undrgrnd Cliquez ici Livres Cahier de vacances nav-sa-clothing-shoes Cloud Drive Photos cliquez_ici Cliquez ici Acheter Fire Achetez Kindle Paperwhite cliquez_ici Jeux Vidéo
Profil de Eminian > Commentaires

Fiche d'identité

Contenu rédigé par Eminian
Classement des meilleurs critiques: 327
Votes utiles : 3890

Chez vous : découvrez nos services personnalisés en pages d'aide !

Commentaires écrits par
Eminian
(MEMBRE DU CLUB DES TESTEURS)    (TOP 500 COMMENTATEURS)    (VRAI NOM)   

Afficher :  
Page : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11-20
pixel
Notre frère et ami le caméléon
Notre frère et ami le caméléon
par MAKOSSO AKENDENGUE LEONARD
Edition : Broché
Prix : EUR 17,00

2.0 étoiles sur 5 Trop exotique, 30 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Notre frère et ami le caméléon (Broché)
Léonard Makosso-Akendengué est né à Port-Gentil au Gabon en 1954. Docteur de 3ème Cycle de Littérature et Civilisation française à l'Université de Toulouse le Mirail, il exerce au Gabon comme professeur de Lettres des lycées et collèges de 1981 à 1986. Entré au Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération en 1986, il a occupé les fonctions de conseiller culturel, chef de division OUA, conseiller technique, premier conseiller. Elevé au grade supérieur de Ministre Plénipotentiaire, il a pris sa retraite en août 2014 et réside actuellement en France. Son premier roman, Notre Frère et ami le Caméléon, vient de paraître.
« Tout le monde connait les dons du caméléon. Mais c'est aussi un animal maléfique. On s'en souviendra lors de son procès après la destruction du Boeing - œuvre de terroristes islamistes impliquant le copilote, neveu de Jean de Dieu caméléon - qui a plongé la famille royale et le royaume d'Orembo dans le deuil. Tout cela finira par le massacre de la cour et des populations ayant assisté à ce procès rocambolesque, à l'exception de maître Gédéon. »
Plusieurs fois déjà, vous m’avez vu commencer des billets en me plaignant de ne pas avoir compris un roman, ce qui me permettait ensuite, d’en dire ce qui me passait par la tête et le plus souvent du mal. Ici, le cas est différent, je n’ai rien compris à ce que j’ai lu – et c’est à prendre au pied de la lettre - mais je n’ai pas du tout envie de le descendre !
Incapable de vous en faire un résumé, je me suis contenté de reproduire celui de l’éditeur mais vous êtes loin d’avoir la moindre idée de la manière dont l’auteur en développe la narration. Il y a des Hommes avec des noms d’animaux comme Jean-Pierre Panthère un Haut conseiller ou Célestine Diotina tourterelle, la vice premier ministre, mais il y a aussi des animaux considérés comme des humains. Zoomorphisme, anthropomorphisme, références à des mythes et légendes africains, ou bien clin d’œil aux fables de Jean de la Fontaine, à moins que nous ne soyons à l’écoute d’un griot ? Chaque phrase soulève une interrogation sur sa compréhension et j’ai passé mon temps de lecture à dénicher désespérément un sens caché derrière les mots.
Roman déroutant, trop dépaysant et exotique, disons-le carrément, trop africain pour moi. Trop en dehors de mes références culturelles et manières de penser, je ne peux en dire ni bien, ni mal. Objet Littéraire Non Identifié. Mais indépendamment du sens qui m’a échappé, ce n’est pas mal écrit du tout dans l’ensemble, il y a même parfois les traces d’une écriture d’un grand classicisme. Le bouquin ne manque pas d’humour non plus, du second degré imitant les contes pour enfants et la naïveté des légendes locales ou bien en jouant sur les noms propres (« Tonton Jean Gabin »). Et par-ci, par-là, au détour d’une phrase, une réflexion presque anodine qui semble nous ramener à notre société actuelle… Roman-métaphore ? Roman-Fable ? Certainement… mais pour nous dire quoi exactement ?

« Sur la photo des hommes de cette brute de commissaire Renard Kongono, on y voit le pilote, le copilote et un arabe enturbanné portant une kalachnikov et ton client. Le copilote et son oncle creusent le sol. Or, tu sais comme tout le monde que lorsqu’on voit un caméléon creuser la terre ou le sable, c’est qu’il va se produire bientôt un très grand malheur. L’oncle et le neveu creusent le sable près de deux mois avant la pulvérisation de notre 750. Alors comment ton client pourrait dire qu’il n’a aucun lien avec l’attentat des terroristes islamistes dont fait partie son neveu ? »


