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Contenu rédigé par Darkman43
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Commentaires écrits par
Darkman43 "Je commente, donc je suis" (Bordeaux)

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Hungry Hearts
Hungry Hearts
DVD ~ Adam Driver
Prix : EUR 26,00

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Épatant !, 15 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Hungry Hearts (DVD)
Le film s’ouvre sur une scène pour le moins atypique. Une vraie mise en scène de la rencontre, où le destin (des toilettes bloquées) se conjugue aux odeurs fécales qui intoxiquent peu à peu les deux protagonistes présents. C’est un peu Hungry Hearts qui y est résumé dans cette séquence hilarante, en plan fixe, qui bouscule le canevas de l’oeuvre romantique. Si l’amour y est très puissant, par nécessité pour l’équilibre familial, Costanzo nous met littéralement le nez dans la m**** en y montrant aussi des psychoses et des obsessions de pureté effrayantes. Toute la beauté du dispositif du cinéaste est de faire d’actes a priori anodins (cette rencontre, une scène chez une voyante et l’enfant Indigo) l’épicentre de scènes qui, elles, auront un effet dévastateur par la suite. Les éclats de violence sont rares mais extrêmes. L’humanité et le couple se trouvent dans une impasse face à des instincts primaires retrouvés, qui isolent le père de la mère. L’ennemi est intime et imperceptible. Capable de basculer en une image du cocon familial à l’enfer névrotique, le film de Costanzo est d’une actualité assez brûlante et garde toutefois le charme, par sa lumière naturelle, des films d’Italie des années 70.

Son imagerie, chimérique, où les squelettes semblent à l’étroit dans ce petit appartement, détonne profondément avec le genre du drame familial actuel. Le cinéaste italien va jusqu’au bout de son initiative. La terreur de la saleté prend le pas sur le rationnel. Alba Rohrwacher en mère de plus en plus possessive et d’une autorité singulièrement taiseuse devient une sorte de vampire aspirant toute vie au service d’une idéologie dangereuse pour sa progéniture. Le film est un tombeau, qui se referme peu à peu sur nous. L’ambiance est toxique, tout comme l’air des alentours, donnant à New York une atmosphère enfumée.

Hungry Hearts pourrait presque pécher par excès de mise en scène, tant celle-ci déborde de tous les sens de références, d’idées à la minute et, surtout, d’un désir furieux d’offrir à cette tragédie d’époque – de la nôtre et de ses obsessions – l’intemporalité et la bizarrerie des films de Polanski. Entre le conte horrifique et une étude de la nature humaine par ce qu’elle ingère, le film fait figure d’étrangeté visuelle et narrative. Or, c’est cette singularité qui fascine, qui transporte le spectateur avec ce couple dans les méandres de la folie et de la destruction intérieure. Adam Driver et Alba Rohrwacher y sont exceptionnels, c’est sans doute aussi pour cela que le film de Costanzo s’avère si captivant. L’un et l’autre sont tour à tour charmants, puis inquiétants, avant de se métamorphoser simplement, par l’oeuvre d’un temps éparse et artificiel, en deux bêtes enfermés dans un système tant politique qu’animal. Le film aurait pu être un huis-clos, mais il parvient à faire mieux que cela en préservant l’anxiogénéité du geste par des corps qui fascinent et déroutent le regard.

Si la fin s’avère clairement moins osée que le reste du métrage, la tension insufflée à l’ensemble pendant une heure cinquante, et ce long jeu de rôles qui s’installe entre les protagonistes (très vite rejoints par la mère de Jude), reste épatante. Film d’auteur sur les contours plus que sur le fond, Hungry Hearts s’empare d’un sujet des plus contemporains (les questionnements autour de l’alimentation) pour en faire le noyau d’une tragédie humaine puissante. Comme une boucle, impossible de ne pas repenser immédiatement après la séance à cette scène de rencontre pour comprendre ce qu’elle annonçait déjà alors : cette porte de toilettes n’était qu’un présage d’une, plus large, verrouillée sur le monde. C’est une oeuvre à part, dévastatrice et, paradoxalement, d’une fragilité sans pareille.


Le Petit Prince
Le Petit Prince
DVD ~ André Dussollier
Prix : EUR 9,99

13 internautes sur 55 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Dénature l'oeuvre d'Antoine de Saint-Exupéry., 15 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Petit Prince (DVD)
C’est devenu courant, souvent épuisant, parfois surprenant sur bien des plans : l’adaptation cinématographique de phénomènes littéraires est aujourd’hui un genre à part entière au cinéma, et un filon impérissable pour les producteurs. Titiller les souvenirs de papier du spectateur pourrait être en soi une manière de bousculer un imaginaire en berne, mais trop souvent ces adaptations cèdent aux exigences de fans qui ne demandent, malheureusement, qu’une récitation visuelle de ce que le livre transmettait par les mots. Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, oeuvre à la popularité jamais démentie, demeure dans une catégorie à laquelle, sans doute, elle seule appartient. C’est un morceau d’Histoire, un paysage culturel duquel émerge encore des oeuvres influencées par elle. L’adapter n’est pas une chose nouvelle, pourtant. En pleine Guerre Froide, l’Union Soviétique et les Etats-Unis ont tous deux, entre 1966 et 1974, livré leur version de la nouvelle. Le monstre de Saint-Exupéry vendu à 145 millions d’exemplaires, à la fois ancré profondément dans la mémoire collective et aussi totalement intemporel, avait apparemment besoin d’un coup de jeune. Et ce pour ne pas sombrer dans l’oubli pour de nouvelles générations qui, si l’on en croit les « grands » penseurs d’aujourd’hui, ne zieutent plus les livres et se terrent dans une culture technologique écrasante et aliénatrice.

Le résultat, un film d’animation mis en scène par Mark Osborne, cinéaste américain derrière Kung Fu Panda, s’avère presque désespérant tant il ne reflète ni l’originalité ni la liberté réflexive de l’oeuvre de Saint-Exupéry. Après une ouverture finalement assez sympathique, développant une belle scénographie du quotidien d’une mère oppressante et de sa fille, le métrage retrouve des conventions bien inquiétantes de l’animation grand public d’aujourd’hui, desquelles Pixar semble être la seule à se départir. Le choix de diverses formes d’animation (de celle en 3D, normative, à la jolie stop-motion) fait en réalité figure d’incapacité des créateurs à prendre un parti, ne voulant froisser personne par la forme ou le propos. Cependant, le principal problème de ce Petit Prince ne se trouve pas seulement dans une esthétique étonnamment aseptisée, mais bien dans l’identité même du film, qui joue la carte d’une fausse poésie détestable où filmer un papillon au ralenti est un gage de beauté. Problème est que, lorsque celle-ci s’impose au spectateur, elle n’est en aucun cas touchante mais signe d’un cynisme de la part de ses
créateurs.

Ce souhait, pesant, de vouloir ajouter au film une contemporanéité dont il n’a pas besoin avec un récit dystopique des plus ambigus (la société balaye l’imaginaire ou le vide de sa substance), incarne une partie des problématiques du cinéma d’animation d’aujourd’hui. La peur de la négligence de l’enfant à l’égard du film oblige aujourd’hui ce qui font l’animation à se conformer à des codes. Récemment, l’exemple de Vice-Versa n’avait-il pas prouvé le contraire ? L’animation n’est-elle plus le carrefour des questions enfantines, et intrinsèquement parentales, mais a contrario un simple produit duquel l’enfant ne retire, encore et toujours, qu’un peu plus d’hystérie ?

La dernière partie du film suffit à elle seule de voir qu’il n’y a plus qu’un léger pas qui différencie les problèmes du monde des enjeux de l’animation, avec des thématiques en apparence écologiques mais qui ne sont que des leçons de morale. Et pourtant, quand le film est en porte à faux avec des sujets d’un tout autre degré (l’amour ou la mort), il évite soigneusement son traitement pour se focaliser sur des détails et faire demeurer un spectacle qui s’est progressivement abruti. Captation de poncifs du genre, quasi-trahison par sa consensualité au travail de Saint-Exupéry, ce Petit Prince fait fonctionner à plein régime les mécanismes d’un spectacle bruyant mais oublie de stimuler la créativité du spectateur. L’ensemble est trop convenu et ennuyant à mourir, trop neutre pour plaire à un public un tant soit peu exigeant face à ce qu’il voit.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (8) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 9, 2016 8:29 PM CET


Broadway Therapy
Broadway Therapy
DVD ~ Owen Wilson
Prix : EUR 17,09

3 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Broadway Therapy, 15 mai 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Broadway Therapy (DVD)
Si la transition vers le XXIème siècle n’a pas forcément aidé les maîtres de la comédie, il est aussi heureux – et c’est cruel – de voir que leurs héritiers et les faiseurs d’antan n’ont pas repris plus aisément le flambeau. La récente filmographie de Woody Allen a beau être en dents de scie, il n’en demeure pas moins qu’elle est parcourue d’oeuvres géniales, étonnantes dans leur noirceur ou leur candeur, et surtout frappantes par leur contemporanéité (Blue Jasmine). Avec Broadway Therapy, Peter Bogdanovich, arrivé dans le cinéma en même temps que le brillant artiste new-yorkais, revient au cinéma après treize ans d’absence. Période durant laquelle le cinéma et le monde ont globalement changé, mais pas sa mise en scène ni même son écriture des moeurs et de la profession. Le réalisateur de 75 ans s’est offert un casting éblouissant, bien aidé par un scénario écrit avec un certain panache et des dialogues parfois extraordinaires.

Bogdanovich navigue entre deux mondes de cinéma et d’art qui paraissent alambiqués et vieillots, l’alliance des deux fait quelquefois effet. Il conserve les marques de fabrique de Woody Allen, pas les plus glorieuses (des notes de jazz agaçantes ou un montage risible), et tente de les faire briller pour ses têtes d’affiche. Imogen Poots est, sans conteste, l’actrice qui s’en sort le mieux, avec un rôle qu’elle porte très joliment. Un accent étrange et une candeur qui marchent immédiatement sur le spectateur, qui font de son ascension atypique un véritable récit d’initiation, parcourue de quiproquos et de séquences comiques que l’on ne retrouve plus chez le Allen d’aujourd’hui.

