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oiseau de nuit (Quelque part dans le Sud Ouest...)
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Trickles
Trickles

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 des gouttes de plaisir..., 10 août 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Trickles (CD)
L'expression de ce collectif constitué de Steve Lacy et de son vieux complice Roswell Rudd permet de goûter au pur enchantement d'une musique alambiquée, tournoyante, et toujours surprenante (on se souviendra longtemps de leur album historique aux côtés d'Henry Grimes et Dennis Charles, le fameux School Days enregistré à l'orée des années 60...). Presque vingt ans plus tard, le saxophoniste soprano retrouve son vieux complice dans cette galette marquée par une fraîcheur et un sens de l'improvisation hors pairs. Lacy a toujours su garder des liens étroits avec ce diable de tromboniste. Comme avec George Lewis, Roswell Rudd est issu de la creative music (jazz underground et free jazz) où priment le son, le sens de l'espace et l'improvisation libre. A une époque (fin des années 70) où le jazz semblait être tombé dans une impasse (New-York regorgeait alors d'artistes postbop voulant perpétuer la tradition du hardbop), d'autres comme Steve Lacy, Anthony Braxton, Sam Rivers, ou bien Muhal Michal Abrams poussaient les producteurs (notamment ces deux labels italiens que sont Black Saint et Soul Note) pour y enregistrer une musique en marge, et foncièrement authentique en termes de nouvelles idées d'improvisations. C'était là un jazz mêlant tradition européenne et culture jazzique issue du blues. Ce jazz avant-gardiste ne sera sans doute pas du goût de tout le monde, mais on tient là pourtant une oeuvre magistrale, très importante dans la discographie de ces deux musiciens talentueux que sont Lacy et Rudd.

La rythmique est solide, très solide et c'est amusant de constater que la configuration ici présente est identique à cet autre album sorti à la même éqpoue : le fameux Contrasts du saxophoniste Sam Rivers, aux côtés du tromboniste George Lewis (1). Car autour de nos deux protagonistes, on trouve l'immense Kent Carter à la contrebasse (pilier du combo de Lacy depuis de nombreuses années, avant d'être remplacé par Jean-Jacques Avenel à l'orée des années 80) et Beaver Harris à la batterie. On se souviendra de ce dernier comme le partenaire idéal de quelques albums d'Archie Shepp et surtout du pianiste Don Pullen. Un sens du rythme hors pair et un volume sonore de toute beauté, marquant de son empreinte chaque pièce ici présente. Et des pièces, justement, parlons-en. Cela pourra surprendre mais le quartette ne reprend pas des thèmes de Monk (la marque de fabrique de Lacy, en général). Ici, les compositions sont toutes signées du sopraniste (2).

Comprenant cinq pièces thématiques, le répertoire est marqué par un souci d'indépendance musicale hors pair et se veut surtout comme une prise de risques musicale, sans direction marquée. Le résultat est là. Aussi bien sur la première pièce ("Trickles") que sur la dernière ("Robes", avec un Beaver Harris sonnant des cloches, tout en maintenant un tempo d'enfer, avec derrière lui un Kent Carter impressionnant de bout en bout). Les soufflants s'en donnent à coeur joie. Au final, on tient là une oeuvre sérieuse qui ne se prend jamais au sérieux. "I Feel A Braught" commence par une recherche et un travail sur le matériau par le combo (Lacy, Harris, Carter) tandis que Rudd propose la mélodie. Ambiances brumeuses et mystérieuse, mais du très grand art. J'ai personnellement toujours été épris par ce genre de musique qui ne dira jamais son nom. Est-ce du jazz, du free jazz? Peu importe. De la grande musique avant tout. En fait, voici un disque sans prétention, certes il ne sera pas aussi indispensable que School Days, mais les amateurs de Steve Lacy se doivent de l'écouter séance tenante. On tient là une musique loin des clichés propre au jazz, une musique loin d'être facile mais loin d'être conventionnelle par ailleurs. "The Bite" commence par un solo de batterie très clair et la thématique lancée par le couple Lacy/Rudd est enthousiasmante. Hurlant, beuglant, glapissant, tous clopin-clopant, cahin-caha, se ruant vers la lumière d'un épanouissement harmonique, et vautrés dans la fange de la contrebasse comme des limaces après la pluie... Du grand art !

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(1) Trickles fut enregistré en mars 1976 à New-York, Contrasts en décembre 1979 à Munich.

(2) Cet album était disponible à un prix raisonnable jusqu'à l'année dernière (12 euro). Une réédition serait bienvenue. Toutefois, pour les curieux, sachez que l'album figure dans pas mal de sites en streaming (comme spotify).


Contrasts
Contrasts
Prix : EUR 19,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 du solide, du très solide..., 6 août 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Contrasts (CD)
Voici un inédit en compact disque qui mérite un sacré coup de projecteur ! Un inédit de taille, à l'heure où sortent d'autres galettes du catalogue ECM (Five Years Later du guitariste Ralph Towner par exemple), Contrasts fait figure d'OVNI. Ce disque qui vient de paraître sous le label de Manfred Eicher (sous format digipack, édition 2014) s'avère, lors d’une première écoute, puis d'une deuxième, puis d'une troisième, d'une grande fraîcheur ! C'est là une bien belle surprise que nous réserve cette rencontre au sommet entre quatre musiciens aguerris et inspirés ! Publié à l'origine en 1980 sous format LP, "Contrasts" mérite une attention toute particulière. L'intérêt est double, voire triple. D'abord, c'est le seul et unique enregistrement de Sam Rivers (1923-2011) pour le label munichois. Le saxophoniste le plus "out" du circuit jazzique des années Blue Note (le plus singulier aussi, à une époque où l'on ne jurait que sur John Coltrane, Sonny Rollins et Joe Henderson) livre une oeuvre protéiforme de toute beauté. C'est par ailleurs un des enregistrements du label qui ne sonne pas du tout ECM (sonorité éthérées, grands espaces). Ici tout au contraire, ça fuse, ça joue, ça swingue, ça déblaie ! Enfin, dès lors qu'on évoque l'art du saxophone soprano dans le milieu jazzique, on pense généralement - et forcément - à Steve Lacy, John Coltrane, Wayne Shorter ou Dave Liebman (1). Mais on oublie bien souvent, et à tort, Sam Rivers. Ce musicien et compositeur accompli (2), un peu trop vite catalogué dans le free jazz (3), lui qui, souvenez-vous, avait déboulé telle une comète au sein du quintette de Miles Davis (Miles In Tokyo, un live capté en juillet 1964 et publié par Sony Columbia), n'a eu de cesse de jouer avec une sincérité désarmante.

