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L'épouse hollandaise
L'épouse hollandaise
par Eric McCormack
Edition : Broché
Prix : EUR 9,70

5.0 étoiles sur 5 Captivant, 22 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'épouse hollandaise (Broché)
Captivant! L'auteur a réussi à happer mon attention dès la première page et je n'ai plus pu lâcher le livre. La petite présentation sur le site situe bien le contexte--- car on ne peut véritablement résumer un récit qui tient à la fois de la poupée gigogne et de la pelote de laine dont on tirerait un bout, encore, encore un peu, et qui emmène le lecteur toujours plus loin à la suite de héros aux vies pour le moins exotiques.
L'écriture est très physique; on perçoit les odeurs, l'ambiance des maisons, la moiteur des îles, l'air canadien glacé, la lumière, les corps, les humeurs de la mer, la durée des voyages en train. Le rythme du récit est bien tenu, bien rythmé, enlevé mais sans excès.
Un des personnages est anthropologue; l'addition de ses aventures et rencontres d'autres sociétés confine au loufoque, et pourtant on y plonge sans retenue, on veut croire que c'est vrai, ravi de voyager un bon coup, tout en restant à l'abri des moustiques, du mal de mer et d'étranges vers dont la présence s'annonce dès la première page pour revenir de temps à autre --comme l'allusion à "l'épouse hollandaise"--ponctuer le récit.
McCormack est assurément un grand conteur-- Ce commentaire se base sur la version originale intitulée The Dutch Wife (Penguin, Canada 2002)


Le fait religieux : Une approche de la chrétienté médiévale
Le fait religieux : Une approche de la chrétienté médiévale
par Bernard Merdrignac
Edition : Broché
Prix : EUR 15,00

3.0 étoiles sur 5 Contenu souvent intéressant; faiblesse de style et de structure, 19 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le fait religieux : Une approche de la chrétienté médiévale (Broché)
Quel dommage! Ce livre contient quelques pépites, mais souffre de gros problèmes de forme et de style sur lesquels je reviendrai plus bas. Il me semble que titre et sous-titre auraient dû être intervertis : il s'agit bien, globalement, d'une approche de la chrétienté médiévale. Je présume que "Fait religieux" est un intellectualisme destiné à indiquer que le livre approche le sujet par les concepts, la pensée et les motivations qui ont mené à la mise en place de la doctrine et des institutions de la chrétienté latine. Byzance n'est citée que de manière périphérique.

Comme le Moyen Age couvre conventionnellement une période de dix siècles commençant au Ve s, c'est-à-dire assez vite après le moment où le christianisme devint religion officielle de l'empire romain et dut commencer à se définir et se structurer, l'auteur repart souvent des origines de la chrétienté. Il développe surtout la période médiévale bien sûr, mais va occasionnellement jusqu'à la Réforme (pour ce qui est des pages très instructives sur les 7 sacrements), voire à Vatican II (pour la fonction de diacre, par exemple).

Globalement, le livre traite de la définition progressive et de l'installation des choses; il ne vise donc pas à lister des faits et événements. Il donne par exemple les grands traits du discours et de la pensée menant à la croisade et non pas un récapitulatif systématique des croisades successives. Sont entre autres présentées ainsi l'importance et l'évolution au Moyen Age des notions d'âges du monde, de pèlerinage (dévotionnel, de guérison, expiatoire) ou ce qui a probablement mené à l'apparition du concept de purgatoire. De même, l'auteur traite de ce qui sous-tend l'année liturgique et le cycle des prières des offices monastiques. Dans un autre domaine, il retrace l'évolution du concept de parochia/paroisse depuis sa définition comme tournée de l'évêque dans les communautés chrétiennes jusqu'à celle d'une unité territoriale et administrative. Il présente aussi le rôle religieux, social et communautaire du cimetière.

