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Eminian
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Éloge de la pièce manquante
Éloge de la pièce manquante
par Antoine Bello
Edition : Poche
Prix : EUR 7,90

3.0 étoiles sur 5 Surtout étonnant par sa forme, 22 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Éloge de la pièce manquante (Poche)
Antoine Bello, né en 1970 à Boston dans le Massachusetts est un écrivain et entrepreneur français, bénéficiant aussi par sa naissance d'un passeport américain et vivant à New York depuis 2002. Arrière-petit neveu de Marcel Aymé, Antoine Bello publie son premier livre, un recueil de nouvelles intitulé Les Funambules, en 1996. Deux ans plus tard, paraît Eloge de la pièce manquante, un roman policier.
Entre mars et septembre 1995, cinq meurtres endeuillent le circuit professionnel américain de puzzle de vitesse. Le rituel était le même, la victime qui avait succombé à une injection massive de penthotal était retrouvée amputée d'un membre, toujours différent. Sur son cadavre, l'assassin avait placé un cliché Polaroïd représentant le membre correspondant d'un autre homme.
Excepté ce résumé introductif pour ainsi dire banal pour un polar, rien ne le sera plus jamais dans ce bouquin extrêmement déroutant d’Antoine Bello. Il s’agit du premier roman de cet écrivain que je lis et je tombe de haut ! On nous le vend comme un polar mais à part l’indication de ces meurtres en début de lecture et la désignation du coupable et de son mobile dans le dernier chapitre, il n’y a pas d’enquête proprement dite, ni même de personnage central (policier ou autre) tentant d’en démêler les fils.
Tout le roman ou presque est constitué d’extraits de presse, de transcriptions d’interviews, de rapports, de documents de toutes sortes sur les origines du puzzle, la technique du jeu et son développement en compétitions. Tout est pure invention de l’auteur doté d’une imagination savante hors du commun, mais on jurerait que c’est du vrai, au point que longtemps j’ai pensé que cet ouvrage aurait plus eu sa place dans un Que sais-je ? que dans La Noire de Gallimard ! Certains passages m’ont ennuyé mais d’autres m’ont emballé comme ces transcriptions de commentaires radio d’une compétition de puzzle aussi vivants que s’il s’agissait d’un match de football acharné.
La forme originale du roman ne s’arrête pas là puisque son plan est basé sur un puzzle de quarante-huit pièces, ici des chapitres, présentés sans ordre chronologique. Antoine Bello manie l’humour au second degré, si ce n’est plus, pratique la mise en abyme (voir le superbe chapitre vingt-huit), utilise la métaphore « Le joueur et le détective avancent à pas comptés, assemblent peu à peu toutes les pièces d’un tableau dont le motif général leur échappe jusqu’au bout », bref, donne le tournis au lecteur.
Un roman qui m’a stupéfié par sa forme, tant il s’éloigne du polar tel qu’on l’entend, au point que désarçonné j’ai failli l’abandonner. Au final, je n’irai pas jusqu’à dire que je suis conquis mais il m’a assez intrigué pour j’aille jusqu’au bout. Indubitablement intéressant en tout cas, presque une expérience de lecture.

« Le livre se compose de quarante-huit pièces numérotées et indépendantes, qui toutes traitent à leur manière du thème de la pièce manquante. Certaines occupent deux lignes, la plus longue près de trente pages, toutes contribuent également à l’efficacité de l’ensemble. Tous les genres littéraires sont représentés : essais, nouvelles, chroniques, lettres, bribes de roman, journal. Deux pièces se répondent ou renvoient à une troisième que le lecteur découvre bien plus tard ; des personnages disparaissent soudainement puis resurgissent aussi soudainement deux cents pages plus loin. »