Ses disques parus sur le label Blue Note (Fuchsia Swing Song par exemple, aux côtés de Jaki Byard, Ron Carter et Tony Williams) mais aussi chez Impulse!, au tournant des années 70 (Trio Live et Streams) sont autant de pépites qui témoignent encore aujourd'hui d'un art singulier. Sam Rivers vous prend aux tripes, sa musique n'est jamais conventionnelle, et le plaisir qu'il procure contribue toujours à combler le vide entre free jazz et jazz mainstream. Entre classicisme et progressisme, la musique de Rivers est tour à tour ironique, inquiétante, mystérieuse, et toujours authentique. L'interaction électrisante entre les musiciens est en outre d'une puissance et d'une souplesse qui ne pourront que ravir les mélomanes les plus exigeants. Son jeu, complet et techniquement irréprochable, servi par les règles de l'art d’un jazz avant-gardiste de bon aloi, on le découvrira donc dans ce magnifique et solide album, l'unique qu'il ait gravé pour le label munichois, si l'on excepte Conference Of The Birds enregistré quelques années plus tôt. "Contrasts", comme son nom l'indique, est une oeuvre aux multiples climats, variés et contrastés en termes harmoniques. Dans ce quartette de choc, Rivers s’est entouré de Dave Holland à la contrebasse (quelle aisance à l'archet, comme on l'entendra sur cette première plage bouillonnante, "Circles"), mais aussi de l'impeccable George Lewis au trombone (partenaire régulier de Steve Lacy...) et du bouillonnant Thurman Parker à la batterie et percussions.

Sept pièces parcourent cet album essentiel. Uniquement des compositions de ce diable de multi-instrumentiste. Le cadre thématique et rythmique est archi solide, et Rivers alternant le soprano avec le ténor donne à entendre un musicien très à l'aise dans tous les registres (balades, morceaux péchus) et en augmentant les difficultés et autres chausse-trappes pour y trouver des pentes mélodiques de plus en plus fortes, voire arides et escarpées, il prouve une nouvelle fois qu'avec ses comparses, il est en pleine possession de ses moyens. Mieux, grâce à cette interaction de qualité, les idées fusent à tout va ! On admirera par exemple la pulse incroyable, quasiment diabolique, sur le deuxième thème ("Zip"), cette façon qu'a la section rythmique d'accélérer le tempo et de pousser au plus loin notre saxophoniste (4), lequel n'hésite pas à prendre des risques inconsidérés avec un résultat des plus beaux et convaincants qui soit. Encore une fois, c'est une musique rythmiquement et harmoniquement structurée, laissant la part belle à l'improvisation libre. Ne pensez pas y trouver un free jazz bruitiste et encore moins du post-bop. On est bien dans l'entre-deux, avec des sonorités boisées et océaniques. Dave Holland impressionne (5), Thurman Parker fait preuve d'une énergie sans commune mesure (relances, jeu ternaire, ponctuations savoureuses, idées, soutien rythmique). Quant à la prise de son, elle est excellente. Seul petit bémol (mais il est bien mineur en regard de ce qu’il y a sous le capot…), c'est la forme cartonnée de l'emballage digipack. La forme cartonnée de l'emballage est si mince que lorsque l'album arrive par la poste, après avoir traversé l'Europe du Nord, on est un peu déçu quand celui-ci vous arrive tout écorné... (6).

Chronique dédiée à David Cristol, grand amateur de jazz et de musiques improvisées, et remarquable chroniqueur chez Jazz mag
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(1) Sidney Béchet est bien sûr lui aussi un grand du saxophone soprano. On aurait tout aussi bien pu évoquer Johnny Hodges par ailleurs. Mais dans l'art moderne de l'instrument, Lacy et Rivers ont vraiment révolutionné l’instrument comme personne.

(2) Que l'on songe à « Béatrice », sa composition atemporelle et inoubliable, qui est d’ailleurs devenue un classique et même un standard.

(3) Sam Rivers joue du Sam Rivers. Il a un style bien particulier, bien identifiable, très musclé et d'une profonde humanité. Les journalistes ont souvent catalogué sa musique comme étant avant-gardiste. On se souvient également de lui comme l'un des instigateurs de la loft music dans les années 70.

(4) Plus tard, on entendra même Rivers au piano !!! (écouter par exemple ce superbe live qu'est Celebration, l'un de ses tout derniers disques, paru en 2004).

(5) Dave Holland et Sam Rivers ont longtemps collaboré ensemble. On se souviendra et l’on réécoutera tout particulièrement la série de leurs duos ainsi que Conference of The Birds (ECM, 1972) mentionné plus haut, mais aussi leur dernière réunion captée live dans Reunion : Live In New York publié par Pi recordings en 2012.

(6) Un conseil, procurez-vous vos disques digipack chez des distributeurs comme Musiques-Pour-Vous (ce distributeur américain protège très bien les objets qu’il expédie en général) plutôt que chez des distributeurs d'outre-manche ou d'outre-Rhin...


Floating
Floating
Prix : EUR 16,15

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 fred hersch, pianiste délicat, pianiste de l'intime..., 30 juillet 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Floating (CD)
Après une session live en trio de toute beauté (Alive At The Vanguard, paru chez Palmetto records en 2012) et trois enregistrements atypiques aux configurations multiples (d'abord ce duo avec le clarinettiste Nico Gori dans Da Vinci, puis celui-ci avec le guitariste Julian Lage dans Free Flying, deux albums sortis respectivement en 2012 et 2013, et enfin un enregistrement invraisemblable avec le trio du pianiste Benoît Delbecq dans Fun House, toujours chez Palmetto records), voici donc le dernier opus de cet immense pianiste qu'est Fred Hersch (Floating, Palmetto records, juillet 2014), lequel renoue avec la session studio sobre s'inscrivant résolument dans la formule du trio tout acoustique de piano jazz (piano, contrebasse, batterie). Son précédent opus en studio avec le même rythmique s'intitulait Whirl et était sorti en 2010 sur le même label. C'est certes la formule reine du jazz, formule hyper classique et dont les pianistes et amateurs raffolent, mais si peu, faut le reconnaître, font la différence. Un disque de Fred Hersch est toujours en soi un événement. L'ancien professeur de Brad Mehldau (au même titre que Kenny Werner par ailleurs) possède un toucher remarquable et son piano se situe parmi les plus envoûtants à l'heure actuelle. La qualité de son jeu (cristallin et diffus) est indéniable. Signalons aussi, à toute fin utile, que cette année, c'est sans doute le quatrième ou cinquième album dans cette configuration qui sort à peu près du lot. Après le fameux Floodstage de John Hébert, le très délicat Stories d'Enrico Pieranunzi, l'oblique Root of Things de Matthew Shipp, auxquels on rajouteront le Liv de Stefen Orins et le très surprenant Double Windsor de Sylvie Courvoisier, l'opus de Fred Hersch se place parmi les grandes réussites du genre...