Mr Merdrignac tord le cou au passage à quelques idées erronées. C'est le cas lorsqu'il nuance fortement (p. 89-92) l'idée selon laquelle le judéo-christianisme aurait une vision du temps uniquement linéaire, historique (souvent exemplifiée par le récit de la Création) alors que des spiritualités telles que l'hindouisme ou le bouddhisme ne verraient le temps que comme cyclique. De même, deux ou trois pages passionnantes remettent en question l'origine gréco-latine de la démocratie pour plutôt ancrer celle-ci dans le fonctionnement des institutions ecclésiastiques (notamment l'élection des abbés dans les monastères suivant la règle de St Benoit). Par ailleurs, l'auteur prend soin de retracer l'étymologie d'une série de termes liés à l'église ou à la chrétienté (sacrement, testament, biblia/bible, notion d'ère, parochia/paroisse, curé, ouailles, etc)

Hélas, ces aspects précieux sont perdus dans une structure parfois un peu opaque et un style d'une lourdeur souvent pénible. Fallait-il donc imposer au lecteur la traversée fréquente de véritables forêts de parenthèses et autres guillemets entourant des citations à l'utilité parfois douteuse?
Un index aurait grandement facilité la consultation postérieure ou ponctuelle de l'ouvrage. Quant au lexique, il laisse perplexe: la moitié des termes n'a pas grand-chose à voir avec le contenu du livre. Par contre, vous n'y trouverez pas "sacrement", "sanctoral", "temporal", pourtant abordés dans le texte.

Le livre se termine sur un "choix de documents" qui répond à une logique mystérieuse. Pourquoi spécifiquement ces textes-là, dont peu sont mentionnés dans le corps du livre? Et pourquoi l'auteur ne renvoie-t-il pas le lecteur à un extrait de cette sélection les rares fois où il en parle dans le corps du livre (ex: l'article de la règle de St Benoit qui régit l'élection de l'abbé)? Je présume que cet ouvrage est né de notes de cours de l'auteur lorsqu'il enseignait à l'université de Rennes, et qu'il n'a pas été repensé.


La fabrication de l'aube
La fabrication de l'aube
par Beauchemin Jean-François
Edition : Poche
Prix : EUR 6,70

4.0 étoiles sur 5 Un petit récit fort et au style ciselé, 4 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La fabrication de l'aube (Poche)
Par son style ciselé, ce petit livre autobiographique évite merveilleusement le grand déversement plat, linéaire, voire larmoyant que le genre fait parfois subir au lecteur.
On se trouve devant un jeu d'ombres et de lumière: à la souffrance atroce connue lors d'une maladie grave (mentionnée, présente, mais jamais décrite ni même nommée) et d'une longue hospitalisation, répondent la gratitude et d'amour de l'auteur envers ses frères, sa sœur et sa femme, présents à ses côtés durant cette épreuve, mais aussi envers ceux et ce dont le souvenir heureux l'a soutenu (ses parents décédés, ses chiens successifs, une enfance joyeuse dans sa fratrie, les animaux sauvages qui s'aventurent parfois tout près de chez lui, etc).

La plume de J.F Beauchemin est dense, intense, parfois poétique. Le sens d'un paragraphe vous échappe quelquefois de justesse, mais c'est tant mieux car cela se passe toujours en faveur de la pudeur et d'une touche de légèreté. Ce livre m'a paru aussi puissant que bref; peut-être le lecteur ne pourra-t-il en raconter grand-chose le lendemain, mais l'expérience même de ce moment de lecture vaut la peine par sa force, la lumière de l'amour qui fabrique peu à peu l'aube du titre, et le plaisir que procure un texte aux mots finement choisis.


Geschichte der Technik im Mittelalter
Geschichte der Technik im Mittelalter
par Marcus Popplow
Edition : Broché
Prix : EUR 8,82

3.0 étoiles sur 5 Apercu (très) général., 2 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Geschichte der Technik im Mittelalter (Broché)
Pour ceux qui lisent l'allemand, cherchent un aperçu général du thème, … et n'ont pas encore beaucoup lu sur le Moyen Age (tout en connaissant quelques grandes caractéristiques politiques et sociales de l'époque).

La collection "Wissen" des éditions C.H. BECK propose des petits ouvrages de 128 pages correspondant, en gros, par leur format et leur focalisation sur un thème, aux "Que-sais-je?" des PUF ou à la collection "Very Short Introduction" de l'Oxford University Press en Grande-Bretagne. Dans Technik im Mittelalter", Marcus Popplow dresse un panorama (très) général de l'usage de la technique et la technologie sur les 10 siècles que couvre conventionnellement le Moyen Age.

L'introduction, mais également la première section définissent le cadre, dont les aspects suivants: Quelles sont les sources (écrites et archéologiques)? Quels furent les lieux où les techniques (outils, engins, etc) furent utilisées (monastères, champs de bataille, ateliers des artisans, usage domestique, les cours seigneuriales)? Qui furent les inventeurs et les utilisateurs (= beaucoup d'anonymes). Existait-il des institutions traitant des affaires liées à la technique? Quelles étaient les sources d'énergie?