Epépé
Epépé
par Ferenc Karinthy
Edition : Broché
Prix : EUR 9,95

3.0 étoiles sur 5 Plus qu'étonnant !, 20 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Epépé (Broché)
Ferenc Karinthy, linguiste de formation, est un écrivain hongrois (1921-1992). Il est le fils du célèbre écrivain et journaliste hongrois Frigyes Karinthy (1887-1938). Son roman, Epépé, est paru en 1970.
Budaï, un linguiste professionnel maitrisant ou ayant connaissance de plusieurs dizaines de langues, se rend à Helsinki pour participer à un congrès. Un malheureux concours de circonstances inexpliquées voit son avion atterrir dans une ville d’un pays qui n’est pas la Finlande, mais pire encore, complètement inconnu ! Et malgré sa connaissance poussée des langues, il lui est absolument impossible de communiquer avec qui que ce soit, donc d’en repartir. Où vais-je, où cours-je, dans quel état j’erre ?
Ca c’est du roman et d’un genre pas banal ou je ne m’y connais pas ! Je me suis exaspéré durant la moitié du bouquin et je me suis interrogé tout du long et même après l’avoir refermé. Un roman déroutant donc intéressant.
Exaspération, oui et pas qu’un peu, parce que rien n’est crédible dans ce roman et que je n’imagine pas un seul pays du globe où, certes avec des difficultés, on ne finisse par trouver un mince moyen de communiquer, surtout quand on est un spécialiste des langues écrites et parlées comme notre héros. Cette globalité de situations sans aucun moyen de se faire comprendre dans laquelle Budaï est englué m’a franchement énervé car poussée à l’extrême. Par contre, si on démonte l’ensemble et qu’on ne retient que quelques cas, le globe-trotter se retrouvera en terrain connu et se rappellera des moments vécus approchant. Autre invraisemblance, les foules improbables qui se pressent partout et tout le temps, que ce soit dans l’hôtel où est logé Budaï, ou bien dans les commerces et même au cimetière ! Voilà ce qui pourrait rebuter un éventuel futur lecteur mais il faut savoir persévérer.
Interrogation, bien sûr, car la vraie question qu’on se pose, c’est de quoi nous parle ce roman ? Et là, franchement, je ne sais pas vraiment. Contrairement à ce qu’en dit dans sa préface Emmanuel Carrère, j’y vois et comment pourrait-il en être autrement, du Kafka, avec atmosphère sinistre et surtout impersonnelle, particulièrement Le Château avec cette même situation où un homme arrivant dans un village tente d’entrer en contact avec les autorités, en vain. Il y a aussi, un doigt d’expressionnisme allemand comme dans le film de Fritz Lang, Metropolis, et ces foules en noir et blanc. A moins que ce ne soit une parabole sur le(s) communisme(s), les foules qui font la queue partout et agissent en troupeau, quand un individu (Budaï) veut des explications il se heurte à l’indifférence ou l’autisme généralisé, et quand le héros se retrouve au milieu d’une révolution ( ?) n’est-ce pas le printemps de Prague ou l’insurrection de 1956 en Hongrie ? Et s’il y avait un chouya de politique nataliste chinoise aussi : « L’aurait-on condamné pour ce pêché-là, pour le crime social le plus grave : tentative volontaire de multiplication de la population ?» Et n’est-ce pas Fidel Castro dans cette silhouette esquissée « il porte un béret miteux, des godillots, un survêtement vert sale et un ceinturon par-dessus ; il tient sa main droite sur un étui de revolver. » Ou plus simplement, une parabole sur l’état du monde moderne (de 1970), le roman condensant en une sorte de kaléidoscope, toutes les images du monde qui font la matière de nos JT de 20h, mais qui serait vu par un Martien fraichement débarqué ?
Si on en revient au texte lui-même, l’auteur étant linguiste lui aussi, nous avons de très intéressants et instructifs passages savants où sont développés les raisonnements de Budaï pour tenter de comprendre par extrapolations, la langue des autochtones. Et le roman prend une tournure singulièrement familière hélas, autant qu’émouvante quand le héros sombre dans la déchéance après avoir épuisé son pécule et devient SDF, son regard sur la ville évoluant.
Un roman, vous l’avez compris, qui sort des chemins balisés, peut-être pas destiné à tous les lecteurs mais qui ne laisse pas indifférent. Une étonnante aventure littéraire où je vous conseille fortement de plonger.

« A proprement parler, n’importe quel habitant de la ville serait en mesure de lui enseigner sa langue, les mots, les règles au fur et à mesure, à condition de lui consacrer suffisamment de temps et de patience. Mais c’est précisément cela qui manque le plus chez les gens d’ici, un peu de courtoisie, de serviabilité, de disponibilité dans leur hâte immodérée et leur éternelle bousculade, quelqu’un qui l’écouterait demander ce dont il a besoin, qui une fois au moins daignerait témoigner de l’intérêt pour ses gesticulations de sourd-muet. Jamais personne n’a pris le temps pour cela depuis son arrivée, personne ne lui a permis de nouer une quelconque relation humaine. »


L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea
L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea
Prix : EUR 9,49