Cependant, Broadway Therapy subit aussi l’excellence de son écriture pour une mise en scène qui s’avère inexistante. Les effets de style sont dépassés et la mise en avant de ses dialogues ne se fait que par le biais de champs/contrechamps vite répétitifs. Bogdanovich approche souvent de très près le théâtre filmé, mettant à l’image des couples qui se débattent et qui se retrouvent rassemblés dans un seul et même cadre. Etait-ce l’intention de départ ? Pas sûr, mais il est clairement dommage que la force de l’écriture n’ait pas pu engendrer un emballage aussi ravissant. Finalement, le film se fait décousu et paye ses errances comiques, en alternant ses situations de vaudeville et une vision plus sérieuse du métier d’acteur. On ne peut que sentir la passion du faiseur derrière les images et l’enchevêtrement des références, avec la Folle Ingénue de Lubitsch en point d’orgue, mais cela ne permet pas de débarrasser de nos esprits cette impression d’avoir vu un film sans direction ni trait particulier pouvant le distinguer des – trop – nombreuses relectures de la comédie bourgeoise new-yorkaise.


Fury [Blu-ray] [Steelbook]
Fury [Blu-ray] [Steelbook]
DVD ~ Brad Pitt
Prix : EUR 19,71

17 internautes sur 31 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un film plein d'orgueil mais qui reste un film tremblant !, 8 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Fury [Blu-ray] [Steelbook] (Blu-ray)
Toujours sur la corde raide entre le bon et le mauvais goût, David Ayer s’est toujours obstiné à créer librement, quitte à ne pas trop savoir où il mettait les pieds. La bonne surprise que fut End of Watch, balayée par son Sabotage, n’avait-elle celle que d’un seul film ? Six mois à peine après son dernier film, Fury apporte un substitut de réponse à la question, qui ne demandera qu’à être confirmé par la suite. David Ayer n’a rien perdu de son exaltation cinématographique, elle en sort même renforcée, malgré son échec hollywoodien. Fury est impitoyable et extrêmement généreux, mais reste avant tout un vrai film de cinéma, dont l’utilisation de la pellicule met en avant le certain classicisme de la méthode Ayer, capable de diriger des gros bras mais aussi de quadriller des plans.

Ce qui frappe d’emblée dans ce métrage, c’est la frontalité avec laquelle l’Américain met en scène la violence. C’est un film d’une barbarie aveugle, où les corps, calcinés, morcelés, ne sont que des anecdotes dans le décor boueux et grisâtre de la guerre. Deux heures quinze durant, le spectacle est glaçant de désespoir, mais dégage cependant une certaine galvanisation dans ces derniers instants, cette force d’opposition à une mort qui approche vite. Ce dégoût de la guerre s’inscrit aussi, plus généralement, avec un dégoût pour l’homme seul. L’amour pour les épopées de bande de David Ayer transparaît de part en part dans Fury, film qui craint la solitude mais qui n’hésite jamais à retranscrire le silence terrible des terres ravagées. Le tank, tant symbole d’union du groupe qu’outil qui détruit les hommes de l’intérieur, est au cœur de scènes de combat peu communes et particulièrement palpitantes. La bascule entre ce qui se passe à l’extérieur et l’intérieur du tank crée des nuances qui permettent à la mise en scène de David Ayer, loin d’être infamante cette fois-ci, d’offrir des moments de bravoure. Fury n’a rien d’un film historique, mais fait davantage figure d’analyse assez approfondie sur le traumatisme de cette guerre sur les hommes. Ils sont déshumanisés, vidés de leur sensibilité, pleurent le regard dans le vide et n’attendent que la mort. En ce sens, les prestations des acteurs sont plus qu’honorables, notamment Shia LaBoeuf, dont le regard, hypnotisant, sert pleinement le film. La mise en scène d’Ayer suit ses personnages, elle est sèche mais s’abandonne aussi à des reliquats d’humanité faits pour digérer la violence totale ingurgitée tout au long. C’est à la fois la force et le réel défaut du film. Souvent proche du trop-plein, le film d’Ayer va vite et ses grands moments sont aussi ceux où l’orgueil du cinéaste est le plus criant. Sa réalisation n’a rien de flamboyant, elle cite à tout va (on pense à Spielberg ou à Peckinpah) et le sentiment d’avoir un chef d’œuvre entre les mains finit par faire dévier Ayer de sa tâche première, habiter les personnages et le tank.

Cette quête vers l’impossible et cette image de soldats en pions interchangeables dans le conflit sont les marques d’un film dont la noirceur n’avait jamais encore réellement traversé Hollywood jusqu’alors. Si dans tout ce qu’il raconte Fury demeure un film classique, la puissance évocatrice de ses images est sans pareil, telle cette scène de repas, osée et s’étirant considérablement, qui suffit à comprendre les enjeux et ce que la Seconde Guerre mondiale laisse derrière elle. La fin, seul véritable moment où Hollywood reprend le dessus dans le scénario, se trouve encore nuancée par un plan large qui resitue l’atrocité de la guerre.

Une guerre sans récompense en fin de course et des soldats sans visage, c’est toute la morale de cette fable nihiliste. Fury canalise en une journée de récit tout ce qui compose la guerre et en fait une intense expérience de cinéma. La dernière demi-heure, véritable jeu de dominos humain, est à couper le souffle et l’oppression du tank, appuyée par la partition en crescendo de Steven Price, s’en retrouve décupler. Incontestablement porté par le talent de ses cinq acteurs principaux, Fury est un spectacle amer mais nécessaire. Un pur film de cinéma, sublimé par le grain de la pellicule qui donne forme à chaque couleur et à chaque émotion, qui se déploie sous nos yeux. Exprimant peut-être aussi une certaine lassitude pour une Histoire que l’on ne cesse d’enjoliver au cinéma, le film de David Ayer a beau être un objet d’une tristesse infinie, le sentiment qu’il laisse finalement reste celui d’un combat pour la vie d’hommes dévorés par la mort autour d’eux. Fury est un film plein d’orgueil mais il reste et restera un film tremblant, qui nous fait avancer sans certitude dans une guerre où l’Homme demeure au centre de toutes les préoccupations.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 30, 2014 10:37 AM CET


White Bird
White Bird

4 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 une grande œuvre malade qui malheureusement se regarde timidement plus qu’elle ne s’admire., 26 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : White Bird (DVD)
La vie n’est pas toujours facile pour les auteurs et cinéastes célébrés dans les années 2000. Gregg Araki ne dira pas le contraire tant son White Bird, empreint d’une mélancolie planante, rappelle le malaise ambiant que l’on retrouve dans la filmographie du cinéaste. Ce onzième long-métrage n’est-il qu’un autre produit stylisé ou bien une nouvelle grande œuvre générationnelle, comme l’avait été Mysterious Skin ? Dans un cinéma indépendant américain qui s’uniformise derrière le blason de festivals comme Sundance, les films de Gregg Araki ne manquent pas d’interrogations en fin de séance. Si le réalisateur de Kaboom a été capable du meilleur jusqu’alors, grâce à un style excessif et une ultra-sexualisation de ses personnages, White Bird est plus imparfait, indéfinissable sur l’instant. Cette incapacité à définir un quelconque genre au film se traduit aussi avec une indécision constante d’Araki dans le traitement de ses thématiques.

La maternité, la jeunesse et la découverte du désir. Tout s’emmêle dans le silence de l’Amérique d’Araki. Chaque personnage représente ici une certaine catégorie de la population : Eva Green est l’archétype de la mère au foyer américaine, souriante, il y a aussi le père perdu dans son couple puis cette Kat Connors, interprétée par l’insaisissable Shailene Woolley qui, entre deux mauvaises grosses productions, prend le temps de retourner à ses origines, le cinéma indépendant. L’Américain cherche, comme à l’accoutumée, à faire craquer la notion de genre et ses a priori, pour qu’il ne puisse rester qu’un sentiment de liberté. Effectivement, ces façades s’évaporent, ici symbolisées par la disparition d’une mère que l’on cherche partout puis que l’on perd de vue par fascination pour le charme inexplicable de la jeune femme.

On arpente le film comme elle arpente son désir, toujours avec appréhension. La principale difficulté du film n’est pas la folie visuelle d’Araki, bien tempérée dans ce White Bird, mais le manque de possibilités qu’offre la mise en scène du cinéaste américain pour donner de la puissance au récit. Elle est cloisonnée par les exigences d’une proposition visuelle trop ambitieuse, avec une forte voix-off et de nombreux flashes-back dans la volonté de démystifier la structure du thriller. Les quelques étincelles du film, celles qui manifestent la fureur qui compose la relation mère-fille, finissent par ne pas prendre effet, par n’être que des scènettes. Dans ce sens, le mystère de White Bird, qui trouve une conclusion peu convaincante et assez facile pour Araki, un peu jetée pour contenter ceux venus voir un film avec Shailene Woodley, ne dépasse pas les scènes de rêverie numérique. Cette cassure avec l’immaculé, comme pour casser les apparences d’une Amérique trop propre sur elle, ne dure que quelques minutes alors qu’elle aurait mérité un film à part entière. Que ce soit la prestation bipolaire d’Eva Green, plutôt réjouissante, ou la soudaine et surprenante libido affirmée de Shailene Woodley, l’ensemble se trouve englouti par les effets d’un cinéaste que l’on a peut-être estimé trop tôt et qui, derrière ce lourd manteau de neige et d’onirisme, dissimule aussi une incapacité à recréer la puissance de son unique chef d’œuvre. White Bird n’est qu’un coup dans l’eau, une grande œuvre malade qui malheureusement se regarde timidement plus qu’elle ne s’admire.


Gone Girl
Gone Girl
Proposé par plusdecinema
Prix : EUR 6,00

10 internautes sur 19 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un immense film monolithe du cinéma moderne, 26 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Gone Girl (DVD)
L’amour de Fincher pour les femmes n’a rien de nouveau. Elles ont toujours fait partie intégrante de ses récits, souvent placées en ombres mais des ombres persistantes, vénéneuses, capables de mettre à mal le héros du film. C’était le cas dans L’étrange histoire de Benjamin Button, avec la sublime Cate Blanchett, même dans The Social Network avec cette copine qui plaquait, dans une scène de ping-pong verbal, Mark Zuckerberg, puis elles finissaient par prendre la forme du film dans Millenium, au travers d’un sublime générique. La femme de Gone Girl, nouveau coup de maître d’un David Fincher transfiguré sous la minutie du numérique depuis The Social Network, campe dans chaque réplique, chaque image de la mise en scène de l’Américain. Gone Girl est une renaissance et la nouvelle attestation du statut de cinéaste influent que porte David Fincher qui, tout en répétant les mêmes récits, les réinterprète sans cesse, avec une profondeur sidérante, les agite intrinsèquement en des miroirs sombres et contemporains de notre société.