Aux côtés du pianiste on retrouve sa fidèle rythmique, à savoir John Hébert à la contrebasse et Eric McPherson à la batterie (1). Lors d'une première écoute, si j'avoue avoir été peu surpris (comme d'habitude, Hersch exprime parfaitement ses sentiments, d'une manière suave et poétique, mais certains climats confinent parfois à la sensiblerie, j'y reviendrai...), c'est seulement au fil d'écoutes répétées que l'on mesure la qualité d'une oeuvre certes très agréable, mais dont il manque la fraîcheur des enregistrements captés live. On écoutera Floating de préférence au crépuscule, à la tombée de la nuit, quand les lumières sont éteintes. Car cette musique est foncièrement nocturne, très jazz dans son approche, très classique aussi, et son expression en dit long sur les étoiles, la quiétude, ce sentiment de flottement... Bien sur, Fred Hersch n'est pas Bill Evans mais son mérite est de continuer à explorer les méandres filandreux du piano jazz.

Dix thèmes composent cet opus paru en juillet 2014 chez Palmetto records. D'abord pas mal de compositions personnelles (le pianiste revient longuement à l'intérieur du livret sur les raisons qui l'ont poussé à écrire telle et telle pièce. Beaucoup de sympathie et d'affection pour sa mère à qui il dédicace un morceau West Virginia Rose, d'autres à des amis musiciens, comme Kevin Hays (Autumn Haze). Deux standards ouvrent et clôturent cet enregistrement de la durée d'un set (You and the night and the Music et Let's Cool One de Thelonious Monk). Petit défaut, au niveau du mixage et du jeu aussi, John Hébert est à peine entendu. L'enregistrement donne ainsi le sentiment d'être extrêmement léché, voire beaucoup trop travaillé, au dépend donc d'un naturel que l'on retrouve essentiellement en live. N'oublions pas que Fred Hersch a commis deux albums "live" de toute beauté parus sur le même label : Le Alive at the Vanguard cité plus haut, et surtout Live At Village Vanguard (paru en 2003), lequel constitue de mon point de vue son plus bel album. Cela dit, on (ré)écoutera avec beaucoup d'intérêt "Floating", pour peu que l'on souhaite du calme, et beaucoup de douceur... A la tombée de la nuit donc, pour apaiser les esprits chagrins et nostalgiques... Belle nuit à vous, chers lecteurs, chères lectrices...

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(1) On retrouvera John Hébert dans deux autres albums parus cette année et présentant la même configuration que celle-ci : Floodstage dont j'ai déjà parlé, on pourra même trouver sur le site ma chronique et enfin dans l'album de la pianiste Kris Davis aux côtés du batteur Tom Rainey (Waiting for You to Grow)


On Impulse! (Verve Originals Serie)
On Impulse! (Verve Originals Serie)
Prix : EUR 8,49

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 sonny rejoint le label de trane..., 21 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : On Impulse! (Verve Originals Serie) (CD)
A propos de l'oeuvre de Sonny Rollins sur le label Impulse!, on peut trouver quatre disques qui sont, c'est le moins que l'on puisse dire, restés assez énigmatiques pour l'amateur de jazz et de musiques improvisées. Pourquoi Rollins a-t-il décidé à cette époque (1965-1967) de rejoindre l'écurie de John Coltrane ? Ses albums précédents (s'étendant de 1962 à 1964) étaient parus sur le label RCA Victor essentiellement (que l'on songe à quelques perles comme The Bridge et surtout Our Man in Jazz, lequel reste, à mon avis, le disque le plus risqué et donc le plus enthousiasmant du Colosse...). Le label Impulse! voulait-il réunir les deux géants du saxophone ténor à un moment ou à un autre? Peu d'indication dans les notes de pochette signées par Bob Thiele pour cette réédition digipack. Toujours est-il que parmi les quatre albums que le Colosse signe pour son nouveau label (1), c'est sans doute celui pour lequel je suis le moins attaché, encore aujourd'hui. Pourtant toutes les conditions étaient réunies pour en faire une oeuvre de premier choix : qualité de l'enregistrement mettant en valeur la sonorité de Rollins (Everything Happens to Me), configuration du quartette acoustique (saxophone ténor, piano, contrebasse, batterie), répertoire alléchant (cinq standards composent cet opus au minutage économique - trente-quatre petites minutes... - )...

Bref, malgré les qualités de l'ensemble, j'ai toujours un peu de peine à y revenir (comme ce soir...) et à rentrer dans cet enregistrement. Pourquoi? Prenez la version de On Green Dolphin Street. Ici, en ouverture, elle m'apparaît toujours aussi peu originale et toujours aussi conventionnelle... Enfin, le trio qui accompagne le saxophoniste, s'il ne pèche pas par la platitude ni par la banalité, c'est son application formelle qui m'interdit d'être enthousiaste. Y manquent un peu de folie et de naturel, de mon point de vue s'entend... A l'époque de l'enregistrement de cet album (1965), Sonny Rollins était devenu avec John Coltrane le saxophoniste majeur du jazz contemporain... Quarante ans plus tard, le vétéran demeure une figure incontournable, (avec Wayne Shorter, Joe Lovano et bien d'autres encore... Le colosse, comme on l'appelle, c'est l'amour du Son. Et l'amour du ténor. Ce géant adore son instrument, cela se sent, cela se voit, et s'apprécie dès les premières mesures... Ainsi, malgré mes réserves, j'attribue un quatre étoiles (grand disque).

Enregistré en 1965, Sonny Rollins on Impulse! présente un enregistrement moins "bop" que les précédents opus du saxophoniste. Une certaine élasticité dans chaque pièce (On Green Dolphin Street, Everything Happens To Me), une recherche au niveau sonore, un sens de l'exploration (vraiment magnifique cette version de Everything Happens to Me....) qui ne lui était pas forcément coutumière de fait et une emphase au niveau du vibrato (notamment sur Blue Room). Cela est très maîtrisé. Hold 'Em Joe, la troisième pièce, renoue avec le style calypso du saxophoniste. Rythmes chaloupés, mélodie dansante, cette pièce est à cent mille lieux de l'aspect dramaturgique du John Coltrane de ces années-là. Le dernier morceau, Three Little Words, est tout simplement un morceau d'anthologie, monumental de par sa rapidité furieuse, ses vives contre-attaques et l'imagination débordante du colosse. Et puis il y a cette balade de toute beauté Everything Happens to Me, chef-d'oeuvre absolu. A ses côtés, pour cette première session de 1965 sur le label Impulse!, il retrouve le pianiste Ray Bryant qu'il avait croisé quelques années plus tôt pour la session Work Time ( le pianiste fut longtemps sous-estimé, ici il donne de superbes pulsations au groupe, notamment sur Blue Room), Walter Booker à la contrebasse et Mickey Roker à la batterie. Bref, un grand disque, à défaut d'être aussi passionnant que Saxophone Colossus, Way Out West, The Bridge, Our Man In Jazz ou encore East Broadway Run Down...

