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Blue Boy (France)
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Marie-Antoinette - Carnet secret d'une reine
Marie-Antoinette - Carnet secret d'une reine
par Benjamin Lacombe
Edition : Album
Prix : EUR 24,95

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Splendeurs et misères d’une souveraine, 10 mai 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Marie-Antoinette - Carnet secret d'une reine (Album)
Recueil des écrits intimes de la célèbre reine à la destinée tragique, ce superbe ouvrage est agrémenté des dessins magnifiques de Benjamin Lacombe, sous le regard de l’historienne Cécile Berly. Dans un style inspiré de ce qui pouvait se faire à l’époque, l’auteur y apporte une touche moderne, à la fois drôle et originale, un tantinet surréaliste, avec toujours un sens du détail et une minutie extraordinaire. Il semble notamment s’être beaucoup amusé avec les perruques portées à l’époque à la Cour de Versailles, perruques dont on ne sait vraiment si elles étaient si extravagantes ou si c’est Benjamin Lacombe qui a forcé le trait…

Mais au fil des pages, on découvre sous cet humour à la fois grinçant et bienveillant les angoisses d’une reine, pauvre petite fille riche, angoisses qui vont aller en s’amplifiant jusqu’au dénouement que l’on connaît. Et on en vient à se prendre d’empathie et de compassion pour cette femme qui décidément semble avoir payé, avec son mari, pour toutes les frasques de ses prédécesseurs. Emprisonnée seule, elle fut guillotinée quelques mois après Louis XVI. Jamais elle ne put lui dire adieu, pas plus qu’à ses enfants. Loin du portrait hautain qu’en a fait l’Histoire, Marie-Antoinette se révèle une femme attachante et plutôt humaine. Certes on pouvait sans doute lui reprocher ses toilettes et ses fêtes coûteuses alors que le peuple français endurait la misère, il n’empêche que la souveraine fut la plupart du temps une victime, de sa naissance à sa mort. En effet, par le jeu des alliances diplomatiques, Marie-Antoinette fut arrachée à l’âge de 15 ans à son Autriche natale pour aller épouser un homme qu’elle n’avait jamais vu dans un pays qui lui était étranger.

En dehors de l’aspect graphique remarquable, l’ouvrage est à lire, ne serait-ce que pour se rendre compte que, toute compréhensible qu’elle fût, suite aux excès d’une monarchie dispendieuse et égoïste, la Révolution française et ses initiateurs n’en étaient pas moins d’une cruauté terrible.


Le sculpteur
Le sculpteur
par Scott McCloud
Edition : Broché
Prix : EUR 25,00

4.0 étoiles sur 5 David Smith, superhéros sculpteur, 10 mai 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le sculpteur (Broché)
Il faut bien dire qu’on attendait de le voir à l’œuvre, le sieur McCloud, brillant théoricien du neuvième art, également surnommé par certains « l’Aristote des comics ». Depuis sa trilogie sur la façon d’appréhender le neuvième art, dont le dernier volume remonte tout de même à 2007, il n’avait pas publié de bande dessinée. D’ailleurs, on ne peut pas dire que sa biographie soit très étoffée, Scott McCloud préférant s’investir dans des activités diverses et variées, telles que conférencier, défenseur des droits des auteurs de comics, scénariste…

« Le Sculpteur » donc. Gros pavé de 500 pages mêlant habilement l’intime au fantastique, d’une fluidité quasi parfaite, où l’auteur américain met en pratique avec brio ses théories sur l’Art invisible. Les six étapes sont respectées, de l’idée à l’apparence. L’idée, ou pour reprendre la métaphore de McCloud, les « pépins de la pomme », c’est ce désir irrépressible et mégalo propre à l’artiste de laisser une trace « éternelle », de produire l’œuvre absolue, celle qui changera le cours de l’humanité. Une relecture originale du mythe faustien qui voit le jeune David Smith doté d’un don surnaturel, celui de sculpter absolument n’importe quelle matière de n’importe quel volume avec une dextérité incroyable, en échange d’une mort certaine dans les deux cent jours. Problème : entretemps, l’artiste fait la connaissance de Meg, une jeune fille bipolaire dont il tombe follement amoureux. S’ensuit pour David une foule de questionnements, d’autant que la notoriété promise peine à émerger… Ce roman graphique d’un romantisme échevelé et forcément désespéré se conclut sur un hénaurme cri d’amour à la face du monde - du moins celle de New York puisque c’est le cadre de l’histoire -, d’un symbolisme quelque peu démonstratif mais généreux sur le fond.

