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Contenu rédigé par Luis Cajaroy
Classement des meilleurs critiques: 660
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Commentaires écrits par
Luis Cajaroy
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Graupner: Instrumental and Vocal Music, Vol. 1
Graupner: Instrumental and Vocal Music, Vol. 1
Prix : EUR 20,90

5.0 étoiles sur 5 Une heureuse idée !, 26 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Graupner: Instrumental and Vocal Music, Vol. 1 (CD)
Madame Geneviève Soly et son bien nommé Ensemble des Idées heureuses a justement l'excellente idée de nous donner un bel échantillon du talent de Christoph Graupner (1683-1760), contemporain de Bach, Haendel et Telemann éclipsé par ces derniers et assez peu joué aujourd'hui (malgré quelques autres beaux disques : Graupner : Wo gehet Jesus hin. Cantate de la Passion. Beuerle.ou encore BAch: Solo Cantates For Alto, Bass and German Cantatas Before Bach (Scholl/Kooy/Collegium Vocale/Herreweghe) by Andreas Scholl, Peter Kooy, Collegium Vocale, La Chapelle Royale [Music CD])

Un très beau concerto pour basson, avec Matthieu Lussier, chef provisoire des Violons du Roy depuis le retrait pour des raisons médicales de Bernard Labadie, une cantate sacrée très bien construite et très incisive ainsi que des airs de l'opéra "Dido, Königin Von Carthago" (créé en son temps à Hambourg) avec l'excellente soprano Ingrid Schmithüsen, et des œuvres de musique de chambre (comme cette superbe sonate pour clavecin et violon) : voilà le programme de ce petit bijou, très beau disque qui contribue victorieusement à faire un peu mieux connaitre Graupner (qui évidemment le mérite).
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 26, 2014 6:25 PM CET


Haendel - Theodora
Haendel - Theodora

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Non sans raisons malgré tout, 25 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Haendel - Theodora (CD)
"Theodora" est une partition magnifique, sous-estimée, mais c'est l'un des chefs-d'oeuvre de Haendel et ce n'est pas peu dire. Cet oratorio hagiographique fait assurément partie de mes œuvres préférées, sa beauté m'arrache littéralement des larmes de bonheur à chaque écoute.

J'ai souvent tendance à massacrer les enregistrements haendeliens de Nicholas McGegan, et celui-ci ne fait pas, à certains égards, exception à la règle. Ainsi, le continuo, assuré au clavecin par McGegan himself est souvent sec, prosaïque, dénué d'imagination.
L'ensemble peine régulièrement à décoller : pour prendre un exemple parmi d'autres le "To the honours" (air de Septimius, acte II) est mou, dénervé, d'une lenteur désespérante, sans élégance, bref en un mot : plan-plan. Pour en rajouter une couche, précisons que l'orchestration est particulièrement pauvre : on a systématiquement (ou presque) droit à un impavide duo clavecin-violoncelle pour assurer la basse continue (lors des chœurs en particulier).

Malgré cela, il y a ponctuellement de belles lectures, claires et bien menées (ouverture du choeur "Come, mighty father", acte I par exemple, ou encore le sublime air "As with rosy steps the morn", acte I toujours).

En dehors de cela, le U.C Berkeley Chorus a l'acrimonie nécessaire et sait jouer des contrastes dynamiques avec efficacité.

Le plateau est tout de même intéressant : Lorraine Hunt est évidemment une magnifique Theodora, pleine de noblesse et de résignation, Jennifer Lane est une très belle surprise en Irène, timbre cuivré et assuré, technique irréprochable et bien assise, une belle performance (très beau "Bane of virtue"). Malgré quelques petits accrocs (reprise de souffle savonnée dans "Descend kind pity" notamment) et de grosses difficultés techniques dans "From virtue springs" (vocalises difficultueuses, soutien défectueux, legato en berne, problèmes de justesse), Jeffrey Thomas est un Septimius intéressant, bien en place vocalement (beau timbre), peut-etre manquant un peu de caractère, d'autant que le Didymus de Drew Minter est insuffisamment timbré et fait trop jeune premier. Le duo parait donc un peu maigrichon. Enfin, le Valens de David Thomas a certes la noirceur voulue, mais ses graves de gorge et ses modulations parfois étranges ("Go my faithful soldier go", avec une douceur de vocalise assez étonnante) surcaractérisent le gouverneur et en font une sorte de clown exhibant sa cruauté. Thomas manquait probablement de voix et d'imagination lors de cet enregistrement, cela arrive à tous, même aux meilleurs, la preuve.

En résumé, une "Theodora" qui n'est pas honteuse, loin de là, mais qui ne constitue cependant pas une priorité, on l'entendra quand même volontiers, pour Lorraine Hunt, Jennifer Lane voire Jeffrey Thomas.

Retour obligé aux magnifiques et irréprochables versions de McCreesh et de Christie II, dans deux optiques très différentes, l'une axée sur le chant (Christie), l'autre sur la dramaturgie et l'équilibre (McCreesh).

Les amateurs de Nikolaus Harnoncourt dans Haendel aimeront probablement sa "Theodora", pour ma part, je n'apprécie pas ce maniérisme outré et ce contraste permanent des tempi.

Je ne connais pas la version de Peter Neumann, mais ce chef est digne d’intérêt dans tout ce qu'il fait.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 26, 2014 7:17 PM CET


La Flûte Enchantée (Intégral)
La Flûte Enchantée (Intégral)
Prix : EUR 13,53

3.0 étoiles sur 5 "La Flûte enchantée" au disque sur instruments "anciens" : (modeste) tentative de discographie comparée, 21 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Flûte Enchantée (Intégral) (CD)
Dans le cadre de ce commentaire, je m'occuperai donc uniquement des enregistrements CD sur instruments dits anciens.

Je précise que je ne parlerai pas des enfants, ni des hommes d'armes (ou presque), non par manque d’intérêt, mais parce que leurs interprètes respectifs m'ont tous parus honorables et d'un niveau très proche.

On dénombre (du moins à ma connaissance) six versions de "La Flûte" répondant à des caractéristiques d'interprétation "historiquement informée" : Koopman (introuvable aujourd'hui), Norrington, Kuijken, Gardiner, Christie, et la plus récente, celle de René Jacobs.

Ton Koopman a été le premier, dans les années 1980, à enregistrer "La Flûte" sur instruments "anciens" ; il a initié le mouvement de retour à l'effectif d'époque. Malheureusement, son enregistrement n'a pas été repiqué en CD en raison de ses nombreux défauts techniques (prise de son très lointaine et mal réverbérée, bruits parasites ...). Je ne dirai donc rien de sa qualité, d'autant qu'il est introuvable depuis longtemps déjà.

