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oiseau de nuit (Quelque part dans le Sud Ouest...)
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On Impulse! (Verve Originals Serie)
On Impulse! (Verve Originals Serie)
Prix : EUR 8,49

4.0 étoiles sur 5 sonny rejoint le label de trane..., 21 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : On Impulse! (Verve Originals Serie) (CD)
A propos de l'oeuvre de Sonny Rollins sur le label Impulse!, on peut trouver quatre disques qui sont, c'est le moins que l'on puisse dire, restés assez énigmatiques pour l'amateur de jazz et de musiques improvisées. Pourquoi Rollins a-t-il décidé à cette époque (1965-1967) de rejoindre l'écurie de John Coltrane ? Ses albums précédents (s'étendant de 1962 à 1964) étaient parus sur le label RCA Victor essentiellement (que l'on songe à quelques perles comme The Bridge et surtout Our Man in Jazz, lequel reste, à mon avis, le disque le plus risqué et donc le plus enthousiasmant du Colosse...). Le label Impulse! voulait-il réunir les deux géants du saxophone ténor à un moment ou à un autre? Peu d'indication dans les notes de pochette signées par Bob Thiele dans cette réédition digipack. Toujours est-il que parmi les quatre albums que le Colosse signe pour son nouveau label (1), c'est sans doute celui pour lequel je suis le moins attaché, encore aujourd'hui. Pourtant toutes les conditions étaient réunies pour en faire une oeuvre de premier choix : qualité de l'enregistrement mettant en valeur la sonorité de Rollins (Everything Happens to Me), configuration du quartette acoustique (saxophone ténor, piano, contrebasse, batterie), répertoire alléchant (cinq standards composent cet opus au minutage économique - trente-quatre petites minutes... - )...

Bref, malgré les qualités de l'ensemble, j'ai toujours un peu de peine à y revenir (comme ce soir...) et à rentrer dans cet enregistrement. Pourquoi? Prenez la version de On Green Dolphin Street. Ici, en ouverture, elle m'apparaît toujours aussi peu originale et toujours aussi conventionnelle... Enfin, le trio qui accompagne le saxophoniste, s'il ne pèche pas par la platitude ni par la banalité, c'est son application formelle qui m'interdit d'être enthousiasme. Y manque un peu de folie et de naturel, de mon point de vue s'entend... A l'époque de l'enregistrement de cet album (1965), Sonny Rollins était devenu avec John Coltrane le saxophoniste majeur du jazz contemporain... Quarante ans plus tard, le vétéran demeure une figure incontournable, (avec Wayne Shorter, Joe Lovano et bien d'autres encore... Le colosse, comme on l'appelle, c'est l'amour du Son. Et l'amour du ténor. Ce géant adore son instrument, cela se sent, cela se voit, et s'apprécie dès les premières mesures... Ainsi, malgré mes réserves, j'attribue un quatre étoiles (grand disque).

Enregistré en 1965, Sonny Rollins on Impulse! présente un enregistrement moins "bop" que les précédents opus du saxophoniste. Une certaine élasticité dans chaque pièce (On Green Dolphin Street, Everything Happens To Me), une recherche au niveau sonore, un sens de l'exploration (vraiment magnifique cette version de Everything Happens to Me....) qui ne lui était pas forcément coutumière de fait et une emphase au niveau du vibrato (notamment sur Blue Room). Cela est très maîtrisé. Hold 'Em Joe, la troisième pièce, renoue avec le style calypso du saxophoniste. Rythmes chaloupés, mélodie dansante, cette pièce est à cent mille lieux de l'aspect dramaturgique du John Coltrane de ces années-là. Le dernier morceau, Three Little Words, est tout simplement un morceau d'anthologie, monumental de par sa rapidité furieuse, ses vives contre-attaques et l'imagination débordante du colosse. Et puis il y a cette balade de toute beauté Everything Happens to Me, chef-d'oeuvre absolu. A ses côtés, pour cette première session de 1965 sur le label Impulse!, il retrouve le pianiste Ray Bryant qu'il avait croisé quelques années plus tôt pour la session Work Time ( le pianiste fut longtemps sous-estimé, ici il donne de superbes pulsations au groupe, notamment sur Blue Room), Walter Booker à la contrebasse et Mickey Roker à la batterie. Bref, un grand disque, à défaut d'être aussi passionnant que Saxophone Colossus, Way Out West, The Bridge, Our Man In Jazz ou encore East Broadway Run Down...

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Sonny Rollins chez Impulse !, c'est Sonny Rollins on Impulse! mais aussi les trois albums suivants : Alfie (1966), There will Never Be Another You (1966) et surtout cette oeuvre colossale qu'est East Broadway Run Down (1966).


Improvised Méditations and
Improvised Méditations and
Prix : EUR 11,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 l'esthétique harmonique d'un trio au sommet..., 10 juillet 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Improvised Méditations and (CD)
Attention, perle rare ! Cette galette enregistrée en 1959 par le pianiste John Lewis est une pépite ! Une pépite? Que dis-je? Arf, c'est bien mieux que ça : vous avez là entre vos mains et pour le plaisir de vos papilles auditives un trésor, une merveille sans nom, une perle rare ! John Lewis (1920-2001), très peu l'ignorent ici : parmi tous ces immenses musiciens de la grande époque, il était sans conteste le pianiste de l'élégance, l'un de ces magnifiques musiciens de la côté est souvent associé à ce qu'on a longtemps appelé le "cool jazz", ce jazz issu de la côte ouest des Etats-Unis (Chet Baker, Gerry Mulligan, Art Pepper). Ce serait oublier que le pianiste avait gravé des pépites aux côtés de Charlie "Bird" Parker (les fameuses sessions chez Dial et Savoy au tournant des années 1947-1948). