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Autonome (London United Kingdom)
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Secrets, Samsara - tome 1 - Secrets, Samsara, tome 1
Secrets, Samsara - tome 1 - Secrets, Samsara, tome 1
par Frank Giroud
Edition : Album
Prix : EUR 16,50

3.0 étoiles sur 5 Le tout moins bien que la somme des parties, 29 mars 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Secrets, Samsara - tome 1 - Secrets, Samsara, tome 1 (Album)
Avec le Tome 1 de "Samsara", Giroud nous offre l'album le plus long (à ce stade) de la série "Secrets": 80 pages (78 planches) où brillent les dessins et les couleurs magnifiques de Michel Faure - qui avait conçu les superbes aquarelles de Desnouettes dans le tome 9 du "Décalogue", "Le Papyrus de Kom-Ombo". Le scénario de Giroud (une épopée historiquo-aventuro-sociale dans l'Angleterre et l'Inde du XIXème siècle) est également solide et de qualité donc on devrait mettre cinq étoiles et s'arrêter là, thank you very much....

...Pourtant, cet album ne fonctionne pas complètement. Et quand on essaie de mettre la main sur ce qui est problématique, l'amateur de l'oeuvre de Giroud constate la chose suivante: si ce dernier est un chroniqueur hors pair de l'histoire de notre Vieille Europe, de l'Afrique et des regions moyen-orientales (qu'il décrit avec lucidité et passion), il semble que les subtilités du monde anglo-saxon lui échappent complètement. On se souvient du contre-sens complet que représentaient les tomes de Louis-La-Guigne qui se passaient aux Etats-Unis. On se souvient également que le pire album de Giroud est une tentative de polar américain ("Tango") qui échoue complètement au niveau de l'atmosphère.

Dans Samsara, on ne retrouve pas du tout la caractéristique de ce qui fait l'Angleterre victorienne (et celle d'aujourd'hui également): l'importance du non-dit. Quand Elizabeth se lâche auprès de sa tante, c'est assez peu crédible.
Même chose sur le « ton » du livre. Dans « L'Ecorché » du même Giroud, Pellejero change les tons de son dessin, du bleu acier de la Commune aux différentes nuances de rouge puis de vert qui correspondent aux différentes périodes artistiques de son héro.
Malgré sa beauté plastique, le dessin de Faure n'a guère de nuances : il est uniformément brillant, qu'il s'agisse de la pluie sur Manchester ou du soleil écrasant de l'Empire des Indes.
En lisant ce livre (et c'est rare chez Giroud) on n'a pour une fois pas l'impression d'être transposé dans un lieu, un environnement ou une époque, mais plutôt d'être transposé dans l'image que l'auteur s'en fait.
D'où une légère déception.


Secrets, L'Écorché - tome 2 - Secrets, L'Ecorché, tome 2
Secrets, L'Écorché - tome 2 - Secrets, L'Ecorché, tome 2
par Frank Giroud
Edition : Album

5.0 étoiles sur 5 Chef d'oeuvre incontestable, 22 mars 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Secrets, L'Écorché - tome 2 - Secrets, L'Ecorché, tome 2 (Album)
Après un premier tome d'une très bonne facture esthétique, ce Tome 2 de "L'Ecorché" laisse une part plus importante au récit et à la conclusion d'une intrigue à la fois mystèrieuse et touffue (il faut dire que le premier tome laissait de nombreuses questions sans réponse).
On est donc surpris de recommencer l'intrigue en 1921 alors que tout le premier volume se déroulait entre 1871 et 1900.
Le dessin de Pellejero reste splendide - et on se rend compte qu'en 1921 il n'y a plus de chevaux à Paris et que les automobiles ont pris le pouvoir.
Toutes les intrigues patiemment construites par Florent Germaine et Franck Giroud dans le premier tome sont dénouées une à une pour le plus grand plaisir du lecteur qui n'avait rien vu venir.
Parce que le récit est absolument palpitant, Pellejero a sans doute moins l'occasion de briller que dans le premier volet (qui était aussi le récit de la découverte d'un artiste) mais il reste des passages sublimes: les échanges entre Justine et Tristan au cimetière en pages 16-17, et la scène du dîner (pages 48-52), pleine de tension et magnifiquement découpée.