Les événements
Les événements
par Jean Rolin
Edition : Broché
Prix : EUR 6,50

2.0 étoiles sur 5 Evènements guère mémorables, 27 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les événements (Broché)
Jean Philippe Rolin, né en 1949 à Boulogne-Billancourt, est un écrivain et journaliste français. Etudiant, Jean Rolin s'investit dans la tendance maoïste de mai 68. Au début des années 1970, il intervient comme représentant de la Gauche prolétarienne à Saint-Nazaire. Journaliste, il a surtout effectué des reportages, entre autres pour Libération, Le Figaro, L'Événement du jeudi et GEO. Écrivain, il est l'auteur de récits de voyage, de chroniques, de souvenirs, de romans et de nouvelles. Paru en 2015, son roman Les Evènements vient d’être réédité en poche.
La France est en guerre civile. Pour venir en aide à un ami qui serait malade, le narrateur doit quitter Paris, au volant d’un véhicule déglingué, et rouler vers le sud. En chemin, toutes sortes de difficultés vont surgir, imputables aux différents groupes armés qui se disputent le territoire, ou aux casques bleus qui s’efforcent mollement de les séparer.
Encore un de ces romans qui me laissent perplexe à la lecture et bouche bée quand je le referme, car honnêtement, je ne le comprend pas. Certes, je l’ai lu jusqu’au bout sans envisager de l’abandonner en route mais seulement parce qu’il est très court. Un roman sans histoire réellement construite et sans fond (message) apparent, ce n’est pas ma tasse de thé.
Nous suivons donc un narrateur (on ne sait qui) partant de Paris avec des médocs (on ne sait pour quel traitement) devant être remis en mains propres à Brennecke, un vieil ami de jeunesse, qui aurait (peut-être) été son amant d’alors, en tout cas, ils formaient avec une certaine Victoria un trio amoureux pas très clair. Cet ami est chef d’un groupe armé, un de ceux (de droite, de gauche ou islamistes ou encore chrétiens) qui se combattent à travers la France, sous le contrôle franchement mou des casques bleus de l’ONU (des finlandais et des ghanéens). Le narrateur donnera ses médicaments à son ancien pote, il recroisera le chemin de Victoria qui lui avoue avoir un fils de seize ans disparu (rejeton qui pourrait être du narrateur ou bien de Brennecke) et qu’elle aimerait qu’il l’aide à le retrouver, du coup ils partent tous les deux vers le Sud, elle se fait enlever (on ne sait par qui), il arrive à Port-de-Bouc, retrouve Victoria en possession d’une valise pleine de fric (venant d’on ne sait où) mais pas le fils (qui n’a jamais existé) et ils se préparent à l’exil vers les Baléares ! Fin de l’histoire, n’oubliez pas de fermer la porte en sortant !
Le texte est fait, le plus souvent, de phrases assez longues avec un excès de détails topographiques ou autres qui n’ont aucun intérêt particulier mais franchement agaçants quand on les oppose au manque d’indications claires concernant la narration proprement dite. Une histoire complètement floue dans des décors extrêmement précis ! La virée, de Paris à la Méditerranée s’apparente à un documentaire de France3 genre Des racines et des ailes, un peu gâché par le fait que nous sommes en guerre (molle, si on se fie à la lecture). Le ton varie de l’humour pince-sans-rire (« Puis par des rues que je n’eus guère le loisir d’identifier, dans la position que j’occupais au milieu de la banquette arrière, les mains menottées dans le dos et la tête sur les genoux… » [L’humour, c’est que tout du long du roman, Rolin nous soule avec les noms des rues, boulevards et places qu’il emprunte !]) à l’ironie critique, seul point positif de cet étrange bouquin.

« La veille du jour où ils m’avaient hébergé, ils avaient ainsi vu venir sur la route un automobiliste ensanglanté, dépourvu de son automobile et presque entièrement dévêtu, auquel, m’avait dit l’officier, ils n’avaient pu prodiguer que des soins rudimentaires avant de lui enjoindre de repartir, à pied, dans la direction d’où il était arrivé, faute d’instructions de leur état-major sur ce qu’ils devaient faire dans un cas de ce genre. D’autant que l’homme ensanglanté et à demi-nu était dans l’incapacité de justifier de son identité. « La FINUF, avait ajouté l’officier, a reçu un mandat précis, et elle n’a pas vocation à secourir toutes les misères, surtout quand elles n’affectent qu’un individu isolé. » »


