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Contenu rédigé par Thibault Marconnet
Classement des meilleurs critiques: 543
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Commentaires écrits par
Thibault Marconnet (France)
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Haikus
Haikus
Prix : EUR 11,99

5.0 étoiles sur 5 Pascal Bouaziz, portrait d'un caméléon en chanteur, 29 juin 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Haikus (CD)
Pascal Bouaziz n'en finira pas de nous étonner. Après le corrosif et misanthropique album l/lll - Bruit Noir de sa nouvelle formation Bruit Noir, paru en 2015 ' un régal d'humour noir et d'autodérision ', le fondateur de Mendelson nous revient avec des 'haïkus' bien personnels. Ici, pas de sensation d'oppression ou d'étouffement, comme ce pouvait être le cas pour le long morceau de presque 55 minutes intitulé Les heures ; et qui occupe à lui tout seul le deuxième disque du Triple Album de Mendelson paru en 2013. Avec 'Haïkus', Bouaziz respire plus amplement et prend son temps pour nous accompagner dans son univers poétique.

Il a voulu tomber le masque et se présenter à nous en toute simplicité, « honnêtement » comme il le dit lui-même lors d'un entretien accordé à France Culture le 17 juin 2016, pour l'émission 'Poésie et ainsi de suite'. Et plutôt que de nous parler comme il sait si bien le faire, avec cette voix caressante et feutrée même lorsqu'elle énonce des horreurs, Pascal Bouaziz a décidé de chanter. D'ailleurs, « chanter est façon d'être nu » ainsi que le suggère Jean-Louis Murat dans les paroles de 'Chanter est ma façon d'errer'. Au cours de cet entretien radiophonique, Bouaziz explicite ce besoin de se 'découvrir' : « Dans les hétéronymes ou dans les pseudonymes, il y a des manières d'être beaucoup plus libre, de dire les choses beaucoup plus crûment et beaucoup plus fortement ; on a recours au pseudonyme pendant longtemps pour s'aider à advenir à soi-même, à être soi-même. Et, au bout d'un moment le pseudonyme tombe de lui-même, comme si le masque qui nous aidait à être sur scène devenait trop collant sur la peau et qu'on avait envie de l'arracher pour pouvoir respirer plus librement. » « Take the blue mask down from my face and look me in the eye », dixit Lou Reed. Au moins, une chose est sûre et certaine, Pascal Bouaziz ne fera jamais d'album avec Metallica (petit clin d'œil au morceau Joy division, qui figure dans l'opus de Bruit Noir).

En quelques touches, Bouaziz nous offre à voir des paysages intimes issus du quotidien. Son écriture s'est adoucie : elle semble à présent effleurer les choses et les êtres, les caresser même. Et bien que parfois il « embrasse une joue qu'il préférerait arracher », il nous reste au moins le « miracle de la vie civilisée » pour éviter de s'entre-dévorer les uns les autres. De lycanthrope, Bouaziz ne s'est pas fait doux agneau pour autant. Çà et là son ironie affleure, comme le sourire d'un homme fatigué qui a malgré tout « encore envie de vivre. » Et ça, c'est une très bonne nouvelle !
Bruit Noir dressait le constat d'un dégoût viscéral du monde tel qu'il va, le tout contrebalancé fort heureusement par un humour irrésistible, et ça faisait sacrément du bien. Avec 'Haïkus', les barres HLM sont tombées pour laisser la place à un monde où, même « avec la peur ancienne, nouvelle et éternelle » collée au ventre, il est possible de « rester dans la lumière » ; ce qui est peut-être même indispensable.
Et Bouaziz de se laisser presque aller à « croire en l'être humain ». Autant dire que nous sommes bien loin de l'univers sombre et terrible de la chanson Le sens commun, qui figure sur Personne Ne Le Fera Pour Nous.
La couverture de l'album 'Haïkus' semble évoquer une espèce de gros bloc de bitume, que l'on imaginerait volontiers lancé à toute volée dans la vitrine d'une réalité amère et dégueulasse. À moins qu'il ne représente la réalité elle-même. En ce cas, il suffit parfois d'apposer par-dessus un tampon rond et doré pour adoucir un peu la violence de notre monde.