Norrington propose une direction assez rapidement radiographique, qui ne sonde pas vraiment les profondeurs de la partition, et ses London Classical Players sont parfois un peu mous.

Heureusement, le Tamino d'Anthony Rolfe-Johnson est merveilleux de juvénile musicalité. La Pamina de Dawn Upshaw est un peu trop petite fille, la Reine de la Nuit de Beverly Hoch manque de technique : Piotr Kaminski disait fort justement qu'il y avait deux types de Reine de la Nuit : celles qui pouvaient chanter le premier air, et celles qui pouvaient chanter le second. Celles qui peuvent chanter les deux sont bien entendu encore plus rares ... Beverly Hoch peut chanter les deux, mais avec difficulté. Le Sarastro de Cornelius Hauptmann est trop hiératique, le Papageno d'Andreas Schmidt manque de charme mais il assure, le Monostatos de Guy de Mey est un authentique saligaud, un peu surjoué peut-etre, et la diction est difficultueuse dans "Alles fuhlt der Liebe fuhlen" (mais en général, c'est une belle bouillie, alors ...). Bon Orateur d'Olaf Bar, bonnes Dames de la Nuit (Catherine Denley et Nancy Argenta sont parfaites, Eirian James sort parfois désagréablement de la ligne), Papagena quelconque de Catherine Piérard, bonne performance du Schutz Choir London.

Sans etre marquant, cet enregistrement tient son rang, d'autant qu'il est accessible chez Veritas x 2 à un prix déclassé par la concurrence : 3 étoiles sur 5.

On oublie souvent, et avec injustice, que Sigiswald Kuijken est aussi un admirable mozartien, en tant que chef aussi bien qu'en tant que musicien. Sa "Flûte" n'est sans doute pas la meilleure de la discographie, à cause du plateau notamment, mais la direction est belle, souple, poétique, La Petite Bande a évidemment de magnifiques couleurs.

Le Tamino de Christoph Genz a beaucoup de caractère sans etre (Dieu merci) Heldentenor, la Pamina de Suzie LeBlanc est jolie et agréable à entendre, Cornelius Hauptmann est à nouveau Sarastro, avec les mêmes défauts, très médiocre Reine de la Nuit d'Isolde Siebert, qui n'a tout simplement ni les notes aiguës ni les notes graves. Stephan Genz est un Papageno hilarant, très divertissant, belle et amusante Papagena de Marie Kuijken, excellent duo. L'Orateur de Stephan Schreckenberger est également excellent, très noble dans la déclamation. Les Dames de la Nuit sont plus quelconques, le Monostatos de Philippe Defrancq possède une diction épouvantable et une voix manquant de sécurité dans l'aigu, mais le choeur est parfait. 4/5.

Gardiner est, comme toujours, analytique, sobre, précis, probe. Une très belle "Flûte", pleine de vitalité et de dynamisme. Magnifiques Monteverdi Choir et English Baroque Soloists, menés d'une main de maître par Gardiner, qui rend vraiment justice à la cohérence théâtrale de cette partition hyper-connue.

Coté solistes, Michael Schade est un beau Tamino, tendre et ardent, même si son timbre manque d'homogénéité. Très belle Pamina de Christiane Oelze, très intérieure, très émouvante (le "Ach ich fuhls" notamment). La Reine de la Nuit de Cyndia Sieden a les mêmes défauts que la plupart de ses collègues, le Sarastro d'Harry Peeters manque d'assise et ses graves s'en ressentent, le Papageno de Gerald Finley est irrésistible mais sa diction allemande n'est pas idéale. Bonnes Dames de la Nuit, très homogènes, Orateur au legato wagnérien et à la pose hiératique de Detlef Roth, adorable Papagena de la non moins adorable Constanze Backes, Monostatos ignoble (et donc excellent) d'Uwe Pepper. 5 étoiles.

William Christie a profité de la préface à son enregistrement pour pourfendre les critiques outrés qui critiquaient les enregistrements mozartiens "historiquement informés". Selon Christie, la coupure avec la tradition mozartienne épaisse et balourde (Solti, Fricsay ...) était nécessaire. Christie propose donc un chant que Mozart aimait : un chant simple et émouvant, avec un orchestre qui ne joue pas fort. Il n'en est pas besoin, les chanteurs n'ont donc pas à forcer leurs voix, et l'impression aimable qui en ressort est très plaisante, même si elle peut sembler un peu mollassonne parfois.

Quoi qu'il en soit, le choeur et l'orchestre des Arts Florissants sont parfaits dans cette optique. Le Tamino de Blochwitz est magnifique, il possède des aigus sublimes et un legato merveilleux. La Pamina de Rosa Mannion est belle, mais aussi et surtout décidée, pleine de vie et de caractère, sans trop en faire. Natalie Dessay n'aime pas chanter la Reine de la Nuit, mais elle le fait parfaitement, sans trembler. Anton Scharinger est un Papageno irrésistible, mais il fait passer l'aspect vocal un peu au second plan et semble donc un peu trop fruste (un comble pour Papageno !)
Orateur insignifiant de Willard White, Monostatos ampoulé de Steven Cole (ce qui n'est pas inintéressant), excellentes Dames, excellents Homme en armes (avec Laurent Naouri en guest-star). 5/5.

René Jacobs enfin, qui a donné de géniales "Noces de Figaro" au disque. J'aime aussi beaucoup son "Don Giovanni" et son "Cosi fan tutte", mais je trouve qu'ici il cède à des défauts que l'on trouve surtout dans son "Idomeneo" : son gout pour le contraste permanent des tempi donne du relief, mais le legato orchestral en est pollué, et l'ensemble donne une impression de taille de haie à coups de serpe, cela rappelle Harnoncourt, et ne me plait que très moyennement.

La distribution n'est pas idéale, la Reine de la Nuit d'Anna-Kristianna Kaappola est l'une des pires du disque : intonations imprécises, aigus étiques, diction relâchée ... heureusement, le Tamino de Daniel Behle est de classe, et la Pamina de Marlis Petersen aussi. Daniel Schmutzhard fait le boulot en Papageno, sans relief particulier. Sunhae Im est une Papagena insignifiante au possible (voix très peu timbrée, délicate et délicieusement fade), Marcos Fink est le meilleur Sarastro que je connaisse : intonations précises et modulées savamment, timbre chaud et puissant sans etre épais, diction parfaite, déclamation noble et majestueuse, un Sarastro qui justifie à lui seul l'achat de cette version.
Kurt Azesberger est un bon Monostatos, suffisamment pervers mais aussi malheureux pour attirer une certaine sympathie. Les Dames sont plutôt médiocres (bien peu effrayantes dans le "Papageno du bist verloren", elle ressemblent plus à de quelconques mégères). L'Orateur de Konstantin Wolff est enfin bien cuivré, mais la voix manque un peu de maturité. A suivre cependant. 3 étoiles donc.