Pour le reste, mise en page, cadrage et scénario sont parfaitement calibrés pour une transposition à l’écran, d’ailleurs on aurait presque l’impression que cette BD a été conçue pour ça. De même, les personnages sont bien campés psychologiquement.


Route 78
Route 78
par Audrey Alwett
Edition : Album
Prix : EUR 19,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Les fleurs fanées de Frisco, 28 avril 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Route 78 (Album)
Le titre se veut à la fois une allusion à la mythique Route 66 et au roman de Jack Kerouac « Sur la route ». Basé sur les propres souvenirs de l’auteur, ce « road novel » est une évocation pour le moins hallucinante de l’envers du rêve américain, avec une galerie de personnages tous plus déglingués les uns que les autres : laissés pour compte, « hobos », freaks ou rednecks. Arrivés dix ans trop tard pour vivre l’explosion du mouvement psychédélique, le jeune couple de Frenchies candides y laissera une bonne part de ses illusions, alors que l’âpre réalité a repris le dessus. La violence triviale et les embrouilles liées à la dope se sont substituées à la croyance désintéressée et naïve en un « Peace and Love » universel. Exit l’amour libre et les fleurs dans les cheveux. Les « fabulous » paradis artificiels se sont transformés en une cruelle descente d’acide. A Frisco, seuls les homos auront tiré leur épingle de ce jeu de dupes.

Sur le plan du dessin, on est d’emblée séduit par son expressivité élancée, en particulier des attitudes, expressivité renforcée par un cadrage très cinématographique. Et puis les caisses américaines de ces années-là, si bien représentées ici, c’étaient certes de vrais veaux qui devaient consommer un baril au cent, mais qu’est-ce qu’elles en avaient de la classe… De même, il faut souligner le talent du coloriste Pierô Lalune. Son travail sur la couleur est très poussé avec de belles ambiances aux tons à la fois chauds et froids, et une technique de patine très plaisante.

C’est une très bonne idée aussi de la part d’Eric Cartier que d’avoir choisi de ne pas traduire les dialogues en anglais, signe qu’il ne prend pas ses lecteurs pour des demeurés (il s’est contenté d’insérer en fin d’ouvrage un lexique en particulier pour les expressions les plus argotiques). L’auteur a parfaitement relevé le défi de faire de ses souvenirs de sa virée américaine un véritable récit bien construit et très fluide, qui fait que l’on ne s’ennuie pas une minute. Avec en filigrane une touchante déclaration d’amour de la part d’un homme à sa « chère et tendre », lequel avoue l’avoir « si peu dessinée durant toutes ces années ». Tendresse et émotion sont bien présentes, au même titre que l’humour (Ah ! L’esprit taquin du Texan lambda !). Au final, c’est un tableau saisissant de l’Amérique que résume bien cette phrase d’Eric Cartier lui-même : « Entre New York et Frisco, y a un grand trou, vaut mieux pas tomber dedans. »


Touriste
Touriste
par Mademoiselle Caroline
Edition : Album
Prix : EUR 23,95

3.0 étoiles sur 5 La vie comme un long voyage, 28 avril 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Touriste (Album)
Incontestablement, ce qui attire l’œil ici, ce sont les couleurs. Des couleurs chatoyantes et acidulées, avec parfois des incrustations de motifs, visiblement sans ambition de faire dans le réalisme. Un traitement original qui s’accorde très bien avec le minimalisme du trait. Dans l’ensemble, on peut dire que c’est plutôt joliment réalisé. Mademoiselle Caroline a bien traduit le message de l’auteur qui, loin de vouloir jouer les explorateurs, se contente de promener sa dégaine de candide en baskets à travers les cinq continents, tel un citoyen du monde tentant de comprendre la planète où il vit, en apparence chaotique et aux cultures si différentes.