I Still Do
I Still Do
Prix : EUR 14,99

3.0 étoiles sur 5 Exact, Clapton peut encore le faire !, 26 mai 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : I Still Do (CD)
Si la parution d’un nouvel album d’Eric Clapton ne me met plus en état de transes comme jadis, je ne manque néanmoins jamais ce rendez-vous. D’autant que les informations ayant filtré depuis quelques mois, prévenant que Glyn Johns en assurerait la production, me semblait un atout intéressant. Les deux hommes n’avaient plus travaillé ensemble depuis 1977 et l’album Slowhand…
Le CD tourne sur ma platine depuis quelques jours et j’avoue en retirer beaucoup de plaisir. Douze titres sur cette galette. Trois reprises de blues pur jus, Alabama Woman Blues (de Leroy Carr) qui ouvre l’album en beauté, Cypress Grove (de Skip James) et Stones In My Passway (de Robert Johnson). Nous avons aussi, deux titres de JJ Cale, car il n’y a plus de disque de Clapton sans reprises de son éternel ami disparu, Can’t Let You Do It et Somebody’s Knockin’. Autre terrain de pioche, l’œuvre de Bob Dylan, ici avec I Dreamed I Saw St. Augustine tiré de l’album John Wesley Harding (1968). On notera aussi un autre titre « remarquable », Catch The Blues, en ceci qu’il est signé par Clapton exclusivement, ce qui s’avère une sorte de rareté désormais…
Musicalement, nous avons donc – sans surprise – un disque extrêmement cool, dont on appréciera particulièrement la délicatesse par une écoute au casque. La seule pointe d’originalité provient des sonorités lointaines et réparties sur quelques titres, d’un accordéon cajun (Dirk Powell). Les musiciens entourant Eric Clapton sont les mêmes que d’habitude de Andy Fairweather Low (guitare) à Henri Spinetti (batterie), Dave Bronze (basse), Paul Carrack (orgue Hammond) ou Chris Stainton (claviers)….
Un disque très agréable à écouter, même si, comme à chaque nouveau disque du maître maintenant, je regrette l’absence de solos qui décoiffent un peu ou de titres un peu plus enlevés pour donner du nerf à cette musique. Enfin, ne nous plaignons pas trop, ce I Still Do, s’avère une bonne cuvée, alors…


Les Adeptes
Les Adeptes
par Ingar Johnsrud
Edition : Broché
Prix : EUR 21,00

1 internaute sur 3 a trouvé ce commentaire utile :
1.0 étoiles sur 5 Grotesque, 24 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Adeptes (Broché)
Né à Oslo (Norvège) en 1974, Ingar Johnsrud a exercé le métier de journaliste dans l'un des plus grands groupes de médias de son pays. Les Adeptes, premier roman et premier volet d'une trilogie annoncée, vient de paraître. Il vit avec sa femme et ses trois enfants à Oslo.
« Pour le commissaire Fredrik Beier, l'affaire s'annonce comme une enquête de routine : la disparition d'Annette Wetre et de son petit garçon, membres d'une secte baptisée « La Lumière de Dieu ». A ce détail près que cette disparition a été signalée par la mère d'Annette, une femme politique très en vue chez les démocrates-chrétiens. Et que ladite Lumière de Dieu, engagée dans une vendetta religieuse contre l'islam, sert de paravent à de monstrueuses expérimentations sur des sujets humains, visant à perpétuer la race blanche... »
Le résumé fournit par l’éditeur donne assez clairement les grandes lignes du sujet, c'est-à-dire un empilement de thèmes bien éculés et traités par beaucoup d’autres avant Johnsrud. Pour se dégager de ce lot il aurait fallu que l’écrivain la joue fine, las, nous sommes loin du compte.
Tout est trop classique et banal, l’intrigue est convenue, les personnages et le futur héros récurrent Fredrik Beier trop semblables à ce qu’on a déjà lu ailleurs, la construction du roman alterne chapitres au présent et évènements situés durant l’époque nazie et pour finir de nous assommer, Johnsrud nous pond un pavé de plus de cinq cents pages, assorti d’un épilogue de quelques dizaines de pages carrément grotesques ! Le combat entre le tueur et Beier (avec sa collègue Kafa)… quelle niaiserie sanguinolente !
Après avoir vidé mon fiel pour me soulager du temps perdu à lire ce nanar, essayons d’être plus objectif. Le roman est très quelconque et pourrait être lu par qui n’est pas trop difficile, et je pensais m’en tenir à cette remarque pour écrire mon billet, mais la fin est définitivement trop nulle pour sauver un tant soit peu ce bouquin. Passons vite à autre chose.

« - Je crois que vous avez été manipulés, dit-il. – Ah bon. Et pourquoi ? demanda le journaliste en plissant le front. – Parce que quelqu’un veut faire passer cette tragédie pour une sorte de vendetta religieuse. On veut nous faire croire que ce sont les intégristes musulmans qui ont fait ça. Il est possible que ce soit le cas, mais cette affaire est plus compliquée qu’elle n’en a l’air. J’en ai la certitude. – Fredrik marqua un temps d’hésitation avant de poursuivre. – Il s’est passé des choses dans cette cave… Jorgen leva les yeux au ciel. – La presse se serait donc fait manipuler ? On serait tombés dans le panneau comme des imbéciles ? »


Le sens de ma vie: Entretien
Le sens de ma vie: Entretien
par Romain Gary
Edition : Poche
Prix : EUR 6,50