Dans la suite de l'entretien donné sur France Culture, Pascal Bouaziz évoque le parlé-chanté :

« Le parlé-chanté, ça vient du fait qu'on ne peut pas chanter n'importe quoi sans être ridicule. Il y a des chansons qui doivent être parlées-chantées, et donc éloigner le lyrisme, l'enthousiasme qui est forcément impliqué par le chant ; même la volonté de faire joli qui est une très belle préoccupation. Et il y a certains textes qui ne peuvent pas s'embarrasser de cette préoccupation parce que ce serait malhonnête. Le chant, ça peut être malhonnête. Il faut faire attention avec le chant. Je cite souvent cet exemple de Brel : dans une chanson que j'aime beaucoup, qui s'appelle 'Ces gens-là', il y a tout le début où il fait la description d'une famille et il ne peut pas la chanter cette description, il la dit. Et c'est seulement à la fin, quand il rêve de sa vie future, imaginaire et impossible avec son amour Frida, que, là, il se laisse aller au chant dans une sorte d'espérance lyrique. Pour la description très noire et très crue de cette famille catastrophique ' la famille de Frida ', il ne peut pas le faire et c'est tant mieux qu'il ne le fasse pas. On ne peut pas tout chanter. Et là, en l'occurrence (concernant l'album 'Haïkus'), c'est des chansons qui pouvaient être chantées, donc ça me faisait très plaisir de pouvoir me laisser aller à chanter des choses. Le chant est un plaisir très sensuel, c'est presque impudique d'en parler. »

Il y a des choses qui sont faites pour être chuchotées, et ce sont « les plus belles ». Peut-être aussi « les plus simples », si l'on en croit Gabriel Yacoub (Les choses les plus simples). Après le bruit vient le chuchotement des choses. Et le silence qui suit est d'or, bien entendu.

Pascal Bouaziz, « Haïkus », Ici D'ailleurs, 2016.

© Thibault Marconnet
le 29 juin 2016


Une jeunesse allemande
Une jeunesse allemande
DVD ~ Jean-Gabriel Périot
Prix : EUR 16,99

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 L'enfer est pavé de bonnes intentions, 21 mars 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Une jeunesse allemande (DVD)
Sorti dans les salles françaises le 14 octobre 2015, Une jeunesse allemande est un film percutant : documentaire sans commentaire autre que celui des images d'époque (ce qui est très honorable : les commentaires rétrospectifs ne faisant bien souvent que dire au spectateur ce qu'il “doit” penser) et retraçant le parcours complexe d'une jeunesse allemande déboussolée qui, à l'aube des années 60, voudrait bien en finir avec le lourd héritage nazi de “Papa” mais qui est incapable de sortir de cet “esprit de corps” où le groupe doit toujours primer sur l'individu, et les abstractions sur les réalités concrètes (l'écrivain allemand Sebastian Haffner avait d'ailleurs admirablement mis en lumière, dans son livre Histoire d'un Allemand : Souvenirs 1914-1933, ce caractère “anti-individuel” de l'État allemand).
Une jeunesse allemande nous fait suivre, entre autres, le trajet de la journaliste Ulrike Meinhof, de ses débuts engagés et profondément humains pour la cause ouvrière au sein de la revue “Konkret” et le lent glissement de terrain qui la conduira à se radicaliser en rejoignant la Fraction armée rouge (la bande à Baader). Ou comment des enfants de bourgeois, tiraillés par leur honte de n'être pas du peuple, se croient investis d'un messianisme pour le moins sanguinaire consistant à faire péter des bombes et à tuer « tous les porcs qui portent un uniforme » et qui sont donc, selon eux, indignes de vivre ; tout cela au nom des classes opprimées pour lesquelles ils prétendent combattre (alors qu'ils s'en foutent royalement). Et puis, franchement, c'est tellement “chic” d'admirer de loin la sinistre révolution culturelle chinoise quand on vit bien à l'abri au sein d'un état somme toute démocratique.
Face à l'endoctrinement qui conduit au meurtre, il importe de toujours garder à l'esprit les mots de l'humaniste Sébastien Castellion (1515-1563) à propos du fanatisme de Calvin : « Tuer un homme ce n'est pas défendre une doctrine, c'est tuer un homme. Quand les Genevois ont fait périr Servet, ils ne défendaient pas une doctrine, ils tuaient un être humain : on ne prouve pas sa foi en brûlant un homme mais en se faisant brûler pour elle. »
À noter dans les bonus, le court-métrage '“musical”' intitulé '“The Devil'”, signé en 2012 de Jean-Gabriel Périot, qui, par un montage percutant, nous plonge dans des images d'archives montrant la ségrégation américaine à l'égard des Noirs : la police qui tabasse sans états d'âme hommes et femmes noirs et le combat du Black Panther Party manifestant pour leurs droits à la dignité d'êtres humains. « You must be able to get the gut to say : 'We are black, our noses are broad, our lips are thick, our hair is nappy. And we are beautiful !' » ( « Vous devez avoir le cran de dire : 'Nous sommes noirs, notre nez est épaté, nos lèvres sont épaisses, nos cheveux sont crépus. Et nous sommes beaux !' »). Cette phrase de Stokely Carmichael devrait résonner haut et fort à l'heure où l'on voit une partie non négligeable de la police américaine continuer d'humilier, de cogner et de tuer des Afro-Américains au seul motif que ceux-ci n'ont pas la chance d'être de bons gros WASP gorgés de bière et de donuts. '“Speak white'” comme le disait la poétesse québécoise Michèle Lalonde en une époque pas si lointaine...