Julien Blanc-Gras ne prétend pas apporter des solutions aux problèmes croisés sur son chemin (la grande pauvreté en Inde ou les narcotrafiquants en Colombie), mais il ne les fuit pas pour autant, même s’il est avant tout dans un état d’esprit contemplatif, lui qui a conservé de son enfance cette capacité à s’émerveiller. « Touriste » n’est donc pas une simple carte postale insouciante avec de jolies couleurs. Si l’auteur admet que le rôle du touriste n’est pas de « sauver le monde », cela ne l’empêche pas d’égratigner avec humour le tourisme de masse autiste et superficiel voire de se mettre carrément en rogne face au mépris de certains Occidentaux vis-à-vis des populations locales (notamment lors de l’épisode édifiant à Madagascar). Curieux de rencontres nouvelles et de lieux insolites, il ne tombe jamais dans le politiquement correct ou la condescendance, et son instinct punk se réveille parfois, par exemple au son de musiques chinoises lénifiantes, ce qui donne lieu à une anecdote très amusante dans une boîte à karakoé de l’Empire du Milieu.

Au final, on se laisse charmer par cette lecture sympathique et sans prétention, non dénuée d’humour et d’autodérision, qui rappelle par bien des aspects les pérégrinations de Guy Delisle à travers le monde.


Moi, assassin
Moi, assassin
par Antonio Altarriba
Edition : Broché
Prix : EUR 19,90

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 De l’art ou du boudin, 27 avril 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Moi, assassin (Broché)
« Moi, assassin » est un one-shot audacieux qui commence très fort en rentrant dès la troisième case dans le vif du sujet, si je puis dire… Le scénariste espagnol Antonio Altarriba nous fournit une réflexion intéressante et extrêmement dérangeante sur l’assassinat en tant que matière artistique. « Expression d’une radicalité absolue, [l’assassin] crée en donnant la mort… Tuer est l’acte transcendant par excellence ». le personnage du professeur Ramirez donne ainsi des conférences, arguant que nombre de religions, le christianisme en particulier, sont à l’origine d’une longue tradition d’art et d’horreur. Sous des dehors respectables, Ramirez est en réalité un dangereux tueur qui frappe ses victimes sans aucun motif et hors de son cercle de connaissances. Toujours est-il qu’on ne peut guère lui reprocher de ne pas savoir de quoi il cause !

De facture soignée, le trait épais d’un dessin où les à-plats de noir semblent en permanence vouloir engloutir le blanc, où la seule vraie couleur est le rouge, apparaissant par moments pour souligner sang, meurtre et pulsions, contribue à créer une atmosphère menaçante. Graphiquement, le style de Keko est proche de celui de Marc-Antoine Mathieu sans le côté absurde. De nombreuses représentations de peintures célèbres jalonnent le récit, et de peinture en effet il est beaucoup question, avec notamment un grand moment d’humour noir avec le passage de la « boucherie à la Pollock », période projections.

Doublement couronné par le prix BD Polar 2015 et le Grand Prix de la Critique ACBD 2015, « Moi, assassin » est une œuvre plutôt captivante et d’une grande érudition propre à stimuler l’intellect. L’histoire pourra toutefois diviser. D’une élégance sulfureuse pour les uns ou d’un cynisme abject pour les autres, elle nous met il est vrai dans la position dérangeante du voyeur, avec des meurtres odieux commis par un personnage particulièrement antipathique. Au final, une œuvre dense avec une incursion politique de la question basque qui tend peut-être à relâcher le fil narratif plus qu’il ne devrait. A l’évidence, le spectre de la dictature semble encore imprégner bon nombre d’auteurs hispaniques, alors que la plupart des régimes funestes d’Espagne et d’Amérique du Sud étaient encore en place dans la seconde moitié du XXème siècle. Quoi qu’on en pense, l’ouvrage ne peut être destiné qu’à un public averti.