3.0 étoiles sur 5 Une vie comme un roman... ou l'inverse ?, 21 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le sens de ma vie: Entretien (Poche)
Roman Kacew, dit Romain Gary, est un diplomate et romancier français, de langues française et anglaise, né en 1914 à Vilna dans l'Empire russe (actuelle Vilnius en Lituanie) et mort par suicide en décembre 1980 à Paris. Important écrivain français de la seconde moitié du XXe siècle, il est également connu pour la mystification littéraire qui le conduisit, dans les années 1970, à signer plusieurs romans sous le nom d'emprunt d’Emile Ajar, en les faisant passer pour l'œuvre d'un tiers. Il est ainsi le seul romancier à avoir reçu le prix Goncourt à deux reprises, sous deux pseudonymes, en tant que Romain Gary avec Les Racines du ciel (1956) duquel il réclame « la qualité de premier auteur à avoir écrit un livre sur la défense de l’environnement et la protection de la nature » et pour Emile Ajar avec La Vie devant soi (1975).
Le Sens de ma vie (2014), qui vient d’être réédité en poche, est en fait la retranscription d’un entretien filmé accordé à Radio-Canada en 1980, quelques mois avant le suicide de l’écrivain. S’agissant du verbatim de l’émission, on n’y cherchera ni le style, ni le poli de l’écrit. Par contre c’est un excellent moyen de faire connaissance avec cet homme au destin extraordinaire, cette centaine de pages condensant des faits déjà développés, plus longuement, dans ses deux ouvrages autobiographiques, La Promesse de l’aube (1960) et La Nuit sera calme (1974).
Quelle vie, quel parcours ! Gary arrive en France à l’âge de quatorze ans avec sa mère et tous deux s’installent à Nice. Des études de droit puis il s’engage dans l’aviation et rejoint le général de Gaulle à Londres en 1940. Un premier roman en 1945. Cette même année il entre au Quai d’Orsay en tant que diplomate, ce qui l’envoie à Sofia, New York, Los Angeles, La Paz. Un second mariage avec l’actrice Jean Seberg (1963-1970), laquelle se suicidera en 1980. Des romans et des textes à la pelle, plus d’une trentaine sous son nom et une petite dizaine sous divers pseudonymes. Ajoutons-y la réalisation de deux films dont Les Oiseaux vont mourir au Pérou (1968) et vous n’avez-là que les grandes lignes des occupations diverses du bonhomme.
Quand on entre dans les détails c’est encore plus gratiné, digne d’un roman d’aventure de grande envergure. On y voit le rôle important de sa mère (la fameuse mère juive…) et l’invraisemblable épilogue, l’écrivain ne découvrant que trois après le décès de celle-ci ! Sa ténacité à vouloir combattre l’ennemi et son « attachement total et profond » pour le général de Gaulle, à travers des anecdotes extravagantes. Et dans le genre pas croyable, cet épisode croquignolet autant qu’abracadabrant de chantage sexuel auquel il refusera de se soumettre quand il était diplomate et victime des Bulgares…
Il semble que tout ce qui est dit ici soit globalement vrai, pourtant je ne vous cacherai pas que parfois je me suis interrogé. Un homme ayant tellement bourlingué, usé de stratagèmes pour aboutir à ses fins, de pseudonymes divers en littérature au point d’être fait Goncourt deux fois, d’avoir proposé à son éditeur Gallimard deux fois le même bouquin Les couleurs du jour (1952) et Les Clowns lyriques (1979), un tel homme peut-il être cru sur parole ? Me revenait en mémoire cette célèbre citation « Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende » (L’Homme qui tua Liberty Valence)…
L’entretien s’achève sur une remarque de doute ou de léger désarroi, Romain Gary l’homme d’action, aurait-il été manipulé par la vie/le destin ? « J’ai l’impression d’avoir été vécu par ma vie, d’avoir été objet d’une vie plutôt que de l’avoir choisie… » Quelques mois plus tard, il mettra un terme à cette vie, d’une balle de Smith & Wesson dans la bouche.

« … un jour, au mess, nous avions une soupe au curry, qui est très fortement épicée, comme son nom l’indique, et ils m’ont versé deux verres de whisky là-dedans, et j’ai bu ma soupe sans m’apercevoir que je buvais de l’alcool. Et l’alcool a sur moi un effet qui s’est démontré à cette occasion-là. Je me suis levé, je me suis frotté les mains comme cela et j’ai dit : »On va voir ce que l’on va voir. » Je suis allé au terrain, j’ai pris le Blenheim [bombardier léger de l’armée britannique] et j’ai bombardé avec deux bombes d’exercice le palais du gouverneur de l’Oubangui-Chari. C’était des bombes de plâtre, les dégâts n’ont pas été considérables pour le palais du gouverneur, mais très considérables pour moi. J’ai été cassé et envoyé comme adjudant défricher un terrain dans un régiment disciplinaire de la Légion étrangère. »


Disparue à Las Vegas
Disparue à Las Vegas
par Vu Tran
Edition : Broché
Prix : EUR 21,80

2.0 étoiles sur 5 Trop lisse, 19 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Disparue à Las Vegas (Broché)
Vu Tran est né à Saigon en 1975. Il a grandi à Tulsa dans l’Oklahoma après avoir quitté le Vietnam et donne aujourd’hui des cours de « creative writing » à l’Université de Chicago. Disparue à Las Vegas est son premier roman.