© Thibault Marconnet
le 27 octobre 2015


Anthologie poétique (1992-2005) : Edition bilingue
Anthologie poétique (1992-2005) : Edition bilingue
par Mahmoud Darwich
Edition : Poche
Prix : EUR 8,70

5.0 étoiles sur 5 Corps du poète, 14 décembre 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Anthologie poétique (1992-2005) : Edition bilingue (Poche)
La poésie de Mahmoud Darwich regorge de sensualité et de tendresse humaine. Et cette merveilleuse anthologie, composée de poèmes s'étalant de 1992 à 2005, en porte le vibrant témoignage. Au cœur d'un siècle troublé et d'une existence soumise à des déracinements successifs, le poète palestinien a chanté l'exil et ses douleurs, la bêtise des guerres et cette eau-de-vie qu'est l'amour pour les femmes : mères, sœurs, amantes ; chacune avec la beauté et la plénitude de son mystère propre. La véritable patrie de Darwich fut la poésie, et 'les fleurs d'amandier les paroles de son hymne national'. Sa poésie est une pluie de roses et d'étoiles, un chant de l'âme pour couvrir le bruit meurtrier des balles.

© Thibault Marconnet
le 14 décembre 2015


Arbres extraordinaires
Arbres extraordinaires
par Lewis Blackwell
Edition : Belle reliure
Prix : EUR 29,90

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Les grands veilleurs de la forêt, 14 décembre 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Arbres extraordinaires (Belle reliure)
Les arbres sont les grands veilleurs de la forêt, les témoins tranquilles de la vie qui se moque du temps calculateur des hommes.
Nids pour les oiseaux, garde-manger pour écureuils et autres animaux des bois, ils sont des figures protectrices, tutélaires : les chevaliers immobiles de l'éternelle féerie de la Nature.
Les feuillus, à travers le cycle recommencé des saisons, nous enseignent que la mort de même que la vie ne sont, au fond, que des apparences, les manifestations d'un mystère insondable et plus clos que la bogue d'une châtaigne. Qui se pique d'y comprendre quoi que ce soit ne fait que se frotter d'autant plus au silence impénétrable.
Nous autres humains, devrions apprendre davantage de ces géants qui sont comme les piliers ou les totems sylvestres de la merveilleuse Voie lactée.
Points d'exclamations verts de la Beauté du monde, tels sont les Arbres extraordinaires.
Le papier de chaque livre, ne l'oublions pas, est testament du bois.

© Thibault Marconnet
le 14 décembre 2015
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 21, 2016 3:04 PM MEST


Une Jeunesse Allemande
Une Jeunesse Allemande
Proposé par zoreno-france
Prix : EUR 18,19

