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Discours sur l'origine de l'univers
Discours sur l'origine de l'univers
par Etienne Klein
Edition : Poche
Prix : EUR 6,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Exposé brillant, mais que tous n'apprécieront pas., 8 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Discours sur l'origine de l'univers (Poche)
Le titre est peut-être légèrement ambigu. Il ne s'agit pas d'un long discours que Mr Klein tiendrait sur l'origine de l'univers, mais d'une présentation par l'auteur de la manière dont les recherches et découvertes en astrophysique (entre autres) aux 20e et 21e siècles modifient la cosmologie, voire même la nature des questions relatives à l'origine de l'univers (y en a-t-il une, et si c'est le cas, quelle est-elle, etc)
Mr Klein reprécise au passage le fameux "big bang" souvent mal compris et introduit dans un long chapitre le grand défi actuel appelé "mur de Planck", qui consiste à établir une théorie plus puissante que la seule relativité générale, qui inclura aussi les interactions électromagnétique, nucléaire faible et nucléaire forte.

L'auteur s'exprime méthodiquement, dans une langue claire. Il prend soin d'installer des concepts et quelques lois de la physique sans utiliser de mathématiques, de déployer les raisonnements. Il suffit d'essayer de résumer ou de reformuler des sections du livres pour se rendre compte que chaque mot est pesé, qu'aucune phrase n'est inutile ou redondante. Franchement, c'est brillant. En ce sens, je comprends l'enthousiasme des commentateurs précédents!
Hélas, c'est aussi ce qui me pousse à apporter un petit bémol.

Tentant l'exercice de la reformulation ou même de la restitution de l'un ou l'autre raisonnement exposé par Mr Klein, j'ai rapidement trébuché sur un constat lucide : je ne dispose pas des connaissances et outils intellectuels et scientifiques qui me permettraient de me faire une idée de la valeur réelle de ce qu'avance Mr Klein ou même simplement d'exposer les choses avec mes propres mots.
Par conséquent, il est probable que les commentateurs précédents, enthousiastes voire dithyrambiques, avaient de meilleures bases en physique que moi et/ou que, grands amateurs d'épistémologie et de déploiements philosophiques, ils ont surtout aimé se laisser porter par la l'impression de puissante clarté et par la fluidité parfois presque grisante de l'exposé, indépendamment de leur capacité à véritablement mâchouiller le contenu par eux-mêmes.
L'appréciation de ce livre me semble donc dépendre en partie de la formation et de la personnalité du lecteur.


Contes carnivores
Contes carnivores
par Bernard Quiriny
Edition : Poche
Prix : EUR 6,30

4.0 étoiles sur 5 Très imaginatif, un peu surréaliste, et une écriture fine, adaptée à chaque récit, 27 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Contes carnivores (Poche)
Une belle série d'histoires un peu (ou fort) loufoques, très imaginatives, assez surréalistes, mais qu'on a délicieusement envie de croire (presque!) vraies.
Certains contes sont plus sombres que d'autres, mais toujours retenus, affinés, sauvés de l'écrasement par le style soigné, pesé et par un ton où perce chez le narrateur une dosette d'étonnement, un léger doute quant à la véracité des faits qu'il rapporte. Quand les histoires sont par contre plus lumineuses, on sent que quelque chose est proche, qui les fera tôt ou tard échapper à la béatitude. On rit parfois aussi, même si c'est plus souvent un sourire qui se dessinera. Bien sûr, comme souvent avec les recueils, chacun accrochera plus avec telle histoire qu'avec telle autre; c'est l'avantage de s'en voir livrer quatorze d'un coup.
Notons qu'il est possible que le lecteur principalement sensible aux sentiments et à l'émotionnel se sente un peu désarçonné devant ce recueil dont les délices sont globalement plus cérébraux (des étonnements, un ton, un style, une grande créativité, etc)

