Profil de oiseau de nuit > Commentaires

Fiche d'identité

Contenu rédigé par oiseau de nuit
Classement des meilleurs critiques: 96
Votes utiles : 2825

Chez vous : découvrez nos services personnalisés en pages d'aide !

Commentaires écrits par
oiseau de nuit (Quelque part dans le Sud Ouest...)
(TOP 100 COMMENTATEURS)   

Afficher :  
Page : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11-20
pixel
My french standards songbook
My french standards songbook
Prix : EUR 21,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 découverte..., 16 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : My french standards songbook (CD)
Voici un pianiste possédant un beau toucher. Entre classique et jazz. La découverte est sympathique. Le pianiste qui officie seul en solo a beaucoup de savoir-faire et fait passer de très belles émotions. A découvrir toute affaire cessante. Mes trois étoiles se justifient pour dire que c'est un bon disque. Très bon même. Je réserve les Quatre aux grands disques et les Cinq aux chefs-d'oeuvres. Philippe Léogé a le mérite de nous surprendre toutefois. Ce My French Standards Songbook surprendra l'oreille attentive, comme lors de ce Monsieur Claude, au cours duquel Léogé cite longuement Round Midnight avec une verve et une fraîcheur enthousiasmante. La Vie en rose, la belle vie, Nuages, C'est si bon, Ne me quitte pas, Et maintenant, Que reste-t-il de nos amours? Un répertoire connu de toutes et de tous. Des perles. Magnifiées ici par le piano de Léogé. Belle réussite. D'autant plus que la prise de son est sublime. A savourer.


Live At Dreher Paris 1981
Live At Dreher Paris 1981

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 un live d'anthologie..., 8 septembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Live At Dreher Paris 1981 (CD)
Le chroniqueur ci-dessous a raison d'insister : mais que fait donc le label Hatology pour rééditer cette merveille des merveilles? La boutique Harmonia Mundi lors d'un déstockage avait proposé ce coffret pour 20 euro ! Quelle ne fut pas ma surprise ! Aujourd'hui, les prix avoisinant les 150 euro a de quoi faire frémir ! Pour les moins chanceux, restent les très bonnes médiathèques où l'on trouvera ce magnifique objet comprenant quatre disques (280 minutes). Le duo entre ces deux-là n'est un secret pour personne. De nombreuses captations existent de plus ou moins grande qualité. Mais ce live at the Dreher est un must, surpassant ce que les deux comparses ont pu enregistrer. Les albums studio (Sempre Amore et Communiqué, sortis dans les années 80 sous le compte du label Soul Note sont maintenant disponibles dans un magnifique coffret édité par Cam Jazz). En attendant, c'est ici une somme monumentale, une borne dans l'histoire du jazz. Nos deux artistes dévastent tout. Le répertoire alterne compositions de Thelonious Monk et compositions du saxophoniste et du pianiste Mal Waldron.


Clinkers (UK Import)
Clinkers (UK Import)
Proposé par thebookcommunity_fr
Prix : EUR 52,45

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 pour les inconditionnels de steve lacy avant tout..., 31 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Clinkers (UK Import) (CD)
Eric Frank a bien raison quand il affirme que Steve Lacy est "un artiste trop rare, donc trop précieux, pour que l'on puisse ignorer son parcours". Cet enregistrement capté "live" le 8 juin 1977 à Basel (Suisse) en est l'illustration même. L'illustration de quoi? Et bien l'illustration, tout simplement, de ses recherches et de ses avancées en termes d'idées musicales. Et de tous ses albums en solo absolu, c'est sans doute celui que je préfère. Pourquoi? Parce qu'en sus d'une qualité sonore optimale, pour ne pas dire exceptionnelle, le saxophoniste puise ici toutes les ressources de son instrument, proposant une musique des plus surprenantes et des plus réjouissantes, loin de certains albums de commande qu'il a pu enregistrer au cours de la décennie suivante. Ici, Lacy s'y montre ingénieux, poète, provocateur, et toujours imprévisible. Jamais sans doute n'a-t-il été aussi loin qu'ici... Alors bien sûr, ce set de quarante minutes, ne proposant que des compositions originales, ne s'intègre pas facilement dans des schémas jazzistiques connus, quand elle ne favorise pas un courant d'opinions existant déjà, surtout à l'heure actuelle où le jazz ne doit plus égratigner les esgourdes de ces pauvres bourgeois qui ont un goût romantique pour la jolie mélodie. Ici, la sincérité de l'ouvrage, sa force tellurique, l'imagination déployée par l'artiste, son bras d'honneur aux conventions et autres gratifications merdiques, les méandres filandreux d'une mélodie trouvée au détour d'une idée géniale, voilà qui force l'admiration à l'écoute de cet opus historique qui ne souffrira jamais la redite. Mais encore une fois, n'y voyez pas de snobisme de ma part : cet opus s'adressera avant tout aux curieux (de plus en plus rares aujourd'hui, tant l'on nous sert chaque jour une musique formatée, prédigérée, d'un romantisme affligeant...).