3.0 étoiles sur 5 Voyage souriant, 17 août 2014
Romain Puértolas est né en 1975 à Montpellier dans une famille de militaires, mère adjudant-chef dans l’infanterie, père colonel. Ses parents s’étant séparés assez vite il a été trimballé de Montpellier à Valence, de Grenoble (études d’espagnol) à Barcelone où il exerça divers boulots, de Madrid à Brighton (études d’anglais). Il a été prof d’université, contrôleur aérien, pilote d’avion, inspecteur de police. L’Extraordinaire voyage…, paru en 2013, est son premier roman édité.
Un fakir Indien, Ajatashatru Lavash Patel (« Prononcez J’attache ta charrue, la vache »), débarque à Roissy-Charles de Gaulle et s’enquiert immédiatement d’un magasin Ikea car il est venu en France pour un voyage express, dans le seul but d’acheter un lit à clous Kisifrötsipik, repéré en promotion dans le catalogue de la célèbre enseigne n’ayant malheureusement pas de magasins en Inde. A peine débarqué, vont s’enchaîner à un rythme soutenu les péripéties les plus farfelues, entrainant notre fakir dans un périple passant de la France à la Grande-Bretagne, puis l’Espagne, l’Italie et même la Lybie !
Notre fakir fera des rencontres édifiantes, - des clandestins africains, un chauffeur de taxi gitan qui le poursuivra tout au long du roman avec de bien mauvaises intentions -, autant qu’improbables avec une Sophie Morceaux, célèbre actrice, qui donnera le coup de pouce salvateur à son destin. Le fakir, petit escroc, sortira enrichi – dans tous les sens du terme – de son aventure et se vouera désormais « à donner de l’espoir, ne fût-ce que par respect pour ces belles personnes qu’il avait croisées ».
Comme vous vous en doutiez déjà à la lecture du titre de l’ouvrage, il s’agit d’un roman bien barjot à l’humour pas toujours très fin. Pour lui donner un peu d’épaisseur, l’auteur tisse en filigrane une basique mais sympathique réflexion sur les difficiles conditions de vie des migrants clandestins ; ça ne va pas loin au niveau du constat mais ça ne fait pas de mal non plus.
Dans une interview donnée à Libération, l’auteur déclarait, «Ecrire un livre ne m’a jamais pris plus de quelques semaines.» On s’en serait douté ! Cette petite vacherie mise à part, le bouquin est sympathique, souriant et se lit extrêmement vite et bien. Ne boudons pas ce petit plaisir.

« L’homme raconta alors qu’il était venu en France avec l’intention d’acheter le tout dernier lit à clous qui venait de sortir sur le marché. Un matelas à clous, c’était un peu comme un matelas à ressorts. Au bout d’un certain temps, ça se tassait. En l’occurrence, la pointe des clous s’émoussait et il fallait en changer. Bien sûr, il omit de dire qu’il n’avait pas un sou et que les habitants de son village natal, persuadés de ses pouvoirs magiques, avaient financé son voyage (en choisissant la destination la moins chère sur un moteur de recherche d’Internet, en l’occurrence Paris) pour que le pauvre homme soigne ses rhumatismes en s’achetant un nouveau lit. C’était une espèce de pèlerinage. Ikea, c’était un peu sa grotte de Lourdes à lui. »


L'homme qui marche
L'homme qui marche
par Yves Bichet
Edition : Broché
Prix : EUR 16,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Suivons cet homme qui marche, 14 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'homme qui marche (Broché)
Yves Bichet, né en 1951 à Bourgoin-Jallieu (Isère), est un écrivain français au trajet singulier. Salarié agricole pendant neuf ans, puis artisan du bâtiment, il se consacre désormais totalement à l’écriture. Son premier roman, La Part animale (1994), a été adapté au cinéma par Sébastien Jaudeau avec Niels Arestrup comme acteur principal. Son dernier opus, L’Homme qui marche, est paru cette année.
Robert Coublevie marche. Il marche sans arrêt, accompagné de sa chienne Elia, depuis que sa femme Elia (oui, le même nom !) l’a quitté il y a cinq ans, sur la ligne frontalière entre la France et l’Italie, dans les Alpes du côté de Briançon. Dans ces montagnes le chemineau croise son copain Jean, un ex-chartreux italien, ils discutent de choses et d’autres et se séparent jusqu’à la prochaine. Quand Robert redescend en ville, il va au Café du Nord boire un blanc limé. Derrière le comptoir, Sylvain Taliano le patron et Mounir le serveur maghrébin. Dans une minuscule pièce au-dessus, Camille, seize ans, fille de Sylvain, épie la salle par un judas. Elle porte en elle une lourde blessure secrète qu’elle finira par confier à Robert, l’entraînant dans une aventure sans issue passant par le cadavre d’Yves Tissot qui fera de Robert un suspect parfait pour cet éventuel meurtre, sachant qu’il avait un bon mobile, Tissot aurait couché avec Elia, sa femme qu’on croyait partie.
Roman court, et original non pour son scénario mais pour le ton et l’écriture d’Yves Bichet, nimbant le livre d’une ambiance doucement mélancolique. L’écrivain s’exprime par ellipses, petits mots pour petites phrases timidement enfilées, images délicates qu’une vulgarité esquissée vient troubler parfois incongrument. Robert ne comprend pas trop le monde et le répète à l’envi, préférant fuir vers la solitude des sommets rocailleux, s’émerveillant d’une fleur sauvage ou d’une marmotte, se contentant de la présence à dose homéopathique de son copain Jean. Et ce n’est pas la révélation de Camille qui va arranger ses bidons, « la compassion scandaleuse » de la victime pour son violeur n’est pas faite pour faciliter la compréhension de Robert.
Un dicton veut que ce soient les meilleurs qui partent les premiers, le pauvre Robert, garçon simple et épris de liberté en fera le triste constat après un coup du sort funeste, « privé de mes montagnes, je ne pouvais espérer vivre comme avant » et s’offrira en victime expiatoire. Comme un saint.