J'avoue avoir trouvé la présentation de chacun de ces points éminemment succincte.
En outre, qui a déjà beaucoup lu de monographies sur divers aspects du Moyen Age aura très probablement déjà rencontré ailleurs bon nombre des informations données par Mr Popplow.

Quelques passages m'ont pourtant semblé plus intéressants et plus personnels
1) Les pages sur les concepts et le vocabulaire. L'auteur se penche sur les mots latins disponibles dans le domaine technique et leur sens dans l'antiquité et au Moyen Age ("Instrumentum", "artificium", "ingenium" et "machina" et l'apparition au Moyen âge dans les langues romanes de mots qui donneront notre "ingénieur"). Mr Popplow se penche aussi sur le mot et concept latin "ars" et sur la liste des 7 "artes mechanicae" de Hugues de St Victor.
Il observe en outre à quel moment et comment les nouveautés techniques/technologiques commenceront à être mentionnées dans les écrits médiévaux, ainsi que les balbutiements d'une protection juridiques des inventions au 15e s.

2) La section finale sur ce qui a motivé l'évolution technique
L'auteur y présente entre autres un résumé des hypothèses et débats sur des questions telles que "le christianisme a-t-il poussé à l'innovation technique?" Il se penche également sur le fait étonnant que de grandes réalisations médiévales comme la construction de cathédrales gothiques aient été possibles en l'absence de concepts, de connaissances théoriques, de plans généraux de construction. Il observe aussi le rapport que la culture européenne de l'époque entretenait avec la technique/technologie (discours ou absence de discours). l’auteur revient enfin sur un point mentionné dans son introduction, à savoir l'inadéquation de séparer les 16e et 17e s du 15e siècle dans l'étude de l'histoire des techniques et technologies.

Toute la partie centrale du livre présente (toujours brièvement) une série de processus d'innovation (évolution des moulins à eau, apparition du moulin à vent, évolution de l'armement vers l'usage d'armes à feu, textile, imprimerie, agriculture, exploitation minière, travail du verre, invention de l'horloge mécanique, …). Il n'est pas nécessaire de s'y connaître en technique/technologie pour lire ce livre.

A vrai dire, je recommande plutôt, et de loin--- à qui lit l'anglais du moins---Power and Profit. The Merchant in Medieval Europe, de P. Spufford Power and Profit: The Merchant in Medieval Europe
qui, par delà les aspects commerciaux liés au thème central, recèle un trésor d'informations sur la production de divers biens de luxe impliquant des savoirs techniques (draps de lin, laine ou soie, papier, orfèvrerie, armes et armures, objets de cuivre, poterie, savon, importance de la soude dans la verrerie ou de l'alun dans la fixation des pigments, tradition anglaise de la broderie, etc).
Le livre en français de J. Gimpel "La révolution industrielle au Moyen Age" figure dans la bibliographie de Mr Popplow. Cependant, il date de 1976, et indépendamment des qualités des ouvrages, l'historiographie évolue.


Discours sur l'origine de l'univers
Discours sur l'origine de l'univers
par Etienne Klein
Edition : Poche
Prix : EUR 6,00

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Exposé brillant, mais que tous n'apprécieront pas., 8 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Discours sur l'origine de l'univers (Poche)
Le titre est peut-être légèrement ambigu. Il ne s'agit pas d'un long discours que Mr Klein tiendrait sur l'origine de l'univers, mais d'une présentation par l'auteur de la manière dont les recherches et découvertes en astrophysique (entre autres) aux 20e et 21e siècles modifient la cosmologie, voire même la nature des questions relatives à l'origine de l'univers (y en a-t-il une, et si c'est le cas, quelle est-elle, etc)
Mr Klein reprécise au passage le fameux "big bang" souvent mal compris et introduit dans un long chapitre le grand défi actuel appelé "mur de Planck", qui consiste à établir une théorie plus puissante que la seule relativité générale, qui inclura aussi les interactions électromagnétique, nucléaire faible et nucléaire forte.