Dans l'ensemble, les deux tomes de "L'Ecorché" forment à ce stade la meilleure histoire de la série "Secrets" et également le meilleur album de Frank Giroud depuis "Le Décalogue" (avec les deux derniers tomes de "Louis Ferchot"). Il montre son auteur et son dessinateur à son meilleur: chaudement recommandé!


La Ballade de l'impossible
La Ballade de l'impossible
DVD ~ Rinko Kikuchi
Proposé par Neobang
Prix : EUR 8,55

2.0 étoiles sur 5 Bof, 11 mars 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Ballade de l'impossible (DVD)
"Norwegian Wood", adaptation du très célèbre roman éponyme signé Haruki Murakami, souffre de plusieurs défauts - à mon goût rhédibitoires.
D'abord la faiblesse du matériau de base: "Norwegian Wood" a beau être le roman le plus populaire de Murakami, il n'est absolument pas son meilleur.
Par ailleurs, alors que "Norwegian Wood" est plutôt un roman "court" de son auteur, le film se traîne à 2h13, et on perd l'envie de vivre au bout d'un moment (mais la perte de l'envie de vivre est l'un des sujets du roman et du film donc...).
Malgré sa longueur, une partie non négligeable de l'intrigue disaparaît: la relation de Watanabe avec le père de Midori, les dialogues Midori-Watanabe dans la bibliothèque du père de Midori, la raison pour laquelle Reiko se retrouve dans la maison de repos, etc...Tous ses passages qui provoquaient une distraction bienvenue dans une intrigue très lourde ont disparu. En conséquence le film, bien que fidèle dans l'ensemble au roman, est terriblement pesant, et le style écrit de Murakami n'est pas là pour nous faire penser à autre chose.

Autre problème: le casting. Autant Kenichi Matsuyama et Rinko Kikuchi sont impeccables en Watanabe et Naoko, autant les actrices dépeignant Midori et Reiko sont ratése. Le documentaire du "making of" montre d'ailleurs à quel point Kiko Mizuhara doit refaire ses scènes, de crises de larmes en crises de larmes, au grand désespoir de son metteur en scène (dans le BluRay seulement).

Qu'y-a-t-il à sauver? la musique de Jonny Greenwood, magnifique, et la scène du pétage de plomb de Watanabe, vers la fin du film.
Mais à ce moment-là, il est beaucoup trop tard...


Norwegian Wood [Blu-ray] [Import anglais]
Norwegian Wood [Blu-ray] [Import anglais]
DVD ~ Rinko Kikuchi
Prix : EUR 16,73

2.0 étoiles sur 5 Bof, 11 mars 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Norwegian Wood [Blu-ray] [Import anglais] (Blu-ray)
"Norwegian Wood", adaptation du très célèbre roman éponyme signé Haruki Murakami, souffre de plusieurs défauts - à mon goût rhédibitoires.
D'abord la faiblesse du matériau de base: "Norwegian Wood" a beau être le roman le plus populaire de Murakami, il n'est absolument pas son meilleur.
Par ailleurs, alors que "Norwegian Wood" est plutôt un roman "court" de son auteur, le film se traîne à 2h13, et on perd l'envie de vivre au bout d'un moment (mais la perte de l'envie de vivre est l'un des sujets du roman et du film donc...).
Malgré sa longueur, une partie non négligeable de l'intrigue disaparaît: la relation de Watanabe avec le père de Midori, les dialogues Midori-Watanabe dans la bibliothèque du père de Midori, la raison pour laquelle Reiko se retrouve dans la maison de repos, etc...Tous ses passages qui provoquaient une distraction bienvenue dans une intrigue très lourde ont disparu. En conséquence le film, bien que fidèle dans l'ensemble au roman, est terriblement pesant, et le style écrit de Murakami n'est pas là pour nous faire penser à autre chose.

Autre problème: le casting. Autant Kenichi Matsuyama et Rinko Kikuchi sont impeccables en Watanabe et Naoko, autant les actrices dépeignant Midori et Reiko sont ratése. Le documentaire du "making of" montre d'ailleurs à quel point Kiko Mizuhara doit refaire ses scènes, de crises de larmes en crises de larmes, au grand désespoir de son metteur en scène.

Qu'y-a-t-il à sauver? la musique de Jonny Greenwood, magnifique, et la scène du pétage de plomb de Watanabe, vers la fin du film.
Mais à ce moment-là, il est beaucoup trop tard...