Robert Ruen, un flic d’Oakland, se remet difficilement du départ de sa femme Suzy. Deux ans plus tôt, elle l’a quitté pour aller vivre avec Sonny, un baron de la pègre vietnamienne de Vegas. Quand elle disparaît une nouvelle fois, étonnamment c’est à Robert que Sonny demande son aide. Sous la pression du gangster, Robert traque Suzy à travers Las Vegas. Il en apprendra plus sur son ex-femme qu’il n’en avait jamais su pendant les huit années de leur mariage, notamment sur son arrivée aux Etats-Unis après la chute de Saigon. Peu à peu, le passé trouble de Suzy se dessine plus clairement…

Je ne sais pas vraiment quoi vous dire de ce roman qui m’a laissé froid du début à la fin. Ennuyeux, c’est le seul terme qui me vienne à l’esprit. Rien n’est réellement mauvais mais comme rien n’y est particulièrement intéressant, le lecteur reste en plan attendant le mot « fin », sans joie ni peine, indifférent.


Les silences du colonel Bramble
Les silences du colonel Bramble
par André Maurois
Edition : Poche
Prix : EUR 8,40

3.0 étoiles sur 5 Un roman très fin qui ne manque pas de profondeur, 18 mai 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les silences du colonel Bramble (Poche)
André Maurois (pseudonyme d’Emile Salomon Wilhelm Herzog), né en 1885 à Elbeuf et mort en 1967 à Neuilly-sur-Seine, est un romancier, biographe (Shelley, Byron, Victor Hugo, George Sand, Balzac…), conteur et essayiste français. Issu d'une famille de drapiers juifs alsaciens ayant quitté l’Alsace en 1870 pour ne pas devenir Allemands, Maurois a pour professeur au lycée de Rouen le philosophe Alain, à qui il sera redevable de son orientation esthétique. Il préfère en effet une carrière littéraire à la direction de l’usine familiale par laquelle il passera néanmoins durant une dizaine d’années. Interprète militaire et officier de liaison auprès du BEF (Corps expéditionnaire britannique) en France et en Flandres pendant la Première Guerre mondiale, Maurois écrit en 1918 Les Silences du colonel Bramble, son premier ouvrage, qui connaîtra un vif succès, tant en France que dans les pays anglo-saxons. Elu à l’Académie française en 1938, il s’exile aux Etats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, admirant Winston Churchill et se méfiant de Pétain.
Les Silences du colonel Bramble vient d’être réédité, précédé d’un court essai inédit, En retrouvant le général Bramble.
S’inspirant de sa propre expérience militaire durant la Première Guerre mondiale, André Maurois met en scène cinq acteurs : le colonel Bramble, un Ecossais amateur de musique et ne se séparant jamais de son gramophone ; le major Parker, un Anglais ; le docteur O’Grady, Irlandais, socialiste à l’esprit cartésien et pragmatique ; le révérend McIvor, Ecossais, surnommé le Padre et enfin, Aurelle (un alias de l’auteur), un Français qui écrit des vers durant ses temps libres, agent de liaison entre la France et la Grande-Bretagne.
Tandis que les combats font rage et que les armées progressent dans le Nord de la France, le soir au mess, nos cinq hommes faisant abstraction de la situation dans la mesure du possible, devisent de choses et d’autres. Discussions entre gentlemen autour d’une bouteille, où l’on respecte les convenances, sur un ton amical et le plus souvent humoristique qui nous ferait oublier que tout proche le canon tonne et que des hommes sont morts dans la journée. Les sujets d’échanges sont nombreux, la guerre bien sûr, les modes de gouvernance, l’Histoire, la philosophie mais plus légers parfois, comme la polygamie ou les absurdités de l’administration militaire.
On sourit souvent devant ce fameux humour anglais comme : « Les autorités discutaient sur l’origine de ces mines, que le N.T.O. disait amies, alors que le M.L.O. les croyait ennemies. Mais un point de détail n’était pas controversé : tout navire qui avait rencontré l’une d’elles s’était ouvert en deux morceaux qui n’avaient pas flotté longtemps. » Ou bien encore : « J’avais un ami, le major Featherstonehaugh, qui vers l’âge de quarante ans commença à avoir des éblouissements : il alla voir un médecin qui accusa le whisky et lui conseilla d’essayer pendant quelque temps de boire du lait… Well, dix jours après il était mort. » Vous ne manquerez pas de noter non plus, le passage relatant drôlement une chasse au lion qui rappelle furieusement la bande dessinée Tintin au Congo, quand le journaliste au toupet s’essaie au tir sur une antilope… Hergé avait donc lu Maurois.
Un bouquin délicieux devant tout à son ton léger apparent et ironique mais qui ne manque pas d’ambitions néanmoins, rapprocher les peuples Anglais et Français, passer outre leurs différences et ne s’accorder que sur ce qui les unit sans tomber dans la complaisance nunuche, « Quant à croire que les démocraties seront pacifiques, c’est une naïveté. »