Le cinéaste prouve tout d’abord, à destination de ses détracteurs, que son style n’a rien de l’artifice. Une nouvelle fois savamment dissimulée sous le vernis d’un scénario en trompe-l’œil, elle avance selon des nuances et surtout selon ses personnages. Avec la dextérité du montage du fidèle Kirk Baxter, appuyant d’une puissante mélancolie ses éternelles retours en arrière dans le récit, Fincher écrase d’un constat terrifiant l’époque dans laquelle nous vivons et ses conventions. Il explose les canons du thriller et applique avec un fort cynisme les nouveaux personnages du genre, les médias. Ceux-ci trouvent une place symbolique dans le récit du film. Plus que des simples éléments de décor, ils manient pendant une longue durée du film la danse macabre dans laquelle Ben Affleck, qui joue magnifiquement bien l’Américain moyen, assez normal pour qu’il devienne suspect, se trouve propulser. L’apport de l’auteur du livre originel, Gillian Flynn, sur le scénario permet aussi à Fincher d’arpenter des chemins plus sinueux à son cinéma, avec des scènes intimes qu’on ne lui connaissait que peu auparavant. On retient ce plan d’ouverture, ce regard d’une femme – d’un modèle de cinéma aussi, que le réalisateur frôle des doigts – qui ne cessera d’évoluer sous notre regard. Car, c’est aussi ça le talent de David Fincher, celui de sans cesse faire louvoyer les fondements de sa mécanique. Ses tics, anciennement moquées, deviennent de véritables éléments à interprétation, qui ne représentent heureusement qu’une infime partie de la complexité de Gone Girl. La lumière de Jeff Cronenwelth, qui continue de sublimer le numérique, apporte au film une seconde vie et une fibre glauque qui rendent le film perturbant.

A l’intérieur de cette société-modèle, avec ses maisons et ses jardins parfaitement accommodés, c’est lorsque Fincher creuse (l’antre des dealers et son allure de film post-apocalyptique, relecture de l’image du cinéma déserté de The Canyons de Paul Schrader) que Gone Girl impressionne réellement. Il y a une vision profondément pessimiste chez le cinéaste, qui se perçoit aussi à la manière dont il expédie son générique de début. Loin semble le temps où Fincher désactivait d’une chanson pop toute la tension accumulée par ses métrages. De son thriller parfaitement maîtrisé à sa satire effrayante du XXIème siècle sur l’image du mariage, Fincher ne structure jamais son film en phases mais crée une continuité dans la durée, en contraste avec sa construction temporelle brisée.

Avec ses accents sanglants qui rappellent que Fincher n’a jamais vraiment changé dans le fond depuis près de vingt ans, Gone Girl demeure aussi un film de femmes, engagé et spécialement violent, qui met en valeur Rosamund Pike dans un rôle extraordinaire. Cette figure angélique, lynchéenne, forcément déviante face aux conventions de notre société, est le symbole de ce film évanescent et malsain, dans lequel Fincher se fait le manipulateur discret de nos émotions grâce à un scénario ample en rebondissements, réhabilitant la forme ludique du thriller avec maestria. Quand les réalités se brouillent, que le réel se lie à une mise en scène de la vie, Fincher trouve l’accomplissement de son subtil travail entamé avec Zodiac. Un sentiment de terrassement suit alors le spectateur qui sort, déboussolé, par la grande porte des petites sonorités d’Atticus Ross et Trent Reznor. Cet immense film, ce monolithe de cinéma, n’a rien d’une mise à jour du style de l’Américain, toujours plus acerbe, mais apparaît comme l’apogée d’un cinéma, encore et toujours, des apparences


Mommy
Mommy
DVD ~ Anne Dorval
Proposé par kifran95
Prix : EUR 8,40

39 internautes sur 50 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une oeuvre tranchante d'un des cinéastes les plus fascinants de notre époque, 25 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mommy (DVD)
Dans une galaxie cinématographique pas si lointaine, on qualifiait Xavier Dolan de prétentieux. Pire, de hipster qui citait à tout bout de champ ses idoles comme Wong Kar-Wai avec de grands ralentis au service de films fastidieux. Un simple fan à qui on avait gentiment donné une caméra pour le faire taire. Mais, vous savez, le cinéma, c’est un peu comme cette scène de Men in Black : on oublie tout en un flash. Fini cette période où l’on méprisait injustement le jeune cinéaste, qui n’avait déjà plus rien à prouver depuis deux ans grâce à son chef d’œuvre, Laurence Anyways, et surtout fini les polémiques cannoises, sa non-sélection en 2012 dans la Compétition Officielle. Tout est parfaitement oublié, tout est sous contrôle, rira-t-on nerveusement.