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 L'enfer est pavé de bonnes intentions, 14 novembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Une Jeunesse Allemande (DVD)
Sorti dans les salles françaises le 14 octobre 2015, Une Jeunesse Allemande est un film percutant : documentaire sans commentaire autre que celui des images d'époque (ce qui est très honorable : les commentaires rétrospectifs ne faisant bien souvent que dire au spectateur ce qu'il 'doit' penser) et retraçant le parcours complexe d'une jeunesse allemande déboussolée qui, à l'aube des années 60, voudrait bien en finir avec le lourd héritage nazi de 'Papa' mais qui est incapable de sortir de cet 'esprit de corps' où le groupe doit toujours primer sur l'individu, et les abstractions sur les réalités concrètes (l'écrivain allemand Sebastian Haffner avait d'ailleurs admirablement mis en lumière, dans son livre Histoire d'un Allemand : Souvenirs 1914-1933, ce caractère 'anti-individuel' de l'État allemand).
Une Jeunesse Allemande nous fait suivre, entre autres, le trajet de la journaliste Ulrike Meinhof, de ses débuts engagés et profondément humains pour la cause ouvrière dans la revue 'Konkret' et le lent glissement de terrain qui la conduira à se radicaliser en rejoignant la Fraction armée rouge (la bande à Baader). Ou comment des enfants de bourgeois, tiraillés par leur honte de n'être pas du peuple, se croient investis d'un messianisme pour le moins sanguinaire consistant à faire péter des bombes et à tuer « tous les porcs qui portent un uniforme » et qui sont donc, selon eux, indignes de vivre ; tout cela au nom des classes opprimées pour lesquelles ils prétendent combattre (alors qu'ils s'en foutent royalement). Et puis, franchement, c'est tellement 'chic' d'admirer de loin la sinistre révolution culturelle chinoise quand on vit bien à l'abri au sein d'un état somme toute démocratique.
Face à l'endoctrinement qui conduit au meurtre, il importe de toujours garder à l'esprit les mots de l'humaniste Sébastien Castellion (1515-1563) à propos du fanatisme de Calvin : « Tuer un homme ce n'est pas défendre une doctrine, c'est tuer un homme. Quand les Genevois ont fait périr Servet, ils ne défendaient pas une doctrine, ils tuaient un être humain : on ne prouve pas sa foi en brûlant un homme mais en se faisant brûler pour elle. »

© Thibault Marconnet
le 27 octobre 2015


La poussière du monde
La poussière du monde
par Jacques Lacarrière
Edition : Poche
Prix : EUR 5,60

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Voir le visage des femmes baigné de larmes..., 14 novembre 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La poussière du monde (Poche)
Depuis Gengis Khan, le cœur de l'homme n'a pas changé, sa soif de massacre et de sang non plus. Seules la tactique et les armes diffèrent. Dans son admirable livre La poussière du monde, Jacques Lacarrière nous raconte l'histoire du derviche et poète turc soufi Yunus Emré, homme de foi qui, dans sa quête spirituelle et son aventure humaine, parcourait les steppes d'Anatolie de monastères en caravansérails à l'époque (XIIIe siècle) où les terribles hordes du Grand Khan massacraient sans vergogne les peuples qu'elles asservissaient, coupant des têtes à tour de bras. Comme l'auteur de L'été grec nous le rappelle grâce à un témoignage de Gengis Khan “saisi à la source des lèvres et du cœur”, le véritable but des conquérants, leur seul appétit n'est au fond que de “voir le visage des femmes baigné de larmes”. De nos jours, les semeurs de discorde et de terreur n'ont pas d'autre visée. Ils tuent et sèment la mort pour leur seul bon plaisir. Nul Dieu dans cette affaire, nulle religion. « Viva la muerte ! » comme le hurlaient déjà en leur temps les membres de la Phalange espagnole. « Vive la mort ! » : c'est bien le seul cri de ralliement de ceux qui aiment faire couler le sang, hier comme aujourd'hui.

« [...] Gengis Khan savait pourquoi il entreprenait ces folles équipées qui lui valurent de constituer de son vivant, lui, le nomade, fils de nomade, le plus grand empire existant, non pour la seule gloire, les butins, les pillages et tout l'or du monde mais pour une raison plus profonde, qu'aucun conquérant avant lui ni même après lui n'osa jamais avouer, une raison inavouable en effet, révélée par un dialogue qu'il eut un jour avec Bo'ortchu, le plus vieux compagnon de son enfance nomade, à qui il avait demandé : “Quel est à ton avis le plus grand plaisir que puisse éprouver un homme ?” À quoi Bo'ortchu répondit : “C'est d'aller à la chasse un jour de printemps, monté sur un beau cheval, tenant au poing un épervier et un faucon et de les voir s'abattre sur la proie. - Non, dit Gengis Khan, pour moi la plus grande jouissance, c'est de vaincre ses ennemis, de les chasser devant soi, de leur ravir ce qu'ils possèdent, de voir les femmes qui leur sont chères le visage baigné de larmes, de monter leurs chevaux, de presser dans ses bras leurs filles et leurs épouses.” Voir le visage des femmes baigné de larmes ! Voici enfin l'aveu d'un conquérant, saisi à la source des lèvres et du cœur, un aveu dont aucun historien, spécialiste ou savant ne tiendra jamais compte car il est si étranger à tout ce qu'on pense être la cause des batailles et les buts des conquérants qu'il paraît incongru et même tout à fait incroyable. » (p. 68)

Aux pages 72 et 73 du même ouvrage, un merveilleux poème de Yunus Emré, traduit par Guzine Dino. La poésie, source de création originelle, est peut-être la seule arme spirituelle à opposer à tous les semeurs de mort.