« Elle glisse le long du mur. Je voudrais dire quelque chose de gentil mais, non, ça sert à rien de réagir. Bilan des corps et des dépouilles, ma Camille, bilan des vies gâchées. Cette fois-ci, vois-tu, on implore tous ta clémence, on voudrait vraiment que tu oublies. Je suis un homme comme les autres et je rêverais que tu pardonnes aux hommes. Pardonne ma Camille… Elle ne répond pas. Je lui dis qu’on s’excuse tous de lui demander pardon… Ca la fait sourire. (…) Elle chuchote encore un truc, qui me vrille, moi, Coublevie, simple chemineau des frontières qui ne comprend rien à la marche du monde. »


Le piège de Lovecraft:roman
Le piège de Lovecraft:roman
Prix : EUR 13,99

3.0 étoiles sur 5 Lovecraft oui, Delalande bof !, 11 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le piège de Lovecraft:roman (Format Kindle)
Arnaud Delalande, né à Lusaka en Zambie en 1971, est un écrivain français. Après des études à Pontoise, une hypokhâgne et une khâgne aux lycées Chaptal et Victor Duruy (Paris), puis une licence d’histoire, il est diplômé de l’Institut d'études politiques de Paris en 1994. Repéré par l’éditrice Françoise Verny, il publie son premier roman en 1998, Notre-Dame sous la Terre et plus récemment, Le Piège de Dante (2006). Parallèlement à son travail de romancier, Arnaud Delalande participe au milieu des années 1990 au développement d’une école de cinéma pour les professionnels du film, le CEFPF, où il est professeur en scénario, directeur adjoint, puis consultant. A ces casquettes, ajoutons qu’il est aussi scénariste de bandes dessinées. Son dernier roman, Le piège de Lovecraft sous-titré Le Livre qui rend fou, est paru ce printemps.
David, jeune universitaire, habite Québec où il détient une chaire de Littérature française. Quand l’un de ses camarades va se livrer à un carnage sur le campus, David va tenter d’en comprendre les raisons. De cercle littéraire très étrange en livres mystérieux empruntés par l’étudiant à la bibliothèque, notre héros va se retrouver embringué dans une histoire fantastique où tous les démons seront convoqués à partir du Necronomicon, le livre qui rend fou. Un parcourt ponctué de cadavres et d’horreurs indicibles dont David ne sortira pas indemne. Et d’ailleurs, s’en sortira-t-il ?
Comme le titre du roman le laisse présager, il s’agit d’un hommage appuyé (trop ?) à Howard Phillips Lovecraft (1890-1937) l’écrivain américain connu pour ses récits d'horreur, de fantastique et de science-fiction, inventeur d’un livre mythique revenant plusieurs fois dans son oeuvre, le fameux Necronomicon, soi-disant grimoire rédigé au VIIIème siècle par un certain Abdul al-Hazred. L’ouvrage contiendrait des révélations infernales, il n’en existerait que de très rares exemplaires détenus on ne sait où.
Sur ces amusantes balivernes, Arnaud Delalande a bâti son roman. Précaution d’usage pour l’éventuel futur lecteur, ne pas tomber comme moi dans les exagérations de la quatrième de couverture (je pensais être échaudé pourtant…) annonçant un « thriller angoissant » car il serait déçu. L’auteur ne mégotte pas sur les références à Lovecraft, longs passages de l’œuvre du maître retranscrits ici, tous les noms des acteurs du roman de Delalande sont tirés des bouquins de l’américain, le style induisant la terreur est reproduit à l’identique avec profusion de bruits affolants, d’odeurs pestilentielles et de choses tellement horribles derrière cette porte que je vais peut-être ouvrir… mais dont on n’a rarement de descriptions vraiment avérées puisque Lovecraft c’est l’activation de l’imagination terrorisée au point d’en perdre la raison, plutôt que la mise à nue du cauchemar. Ce qu’on accepte du procédé de l’ancien est moins efficace joué pourtant à l’identique par le jeune, même si le pastiche est réussi.
Par contre, là où le roman de Delalande prend son intérêt, c’est l’astuce sur lequel il est construit. Une mise en abyme dont je ne peux vous donner la teneur, sans déflorer l’épilogue du roman, pourtant donné un peu vite à mon goût (Voir l’indice p.175). Un bouquin globalement sympathique, mais sans plus, où il est question de monde sans Dieu, du rôle du Mal dans nos sociétés et surtout du pouvoir des livres, qu’ils existent ou non ! Mais son véritable objet, et je pense que l’auteur en conviendra, c’est de nous inciter à lire ou relire Lovecraft dont ce roman nous offre une biographie complète et un bon aperçu de ses livres.