« - Il y avait une fois, dit le docteur, deux officiers qui, le même jour, perdirent chacun un objet appartenant au gouvernement de Sa Majesté. Le premier égara un seau à charbon, le second un camion automobile. Or vous savez, Aurelle, que, dans notre armée, un officier est responsable sur ses propres deniers de la valeur des objets qu’il perd par négligence. Les deux officiers reçurent donc deux notes du War-Office avisant l’un qu’il aurait à payer la somme de trois shillings, l’autre qu’il lui serait retenu mille livres sur son traitement. Le premier voulut se défendre : il n’avait jamais eu de seau à charbon et prétendit le démontrer. Il compromit son avancement et dut à la fin payer les trois bobs. Le second, qui connaissait les voies du Seigneur, écrivit simplement au bas du papier : « Noté et retourné ». Et il renvoya le papier au War-Office. Là, suivant une vieille et sage règle, un scribe perdit le dossier et le bon officier n’entendit plus jamais parler de cette bagatelle. »


Un dernier verre au bar sans nom
Un dernier verre au bar sans nom
par Jonathan Lethem
Edition : Broché
Prix : EUR 24,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Don Carpenter paie sa tournée, 10 mai 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Un dernier verre au bar sans nom (Broché)
Don Carpenter (1931-1995) est un écrivain américain, auteur d’une dizaine de romans, de nouvelles et scénarios de film. A la fin des années 80 il est touché par différentes maladies, tuberculose, diabète, glaucome et après plusieurs années de souffrances, il se suicide en 1995. Un dernier verre au bar sans nom, n’était pas complètement finalisé quand Don Carpenter s’est donné la mort ; l’écrivain Jonathan Lethem explique dans la postface les quelques retouches qu’il a apportées au bouquin avant qu’il ne soit enfin édité aujourd’hui.
Le roman court de la fin des années 50 jusqu’au milieu des 70, entre San Francisco et Portland. Alors que la Beat Generation rebat les cartes de la littérature, un groupe de jeunes gens rêve d’une vie d’écriture dont Charlie qui revient du conflit en Corée avec le puissant désir d’écrire « LE » grand livre sur la guerre. Sur les bancs de la fac, il rencontre la très talentueuse Jaime, jeune fille de la classe moyenne. Quels écrivains vont devenir Charlie, Jaime et leurs amis… ?
Si le premier roman de l’écrivain, Sale temps pour les braves m’avait tapé dans l’œil, celui-ci m’a crevé le second. Tout y est excellent. Le sujet, la construction et l’écriture.
Le sujet, c’est la littérature ou plus précisément, sa place dans la vie de ceux qui se rêvent écrivains. Tous les personnages du roman écrivent, la différence entre les uns et les autres, c’est que certains seront publiés, d’autres non. L’écrivain décrit ces parcours, faits de hauts et de bas, d’espoirs, de déceptions ou de réussites, de compromis. En choisissant des figures chargées de passés divers, Charlie revient de la guerre, Jaime est une jeune fille de la classe moyenne avec des ambitions, Stan est un cambrioleur, Dick s’est forgé une petite réputation locale à Portland après qu’une de ses nouvelles soit publiée par Playboy, Don Carpenter peut couvrir tout le champ des possibles. De San Francisco à Hollywood, il n’y a qu’un pas et les sirènes du cinéma corneront aux oreilles de certains avec des promesses d’argent facile, sauf que le cinéma n’a pas besoin d’écrivains, il veut des scénaristes, ce qui n’est pas exactement la même chose…
La construction du bouquin rend parfaitement compte de ces destins qui se croiseront, se lieront, se délieront ou se recroiseront au fil des années, tissant une toile où tel ou tel apparaît puis disparaît durant plusieurs chapitres avant de revenir, changé par les ans et les évènements. Ce très beau roman est servi par l’écriture de Don Carpenter, qui là encore, comme je l’avais noté dans son premier ouvrage, s’avère d’une très grande simplicité à la lecture, pas de mots compliqués ou de tournures de phrases chiadées, tout coule, laissant croire que la littérature serait à la portée de tous, la forme démentant le propos.
Si l’écriture et l’ambition de devenir écrivain sont au cœur du livre, il y est aussi question d’amour et d’amitié, en un combat perpétuel toujours difficile à gérer, « Les écrivains ne devraient jamais se marier entre eux, de toute façon, songea Jaime. On est trop égoïstes. »
A consommer sans modération.