Mommy sera pour de nombreuses personnes le film de la révélation. Celui qui éclairera leur visage de rires et de larmes et celui qui les opposera enfin avec un format de cinéma peu commun. Un format esthétique tout d’abord, avec ce format strictement carré, et surtout avec un format de cinéma, un grand format d’émotions en tous genres, de chansons assourdissantes et d’une espèce d’hystérie qui témoigne d’une passion de plus en plus dévorante pour le cinéma de Dolan.

25 ans à peine, cinquième film. Dolan continue de confirmer qu’il est meilleur que jamais lorsqu’il se consacre uniquement à la réalisation et ne joue pas. Mommy est un film à la fois rigoureux et libre. Une rigueur visuelle et auditive, marquée par une bande-originale tonitruante et ce format d’image, symbole d’un film qui joue la carte de l’immersion. Les chansons sont comme les personnages, entières, jamais coupées par des effets de montage, et enjolivées. Lorsque le cadre s’élargit, qu’il se rétracte, c’est une respiration qui se crée et qui se joue de nos émotions. Mommy entretient constamment une relation intime entre le spectateur et ce qu’il se passe à l’écran. Ce n’est pas qu’une histoire qui nous est racontée, mais aussi une déclaration du cinéaste au cinéma. Enragé, alter-égo de son personnage principal, transgenre et transcendé, ce cinéma de la galvanisation trouve en Mommy un véritable modèle. Vidé des tics habituels de son auteur et calquant sans mépris la mécanique des comédies américaines (la référence géniale à Maman j’ai raté l’avion), le film de Dolan est extrêmement vivace. Comme chez l’humain, il craint les longs silences et préfère amplement le mouvement, le trop-plein pour ne pas sombrer avec ses personnages. Ce trio d’acteurs exceptionnels (Antoine-Olivier Pilon en tête) est un ensemble de genres de cinéma : un film de potes, un drame familial d’une gravité sidérante et aussi un film de la séduction, semblable à Tom à la ferme, qui crée une nouvelle ambiguïté, ici sexuelle, à l’intérieur d’un récit jamais tranquille. Xavier Dolan ne supporte pas la tranquillité. Avec deux heures quinze au compteur, Mommy est dense. D’aucuns le trouveront éreintant.

Or, jamais avait-on vu Xavier Dolan mener avec tant de professionnalisme son récit et tout faire pour créer une évolution chez ses héros, qu’elle soit positive ou négative. Mommy ne sacrifiera personne, ne cherche pas à dissocier deux camps de spectateurs. C’est un film de l’unisson, un cri de ralliement derrière un cinéma qui se veut tant passionné que populaire, réalisé avec un savoir-faire incomparable. Dolan abat les murs de son propre cinéma comme il casse les règles du cadrage en allant puiser une énergie nouvelle dans des thématiques qu’il a abordées de fond en comble depuis cinq ans. Là aussi, fin d’une époque : Dolan clôt une œuvre auto-biographique pour aller traiter la figure de la mère, dans ce qu’elle a de plus symbolique, de plus auréolaire. Il n’y a plus la volonté de la tuer, mais de la sauver de ce qui ressemble le plus au chaos, le retour du fils. Tom à la ferme, d’apparence mineure dans la carrière du Québécois, apparaît aujourd’hui comme un film de transition parfait au sein des thèmes traités. L’assemblage théorique de ses films n’empêchera pas aux spectateurs d’adorer ce nouveau film, tant il apporte quelque chose de nouveau et d’essentiel au cinéma d’aujourd’hui. Cette passion qui se ressent dans chaque image et un désir de grandeur qui n’a rien de prétentieux mais qui bouleverse.

Les louanges plutôt tardives adressées à Xavier Dolan, que l’on traite dans les médias comme un jeune premier, ont de quoi inquiéter pourtant. Le consensus tue le cinéma et il ne devrait pas épargner Dolan. Il purge la société de tout ce qui fait la beauté de cet art, les longs débats, l’exaltation comme la détestation pour un film. Espérons simplement qu’il ne tuera pas la créativité du cinéaste, débordante et de laquelle peut encore nous parvenir des choses hors du commun, à l’instar de ce Mommy, nouvelle œuvre majeure et tranchante d’un des cinéastes les plus fascinants de notre époque.


Le Pen, vous et moi
Le Pen, vous et moi
par Serge Moati
Edition : Broché
Prix : EUR 19,00

17 internautes sur 30 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Les coulisses de la dernière dynastie politique de la Ve république., 17 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Pen, vous et moi (Broché)
Serge Moati, journaliste et homme de Gauche et fils d'ancien déporté.
Jean-Marie Le Pen, homme politique d'Extrême-Droite et révisionniste notoire.

A priori, rien ne semble unir ses deux hommes pour autant via cet ouvrage Serge Moati va suivre cette dynastie politique durant près de 25 ans aussi bien caméra au poing que par le recueil de conversation entre les membres de la famille Le Pen ainsi que leurs détracteurs, mais également au travers de conversation entre Serge Moati et Jean-Marie Le Pen.