« Je trébuchais alors sur un dessin roulé dans la poussière, qui avait dû glisser du chevalet. Du pied, j’en déroulai une partie, et m’arrêtai à mi-chemin, car la créature que j’y vis dépeinte surpassait en abomination toutes celles que j’avais vues jusqu’à présent, et toutes celles qui se trouvaient autour de moi. En fait de dessin, c’était une peinture. Un blasphème colossal et sans nom… »


L'or de la terre promise de Roth. Henry (2009) Poche
L'or de la terre promise de Roth. Henry (2009) Poche
par Roth. Henry
Edition : Poche

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Premier roman, premier coup de poing, 31 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'or de la terre promise de Roth. Henry (2009) Poche (Poche)
Henry Roth (1906-1995) est un écrivain américain. Né en Europe centrale, il émigre vers les États-Unis à l'âge de trois ans avec sa famille et passe son enfance au sein de la communauté juive de New York. Son premier roman, L'Or de la terre promise, publié en 1934 passe inaperçu. Henry Roth laisse alors de côté ses ambitions littéraires et épouse, en 1939, Muriel Parker, fille d'un pasteur baptiste et pianiste qui renoncera à sa carrière pour l'accompagner dans l'État du Maine où il exerce plusieurs métiers (garde forestier, infirmier dans un hôpital psychiatrique, aide plombier…). Henry Roth sombre dans une dépression chronique. C'est en 1964 (1968 pour la traduction française), soit trente ans après, que L'Or de la terre promise est réédité et vendu à plus d'un million d'exemplaires. Ce succès inattendu convainc l'auteur de se remettre à écrire. En 1994, soixante ans après la publication de son premier roman, A la merci d'un courant violent sort en librairie, premier volume d’une autobiographie qui en comprendra cinq, tous commentés sur ce blog.
Le jeune David et sa mère Genia débarquent à New York en 1911, dans le flot d’immigrés européens, pour retrouver Albert Schearl, le chef de famille arrivé précédemment. L’enfant a 6 ans et nous allons le suivre durant ses deux premières années en terre promise, comme le dit avec une ironie amère le titre du roman. Très vite l’enfant va être confronté à la dure vie qui l’attend, la violence latente du père, la dureté du monde qui l’entoure, l’alternance de méchanceté et d’amitié des copains de sa rue du ghetto juif mais aussi l’amour de sa mère, seul refuge où il pourra toujours se blottir. Le gosse, peut-être aussi surprotégé par sa mère, est toujours angoissé et nerveux, mais on le serait à moins quand on voit le peu d’amour que lui témoigne son père, au point que David préfère le savoir au travail qu’à la maison.
Et c’est là que le talent d’Henry Roth se révèle, le lecteur chemine aux côtés de l’enfant mais aussi au cœur de ses pensées et nous constatons que sa vision du monde et des choses est en partie faussée par son imagination, grossissant certains faits, s’effrayant vite d’autres. Tous les enfants sont ainsi mais David pousse le bouchon assez loin. Roth avance dans son récit mais sans empathie particulière pour David, ce qui en accentue la dureté.
Roman dur donc, un père affligé d’un complexe de persécution maitrisant mal sa violence, une tante Bertha aussi vulgaire que grande gueule, une mère soumise tentant de colmater les plaies ; mais aussi découverte de la religion juive pour David auprès d’un rabbin pas commode ou découverte de la vie tout court lors de scènes mémorables (le vol des bouteilles de lait à son père livreur par des va-nu-pieds et l’explosion de violence en résultant, l’expédition à son corps défendant avec un camarade pour que celui-ci puisse « coincer » une des nièces de David dans un sous-sol etc.)
Le roman est dense, Henry Roth utilise le langage phonétique pour restituer l’accent yiddish et l’anglais mal maitrisé par les immigrants. Dès les premières pages on est impressionné par la puissance du texte, surtout sachant qu’il s’agit d’un premier roman. Quant à l’épilogue, il est d’une force incroyable, débutant par une lessive de linge sale en famille hallucinante – voire insoutenable - où chacun déballe les horreurs ou les vérités qu’il taisait depuis toujours, pour se poursuivre par une longue scène complexe à suivre (car traitée comme du Joyce) aboutissant à un feu d’artifice (si j’ose cette image, néanmoins appropriée) dramatique, qui laisse le lecteur k.o. quand le bouquin s’achève.
Un très bon roman c’est certain mais qui peut ne pas plaire à tout le monde. J’ai dit qu’il était dur, mais il est moins « raide » (dans tous les sens qu’on peut donner au mot) que ceux qui suivront, il reste donc le plus abordable pour ceux qui voudront découvrir l’univers de cet écrivain.