A la lecture, j'ai parfois pensé à ce que les Anglo-saxons appellent "Magic realism" (réalisme magique) pour qualifier certains écrits, souvent sud-américains, qui fondent des éléments "magiques" dans un contexte très réaliste, et qu'on retrouve chez Gabriel Gracia Marquez ou dans certains des premiers livres d'Isabel Allende, par exemple. A d'autres moments, les textes de B. Quriny m'ont rappelé "Voyage en Grande Garabagne" de Henri Michaux (dans le recueil "Ailleurs"), pour l'assertivité calme, voire presque candide avec laquelle le narrateur raconte comme vraies et factuelles des choses pourtant impossibles. Les histoires de B. Quiriny sont cependant plus "crédibles" par leur contexte très réaliste et ancré dans le temps et l'espace, que le texte de Michaux.

Les phrases, les récits ont un rythme très juste et agréable; le texte se lirait aisément à haute voix, en respirant facilement, comme on raconterait une histoire. Par ailleurs, la plume varie subtilement de conte en récit selon l'époque à laquelle l'histoire est supposée avoir eu lieu, ainsi que la profession, l'âge et le rôle du narrateur ou de la personne qui l'a rapportée au narrateur. En bref, derrière une apparente simplicité, l'écriture est soigneusement travaillée; on a un ton, du relief, de la subtilité. Goûtez-y, c'est délicieux.


Botanique du désir : Ces plantes qui nous séduisent
Botanique du désir : Ces plantes qui nous séduisent
par Michael Pollan
Edition : Broché
Prix : EUR 19,30

3.0 étoiles sur 5 Original, divertissant, mais peu étayé et un rien brouillon, 5 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Botanique du désir : Ces plantes qui nous séduisent (Broché)
Un livre inclassable. Ni essai, ni récit, c'est plutôt une balade mi-méditative, mi-journalistique de l'auteur à partir d'une hypothèse : de même que les plantes à fleurs et à fruits (les angiospermes) ont un lien privilégié et vital pour leur propagation avec certains animaux tels que des insectes pollinisateurs ou des mammifères qui mangeront leurs fruits et élimineront les graines plus loin tout en bénéficiant de l'apport nutritionnel des fruits et noix, certains végétaux auraient établi un lien similaire d'interdépendance avec l'être humain.
Il s'agirait aussi d'un lien de "co-évolution", les végétaux évoluant génétiquement pour "plaire" l'homme, qui les propage, et l'être humain agissant, par la sélection, l'hybridation et désormais la manipulation génétique, sur ces végétaux qui lui plaisent particulièrement ou lui sont de la plus grande utilité.

Michaël Pollan développe l'exemple de quatre végétaux:
1) Le pommier. C'est par la relative douceur des ses fruits (surtout après hybridation et production par greffe) qu'il "tiendrait" l'homme.
2) Le cas de la tulipe révèlerait que certaines fleurs s'attachent l'Homme par sa sensibilité à leur beauté. Appréciée des sultans ottomans, la tulipe fut l'objet d'une folle passion aux Pays-Bas au début du 17e s au point d'être au centre la première bulle spéculative de l'histoire du capitalisme.
3) La marijuana représente les végétaux dont certaines substances permettent l'altération de la conscience. C'est par le goût de certaines personnes pour les psychotropes que certaines plantes les "tiendraient".
4) La pomme de terre, en se prêtant bien à de multiples sélections, hybridations et manipulations serait exemplative de la manière dont certaines plantes "joueraient" de l'attrait de l'Homme pour la grande plasticité génétique du végétal. Elle "lie" l'homme par l'égo, "se servant" de la sensation de pouvoir qu'elle donne à qui parvient à diriger cette plasticité à ses propres fins.