Pour le style de l'ouvrage celui-ci s'avère être segmenté en une multitude de chapitres extrêmement court (pas moins de 56 chapitres) tous dater et relatif à un événement de la vie des Le Pen. Il s'agit pour moi davantage d'un ouvrage à viser documentaire en cela Serge Moati fait preuve de ses talents rédactionnels de journaliste en retranscrivant les événements ainsi que les conversations tels que celui-ci les a vécus, mais cela sans véritable interprétation de sa part, peut-être, est-ce là la volonté de Serge Moati de laisser le lecteur interprété à sa façon son récit.

J'ai toujours trouvé très complexe d'analyser des ouvrages politiques en étant parfaitement objectif, c'est pourquoi je ne mentionnerais pas ici la dimension politique de celui-ci. Laissant ainsi toutes à chacun l'occasion de se faire une opinion sur cet ouvrage.
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Boyhood [édition prestige 2 DVD Digibook + livret]
Boyhood [édition prestige 2 DVD Digibook + livret]
DVD ~ Ellar Coltrane
Prix : EUR 12,79

28 internautes sur 32 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Mon film préféré de l'été !, 15 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Boyhood [édition prestige 2 DVD Digibook + livret] (DVD)
L’œuvre de Richard Linklater est imprégnée par les questions du temps qui passe. La trilogie des Before (Before Sunrise/ Before Sunset/ Before Midnight), avec Ethan Hawke et Julie Delpy, se demandait déjà si une relation pouvait durer à travers le temps, sachant que des destins opposés séparaient les deux héros et que les rapports aux choses changeaient. Boyhood, prolongement d’un travail commencé il y a presque vingt ans, représente aussi le point ultime de la carrière du cinéaste. Entre la fresque cinématographique et le documentaire, cet imposant film de deux heures quarante-cinq est une ode au temps qui passe.

Ce qu’il y a de plus impressionnant dans la logique de Richard Linklater est qu’il arrive à rendre l’anti-spectaculaire passionnant, voire palpitant. En ne ciblant que des non-évènements de la vie, en opposition avec les films d’aujourd’hui qui privilégient l’extraordinaire, le cinéaste table sur une expérience d’immersion avec le spectateur, sans réelle intrigue sinon celle de voir évoluer au fil des années les acteurs, filmés sur douze ans. Cela donne lieu à des moments sublimes, rappelant le talent de directeur d’acteurs de l’Américain, capable de créer une intimité immédiate entre le métrage et les spectateurs. Malgré sa durée a priori rebutante, Linklater appuie chaque réplique et scène d’un sens fort et construit aussi l’évolution de ses personnages sur la manière de percevoir le monde, qui avance aussi. Boyhood est l’alliage de deux temporalités que tout oppose habituellement, celle des corps, qui changent inévitablement, et celle d’un monde, qui file, que l’on parcourt à travers quelques chansons dispersées ci et là dans le film. Démarrant un an après les attentats du 11 septembre, l’Histoire politique des Etats-Unis est parfois citée, souvent survolée pour toucher à quelque chose de plus profond, même si la fibre engagée du cinéaste reste omniprésente. Le cadre ne se détourne jamais de la destinée, imprévisible, de son héros.

Peu de films se révèlent aussi beau à vivre, tant l’engagement du spectateur pour le récit est total, parce que l’on vit simplement avec eux, dans leurs choix de vie et leurs errances. Une distance aurait pu se créer à l’instant où Linklater prend peut-être trop conscient qu’il est en train de filmer quelque chose d’exceptionnel. Il oublie la spontanéité des dialogues pour raconter des choses qui finalement sont flous, trop écrites pour paraître réelles, notamment sur le trouble que crée le temps. Ponctué à intervalles irrégulières d’instants sublimes et d’autres plus durs, il aurait sans doute fallu une opposition plus frontale avec la mère, constamment confrontée à l’échec et une peur de vieillir qu’elle tente de cacher, mais qui reste protégée de toute blessure.

L’image finale du film, qui retrouve la sérénité derrière laquelle il courrait tout au long, est tant une promesse qu’un déchirement pour le spectateur. Car, si nous ne sommes pas voyeurs et que cette expérience n’a rien d’un simple documentaire au cœur d’un vrai foyer américain, elle en réitère avec une veine romanesque tous les codes pour un résultat bluffant de justesse. L’avancée d’Ellar Coltrane, brillant jeune interprète de Mason, avec son corps, ses émotions et son identité propre, qui restera jusqu’à la fin indécise, est une leçon d’humilité donnée au cinéma. De par sa déconcertante fluidité, sans jamais donner une seule précision sur l’année dans laquelle prend place le récit (car le temps ne se compte pas chez Linklater), Boyhood est ce qu’il s’est fait de plus beau, de plus joliment complexe, cette année au cinéma. Un film qui, dans ses minuscules erreurs et ses folies, a choisi de prendre son temps pour raconter la vie, telle qu’elle est, et touche autant au sublime qu’à l’universel.
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Les Gardiens de la Galaxie [Blu-ray] [Import allemand]
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Prix : EUR 19,19

9 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Un nouvel opus de qualité pour les studios Marvel, 9 septembre 2014
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En près de dix ans, c’est peu dire que l’évolution des studios Marvel dans le paysage cinématographique a été significative. S’ils ont, à eux seuls, rendu les films de super-héros communs auprès du public, leur nombre ayant explosé au fil des années, ils ont aussi étiré à l’extrême le lien entre la firme et le public, jusqu’à rendre écœurant le genre entier. Avec déjà trois films sortis dans une période de quatre mois, le studio devenu usine enfonce le clou avec sa nouvelle saga en devenir, les Gardiens de la Galaxie. Après une courte période de doute artistique entamée avec Avengers, cette pierre angulaire posée sur une saga au futur radieux symbolise tant le réjouissant regain de forme des studios sur un plan formel qu’une uniformisation narrative de plus en plus problématique de ses métrages. A se demander à quoi cela sert encore de faire intervenir des cinéastes chevronnés ou marginaux pour les museler, sinon pour amadouer les fans.