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Sonny Rollins chez Impulse !, c'est Sonny Rollins on Impulse! mais aussi les trois albums suivants : Alfie (1966), There will Never Be Another You (1966) et surtout cette oeuvre colossale qu'est East Broadway Run Down (1966).


Improvised Méditations and
Improvised Méditations and
Prix : EUR 8,80

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 l'esthétique harmonique d'un trio au sommet..., 10 juillet 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Improvised Méditations and (CD)
Attention, perle rare ! Cette galette enregistrée en 1959 par le pianiste John Lewis est une pépite ! Une pépite? Que dis-je? Arf, c'est bien mieux que ça : vous avez là entre vos mains et pour le plaisir de vos papilles auditives un trésor, une merveille sans nom, une perle rare ! John Lewis (1920-2001), très peu l'ignorent ici : parmi tous ces immenses musiciens de la grande époque, il était sans conteste le pianiste de l'élégance, l'un de ces magnifiques musiciens de la côté est souvent associé à ce qu'on a longtemps appelé le "cool jazz", ce jazz issu de la côte ouest des Etats-Unis (Chet Baker, Gerry Mulligan, Art Pepper). Ce serait oublier que le pianiste avait gravé des pépites aux côtés de Charlie "Bird" Parker (les fameuses sessions chez Dial et Savoy au tournant des années 1947-1948). Mais c'est surtout son Modern Jazz Quartet dont se souviennent les amateurs (des galettes comme Lonely Woman ou Django furent de gros succès critiques et publics). Des commentateurs avisés ont également souligné l'importance d'albums comme Grand Encounter pour la firme Pacific Jazz ou encore The Wonderful World of Jazz (paru chez Atlantic). Improvised Meditations and Excursions est un titre parfaitement assumé (excursions et méditation improvisées) et tient une place privilégiée dans la vaste discographie de ce pianiste d'une finesse incomparable, finesse ne rimant jamais avec simplisme. Les accords du pianiste sont d'une complexité et d'une légèreté qui confinent à la beauté. Son amour pour la musique baroque et de la Renaissance se fait ressentir ici. Mais pas seulement, un thème comme Love Me par exemple évoquera un Ravel et la coda somptueuse de September Song un Bartok!

L'album que voici (1) donc a été produit par la firme Atlantic (laquelle avait produit à la même époque tous ces disques maintenant incontournables, qu'ils soient de John Coltrane, Ornette Coleman, Roland Kirk, Ray Charles ou encore Art Farmer). C'est surtout un condensé de l'art du pianiste dans la formule reine du jazz : le trio de piano, contrebasse, batterie. Et de mémoire de jazzeux, c'est l'un des plus beaux, voire l'un des plus grands enregistrements sortis à cette époque. De le réécouter en 2014, l'on se pince pour le croire : ce disque n'a pas pris une ride ! La qualité instrumentale, la qualité de l'enregistrement, la qualité du répertoire, tout en fait une borne dans l'histoire musicale du jazz. Et de se le passer en boucle, vous verrez, ne sera pas un moindre mal. De multiples richesses se dévoilent au fil des écoutes. Entouré d'un contrebassiste différent selon les plages (George Duvivier sur Now's The Time, Smoke Gets in Your Eyes, Delaunay's Dilemma, September Song, et Percy Heath sur Love Me, Yesterdays, How Long Has This Been Going On) et de Connie Kay à la batterie, John Lewis livre ici sept pièces aussi savoureuses les unes que les autres. La qualité des intervenants est à ce point exceptionnelle (et bravo à l'ingénieur du son, et surtout à ce travail de remastérisation de 2013, car l'édition précédente (Improvised meditations & excursions sortie en 2010) présentait quelques défauts majeurs de remastérisation (2) au dire de quelques audiophiles américains. Avec celle-ci, il n'en est rien, bien au contraire.

Le confort d'écoute est optimum. Comme le dit le commentateur précédent, oui, il s'agit bel et bien d'un chef-d'oeuvre. Ces pièces sont si rares ! On admirera l'homogénéité de l'ensemble, la cohérence, et surtout la cohésion d'un trio classique au delà de tout soupçon. Celui-ci pourra même nous faire penser à Ahmad Jamal (avec Vernell Fournier et Israel Crosby), notamment sur Now's the Time et Smoke Gets In Your Eyes (sens de l'épure, de l'économie, et sens de l'espace). Quand on écoute ce trio débouler sur ces sept thèmes, les surprises ne manquent pas, on est parfois pris de vertige, ou de tournis ! C'est à la fois léger et d'une beauté sans nom! Du nectar ! Le swing qui innerve chaque thème est palpable, loin de toute redite. Le trio de Lewis prend des hauteurs le tout naturellement du monde (écouter cette intro magnifique sur Love Me, composition du pianiste, et déjà un classique à l'époque). Ainsi, John Lewis variant les plaisirs, au détour d'un accélération rythmique (le très rapide Now's the Time), d'une rupture harmonique de toute beauté (September Song ou encore la coda de Smoke Gets In Your Eyes), parvient à multiplier les plaisirs audiophiles (ainsi le dernier thème se termine sur un duo de toute beauté entre George Duvivier et le pianiste). Extra ! Les intro en solo absolu (magnifique ce préambule sur Smoke) révèlent une science extraordinaires des harmonies. Le genre de galette triée sur le volet, pour vous, mes chers amis amazonautes. Cinq standards donc et deux compositions de John Lewis (Delaunay's Dilemma et Love Me). On admirera aussi la flamboyance de Connie Kay à la batterie. Son drive impitoyable, son jeu essentiellement sur les cymballes est un pur régal! Seul petit bémol, mais il n'est rien en comparaison avec le contenu : cette édition japonaise tirée à mille exemplaires tient dans un boitier en plastique avec une pochette illisible (au dos du boitier, il faut de gros bésicles ou une bonne loupe pour y lire le texte d'origine)...

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(1) Il s'agit là du premier opus de John Lewis pour le label Atlantic.

(2) Il est clair que les édition "Jazz Collectables" présentent de sérieux problèmes en termes de qualité sonore.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 13, 2014 4:14 AM MEST


Le seul moyen de vivre. Lettres.
Le seul moyen de vivre. Lettres.
par Clarice Lispector
Edition : Broché
Prix : EUR 8,15