L'auteur s'exprime méthodiquement, dans une langue claire. Il prend soin d'installer des concepts et quelques lois de la physique sans utiliser de mathématiques, de déployer les raisonnements. Il suffit d'essayer de résumer ou de reformuler des sections du livres pour se rendre compte que chaque mot est pesé, qu'aucune phrase n'est inutile ou redondante. Franchement, c'est brillant. En ce sens, je comprends l'enthousiasme des commentateurs précédents!
Hélas, c'est aussi ce qui me pousse à apporter un petit bémol.

Tentant l'exercice de la reformulation ou même de la restitution de l'un ou l'autre raisonnement exposé par Mr Klein, j'ai rapidement trébuché sur un constat lucide : je ne dispose pas des connaissances et outils intellectuels et scientifiques qui me permettraient de me faire une idée de la valeur réelle de ce qu'avance Mr Klein ou même simplement d'exposer les choses avec mes propres mots.
Par conséquent, il est probable que les commentateurs précédents, enthousiastes voire dithyrambiques, avaient de meilleures bases en physique que moi et/ou que, grands amateurs d'épistémologie et de déploiements philosophiques, ils ont surtout aimé se laisser porter par la l'impression de puissante clarté et par la fluidité parfois presque grisante de l'exposé, indépendamment de leur capacité à véritablement mâchouiller le contenu par eux-mêmes.
L'appréciation de ce livre me semble donc dépendre en partie de la formation et de la personnalité du lecteur.


Contes carnivores
Contes carnivores
par Bernard Quiriny
Edition : Poche
Prix : EUR 6,30

4.0 étoiles sur 5 Très imaginatif, un peu surréaliste, et une écriture fine, adaptée à chaque récit, 27 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Contes carnivores (Poche)
Une belle série d'histoires un peu (ou fort) loufoques, très imaginatives, assez surréalistes, mais qu'on a délicieusement envie de croire (presque!) vraies.
Certains contes sont plus sombres que d'autres, mais toujours retenus, affinés, sauvés de l'écrasement par le style soigné, pesé et par un ton où perce chez le narrateur une dosette d'étonnement, un léger doute quant à la véracité des faits qu'il rapporte. Quand les histoires sont par contre plus lumineuses, on sent que quelque chose est proche, qui les fera tôt ou tard échapper à la béatitude. On rit parfois aussi, même si c'est plus souvent un sourire qui se dessinera. Bien sûr, comme souvent avec les recueils, chacun accrochera plus avec telle histoire qu'avec telle autre; c'est l'avantage de s'en voir livrer quatorze d'un coup.
Notons qu'il est possible que le lecteur principalement sensible aux sentiments et à l'émotionnel se sente un peu désarçonné devant ce recueil dont les délices sont globalement plus cérébraux (des étonnements, un ton, un style, une grande créativité, etc)

A la lecture, j'ai parfois pensé à ce que les Anglo-saxons appellent "Magic realism" (réalisme magique) pour qualifier certains écrits, souvent sud-américains, qui fondent des éléments "magiques" dans un contexte très réaliste, et qu'on retrouve chez Gabriel Gracia Marquez ou dans certains des premiers livres d'Isabel Allende, par exemple. A d'autres moments, les textes de B. Quriny m'ont rappelé "Voyage en Grande Garabagne" de Henri Michaux (dans le recueil "Ailleurs"), pour l'assertivité calme, voire presque candide avec laquelle le narrateur raconte comme vraies et factuelles des choses pourtant impossibles. Les histoires de B. Quiriny sont cependant plus "crédibles" par leur contexte très réaliste et ancré dans le temps et l'espace, que le texte de Michaux.

Les phrases, les récits ont un rythme très juste et agréable; le texte se lirait aisément à haute voix, en respirant facilement, comme on raconterait une histoire. Par ailleurs, la plume varie subtilement de conte en récit selon l'époque à laquelle l'histoire est supposée avoir eu lieu, ainsi que la profession, l'âge et le rôle du narrateur ou de la personne qui l'a rapportée au narrateur. En bref, derrière une apparente simplicité, l'écriture est soigneusement travaillée; on a un ton, du relief, de la subtilité. Goûtez-y, c'est délicieux.


