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L'âge des low-tech : Vers une civilisation techniquement soutenable
L'âge des low-tech : Vers une civilisation techniquement soutenable
par Philippe Bihouix
Edition : Broché
Prix : EUR 19,50

3.0 étoiles sur 5 Aère bien les idées, mais le style ne conviendra pas à tous, 27 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'âge des low-tech : Vers une civilisation techniquement soutenable (Broché)
Voici un livre qui balaie quelques idées reçues sur les prétendus progrès liés aux nouvelles et "hautes" technologiques ainsi que sur leurs effets supposés positifs. L'auteur interroge notre manière de voir le monde depuis la révolution industrielle. "L'Age des Low Tech" offre, dans sa première partie surtout, me semble-t-il, une excellente bouffée d'air frais:
1) en dessinant l'historique d'une fuite en avant par laquelle l'humanité a continuellement recouru avec un certain succès à l'innovation pour remédier à la rareté relative des ressources, jusqu'à l'époque actuelle où cela risque bien de ne plus être possible.
2) en balayant au passage certains arguments qui voudraient les OGM aideraient à nourrir la planète, que de nouvelles technologies telles que les nanotechnologies, les énergies dites renouvelables utilisées à large échelle, l'économie circulaire ou désormais aussi à l'impression 3D permettront de solutionner maints problèmes de pénuries diverses.
Les choses ne semblent en effet pas se passer aussi bien dans les faits, puisque nous sommes emportés dans un cercle vicieux qui épuise l'énergie fossile, voire les ressources renouvelables (forêts, sols arables) ainsi qu'une série de métaux alors que ces derniers sont de plus en plus nécessaires à l'extraction/exploitation d'énergie toujours plus inaccessible et toujours plus demandée.

Dans une deuxième partie, l'auteur expose les principes de base de ce qu'il appelle les "basses" technologies, nettement moins gourmandes en ressources énergétiques et métalliques entre autres. C'est le " low tech" du titre.
La troisième grande partie vise à décrire la vie quotidienne qui serait la notre si nous vivions dans un monde plus soutenable à long terme. Elle traite transports moins énergivores, de l'habitat, du commerce et de la production relocalisés, de retenue dans l'exploitation des surfaces arables à d'autres fins que l'agriculture soucieuse du renouvellement naturel du sol, etc.

Mr Bihouix s'est visiblement bien informé. Le concept et le discours de ce livre aèrent assurément les idées, offrent des pistes alternatives, souvent par des petites actions concrètes aussi. Cependant, les listes interminables d'exemples m'ont semblé presque contre-productives parce que chacun de ceux-ci n'est alors que peu étayé et que le lecteur risque de finir par se sentir tenté de chercher à sauter quelques lignes. Par ailleurs, le style dense, continuellement interrompu par des parenthèses ou tirets et excessivement oral de l'ouvrage m'ont rendu ce dernier par moments quasiment indigeste. Vous vous retrouvez dès l'introduction devant un ton relevant du "petit blog entre amis" (ex: "bon, vous connaissez la suite", p. 13 ou à des "Ah ça, on en a soupé depuis une bonne décennie", p. 15). Après un moment d'espoir, il vous faudra faire face à des phrases soudainement interrompues par un point final suivi d'un "Encore que" (p. 144) ou d'un "Sauf que" (p. 149). Afin d'aider l'auteur à promouvoir la retenue dans la consommation, je recommande donc la lecture de ce livre, … par emprunt à votre bibliothèque locale.


La Chine
La Chine
par Edward Louis Shaughnessy
Edition : Broché

4.0 étoiles sur 5 bonne introduction visuellement très agréable, 6 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Chine (Broché)
Une bonne introduction à la Chine classique, et un bel ouvrage d'un abord visuel très agréable par sa mise en page dynamique et richement illustrée en couleur sur du papier de qualité (dans la version originale anglaise China du moins). Même si un chapitre du début présente brièvement les dynasties successives, il ne s'agit pas d'une histoire politique chronologique mais d'un portrait en mosaïque de la culture chinoise traditionnelle durant la période impériale, c'est-à-dire entre le 3e s. avant notre ère et la fin de l'empire en 1911. L'époque pré-impériale est cependant mentionnée quand il y a rupture ou quand on y trouve la source de ce qui s'est développé par la suite.