Ici
Ici
par Richard McGuire
Edition : Relié
Prix : EUR 29,00

5.0 étoiles sur 5 Voyager dans son salon, 27 avril 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ici (Relié)
Comment écrire une histoire à partir d’une image fixe, celle d’un lieu quelconque, une simple pièce avec une fenêtre et une cheminée ? C’est le pari fou de Richard McGuire, qui parvient à nous surprendre au-delà de nos attentes dans cette formidable évocation de la fugacité des choses et des êtres.

L’auteur, Richard McGuire n’est pas à proprement parler un auteur de BD, mais plutôt un artiste touche-à-tout dans des domaines allant du design aux livres pour enfants, en passant par la musique ou le cinéma d’animation.

Avec « Ici », c’est un ballet époustouflant des habitants et des objets de ce lieu à travers les âges qui nous est proposé, nous renvoyant à notre propre insignifiance, et posant avec acuité la question de la mémoire, à l’échelle de l’individu ou de l’humanité entière. A travers les 300 pages de cet OVNI, passé, présent et futur se rejoignent et tapent la discute dans ce salon, personnage principal de cette histoire élaborée comme une symphonie ou une suite de collages dadaïstes. Les dialogues sont secondaires, se diluant tel un étrange bruit de fond dépourvu de logique, comme dans un rêve éveillé, mais font pourtant sens, interrogeant les clichés d’un passé lointain voire antédiluvien, d’un présent terre à terre ou d’un futur hypothétique. Par une superposition des temporalités, les images les plus inattendues virevoltent et s’entrechoquent, entre elles ou avec les textes, provoquant chez le lecteur un tournis métaphysique jubilatoire qui agit à la manière d’une drogue et fait qu’on ne peut plus lâcher l’objet. Parfois, on se surprend même, comme à la fête foraine, à s’esclaffer comme si l’on était à bord d’une machine à remonter le temps hors de contrôle, ou d’un bateau à bascule dont les freins auraient lâché.

A l’évidence, Richard McGuire est davantage un graphiste qu’un dessinateur. Personnages, objets et autres éléments du décor sont représentés avec des styles disparates, dépersonnalisés, comme pour en souligner le caractère évanescent. A certains moments, on est plus dans le crayonné, à d’autres carrément dans l’impressionnisme. Parfois, les dessins ressemblent à des photos retravaillées aux contours à peine visibles. Mais l’ensemble reste cohérent et agréable visuellement, le choix des couleurs pastels apporte une touche apaisante à cette frénésie narrative. Très clairement, si l’ouvrage a un pied dans la BD, l’autre se situe dans la pure création artistique.

« Ici » ne se lit pas. « Ici » se vit, telle une expérience sensorielle, et malgré l’immobilisme suggéré par le titre, nous emmène vraiment ailleurs, très très loin de notre ici rétréci. Avec cette production expérimentale, Gallimard a déniché rien de moins qu’un chef d’œuvre. A bon entendeur !


Annabel
Annabel
par Kathleen Winter
Edition : Broché
Prix : EUR 20,00

5.0 étoiles sur 5 Pourquoi tuer les anges ?, 27 avril 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Annabel (Broché)
Ecrit dans un style fluide et empreint de poésie, « Annabel » est un véritable petit bijou, sans doute le meilleur roman que j’ai lui depuis des années, et le premier sur un thème pas si couramment abordé, l’hermaphrodisme. Et il l’est avec beaucoup de subtilité et de douceur par Kathleen Winter, qui évite tout voyeurisme. Les personnages sont bien fouillés psychologiquement et suscitent l’empathie, Wayne en particulier, ce garçon-fille profondément bouleversant par sa candeur face à un monde aussi ignorant qu’hostile vis-à-vis de la particularité qui l’affecte, particularité vue comme un handicap au lieu d’une richesse. Si le père vit cette différence comme une honte, on arrive toutefois à le comprendre et à l’excuser par rapport à son environnement, lui le trappeur plus à l’aise avec les grands espaces qu’avec les relations sociales. Et on imagine parfaitement que dans le petit bled où Wayne vit avec ses parents, où tout le monde se connaît, il est des secrets impossibles à dévoiler. Mais malgré ses dehors bourrus, il révélera vers la fin toute sa sensibilité dans une scène de retrouvailles très émouvante avec son fils.

Ce magnifique roman, qui évite les pièges faciles des bons sentiments et du pathos, s’avère pourtant extrêmement poignant, en particulier lors d’une scène vers la fin dont je ne révélerai évidemment rien, justement parce que tout au long du récit, il suggère plus qu’il ne s’appesantit sur la souffrance de cet enfant. Un petit bijou qui ne laisse pas insensible quiconque est capable d'empathie.


Mon ami Dahmer
Mon ami Dahmer
par Derf Backderf
Edition : Poche
Prix : EUR 8,00

4.0 étoiles sur 5 Genèse d’un enfer américain, 7 avril 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mon ami Dahmer (Poche)
Backderf est un rejeton de la BD US alternative, une sorte de Charles Burns au trait géométrique révélant des personnages désincarnés, comme engoncés dans leur carcasse, ectoplasmes d’une Amérique sans gloire. Ce style aux contours précis se dispense parfaitement de la couleur au regard de la profondeur de l’histoire, et son aspect juvénile permet de distancier la noirceur sous-jacente.

De bout en bout le lecteur reste happé par l’histoire dérangeante (et authentique) de cet étrange garçon dont chaque fait et geste entre en résonance avec son terrible destin de tueur en série qu’aucun de ses proches, professeurs et camarades, n’avaient su deviner en le côtoyant. A l’époque, Jeff Dahmer avait juste l’air d’un enfant un peu spécial et secret, et pourtant quiconque s’y serait intéressé de plus près aurait pu constater que tous les éléments étaient réunis pour un massacre annoncé : son attirance pour les animaux morts, ses errances de zombie solitaire, son alcoolisme chronique, sa mère dépressive, les relations très conflictuelles entre ses parents avant leur divorce, ses cris d’épileptiques soudains, ses pantomimes déments qui firent de lui une mascotte dans son lycée ! Mais bien sûr, personne n’imagine jamais qu’une connaissance ou un proche puisse renfermer un tueur potentiel. D’ailleurs, la scène des retrouvailles de l’auteur avec deux de ses anciens camarades plusieurs années après est très révélatrice. Lorsque celui-ci évoque Dahmer en suggérant sa probable conversion en tueur en série, leur seule réaction est d’éclater de rire comme un seul homme (confession très courageuse il faut bien le dire).

Derf Backderf porte un regard juste, ne cherche à accuser personne ni à tomber dans l’auto-culpabilisation. Sans dédouaner son « ami » Dahmer de ses actes ignobles, il s’efforce simplement de comprendre comment ce camarade de classe atypique a pu devenir « le monstre du Milwaukee ». Se basant sur ses propres souvenirs, mais également sur des témoignages, des articles de presse et documents du FBI, il brosse un portrait éloquent du futur tueur depuis ses années au collège jusqu’à son premier crime. Aucun voyeurisme ici, la démarche de Backderf se veut à la fois factuelle et introspective. Mais elle est aussi remarquable dans le sens où ce dernier aide le lecteur, davantage en suggérant qu’en pointant du doigt les causes, à vérifier qu’on ne devient pas un tel monstre tout à fait par hasard. Tout cela fait de « Mon ami Dahmer » un one-shot passionnant et incontournable selon moi.


La fille maudite du capitaine pirate T01
La fille maudite du capitaine pirate T01
par Jeremy Bastian
Edition : Album

4.0 étoiles sur 5 Alice au pays des pirates, 7 avril 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : La fille maudite du capitaine pirate T01 (Album)
Non, c’est sûr, Jeremy Bastian n’est pas de ce siècle, avec son dessin évoquant les gravures de Gustave Doré, à mille lieux d’un manga industriel et formaté. De la belle ouvrage à l’ancienne, par un petit éditeur passionné (Les Editions de la Cerise), assorti d’un tirage luxueux au format plus grand que la version US !