Botanique du désir : Ces plantes qui nous séduisent
Botanique du désir : Ces plantes qui nous séduisent
par Michael Pollan
Edition : Broché
Prix : EUR 19,30

3.0 étoiles sur 5 Original, divertissant, mais peu étayé et un rien brouillon, 5 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Botanique du désir : Ces plantes qui nous séduisent (Broché)
Un livre inclassable. Ni essai, ni récit, c'est plutôt une balade mi-méditative, mi-journalistique de l'auteur à partir d'une hypothèse : de même que les plantes à fleurs et à fruits (les angiospermes) ont un lien privilégié et vital pour leur propagation avec certains animaux tels que des insectes pollinisateurs ou des mammifères qui mangeront leurs fruits et élimineront les graines plus loin tout en bénéficiant de l'apport nutritionnel des fruits et noix, certains végétaux auraient établi un lien similaire d'interdépendance avec l'être humain.
Il s'agirait aussi d'un lien de "co-évolution", les végétaux évoluant génétiquement pour "plaire" l'homme, qui les propage, et l'être humain agissant, par la sélection, l'hybridation et désormais la manipulation génétique, sur ces végétaux qui lui plaisent particulièrement ou lui sont de la plus grande utilité.

Michaël Pollan développe l'exemple de quatre végétaux:
1) Le pommier. C'est par la relative douceur des ses fruits (surtout après hybridation et production par greffe) qu'il "tiendrait" l'homme.
2) Le cas de la tulipe révèlerait que certaines fleurs s'attachent l'Homme par sa sensibilité à leur beauté. Appréciée des sultans ottomans, la tulipe fut l'objet d'une folle passion aux Pays-Bas au début du 17e s au point d'être au centre la première bulle spéculative de l'histoire du capitalisme.
3) La marijuana représente les végétaux dont certaines substances permettent l'altération de la conscience. C'est par le goût de certaines personnes pour les psychotropes que certaines plantes les "tiendraient".
4) La pomme de terre, en se prêtant bien à de multiples sélections, hybridations et manipulations serait exemplative de la manière dont certaines plantes "joueraient" de l'attrait de l'Homme pour la grande plasticité génétique du végétal. Elle "lie" l'homme par l'égo, "se servant" de la sensation de pouvoir qu'elle donne à qui parvient à diriger cette plasticité à ses propres fins.

Pourtant agréablement rafraichissante, la thèse de Mr Pollan n'est pas développée de manière étayée ni même systématique. La solidité scientifique n'est semble-t-il d'ailleurs pas le but de l'auteur, même si l'introduction le laisse presque croire. Disons que Mr Pollan médite en se promenant tantôt dans son jardin, tantôt à travers les Etats-Unis et occasionnellement ailleurs. Il digresse volontiers, consacrant par exemple de longues pages sur un ton "people" à un certain John Chapman dit Johnny Appleseed qui planta des vergers de pommes à cidre en avançant d'est en ouest et incarnant ainsi la colonisation et la réussite américaines. Journaliste de profession, Mr Pollan se perd parfois dans la mise en scène (ex: description physique des gens rencontrés dans son enquête ou de la rivière qu'il descend). En outre, l'auteur ne nous épargne pas quelques raccourcis intellectuels, et dans le chapitre sur la tulipe une poignée de préjugés affligeants sur les Hollandais du 17e siècle. Il y fait par ailleurs grand étalage d'une triste méconnaissance de l'histoire et de la culture de cette région. De manière générale, quand un phénomène a plusieurs causes, il sélectionne celles qui conviennent à (colorer) son propos.

En bref, pour autant qu'on ne cherche pas ici un ouvrage construit, une réflexion directe qui soutiendrait de manière centrée et solide cette approche pourtant intrigante et novatrice du lien végétal-humain, on appréciera sans doute cette lecture assez amusante et certaines pages riches d'une belle réflexion méditative.


Les mandalas : Exercices de méditation
Les mandalas : Exercices de méditation
par Sylvie Verbois
Edition : Broché
Prix : EUR 10,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
1.0 étoiles sur 5 Un fourre-tout intellectuellement douteux et un brin New Age., 28 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les mandalas : Exercices de méditation (Broché)
Il me semble que ce le livre effleure divers aspects, sans rien approfondir ni étayer les propos. A l'occasion, il s'éloigne même franchement du sujet. Il n'est ni théorique, ni utilement pratique. Ses trois parties et leurs divers chapitres se suivent sans que le lien entre eux apparaisse clairement. D'ailleurs, le pire s'annonce dès l'introduction. Dans les ouvrages solides, celle-ci présente généralement l'objectif du livre et ses limites. Ici, l'auteure se souvient de son papa défunt et mentionne le plaisir avec lequel elle a toujours dessiné. Guère plus.