Le livre a été écrit par plusieurs universitaires anglo-saxons, sous la direction du Pr Shaughnessey. Il comprend trois grandes parties
**Le monde chinois (peuplement et rapport à la géographie du pays, aperçu des dynasties, rôle de l'Etat, structure sociale et administrative,…)
**Croyances et rituels (confucianisme, taoïsme et bouddhisme ainsi que de croyances populaires et du monde surnaturel peuplé d'esprits, divination, etc);
**Création et découvertes (médecine, technologies et inventions —boussole, manivelle, poudre à canon, métallurgie de pointe, technologie militaire, porcelaine, tour-horloge hydraulique, papier, etc). Les arts aussi (arts décoratifs, calligraphie, peinture, arts du spectacle, musique, etc)
Un chapitre final traite de l'héritage de la période impériale avant une bibliographie et un index.

La présentation sous forme de petits thèmes tenant généralement sur une double page ou maximum 4 pages permet à la fois une lecture de couverture à couverture et une dégustation ponctuelle ciblée. Par contre, un traitement aussi bref de chaque sujet ne permet que d'en cerner les contours et ce n'est qu'en lisant vraiment tout, y compris les précieux petits encadrés sur des sujets plus pointus (expériences de taoïstes avec du cinabre, almanachs, roues à eau et irrigation, boddhisattva bouddhiste Guanyin, …) que certains se sentiront rassasiés.
La nature et la quantité des informations traitées sur 2 ou 4 pages dépendent des centres d'intérêts et choix rédactionnels de l'auteur de chaque chapitre. Pour la peinture, par exemple, on apprend que certains empereurs l'ont particulièrement favorisée par leur mécénat, voire en étant eux-mêmes artistes, on entraperçoit que divers styles se sont développés (sans présentation poussée des courants), mais rien n'est dit des supports, des pigments et liants, des matériaux constituant les pinceaux ou des recettes d'encre.

Vous serez peut-être également intéressé par La Chine classique , de Mr I.P. Kamenarovic, qui lui aussi donne un bel aperçu introductif, plus approfondi parfois, et avec un accent sur la littérature (œuvres, genres, etc), sujet qui n'est pas couvert par ce livre-ci. Mr Kamenarovic par contre fait quasiment l'impasse sur les inventions technologiques de la Chine ancienne, au contraire de ce livre-ci.
Finalement, ces deux ouvrages se complètent… et devront eux-mêmes être complétés par des lectures plus ciblées et plus approfondies.
"Les Trois Sagesses chinoises" Les trois sagesses chinoises : Taoïsme, confucianisme, bouddhisme de C. Javary, par exemple, m'a semblé présenter avec beaucoup de clarté et de manière assez nuancée le taoïsme, le confucianisme et le bouddhisme dans la Chine ancienne.


La raconteuse de films
La raconteuse de films
par Hernan Rivera Letelier
Edition : Poche
Prix : EUR 9,00