Résumons-nous : en premier lieu, dans deux optiques différentes, Gardiner et Christie, vient ensuite Kuijken, puis Jacobs et Norrington.

A discuter évidemment, suivant les préférences de chacun ...


Mozart : Die Zauberflöte (La flûte enchantée)
Mozart : Die Zauberflöte (La flûte enchantée)
Prix : EUR 16,20

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 "La Flûte enchantée" au disque sur instruments "anciens" : (modeste) tentative de discographie comparée, 21 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mozart : Die Zauberflöte (La flûte enchantée) (CD)
Dans le cadre de ce commentaire, je m'occuperai donc uniquement des enregistrements CD sur instruments dits anciens.

Je précise que je ne parlerai pas des enfants, ni des hommes d'armes (ou presque), non par manque d’intérêt, mais parce que leurs interprètes respectifs m'ont tous parus honorables et d'un niveau très proche.

On dénombre (du moins à ma connaissance) six versions de "La Flûte" répondant à des caractéristiques d'interprétation "historiquement informée" : Koopman (introuvable aujourd'hui), Norrington, Kuijken, Gardiner, Christie, et la plus récente, celle de René Jacobs.

Ton Koopman a été le premier, dans les années 1980, à enregistrer "La Flûte" sur instruments "anciens" ; il a initié le mouvement de retour à l'effectif d'époque. Malheureusement, son enregistrement n'a pas été repiqué en CD en raison de ses nombreux défauts techniques (prise de son très lointaine et mal réverbérée, bruits parasites ...). Je ne dirai donc rien de sa qualité, d'autant qu'il est introuvable depuis longtemps déjà.

Norrington propose une direction assez rapidement radiographique, qui ne sonde pas vraiment les profondeurs de la partition, et ses London Classical Players sont parfois un peu mous.

Heureusement, le Tamino d'Anthony Rolfe-Johnson est merveilleux de juvénile musicalité. La Pamina de Dawn Upshaw est un peu trop petite fille, la Reine de la Nuit de Beverly Hoch manque de technique : Piotr Kaminski disait fort justement qu'il y avait deux types de Reine de la Nuit : celles qui pouvaient chanter le premier air, et celles qui pouvaient chanter le second. Celles qui peuvent chanter les deux sont bien entendu encore plus rares ... Beverly Hoch peut chanter les deux, mais avec difficulté. Le Sarastro de Cornelius Hauptmann est trop hiératique, le Papageno d'Andreas Schmidt manque de charme mais il assure, le Monostatos de Guy de Mey est un authentique saligaud, un peu surjoué peut-etre, et la diction est difficultueuse dans "Alles fuhlt der Liebe fuhlen" (mais en général, c'est une belle bouillie, alors ...). Bon Orateur d'Olaf Bar, bonnes Dames de la Nuit (Catherine Denley et Nancy Argenta sont parfaites, Eirian James sort parfois désagréablement de la ligne), Papagena quelconque de Catherine Piérard, bonne performance du Schutz Choir London.

Sans etre marquant, cet enregistrement tient son rang, d'autant qu'il est accessible chez Veritas x 2 à un prix déclassé par la concurrence : 3 étoiles sur 5.

On oublie souvent, et avec injustice, que Sigiswald Kuijken est aussi un admirable mozartien, en tant que chef aussi bien qu'en tant que musicien. Sa "Flûte" n'est sans doute pas la meilleure de la discographie, à cause du plateau notamment, mais la direction est belle, souple, poétique, La Petite Bande a évidemment de magnifiques couleurs.

Le Tamino de Christoph Genz a beaucoup de caractère sans etre (Dieu merci) Heldentenor, la Pamina de Suzie LeBlanc est jolie et agréable à entendre, Cornelius Hauptmann est à nouveau Sarastro, avec les mêmes défauts, très médiocre Reine de la Nuit d'Isolde Siebert, qui n'a tout simplement ni les notes aiguës ni les notes graves. Stephan Genz est un Papageno hilarant, très divertissant, belle et amusante Papagena de Marie Kuijken, excellent duo. L'Orateur de Stephan Schreckenberger est également excellent, très noble dans la déclamation. Les Dames de la Nuit sont plus quelconques, le Monostatos de Philippe Defrancq possède une diction épouvantable et une voix manquant de sécurité dans l'aigu, mais le choeur est parfait. 4/5.

Gardiner est, comme toujours, analytique, sobre, précis, probe. Une très belle "Flûte", pleine de vitalité et de dynamisme. Magnifiques Monteverdi Choir et English Baroque Soloists, menés d'une main de maître par Gardiner, qui rend vraiment justice à la cohérence théâtrale de cette partition hyper-connue.

Coté solistes, Michael Schade est un beau Tamino, tendre et ardent, même si son timbre manque d'homogénéité. Très belle Pamina de Christiane Oelze, très intérieure, très émouvante (le "Ach ich fuhls" notamment). La Reine de la Nuit de Cyndia Sieden a les mêmes défauts que la plupart de ses collègues, le Sarastro d'Harry Peeters manque d'assise et ses graves s'en ressentent, le Papageno de Gerald Finley est irrésistible mais sa diction allemande n'est pas idéale. Bonnes Dames de la Nuit, très homogènes, Orateur au legato wagnérien et à la pose hiératique de Detlef Roth, adorable Papagena de la non moins adorable Constanze Backes, Monostatos ignoble (et donc excellent) d'Uwe Pepper. 5 étoiles.

William Christie a profité de la préface à son enregistrement pour pourfendre les critiques outrés qui critiquaient les enregistrements mozartiens "historiquement informés". Selon Christie, la coupure avec la tradition mozartienne épaisse et balourde (Solti, Fricsay ...) était nécessaire. Christie propose donc un chant que Mozart aimait : un chant simple et émouvant, avec un orchestre qui ne joue pas fort. Il n'en est pas besoin, les chanteurs n'ont donc pas à forcer leurs voix, et l'impression aimable qui en ressort est très plaisante, même si elle peut sembler un peu mollassonne parfois.

Quoi qu'il en soit, le choeur et l'orchestre des Arts Florissants sont parfaits dans cette optique. Le Tamino de Blochwitz est magnifique, il possède des aigus sublimes et un legato merveilleux. La Pamina de Rosa Mannion est belle, mais aussi et surtout décidée, pleine de vie et de caractère, sans trop en faire. Natalie Dessay n'aime pas chanter la Reine de la Nuit, mais elle le fait parfaitement, sans trembler. Anton Scharinger est un Papageno irrésistible, mais il fait passer l'aspect vocal un peu au second plan et semble donc un peu trop fruste (un comble pour Papageno !)
Orateur insignifiant de Willard White, Monostatos ampoulé de Steven Cole (ce qui n'est pas inintéressant), excellentes Dames, excellents Homme en armes (avec Laurent Naouri en guest-star). 5/5.