Contrastes et ruptures jalonnent cet album lumineux qui est, ô grand paradoxe, aussi tranchant que des hachettes miniatures ! Ses sonorités dans les suraigus, ses couacs au soprano (Clinkers ne veut pas dire autre chose en anglais), sont autant d'outrages et de pieds de nez à tous les esprits conservateurs, frileux ou je ne sais quoi. Un album de toute beauté donc, mais un album qui peut s'avérer aride. C'est un disque solitaire, n'en déplaise aux gouailleurs en tout genre pour qui la musique ne se conjugue qu'à deux, trois ou plus... Il faut être parfaitement armé pour écouter un disque pareil. Si vous êtes musicien ou aimez à ce point le saxophone soprano (c'est mon cas), essayez de vous procurer ce "Clinkers" jubilatoire mais d'une exigence sans commune mesure... Comme Wayne Shorter, Steve Lacy est un vrai funambule musical, il a son propre univers. La sonorité de son saxophone ne m'a jamais paru aussi essentielle qu'ici. Encore une fois, comme le rappelle le chroniqueur Eric Frank, Lacy combine "les sonorités les plus aiguës aux plus rondes, avec une aisance fascinante". La musique ici proposée n'est certes pas facile, mais c'est un indispensable, vraiment, pour tous les inconditionnels du sopraniste. "Clinkers semble loin de sonner la retraite pour ce combattant de l'âme musicale. Une âme qui se délie sous forme de rêve épanoui et tranquille".


School Days
School Days

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 enregistrement historique..., 12 août 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : School Days (CD)
Cet opus enregistré en 1963 par le collectif de Steve Lacy / Roswell Rudd est une petite pépite à ne pas manquer ! Je me l'étais procuré il y a une dizaine d'années quand le catalogue Hatology n'avait pas encore dépéri (rupture de stock pour pas mal d'enregistrements). Ne vous ruez pas sur le disque vu les prix affichés (50 euro, c'est bien trop cher). A l'époque, j'avais dû le trouver pour moins de 10 euro (sic). Donc, attendez patiemment une nouvelle réédition. Mon commentaire, je le développerai au fil des écoutes. Il me faut tout simplement remettre la main dessus, ce qui n'est pas gagné... En attentant, sachez que ce collectif historique est composé de Steve Lacy (saxophone soprano), Roswell Rudd (trombone), Henry Grimes (contrebasse) et Denis Charles (batterie). Des thèmes issus du répertoire de Thelonious Monk essentiellement. Une autre édition existe sous le label Emanem.


Trickles
Trickles

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 des gouttes de plaisir..., 10 août 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Trickles (CD)
L'expression de ce collectif constitué de Steve Lacy et de son vieux complice Roswell Rudd permet de goûter au pur enchantement d'une musique alambiquée, tournoyante, et toujours surprenante (on se souviendra longtemps de leur album historique aux côtés d'Henry Grimes et Dennis Charles, le fameux School Days enregistré à l'orée des années 60...). Presque vingt ans plus tard, le saxophoniste soprano retrouve son vieux complice dans cette galette marquée par une fraîcheur et un sens de l'improvisation hors pairs. Lacy a toujours su garder des liens étroits avec ce diable de tromboniste. Comme avec George Lewis, Roswell Rudd est issu de la creative music (jazz underground et free jazz) où priment le son, le sens de l'espace et l'improvisation libre. A une époque (fin des années 70) où le jazz semblait être tombé dans une impasse (New-York regorgeait alors d'artistes postbop voulant perpétuer la tradition du hardbop), d'autres comme Steve Lacy, Anthony Braxton, Sam Rivers, ou bien Muhal Michal Abrams poussaient les producteurs (notamment ces deux labels italiens que sont Black Saint et Soul Note) pour y enregistrer une musique en marge, et foncièrement authentique en termes de nouvelles idées d'improvisations. C'était là un jazz mêlant tradition européenne et culture jazzique issue du blues. Ce jazz avant-gardiste ne sera sans doute pas du goût de tout le monde, mais on tient là pourtant une oeuvre magistrale, très importante dans la discographie de ces deux musiciens talentueux que sont Lacy et Rudd.

La rythmique est solide, très solide et c'est amusant de constater que la configuration ici présente est identique à cet autre album sorti à la même éqpoue : le fameux Contrasts du saxophoniste Sam Rivers, aux côtés du tromboniste George Lewis (1). Car autour de nos deux protagonistes, on trouve l'immense Kent Carter à la contrebasse (pilier du combo de Lacy depuis de nombreuses années, avant d'être remplacé par Jean-Jacques Avenel à l'orée des années 80) et Beaver Harris à la batterie. On se souviendra de ce dernier comme le partenaire idéal de quelques albums d'Archie Shepp et surtout du pianiste Don Pullen. Un sens du rythme hors pair et un volume sonore de toute beauté, marquant de son empreinte chaque pièce ici présente. Et des pièces, justement, parlons-en. Cela pourra surprendre mais le quartette ne reprend pas des thèmes de Monk (la marque de fabrique de Lacy, en général). Ici, les compositions sont toutes signées du sopraniste (2).