La mandala est— pour le dire trop brièvement-- un dessin centré, image à la fois du monde et du corps et du psychisme humain. L'auteure se réfère aux mandalas qui trouvent leur origine dans la culture spirituelle de l'Inde classique, transmise ensuite au Tibet (ex: les dessins de sable réalisés par les moines tibétains) donc pas à leur contrepartie dans d'autres cultures. Déjà dans ces limites, ce sujet est vaste et profond. Hélas, ce n'est pas dans ce livre que vous le percevrez le mieux.

Lisez bien le sous-titre "Exercices de méditation" : on n'apprend ici ni à colorier une mandala (selon la valeur symbolique des couleurs en Inde, par exemple), ni à en dessiner.
Les "méditations" font l'objet de la partie III du livre, soit plus de la moitié de l'ouvrage. Une série de doubles pages propose à gauche le texte de la "méditation", et à droite le dessin d'une mandala en quelques traits noirs.
Hélas, l'auteure n'indique pas sur quel texte de l'Inde classique, quel enseignement de tel ou tel maitre spirituel hindou ou quel ouvrage bien étayé elle s'appuie pour affirmer que la mandala représentée est bien celle de l'eau (un des cinq "éléments" de la culture indienne classique), celle du retour, de l'intériorisation, etc.
La question se pose de manière d'autant plus aiguë que le texte sur la page de gauche vient de l'imagination de l'auteure: dans une "visualisation", elle invite le lecteur à se poser quelques questions liées au thème de la mandala représentée, et après une citation, vient une "affirmation" à se répéter intérieurement (ex: "j'aspire à être celle que je suis. J'aspire à la tranquillité de mon âme, le repos de mon corps, à la quiétude et à la silencieuse douceur du temps", p. 138).

Comme le révèle cet exemple, l'auteure estime que le lecteur croit d'office en l'existence d'une âme. Déjà dans les deux premières parties du livre, on trouve des assertions telles que "Le corps naît du désir que l'âme éprouve à s'incarner." (p. 78), là où, personnellement, j'aurais aimé trouver "selon la tradition brahmanique/védique/XYZ" ou au moins un "je pense/crois que".

Les choix éditoriaux me laissent également perplexe. Dans les premiers chapitres, certaines mandalas ou un yantra (dessin apparenté) sont décrits en grand détail… mais pas illustrés. Ailleurs, les chakras sont associés à des couleurs mais le mini-dessin qui illustre chacun d'eux est en noir et blanc. Par contre, le livre se termine sur quelques "cartes détachables" en quadrichromie sur papier glacé, montrant des déités hindoues (qu'ont-elles à voir avec les mandalas choisis ou les "méditations" proposées?) dans l'abondance de couleurs dont l'Inde à le secret.


L'Armoire des robes oubliées
L'Armoire des robes oubliées
par Riikka Pulkkinen
Edition : Broché
Prix : EUR 7,60

4.0 étoiles sur 5 Finesse psychologique et belle écriture maitrisée, 21 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Armoire des robes oubliées (Broché)
Un roman captivant… pour qui en apprécie le rythme plutôt lent et le côté intériorisé.
En effet, les événements sont surtout psychologiques, et puis il y a des moments de grande poésie dans la perception des petites choses du monde. Si vous êtes plutôt d'humeur à plonger dans un roman de vive action, mieux vaut remettre à plus tard la découverte de ce petit bijou nordique.
Chaque chapitre se centre sur un des personnages et donne un bout de l'histoire par le regard de ce dernier. Par ailleurs, certains chapitres racontent des moments vécus dans les années 1960, alors que d'autres donnent le cours des événements présents (années 2000). Des échos subtils relient le tout, tissant véritablement le récit et livrant peu à peu au lecteur de quoi comprendre le comportement des uns et des autres, les relations qu'ils entretiennent, et leurs forces et failles actuelles. Si cette structure requiert un peu plus d'attention qu'un récit purement linéaire et chronologique, elle donne assurément de l'épaisseur aux personnages, elle les nuance. Le lecteur est poussé de chapitre en chapitre, avide de découvrir l'envers des choses, les dessous de cartes. La force de l'écriture et la finesse d'observation des personnages font le reste.