René Jacobs enfin, qui a donné de géniales "Noces de Figaro" au disque. J'aime aussi beaucoup son "Don Giovanni" et son "Cosi fan tutte", mais je trouve qu'ici il cède à des défauts que l'on trouve surtout dans son "Idomeneo" : son gout pour le contraste permanent des tempi donne du relief, mais le legato orchestral en est pollué, et l'ensemble donne une impression de taille de haie à coups de serpe, cela rappelle Harnoncourt, et ne me plait que très moyennement.

La distribution n'est pas idéale, la Reine de la Nuit d'Anna-Kristianna Kaappola est l'une des pires du disque : intonations imprécises, aigus étiques, diction relâchée ... heureusement, le Tamino de Daniel Behle est de classe, et la Pamina de Marlis Petersen aussi. Daniel Schmutzhard fait le boulot en Papageno, sans relief particulier. Sunhae Im est une Papagena insignifiante au possible (voix très peu timbrée, délicate et délicieusement fade), Marcos Fink est le meilleur Sarastro que je connaisse : intonations précises et modulées savamment, timbre chaud et puissant sans etre épais, diction parfaite, déclamation noble et majestueuse, un Sarastro qui justifie à lui seul l'achat de cette version.
Kurt Azesberger est un bon Monostatos, suffisamment pervers mais aussi malheureux pour attirer une certaine sympathie. Les Dames sont plutôt médiocres (bien peu effrayantes dans le "Papageno du bist verloren", elle ressemblent plus à de quelconques mégères). L'Orateur de Konstantin Wolff est enfin bien cuivré, mais la voix manque un peu de maturité. A suivre cependant. 3 étoiles donc.

Résumons-nous : en premier lieu, dans deux optiques différentes, Gardiner et Christie, vient ensuite Kuijken, puis Jacobs et Norrington.

A discuter évidemment, suivant les préférences de chacun ...


Mozart : Die Zauberflöte (La flûte enchantée)
Mozart : Die Zauberflöte (La flûte enchantée)
Prix : EUR 44,67

3.0 étoiles sur 5 "La Flûte enchantée" au disque sur instruments "anciens" : (modeste) tentative de discographie comparée, 21 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mozart : Die Zauberflöte (La flûte enchantée) (CD)
Dans le cadre de ce commentaire, je m'occuperai donc uniquement des enregistrements CD sur instruments dits anciens.

Je précise que je ne parlerai pas des enfants, ni des hommes d'armes (ou presque), non par manque d’intérêt, mais parce que leurs interprètes respectifs m'ont tous parus honorables et d'un niveau très proche.

On dénombre (du moins à ma connaissance) six versions de "La Flûte" répondant à des caractéristiques d'interprétation "historiquement informée" : Koopman (introuvable aujourd'hui), Norrington, Kuijken, Gardiner, Christie, et la plus récente, celle de René Jacobs.

Ton Koopman a été le premier, dans les années 1980, à enregistrer "La Flûte" sur instruments "anciens" ; il a initié le mouvement de retour à l'effectif d'époque. Malheureusement, son enregistrement n'a pas été repiqué en CD en raison de ses nombreux défauts techniques (prise de son très lointaine et mal réverbérée, bruits parasites ...). Je ne dirai donc rien de sa qualité, d'autant qu'il est introuvable depuis longtemps déjà.

Norrington propose une direction assez rapidement radiographique, qui ne sonde pas vraiment les profondeurs de la partition, et ses London Classical Players sont parfois un peu mous.

Heureusement, le Tamino d'Anthony Rolfe-Johnson est merveilleux de juvénile musicalité. La Pamina de Dawn Upshaw est un peu trop petite fille, la Reine de la Nuit de Beverly Hoch manque de technique : Piotr Kaminski disait fort justement qu'il y avait deux types de Reine de la Nuit : celles qui pouvaient chanter le premier air, et celles qui pouvaient chanter le second. Celles qui peuvent chanter les deux sont bien entendu encore plus rares ... Beverly Hoch peut chanter les deux, mais avec difficulté. Le Sarastro de Cornelius Hauptmann est trop hiératique, le Papageno d'Andreas Schmidt manque de charme mais il assure, le Monostatos de Guy de Mey est un authentique saligaud, un peu surjoué peut-etre, et la diction est difficultueuse dans "Alles fuhlt der Liebe fuhlen" (mais en général, c'est une belle bouillie, alors ...). Bon Orateur d'Olaf Bar, bonnes Dames de la Nuit (Catherine Denley et Nancy Argenta sont parfaites, Eirian James sort parfois désagréablement de la ligne), Papagena quelconque de Catherine Piérard, bonne performance du Schutz Choir London.

Sans etre marquant, cet enregistrement tient son rang, d'autant qu'il est accessible chez Veritas x 2 à un prix déclassé par la concurrence : 3 étoiles sur 5.

On oublie souvent, et avec injustice, que Sigiswald Kuijken est aussi un admirable mozartien, en tant que chef aussi bien qu'en tant que musicien. Sa "Flûte" n'est sans doute pas la meilleure de la discographie, à cause du plateau notamment, mais la direction est belle, souple, poétique, La Petite Bande a évidemment de magnifiques couleurs.

Le Tamino de Christoph Genz a beaucoup de caractère sans etre (Dieu merci) Heldentenor, la Pamina de Suzie LeBlanc est jolie et agréable à entendre, Cornelius Hauptmann est à nouveau Sarastro, avec les mêmes défauts, très médiocre Reine de la Nuit d'Isolde Siebert, qui n'a tout simplement ni les notes aiguës ni les notes graves. Stephan Genz est un Papageno hilarant, très divertissant, belle et amusante Papagena de Marie Kuijken, excellent duo. L'Orateur de Stephan Schreckenberger est également excellent, très noble dans la déclamation. Les Dames de la Nuit sont plus quelconques, le Monostatos de Philippe Defrancq possède une diction épouvantable et une voix manquant de sécurité dans l'aigu, mais le choeur est parfait. 4/5.

Gardiner est, comme toujours, analytique, sobre, précis, probe. Une très belle "Flûte", pleine de vitalité et de dynamisme. Magnifiques Monteverdi Choir et English Baroque Soloists, menés d'une main de maître par Gardiner, qui rend vraiment justice à la cohérence théâtrale de cette partition hyper-connue.