Comprenant cinq pièces thématiques, le répertoire est marqué par un souci d'indépendance musicale hors pair et se veut surtout comme une prise de risques musicale, sans direction marquée. Le résultat est là. Aussi bien sur la première pièce ("Trickles") que sur la dernière ("Robes", avec un Beaver Harris sonnant des cloches, tout en maintenant un tempo d'enfer, avec derrière lui un Kent Carter impressionnant de bout en bout). Les soufflants s'en donnent à coeur joie. Au final, on tient là une oeuvre sérieuse qui ne se prend jamais au sérieux. "I Feel A Braught" commence par une recherche et un travail sur le matériau par le combo (Lacy, Harris, Carter) tandis que Rudd propose la mélodie. Ambiances brumeuses et mystérieuse, mais du très grand art. J'ai personnellement toujours été épris par ce genre de musique qui ne dira jamais son nom. Est-ce du jazz, du free jazz? Peu importe. De la grande musique avant tout. En fait, voici un disque sans prétention, certes il ne sera pas aussi indispensable que School Days, mais les amateurs de Steve Lacy se doivent de l'écouter séance tenante. On tient là une musique loin des clichés propre au jazz, une musique loin d'être facile mais loin d'être conventionnelle par ailleurs. "The Bite" commence par un solo de batterie très clair et la thématique lancée par le couple Lacy/Rudd est enthousiasmante. Hurlant, beuglant, glapissant, tous clopin-clopant, cahin-caha, se ruant vers la lumière d'un épanouissement harmonique, et vautrés dans la fange de la contrebasse comme des limaces après la pluie... Du grand art !

______________________________________________________________________________________________________________________________________________

(1) Trickles fut enregistré en mars 1976 à New-York, Contrasts en décembre 1979 à Munich.

(2) Cet album était disponible à un prix raisonnable jusqu'à l'année dernière (12 euro). Une réédition serait bienvenue. Toutefois, pour les curieux, sachez que l'album figure dans pas mal de sites en streaming (comme spotify).


Contrasts
Contrasts
Prix : EUR 19,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 du solide, du très solide..., 6 août 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Contrasts (CD)
Voici une sortie assez inattendue ! A l'heure où paraissent pour la première fois en compact quelques galettes du catalogue ECM (Five Years Later du guitariste Ralph Towner par exemple), Contrasts fait figure d'objet musical non identifié. Ce disque enregistré en décembre 1979 et qui vient de paraître sous le label de Manfred Eicher s'avère d'une grande fraîcheur lors d'une première écoute. Il témoigne surtout d'une scène jazzique exceptionnelle, à une époque (la fin des années 70) où fleurissaient pas mal d'enregistrements remarquables (Que l'on songe au concert d'Anthony Braxton, le Dortmund 76, aux côtés de Dave Holland, Kenny Wheeler et Barry Altschull). C'est donc une bien belle surprise que nous réserve cette rencontre au sommet entre quatre musiciens aguerris et hautement inspirés ! Publié à l'origine en 1980 sous format LP, "Contrasts" présente plusieurs intérêts. D'abord, c'est le seul et unique enregistrement en leadeur du saxophoniste Sam Rivers (1923-2011) pour le label munichois. Le saxophoniste le plus "out" du circuit jazzique des années Blue Note (le plus singulier aussi, alors que l'on ne jurait que sur John Coltrane, Sonny Rollins et Joe Henderson) livre une oeuvre protéiforme de toute beauté. C'est par ailleurs un des enregistrements du label qui ne sonne pas du tout ECM (sonorité éthérées, grands espaces, aspect contemplatif). Ici tout au contraire, ça fuse, ça joue, ça swingue, ça déblaie ! Enfin, dès lors qu'on évoque l'art du saxophone soprano dans le milieu jazzique, on pense généralement - et forcément - à Steve Lacy, John Coltrane, Wayne Shorter ou Dave Liebman (1). Mais c'est oublier, bien souvent et à tort, Sam Rivers. Ce musicien et compositeur accompli (2), un peu trop vite catalogué dans le free jazz (3), lui qui, souvenez-vous, avait déboulé telle une comète au sein du quintette de Miles Davis (Miles In Tokyo) avant d'être remplacé par Wayne Shorter, n'a eu de cesse de jouer avec une sincérité désarmante.

Ses disques parus sur le label Blue Note (Fuchsia Swing Song par exemple, aux côtés de Jaki Byard, Ron Carter et Tony Williams) mais aussi chez Impulse!, au tournant des années 70 (Trio Live et Streams) sont autant de pépites qui témoignent encore aujourd'hui d'un art singulier. Sam Rivers vous prend aux tripes, sa musique n'est jamais conventionnelle, et le plaisir qu'il procure comble le vide entre free jazz et jazz mainstream. Entre classicisme et progressisme, la musique de Rivers est tour à tour ironique, inquiétante, mystérieuse, et toujours authentique. L'interaction électrisante entre les musiciens est en outre d'une puissance et d'une souplesse qui ne pourront que ravir les mélomanes les plus exigeants. Son jeu, complet et techniquement irréprochable, servi par les règles de l'art d’un jazz avant-gardiste de bon aloi, on le découvrira donc dans ce magnifique et solide album. Quelques années plus tôt, il avait enregistré Conference Of The Birds aux côtés de Dave Holland, Barry Altschull et Anthony Braxton. Dans ce quartette de choc, Rivers retrouve le contrebassiste (quelle aisance à l'archet, comme on l'entendra sur "Circles"), mais aussi l'impeccable George Lewis au trombone (partenaire régulier de Steve Lacy...) ainsi que le bouillonnant Thurman Parker à la batterie et percussions.