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 le seul moyen de vivre? écrire..., 6 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le seul moyen de vivre. Lettres. (Broché)
Alors que la coupe du monde de football bat son plein et que, personnellement, je n'en ai rien à carrer, je vous propose, cher lecteur, chère lectrice, l'ouvrage d'une romancière brésilienne qui fut dans son pays une véritable icône. Clarice Lispector (L'Heure de l'étoile, Le Bâtisseur de ruines sont ses oeuvres les plus recommandées) est de ces écrivains qui vous hantent autant qu'ils sont hantés, nous confie-t-on en préambule de ce recueil de lettres. On la compare à Virginia Woolf, parfois à Marguerite Duras et même à Katherine Mansfield, la géniale nouvelliste néo-zélandaise (1)... Cet ouvrage est mon premier de la romancière brésilienne et je dois dire que j'y ai trouvé des moments savoureux et d'autres beaucoup plus anecdotiques... Egalement influencée par Carson McCullers (Le Coeur est un chasseur solitaire), Clarice s'entretient ici avec son fiancé, ses amis, puis avec l'un de ses deux fils. Au cours de quatre décennies riches en événements (des années 40 aux années 70), nous lisons des lettres plutôt personnelles mais dont la portée est universelle. Pudique et torturée, Clarice Lispector donne à lire un courrier intime, bourré d'intelligence et de sensibilité. Ce recueil, je ne suis pas sûr qu'il fut voulu par la romancière brésilienne. On peut trouver cela indécent... On y découvre surtout ses affres et incertitudes, ses recommandations, ses conseils aussi pour favoriser une qualité de vie. Mariée à un diplomate qu'elle va suivre durant quelques années jusqu'à son divorce au milieu des années 50, Clarice Lispector ne va pas tarder à dépérir loin de sa terre et des siens. La Suisse sera un repoussoir pour elle. Elle cueillera néanmoins ici et là d'éphémères moments de bonheur (Paris, Londres, Washington). Mais très vite, elle retournera dans ce pays qu'elle n'a jamais vraiment quitté : le Brésil.

L'aspect positif de l'ouvrage : une langue maîtrisée, sans fard, ni faux-semblant. Clarice Lispector dans un style alerte, précipité, et dépouillé par moments, se révèle une femme à part entière! Mieux, elle demeure avant tout une femme qui écrit! Sa critique des mondanités est superbe. Dans ses lettres, elle parle peu de son travail, ou de ses ouvrages. Dommage! Mais chez elle, écrire est un acte compulsif : "J'écris, confiera-t-elle, parce que je suis une désespérée, que je suis fatiguée, que je ne supporte plus la mutine que je suis pour moi-même. S'il n'y avait pas cette nouveauté toujours neuve qu'est l'écriture, je mourrais symboliquement chaque jour." Par ailleurs, elle ajoutait, presque effrayée : "Même la littérature ne me préserve pas. Je me sens désemparée. J'ai un tel besoin de protection. L'acte créateur est une douleur. Il faut un courage fou, effarant." D'où son besoin de s'entourer toujours, autant que faire se peut, de gens solides (ce seront des gens simples, fidèles à la romancière, n'ayant pas autant de questions existentielles dans leur vie, ou passant outre....). Etrange paradoxe.

Alors bien sûr, l'on découvrira de très belles lettres, comme celle adressée à Tania Kaufmann (2) le 06 janvier 1946 (page 110 et suivantes), autant de lettres révélant un être hyper sensible, un être fragile qui peut subir de vagues perturbations après ce qui pourrait paraître comme un événement insignifiant... Ce caractère à fleur de peau est prégnant au fil des pages. Un être sensible donc en proie à des luttes intérieures obsessionnelles et que seule l'écriture peut aider à évacuer. Torturée? L'incapacité qu'elle a parfois à maîtrises ses émotions, du moins, quand elle y parvient en public c'est plus difficile quand elle se retrouve seule dans le confinement de sa maison ou de sa chambre nous révèle un être dont le mal-être et la lucidité coexistent. Déjà si jeune (au début des années 40, elle avait à peine trente ans), sans tout comprendre, l'on ressent en elle ce qu'elle appelle "la nostalgie de soi", c'est significatif... Significatif d'une hyper sensibilité donc, d'une profondeur aussi, mais également d'une certaine forme d'humour dont elle joue et se joue. On y découvrira aussi une femme ne se prenant pas toujours au sérieux et faisant fi de ses tourments. Assez féministe au fond, alerte et compatissante à l'égard des femmes qu'elle croise, ces "femmes à l'air terne qui se cloîtrent chez elles et accomplissent leurs devoirs, en mettant au monde une douzaine d'enfants par an"... (sic), elle n'aura de cesse de militer à sa façon contre les mauvaises conditions de vie des femmes. Le quotidien est ainsi parfois truffé d'anecdotes plus ou moins dignes d'intérêt. On admirera surtout l'humanité profonde de cet auteur pas comme les autres. Au fil des pages, se dévoile une femme au tempérament vif et bien trempé. Mais fragile malgré tout. Certaines conditions humaines sont parfois difficiles à supporter. L'écriture et la lecture resteront pour elle (et on la comprend) un merveilleux exutoire. Pour âmes sensibles.

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(1) On ne manquera pas de lire La Garden-Party et autres nouvelles de Katherine Mansfield.

(2) Extrait : " Respecte-toi plus que tu ne respectes les autres, respecte tes exigences, respecte même ce qu'il y a de mauvais en toi. Respecte surtout ce que tu imagines de mauvais en toi. Pour l'amour de Dieu, ne cherche pas à faire de toi une personne parfaite. Ne copie pas une personne idéale, copie-toi toi-même. C'est le seul moyen de vivre. [...] Je jure par Dieu que s'il y avait un ciel, toute personne qui se sera sacrifiée par lâcheté sera punie et ira dans un enfer quelconque. A supposer qu'une vie fade ne soit pas punie par cette fadeur même. Prends pour toi ce qui t'appartient, et ce qui t'appartient c'est tout ce que ta vie exige; ça semble une morale amorale. Mais ce qui est véritablement amoral c'est d'avoir démissionné de soi."


Us Three [Ltd.Reissue]
Us Three [Ltd.Reissue]
Prix : EUR 25,13

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 l'art du trio selon horace parlan..., 4 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Us Three [Ltd.Reissue] (CD)
De temps à autre, il est nécessaire de ressortir ces bonnes vieilles galettes parues chez Blue Note dans les années 60, surtout à l'heure de l'apéro, quand bien même le soleil se serait éclipsé... Us Three fut mon premier rendez-vous avec le pianiste Horace Parlan il y a une vingtaine d'années (1) quand je préférais fureter chez les disquaires plutôt que de m'asseoir sur les bancs de la fac... La collection Connoisseur series était un vivier, un puits de découverte sans précédent. Des albums de Wayne Shorter (Etcetera), de Booker Ervin (The In Between) ou encore de Clifford Jordan (Cliff Craft) firent mes délices. Cette galette sortie en 1960 pour le compte du label d'Alfred Lion et Francis Wolf fut pour le pianiste l'occasion de se faire davantage connaître, lui qui était souvent cantonné au rôle d'accompagnateur (il débute en 1957 aux côtés du contrebassiste Charles Mingus). Entouré pour cette session studio de George Tucker à la contrebasse et Al Harewood à la batterie, l'une des rythmiques les plus soudées de l'époque (que l'on réécoute par exemple cette petite perle, Doin' Allright du saxophoniste Dexter Gordon - Horace Parlan et Freddie Hubbard participaient alors à cet enregistrement Blue Note), le pianiste donne à entendre un classique archi bien rôdé. Ici, rien de révolutionnaire certes, mais dans l'art du trio de piano jazz, c'est un disque gorgé de swing, que ce soit sur up-tempo ou sur quelques balades. Horace Parlan, par son style incomparable régalera les amateurs d'un jazz de qualité (même si le pianiste était limité à la main droite pour avoir contracté tout jeune la polio). Comme vous l'entendrez, son jeu reposera essentiellement sur une main gauche puissante, jouant beaucoup sur les effets d'ostinatos.