La patte de James Gunn, déjà auteur d’un film de super-héros autrement plus tragique et acerbe politiquement que celui-ci (Super, avec Rainn Wilson et Ellen Page), a beau être omniprésente du fait d’un savant mélange des genres, les Gardiens de la Galaxie est et reste une promesse, une proposition plastique qui ne demande qu’à immerger. En deux heures à peine, et avec un sens du spectaculaire des plus impressionnants, l’équilibre en matière d’action et d’humour est idéal, semblable à ce qui se faisait dans les 70’s et 80’s. C’est d’ailleurs constamment vers le passé que regarde le film, convoitant ce qui a fait la réussite de maîtres comme George Lucas : une capacité à innover. Dans son époque, James Gunn se retrouve prisonnier de son système mais parvient, au gré du costume de machine commerciale qui en a fait peur à d’autres (on pense à l’abandon de Ant-Man par Edgar Wright pour des différends artistiques), à insuffler de la puissance, à renouveler l’éventail des grandes scènes labelisées Marvel. Elles se détachent même directement du plan narratif habituel des films de super-héros, fourmillant ci et là grâce à des fulgurances musicales de toute beauté. La musique imprègne tout spécialement l’expérience du film. Elle vit, transfigure l’émotion et l’impact visuel de certaines séquences. Les Gardiens de la Galaxie ne se refuse pratiquement rien visuellement, de ralenti en ralenti, des débordements de couleurs délavés qui marquent les esprits et qui, parfois, trouvent l’écho des grandes odyssées spatiales. Plastiquement, l’alliage des époques et des univers trouvé par James Gunn est à l’image de son travail, déconcertant et profondément mélancolique. Les thématiques de l’enfance en ligne de mire, le passé au sein de chacune des images et des sons, il ne manquait au cinéaste qu’à filmer son métrage en pellicule pour que le tout prenne pleinement son sens. Avec une bande-originale divinement réussie, où l’on croise David Bowie ou Marvin Gaye, Marvel a fait le choix de suivre les folies de son cinéaste, à l’image de ce qu’ils avaient fait avec Sam Raimi dans les deux premiers Spider-man.

Pourtant, rapidement, James Gunn semble s’enfermer dans une modération qu’on ne lui connaissait pas auparavant. Sans l’appui des producteurs, qui dirigent très secrètement ce futur colosse de divertissement, les Gardiens de la Galaxie aurait été un tout autre film, autonome et répondant plus globalement à des questions laissées sans réponse, telles que le passé de Rocket. Le scénario, écrit par James Gunn lui-même et Nicole Periman, n’est en aucun cas à la hauteur vertigineuse du dispositif visuel proposé. Le tout est trop bien orchestré pour toucher, distillant ses pastilles humoristiques par intervalles régulières et ses scènes de bataille, impressionnantes au demeurant. Il manque le génie comique d’un Chris Pratt, pourtant étincelant en meneur de troupe, dans l’écriture pour trouver ici le nouveau mètre-étalon de science-fiction qu’espérait conduire James Gunn. Et que penser aussi des interventions trop anecdotiques d’acteurs comme John C. Reilly ou Benicio Del Toro, qui auraient pu faire pencher la balance, quand le film se veut généreux à tous les étages. L’œuvre de James Gunn est une promesse en effet, mais elle lésine sur les moyens. Si les Gardiens de la Galaxie s’extirpe sans trop de souci de la violence immaculée d’un Captain America ou de la veine faussement potache d’un Iron Man, et peut marquer de son temps dans l’évolution de Marvel, la structure narrative des films de la firme n’évolue plus, se délimite à celle soutenue par les chaînes télés. Alors que l’on pensait James Gunn capable de bousculer l’ordre établi du fait de son univers gore, on se retrouve avec un spectacle d’une qualité visuelle rare, outrageusement ludique mais assez limité. Comptant quelques coups d’éclat, la mise en scène de James Gunn pâtit d’une caractérisation de personnages pas assez poussé, cantonnée à une simple exposition des héros.

Sous le vernis d’une liberté artistique totale, le constat laissé par le film est complexe et montre très bien l’évolution de l’image laissée par Marvel en dix ans. Le géant entend désormais à répandre et défendre un modèle de cinéma, industrialisé et fragmenté en épisodes. Les frontières amincies entre cinéma et télévision (qu’elle investit désormais avec la série Agents of Shield) n’annoncent rien de bon pour le futur. Les Gardiens de la Galaxie, prologue d’une saga aux ambitions cosmiques, reste toutefois assez impressionnant de par son traitement visuel du spleen pour ne pas être oublié de sitôt.


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