Coté solistes, Michael Schade est un beau Tamino, tendre et ardent, même si son timbre manque d'homogénéité. Très belle Pamina de Christiane Oelze, très intérieure, très émouvante (le "Ach ich fuhls" notamment). La Reine de la Nuit de Cyndia Sieden a les mêmes défauts que la plupart de ses collègues, le Sarastro d'Harry Peeters manque d'assise et ses graves s'en ressentent, le Papageno de Gerald Finley est irrésistible mais sa diction allemande n'est pas idéale. Bonnes Dames de la Nuit, très homogènes, Orateur au legato wagnérien et à la pose hiératique de Detlef Roth, adorable Papagena de la non moins adorable Constanze Backes, Monostatos ignoble (et donc excellent) d'Uwe Pepper. 5 étoiles.

William Christie a profité de la préface à son enregistrement pour pourfendre les critiques outrés qui critiquaient les enregistrements mozartiens "historiquement informés". Selon Christie, la coupure avec la tradition mozartienne épaisse et balourde (Solti, Fricsay ...) était nécessaire. Christie propose donc un chant que Mozart aimait : un chant simple et émouvant, avec un orchestre qui ne joue pas fort. Il n'en est pas besoin, les chanteurs n'ont donc pas à forcer leurs voix, et l'impression aimable qui en ressort est très plaisante, même si elle peut sembler un peu mollassonne parfois.

Quoi qu'il en soit, le choeur et l'orchestre des Arts Florissants sont parfaits dans cette optique. Le Tamino de Blochwitz est magnifique, il possède des aigus sublimes et un legato merveilleux. La Pamina de Rosa Mannion est belle, mais aussi et surtout décidée, pleine de vie et de caractère, sans trop en faire. Natalie Dessay n'aime pas chanter la Reine de la Nuit, mais elle le fait parfaitement, sans trembler. Anton Scharinger est un Papageno irrésistible, mais il fait passer l'aspect vocal un peu au second plan et semble donc un peu trop fruste (un comble pour Papageno !)
Orateur insignifiant de Willard White, Monostatos ampoulé de Steven Cole (ce qui n'est pas inintéressant), excellentes Dames, excellents Homme en armes (avec Laurent Naouri en guest-star). 5/5.

René Jacobs enfin, qui a donné de géniales "Noces de Figaro" au disque. J'aime aussi beaucoup son "Don Giovanni" et son "Cosi fan tutte", mais je trouve qu'ici il cède à des défauts que l'on trouve surtout dans son "Idomeneo" : son gout pour le contraste permanent des tempi donne du relief, mais le legato orchestral en est pollué, et l'ensemble donne une impression de taille de haie à coups de serpe, cela rappelle Harnoncourt, et ne me plait que très moyennement.

La distribution n'est pas idéale, la Reine de la Nuit d'Anna-Kristianna Kaappola est l'une des pires du disque : intonations imprécises, aigus étiques, diction relâchée ... heureusement, le Tamino de Daniel Behle est de classe, et la Pamina de Marlis Petersen aussi. Daniel Schmutzhard fait le boulot en Papageno, sans relief particulier. Sunhae Im est une Papagena insignifiante au possible (voix très peu timbrée, délicate et délicieusement fade), Marcos Fink est le meilleur Sarastro que je connaisse : intonations précises et modulées savamment, timbre chaud et puissant sans etre épais, diction parfaite, déclamation noble et majestueuse, un Sarastro qui justifie à lui seul l'achat de cette version.
Kurt Azesberger est un bon Monostatos, suffisamment pervers mais aussi malheureux pour attirer une certaine sympathie. Les Dames sont plutôt médiocres (bien peu effrayantes dans le "Papageno du bist verloren", elle ressemblent plus à de quelconques mégères). L'Orateur de Konstantin Wolff est enfin bien cuivré, mais la voix manque un peu de maturité. A suivre cependant. 3 étoiles donc.

Résumons-nous : en premier lieu, dans deux optiques différentes, Gardiner et Christie, vient ensuite Kuijken, puis Jacobs et Norrington.

A discuter évidemment, suivant les préférences de chacun ...


La Flûte Enchantée
La Flûte Enchantée
Prix : EUR 23,02

4.0 étoiles sur 5 "La Flûte enchantée" au disque sur instruments "anciens" : (modeste) tentative de discographie comparée, 21 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Flûte Enchantée (CD)
Dans le cadre de ce commentaire, je m'occuperai donc uniquement des enregistrements CD sur instruments dits anciens.

Je précise que je ne parlerai pas des enfants, ni des hommes d'armes (ou presque), non par manque d’intérêt, mais parce que leurs interprètes respectifs m'ont tous parus honorables et d'un niveau très proche.

On dénombre (du moins à ma connaissance) six versions de "La Flûte" répondant à des caractéristiques d'interprétation "historiquement informée" : Koopman (introuvable aujourd'hui), Norrington, Kuijken, Gardiner, Christie, et la plus récente, celle de René Jacobs.

Ton Koopman a été le premier, dans les années 1980, à enregistrer "La Flûte" sur instruments "anciens" ; il a initié le mouvement de retour à l'effectif d'époque. Malheureusement, son enregistrement n'a pas été repiqué en CD en raison de ses nombreux défauts techniques (prise de son très lointaine et mal réverbérée, bruits parasites ...). Je ne dirai donc rien de sa qualité, d'autant qu'il est introuvable depuis longtemps déjà.

Norrington propose une direction assez rapidement radiographique, qui ne sonde pas vraiment les profondeurs de la partition, et ses London Classical Players sont parfois un peu mous.

Heureusement, le Tamino d'Anthony Rolfe-Johnson est merveilleux de juvénile musicalité. La Pamina de Dawn Upshaw est un peu trop petite fille, la Reine de la Nuit de Beverly Hoch manque de technique : Piotr Kaminski disait fort justement qu'il y avait deux types de Reine de la Nuit : celles qui pouvaient chanter le premier air, et celles qui pouvaient chanter le second. Celles qui peuvent chanter les deux sont bien entendu encore plus rares ... Beverly Hoch peut chanter les deux, mais avec difficulté. Le Sarastro de Cornelius Hauptmann est trop hiératique, le Papageno d'Andreas Schmidt manque de charme mais il assure, le Monostatos de Guy de Mey est un authentique saligaud, un peu surjoué peut-etre, et la diction est difficultueuse dans "Alles fuhlt der Liebe fuhlen" (mais en général, c'est une belle bouillie, alors ...). Bon Orateur d'Olaf Bar, bonnes Dames de la Nuit (Catherine Denley et Nancy Argenta sont parfaites, Eirian James sort parfois désagréablement de la ligne), Papagena quelconque de Catherine Piérard, bonne performance du Schutz Choir London.

Sans etre marquant, cet enregistrement tient son rang, d'autant qu'il est accessible chez Veritas x 2 à un prix déclassé par la concurrence : 3 étoiles sur 5.