« Nous avons plongé dans l'Essence
et fait le tour du corps humain
Trouvé le cours de l'univers
tout entier dans le corps humain

Et tous ces cieux qui tourbillonnent
et tous ces lieux sous cette terre
Les soixante-dix mille voiles
dans le corps humain découverts

Les sept ciels, les monts et les mers
et les sept niveaux telluriques
L'envol ou la chute aux enfers
tout cela dans le corps humain

Et la nuit ainsi que le jour
et les sept étoiles du ciel
Les tables de l'initiation
sont aussi dans le corps humain

Et le Sinaï de Moïse
et la pierre et la Kaaba
L'Archange sonnant la trompette
sont aussi dans le corps humain

Ce que dit Yunus est exact
et confirmés furent ses dires
Là où va ton désir est Dieu :
tout entier dans le corps humain. »

Et cet autre passage merveilleux à la page 79 et 80 :

« Sablier liquide, clepsydres des pensées et des prières, l'eau du bassin qu'Haci Bektas avait fait creuser à proximité du mûrier s'écoulait comme une source discrète récitant le bréviaire des heures. À l'ombre de cet arbre, Yunus aime écouter ces bruits qui sans cesse recommencent et sans cesse se renouvellent selon une progression savante : écoulement, ruissellement, roucoulement. Il éprouve le sentiment d'être en un lieu paradisiaque mais qui serait ici l'œuvre de l'homme. Et il pense aussitôt, avec appréhension, que le sens et l'essence du paradis ne consistent pas à y demeurer ni à s'y endormir en une trompeuse félicité mais à savoir le quitter avant qu'on vous en chasse ! Ne pas recommencer la Chute, en quelque sorte ! Car le vrai paradis n'est ni derrière nous (comme voudraient nous le faire croire les traditions ésotériques et la plupart des religions) ni devant nous (comme voudraient aussi nous le faire croire les utopies de tous les siècles, marxistes ou non). Le paradis est en nous seuls et à l'inverse de l'autre, celui de tous les catéchismes, il s'agit justement non d'en sortir mais d'y entrer. L'enfer aussi est en nous-mêmes. De toute évidence, le Grand Horticulteur a mêlé en nos cœurs, quand il conçut ses fleurs édéniques, la rose et l'aconit, le jasmin et la belladone. »

© Thibault Marconnet
le 14 novembre 2015


Massoud l'Afghan
Massoud l'Afghan
DVD ~ Ponfilly Christophe De

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Cassandre assassinée, 14 novembre 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Massoud l'Afghan (DVD)
Malgré toutes les tentatives de Christophe de Ponfilly pour alerter l'Occident quant au rôle capital de Massoud sur le plan mondial, Cassandre n'a pas été écoutée une fois de plus. Massoud luttait pour la liberté de son peuple, pour un islam de paix, pour favoriser l'éducation, le vote des femmes, etc. Depuis la mort de ce dernier, le fanatisme n'a cessé de croître et de développer ses métastases cancéreuses un peu partout sur la surface du globe. En homme lucide, Massoud avait bien compris qu'avec la mondialisation, c'est le monde entier qui aurait à subir l'attaque de fous furieux dont le seul but est de détruire toute dignité humaine. L'Occident est resté sourd à cet appel et il en paye aujourd'hui le prix.
Christophe de Ponfilly s'est donné la mort en 2006 mais ses films demeurent un témoignage essentiel sur le merveilleux peuple afghan, insoumis et rieur même dans les moments les plus durs. Que Massoud et Christophe de Ponfilly reposent en paix : ils l'ont bien mérité après s'être tant battus, l'un par les armes, l'autre à l'aide de sa caméra. Voilà des hommes qui méritent tout notre respect. (Les films qui sont rassemblés dans ce coffret 2 DVD témoignent tous de l'indéfectible amitié du réalisateur à l'égard de Massoud et du peuple afghan.)