Dans l'art du trio de piano, contrebasse, batterie, c'est certainement l'un des disques majeurs de l'époque, au même titre que toutes ces galettes de Barry Harris, Sonny Clark ou encore Wynton Kelly. On admirera également le jeu de Tucker, sa walking bass et surtout sa façon de pincer les cordes, un peu comme Jimmy Blanton et Ray Brown. Une présence indéfectible. D'écouter ses accélérations est toujours un plaisir. Sonorités boisées et veloutées, puissance dans les attaques, la contrebasse de George Tucker est un plaisir pour audiophiles. Avec Al Harewood (dont le jeu aux balais est un pur ravissement), Tucker était vraiment au sommet. Le soutien de la rythmique, sa qualité, son sens du tempo, sont autant de points d'ancrage pour le pianiste. A ce propos, la présence de Tucker est si belle ici, si puissante, que l'on pourrait croire davantage à un disque du contrebassiste que du pianiste. Enfin, peu importe. C'est aussi, la tentative (réussie) d'une recherche esthétique à trois. La sincérité de l'ouvrage, malgré ici et là, quelques clichés propres au style hard-bop, me fait dire que l'on tient une petite perle du jazz.

Le répertoire, quant à lui, est essentiellement constitué de standards (I Want to be Loved, Come Rain or Come Shine, The Lady Is A Tramp, Walkin') et de quelques compositions du pianiste (Us Three, Wadin', Return Engagement). Au total, sept pièces formant un bloc homogène. Une cohérence de toute beauté, teinté de swing, donc, mais de blues egalement (la version de The Lady is a Tramp est à ce titre significatif). Le genre de galette sans prise de tête, d'une saveur exquise, pour ne pas dire exemplaire. Le jeu de Horace Parlan est puissant, très roots, et derrière cette enveloppe musicale, on devine un vrai plaisir de jouer. Les lignes mélodiques sont claires, chaque thématique bien identifiable (le thème d'ouverture, Us Three). L'espace accordé aux solistes est extrêmement judicieux ici. C'est bien entendu un disque Blue Note et l'amateur reconnaîtra immédiatement la palette sonore du label (netteté de chaque instrument, l'aspect classique de l'enregistrement, le swing omniprésent...). Et même si comparé à d'autres disques du pianiste (Up And Down par exemple), celui-ci apparaît mineur, c'est malgré tout ce que l'on pourra en dire une musique qui fait admettre, sous le soleil des consonances évidentes du blues et du swing, les plus audacieuses dynamiques de jeu (Return Engagement), rappelant ici et là l'influence d'Ahmad Jamal et même de Bobby Timmons (sens de l'espace et de l'ellipse, triolets....).

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(1) Né en janvier 1931, Horace Parlan est toujours vivant à ce jour. Sa discographie est assez prolifique (on compte huit disques en leadeur chez Blue Note). On se souviendra aussi de ses albums parus chez Steeple Chase dans les années 70, notamment Trouble In Mind et Goin'Home, deux enregistrements en duo avec le saxophoniste Archie Shepp...


Anacapa
Anacapa
Prix : EUR 21,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 sentiments mitigés..., 3 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Anacapa (CD)
Comme beaucoup, j'ai découvert David Binney (1) il y a une dizaine d'années. Et Bastion of Sanity (paru chez Criss Cross en 2004) avait été un sacré coup de coeur... L'oeuvre colossale de ce saxophoniste californien présente une qualité d'écriture indéniable ainsi qu'un jeu à nul autre pareil. Sa technique n'est plus à démontrer. Dans le jazz contemporain, David Binney est une valeur sûre. Depuis Bastion of Sanity, ses disques essentiellement enregistrés en studio ne se ressemblent quasiment pas. Son goût pour le renouvellement et le dépassement en font un musicien singulier à plus d'un titre. Aliso, dans la lignée de Bastion of Sanity, s'inscrivait dans un jazz très efficace, très roots dans son approche (les quelques compositions de Wayne Shorter et John Coltrane le rappelaient sans équivoque). Third Occasion (publié chez Mythology records) sera plus axé sur des compositions obliques et des arrangements tirés au cordeau. Et justement, voilà, de mon point de vue, la dernière grande réussite du saxophoniste se situe là, avec Third Occasion... Depuis 2009, j'ai le sentiment (sauf exception) que le saxophoniste a perdu de sa superbe et que s'il essaie de se renouveler, son inspiration ne me paraît pas toujours au rendez-vous.. Les nouvelles formes instrumentales qu'il s'est choisies pour son collectif sont pour le moins torpillées par une limite en termes d'écriture... Ses trois derniers opus parus chez Criss Cross dont celui-ci en témoignent directement. Ils sont bien sûr intéressants, mais pas assez mordants, pas assez piquants et surtout beaucoup trop consensuels.

Par ailleurs, l'ajout de voix (choeurs, chants, onomatopées) semble, comme chez Steve Coleman dans ses derniers disques ou, à l'instar de Wayne Shorter dans Native Dancer, une des caractéristiques de ses derniers enregistrements, une de ses idées constantes, mais franchement, les résultats ne sont pas toujours à la hauteur... Au contraire, ils donnent le sentiment de nous perdre dans une mélasse ésotérique qui gâche un peu la fête... Anacapa sorti en mai 2014 ne déroge pas à cette tendance donc, à ce virage pris par Binney depuis Graylen Epicenter (on pourra toujours lire mon commentaire sur ce dernier...). Si l'album lorgne davantage vers un jazz rock de bon aloi, ce n'est pas pour me déplaire, bien au contraire : les lignes mélodiques sont parfois de toute beauté et les idées rythmiques sont souvent enthousiasmantes. Le sax alto de Binney est toujours aussi acéré, précis et techniquement, c'est irréprochable. Ainsi, dès l'ouverture, une ambiance très urbaine accroche les esgourdes. On se dit que la suite va être aussi surprenante. Hélas, le meilleur (Heart Shaped Mind) côtoie le pire (Waiting for The Blast), avec ces ajouts de synthétiseurs, ces nappes nauséabondes, ces sonorités années 80.... Ou quand le premier exemple représente ce que Binney sait faire de mieux : déployer de magnifiques couleurs; improvisation au sommet; lignes à la fois claires et obliques pour un résultat enthousiasmant et le deuxième, une version boursoufflée et insipide, pour ne pas dire peu inspirée.