La ballade de l'impossible
La ballade de l'impossible
par Haruki Murakami
Edition : Poche
Prix : EUR 8,40

3.0 étoiles sur 5 Noir c'est noir, 2 mars 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : La ballade de l'impossible (Poche)
On s'en doutait un peu depuis "Entends le chant du vent (1979) et "Le flipper de 1973" (1980), Haruki Murakami a des comptes à régler avec son adolescence. Apres deux intermèdes ludiques et souvent très brillants dans le fantastique ("La course au mouton sauvage" - 1982 et "La fin des temps" - 1985), Murakami revient au réalisme avec "Norwegian Wood" (ou, en français, "la ballade de l'impossible" - titre improbable mais pas plus mauvais qu'un autre). Publié pour la première fois en 1987 au Japon et adapté au cinéma en 2010, "Norwegian Wood" allait faire de son auteur une superstar locale, tellement populaire au Japon que sa vie privée allait en devenir impossible et qu'il allait quitter son pays natal pour les Etats-Unis pendant de nombreuses années.

"Norwegian Wood" n'est pourtant pas, loin s'en faut, le meilleur livre de son auteur. D'une part, parce qu'après les délires de ses deux romans précédents, Murakami revient au réalisme de "Entends..." et "Flipper.." mais sans retrouver la magie très typique de ces deux ouvrages. Sans doute parce que le propos est immédiatement très sombre et que la mort et la folie rôdent littéralement de la première à la dernière page. La lecture est donc difficile, et ne se fait pas naturellement, contrairement à tous les romans écrits par Murakami jusque là.

Par ailleurs, le propos du livre créée un espace temps dans un moment très spécifique de la vie du narrateur: ses vingt ans, en pleine révolution étudiante de 1968-1969 - et ses préoccupations sont celles d'un homme de son âge. Cela a déjà été souligné par de nombreux critiques sur ce site, mais les priorités de Watanabe sont loin des miennes, lecteur de 47 ans qui a laissé ses années universitaires derrière lui, et depuis bien longtemps.

Murakami, à mon sens, veut régler ses comptes avec son passé. Pourquoi le sien spécifiquement? Parce que certaines thématiques de "Entends..." et "Flipper..." reviennent avec trop d'importance et de régularité (le suicide, la folie, la mort) pour se dire qu'il ne s'agit que d'une coïncidence. A croire que l'auteur peut mettre enfin sur le papier tout ce qu'il avait sur le coeur avant de pouvoir passer à autre chose. Ce qu'il y a de formidable pour Murakami pourtant, c'est que son histoire a touché des milliers de personnes à travers le monde et que la vie de l'auteur a elle-même beaucoup changé depuis la publication de ce roman. Est-ce que "Norwegian Wood" est typique de son auteur? Pas vraiment. La bienveillance que Murakami porte habituellement à la plupart de ses personnages disparaît ici et l'on ne peut qu'être agacé par ce narrateur irrésolu, en proie aux catastrophes de l'intime, et qui voit son univers se désagréger peu à peu au fil des pages - pages entrecoupées d'interludes érotiques assez mécaniques et pas plus gais que les autres. Dans ce livre, Murakami a le cul triste, et cette impression ajoute encore à la désolation de l'ensemble.

Un livre avec de beaux passages mais noir, très noir: j'étais content de l'avoir terminé.


Les Fleury-Nadal, Benjamin : Tome 1
Les Fleury-Nadal, Benjamin : Tome 1
par Frank Giroud
Edition : Broché
Prix : EUR 13,90

4.0 étoiles sur 5 Exotisme et romantisme, 17 février 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Fleury-Nadal, Benjamin : Tome 1 (Broché)
Parfois, Frank Giroud laisse s'échapper le romantique qui est en lui et nous pond un album mettant en scène un amour impossible dans un contexte historique passionnant. La dernière fois qu'il l'a fait, c'était dans le Tome VII du Décalogue, "Les Conjurés" - et l'album mettait déjà en scène Benjamin Fleury, héro du présent album.
Dans la première partie de cette second aventure des "Fleury-Nadal", Giroud nous compte les aventures de Benjamin, entre sa jeunesse narrée dans les tomes VII et VIII du "Décalogue", et la fin de sa vie en Egypte, illustrée dans le Tome XI.
Cet album - même s'il n'est pas l'un des meilleurs de son auteur - mérite tout de même ses quatre étoiles grâce à son atmosphère, et il faut ici tout de suite rendre hommage à Daniel Hulet, magnifique illustrateur de ce "Benjamin".

Dès la première page, en pleines "Trois Glorieuses", Hulet nous aspire dans les torrents de la Révolution de juillet, et il ne nous lâchera plus. Nous évoluons des barricades parisiennes en ateliers d'artiste, en passant par la salle à manger du Général Fleury (toujours là!), et l'onirisme du dessin de Hulet se manifeste avec grand talent quand il s'agit pour Benjamin d'aller en Egypte, que ce soit en rêves (superbes pages 15 à 17 ou 26), dans les récits de la belle Aurore (pages 42-44) ou dans la magie et la foule des rues du Caire (et là les références sont trop nombreuses, il faut vraiment lire ce livre!). Nous sommes emportés avec les personnages, on peut presque entendre les bruits de cette foule bigarrée et y renifler les épices vendus au marché.

Devant une telle magnificence artistique, le scénario (plutôt abracadabrant, il faut bien le dire) de Frank Giroud en devient presque anecdotique.
Le voyage (ou plutôt le périple) de Benjamin devient le nôtre, et l'on finit cet album avec un enthousiasme qu'on a du mal à s'expliquer...

Mais qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse!


La fin des temps
La fin des temps
par Haruki Murakami
Edition : Broché
Prix : EUR 25,40

5.0 étoiles sur 5 Murakami, premier chef d'oeuvre, 16 février 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : La fin des temps (Broché)
Après trois romans courts publiés entre 1979 et 1982, Haruki Murakami livre son premier "pavé" en 1985: "la fin des temps" compte 600 pages en japonais, 560 en français, le tome est lourd mais il est brillant, multiforme et, in fine, inoubliable.

Formellement, il s'agit d'un roman d'anticipation, décrivant deux actions dans deux mondes parallèles, le "pays des merveilles sans merci" et "la fin du monde". Murakami se retient d'écrire une dystopie (dans la mesure où le roman s'en tient à des parcours individuels - sans commentaire politique ou sociétal), mais la notion de cauchemar vécu à l'échelle individuelle est tout de même assez présent dans les deux mondes et la menace n'est jamais tout à fait loin.

Mais limiter "la fin des temps" à un roman de SF serait lui faire injure. Pendant à peu près 160 pages, le bouquin est un peu le chef d'oeuvre que Philip K. Dick aurait pu écrire s'il en avait eu le temps et moins de factures et de pensions alimentaires à payer. Puis pendant 180 pages, le livre se transforme en "page turner", très efficace mais moins attachant, un livre de poursuites dans des environnements plus bigarrés les uns que les autres. Le point bas est atteint entre les pages 350 et 400, où l'auteur (à mon sens) se plante complètement en essayant de livrer une explication scientifique des liens unissant les deux mondes (et je ne dévoile rien de spécial en disant cela). "La fin des temps" devient alors une démonstration pseudo-scientifique d'un ennui indicible, qui n'a rien à envier à un mauvais épisode de "Star Trek" (les bons n'ayant jamais recours à ce genre de stratagème).

Mais dans les 160 dernières pages...tout ce qui précède prend alors son sens, et Murakami nous offre une métaphysique de la mort, de la perte, des souvenirs et de la vie dans son ensemble. L'auteur présente un hymne à l'existence qui se lit comme une manifeste, et qui célèbre la vie y compris dans ses limites et ses douleurs, et il nous affirme que tout cela en vaut quand même la peine.

La narrateur a la chance de pouvoir tirer sa révérence en pleine possession de ses moyens, et il le fait, à mon sens, de la meilleure et la plus logique des façons: en faisant un gueuleton phénoménal et en s'envoyant en l'air avec une jolie femme.

On l'aura compris, de par son ambition et sa variété, "La Fin des temps" emporte l'adhésion (voire l'enthousiasme) par le voyage qu'il suggère: de science fiction en métaphysique, de référence culinaire en référence littéraire, de poursuite dans des tunnels sombres aux rêves d'évasion d'une ville parfaite - toute la partie "Fin du monde" faisant quelques références, à mon sens, au génial "Prisonnier", série télé culte créée par Patrick McGoohan dans les années 60. Et même si, ici ou là, il y a encore quelques chutes de tension, "la fin des temps" est un livre à bien des égards inoubliables, à mon sens le premier chef d'oeuvre d'Haruki Murakami.


L'Américain
L'Américain
par Franz-Olivier Giesbert
Edition : Poche
Prix : EUR 7,00

5.0 étoiles sur 5 Rédemption, 15 février 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Américain (Poche)
Cela fait près de deux ans que j'ai arrêté de lire la prose de Franz-Olivier Giesbert. Son opus précédent celui-ci, "L'Abatteur", m'avait révulsé, et "L'Américain" est resté dans ma pile de bouquins à lire très très longtemps.
"L'Américain" est pourtant un chef d'oeuvre. Avec la vie de François Mitterrand et "Le vieil homme et la mort", il s'agit du meilleur livre de son auteur. La raison en est simple: FOG est à mon sens le meilleur journaliste de France, son meilleur chroniqueur politique et, comme le montre ce livre à l'envi, le meilleur auteur de "non fiction" que nous ayons, un égal de John Berendt ou Truman Capote. Giesbert est malheureusement aussi un mauvais romancier et "L'Américain" révèle la rage qu'a son auteur de devenir Victor Hugo ou Mark Twain, rage qui se poursuit encore aujourd'hui, alors que le vrai génie du bonhomme est clairement ailleurs.

Mais retour à "L'Américain". Dans cette autobiographie en forme de lettre ouverte à son père, FOG se livre sans retenue mais jamais avec indécence. Les clés de l'existence (et de l'oeuvre) de l'auteur sont révélées, et jamais son régionalisme et son naturalisme n'ont été aussi convaincants. Ils forment en effet une part fondamentale de la formation et de l'identité de FOG et, en lisant "L'Américain", on comprend la fascination de FOG pour la terre, la ferme, la nature, et les saisons. Chèvres, moutons et chats font partie de l'aventure et ils se fondent avec grand naturel dans la narration giebertienne. Il est simplement dommage que FOG les ait recyclés aveuglément dans presque toutes ses tentatives romanesques, quasiment de force, au lieu de les laisser s'exprimer, comme ici, avec naturel et conviction.

"L'Américain" est également une lettre d'amour à un père d'abord haï, puis ignoré. C'est un cri de rage à l'idée de ne pas avoir su, ni pu, communiquer avec lui avant qu'il ne soit trop tard.
Ce licre est aussi un hommage à une mère idolâtrée, à un pays (l'Amérique) idéalisé, et à des savoirs (la littératures et la philosophie) adorés.
FOG vomit ses regrets et sa tristesse avec élégance, et cherche la rédemption à tout prix, non seulement pour son père mais aussi pour lui.

A la fin du livre, on ne sait plus très bien qui est cet "Américain": l'auteur? son père? les deux? Giesbert, rattrapé par ses racines au bout de 170 pages, nous lance un cri d'amour bouleversant, et nous avertit qu'il est urgent d'aimer et de se laisser aimer. Avant qu'il ne soit trop tard...
Une très grande réussite.


La Course au mouton sauvage
La Course au mouton sauvage
par Haruki Murakami
Edition : Poche

3.0 étoiles sur 5 A Ménil' Mouton, 15 février 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Course au mouton sauvage (Poche)
"La Course au mouton sauvage", publié pour la première fois au Japon en 1982, est le troisième roman du légendaire Haruki Murakami après "Ecoute le chant du vent (1979) et "Le Flipper de 1973" (1980). Il est dommage que ces deux livres n'aient pas été traduits en Français, car "La Course..." est le troisième volet d'une trilogie dont font partie les deux ouvrages précités.

Ayant eu la chance de lire les deux premiers romans de Murakami dans la fort belle traduction anglaise d'Alfred Birnbaum, je pense pouvoir affirmer que le lecteur français ne perd pas grand chose à ne pas connaître les deux premiers volets, compte tenu du lien anecdotique et très lâche entre "La Course..." et ses prédécesseurs. Néanmoins, ma critique ne peut ignorer les deux premiers volumes, et par rapport à "Ecoute..." et "Flipper", "La Course..." montre un Murakami en transition et, à mon humble avis, en régression également.

En transition car l'auteur quitte le monde réaliste de ses deux premiers romans pour se lancer dans un fantastique poétique qui allait devenir sa marque de fabrique. Le problème ici, c'est que par rapport aux glissements subreptices de 1Q84 (par exemple), la transition fantastique de "La Course..." est si brutale qu'elle en est maladroite.

En régression également, car le style de l'auteur souffre de tels sauts (de mouton) narratifs que la rythmique hypnotique (qui fait le génie du style de Murakami) est fortement perturbée ici, et que l'on saute de surprise en surprise, mais avec pas mal de tunnels d'ennuis entre deux...

En ce sens, "Ecoute..." et "Flipper" sont beaucoup plus réussis et bien que réalistes, leur atmosphère est bien plus proche du Murakami "mur" que "La Course...". En effet leur humeur est presque fantastique, compte tenues des situations auxquelles est exposé le narrateur: poursuite d'un chien sur un quai de gare désert, recherche désespérée d'un flipper livré à la casse - dès le démarrage de son oeuvre, Murakami sait hypnotiser le lecteur et le fasciner par des détails jamais anodins. Par ce biais il explicite un état d'âme, un personnage, une période (le début des années 70 pour les deux premiers volets de la trilogie).

Avec "la Course...", la reprise des personnages des deux premiers romans ajoute à la confusion: on ne sait plus très bien quel est l'âge du narrateur, comment est morte sa petite amie etc. etc...Par ailleurs, Murakami abandonne la simplicité narrative de "Ecoute..." et la splendeur descriptive de "Flipper" pour nous livrer des considérations ennuyeuses - un(e) critique sur ce site a utilisé, avec raison, le terme de verbeux pour qualifier le style du livre.

La narration s'interrompt au bout de 75 pages pour signifier le retour épistolaire d'un des personnages-clé des deux romans précédents (Le Rat), avant de repartir 30 pages plus loin selon un processus similaire à celui utilisé par Conan Doyle dans "Une étude en rouge", premier Sherlock Holmes de son auteur - il faut dire que le narrateur lit beaucoup Sherlock Homes.

On l'aura compris, le bordel règne en maître en gros jusqu'à la page 150, à partir de laquelle "La Course au mouton sauvage" commence pour de bon, et le lecteur y prend beaucoup de plaisir. Murakami est à ce moment-là très drôle, très dynamique, inquiétant parfois, et très didactique: j'ai beaucoup appris sur le mouton...

Au total, la trop grande versatilité du propos et la mise au rebut de la cohérence des personnages des deux premiers livres font de "La Course..." une œuvre à mon sens mitigée: passionnante dans sa deuxième partie, fatigante dans sa première partie, elle montre un Murakami qui se cherche encore, mais qui sait rester passionnant, même quand il n'est pas à son plus convaincant, comme ici...


Le Cercle de Minsk, Tome 2 : Il était cinq soldats
Le Cercle de Minsk, Tome 2 : Il était cinq soldats
par Frank Giroud
Edition : Album
Prix : EUR 13,90

4.0 étoiles sur 5 Toujours haletant, 15 décembre 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Cercle de Minsk, Tome 2 : Il était cinq soldats (Album)
Frank Giroud garde le cap du "Cercle de Minsk" et nous offre une intrigue qui continue à être impressionnante et haletante. Des favellas de Belem à la Biélorussie, de la guerre d'Espagne aux derniers jours du IIIème Reich, de la révélation d'un vrai père à une triple intrigue dont on ne sait finalement que peu de choses à la fin de ce tome II, l'auteur nous donne quelques réponses tout en multipliant les zones d'ombre pour un lecteur fasciné, mais jamais lassé ni perdu en route...
Ce tome est vraiment très réussi, malgré les dessins là encore assez ternes de Jean-Marc Stalner, en particulier lorsque ce dernier doit montrer une dynamique (les pages 22-24 - planches "silencieuses" dans lesquelles Giroud excelle et où il donne toujours l'opportunité à son dessinateur de se mettre en valeur - sont ici assez peu compréhensibles). C'est le dessin qui me fait ôter une étoile à cet album, donc le scénario et l'impression d'ensemble en auraient mérité cinq.
On attend le Tome III avec impatience.


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