On oublie souvent, et avec injustice, que Sigiswald Kuijken est aussi un admirable mozartien, en tant que chef aussi bien qu'en tant que musicien. Sa "Flûte" n'est sans doute pas la meilleure de la discographie, à cause du plateau notamment, mais la direction est belle, souple, poétique, La Petite Bande a évidemment de magnifiques couleurs.

Le Tamino de Christoph Genz a beaucoup de caractère sans etre (Dieu merci) Heldentenor, la Pamina de Suzie LeBlanc est jolie et agréable à entendre, Cornelius Hauptmann est à nouveau Sarastro, avec les mêmes défauts, très médiocre Reine de la Nuit d'Isolde Siebert, qui n'a tout simplement ni les notes aiguës ni les notes graves. Stephan Genz est un Papageno hilarant, très divertissant, belle et amusante Papagena de Marie Kuijken, excellent duo. L'Orateur de Stephan Schreckenberger est également excellent, très noble dans la déclamation. Les Dames de la Nuit sont plus quelconques, le Monostatos de Philippe Defrancq possède une diction épouvantable et une voix manquant de sécurité dans l'aigu, mais le choeur est parfait. 4/5.

Gardiner est, comme toujours, analytique, sobre, précis, probe. Une très belle "Flûte", pleine de vitalité et de dynamisme. Magnifiques Monteverdi Choir et English Baroque Soloists, menés d'une main de maître par Gardiner, qui rend vraiment justice à la cohérence théâtrale de cette partition hyper-connue.

Coté solistes, Michael Schade est un beau Tamino, tendre et ardent, même si son timbre manque d'homogénéité. Très belle Pamina de Christiane Oelze, très intérieure, très émouvante (le "Ach ich fuhls" notamment). La Reine de la Nuit de Cyndia Sieden a les mêmes défauts que la plupart de ses collègues, le Sarastro d'Harry Peeters manque d'assise et ses graves s'en ressentent, le Papageno de Gerald Finley est irrésistible mais sa diction allemande n'est pas idéale. Bonnes Dames de la Nuit, très homogènes, Orateur au legato wagnérien et à la pose hiératique de Detlef Roth, adorable Papagena de la non moins adorable Constanze Backes, Monostatos ignoble (et donc excellent) d'Uwe Pepper. 5 étoiles.

William Christie a profité de la préface à son enregistrement pour pourfendre les critiques outrés qui critiquaient les enregistrements mozartiens "historiquement informés". Selon Christie, la coupure avec la tradition mozartienne épaisse et balourde (Solti, Fricsay ...) était nécessaire. Christie propose donc un chant que Mozart aimait : un chant simple et émouvant, avec un orchestre qui ne joue pas fort. Il n'en est pas besoin, les chanteurs n'ont donc pas à forcer leurs voix, et l'impression aimable qui en ressort est très plaisante, même si elle peut sembler un peu mollassonne parfois.

Quoi qu'il en soit, le choeur et l'orchestre des Arts Florissants sont parfaits dans cette optique. Le Tamino de Blochwitz est magnifique, il possède des aigus sublimes et un legato merveilleux. La Pamina de Rosa Mannion est belle, mais aussi et surtout décidée, pleine de vie et de caractère, sans trop en faire. Natalie Dessay n'aime pas chanter la Reine de la Nuit, mais elle le fait parfaitement, sans trembler. Anton Scharinger est un Papageno irrésistible, mais il fait passer l'aspect vocal un peu au second plan et semble donc un peu trop fruste (un comble pour Papageno !)
Orateur insignifiant de Willard White, Monostatos ampoulé de Steven Cole (ce qui n'est pas inintéressant), excellentes Dames, excellents Homme en armes (avec Laurent Naouri en guest-star). 5/5.

René Jacobs enfin, qui a donné de géniales "Noces de Figaro" au disque. J'aime aussi beaucoup son "Don Giovanni" et son "Cosi fan tutte", mais je trouve qu'ici il cède à des défauts que l'on trouve surtout dans son "Idomeneo" : son gout pour le contraste permanent des tempi donne du relief, mais le legato orchestral en est pollué, et l'ensemble donne une impression de taille de haie à coups de serpe, cela rappelle Harnoncourt, et ne me plait que très moyennement.

La distribution n'est pas idéale, la Reine de la Nuit d'Anna-Kristianna Kaappola est l'une des pires du disque : intonations imprécises, aigus étiques, diction relâchée ... heureusement, le Tamino de Daniel Behle est de classe, et la Pamina de Marlis Petersen aussi. Daniel Schmutzhard fait le boulot en Papageno, sans relief particulier. Sunhae Im est une Papagena insignifiante au possible (voix très peu timbrée, délicate et délicieusement fade), Marcos Fink est le meilleur Sarastro que je connaisse : intonations précises et modulées savamment, timbre chaud et puissant sans etre épais, diction parfaite, déclamation noble et majestueuse, un Sarastro qui justifie à lui seul l'achat de cette version.
Kurt Azesberger est un bon Monostatos, suffisamment pervers mais aussi malheureux pour attirer une certaine sympathie. Les Dames sont plutôt médiocres (bien peu effrayantes dans le "Papageno du bist verloren", elle ressemblent plus à de quelconques mégères). L'Orateur de Konstantin Wolff est enfin bien cuivré, mais la voix manque un peu de maturité. A suivre cependant. 3 étoiles donc.

Résumons-nous : en premier lieu, dans deux optiques différentes, Gardiner et Christie, vient ensuite Kuijken, puis Jacobs et Norrington.

A discuter évidemment, suivant les préférences de chacun ...


Mozart : Die Zauberflöte (La flûte enchantée)
Mozart : Die Zauberflöte (La flûte enchantée)
Prix : EUR 33,90

5.0 étoiles sur 5 "La Flûte enchantée" au disque sur instruments "anciens" : (modeste) tentative de discographie comparée, 21 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mozart : Die Zauberflöte (La flûte enchantée) (CD)
Dans le cadre de ce commentaire, je m'occuperai donc uniquement des enregistrements CD sur instruments dits anciens.

Je précise que je ne parlerai pas des enfants, ni des hommes d'armes (ou presque), non par manque d’intérêt, mais parce que leurs interprètes respectifs m'ont tous parus honorables et d'un niveau très proche.

On dénombre (du moins à ma connaissance) six versions de "La Flûte" répondant à des caractéristiques d'interprétation "historiquement informée" : Koopman (introuvable aujourd'hui), Norrington, Kuijken, Gardiner, Christie, et la plus récente, celle de René Jacobs.

Ton Koopman a été le premier, dans les années 1980, à enregistrer "La Flûte" sur instruments "anciens" ; il a initié le mouvement de retour à l'effectif d'époque. Malheureusement, son enregistrement n'a pas été repiqué en CD en raison de ses nombreux défauts techniques (prise de son très lointaine et mal réverbérée, bruits parasites ...). Je ne dirai donc rien de sa qualité, d'autant qu'il est introuvable depuis longtemps déjà.