Au final, un album sympa mais plutôt anecdotique, qui nous fait regretter le Binney d'il y a quelques années. Aucun thème pour vraiment en rattraper un autre. Et quand l'album se clôt par She Hates, Outro, l'on se dit que c'est bien dommage. Les musiciens qui l'accompagnent dans ce projet ont beau être talentueux (on les connaît tous, que ce soit Wayne Krantz et Adam Rogers à la guitare, Dan Weiss à la batterie, John Escreet au piano et fender), le résultat est là : mi-figue, mi-raisin. Encore une fois, la confusion en termes de projets artistique est à ce point étonnant venant de la part d'un artiste aussi important que Binney. Dans le même genre, et à leur manière, avec des degrés divers de réussite, Brad Mehldau s'y est essayé tout récemment (si vous avez aimé Mehliana:Taming the Dragon, vous aimerez sans doute Anacapa....). Dave Holland dans un tout autre registre (quelques interventions de Wayne Krantz, notamment sur Imagination Sets us Free me fait parfois penser à Prism avec Kevin Eubanks, mais sans toutefois s'en approcher en termes d'inspiration...). De toute façon, il n'y a pas de comparaison à faire, mais disons que cette tendance à faire dans la transversalité (punk, rock, variété, jazz) laisse parfois des sentiments mitigés... Ici, le projet (je le répète, histoire d'enfoncer le clou) est complètement torpillé par les voix (le final de Imagination sets us Free) et une limite claire en terme d'écriture. Ou alors, je suis passé à côté, ce qui est fort possible...

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(1) Son album South enregistré aux côtés de Chris Potter et Brian Blade était sorti en 2000 et avait fait l'effet d'une bombe! Succès à la fois critique et publique bien mérité.


Dna: Duo With William Parker
Dna: Duo With William Parker
Prix : EUR 22,60

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 ou l'art d'atomiser la note bleue..., 22 juin 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Dna: Duo With William Parker (CD)
Quand il publie ce disque en 1999 pour le label Thirsty Ear, Matthew Shipp n'a pas quarante ans. Et à cette époque, faut bien le dire, le pianiste continuait à se poser comme l'antithèse absolue de l'école Marsalis. Évitant tout sens mélodique, caracolant contre le swing, et éludant autant de lignes thématiques bien identifiables si chères aux néoboppers, le pianiste le plus iconoclaste depuis Cecil Taylor possédait aussi ses détracteurs. Fin des années 90, deux pianistes semblaient dominer leur instrument (on ne parlait presque que de Keith Jarrett et de Brad Mehldau). Les autres étaient soit en marge (Shipp, Waldron, Burrell) soit des suiveurs (les jeunes loups comme Stephen Scott, Jacky Terrasson, Marcus Roberts et j'en passe ou encore des pianistes bien trop timides, ou si peu charismatiques pour trouver un plus large public : que l'on songe par exemple à l’extraordinaire Bill Carrothers). D'autres encore étaient bien trop ancrés dans cette tradition teintée de blues et de gospel (Tommy Flanagan, Hank Jones, Kenny Barron, John Hicks, Mulgrew Miller). Shipp rentrait dans la catégorie des hors-catégories... Piano percussif, boulets de canon sous les doigts du pianiste, frappes chirurgicales, réitérations de lignes bien senties, un peu à la manière de Mal Waldron... On aime ou on n'aime pas. Mais au delà des opinions et des goûts, force est de reconnaître une singularité propre au pianiste : un jeu différencié, un sens de l’improvisation hors pair, dans la lignée de Monk, Waldron ou Taylor. Mais Shipp ne plagie pas. Il joue avec sincérité ce qu'il entend dans sa tête. La prise de risque qui en résulte dans son jeu donne toute la mesure de son talent et du caractère peu confortable de sa démarche. Jamais Shipp ne fera dans la redite ou je ne sais quoi encore. Et cet album en duo avec son mentor, le contrebassiste William Parker, en témoigne admirablement.

Trente-deuxième album dans lequel il enregistre (en leadeur ou co-leadeur), DNA (ADN en français) est un petit bijou du jazz avant-garde. Cette session studio comporte huit pièces dont cinq sont totalement improvisées . Cinq pistes improvisées prises en sandwich par deux morceaux traditionnels, « When Johnny Comes Marching Home » et « Amazing Grace », un gospel que les aficionados connaissent fort bien. D’ailleurs, je serais presque tenté de vous conseiller d'abord l’écoute de cette pièce, car l’interprétation donne la pleine mesure du jeu direct et sans concession du pianiste. L’effet est à ce point magnifique. William Parker, maître de l'archet, triture le bois de sa contrebasse, le caresse, distend les cordes, dans des croquis et des esquisses picturales de toute beauté. Impression qui revient sur le thème d’ouverture, tonitruant et puissant en diable ! Lors d’une première écoute, force est donc de reconnaître que la musicalité n’est pas toujours évidente, mais les amateurs de Cecil Taylor et d’Andrew Hill comprendront que le jeu oblique des musiciens, les non-dits, l’espace, les raclures, les ratures font partie de cette science toute particulière, de ces échanges ombrageux (Cell Sequence, en notes suspendues, de milles résonances, que même un Duke Ellington, aussi paradoxal que cela puisse paraître, n'aurait pas renié)... Aussi, un temps de latence est souvent nécessaire entre deux écoutes, pour s'approprier une oeuvre pareille. Les oreilles découvriront alors avec ravissement qu'il y a là une cohérence, une logique interne, la pierre angulaire loin de tout artifice et clichés.

Sur les cinq pièces improvisées, Shipp se révèle agile sans être anxieux, subtil aussi, avec un sens du contraste des plus enthousiasmants, faisant preuve d’une autorité jamais démentie au piano, ponctuant du plus bel effet certaines idées nées de son subconscient (écouter la coda de Cell Sequence à partir du minutage 5'00)... Les pizzicato de Parker sont agiles et son jeu à l’archet pénètre tous les espaces appropriés. Son placement est délibéré et par moments, c’est presque de façon inconsciente qu’il donne des idées qui auront de quoi faire rebondir Shipp (notamment sur le merveilleux Genetic Alphabet). La musique est à la fois belle et effrayante (Cell Sequence, l'intro de Genetic Alphabet), sombre et lumineuse, soudaine et délibérée, les musiciens faisant preuve de responsabilité dans leur jeu en tout temps. Si cet album est un argument difficile dans l'art du duo de piano contrebasse, c'est parce qu'il est tout sauf conventionnel, tout sauf facile. Je dirais même qu'il possède un aspect baroque non négligeable (Genetic Alphabet). Pas le disque du siècle, mais un disque vers lequel je reviens régulièrement avec toujours plus de plaisir. Une borne malgré tout ce que l'on peut en dire. S’il est aussi une déclaration d’amour, c'est parce que du point de vue sonore, c'est brillant et d'une éloquence incomparable. Incorporant les couleurs de l'école classique française à son jeu de piano (on y entend du Fauré et même du Debussy dans Genetic Alphabet par exemple), Matthew Shipp reprend, a sa façon, l'idée du Troisième Courant (Third Stream): dans une version bostonienne et "noire", pour reprendre l'expression de Philippe Robert, avec cette avalanche de clusters tayloriens propres à atomiser la "note bleue". "Heurté, son jeu percussif se révèle entêtant et entêté mais n'en oublie pas pour autant les accents au pointillisme impressionniste. En duo avec William Parker, Shipp ne cesse d'explorer les marges de l'improvisation, générant une tension quasi-physique de l'écoute". L'idée de reprendre deux "traditionnels" qui ouvrent et ferment ce disque est en outre une excellente idée. Une oeuvre forte, musquée et marquée par une masse sonore rare et époustouflante ! Vous êtes maintenant prévenus !
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Last Dance
Last Dance
Prix : EUR 13,69