3.0 étoiles sur 5 Un chouette moment de lecture, mais un rien trop bref, 23 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La raconteuse de films (Poche)
Ce petit livre m'a plu pour sa force narrative et l'impression de vivacité et de débrouille qui en émane. L'auteur y laisse judicieusement la parole à une fillette (puis adolescente), excellente raconteuse de films, qui vit dans un campement de travailleurs pauvres d'une mine de salpêtre sud-américaine. Le contexte de grande précarité n'est pas dissimulé, mais la narration l'allège, le retravaille comme un élément du décor, tout comme la gamine "arrange" un peu les films qu'elle a vus et qu'elle rejoue en les racontant avec le support de quelques objets quotidiens. De ce fait, l'histoire n'est pas tout à fait crédible, certains traits sont forcés et d'autres inventifs mais imparfaits. C'est peut-être précisément une des forces du récit: on sait que c'est fictif, mais on a envie d'y croire un peu comme le public de la demoiselle en vient à préférer la version racontée au film lui-même.
Dommage que l'éditeur n'ait pas proposé deux récits en un volume tant le livre est bref, avec ses 129 pages et beaucoup d'aération dans la présentation, au lieu de lister des titres de son catalogue sur quasiment dix pages. On dirait presque un petit chocolat, délicieux mais un brin perdu dans une jolie boite un peu grande pour lui.


L'Europe centrale au Moyen Age
L'Europe centrale au Moyen Age
par Marie-Madeleine de Cevins
Edition : Broché
Prix : EUR 16,00

4.0 étoiles sur 5 Une introduction solide à un sujet rarement traité en français, 7 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Europe centrale au Moyen Age (Broché)
Voici un livre précieux du fait qu'il traite d'un sujet sur lequel les ouvrages en français (et récents de plus!) sont très rares: l'histoire de la Pologne, la Hongrie et la Bohême-Moravie au Moyen Age, c'est-à-dire entre la toute fin du Xe s. et le début du XVIe s.
Comme l'auteure établit de fréquentes comparaisons avec le Moyen Age occidental et mentionne plusieurs événements (ex: Grand Schisme, peste noire du XIVe s), forces politiques (ex: empire ottonien), ou structures de la chrétienté latine (ex: ordres mendiants, fondation d'évêchés), sans les détailler, il me semble quasiment indispensable d'avoir une connaissance générale de ces éléments avant d'aborder cette lecture. Ce livre s'adresse avant tout à un public d'étudiants (en histoire). Cependant, il intéressera sans conteste plus d'un lecteur féru d'histoire médiévale européenne et conscient de finalement ne pas savoir grand-chose de ce qu'il est convenu d'appeler "Europe centrale ".

Dans un superbe premier chapitre, Mme de Cévins définit le cadre spatio-temporel: qu'entend-on par "Europe centrale"? Est-ce une région historique autonome à l'époque médiévale? Quel était le point de vue des médiévaux (occidentaux), auteurs des premières sources écrites, sur l'Europe centrale? Peut-on attribuer au "Moyen Age" centre-européen les mêmes repères de début et de fin que ceux que l'historiographie (francophone) reconnait habituellement au Moyen Age occidental?

*Les chapitres II à V présentent les grandes lignes de l'histoire politique de la Bohême-Moravie, de la Pologne et de la Hongrie (dans des frontières incluant des régions aujourd'hui indépendantes comme la Slovaquie, la Croatie, la Roumanie, etc), entre la fin du Xe s (naissance des duchés/royaumes) et le tournant des XIIIe et XIVe siècles.
*Le chapitre VI constitue une sorte d'interlude. L'auteure y esquisse en quelques lignes la démographie, l'économie, les migrations "allemandes" (Ostsiedlung) et leur impact, la féodalisation-- très relative-- de la société, etc.
*Les chapitres VII à IX présentent la situation politique et institutionnelle de chacun des trois royaumes entre le tout début du XIVe s et les années 1525 (dont ce qu'on a appelé "Lituanie-Pologne" ou "République des Deux Nations").
*Enfin, le dernier chapitre offre à nouveau un regard plus transversal sur la société, l'économie (dont l'exploitation minière et l'essor qui en découle), et cette fois aussi un peu plus la culture, dont quelques lignes sur l'art. Comme au chapitre VI, il s'agit d'un balayage rapide. On y trouve cependant un précieux complément d'informations sur le mouvement religieux hussite (de Jean Hus, brûlé pour hérésie en 1415), précurseur tchèque des courants de la Réforme que connaitra l'Europe occidentale au XVIe s.