© Thibault Marconnet
le 13 novembre 2015


Le Soleil est aveugle
Le Soleil est aveugle
par Curzio Malaparte
Edition : Poche
Prix : EUR 5,40

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 La neige est sale, 18 août 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Soleil est aveugle (Poche)
La découverte de Malaparte a été pour moi une révélation : il y aura désormais un avant et un après. L'écriture hautement poétique - 'baroque' selon certains -, de l'écrivain toscan me transporte et me bouleverse. Il a des métaphores saisissantes que je n'ai lues chez aucun autre auteur. Le Soleil est aveugle est un petit livre dense et hallucinatoire, dans lequel Malaparte fait éclater la langue comme des obus fracasseraient la glace des hauts sommets aux teintes vertes. L'écrivain italien nous relate ici un épisode de la 'drôle de guerre' dont il fut le témoin bien plus que l'acteur, relégué à l'arrière des combats en tant que correspondant de guerre : ce douloureux épisode a pour nom la 'bataille des Alpes', qui vit l'armée italienne attaquer la France et cela malgré la profonde et étroite amitié qui unissait les Alpins à leurs voisins Français. Cet homme qui, dès l'âge de 16 ans, était allé volontairement s'engager pour combattre auprès de la France lors de la guerre de 14-18 ne peut qu'être écœuré par une telle trahison qui mutile tout ce qu'il y a de plus noble dans la belle complicité qui lie deux peuples l'un à l'autre. De même que dans La peau, Malaparte montre à quel point la victoire est parfois plus sale et déshonorante que la défaite, sale comme la neige souillée par le sang répandu. Voilà un ouvrage qui n'est pas sans rappeler le flamboyant et terrible Malraux du récit Les noyers de l'Altenburg.
Je suis ressorti de cette lecture comme d'une fièvre, l'esprit déboussolé par la bourrasque du verbe malapartien. Mais assez glosé, laissons désormais la parole à Malaparte lui-même :

« - Ce qui corrompt les hommes, ce qui les rend méchants, lâches, égoïstes, c'est la conscience de la mort. Les bêtes n'ont que l'instinct de conservation, peut-être un pressentiment lointain. Mais elles n'ont pas la conscience de la mort. Elles savent qu'elles 'peuvent' mourir mais non qu'elles 'doivent' mourir.
- Si elles apprenaient un jour qu'elles doivent mourir, dit Zanelli en penchant en avant son visage de braque, tu ne crois pas que les bêtes se révolteraient contre les hommes ?
Le Capitaine saisit Zanelli par un bras, le regarde avec une espèce de triomphe dans les yeux :
- Elles nous accuseraient de l'avoir inventée, la mort. Oui, nous. Est-ce que ce n'est pas nous peut-être qui l'avons inventée, la mort ? et il se met à rire, regardant fixement Zanelli avec une lueur de triomphe dans les yeux. » (in Le Soleil est aveugle, p. 128)

© Thibault Marconnet
le 18 août 2015
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Oct 25, 2015 9:11 PM CET


La peau
La peau
par Curzio Malaparte
Edition : Poche
Prix : EUR 9,20

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le don des larmes, 2 juillet 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La peau (Poche)
“La Peau” de Curzio Malaparte est une lecture bouleversante dont on ne ressort pas indemne. L'histoire se déroule pendant le débarquement des forces alliées sur le sol de l'Italie en 1943. Malaparte ne nous épargne rien de ce qui fait la beauté et la laideur tragiques de l'humaine condition. Narrateur et auteur sont incarnés en une seule et même personne : Curzio Malaparte, lequel s'était engagé auprès des Américains pour combattre la Wehrmacht et les 'Chemises noires' de Mussolini afin de libérer l'Italie du joug fasciste.
Il assiste alors, impuissant, à l'effondrement du peuple italien atteint par 'la Peste' des vaincus : perdant toute dignité face aux vainqueurs ceux-ci n'hésitent pas à leur prostituer femmes, filles et même jusqu'aux enfants... Car les Italiens, au lieu de sauver leur âme, ne pensent qu'à sauver leur 'peau', d'où le titre du livre. Malaparte nous montre également à quel point les Américains débarqués en Italie font preuve, pour la plupart, d'une inculture crasse et traitent à tout propos les Italiens de 'dirty, bastard people !', se croyant en cela infiniment supérieurs aux hommes de la vieille Europe. Durant ses nombreuses discussions avec des officiers américains, Malaparte tentera de rehausser l'image de son peuple - en vain. Il aura même, je crois, une formule assez fracassante, disant à des officiers (je cite de mémoire et si quelque lecteur retrouve le passage je lui en saurais gré) : « Vous les Américains, vous êtes un peuple bon et noble car vous êtes heureux. Mais vous ne serez pas un grand peuple tant que vous ne saurez pas pleurer. »
'La Peau' est un livre qui m'a brûlé les paupières : le sel des larmes, comme un ressac, s'est emparé de mon âme et de mes yeux à maintes reprises.
Voici un passage du livre :