Pourtant agréablement rafraichissante, la thèse de Mr Pollan n'est pas développée de manière étayée ni même systématique. La solidité scientifique n'est semble-t-il d'ailleurs pas le but de l'auteur, même si l'introduction le laisse presque croire. Disons que Mr Pollan médite en se promenant tantôt dans son jardin, tantôt à travers les Etats-Unis et occasionnellement ailleurs. Il digresse volontiers, consacrant par exemple de longues pages sur un ton "people" à un certain John Chapman dit Johnny Appleseed qui planta des vergers de pommes à cidre en avançant d'est en ouest et incarnant ainsi la colonisation et la réussite américaines. Journaliste de profession, Mr Pollan se perd parfois dans la mise en scène (ex: description physique des gens rencontrés dans son enquête ou de la rivière qu'il descend). En outre, l'auteur ne nous épargne pas quelques raccourcis intellectuels, et dans le chapitre sur la tulipe une poignée de préjugés affligeants sur les Hollandais du 17e siècle. Il y fait par ailleurs grand étalage d'une triste méconnaissance de l'histoire et de la culture de cette région. De manière générale, quand un phénomène a plusieurs causes, il sélectionne celles qui conviennent à (colorer) son propos.

En bref, pour autant qu'on ne cherche pas ici un ouvrage construit, une réflexion directe qui soutiendrait de manière centrée et solide cette approche pourtant intrigante et novatrice du lien végétal-humain, on appréciera sans doute cette lecture assez amusante et certaines pages riches d'une belle réflexion méditative.


Les mandalas : Exercices de méditation
Les mandalas : Exercices de méditation
par Sylvie Verbois
Edition : Broché
Prix : EUR 10,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
1.0 étoiles sur 5 Un fourre-tout intellectuellement douteux et un brin New Age., 28 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les mandalas : Exercices de méditation (Broché)
Il me semble que ce le livre effleure divers aspects, sans rien approfondir ni étayer les propos. A l'occasion, il s'éloigne même franchement du sujet. Il n'est ni théorique, ni utilement pratique. Ses trois parties et leurs divers chapitres se suivent sans que le lien entre eux apparaisse clairement. D'ailleurs, le pire s'annonce dès l'introduction. Dans les ouvrages solides, celle-ci présente généralement l'objectif du livre et ses limites. Ici, l'auteure se souvient de son papa défunt et mentionne le plaisir avec lequel elle a toujours dessiné. Guère plus.

La mandala est— pour le dire trop brièvement-- un dessin centré, image à la fois du monde et du corps et du psychisme humain. L'auteure se réfère aux mandalas qui trouvent leur origine dans la culture spirituelle de l'Inde classique, transmise ensuite au Tibet (ex: les dessins de sable réalisés par les moines tibétains) donc pas à leur contrepartie dans d'autres cultures. Déjà dans ces limites, ce sujet est vaste et profond. Hélas, ce n'est pas dans ce livre que vous le percevrez le mieux.

Lisez bien le sous-titre "Exercices de méditation" : on n'apprend ici ni à colorier une mandala (selon la valeur symbolique des couleurs en Inde, par exemple), ni à en dessiner.
Les "méditations" font l'objet de la partie III du livre, soit plus de la moitié de l'ouvrage. Une série de doubles pages propose à gauche le texte de la "méditation", et à droite le dessin d'une mandala en quelques traits noirs.
Hélas, l'auteure n'indique pas sur quel texte de l'Inde classique, quel enseignement de tel ou tel maitre spirituel hindou ou quel ouvrage bien étayé elle s'appuie pour affirmer que la mandala représentée est bien celle de l'eau (un des cinq "éléments" de la culture indienne classique), celle du retour, de l'intériorisation, etc.
La question se pose de manière d'autant plus aiguë que le texte sur la page de gauche vient de l'imagination de l'auteure: dans une "visualisation", elle invite le lecteur à se poser quelques questions liées au thème de la mandala représentée, et après une citation, vient une "affirmation" à se répéter intérieurement (ex: "j'aspire à être celle que je suis. J'aspire à la tranquillité de mon âme, le repos de mon corps, à la quiétude et à la silencieuse douceur du temps", p. 138).