Quelques cartes géopolitiques sont glissées ensemble entre deux chapitres (l'éditeur aurait pu trouver plus pratique!). Aucune hélas ne montre les mouvements de population qui ont précédé la formation des trois royaumes au Xe s, ni la Grande Moravie qui pourtant semble avoir été puissante au IXe s avant d'être (partiellement?) intégrée au royaume de Bohême-Moravie. La généalogie des dynasties ainsi qu'un index figurent en fin de livre. L'ouvrage se clôture aussi sur un superbe tableau d'une quinzaine de pages, dans lequel on peut suivre en parallèle sur 3 colonnes les grands faits survenus au fil du temps dans les trois entités politiques. Ce récapitulatif est d'autant plus utile qu'une même famille porta parfois la couronne de plusieurs royaumes. Une bibliographie thématique en langues occidentales vient ensuite, même si chaque chapitre se termine déjà par une petite bibliographie incluant aussi des ouvrages en langues centre-européennes.

Le style est parfois un brin lourd et la syntaxe alambiquée, mais les idées sont claires et l'auteure fait montre d'une belle prudence et du sens de la nuance que l'on attend d'un historien, surtout dans un ouvrage à visée pédagogique. Le livre fournit le cadre sur lequel pourra s'appuyer quiconque souhaite approfondir ensuite l'un ou l'autre aspect de l'histoire ou de la culture médiévale de l'Europe centrale.
Qui lit l'anglais et s'intéresse à la diffusion de la culture médiévale de l'Europe occidentale vers l'est avec les migrations dites "allemandes" lira peut-être avec plaisir The Making of Europe: Conquest, Colonization and Cultural Change 950 - 1350 .


Les trois sagesses chinoises : Taoïsme, confucianisme, bouddhisme
Les trois sagesses chinoises : Taoïsme, confucianisme, bouddhisme
par Cyrille J-D Javary
Edition : Poche
Prix : EUR 7,70

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Très instructif, clair, agréable à lire, 10 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les trois sagesses chinoises : Taoïsme, confucianisme, bouddhisme (Poche)
Un livre très clair, instructif, écrit dans un style agréable et que j'ai trouvé passionnant dès l'introduction dans laquelle l'auteur lève d'amblée des malentendus de longue date liés à la difficulté de traduire certains concepts chinois en langues occidentales (et vice et versa!).
Mr Javary donne aussi dans ces premières pages quelques précisions bienvenues sur le "culte des ancêtres" et la "piété filiale", apparus il y a 3000 en Chine et qui révèlent déjà un mouvement de balancier qui sera encore souligné ailleurs dans le livre

Pour le reste, l'ouvrage est constitué de trois grandes parties, consacrées successivement au taoïsme, au confucianisme et au bouddhisme.
Dans chacune d'elle, l'auteur traite des origines, des caractéristiques et concepts-clés, des principaux personnages historiques ou légendaires, des écrits fondamentaux, des écoles quand il y a eu des ramifications. Il montre l'évolution de la sagesse concernée au fil du temps, notamment du fait de ses interactions avec les deux autres, mais aussi selon qu'elle a été favorisée ou rejetée par la dynastie au pouvoir.
Mr Javary s'arrête à certains idéogrammes dont il décortique les composants et l'origine, afin de révéler des significations et concepts parfois fort éloignés des termes occidentaux usuellement employés pour les rendre.

On pourrait presque dire que l'auteur jette un éclairage quasiment chinois (influence de sa longue étude du Yi Jing?) non seulement les trois sagesses et leurs interactions, mais aussi sur le canevas général de l'histoire politique de la Chine : la succession des dynasties apparait comme une alternance d'ordre et de chaos, où tout excès appelle un changement, dans un mouvement de pendule qui favorise tantôt les (néo)confucianistes, tantôt les bouddhistes, tantôt les (néo)taoïstes.