« Vous ne pouvez pas imaginer de quoi est capable un homme, de quels héroismes, de quelles infamies il est capable, pour sauver sa peau. Cette sale peau. (Ce disant, je saisis avec deux doigts la peau du dos de ma main, et la tiraillai en tous sens.) Jadis on endurait la faim, la torture, les souffrances les plus terribles, on tuait et on mourait, on souffrait et on faisait souffrir, pour sauver l'âme, pour sauver son âme et celle des autres. On était capable de toutes les grandeurs et de toutes les infamies, pour sauver son âme. Aujourd'hui on souffre et on fait souffrir, on tue et on meurt, on fait des choses merveilleuses et des choses terribles, non pour sauver son âme, mais pour sauver sa peau. On croit lutter et souffrir pour son âme, mais en réalité on lutte et on souffre pour sa peau, rien que pour sa peau. Tout le reste ne compte pas. C'est pour une bien pauvre chose qu'on devient un héros, aujourd'hui ! Pour ça, pour une sale chose. La peau humaine est bien laide ! » Curzio Malaparte (in 'La Peau', p. 171)

© Thibault Marconnet
le 02 juillet 2015
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 18, 2015 5:24 PM MEST


Los Pasos Dobles - Edición Coleccionista [Import espagnol]
Los Pasos Dobles - Edición Coleccionista [Import espagnol]
DVD ~ Miquel Barceló
Prix : EUR 20,95

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 François Augiéras est un autre, 1 mai 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Los Pasos Dobles - Edición Coleccionista [Import espagnol] (DVD)
“Los Pasos Dobles” est le récit cinématographique d'une quête tout entière tournée vers le désir de la beauté et du mystère car c'est là, finalement, que se prolonge et se propage notre soif d'exister. Son origine est la rencontre entre le réalisateur catalan, Isaki Lacuesta et le peintre espagnol de renommée internationale, Miquel Barceló. Le cinéaste avait alors pour projet initial de réaliser un documentaire autour d'une performance faite à l'aide d'un mur d'argile mouillé et que l'artiste peintre réalisa un peu partout dans le monde avec la collaboration de Josef Nadj, un chorégraphe français d'origine yougoslave. Barceló voulut en faire l'ultime expérience au Mali, auprès de ces hommes qu'il côtoie depuis maintenant une bonne vingtaine d'années. Il en résulte un film intitulé “El cuaderno de barro” (“Le cahier d'argile”). C'est au gré de leurs conversations que Miquel Barceló initia Isaki Lacuesta à l'œuvre sans pareille de François Augiéras, son écriture, sa peinture, sa vie, ses multiples transfigurations. Il insuffla dès lors au cinéaste l'enchantement que procure la formidable aventure humaine de cet “apprenti sorcier” pour ceux qui la découvrent fébrilement au cours de lectures passionnées. D'une telle transmission naquit Los Pasos Dobles : film dans lequel le travail pictural de Miquel Barceló semble rejoindre celui de l'auteur du “Voyage des Morts” et cheminer à son côté - en “pas doubles”. Dans ce conte aux éblouissantes images, rêve et réalité se confondent, mort et vie s'entrecroisent.

Isaki Lacuesta et Miquel Barceló, en pèlerins du cosmos affamés de lumière, ont cherché à témoigner de leur amour pour un homme et son œuvre ardente. Leur ligne de fuite ? François Augiéras et sa trajectoire sans égale. Il convient tout d'abord de dire ici quelques mots de ce Grand Vivant, auteur qui demeure encore bien trop méconnu malgré la force visionnaire et la foudre de son verbe. Très tôt nourri à l'âme des rivières du Périgord, ce “fils du soleil” (pour emprunter à Rimbaud une fulgurante image dont lui seul a le secret) fut écrivain, vagabond, peintre, chaman, yogi, amant cosmique, chantre des étoiles, ermite consumé par le magma de ses visions... et tant d'autres avatars qu'il serait vain de vouloir recenser. Car, avant toute chose, François Augiéras demeure un appel à exister hors des limites terrestres, dans l'athanor céleste de la joie retrouvée : au cœur d'un ici-bas transfiguré.