Sept pièces parcourent cet album essentiel. Uniquement des compositions personnelles. Le cadre thématique et rythmique est archi solide, et Rivers alternant le soprano avec le ténor donne à entendre une musique certes peu séductrice, mais il n'est pas besoin d'être théoricien pour comprendre que l'artiste est très à l'aise dans tous les registres (balades, morceaux péchus). En augmentant les difficultés et autres chausse-trappes, il trouve des pentes mélodiques de plus en plus fortes, voire arides et escarpées. Mieux encore, il prouve qu'avec ses comparses, il est en pleine possession de ses moyens. Grâce à une interaction de qualité, cette rare alchimie, les idées fusent à tout va ! On admirera par exemple la pulse incroyable, quasiment diabolique, sur le deuxième thème ("Zip"), cette façon qu'a la section rythmique d'accélérer le tempo (4), avec un Rivers qui n'hésite pas à prendre de gros risques avec un résultat des plus beaux et convaincants qui soit. Encore une fois, c'est une musique rythmiquement et harmoniquement structurée, laissant la part belle à l'improvisation libre. Ne pensez pas y trouver un free jazz bruitiste et encore moins du post-bop. On est bien dans l'entre-deux, avec des sonorités boisées et océaniques. Dave Holland impressionne (5), Thurman Parker fait preuve d'une énergie sans commune mesure (relances, jeu ternaire, ponctuations savoureuses, idées, soutien rythmique). Quant à la prise de son, elle est excellente. Seul petit bémol (mais il est bien mineur en regard de ce qu’il y a sous le capot…), c'est la forme cartonnée de l'emballage digipack. La forme cartonnée de l'emballage est si mince que lorsque l'album arrive par la poste, après avoir traversé l'Europe du Nord, on est un peu déçu quand celui-ci vous arrive tout écorné... (6).

Chronique dédiée à David Cristol, grand amateur de jazz et de musiques improvisées, et remarquable chroniqueur chez Jazz mag
___________________________________________________________________________

(1) Sidney Béchet est bien sûr lui aussi un grand du saxophone soprano. On aurait tout aussi bien pu évoquer Johnny Hodges par ailleurs. Mais dans l'art moderne de l'instrument, Lacy et Rivers ont vraiment révolutionné l’instrument comme personne.

(2) Que l'on songe à « Béatrice », sa composition atemporelle et inoubliable, qui est d’ailleurs devenue un classique et même un standard.

(3) Sam Rivers joue du Sam Rivers. Il a un style bien particulier, bien identifiable, très musclé et d'une profonde humanité. Les journalistes ont souvent catalogué sa musique comme étant avant-gardiste. On se souvient également de lui comme l'un des instigateurs de la loft music dans les années 70.

(4) Plus tard, on entendra même Rivers au piano !!! (écouter par exemple ce superbe live qu'est Celebration, l'un de ses tout derniers disques, paru en 2004).

(5) Dave Holland et Sam Rivers ont longtemps collaboré ensemble. On se souviendra et l’on réécoutera tout particulièrement la série de leurs duos ainsi que Conference of The Birds (ECM, 1972) mentionné plus haut, mais aussi leur dernière réunion captée live dans Reunion : Live In New York publié par Pi recordings en 2012.

(6) Un conseil, procurez-vous vos disques digipack chez des distributeurs comme Musiques-Pour-Vous (ce distributeur américain protège très bien les objets qu’il expédie en général) plutôt que chez des distributeurs d'outre-manche ou d'outre-Rhin...


Floating
Floating
Prix : EUR 16,15

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 fred hersch, pianiste délicat, pianiste de l'intime..., 30 juillet 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Floating (CD)
Après une session live de toute beauté (Alive At The Vanguard en trio, paru chez Palmetto records en 2012) et trois enregistrements atypiques aux configurations multiples (d'abord ce duo avec le clarinettiste Nico Gori dans Da Vinci, puis celui-ci avec le guitariste Julian Lage dans Free Flying, deux albums sortis respectivement en 2012 et 2013, et enfin un enregistrement invraisemblable avec le trio du pianiste Benoît Delbecq dans Fun House, toujours chez Palmetto records), voici donc le dernier opus de cet immense pianiste qu'est Fred Hersch (Floating, Palmetto records, juillet 2014), lequel renoue avec la session studio s'inscrivant dans la formule classique du trio tout acoustique (piano, contrebasse, batterie). Fred Hersch est peut-être encore méconnu, mais depuis quelques années, le fait d'avoir lu ici et là qu'il a été le professeur de Brad Mehldau a suscité pas mal de curiosités. Son style très classique (quelque part entre George Shearing et John Lewis) en comblera plus d'un.

