ailleurs, Knut Schoch, meilleur que chez Martini (ce n'est guère difficile, l'écart entre l'orchestre et le chanteur y est tel que même le meilleur des techniciens - ce qu'il est loin d’être - n'y ferait rien), reste trop fruste, et Tom Sol est un Valens trop monolithique. A la rigueur le First Elder de "Susanna" (qu'il a chanté et enregistré honorablement avec Neumann).

Christie II possède un orchestre (ses Arts Florissants, la première version étant avec l'Orchestra of the Age of Enlightenment) clair, éloquent, éclatant même. L'anglais du chœur n'est pas toujours irréprochable, mais la distribution est exceptionnelle : le Didymus merveilleux de poésie, de douceur, de sensibilité et de clarté de Daniel Taylor, moins incarné et moins chevaleresque que Robin Blaze (McCreesh), mais comme d'emblée habité par son martyre futur. Il forme un couple déjà béatifié avec la Theodora angélique de Sophie Daneman, dont la pureté de la ligne égale le sens de la déclamation. L'Irène de Juliette Galstian est solide et fervente, elle qui n'a pas la foi totalement détachée de Theodora, mais qui constitue par excellence le coryphée des chrétiens. Richard Croft, éclatant de vitalité, habitant le rôle de Septimius de sa présence charnelle, constitue quant à lui la synthèse écartelée entre la pureté de ses amis chrétiens (quels aigus !) et la brutalité de sa mission, que l'inoxydable Valens du fruste mais très cohérent Nathan Berg lui confie. Il semble bien que Christie ait voulu marquer le contraste entre les deux martyrs, les personnages "intermédiaires" (entre deux mondes ou deux niveaux de réalité dans la foi), et la brute galonnée. Rare intelligence et rare cohérence dans le choix de la distribution, mais qui entraîne parfois Christie dans trop de séraphisme, au détriment du drame. Ainsi, le "Thither let", pour revenir sur cet exemple, est pris trop lentement, comme détaché des contingences extérieures. On ne sent pas l'urgence de Neumann ou la réflexion de McCreesh ; seulement une certaine mollesse que l'on relève de temps à autre chez cet haendelien de valeur.

McCreesh enfin est mûri, réfléchi, posé, irréprochable dans l'articulation, dans la différenciation des timbres, dans la préparation de l'orchestre et du chœur (quelles couleurs chez les altos ! Il faut dire aussi que disposer de David Clegg, Lucy Ballard, Richard Wyn-Roberts ou encore Robin Tyson aide). Il mène son affaire avec assurance et fermeté, mais aussi avec élégance et poésie. L'oeuvre scintille de tous ses feux sous sa baguette (tout comme son sublime "Solomon" et son superbe "Saul") ; elle démontre par sa simple existence son admirable composition et sa profonde cohérence. Là ou les lectures médiocres passent superficiellement sur la liaison des scènes, tant sur le plan théâtral que tonal ou encore harmonique, McCreesh tisse patiemment, savamment, sans pédantisme, sans maniérisme, la trame, et rend ainsi justice à "Theodora" mieux que quiconque.

Le plateau est impeccable : la Theodora de Susan Gritton n'est pas aussi détachée que celle de Sophie Daneman. Moins "mystique", sa force réside plus dans sa vertu que dans sa foi. Robin Blaze, alors au meilleur de sa forme (2000) est le plus chevaleresque et le plus incarné des Didymus. Susan Bicklet est une remarquable Irène, agile dans la vocalise ("Bane of virtue"), sans aigreur, sans la moindre petite pointe de "rêche" dans le timbre comme on peut souvent le reprocher aux mezzos. Paul Agnew, dont le timbre très homogène et sans faiblesses demeure un peu vibratile, campe un Septimius humain avant tout. Neal Davies enfin, est admirablement stylé et nuancé ; il suggère en Valens simultanément un froid politicien et un homme de conviction prêt à assassiner au nom de la justice pour maintenir l'ordre (ou ce qu'il croit être l'ordre).

Cette conception de "Theodora" est certes différente de celle de Christie, mais j'aurais tendance à penser que les deux lectures sont possibles, avec une préférence personnelle pour celle de McCreesh. McCreesh insiste dans le livret de présentation (coécrit avec la musicologue Ruth Smith, qui a renouvelé l'étude des oratorios anglais de Haendel, en fondant davantage ses travaux sur l'analyse des livrets) sur l'idée que "Theodora" serait avant tout un drame de l'humain et un plaidoyer pour la liberté de pensée en matière de religion. Christie voit sans doute plutôt en "Theodora" un exemplum chrétien, un récit de martyr au sens vraiment spirituel du terme. Il faut à mon avis avoir ces deux visions pour pouvoir ensuite éventuellement se décider.

Neumann fait un parfait troisième choix. Quant au reste, on évitera surtout Martini. Les admirateurs des oratorios de Haendel par Harnoncourt ne se laisseront pas rebuter par mes critiques, et McGegan pourra toujours séduire, pour Lorraine Hunt et Jennifer Lane.


Haendel:Theodora
Haendel:Theodora
Prix : EUR 16,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 "Theodora" de Haendel : discographie comparée, 27 janvier 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Haendel:Theodora (CD)
Il existe plusieurs versions CD de la "Theodora" de Haendel, oratorio dramatique souvent considéré, sans qu'il en existe la moindre preuve (si ce n'est l'intensité et la ferveur qu'Haendel a mises dans cette musique), comme le préféré du père de quelques merveilles du genre ("Athalia", "Esther", "Saul" ou encore "Samson" et "Jephtha" pour n'en citer que quelques unes).

Je laisserai de coté les deux versions DVD, celle, pourtant excellente, d'Ivor Bolton, ainsi que Christie I. Il existe par ailleurs une version CD de ce spectacle mis en scène par Sellars, mais pour moi cet enregistrement demeure associé de manière indélébile à sa mise en scène, que je tiens pour un monument de laideur et de prétention. Par ailleurs, la seconde version m’apparaît meilleure tant par sa distribution que par la conception d'ensemble proposée (détaillée plus bas), qui surclasse sans peine la délirante "lecture" de Monsieur Sellars.

On passera rapidement sur les versions les plus faibles de la discographie : Martini chez Naxos n'a, comme d'habitude, rien à offrir si ce n'est des chœurs surgonflés et indigents, et un orchestre aux qualités techniques déplorables, sans structure de base, sans projection du son, sans timbre, sur lequel les chanteurs, pourtant excellents pour certains (ailleurs), font du style (Mertens en Valens soigne son legato et ses vocalises, accompagné comme à la parade par un orchestre champêtre), s'époumonent (Schoch brame son Septimius) ou minaudent (le Didymus sucré de Vitzthum). L'oeuvre part complètement à vau-l'eau, mal dirigée, mal préparée, et surtout confiée à un orchestre et à un chef de quatrième zone.

La direction de McGegan est, comme à son habitude, molle, plate, dénervée, sans imagination, sans arêtes. Malgré la présence de l'admirable (et regrettée) Lorraine Hunt en Theodora, l'Irène engagée et solide techniquement de Jennifer Lane (beau "As with rosys steps the morn", sombre et recueilli), le reste de la distribution déçoit : David Thomas est un Valens par trop martial et donc trop peu nuancé car surjoué. Drew Minter en Didymus est totalement dépourvu de charisme et de stature interprétative, en raison d'une émission instable et faiblarde et d'une voix "extra-small" comme disait à juste titre un autre discographe dans L'Avant-Scène Opéra. Jeffrey Thomas est un Septimius connaissant des défauts de justesse rédhibitoires dans "Descend kind pity" et "From virtue springs". Pour Lorraine Hunt et Jennifer Lane, on peut néanmoins tenter l'aventure, mais à condition de posséder déjà de meilleures versions.

Harnoncourt est lent, maniéré et occasionnellement lourdingue (l'ouverture ! les chœurs des païens !). Le plateau est discutable : l'Irène très extérieure de Jard Van Nees, le Valens très "homme du monde" de Scharinger, sans doute surinterprété, le Septimius de Blochwitz, engorgé, ou encore le Didymus de Jochen Kowalski, à la peine dans les passages techniques. Reste la vivante Theodora d'Alexander, aux aigus néanmoins étriqués et aux graves trop durs.

Neumann est admirable de finesse, de ciselure du détail, d'intelligence du texte, de respiration chorale. Pour ne donner qu'un exemple, sa lecture de "Thither let our hearts aspire" est particulièrement lumineuse. Comme on le sait, ce duo Didymus-Theodora suit immédiatement le "Streams of pleasures" de Didymus, qui doit être (et qui l'est toujours) pris suivant une pulsation relativement lente, pour marquer l'imprégnation de l'appel de l'au-delà (le texte est clair à cet égard). Là ou les chefs reconduisent généralement ce tempo dans le "Thither let our hearts aspire", Neumann marque l'articulation en proposant un tempo plus dansant, pour le faire concorder avec l'appel du divin se faisant plus fort (cet appel du divin, que l'on trouve d'ailleurs sous une autre forme dans la merveilleuse Symphonie de la seconde partie, précisément dans le contre-chant de la flûte). Par ailleurs, le Collegium Cartusianum et le Kolner Kammerchor sont en symbiose.

Hélas, Peter Neumann n'a que rarement bénéficié, pour ses enregistrements des oratorios de Haendel, et ce malgré sa probité, de distributions de premier plan. Si Johannette Zomer est une Theodora plausible, quoiqu'un peu courte dans les aigus, Sytse Buwalda miaule un peu trop et est également en délicatesse avec les notes montantes. Par ailleurs, Knut Schoch, meilleur que chez Martini (ce n'est guère difficile, l'écart entre l'orchestre et le chanteur y est tel que même le meilleur des techniciens - ce qu'il est loin d’être - n'y ferait rien), reste trop fruste, et Tom Sol est un Valens trop monolithique. A la rigueur le First Elder de "Susanna" (qu'il a chanté et enregistré honorablement avec Neumann).