Comme le révèle cet exemple, l'auteure estime que le lecteur croit d'office en l'existence d'une âme. Déjà dans les deux premières parties du livre, on trouve des assertions telles que "Le corps naît du désir que l'âme éprouve à s'incarner." (p. 78), là où, personnellement, j'aurais aimé trouver "selon la tradition brahmanique/védique/XYZ" ou au moins un "je pense/crois que".

Les choix éditoriaux me laissent également perplexe. Dans les premiers chapitres, certaines mandalas ou un yantra (dessin apparenté) sont décrits en grand détail… mais pas illustrés. Ailleurs, les chakras sont associés à des couleurs mais le mini-dessin qui illustre chacun d'eux est en noir et blanc. Par contre, le livre se termine sur quelques "cartes détachables" en quadrichromie sur papier glacé, montrant des déités hindoues (qu'ont-elles à voir avec les mandalas choisis ou les "méditations" proposées?) dans l'abondance de couleurs dont l'Inde à le secret.


L'Armoire des robes oubliées
L'Armoire des robes oubliées
par Riikka Pulkkinen
Edition : Broché
Prix : EUR 7,60

4.0 étoiles sur 5 Finesse psychologique et belle écriture maitrisée, 21 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Armoire des robes oubliées (Broché)
Un roman captivant… pour qui en apprécie le rythme plutôt lent et le côté intériorisé.
En effet, les événements sont surtout psychologiques, et puis il y a des moments de grande poésie dans la perception des petites choses du monde. Si vous êtes plutôt d'humeur à plonger dans un roman de vive action, mieux vaut remettre à plus tard la découverte de ce petit bijou nordique.
Chaque chapitre se centre sur un des personnages et donne un bout de l'histoire par le regard de ce dernier. Par ailleurs, certains chapitres racontent des moments vécus dans les années 1960, alors que d'autres donnent le cours des événements présents (années 2000). Des échos subtils relient le tout, tissant véritablement le récit et livrant peu à peu au lecteur de quoi comprendre le comportement des uns et des autres, les relations qu'ils entretiennent, et leurs forces et failles actuelles. Si cette structure requiert un peu plus d'attention qu'un récit purement linéaire et chronologique, elle donne assurément de l'épaisseur aux personnages, elle les nuance. Le lecteur est poussé de chapitre en chapitre, avide de découvrir l'envers des choses, les dessous de cartes. La force de l'écriture et la finesse d'observation des personnages font le reste.

Je suis bien incapable de comparer le texte français à la version originale finnoise parue sous le titre "Totta", mais la traductrice, Claire Saint-Germain, a livré un texte écrit dans une belle langue précise et simple à la fois.
Riikka Pulkkinen avait 30 ans lorsque ce livre a paru en 2010. On ne peut que s'émerveiller de la profonde connaissance qu'elle avait déjà de l'esprit humain. Elle rend magnifiquement le mélange de légèreté et de sérieux, d'ouverture et de retrait, de joie et de souffrance de l'existence. Que cette dernière phrase ne vous fasse pas craindre le pire: on déguste aussi dans ce roman de nombreuses glaces, on boit du lait revigorant de vaches qui viennent de vêler; on profite de la senteur boisée des saunas, plonge dans l'eau pure des lacs. Un grand-père et sa petite-fille jouent à imaginer la vie d'un passager du tram dans lequel ils voyagent. On touche des peaux amoureuses, pousse des enfants sur des balançoires.


Héros et Merveilles du Moyen Age
Héros et Merveilles du Moyen Age
Prix : EUR 9,49

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Un beau livre pour une première approche du sujet et de Le Goff, 14 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Héros et Merveilles du Moyen Age (Format Kindle)
Comme première approche des thèmes, l'ouvrage est très agréable(dans sa première version imprimée ISBN 2020637952 Héros et merveilles du Moyen Age du moins). Il est cartonné, imprimé sur beau papier et richement illustré. Les chapitres sont brefs (3 à 12 pages environ). On y fait de petites découvertes, historiques, littéraires, étymologiques parfois. Le lecteur y apprend quand et comment les "héros et merveilles" ont pris place dans l'imaginaire médiéval européen, ainsi que leurs prolongements jusqu'à nos jours (cinéma, littérature). Mr Le Goff interprète le sens et le rôle de ces héros de l'imaginaire médiéval, soit en résumant son analyse personnelle souvent publiée plus en profondeur ailleurs, soit en se référant à l'un ou l'autre auteur qu'il approuve. Faute de se trouver devant du neuf, et même si les chapitres me semblent de qualité inégale, on ne peut qu'admirer la manière dont l'auteur parvient à situer les sujets dans l'imaginaire médiéval et à les mettre en perspective en relativement peu de pages.