Norrington propose une direction assez rapidement radiographique, qui ne sonde pas vraiment les profondeurs de la partition, et ses London Classical Players sont parfois un peu mous.

Heureusement, le Tamino d'Anthony Rolfe-Johnson est merveilleux de juvénile musicalité. La Pamina de Dawn Upshaw est un peu trop petite fille, la Reine de la Nuit de Beverly Hoch manque de technique : Piotr Kaminski disait fort justement qu'il y avait deux types de Reine de la Nuit : celles qui pouvaient chanter le premier air, et celles qui pouvaient chanter le second. Celles qui peuvent chanter les deux sont bien entendu encore plus rares ... Beverly Hoch peut chanter les deux, mais avec difficulté. Le Sarastro de Cornelius Hauptmann est trop hiératique, le Papageno d'Andreas Schmidt manque de charme mais il assure, le Monostatos de Guy de Mey est un authentique saligaud, un peu surjoué peut-etre, et la diction est difficultueuse dans "Alles fuhlt der Liebe fuhlen" (mais en général, c'est une belle bouillie, alors ...). Bon Orateur d'Olaf Bar, bonnes Dames de la Nuit (Catherine Denley et Nancy Argenta sont parfaites, Eirian James sort parfois désagréablement de la ligne), Papagena quelconque de Catherine Piérard, bonne performance du Schutz Choir London.

Sans etre marquant, cet enregistrement tient son rang, d'autant qu'il est accessible chez Veritas x 2 à un prix déclassé par la concurrence : 3 étoiles sur 5.

On oublie souvent, et avec injustice, que Sigiswald Kuijken est aussi un admirable mozartien, en tant que chef aussi bien qu'en tant que musicien. Sa "Flûte" n'est sans doute pas la meilleure de la discographie, à cause du plateau notamment, mais la direction est belle, souple, poétique, La Petite Bande a évidemment de magnifiques couleurs.

Le Tamino de Christoph Genz a beaucoup de caractère sans etre (Dieu merci) Heldentenor, la Pamina de Suzie LeBlanc est jolie et agréable à entendre, Cornelius Hauptmann est à nouveau Sarastro, avec les mêmes défauts, très médiocre Reine de la Nuit d'Isolde Siebert, qui n'a tout simplement ni les notes aiguës ni les notes graves. Stephan Genz est un Papageno hilarant, très divertissant, belle et amusante Papagena de Marie Kuijken, excellent duo. L'Orateur de Stephan Schreckenberger est également excellent, très noble dans la déclamation. Les Dames de la Nuit sont plus quelconques, le Monostatos de Philippe Defrancq possède une diction épouvantable et une voix manquant de sécurité dans l'aigu, mais le choeur est parfait. 4/5.

Gardiner est, comme toujours, analytique, sobre, précis, probe. Une très belle "Flûte", pleine de vitalité et de dynamisme. Magnifiques Monteverdi Choir et English Baroque Soloists, menés d'une main de maître par Gardiner, qui rend vraiment justice à la cohérence théâtrale de cette partition hyper-connue.

Coté solistes, Michael Schade est un beau Tamino, tendre et ardent, même si son timbre manque d'homogénéité. Très belle Pamina de Christiane Oelze, très intérieure, très émouvante (le "Ach ich fuhls" notamment). La Reine de la Nuit de Cyndia Sieden a les mêmes défauts que la plupart de ses collègues, le Sarastro d'Harry Peeters manque d'assise et ses graves s'en ressentent, le Papageno de Gerald Finley est irrésistible mais sa diction allemande n'est pas idéale. Bonnes Dames de la Nuit, très homogènes, Orateur au legato wagnérien et à la pose hiératique de Detlef Roth, adorable Papagena de la non moins adorable Constanze Backes, Monostatos ignoble (et donc excellent) d'Uwe Pepper. 5 étoiles.

William Christie a profité de la préface à son enregistrement pour pourfendre les critiques outrés qui critiquaient les enregistrements mozartiens "historiquement informés". Selon Christie, la coupure avec la tradition mozartienne épaisse et balourde (Solti, Fricsay ...) était nécessaire. Christie propose donc un chant que Mozart aimait : un chant simple et émouvant, avec un orchestre qui ne joue pas fort. Il n'en est pas besoin, les chanteurs n'ont donc pas à forcer leurs voix, et l'impression aimable qui en ressort est très plaisante, même si elle peut sembler un peu mollassonne parfois.

Quoi qu'il en soit, le choeur et l'orchestre des Arts Florissants sont parfaits dans cette optique. Le Tamino de Blochwitz est magnifique, il possède des aigus sublimes et un legato merveilleux. La Pamina de Rosa Mannion est belle, mais aussi et surtout décidée, pleine de vie et de caractère, sans trop en faire. Natalie Dessay n'aime pas chanter la Reine de la Nuit, mais elle le fait parfaitement, sans trembler. Anton Scharinger est un Papageno irrésistible, mais il fait passer l'aspect vocal un peu au second plan et semble donc un peu trop fruste (un comble pour Papageno !)
Orateur insignifiant de Willard White, Monostatos ampoulé de Steven Cole (ce qui n'est pas inintéressant), excellentes Dames, excellents Homme en armes (avec Laurent Naouri en guest-star). 5/5.

René Jacobs enfin, qui a donné de géniales "Noces de Figaro" au disque. J'aime aussi beaucoup son "Don Giovanni" et son "Cosi fan tutte", mais je trouve qu'ici il cède à des défauts que l'on trouve surtout dans son "Idomeneo" : son gout pour le contraste permanent des tempi donne du relief, mais le legato orchestral en est pollué, et l'ensemble donne une impression de taille de haie à coups de serpe, cela rappelle Harnoncourt, et ne me plait que très moyennement.

La distribution n'est pas idéale, la Reine de la Nuit d'Anna-Kristianna Kaappola est l'une des pires du disque : intonations imprécises, aigus étiques, diction relâchée ... heureusement, le Tamino de Daniel Behle est de classe, et la Pamina de Marlis Petersen aussi. Daniel Schmutzhard fait le boulot en Papageno, sans relief particulier. Sunhae Im est une Papagena insignifiante au possible (voix très peu timbrée, délicate et délicieusement fade), Marcos Fink est le meilleur Sarastro que je connaisse : intonations précises et modulées savamment, timbre chaud et puissant sans etre épais, diction parfaite, déclamation noble et majestueuse, un Sarastro qui justifie à lui seul l'achat de cette version.
Kurt Azesberger est un bon Monostatos, suffisamment pervers mais aussi malheureux pour attirer une certaine sympathie. Les Dames sont plutôt médiocres (bien peu effrayantes dans le "Papageno du bist verloren", elle ressemblent plus à de quelconques mégères). L'Orateur de Konstantin Wolff est enfin bien cuivré, mais la voix manque un peu de maturité. A suivre cependant. 3 étoiles donc.