Pour ce qui est du bouddhisme, seule des trois sagesses à être d'origine non-chinoise, le chapitre traite des problèmes de traduction des termes sanskrits et concepts indiens vers le chinois. Il présente aussi les écoles, soutras et facettes du bouddhisme (ex: les boddhisattvas) qui prirent le mieux en Chine, en expliquant ces préférences par des éléments de la culture chinoise ou par la situation sociale (ex: nombre de femmes, rendues quasiment inexistantes en tant que personnes par un néoconfucianisme étroit, ont trouvé un sens à leur vie personnelle dans les œuvres de bienfaisance bouddhistes, voire la vie monastique bouddhique).

En plus d'être une synthèse remarquable, le livre ajuste ou affine l'image que nous avons parfois de la culture chinoise par méconnaissance. L'auteur insiste par exemple pour qu'on distingue bien Confucius et son message apparemment très jeune d'esprit, plein d'élan, de ce que les confucéens et surtout les néo-confucéens en feront par la suite.
Des anecdotes quelquefois très contemporaines montrent aussi que le rapport dirigeants/dirigés et les mentalités (rapports entre l'Etat et les cultes, etc) sont encore, ne fût-ce que de manière diffuse, imprégnés des forces en présence à la période impériale.

Seul petit défaut de l'ouvrage : l'absence d'un index pour faciliter une relecture ou consultation ponctuelle. La bibliographie et les notes donnent par contre de nombreuses pistes d'approfondissement.

A lire!


L'épouse hollandaise
L'épouse hollandaise
par Eric McCormack
Edition : Broché
Prix : EUR 9,70

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Captivant, 22 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'épouse hollandaise (Broché)
Captivant! L'auteur a réussi à happer mon attention dès la première page et je n'ai plus pu lâcher le livre. La petite présentation sur le site situe bien le contexte--- car on ne peut véritablement résumer un récit qui tient à la fois de la poupée gigogne et de la pelote de laine dont on tirerait un bout, encore, encore un peu, et qui emmène le lecteur toujours plus loin à la suite de héros aux vies pour le moins exotiques.
L'écriture est très physique; on perçoit les odeurs, l'ambiance des maisons, la moiteur des îles, l'air canadien glacé, la lumière, les corps, les humeurs de la mer, la durée des voyages en train. Le rythme du récit est bien tenu, bien rythmé, enlevé mais sans excès.
Un des personnages est anthropologue; l'addition de ses aventures et rencontres d'autres sociétés confine au loufoque, et pourtant on y plonge sans retenue, on veut croire que c'est vrai, ravi de voyager un bon coup, tout en restant à l'abri des moustiques, du mal de mer et d'étranges vers dont la présence s'annonce dès la première page pour revenir de temps à autre --comme l'allusion à "l'épouse hollandaise"--ponctuer le récit.
McCormack est assurément un grand conteur-- Ce commentaire se base sur la version originale intitulée The Dutch Wife (Penguin, Canada 2002)


Le fait religieux : Une approche de la chrétienté médiévale
Le fait religieux : Une approche de la chrétienté médiévale
par Bernard Merdrignac
Edition : Broché
Prix : EUR 15,00

3.0 étoiles sur 5 Contenu souvent intéressant; faiblesse de style et de structure, 19 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le fait religieux : Une approche de la chrétienté médiévale (Broché)
Quel dommage! Ce livre contient quelques pépites, mais souffre de gros problèmes de forme et de style sur lesquels je reviendrai plus bas. Il me semble que titre et sous-titre auraient dû être intervertis : il s'agit bien, globalement, d'une approche de la chrétienté médiévale. Je présume que "Fait religieux" est un intellectualisme destiné à indiquer que le livre approche le sujet par les concepts, la pensée et les motivations qui ont mené à la mise en place de la doctrine et des institutions de la chrétienté latine. Byzance n'est citée que de manière périphérique.

Comme le Moyen Age couvre conventionnellement une période de dix siècles commençant au Ve s, c'est-à-dire assez vite après le moment où le christianisme devint religion officielle de l'empire romain et dut commencer à se définir et se structurer, l'auteur repart souvent des origines de la chrétienté. Il développe surtout la période médiévale bien sûr, mais va occasionnellement jusqu'à la Réforme (pour ce qui est des pages très instructives sur les 7 sacrements), voire à Vatican II (pour la fonction de diacre, par exemple).

Globalement, le livre traite de la définition progressive et de l'installation des choses; il ne vise donc pas à lister des faits et événements. Il donne par exemple les grands traits du discours et de la pensée menant à la croisade et non pas un récapitulatif systématique des croisades successives. Sont entre autres présentées ainsi l'importance et l'évolution au Moyen Age des notions d'âges du monde, de pèlerinage (dévotionnel, de guérison, expiatoire) ou ce qui a probablement mené à l'apparition du concept de purgatoire. De même, l'auteur traite de ce qui sous-tend l'année liturgique et le cycle des prières des offices monastiques. Dans un autre domaine, il retrace l'évolution du concept de parochia/paroisse depuis sa définition comme tournée de l'évêque dans les communautés chrétiennes jusqu'à celle d'une unité territoriale et administrative. Il présente aussi le rôle religieux, social et communautaire du cimetière.

Mr Merdrignac tord le cou au passage à quelques idées erronées. C'est le cas lorsqu'il nuance fortement (p. 89-92) l'idée selon laquelle le judéo-christianisme aurait une vision du temps uniquement linéaire, historique (souvent exemplifiée par le récit de la Création) alors que des spiritualités telles que l'hindouisme ou le bouddhisme ne verraient le temps que comme cyclique. De même, deux ou trois pages passionnantes remettent en question l'origine gréco-latine de la démocratie pour plutôt ancrer celle-ci dans le fonctionnement des institutions ecclésiastiques (notamment l'élection des abbés dans les monastères suivant la règle de St Benoit). Par ailleurs, l'auteur prend soin de retracer l'étymologie d'une série de termes liés à l'église ou à la chrétienté (sacrement, testament, biblia/bible, notion d'ère, parochia/paroisse, curé, ouailles, etc)

Hélas, ces aspects précieux sont perdus dans une structure parfois un peu opaque et un style d'une lourdeur souvent pénible. Fallait-il donc imposer au lecteur la traversée fréquente de véritables forêts de parenthèses et autres guillemets entourant des citations à l'utilité parfois douteuse?
Un index aurait grandement facilité la consultation postérieure ou ponctuelle de l'ouvrage. Quant au lexique, il laisse perplexe: la moitié des termes n'a pas grand-chose à voir avec le contenu du livre. Par contre, vous n'y trouverez pas "sacrement", "sanctoral", "temporal", pourtant abordés dans le texte.

Le livre se termine sur un "choix de documents" qui répond à une logique mystérieuse. Pourquoi spécifiquement ces textes-là, dont peu sont mentionnés dans le corps du livre? Et pourquoi l'auteur ne renvoie-t-il pas le lecteur à un extrait de cette sélection les rares fois où il en parle dans le corps du livre (ex: l'article de la règle de St Benoit qui régit l'élection de l'abbé)? Je présume que cet ouvrage est né de notes de cours de l'auteur lorsqu'il enseignait à l'université de Rennes, et qu'il n'a pas été repensé.


La fabrication de l'aube
La fabrication de l'aube
par Beauchemin Jean-François
Edition : Poche
Prix : EUR 6,70

4.0 étoiles sur 5 Un petit récit fort et au style ciselé, 4 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La fabrication de l'aube (Poche)
Par son style ciselé, ce petit livre autobiographique évite merveilleusement le grand déversement plat, linéaire, voire larmoyant que le genre fait parfois subir au lecteur.
On se trouve devant un jeu d'ombres et de lumière: à la souffrance atroce connue lors d'une maladie grave (mentionnée, présente, mais jamais décrite ni même nommée) et d'une longue hospitalisation, répondent la gratitude et d'amour de l'auteur envers ses frères, sa sœur et sa femme, présents à ses côtés durant cette épreuve, mais aussi envers ceux et ce dont le souvenir heureux l'a soutenu (ses parents décédés, ses chiens successifs, une enfance joyeuse dans sa fratrie, les animaux sauvages qui s'aventurent parfois tout près de chez lui, etc).