Les fidèles de Le Goff ne doivent pas s'attendre ici à une nouvelle percée dans la manière d'écrire l'histoire. Ce livre est plutôt une corbeille garnie de fruits d'une carrière. L'auteur se réfère relativement souvent à ses propres ouvrages et articles. Bien sûr, la bibliographie renvoie aussi à d'autres historiens qui ont pris le relais. J'ai pour ma part eu quelques difficultés l'écriture. Les phrases sont parfois interminables, portées vaille que vaille par une syntaxe alambiquée et boiteuse.

Les "héros" sélectionnés ont soit une base historique (Arthur, Charlemagne, Le Cid, Roland), soit un parcours principalement littéraire ou imaginaire ( Tristan et Yseult, la papesse Jeanne, Mélusine, Merlin). D'autres incarnent des fonctions sociale et culturelle (le jongleur, le troubadour/trouvère, le chevalier/la chevalerie). Il y a deux animaux, l'un imaginaire (la licorne), et l'autre bien réel mais retravaillé par l'imaginaire médiéval, le renard (Renart). Finalement, l'auteur présente un héros collectif (la Mesnie Hellequin), et les Walkyries. Les "merveilles" auxquelles se réfère le titre sont principalement des lieux généralement clos et liés au pouvoir : la cathédrale, le château-fort et le cloître.

Le chapitre sur "Cocagne" (pays imaginaire et puis mât dans le folklore populaire), me paraît particulièrement précieux parce que l'auteur y suit, avec une riche analyse, le contenu d'un fabliau dont les éditions sont difficiles d'accès (ou du moins l'étaient avant la parution en français en 2013 d'un ouvrage de Hilario Franco Junior, que Le Goff préfacera). De même, l'analyse de la Papesse Jeanne et de l'apparition de ce personnage dans le contexte ecclésiastique et social du XIIIe siècle, m'a paru agréablement poussée pour un chapitre de quelques pages seulement (Le Goff s'appuie ici sur le livre d'Alain Boureau).

L'angle d'approche choisi par l'auteur et son analyse des thèmes méritent qu'on s'arrête, ne fût-ce que le temps d'un emprunt à la bibliothèque, sur ce livre agréable à manier et joliment illustré.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 24, 2014 4:56 PM MEST


Certaines n'avaient jamais vu la mer
Certaines n'avaient jamais vu la mer
par Julie OTSUKA
Edition : Pocket Book
Prix : EUR 6,60

5.0 étoiles sur 5 Une très belle écriture, 27 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Certaines n'avaient jamais vu la mer (Pocket Book)
Ce très beau roman court esquisse, de manière que je qualifierais d'impressionniste, la situation de milliers de femmes un jour parties du Japon pour les Etats-Unis au début du 20e siècle, afin d'épouser un japonais déjà immigré là bas, qu'elles n'avaient jamais vu que sur photo. Après plusieurs décennies de très dur labeur dans les champs, dans les vignes, dans les blanchisseries, comme domestique ou comme prostituée, et de survie dans des cabanes, des granges puis enfin des maisons, ces femmes, parfois précédées de leur époux, et puis accompagnées de leurs enfants pourtant américains car nés sur le sol des Etats-Unis et scolarisés, intégrés, seront tout à coup déportées vers des camps. Les autorités américaines soupçonnent, de manière infondée, ces pauvres bougres laborieux et bien intégrés de traitrise et d'entente avec l'ennemi japonais : la deuxième guerre mondiale a éclaté. Le récit ne suit pas un fil narratif classique; une succession, presque une juxtaposition, tout juste chronologique, de chapitres suggère, comme des tableaux peints à petites touches, l'arrivée des demoiselles, la première nuit avec le mari inconnu, le travail et les rapports avec les blancs, les enfants, les rumeurs de "traitrise", les préparatifs au départ, la disparition dans l'indifférence, et l'oubli.