Son précédent opus en studio avec le même rythmique s'intitulait Whirl et était sorti en 2010 sur le même label. C'est certes la formule reine du jazz, formule hyper classique que les pianistes et autres amateurs raffolent, mais si peu de trios, faut le reconnaître, font la différence aujourd'hui... Un disque de Fred Hersch est toujours en soi un événement. L'ancien professeur de Mehldau (au même titre que Kenny Werner par ailleurs) possède un toucher remarquable et son piano se situe parmi les plus envoûtants à l'heure actuelle. La qualité de son toucher (cristallin et diffus) est indéniable. Signalons aussi, à toute fin utile, que cette année, c'est sans doute le quatrième ou cinquième album dans cette configuration à sortir du lot. Après le fameux Floodstage de John Hébert, le très délicat Stories d'Enrico Pieranunzi, l'oblique Root of Things de Matthew Shipp, auxquels se rajouteront le Liv de Stefen Orins et le très surprenant Double Windsor de Sylvie Courvoisier, l'opus de Fred Hersch se place parmi les grandes réussites du genre...

Aux côtés du pianiste on retrouve sa fidèle rythmique, à savoir John Hébert à la contrebasse et Eric McPherson à la batterie (1). Lors d'une première écoute, si j'avoue avoir été peu surpris (comme d'habitude, Hersch exprime parfaitement ses sentiments, d'une manière suave et poétique, mais certains climats confinent parfois à la sensiblerie, j'y reviendrai...), c'est seulement au fil d'écoutes répétées que l'on mesurera la qualité d'une oeuvre certes très agréable, mais dont il manque par moments la fraîcheur des enregistrements captés live. On écoutera Floating de préférence au crépuscule, à la tombée de la nuit, quand les lumières se seront éteintes. Car cette musique est foncièrement nocturne, très jazz dans son approche, très classique aussi, et son expression en dit long sur les étoiles, la quiétude, et un certain sentiment de flottement... Bien sur, Fred Hersch n'est pas Bill Evans mais son mérite est de continuer à explorer les méandres filandreux du piano jazz.

Dix thèmes composent cet opus. D'abord pas mal de compositions personnelles (le pianiste revient longuement à l'intérieur du livret sur les raisons qui l'ont poussé à écrire telle et telle pièce). Beaucoup de sympathie et d'affection pour sa mère à qui il dédicace un morceau, West Virginia Rose, d'autres à des amis musiciens, comme Kevin Hays (Autumn Haze). Deux standards ouvrent et clôturent cet enregistrement dont la durée est l"équivalent d'un set (You and the night and the Music et Let's Cool One de Thelonious Monk). Petit défaut, au niveau du mixage et du jeu aussi, John Hébert est à peine entendu. L'enregistrement donne ainsi le sentiment d'être extrêmement léché, voire beaucoup trop travaillé, au dépend donc d'un naturel que l'on retrouve essentiellement en live. N'oublions pas que Fred Hersch a commis deux albums "live" de toute beauté parus sur le même label : Le Alive at the Vanguard cité plus haut, et surtout Live At Village Vanguard (paru en 2003), lequel constitue de mon point de vue son plus bel album en trio. Cela dit, on (ré)écoutera avec beaucoup d'intérêt "Floating", pour peu que l'on souhaite du calme, et beaucoup de douceur... A la tombée de la nuit donc, comme pour apaiser les esprits chagrins et nostalgiques... Belle nuit à vous, chers lecteurs, chères lectrices...

________________________________________________________________________________________________________________________________

(1) On retrouvera John Hébert dans deux autres albums parus cette année et présentant la même configuration que celle-ci : Floodstage dont j'ai déjà parlé, on pourra même trouver sur le site ma chronique et enfin dans l'album de la pianiste Kris Davis aux côtés du batteur Tom Rainey (Waiting for You to Grow)


On Impulse! (Verve Originals Serie)
On Impulse! (Verve Originals Serie)
Prix : EUR 8,49

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 sonny rejoint le label de trane..., 21 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : On Impulse! (Verve Originals Serie) (CD)
A propos de l'oeuvre de Sonny Rollins sur le label Impulse!, on peut trouver quatre disques qui sont, c'est le moins que l'on puisse dire, restés assez énigmatiques pour l'amateur de jazz et de musiques improvisées. Pourquoi Rollins a-t-il décidé à cette époque (1965-1967) de rejoindre l'écurie de John Coltrane ? Ses albums précédents (s'étendant de 1962 à 1964) étaient parus sur le label RCA Victor essentiellement (que l'on songe à quelques perles comme The Bridge et surtout Our Man in Jazz, lequel reste, à mon avis, le disque le plus risqué et donc le plus enthousiasmant du Colosse...). Le label Impulse! voulait-il réunir les deux géants du saxophone ténor à un moment ou à un autre? Peu d'indication dans les notes de pochette signées par Bob Thiele pour cette réédition digipack. Toujours est-il que parmi les quatre albums que le Colosse signe pour son nouveau label (1), c'est sans doute celui pour lequel je suis le moins attaché, encore aujourd'hui. Pourtant toutes les conditions étaient réunies pour en faire une oeuvre de premier choix : qualité de l'enregistrement mettant en valeur la sonorité de Rollins (Everything Happens to Me), configuration du quartette acoustique (saxophone ténor, piano, contrebasse, batterie), répertoire alléchant (cinq standards composent cet opus au minutage économique - trente-quatre petites minutes... - )...