La plume de J.F Beauchemin est dense, intense, parfois poétique. Le sens d'un paragraphe vous échappe quelquefois de justesse, mais c'est tant mieux car cela se passe toujours en faveur de la pudeur et d'une touche de légèreté. Ce livre m'a paru aussi puissant que bref; peut-être le lecteur ne pourra-t-il en raconter grand-chose le lendemain, mais l'expérience même de ce moment de lecture vaut la peine par sa force, la lumière de l'amour qui fabrique peu à peu l'aube du titre, et le plaisir que procure un texte aux mots finement choisis.


Geschichte der Technik im Mittelalter
Geschichte der Technik im Mittelalter
par Marcus Popplow
Edition : Broché
Prix : EUR 8,82

3.0 étoiles sur 5 Apercu (très) général., 2 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Geschichte der Technik im Mittelalter (Broché)
Pour ceux qui lisent l'allemand, cherchent un aperçu général du thème, … et n'ont pas encore beaucoup lu sur le Moyen Age (tout en connaissant quelques grandes caractéristiques politiques et sociales de l'époque).

La collection "Wissen" des éditions C.H. BECK propose des petits ouvrages de 128 pages correspondant, en gros, par leur format et leur focalisation sur un thème, aux "Que-sais-je?" des PUF ou à la collection "Very Short Introduction" de l'Oxford University Press en Grande-Bretagne. Dans Technik im Mittelalter", Marcus Popplow dresse un panorama (très) général de l'usage de la technique et la technologie sur les 10 siècles que couvre conventionnellement le Moyen Age.

L'introduction, mais également la première section définissent le cadre, dont les aspects suivants: Quelles sont les sources (écrites et archéologiques)? Quels furent les lieux où les techniques (outils, engins, etc) furent utilisées (monastères, champs de bataille, ateliers des artisans, usage domestique, les cours seigneuriales)? Qui furent les inventeurs et les utilisateurs (= beaucoup d'anonymes). Existait-il des institutions traitant des affaires liées à la technique? Quelles étaient les sources d'énergie?

J'avoue avoir trouvé la présentation de chacun de ces points éminemment succincte.
En outre, qui a déjà beaucoup lu de monographies sur divers aspects du Moyen Age aura très probablement déjà rencontré ailleurs bon nombre des informations données par Mr Popplow.

Quelques passages m'ont pourtant semblé plus intéressants et plus personnels
1) Les pages sur les concepts et le vocabulaire. L'auteur se penche sur les mots latins disponibles dans le domaine technique et leur sens dans l'antiquité et au Moyen Age ("Instrumentum", "artificium", "ingenium" et "machina" et l'apparition au Moyen âge dans les langues romanes de mots qui donneront notre "ingénieur"). Mr Popplow se penche aussi sur le mot et concept latin "ars" et sur la liste des 7 "artes mechanicae" de Hugues de St Victor.
Il observe en outre à quel moment et comment les nouveautés techniques/technologiques commenceront à être mentionnées dans les écrits médiévaux, ainsi que les balbutiements d'une protection juridiques des inventions au 15e s.

2) La section finale sur ce qui a motivé l'évolution technique
L'auteur y présente entre autres un résumé des hypothèses et débats sur des questions telles que "le christianisme a-t-il poussé à l'innovation technique?" Il se penche également sur le fait étonnant que de grandes réalisations médiévales comme la construction de cathédrales gothiques aient été possibles en l'absence de concepts, de connaissances théoriques, de plans généraux de construction. Il observe aussi le rapport que la culture européenne de l'époque entretenait avec la technique/technologie (discours ou absence de discours). l’auteur revient enfin sur un point mentionné dans son introduction, à savoir l'inadéquation de séparer les 16e et 17e s du 15e siècle dans l'étude de l'histoire des techniques et technologies.

Toute la partie centrale du livre présente (toujours brièvement) une série de processus d'innovation (évolution des moulins à eau, apparition du moulin à vent, évolution de l'armement vers l'usage d'armes à feu, textile, imprimerie, agriculture, exploitation minière, travail du verre, invention de l'horloge mécanique, …). Il n'est pas nécessaire de s'y connaître en technique/technologie pour lire ce livre.

A vrai dire, je recommande plutôt, et de loin--- à qui lit l'anglais du moins---Power and Profit. The Merchant in Medieval Europe, de P. Spufford Power and Profit: The Merchant in Medieval Europe
qui, par delà les aspects commerciaux liés au thème central, recèle un trésor d'informations sur la production de divers biens de luxe impliquant des savoirs techniques (draps de lin, laine ou soie, papier, orfèvrerie, armes et armures, objets de cuivre, poterie, savon, importance de la soude dans la verrerie ou de l'alun dans la fixation des pigments, tradition anglaise de la broderie, etc).
Le livre en français de J. Gimpel "La révolution industrielle au Moyen Age" figure dans la bibliographie de Mr Popplow. Cependant, il date de 1976, et indépendamment des qualités des ouvrages, l'historiographie évolue.


Discours sur l'origine de l'univers
Discours sur l'origine de l'univers
par Etienne Klein
Edition : Poche
Prix : EUR 6,00

7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Exposé brillant, mais que tous n'apprécieront pas., 8 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Discours sur l'origine de l'univers (Poche)
Le titre est peut-être légèrement ambigu. Il ne s'agit pas d'un long discours que Mr Klein tiendrait sur l'origine de l'univers, mais d'une présentation par l'auteur de la manière dont les recherches et découvertes en astrophysique (entre autres) aux 20e et 21e siècles modifient la cosmologie, voire même la nature des questions relatives à l'origine de l'univers (y en a-t-il une, et si c'est le cas, quelle est-elle, etc)
Mr Klein reprécise au passage le fameux "big bang" souvent mal compris et introduit dans un long chapitre le grand défi actuel appelé "mur de Planck", qui consiste à établir une théorie plus puissante que la seule relativité générale, qui inclura aussi les interactions électromagnétique, nucléaire faible et nucléaire forte.

L'auteur s'exprime méthodiquement, dans une langue claire. Il prend soin d'installer des concepts et quelques lois de la physique sans utiliser de mathématiques, de déployer les raisonnements. Il suffit d'essayer de résumer ou de reformuler des sections du livres pour se rendre compte que chaque mot est pesé, qu'aucune phrase n'est inutile ou redondante. Franchement, c'est brillant. En ce sens, je comprends l'enthousiasme des commentateurs précédents!
Hélas, c'est aussi ce qui me pousse à apporter un petit bémol.

Tentant l'exercice de la reformulation ou même de la restitution de l'un ou l'autre raisonnement exposé par Mr Klein, j'ai rapidement trébuché sur un constat lucide : je ne dispose pas des connaissances et outils intellectuels et scientifiques qui me permettraient de me faire une idée de la valeur réelle de ce qu'avance Mr Klein ou même simplement d'exposer les choses avec mes propres mots.
Par conséquent, il est probable que les commentateurs précédents, enthousiastes voire dithyrambiques, avaient de meilleures bases en physique que moi et/ou que, grands amateurs d'épistémologie et de déploiements philosophiques, ils ont surtout aimé se laisser porter par la l'impression de puissante clarté et par la fluidité parfois presque grisante de l'exposé, indépendamment de leur capacité à véritablement mâchouiller le contenu par eux-mêmes.
L'appréciation de ce livre me semble donc dépendre en partie de la formation et de la personnalité du lecteur.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 7, 2014 10:43 PM CET


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