Le quatrième de couverture qualifie l'écriture de Julie Otsuka de "puissante, poétique, incantatoire". Et c'est vrai! La plume est forte, le récit est véritablement sculpté au couteau. Les phrases, souvent courtes, semblent marteler la répétition du geste au champ, la dureté de la vie, le zèle infatigable de ces Japonaises laborieuses, soumises, discrètes, l'écart qui se creuse entre parents immigrés et enfants américanisés. Glissant de nuance en détail, l'auteure dévoile toute une panoplie de situations, certaines rurales, d'autres urbaines. Des vies de mères, et des vies de femmes qui ne le sont pas. Des enfants aimés, d'autres non désirés, et puis ceux qui mourront. Des femmes maltraitées, des femmes abandonnées ou négligées, parfois des femmes aimées. L'homme apparait en arrière-plan, comme élément du contexte de vie de ces femmes ; ce sont elles qui sont au centre du livre, même si elles marchent souvent, comme leurs mères le leur ont appris, trois pas derrière lui et le servent.
Les mots sont choisis, les images efficaces, le rythme est soutenu et dense. Un délice pour qui aime que la langue écrite se distingue de la simple transcription du langage parlé! Et encore, nous n'avons ici que la traduction (de Carine Chichereau). J'ose imaginer l'écriture de la version originale (The Buddha in the Attic) encore plus belle et puissante.


Deux ou trois choses que l'on ne vous dit jamais sur le capitalisme
Deux ou trois choses que l'on ne vous dit jamais sur le capitalisme
par Ha-Joon Chang
Edition : Broché
Prix : EUR 21,00

4.0 étoiles sur 5 Clair et argumenté. Critique et constructif à la fois., 21 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Deux ou trois choses que l'on ne vous dit jamais sur le capitalisme (Broché)
Un exposé très clair et accessible dans lequel l'auteur, professeur à Cambridge, remet en question de manière solidement argumentée, mais sans lourdeur ni excès de technicité, une série d'affirmations (et croyances) sur lesquelles les défenseurs du libéralisme dur (free market capitalism) appuient leur plaidoyer pour la libéralisation/dérégulation toujours plus totale des marchés et la non-intervention des Etats.

Le livre se compose de 23 chapitres d'une grosse douzaine de pages, dont chacun commence par la présentation brève d'une des affirmations des défenseurs du libéralisme pur et dur. Viennent ensuite les contre-arguments de l'auteur, illustrés d'exemples tirés non seulement de l'histoire et les réalités actuelles des économies européennes et américaines, mais également de celles des pays asiatiques (il est lui-même Sud-Coréen), sans oublier l'Afrique postcoloniale.
Mr Ha-Joon Chang montre, entre autres, que:
• Il n'est pas possible qu'un marché soit complètement libre — cela n'existe pas
• Laisser les riches s'enrichir encore ne finit pas par rendre tout le monde plus riche par percolation de la richesse vers les couches socio-économiques moins aisées.
• Les pays pauvres ne deviennent pas plus riches s'ils ouvrent, libéralisent leur marché (au lieu de le protéger)
• Le capital a une nationalité, garde une attache avec son pays d'origine (les multinationales ne sont pas indépendantes de leur pays d'origine)
• Une plus grande stabilité macro-économique ne rend pas l'économie mondiale plus stable
• Nous ne vivons pas dans une ère postindustrielle
• Augmenter le niveau d'éducation ne rend pas –en soi-- un pays plus riche
• Les marchés financiers ne doivent pas devenir plus efficaces, mais au contraire, moins efficaces
• L'invention du lave-linge a plus changé le monde que ne l'a fait internet.