Dès les premières images de “Los Pasos Dobles”, nous sommes fixés par le visage d'un homme à la peau d'ébène qu'un militaire gifle plusieurs fois en vociférant : « Comment t'appelles-tu ? » L'homme au regard de braise noire finira par répondre d'un ton tranchant : « Je m'appelle François Augiéras et un jour, je te tuerai. » Dès lors l'aventure peut commencer tambour battant, qui nous mène en pays Dogon dans l'envoûtante lumière ocre et sablonneuse du Mali : terre de légendes où le soleil semble inscrire ses runes de feu à même le sol, dessinant des lézardes qui sinuent comme autant de serpents d'argile. Augiéras connut les grottes qui cernaient le Périgord Noir, ici les habitations troglodytes font office de cavernes où poursuivre sans fin l'aventure intérieure.
La chasse au trésor fantastique est lancée. Déjà, des hommes partent à la recherche d'un blockhaus que le temps a ensablé et dans lequel François Augiéras réalisa des fresques murales avec la ferveur d'un homme de Lascaux. Jugeant qu'il ne pouvait faire confiance aux hommes de son temps, il scella le plafond à l'aide d'un gros rocher, confiant pour mémoire ce testament pictural aux hommes de demain : « On retrouvera mes fresques dans un siècle ! Faire confiance aux hommes, oui ! À ceux de l'Avenir ! À l'Homme actuel, non. » ainsi qu'il l'écrit à la p. 358 de ses Mémoires intitulés “Une Adolescence au temps du Maréchal”.

D'abord pressenti pour incarner François Augiéras, Miquel Barceló sera finalement le guide qui, du bout de son pinceau, tracera la carte de cette épopée magique.
Augiéras se glisse alors dans la peau d'un homme noir : métamorphose singulière qui aurait certainement plu à cet “esprit farceur”.
Si « tout grand art est un art d'apparition », comme ce dernier l'affirme, alors il doit exister aussi un art autre : celui de la “disparition”. Ou, pour mieux dire, de la démultiplication, du fourmillement. Un jeu de masques, le « je est un autre » de Rimbaud. C'est là sans doute que se situe l'art des “pas doubles” dont les différentes significations nous sont livrées tout au long du film. Se créer des doubles afin de les envoyer de par le monde accomplir nos différentes tâches humaines. Mais alors, si doubles il y a, où se trouve l'Unité de chacun ? Peut-être bien dans la réconciliation du Multiple et de ses contraires. Car il arrive un moment où le labyrinthe des paradoxes, vu d'en haut, nous apparaît absolument nécessaire et sans contradiction aucune, tout à son tracé clair.

Dans “Los Pasos Dobles”, Augiéras connaîtra plusieurs mutations : le jeune homme aimé par son oncle colonel deviendra Abdallah Chaamba ; il sera l'amant d'une prostituée, l'amant d'un albinos, un brigand qui danse ainsi que l'étoile de Nietzsche (« Il faut beaucoup de chaos en soi pour accoucher d'une étoile qui danse »), un devin perché sur son baobab comme la vigie d'un mât planté à même la terre. Celui qui avait connu « l'apparition de la joie en avance de cinquante ans sur l'histoire humaine » et qui, jamais, ne voulut « tenir compte des opinions des fatigués de la vie », apparaît ici dans une présence d'une grande magnitude. La fabuleuse musique de Gerard Gil, située quelque part entre celle de “Paris, Texas” et “Le Bon, la Brute et le Truand” (la première signée de Ry Cooder, l'autre du grand Ennio Morricone), ponctue les superbes plans du film par des mélodies d'où se déversent des cataractes de lumière. Par bien des aspects, ce film d'Isaki Lacuesta peut être rapproché de certains opus du réalisateur chilien, Alejandro Jodorowsky, tels que “El Topo” ou encore “La Montagne sacrée”.

Voyage halluciné, égarement des sens, violence et présence brute des corps, une telle expérience cinématographique nous déboussole. Au bout, c'est la promesse du soleil, de celui qui rend fou, ivre de joie et de douleur, et dont la boule de chaleur cogne aux tempes ainsi qu'un gong tibétain. Un rébus est posé plusieurs fois par les protagonistes de l'histoire : « Quelle est la seule chose qui se détruit quand on la partage ? » Le sésame se trouve au bout de cette longue et folle traversée.

Car enfin, ce film est là pour nous convier à une quête essentielle : continuer de porter l'existence à son plus haut degré d'intensité, creuser en nous la faim de l'Absolu, cette coupe “d'or vivant” dans laquelle boire le feu de l'infinie lumière.

© Thibault Marconnet
le 1er mai 2015


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