Bref, malgré les qualités de l'ensemble, j'ai toujours un peu de peine à y revenir (comme ce soir...) et à rentrer dans cet enregistrement. Pourquoi? Prenez la version de On Green Dolphin Street. Ici, en ouverture, elle m'apparaît toujours aussi peu originale et toujours aussi conventionnelle... Enfin, le trio qui accompagne le saxophoniste, s'il ne pèche pas par la platitude ni par la banalité, c'est son application formelle qui m'interdit d'être enthousiaste. Y manquent un peu de folie et de naturel, de mon point de vue s'entend... A l'époque de l'enregistrement de cet album (1965), Sonny Rollins était devenu avec John Coltrane le saxophoniste majeur du jazz contemporain... Quarante ans plus tard, le vétéran demeure une figure incontournable, (avec Wayne Shorter, Joe Lovano et bien d'autres encore... Le colosse, comme on l'appelle, c'est l'amour du Son. Et l'amour du ténor. Ce géant adore son instrument, cela se sent, cela se voit, et s'apprécie dès les premières mesures... Ainsi, malgré mes réserves, j'attribue un quatre étoiles (grand disque).

Enregistré en 1965, Sonny Rollins on Impulse! présente un enregistrement moins "bop" que les précédents opus du saxophoniste. Une certaine élasticité dans chaque pièce (On Green Dolphin Street, Everything Happens To Me), une recherche au niveau sonore, un sens de l'exploration (vraiment magnifique cette version de Everything Happens to Me....) qui ne lui était pas forcément coutumière de fait et une emphase au niveau du vibrato (notamment sur Blue Room). Cela est très maîtrisé. Hold 'Em Joe, la troisième pièce, renoue avec le style calypso du saxophoniste. Rythmes chaloupés, mélodie dansante, cette pièce est à cent mille lieux de l'aspect dramaturgique du John Coltrane de ces années-là. Le dernier morceau, Three Little Words, est tout simplement un morceau d'anthologie, monumental de par sa rapidité furieuse, ses vives contre-attaques et l'imagination débordante du colosse. Et puis il y a cette balade de toute beauté Everything Happens to Me, chef-d'oeuvre absolu. A ses côtés, pour cette première session de 1965 sur le label Impulse!, il retrouve le pianiste Ray Bryant qu'il avait croisé quelques années plus tôt pour la session Work Time ( le pianiste fut longtemps sous-estimé, ici il donne de superbes pulsations au groupe, notamment sur Blue Room), Walter Booker à la contrebasse et Mickey Roker à la batterie. Bref, un grand disque, à défaut d'être aussi passionnant que Saxophone Colossus, Way Out West, The Bridge, Our Man In Jazz ou encore East Broadway Run Down...

__________________________________________________________________________________________________________________________________

Sonny Rollins chez Impulse !, c'est Sonny Rollins on Impulse! mais aussi les trois albums suivants : Alfie (1966), There will Never Be Another You (1966) et surtout cette oeuvre colossale qu'est East Broadway Run Down (1966).


Improvised Méditations and
Improvised Méditations and
Prix : EUR 8,80

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 l'esthétique harmonique d'un trio au sommet..., 10 juillet 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Improvised Méditations and (CD)
Attention, perle rare ! Cette galette enregistrée en 1959 par le pianiste John Lewis est une pépite ! Une pépite? Que dis-je? Arf, c'est bien mieux que ça : vous avez là entre vos mains et pour le plaisir de vos papilles auditives un trésor, une merveille sans nom, une perle rare ! John Lewis (1920-2001), très peu l'ignorent ici : parmi tous ces immenses musiciens de la grande époque, il était sans conteste le pianiste de l'élégance, l'un de ces magnifiques musiciens de la côté est souvent associé à ce qu'on a longtemps appelé le "cool jazz", ce jazz issu de la côte ouest des Etats-Unis (Chet Baker, Gerry Mulligan, Art Pepper). Ce serait oublier que le pianiste avait gravé des pépites aux côtés de Charlie "Bird" Parker (les fameuses sessions chez Dial et Savoy au tournant des années 1947-1948). Mais c'est surtout son Modern Jazz Quartet dont se souviennent les amateurs (des galettes comme Lonely Woman ou Django furent de gros succès critiques et publics). Des commentateurs avisés ont également souligné l'importance d'albums comme Grand Encounter pour la firme Pacific Jazz ou encore The Wonderful World of Jazz (paru chez Atlantic). Improvised Meditations and Excursions est un titre parfaitement assumé (excursions et méditation improvisées) et tient une place privilégiée dans la vaste discographie de ce pianiste d'une finesse incomparable, finesse ne rimant jamais avec simplisme. Les accords du pianiste sont d'une complexité et d'une légèreté qui confinent à la beauté. Son amour pour la musique baroque et de la Renaissance se fait ressentir ici. Mais pas seulement, un thème comme Love Me par exemple évoquera un Ravel et la coda somptueuse de September Song un Bartok!