En conclusion du livre, l'auteur formule huit pistes pour reconstruire l'économie mondiale. Il ne s'oppose pas au capitalisme, mais en prône une forme différente.
Le livre a été rédigé début 2010, donc après la crise de 2008 (qui est quelques fois mentionnée comme conséquence de certains éléments que l'auteur reproche au libéralisme tel qu'il se développe depuis quelques décennies)

En bref, ce livre vient comme une bouffée d'air frais, une invitation à un regard nuancé sur certaines affirmations. Pas d'acharnement polémique destructeur ou de discours classique et assez attendu, qu'on étiquetterait comme étant de "gauche" : on y entend ici une autre voix, et une invitation à une voie médiane, à une sorte de "capitalisme humaniste".

Ce commentaire se base sur la version originelle anglaise, 23 Things They Don't Tell You about Capitalism .


Maîtres et élèves au Moyen Age
Maîtres et élèves au Moyen Age
par Pierre Riché
Edition : Poche
Prix : EUR 9,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Synthèse utile mais pas parfaite, 24 mars 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Maîtres et élèves au Moyen Age (Poche)
Ce livre, qui présente l'évolution de l'éducation au Moyen Age (du Ve au XVe s), est composé de deux parties, écrites respectivement par Mr Riché (Haut Moyen Age, jusqu'au XIIe s) et Mr Verger (période des universités).

Mr Riché traite principalement de la mise en place des premières écoles ecclésiastiques (surtout monastiques) à l'époque carolingienne, puis du développement d'écoles cathédrales et ensuite également canoniales. Parmi les chapitres les plus détaillés de cette première partie du livre figure celui qui présente la floraison d'écoles à Paris au 12e s-- avec leurs figures de proue respectives, et du programme des études à cette époque.
Dans la seconde partie, Mr Verger traite de la naissance et de la montée en puissance des universités, mais également, dans un dernier chapitre très intéressant, des écoles non-universitaires de la fin du moyen âge (écoles ecclésiastiques liées aux ordres mendiants, écoles juives, formations professionnelles en droit coutumier ou en mathématiques utiles aux marchands, écoles de petites ville set villages, ou nouveaux projets pédagogiques qui annoncent la naissance prochaine des collèges modernes).
Un thème parcourt tout l'ouvrage : durant tout le Moyen Age, l'enseignement a continué à s'appuyer sur des auteurs classiques (qui n'ont donc pas été "redécouverts" à la Renaissance), tout en en faisant une lecture de plus en plus résolument chrétienne.

J'accorderais une note de 3 étoiles à la première partie et de 4 à la seconde, que je trouve intellectuellement plus satisfaisante. Il me semble en effet que Mr Riché n'invite guère le lecteur à saisir les implications de ce qu'il décrit et qui ressemble parfois à une sorte de catalogue un peu austère. Mr Verger indique plus fréquemment les limites des sources et souligne mieux ce que ces documents révèlent comme signes d'évolution des structures scolaires, de la vision de l'enseignement, des rapports entre Eglise et société laïque, etc.

Si les sources sont parfois rares sur certains sujets tels que la vie quotidienne des maitres et élèves, il faut dire également que les auteurs exploitent très peu (et c'est un euphémisme) les sources non-écrites. Ils respectent hélas ainsi la triste tradition universitaire francophone d'un trop grand cloisonnement entre "histoire", "histoire de l'art" et "archéologie". Il est possible que les sources iconographiques ou archéologiques aient été maigres pour certaines époques, mais j'aurais alors apprécié que ce fût mentionné. De nouveau, Mr Verger tire mieux son épingle du jeu en mentionnant – une fois! – les miniatures des manuscrits universitaires (p. 262). Par ailleurs, s'il se réfère également à des maîtres, écoles et courants anglais, allemands, ou italiens, entre autres, l'ouvrage privilégie la France. Il est de ce fait parfois difficile de distinguer ce qui révèle l'importance réelle de Paris ou de telle école française de ce qui tient d'une lecture un brin "hexagonale" des choses.