« Debout devant l’évier de la cuisine, les yeux fixés sur les robinets de cuivre qui brillaient si loin de lui et sur la goutte d’eau pendue au bout de leur nez, qui grossissait lentement, puis tombait, David pris conscience une fois de plus que ce monde avait été créé sans tenir compte de lui. Il avait soif, mais la cuvette de fer reposait sur des pieds presque aussi hauts que sa propre personne. Il aurait beau étendre le bras ou faire de grands sauts, jamais il n’atteindrait le lointain robinet. D’où venait cette eau qui se cachait dans la courbe secrète du cuivre ? Où allait-elle quand elle descendait en gargouillant le long du tuyau d’écoulement ? Quel univers étrange devait se cacher derrière les murs d’une maison ! Mais il avait soif. »


Les Autres C'Est Rien Que des Sales Types
Les Autres C'Est Rien Que des Sales Types
par Bertrand J a
Edition : Broché
Prix : EUR 15,50

3.0 étoiles sur 5 Amusant mais dispensable, 28 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Autres C'Est Rien Que des Sales Types (Broché)
Jacques-André Bertrand est un écrivain français né en 1946. Arès avoir passé son baccalauréat (philosophie) il entre à l'École supérieure de journalisme de Lille et devient ensuite journaliste professionnel pendant une douzaine d'années, avant d'écrire et de publier des livres. Entre autres récompenses littéraires, Jacques A. Bertrand a reçu le prix de Flore en 1995 pour son livre Le Pas du loup. Son roman Les Autres, c’est rien que des sales types est paru en 2009.
Faisant écho à un roman antérieur paru en 2007 J’aime pas les autres, celui-ci s’attache encore à analyser le genre humain et dénoncer ses travers. Pour cela, l’auteur a créé des catégories, une vingtaine, allant du Touriste au Parisien en passant par le Jeune, le Voisin, ou encore le Conjoint et le Malade pour en citer quelques uns faisant chacun l’objet d’un chapitre.
Comme le titre le laisse deviner, s’il y a un doigt de sociologie dans l’exercice, le reste de la main est fait d’humour. Qu’il lâche un jeu de mots (« no man’s langue ») ou se joue des mots (« le philatéliste est un amoureux des lettres affranchies, le Philanthrope est un amoureux des êtres humains qu’il voudrait affranchir ») Jacques A. Bertrand ne vise pas qu’à faire sourire et sous l’humour parfois facile, une réflexion ou un point de vue intéressent, à moins que ce ne soit une étymologie qui instruise. Et que dire de cet Agelaste, inconnu de mes dictionnaires, signifiant personne qui ne sait pas rire.
Le bouquin est court, on peut y picorer à son aise sans souci de chronologie, en fonction de son intérêt pour telle ou telle cible. Sous la légèreté apparente tout le monde en prend pour son grade, les autres comme vous-mêmes, puisque on est toujours l’autre de quelqu’un. Le plus souvent souriant, c’est drôle sans être indispensable non plus car ce genre de chroniques ont déjà été – à peu près - lues ou entendues ailleurs (blogs, humoristes etc.) dites avec d’autres mots.
Vous savez que ma préoccupation première est la gestion de vos intérêts, alors si vous me demandiez s’il faut acheter l’ouvrage, je vous conseillerais plutôt de l’emprunter dans une bibliothèque ou bien de le lire chez votre libraire tout simplement, c’est vite fait et bien suffisant, vous en ressortirez avec le sourire aux lèvres. Bien sûr, l’éditeur et l’auteur vont faire la gueule, mais ça leur passera vite puisqu’ils sont bien placés pour savoir que les autres, c’est des sales types !

« Il existe de nombreuses sous-espèces (ou sur-espèces) du Médecin : les Spécialistes – qui se répartissent entre eux toutes les parties du corps humain et se montrent très jaloux de leur territoire (à l’exception des célèbres Médecins sans frontières). Le Gastro-entérologue refusera catégoriquement d’empiéter sur le domaine du Proctologue, qui, de son côté, ne s’aventurera jamais sur celui du Phlébologue. Souffrir à la fois de dyspepsie, d’hémorroïdes et de varices implique de faire appel à ces trois Spécialistes, ce qui coûte la peau des fesses – qui relève du Dermatologue ! »


Eric Clapton & Friends: the Breeze - An Appreciation of Jj Cale
Eric Clapton & Friends: the Breeze - An Appreciation of Jj Cale
Prix : EUR 12,99