« Qu’allait-elle faire de sa journée ? Ou de sa nuit, quand elle ne pourrait dormir ? Son roman avait été son ancre, et maintenant elle l’avait perdue. Tout le plaisir de finir, de savoir qu’elle était capable d’écrire un livre entier, était noyé dans ce sentiment de perte. Et elle avait écrit ce roman en quoi ? Trois mois et des poussières. Charlie travaillait au sien depuis des années, elle ne savait pas exactement combien, mais ça se comptait en années. Cela semblait injuste. Charlie était assis devant elle, faisait semblant d’écouter de la musique à la radio, dodelinant de la tête, jouant avec son sachet de thé, le cœur sans doute déchiré. »


M Train
M Train
par Patti Smith
Edition : Broché
Prix : EUR 19,50

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Un bien beau texte, 5 mai 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : M Train (Broché)
Patricia Lee Smith dite Patti Smith, née en 1946 à Chicago, est une chanteuse et musicienne de rock, poète, peintre et photographe américaine. Son père, ancien danseur de claquettes, est employé de bureau dans une usine et sa mère, qui a abandonné une carrière de chanteuse de jazz pour élever ses quatre enfants, est serveuse dans un restaurant. A l'adolescence, Patti se détache de l’éducation très religieuse que sa mère, Témoin de Jéhovah, lui a donnée. Entrée à l'Ecole normale pour devenir institutrice, à 18 ans elle est radiée (suite à une grossesse) et doit travailler. Pendant la première partie des années 1970, Patti Smith pratique intensément la peinture, l'écriture, et se produit en tant qu'actrice au sein du groupe de poètes St Mark's Poetry Project. Les petits boulots alimentaires s’enchainent, les rencontres amoureuses on non aussi et de fil en aiguille, elle écrit des paroles de chansons (pour Blue Öyster Cult), des articles pour la presse rock (Creem, Rolling Stone) et finalement sort un premier album coup de tonnerre, Horses, en 1975.
Avec M Train qui vient de paraître, Patti Smith poursuit dans la veine autobiographique amorcée avec Just Kids mais d’une manière tout à fait différente. Si Just Kids était centré sur sa liaison amicale puis amoureuse avec Robert Mapplethorpe entre 1967 et 1989 (date de son décès), de façon très directe, M Train est plus distancié.
La vérité historique : A la fin des années 1970, Patti Smith rencontre Fred "Sonic" Smith, guitariste du défunt groupe américain MC5, qui partage notamment son amour de la poésie. Ils s'aiment, se marient et ont deux enfants, Jackson (né en 1980) et Jesse Paris (née en 1987). Patti Smith se retire alors presque entièrement du monde de la musique pour élever ses enfants, n'enregistrant en près de quinze ans qu'un seul album, Dream of Life, sorti en 1988. En 1994, la vie paisible de Patti Smith est brutalement interrompue par la mort de son époux, puis de son frère Todd, « La mort brutale de Todd, si peu de temps après la disparition de Fred, m’a été insupportable. »
Si le souvenir des êtres chers et disparus revient régulièrement au cours de ce texte, comme une ombre sombre planant au-dessus de l’auteure, l’écriture transpire la sérénité, une sorte de « zenitude » face à l’adversité, face à la vie que Patti Smith prend comme elle vient pour finalement n’en retenir que les bons côtés ou les instants magiques et heureux, mais il s’en dégage néanmoins un sentiment de solitude assumée.
La vie de Patti Smith s’avère d’une grande simplicité. Faite de petits rituels, petits déjeuners macrobiotiques (pain complet, huile d’olive et café), cafés qui tout du long scandent les journées de l’artiste, cafés-boisson comme cafés-lieux, elle les connait tous, de New York à Vera Cruz. Elle en boit des litres - « Je pouvais boire jusqu’à quatorze tasses sans mettre en péril mon sommeil » - et à mon avis, elle fait bien, car elle a tendance à s’assoupir souvent si je l’ai bien lue. Question fringues, un bonnet et un vieux pardingue avec dans ses poches, son calepin et un appareil photo, autant dire qu’il ne lui faut qu’un baluchon pour partir en voyage. Et dès qu’elle le peut, elle se cale devant un écran pour suivre les séries policières dont elle est très friande.
Le livre est découpé en chapitres sans chronologie aucune, faits de lieux (voyages à Berlin, Londres, Tokyo, Tanger, Mexico…) et de gens qu’elle rencontre ou d’écrivains nourrissant son imaginaire (la liste serait trop longue à dresser mais disons que Haruki Murakami est ici important). Le texte marie les souvenirs, conservés précieusement dans ses carnets Moleskine qui ne la quittent jamais et dans lesquels elle note constamment tout ce qui lui passe par la tête, ah ! ces poètes… et des dérives oniriques qui ne manquent pas de charme. « Ce n’est pas si facile d’écrire sur rien » déclare Patti Smith en entame de son ouvrage, on la croit volontiers mais on peut la rassurer, elle s’en tire brillamment.