Malgré ces quelques réserves, le livre offre une bonne première approche de l'éducation en Occident durant le Moyen Age. Il a le mérite aussi de couvrir 10 siècles de quelque 300 pages. Trois index (noms de personnes, lieux et matières) le clôturent, ainsi qu'une une orientation bibliographie encore assez récente, puisqu'il s'agit ici de l'édition au format de poche d'un ouvrage paru en 2006 (chez Tallandier).


Northern Renaissance Art
Northern Renaissance Art
par Susie Nash
Edition : Broché
Prix : EUR 22,48

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Excellent. Le contexte et les objectifs de création d'oeuvres à la Renaissance en Europe du Nord, 23 février 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Northern Renaissance Art (Broché)
Pour qui lit l'anglais, un ouvrage passionnant sur le contexte de création artistique en Europe du Nord à la Renaissance (entre la fin du 14e et le début du 16e s). Par Europe du Nord, l'auteure entend principalement les Pays-Bas dits bourguignons et l'Allemagne.

Un premier chapitre montre magistralement comment et pourquoi nous avons longtemps associé le terme de "Renaissance" à l'Italie (surtout florentine d'ailleurs), voyant les productions artistiques du nord à travers un prisme déformant qui ne nous permettait pas, même encore au 20e s, de véritablement apprécier les caractéristiques propres à l'art du nord.

Susie Nash, qui enseigne au Courtauld Institute of Art de Londres, traite ensuite entre autres
• des moyens techniques actuels permettant l'étude des œuvres et leur processus de création, de la manière dont elles étaient utilisées (ex: usure marquant la manière dont un triptyque était ouvert/fermé), des matériaux et pigments, etc. Les sources écrites sont aussi brièvement abordées (inventaires à la succession d'un commanditaire ou d'un artiste, contrats, règlement des guildes…)
• des marchés de l'art : centres de production, quels types d'œuvres pour quel public
• du statut des artistes et leurs sources de revenus (artiste de cour, artiste "marchand" indépendant comme Memling, Dürer, parfois détenteurs d'un commerce annexe, etc)
• de la signature et/ou l'apposition de marques d'auteur sur les œuvres (quelles œuvres, où sur l'œuvre, motivations)
• des ateliers (équipement et force de travail, apprentissage, recherche continuelle du meilleur matériau, de l'excellence technique, ainsi que de la meilleure organisation pratique et logistique)

Un chapitre traite de la manière dont les "images" produites (surtout peintures et sculptures) étaient utilisées, manipulées (ex: les petits reliquaires portables comme le "libretto" de Louis d'Anjou), avec une section passionnante sur l'utilisation de la statuaire pour la mise en scène de certaines cérémonies religieuses entourant Pâques (élévation d'un Christ en gloire vers un trou dans le toit de certaines églises allemandes lors de l'Ascension, par exemple).

L'ouvrage est richement illustré, complété par une solide bibliographie critique et un index. J'ai trouvé son style fluide et agréable. Il ne s'agit pas d'un catalogue d'œuvres, d'une présentation systématique d'un artiste ou même d'un art (même si la peinture, la sculpture, et —plus rare —la tapisserie sont les plus souvent mentionnés).
Lorsqu'une œuvre est décrite en détail, c'est à titre exemplatif, pour en révéler le contexte de création, souligner la manière dont les artistes savaient éviter un écueil technique, choisir le matériau et la technique les mieux adaptés aux objectifs poursuivis.

Au-delà de la compétence évidente de Susie Nash, et du fait que le livre s'appuie sur des sources sérieuses et citées, "Northern Renaissance Art" est un ouvrage un peu trop rare qui révèle en toile de fond qu'un véritable "historien" de l'art est capable de fournir un solide travail de recherche documentaire et technique et de réflexion scientifique.
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