Je suis bien incapable de comparer le texte français à la version originale finnoise parue sous le titre "Totta", mais la traductrice, Claire Saint-Germain, a livré un texte écrit dans une belle langue précise et simple à la fois.
Riikka Pulkkinen avait 30 ans lorsque ce livre a paru en 2010. On ne peut que s'émerveiller de la profonde connaissance qu'elle avait déjà de l'esprit humain. Elle rend magnifiquement le mélange de légèreté et de sérieux, d'ouverture et de retrait, de joie et de souffrance de l'existence. Que cette dernière phrase ne vous fasse pas craindre le pire: on déguste aussi dans ce roman de nombreuses glaces, on boit du lait revigorant de vaches qui viennent de vêler; on profite de la senteur boisée des saunas, plonge dans l'eau pure des lacs. Un grand-père et sa petite-fille jouent à imaginer la vie d'un passager du tram dans lequel ils voyagent. On touche des peaux amoureuses, pousse des enfants sur des balançoires.


Héros et Merveilles du Moyen Age
Héros et Merveilles du Moyen Age
Prix : EUR 9,49

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Un beau livre pour une première approche du sujet et de Le Goff, 14 mai 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Héros et Merveilles du Moyen Age (Format Kindle)
Comme première approche des thèmes, l'ouvrage est très agréable(dans sa première version imprimée ISBN 2020637952 Héros et merveilles du Moyen Age du moins). Il est cartonné, imprimé sur beau papier et richement illustré. Les chapitres sont brefs (3 à 12 pages environ). On y fait de petites découvertes, historiques, littéraires, étymologiques parfois. Le lecteur y apprend quand et comment les "héros et merveilles" ont pris place dans l'imaginaire médiéval européen, ainsi que leurs prolongements jusqu'à nos jours (cinéma, littérature). Mr Le Goff interprète le sens et le rôle de ces héros de l'imaginaire médiéval, soit en résumant son analyse personnelle souvent publiée plus en profondeur ailleurs, soit en se référant à l'un ou l'autre auteur qu'il approuve. Faute de se trouver devant du neuf, et même si les chapitres me semblent de qualité inégale, on ne peut qu'admirer la manière dont l'auteur parvient à situer les sujets dans l'imaginaire médiéval et à les mettre en perspective en relativement peu de pages.

Les fidèles de Le Goff ne doivent pas s'attendre ici à une nouvelle percée dans la manière d'écrire l'histoire. Ce livre est plutôt une corbeille garnie de fruits d'une carrière. L'auteur se réfère relativement souvent à ses propres ouvrages et articles. Bien sûr, la bibliographie renvoie aussi à d'autres historiens qui ont pris le relais. J'ai pour ma part eu quelques difficultés l'écriture. Les phrases sont parfois interminables, portées vaille que vaille par une syntaxe alambiquée et boiteuse.

Les "héros" sélectionnés ont soit une base historique (Arthur, Charlemagne, Le Cid, Roland), soit un parcours principalement littéraire ou imaginaire ( Tristan et Yseult, la papesse Jeanne, Mélusine, Merlin). D'autres incarnent des fonctions sociale et culturelle (le jongleur, le troubadour/trouvère, le chevalier/la chevalerie). Il y a deux animaux, l'un imaginaire (la licorne), et l'autre bien réel mais retravaillé par l'imaginaire médiéval, le renard (Renart). Finalement, l'auteur présente un héros collectif (la Mesnie Hellequin), et les Walkyries. Les "merveilles" auxquelles se réfère le titre sont principalement des lieux généralement clos et liés au pouvoir : la cathédrale, le château-fort et le cloître.

Le chapitre sur "Cocagne" (pays imaginaire et puis mât dans le folklore populaire), me paraît particulièrement précieux parce que l'auteur y suit, avec une riche analyse, le contenu d'un fabliau dont les éditions sont difficiles d'accès (ou du moins l'étaient avant la parution en français en 2013 d'un ouvrage de Hilario Franco Junior, que Le Goff préfacera). De même, l'analyse de la Papesse Jeanne et de l'apparition de ce personnage dans le contexte ecclésiastique et social du XIIIe siècle, m'a paru agréablement poussée pour un chapitre de quelques pages seulement (Le Goff s'appuie ici sur le livre d'Alain Boureau).

L'angle d'approche choisi par l'auteur et son analyse des thèmes méritent qu'on s'arrête, ne fût-ce que le temps d'un emprunt à la bibliothèque, sur ce livre agréable à manier et joliment illustré.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 24, 2014 4:56 PM MEST


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