38 internautes sur 42 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Un pur régal, 28 juillet 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Eric Clapton & Friends: the Breeze - An Appreciation of Jj Cale (CD)
Entre Eric Clapton et JJ Cale, c’était un peu « à la vie, à la mort », une longue amitié où l’un l’autre se renvoyèrent la balle artistique. JJ Cale fournit, entre autres par la suite, deux titres majeurs à Eric Clapton, After Midnight en 1970 au moment où il se lança dans une carrière solo et surtout Cocaïne en 1977 qui soulève toujours aujourd’hui l’enthousiasme des foules en concert avec son riff plombé. En retour, la renommée de l’Anglais ricocha sur l’Américain, le sortant de sa douce torpeur et de l’anonymat où il se complaisait.
Les deux lascars attendirent néanmoins seulement 2006 pour pleinement concrétiser leur entente musicale, avec The Road to Escondido, excellent album commun, un miel pour nos oreilles. Et puis le plus vieux est parti, JJ Cale (1938-2013) nous a quittés il y a un an, le 26 juillet. Afin de lui rendre hommage, le jeunot (né en 1945, quand même) a enregistré ce disque, The Breeze, avec une poignée de musiciens de qualité, proches du disparu.
Le noyau d’instrumentistes s’appuie sur des types comme Jim Keltner et Nathan East garde rapprochée de Clapton, aussi bien que Jimmy Karstein (batterie), Jamie Oldaker (basse), Reggie Young (guitare) la bande à Cale et Christine Lakeland sa compagne. Des invités prestigieux sont venus apporter leur soutien, Tom Petty, Mark Knopfler, John Mayer, Willie Nelson, Derek Trucks.
Tout ce beau linge, dans le plus grand respect et sans que quiconque, même Clapton, ne tire la couverture à lui, nous envoie de très belles versions des compositions de JJ Cale. Le son est parfait, toutes les interventions sont fort bien dosées et magistralement jouées. Finesse et délicatesse des parties de guitares. L’ensemble fait ressortir la qualité des compositions de Cale, bluesy, country ou boogie aérien et laid-back qui nous ont tant régalés par le passé et que ce CD perpétue à merveille. Et pour toujours, quoiqu’il arrive.


L'Île des chasseurs d'oiseaux
L'Île des chasseurs d'oiseaux
Prix : EUR 9,49

4.0 étoiles sur 5 Un bon roman, plutôt qu'un bon polar, 26 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Île des chasseurs d'oiseaux (Format Kindle)
Peter May né en 1951 à Glasgow, fut journaliste puis scénariste de télévision avant de devenir romancier, auteur de romans policiers. Depuis une dizaine d’années, il habite en France dans le Lot et se consacre à l’écriture. Passionné par la Chine, il est l’auteur d’une série chinoise de romans policiers. L’Île des chasseurs d’oiseaux, bouquin paru en 2009 est le premier volet d’une trilogie se déroulant en Ecosse, mais dont on peut lire les romans séparément.
Fin Macleod - inspecteur de police à Edimbourg - est originaire de l'île de Lewis (partie nord de l'île de Lewis et Harris, la plus grande île de l'archipel des Hébrides extérieures) qu'il a quitté il y a dix-sept ans pour n’y jamais retourner depuis. Or, un meurtre particulièrement crapoteux y ayant été commis selon le même mode opératoire que celui sur lequel il enquêtait à Edimbourg, Fin est envoyé dans l’île pour enquêter.
Si la classification des romans selon des genres prédéterminés a des avantages, faciliter nos choix de lecture par exemple, elle a aussi de gros inconvénients comme ici. L’Île des chasseurs d’oiseaux est identifié comme polar, or et c’est là son gros problème, il s’agit plus d’un excellent roman (tout court) que d’un polar correct ; conséquence, les amateurs de polars seront peut-être déçus tandis que beaucoup d’autres risquent de passer à côté de ce bien beau roman.
La plus grosse partie du bouquin s’attache à nous dépeindre la vie sur cette ile perdue à travers les souvenirs de jeunesse de Fin Macleod par d’incessants flashbacks. Vie difficile et austère, importance pesante des églises protestantes fondamentalistes, poids des traditions comme – point central du roman – cette chasse unique au monde sur un ilot inhospitalier à huit heures de mer, des oisillons des fous de Bassan lors de la saison de la ponte. Epreuve initiatique faisant d’un adolescent un homme. Toute cette partie documentaire est particulièrement instructive.
Peter May y rajoute, les liens amicaux ou non, liés entre Macleod et ses camarades de l’époque ; amitiés, amours, rivalités et secrets bien gardés. Jusqu’à aujourd’hui. Son enquête l’amène à revoir toutes ces figures qu’il voudrait avoir oubliées pour certaines et faire exploser la chape de silence qui maintenait comme faire se peut, un statu quo de rancœurs et de peines enfouies.
Le roman est ponctué de scènes sublimes et très fortes émotionnellement, le plus souvent des chutes, celle de Fin Macleod jeune adolescent manquant mourir dans l’île aux oiseaux, celle de son copain Calum devenant paralysé ou la mort accidentelle de ses parents. Et quand Peter May revient à son polar, proprement dit, le bouquin s’achève sur une fulgurante accélération riche en rebondissements et émotions.
Un excellent roman. Tout court.