« Nous désirons des choses que nous ne pouvons pas avoir. Nous cherchons à retrouver tel moment, tel son, telle sensation. Je veux entendre la voix de ma mère. Je veux revoir mes enfants quand ils étaient enfants. Petites mains, petits pas rapides. Tout change. Le garçon a grandi, le père est mort, la fille est plus grande que moi, elle pleure après un mauvais rêve. De grâce, restez pour l’éternité, dis-je à ceux que je connais. Ne vous en allez pas. Ne grandissez pas. »


Un enfant
Un enfant
par Thomas Bernhard
Edition : Poche
Prix : EUR 7,50

3.0 étoiles sur 5 Pour lecteurs concernés, 2 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Un enfant (Poche)
Né en 1931 à Heerlen aux Pays-Bas, Thomas Bernhard est le fils d'un cultivateur autrichien. Il fait ses études secondaires à Salzbourg et suit des cours de violon et de chant, puis de musicologie. Son premier recueil de poèmes paraît en 1957, suivi deux ans plus tard d'un livret de ballet. Il écrit des pièces dont plusieurs sont jouées dans de nombreux pays et en France à partir de 1960. Thomas Bernhard a obtenu en 1970 le prix Georg Büchner, la plus importante récompense littéraire d'Allemagne occidentale. Il est mort en 1989 à Gmunden (Autriche). Un Enfant, paru en 1982, vient d’être réédité.
Récit autobiographique, Un Enfant, retrace l’enfance de l’écrivain quand il avait une dizaine d’années et vient compléter et achever le cycle formé par L'Origine (1975), La Cave (1976), Le Souffle (1978), Le Froid (1981).
Thomas Bernhard nait discrètement aux Pays-Bas d’une mère célibataire qui ne reviendra à Vienne qu’en 1932 pour le confier d'abord à ses grands-parents. L’enfant passe ses premières années dans la campagne près de Salzbourg. L'influence de son grand-père, l'écrivain Johannes Freumbichler, le marquera toute sa vie. Sa mère se marie en 1936 et deux ans plus tard, ils partent vivre en Bavière, mais ce dépaysement ne lui convient pas et ses résultats scolaires deviennent catastrophiques, il vit alors l'école comme un enfer. Ses grands-parents s'installent dans la région en 1939. En 1942, il fait un séjour dans un centre d'éducation national-socialiste pour enfants en Thuringe, où il est maltraité et humilié. Il est placé dans un internat nazi à Salzbourg en 1943, avant de revenir en Bavière, en 1944, à cause des bombardements alliés.
Un bouquin assez court mais écrit sans chapitres, ni paragraphes, ni sauts de lignes, un bloc compact – une caractéristique du style de l’écrivain - qui enfile avec brio, techniquement parlant, les nombreux évènements qui marquent cette tranche de vie racontée sans que la chronologie soit toujours respectée. Quant à l’écriture, si elle est parfaitement maîtrisée, elle s’autorise de très longues phrases parfois assez tarabiscotées, « Egalement à l’écrivain qu’on appelait un écrivain célèbre, qui vivait à Henndorf, nous allâmes rendre visite. »
Le texte ne s’adresse qu’aux fans de l’écrivain, comme souvent (toujours ?) quand il s’agit d’autobiographie. Ceux-ci, ayant une connaissance de l’œuvre de l’auteur, ne seront pas surpris de constater qu’on ne se marre pas beaucoup à le lire, ce n’est pas le genre de la maison ! C’est pourquoi je n’hésite pas à vous signaler ce mince trait d’humour, quasiment une pépite inespérée, « Au petit matin il apparut que j’avais confondu la porte de l’armoire à linge avec la porte des cabinets, les deux ayant été installées presque de façon semblable. » A la décharge de Thomas Bernhard il faut convenir qu’il n’a pas eu une vie facile non plus, entre une mère qui lui voue un amour/haine ponctué de coups de nerf de bœuf quand il fait des âneries (et il s’y entend), les vexations subies parce qu’il vient d’une famille pauvre ou parce qu’il pisse au lit, son jeune âge ne l’empêche pas de penser au suicide. Seules éclaircies, la compagnie du grand-père écrivain et anarchiste et les quelques succès en course à pied qui lui vaudront des honneurs ponctuels. On ne s’étonnera donc pas, plus tard, de trouver dans ses romans et textes, les traces de sa répugnance pour le monde, « l’abominable odeur d’un monde stupide où l’impuissance et la bassesse sont au pouvoir » et son pessimisme rampant.
Un bouquin que nous réserverons à un public très ciblé et concerné, j’en conviens.

« Mon grand-père avait passé en revue devant moi toutes les possibilités de faire s’effondrer le pont. Avec un explosif on peut tout anéantir, à condition qu’on le veuille. En théorie, chaque jour j’anéantis tout, comprends-tu ? disait-il. En théorie il était possible tous les jours et à tout instant désiré d’anéantir tout, de faire s’effondrer, d’effacer de la terre. Cette pensée, il la trouvait grandiose entre toutes. Moi-même je m’appropriai cette pensée et ma vie durant, je joue avec elle. Je tue quand je veux, je fais s’effondrer quand je veux, j’anéantis quand je veux. Mais la théorie est seulement de la théorie, disait mon grand-père, après quoi il allumait sa pipe. »


Page : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11-20