Le dessin, tout à fait remarquable et d’une finesse hors du commun, permet de représenter un fourmillement de détails hallucinant. Pourtant malgré toute cette finesse, il y a quelque chose de pas vraiment net voire d’un peu tordu au royaume de Jeremy « Pirate » Bastian : sa représentation des corps, têtes et membres, difformes et disproportionnés, totalement assumée et pour notre plus grand plaisir, accentue le côté carrollien de l’objet, à la fois monstrueux et merveilleux.

« La Fille maudite du Capitaine pirate » est à ce point hors du temps, de par son aspect contemplatif et « ancien », que l’on en perd la notion même. Et au fond, c’est peut-être bien ce qu’il cherche à faire, ce flibustier de Bastian : nous arracher au présent pour nous trimbaler avec ses pirates dans une autre dimension au goût d’éternité. On l’imagine parfaitement, étant gamin, s’extasier à la lecture de « Peter Pan » ou passer son temps à dessiner des cartes au trésor.

Certes, ce tome 1 pêche un tantinet par son scénario, lequel, à l’image du dessin, est envahi de circonvolutions délirantes (et par moments quelque peu balourdes), mais on en termine la lecture avec ce vague sentiment d’être passé de l’autre côté du miroir, dans un monde aussi mystérieux qu’addictif. Un peu comme la jeune Apollonia, chez qui la rencontre avec la fille du pirate semble avoir déclenché un processus irréversible de métamorphose psychique, sorte d’entrée en rébellion contre l’éducation bourgeoise sous cloche que veut lui imposer son gouverneur de père. Quoiqu’il en soit, une lecture ne suffira pas pour capter l’infinité de détails de ce premier volet, et c’est avec plaisir qu’on s’y replongera avant de découvrir la suite, qui permettra de vérifier si Bastian ne fait qui naviguer à vue ou détient véritablement une idée précise de l’issue de sa course au trésor


Frida Kahlo
Frida Kahlo
par Jean-luc Cornette
Edition : Album
Prix : EUR 16,95

2.0 étoiles sur 5 Une Frida sans piments, 7 avril 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Frida Kahlo (Album)
Un vaste trou béant dans cette évocation de l'artiste mexicaine m'a laissé perplexe. Si le romanesque et la politique sont largement évoqués, on ne voit quasiment rien de la souffrance de l’artiste. Dès son plus jeune âge, Frida Kahlo était atteinte de la polio et d’une malformation congénitale qui la faisait boiter. En outre, comme si le mauvais sort s’était acharné sur elle, elle fut victime à l’adolescence d’un grave accident de la route lors duquel une barre de métal lui transperça l’abdomen, ce qui en plus de la faire atrocement souffrir, devait par la suite l’empêcher de procréer. Ignorer à ce point ce versant de la vie de cette femme paraît totalement incompréhensible, alors que celle-ci n’avait de cesse via sa peinture d’exprimer ses douleurs, tant physiques que morales. Bien sûr, cela ne l’empêcha pas d’avoir une vie sociale et amoureuse extrêmement riche, mais on imagine que cette amoureuse de la vie dût prendre beaucoup sur elle pour masquer son martyre.

Pour le reste, si le dessin manque parfois de fluidité, il reste adapté à un tel projet mais semble débordé par la profusion des personnages, que l’on a parfois du mal à reconnaître ou à différencier, et cela n’amoindrit en rien la confusion scénaristique évoquée plus haut. Pourtant, nul doute que Flore Balthazar a pris son travail à cœur, celle-ci étant même allé au Mexique en voyage préparatoire pour saisir les couleurs si particulières de ce pays. Et le résultat est plutôt réussi, c’est chatoyant et nuancé à la fois.

Mais au final, la déception a été à la hauteur de mes attentes. Trop peu de poésie, de rêve et d’émotion. Je n’ai jamais senti le piquant du piment mexicain dans cet ouvrage trop fade à mon goût et c’est bien dommage.


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