« Son retour avorté sur l’île était terminé. Toutes ces rencontres douloureuses avec les fantômes de son passé. C’était presque un soulagement. Et Fionnlagh avait raison. Il ne s’était pas préoccupé d’eux pendant dix-huit ans, il n’avait pas le droit de revenir maintenant et de s’insinuer dans leurs vies. Un homme avait été assassiné, et son meurtrier était encore libre. Mais ce n’était plus son affaire dorénavant. Il allait rentrer chez lui, si « chez lui » existait encore. Si Mona était encore là. Il pourrait à nouveau simplement tirer le rideau, et oublier. Regarder vers l’avenir au lieu de regarder en arrière. Mais alors, pourquoi cette perspective l’effrayait-elle autant ? »


Ingrid Caven - Prix Goncourt 2000
Ingrid Caven - Prix Goncourt 2000
par Jean-Jacques Schuhl
Edition : Poche
Prix : EUR 8,40

2.0 étoiles sur 5 Bien écrit mais sans intérêt, 23 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ingrid Caven - Prix Goncourt 2000 (Poche)
Jean-Jacques Schuhl, né en 1941 à Marseille, est un écrivain français. Il a reçu le prix Goncourt en 2000 pour son roman Ingrid Caven.
J’avais un a priori négatif sur l’écrivain, l’image qu’il véhiculait ne me poussait pas à me pencher sur ses livres et puis le hasard a mis entre mes mains son roman Entrée des fantômes qui m’a agréablement surpris. Encouragé par cet essai, je me suis lancé dans Ingrid Caven, sensé être son meilleur ouvrage. Et c’est là que mon a priori négatif s’est réveillé, me rappelant qu’il ne se trompait jamais.
Attention, tout n’est pas mauvais dans ce roman, je dois être honnête. Il est bien écrit, d’une plume nourrie des classiques de la littérature mais mise au goût du jour pour aborder un sujet moderne. De plus, l’écrivain a un don indéniable pour croquer en quelques mots ou lignes, un personnage fictif ou mieux encore, bien connu. Roman bien construit aussi, sa principale qualité peut-être, permettant dans maintenir le mince intérêt pour le lecteur, l’avancée dans le texte éclairant les pages antérieures.
Son principal défaut, le roman n’est pas très intéressant ! De quoi s’agit-il exactement ? Une fausse biographie - puisque c’est un roman - d’Ingrid Caven, actrice et chanteuse allemande révélée au cinéma par son mari Rainer Werner Fassbinder avec lequel elle fut mariée durant deux ans au début des années 70. Elle fut aussi une amie d'Yves Saint Laurent qui lui tailla sa robe de scène, un fourreau noir, qu'elle a toujours gardé comme un fétiche. Enfin dernier détail, non sans importance, elle est depuis, devenue la compagne de Jean-Jacques Schuhl. La boucle est bouclée. L’auteur construit son récit à partir d’éléments de vie habilement agencés, truffant son texte de personnages connus et nommés ou mal dissimulés derrière des pseudonymes (le Mazar du roman est Jean-Pierre Rassam). Mannequins, putes de haut vol, milieux du cinéma, coke, New York, Berlin, Paris, hôtel Chelsea mais aussi l’Allemagne d’Hitler, les déportations et Ingrid Caven âgée de quatre ans chantant devant le moustachu infâme, un grand écart plutôt bien négocié par l’auteur. Pour au final, y voir une déclaration d’amour/admiration criante sans être nunuche, de l’écrivain pour sa compagne.
S’il était mal écrit, j’aurais taxé le bouquin de texte pour initiés de la jet set, une version écrite des magazines people dont on regarde les photos dans les salles d’attente des dentistes. Mais tel n’est pas le cas. Du bon et du moins bon, donc, dans ce roman qui aurait pu éventuellement passer la rampe de ma critique, s’il n’avait été couronné d’un Goncourt. Je ne connais pas les détails de sa désignation, mais qu’un tel roman puant le parisianisme, édité dans une collection dirigée par Philippe Sollers, obtienne le prix tant convoité laisse songeur… mais ceci explique peut-être cela ?

« Elle roule un peu les r, le reste est dans le masque. Elle fait glisser dans sa langue une autre langue, celle de son propre corps. Elle commence une phrase avec un accent althochdeutsch, haut allemand, la termine dans une sonorité yiddish, et passe, en un instant, de l’Université à la cuisine. Elle conjugue les genres, elle aime les mélanges, ce changement de ton à l’intérieur d’une chanson. Elle avance vers la rampe, cinq doigts écartés sur la hanche : le geste des premières chanteuses de saloon parodiant les cow-boys, main sur la crosse du colt, buste un peu cassé, voix poissarde. Tout en marchant d’un pas trainant, elle ramasse la longue traine de la robe, la tient roulée, chiffonnée, sur le bras, ça lui découvre les jambes, soudain c’est une mini ! Parfois, elle en a assez de cette grande robe, de tout ce noir ! »


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