L'album que voici (1) donc a été produit par la firme Atlantic (laquelle avait produit à la même époque tous ces disques maintenant incontournables, qu'ils soient de John Coltrane, Ornette Coleman, Roland Kirk, Ray Charles ou encore Art Farmer). C'est surtout un condensé de l'art du pianiste dans la formule reine du jazz : le trio de piano, contrebasse, batterie. Et de mémoire de jazzeux, c'est l'un des plus beaux, voire l'un des plus grands enregistrements sortis à cette époque. De le réécouter en 2014, l'on se pince pour le croire : ce disque n'a pas pris une ride ! La qualité instrumentale, la qualité de l'enregistrement, la qualité du répertoire, tout en fait une borne dans l'histoire musicale du jazz. Et de se le passer en boucle, vous verrez, ne sera pas un moindre mal. De multiples richesses se dévoilent au fil des écoutes. Entouré d'un contrebassiste différent selon les plages (George Duvivier sur Now's The Time, Smoke Gets in Your Eyes, Delaunay's Dilemma, September Song, et Percy Heath sur Love Me, Yesterdays, How Long Has This Been Going On) et de Connie Kay à la batterie, John Lewis livre ici sept pièces aussi savoureuses les unes que les autres. La qualité des intervenants est à ce point exceptionnelle (et bravo à l'ingénieur du son, et surtout à ce travail de remastérisation de 2013, car l'édition précédente (Improvised meditations & excursions sortie en 2010) présentait quelques défauts majeurs de remastérisation (2) au dire de quelques audiophiles américains. Avec celle-ci, il n'en est rien, bien au contraire.

Le confort d'écoute est optimum. Comme le dit le commentateur précédent, oui, il s'agit bel et bien d'un chef-d'oeuvre. Ces pièces sont si rares ! On admirera l'homogénéité de l'ensemble, la cohérence, et surtout la cohésion d'un trio classique au delà de tout soupçon. Celui-ci pourra même nous faire penser à Ahmad Jamal (avec Vernell Fournier et Israel Crosby), notamment sur Now's the Time et Smoke Gets In Your Eyes (sens de l'épure, de l'économie, et sens de l'espace). Quand on écoute ce trio débouler sur ces sept thèmes, les surprises ne manquent pas, on est parfois pris de vertige, ou de tournis ! C'est à la fois léger et d'une beauté sans nom! Du nectar ! Le swing qui innerve chaque thème est palpable, loin de toute redite. Le trio de Lewis prend des hauteurs le tout naturellement du monde (écouter cette intro magnifique sur Love Me, composition du pianiste, et déjà un classique à l'époque). Ainsi, John Lewis variant les plaisirs, au détour d'un accélération rythmique (le très rapide Now's the Time), d'une rupture harmonique de toute beauté (September Song ou encore la coda de Smoke Gets In Your Eyes), parvient à multiplier les plaisirs audiophiles (ainsi le dernier thème se termine sur un duo de toute beauté entre George Duvivier et le pianiste). Extra ! Les intro en solo absolu (magnifique ce préambule sur Smoke) révèlent une science extraordinaires des harmonies. Le genre de galette triée sur le volet, pour vous, mes chers amis amazonautes. Cinq standards donc et deux compositions de John Lewis (Delaunay's Dilemma et Love Me). On admirera aussi la flamboyance de Connie Kay à la batterie. Son drive impitoyable, son jeu essentiellement sur les cymballes est un pur régal! Seul petit bémol, mais il n'est rien en comparaison avec le contenu : cette édition japonaise tirée à mille exemplaires tient dans un boitier en plastique avec une pochette illisible (au dos du boitier, il faut de gros bésicles ou une bonne loupe pour y lire le texte d'origine)...

________________________________________________________________________________________________________________________________________________

(1) Il s'agit là du premier opus de John Lewis pour le label Atlantic.

(2) Il est clair que les édition "Jazz Collectables" présentent de sérieux problèmes en termes de qualité sonore.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 13, 2014 4:14 AM MEST


Le seul moyen de vivre. Lettres.
Le seul moyen de vivre. Lettres.
par Clarice Lispector
Edition : Broché
Prix : EUR 8,15

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 le seul moyen de vivre? écrire..., 6 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le seul moyen de vivre. Lettres. (Broché)
Alors que la coupe du monde de football bat son plein et que, personnellement, je n'en ai rien à carrer, je vous propose, cher lecteur, chère lectrice, l'ouvrage d'une romancière brésilienne qui fut dans son pays une véritable icône. Clarice Lispector (L'Heure de l'étoile, Le Bâtisseur de ruines sont ses oeuvres les plus recommandées) est de ces écrivains qui vous hantent autant qu'ils sont hantés, nous confie-t-on en préambule de ce recueil de lettres. On la compare à Virginia Woolf, parfois à Marguerite Duras et même à Katherine Mansfield, la géniale nouvelliste néo-zélandaise (1)... Cet ouvrage est mon premier de la romancière brésilienne et je dois dire que j'y ai trouvé des moments savoureux et d'autres beaucoup plus anecdotiques... Egalement influencée par Carson McCullers (Le Coeur est un chasseur solitaire), Clarice s'entretient ici avec son fiancé, ses amis, puis avec l'un de ses deux fils. Au cours de quatre décennies riches en événements (des années 40 aux années 70), nous lisons des lettres plutôt personnelles mais dont la portée est universelle. Pudique et torturée, Clarice Lispector donne à lire un courrier intime, bourré d'intelligence et de sensibilité. Ce recueil, je ne suis pas sûr qu'il fut voulu par la romancière brésilienne. On peut trouver cela indécent... On y découvre surtout ses affres et incertitudes, ses recommandations, ses conseils aussi pour favoriser une qualité de vie. Mariée à un diplomate qu'elle va suivre durant quelques années jusqu'à son divorce au milieu des années 50, Clarice Lispector ne va pas tarder à dépérir loin de sa terre et des siens. La Suisse sera un repoussoir pour elle. Elle cueillera néanmoins ici et là d'éphémères moments de bonheur (Paris, Londres, Washington). Mais très vite, elle retournera dans ce pays qu'elle n'a jamais vraiment quitté : le Brésil.