Christie II possède un orchestre (ses Arts Florissants, la première version étant avec l'Orchestra of the Age of Enlightenment) clair, éloquent, éclatant même. L'anglais du chœur n'est pas toujours irréprochable, mais la distribution est exceptionnelle : le Didymus merveilleux de poésie, de douceur, de sensibilité et de clarté de Daniel Taylor, moins incarné et moins chevaleresque que Robin Blaze (McCreesh), mais comme d'emblée habité par son martyre futur. Il forme un couple déjà béatifié avec la Theodora angélique de Sophie Daneman, dont la pureté de la ligne égale le sens de la déclamation. L'Irène de Juliette Galstian est solide et fervente, elle qui n'a pas la foi totalement détachée de Theodora, mais qui constitue par excellence le coryphée des chrétiens. Richard Croft, éclatant de vitalité, habitant le rôle de Septimius de sa présence charnelle, constitue quant à lui la synthèse écartelée entre la pureté de ses amis chrétiens (quels aigus !) et la brutalité de sa mission, que l'inoxydable Valens du fruste mais très cohérent Nathan Berg lui confie. Il semble bien que Christie ait voulu marquer le contraste entre les deux martyrs, les personnages "intermédiaires" (entre deux mondes ou deux niveaux de réalité dans la foi), et la brute galonnée. Rare intelligence et rare cohérence dans le choix de la distribution, mais qui entraîne parfois Christie dans trop de séraphisme, au détriment du drame. Ainsi, le "Thither let", pour revenir sur cet exemple, est pris trop lentement, comme détaché des contingences extérieures. On ne sent pas l'urgence de Neumann ou la réflexion de McCreesh ; seulement une certaine mollesse que l'on relève de temps à autre chez cet haendelien de valeur.

McCreesh enfin est mûri, réfléchi, posé, irréprochable dans l'articulation, dans la différenciation des timbres, dans la préparation de l'orchestre et du chœur (quelles couleurs chez les altos ! Il faut dire aussi que disposer de David Clegg, Lucy Ballard, Richard Wyn-Roberts ou encore Robin Tyson aide). Il mène son affaire avec assurance et fermeté, mais aussi avec élégance et poésie. L'oeuvre scintille de tous ses feux sous sa baguette (tout comme son sublime "Solomon" et son superbe "Saul") ; elle démontre par sa simple existence son admirable composition et sa profonde cohérence. Là ou les lectures médiocres passent superficiellement sur la liaison des scènes, tant sur le plan théâtral que tonal ou encore harmonique, McCreesh tisse patiemment, savamment, sans pédantisme, sans maniérisme, la trame, et rend ainsi justice à "Theodora" mieux que quiconque.

Le plateau est impeccable : la Theodora de Susan Gritton n'est pas aussi détachée que celle de Sophie Daneman. Moins "mystique", sa force réside plus dans sa vertu que dans sa foi. Robin Blaze, alors au meilleur de sa forme (2000) est le plus chevaleresque et le plus incarné des Didymus. Susan Bicklet est une remarquable Irène, agile dans la vocalise ("Bane of virtue"), sans aigreur, sans la moindre petite pointe de "rêche" dans le timbre comme on peut souvent le reprocher aux mezzos. Paul Agnew, dont le timbre très homogène et sans faiblesses demeure un peu vibratile, campe un Septimius humain avant tout. Neal Davies enfin, est admirablement stylé et nuancé ; il suggère en Valens simultanément un froid politicien et un homme de conviction prêt à assassiner au nom de la justice pour maintenir l'ordre (ou ce qu'il croit être l'ordre).

Cette conception de "Theodora" est certes différente de celle de Christie, mais j'aurais tendance à penser que les deux lectures sont possibles, avec une préférence personnelle pour celle de McCreesh. McCreesh insiste dans le livret de présentation (coécrit avec la musicologue Ruth Smith, qui a renouvelé l'étude des oratorios anglais de Haendel, en fondant davantage ses travaux sur l'analyse des livrets) sur l'idée que "Theodora" serait avant tout un drame de l'humain et un plaidoyer pour la liberté de pensée en matière de religion. Christie voit sans doute plutôt en "Theodora" un exemplum chrétien, un récit de martyr au sens vraiment spirituel du terme. Il faut à mon avis avoir ces deux visions pour pouvoir ensuite éventuellement se décider.

Neumann fait un parfait troisième choix. Quant au reste, on évitera surtout Martini. Les admirateurs des oratorios de Haendel par Harnoncourt ne se laisseront pas rebuter par mes critiques, et McGegan pourra toujours séduire, pour Lorraine Hunt et Jennifer Lane.


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