10 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 post-scriptum..., 19 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Last Dance (CD)
Voici donc sur amazon (et chez vous peut-être) le dernier opus de Keith Jarrett en duo avec ce géant de la contrebasse qu'est Charlie Haden… Il est peut-être trop tôt pour donner une évaluation... Mais après trois écoutes, je peux exprimer une certaine satisfaction, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, une certaine lassitude... Comme beaucoup, j’ai encore en mémoire leur album précédent... Last Dance issu de la même session ne surprendra pas plus que Jasmine (ECM, 2010), et, ce désir de poursuivre le dialogue semble, somme toute, relatif ici... Post-Scriptum, donc, comme un ajout à une correspondance sans lendemain... "Last" comme pour un ajout définitif... Mais était-ce bien nécessaire ? A toute fin utile, rappelons aussi que sont sortis cette année deux albums remarquables auxquels le mélomane averti prêtera une oreille attentive : le dernier disque du pianiste Enrico Pieranunzi (Stories, paru chez Cam Jazz) se clôturait sur une pièce en duo avec le contrebassiste Scott Colley. On y entendait là un très beau dialogue, fait d’empathie et de connivence, évitant tous les clichés du genre. Une belle réussite (1). Enfin, le contrebassiste Gary Peacock a gravé sur le label ECM un album qui mérite lui-aussi une attention toute particulière. Azure en duo avec la pianiste Marylin Crispell est certes plus éthéré dans son approche, mais n'en présente pas moins une singularité musicale étonnante, le répertoire tenant davantage de la création spontanée et de la libre circulation des idées, alors que celui de Keith Jarrett avec Charlie Haden donne le sentiment, sous l'apparence d'une beauté formelle de premier choix, de ressasser de vieilles histoires enfouies dans la conscience capricieuse du mélomane...

Le pianiste le plus médiatisé de la planète jazz livre donc ce disque composé de neuf standards, suite logique de son succès de 2010... L’opus précédent avait suscité des commentaires disparates et n’avait pas fait l’unanimité semble-t-il. A l’écoute de Last Dance, on est certes dans la même qualité musicale (dialogue épuré, au plus près du chant et de la mélodie, sens de l’intimité des deux convives, l’universelle promotion de deux égaux - sans mauvais jeu de mot... -, deux artistes appelés par la même vocation - servir la Musique -)… Mais, de mon point de vue, le résultat n'est guère convaincant et ne suscite pas plus d'enthousiasme... Last Dance est aussi joli que Jasmine, et au final sans réelle surprise... Malgré les qualités des instrumentistes, une démonstration un peu poussive se dégage au fil des plages... Et puis, il y a ce sentiment, cette impression que Charlie Haden a perdu de sa superbe. Quand on réécoute ses duos avec les pianistes John Taylor (Nightfall), Kenny Barron (Night And The City) ou mieux, Hampton Hawes (As Long As There's Music), l'on se dit que le contrebassiste a clairement pris un coup de vieux et que l'on peut craindre, vu le titre de cet album, que ce soit là une sorte de testament (2). Sa technique perce toujours, on la reconnaît, elle est foncièrement musicale, mais sa présence, sa rusticité et sa puissance me paraissent irrémédiablement diminuées ici. Respect quand même! On écoutera Last Dance avec déférence donc, mais on n'oubliera pas ses disques antérieurs, surtout la série de duos qu'il avait commis dans les années 70 pour le label A&M... Le malaise que je ressens entre ce jeu de regards et de postures est d'autant plus grand que Last Dance n'apporte vraiment rien d'exceptionnel et semble étrangement prémonitoire, comme un dernier signe (les amateurs savent que le contrebassiste est gravement malade depuis 2011)...

Bref, même si nombreux sont celles et ceux qui pensaient que c’était là un rendez-vous ultérieur à Jasmine, il ne fallait pas trop se leurrer. L’écurie ECM a en fait sorti un Jasmine-bis pour aider l'ex-compagnon d'Ornette Coleman et Carla Bley dans sa prise en charge de soins médicaux, extrêmement onéreuse aux Etats-Unis (2). De la part de Manfred Eicher, c'est sans aucun doute une entreprise louable, mais c'est aussi pour nous autres musiciens et mélomanes, le sentiment que l’on nous ressort des fonds de tiroir (deux thèmes étaient déjà dans Jasmine; ainsi on retrouvera dans Last Dance deux prises alternatives de « Goodbye » et « When Can I Go Without You »). Peu importe, me direz-vous, nous sommes en présence de deux trapézistes qui lévitent à peine au dessus des mélodies, de ces standards que sont « My Old Flame », « Round Midnight », « Everything Happens To Me » ou encore « It Might As Well Be Spring ». D’ailleurs, au lieu de parler de lévitation, je parlerais plutôt de gravitation… Keith Jarrett est un pianiste sérieux, et ses notes finissent par agacer (en multipliant les gimmicks, que ce soit sur tempo lent ou rapide). Au risque de passer pour un indélicat gouailleur, je dirais que cet album, s'il ne présente guère d’intérêt, est surtout d'une complaisance malvenue… Quelques surprises néanmoins : L’interprétation de Dance of The Infidels (composition de Bud Powell) est très enlevée et donne à entendre une version très volubile. Jarrett restera bien entendu l'un des plus grands pianistes de ces cinquante dernières années et dans l'art de la balade, il nous a prouvé maintes fois son talent. Mais ici, c’est joli, d’un romantisme formel, d'un esthétisme frappé d'asthénie, pour celles et ceux qui préfèrent le confort plutôt que la prise de risque... Bref, nos papilles font parfois de la résistance...

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(1) Lire ma chronique sur le site. Le thème en question s’intitule « The Real You » et mérite à lui seul l’acquisition de cet album de Pieranunzi dont la configuration sur toutes les plages, sauf la dernière, est celle du trio.

(2) Charlie Haden souffre actuellement du post-syndrôme de la polio qu'il avait contracté à l'âge de 15 ans...
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