Résumons-nous : en premier lieu, dans deux optiques différentes, Gardiner et Christie, vient ensuite Kuijken, puis Jacobs et Norrington.

A discuter évidemment, suivant les préférences de chacun ...


Léonore
Léonore
Proposé par sellerfellafr
Prix : EUR 25,99

5.0 étoiles sur 5 Et si c'était "Fidelio" ..., 21 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Léonore (CD)
... qui était raté ? Et si "Leonore", toute première version de cet opéra donné très souvent chaque saison, que Beethoven fut forcé de revoir plusieurs fois pour l'adapter aux exigences du public, était la "vraie" version définitive du seul opéra de Beethoven ? Telle est la thèse de Gardiner, qui ressuscite pour nous la partition de la première, avec l'immense talent qui le caractérise : dès l'ouverture le ton est donné et ne faiblira pas ; nous sommes dans un véritable drame.

On a pu remarquer que "Fidelio" était trop disjoint d'un point de vue dramatique, ce n'est pas le cas de "Leonore", Sir John Eliot Gardiner et ses troupes (toutes superlatives : Monteverdi Choir parfait, Orchestre Révolutionnaire et Romantique idéal, solistes impeccables) nous le démontre : ce qui caractérise cette partition, c'est l'alternance, une alternance superbement restituée à travers des articulations et une science optimale du discours beethovenien.

Réussite exceptionnelle tout simplement.


Haendel:le Messie
Haendel:le Messie
Prix : EUR 18,99

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Énième version du "Messie" ..., 18 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Haendel:le Messie (CD)
J'ai assisté à une représentation de la tournée qui a servi de prélude à l'enregistrement de cette énième version du "Messie" (alors que d'autres très beaux oratorios, comme "Judas Maccabeus", "Alexander Balus" ou encore "Samson" sont sous ou mal-représentés ...), et j'ai entendu ce CD ; mon impression n'a pas changé :

La direction est dans l'ensemble souple et fluide, il y a de très belles lectures (air de soprano "I know that my Redeemer lives", la courte symphonie pastorale ...) mais aussi des "absences" qui rendent certaines attaques hésitantes (encore plus évident en live naturellement).

Le Concert d'Astrée est composé d'excellents instrumentistes qui ne sacrifient jamais la clarté à la puissance.

Le choeur est constitué uniquement par des chanteurs anglais, il est très homogène et précis, avec de belles couleurs chez les alto (en particulier David Clegg, également membre du Gabrieli Consort de Paul McCreesh).

En revanche, cet enregistrement peut sembler trop lisse, en raison des qualités évoquées ci-dessus, qui éclipsent fréquemment la ligne générale (qui est la joie sous-tendue, la joie qui triomphe des épreuves).

Certains disent des versions Hogwood et Gardiner qu'elles sont raides comme un coup de trique, mais ils oublient que la grande réussite de ces deux interprétations est d'avoir restitué les couleurs de la partition dans une optique très consciente de l'oeuvre, nullement gratuite (le luxe d'Haim est a contrario un peu bâti sur du sable).

De plus, les solistes ne sont pas tous au niveau. En effet, si Lucy Crowe est la parfaite soprano anglais ; pure, claire dans la diction et la déclamation, sobre et très intérieure, Tim Mead possède un timbre pointu et vert et un instrument négligeant dans le grave (malgré de belles intonations dans "He was despised") et limité dans l'aigu, il couvre également son défaut d'assise et de projection par des modulations souvent outrées et surabondantes qui ne trompent personne sur ses difficultés techniques.

Enfin, Andrew Staples est très peu professionnel, son engagement est plus que limite, ses intonations sont bâclées ou formatées, et il manque d'aigus, et Christopher Purves est un balourd beuglant, son timbre est uniformément gris et rocailleux comme du granit, nulle séduction dans ce discours monolithique et solide comme un bloc de béton : tout cela sonne plus creux que jamais dans "The trumpet shall sound" (écoutez David Thomas avec Hogwood et vous verrez ...)

Naturellement, découvrir "Le Messie" avec cette interprétation n'est pas rédhibitoire, mais je me permets de rappeler que nombre d'enregistrements (que je donne dans mon ordre de préférence) sont supérieurs à celui-ci, en particulier d'un point de vue vocal :

Christie, Hogwood, Koopman (5 étoiles pour ces trois versions), Pinnock, Gardiner (4 étoiles), éventuellement McCreesh (3 étoiles, mais certains sont très séduits par cette interprétation), Jacobs (pour les amateurs ...), Suzuki (3 étoiles, d'autres apprécieront davantage la ferveur du chef japonais), Higginbottom ...

Eviter Harnoncourt I et II, Minkowski, Malgoire, McGegan et Parrott.

A un prix déclassé par la concurrence, Christophers ou Cleobury peuvent faire l'affaire en choix de repli.

Pour plus de précisions, voir ma discographie comparative : Haendel - Messiah (Le Messie) / Schlick · Piau · Scholl · Padmore · Berg · Les Arts Florissants · Christie

Répétons qu'il est dommageable de voir Emmanuelle Haim (qui a par ailleurs donné une très belle "Resurrezione") s'investir dans une oeuvre aussi courue et rabâchée alors que nombre de belles et méconnues partitions attendent désespérément que de jeunes chefs leur redonnent un second souffle ...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 23, 2014 10:44 PM CET


Symphony N° 9 In C Major, D944 "The Great"
Symphony N° 9 In C Major, D944 "The Great"

3.0 étoiles sur 5 Un peu trop wagnérien ..., 18 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Symphony N° 9 In C Major, D944 "The Great" (CD)
L'approche de Carlos Paita est en effet excessivement démonstrative : sautés de legato, forte trop appuyés, le legato schubertien en souffre, malgré un beau cor dans le premier mouvement et une splendide clarinette dans le second.

Les couleurs du Royal Philharmonic Orchestra sont par ailleurs acceptables, mais on se tournera plus volontiers vers la magnifique version de John Eliot Gardiner et des Wiener Philharmoniker.

En second choix, Gunter Wand tient très bien la route, éviter Harnoncourt (taillé à coups de serpe), Rattle (parfaitement quelconque) et Minkowski sur instruments d'époque (brutalité et lourdeur des phrasés).

Je recommanderai éventuellement Karl Bohm en troisième choix, Bernstein me parait un peu trop personnel, Solti est éléphantesque, Jochum un peu épais, je ne connais pas suffisamment les autres versions disponibles pour formuler un avis.


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