L'aspect positif de l'ouvrage : une langue maîtrisée, sans fard, ni faux-semblant. Clarice Lispector dans un style alerte, précipité, et dépouillé par moments, se révèle une femme à part entière! Mieux, elle demeure avant tout une femme qui écrit! Sa critique des mondanités est superbe. Dans ses lettres, elle parle peu de son travail, ou de ses ouvrages. Dommage! Mais chez elle, écrire est un acte compulsif : "J'écris, confiera-t-elle, parce que je suis une désespérée, que je suis fatiguée, que je ne supporte plus la mutine que je suis pour moi-même. S'il n'y avait pas cette nouveauté toujours neuve qu'est l'écriture, je mourrais symboliquement chaque jour." Par ailleurs, elle ajoutait, presque effrayée : "Même la littérature ne me préserve pas. Je me sens désemparée. J'ai un tel besoin de protection. L'acte créateur est une douleur. Il faut un courage fou, effarant." D'où son besoin de s'entourer toujours, autant que faire se peut, de gens solides (ce seront des gens simples, fidèles à la romancière, n'ayant pas autant de questions existentielles dans leur vie, ou passant outre....). Etrange paradoxe.

Alors bien sûr, l'on découvrira de très belles lettres, comme celle adressée à Tania Kaufmann (2) le 06 janvier 1946 (page 110 et suivantes), autant de lettres révélant un être hyper sensible, un être fragile qui peut subir de vagues perturbations après ce qui pourrait paraître comme un événement insignifiant... Ce caractère à fleur de peau est prégnant au fil des pages. Un être sensible donc en proie à des luttes intérieures obsessionnelles et que seule l'écriture peut aider à évacuer. Torturée? L'incapacité qu'elle a parfois à maîtrises ses émotions, du moins, quand elle y parvient en public c'est plus difficile quand elle se retrouve seule dans le confinement de sa maison ou de sa chambre nous révèle un être dont le mal-être et la lucidité coexistent. Déjà si jeune (au début des années 40, elle avait à peine trente ans), sans tout comprendre, l'on ressent en elle ce qu'elle appelle "la nostalgie de soi", c'est significatif... Significatif d'une hyper sensibilité donc, d'une profondeur aussi, mais également d'une certaine forme d'humour dont elle joue et se joue. On y découvrira aussi une femme ne se prenant pas toujours au sérieux et faisant fi de ses tourments. Assez féministe au fond, alerte et compatissante à l'égard des femmes qu'elle croise, ces "femmes à l'air terne qui se cloîtrent chez elles et accomplissent leurs devoirs, en mettant au monde une douzaine d'enfants par an"... (sic), elle n'aura de cesse de militer à sa façon contre les mauvaises conditions de vie des femmes. Le quotidien est ainsi parfois truffé d'anecdotes plus ou moins dignes d'intérêt. On admirera surtout l'humanité profonde de cet auteur pas comme les autres. Au fil des pages, se dévoile une femme au tempérament vif et bien trempé. Mais fragile malgré tout. Certaines conditions humaines sont parfois difficiles à supporter. L'écriture et la lecture resteront pour elle (et on la comprend) un merveilleux exutoire. Pour âmes sensibles.

__________________________________________________________________________________________________________________________________________

(1) On ne manquera pas de lire La Garden-Party et autres nouvelles de Katherine Mansfield.

(2) Extrait : " Respecte-toi plus que tu ne respectes les autres, respecte tes exigences, respecte même ce qu'il y a de mauvais en toi. Respecte surtout ce que tu imagines de mauvais en toi. Pour l'amour de Dieu, ne cherche pas à faire de toi une personne parfaite. Ne copie pas une personne idéale, copie-toi toi-même. C'est le seul moyen de vivre. [...] Je jure par Dieu que s'il y avait un ciel, toute personne qui se sera sacrifiée par lâcheté sera punie et ira dans un enfer quelconque. A supposer qu'une vie fade ne soit pas punie par cette fadeur même. Prends pour toi ce qui t'appartient, et ce qui t'appartient c'est tout ce que ta vie exige; ça semble une morale amorale. Mais ce qui est véritablement amoral c'est d'avoir démissionné de soi."


Page : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11-20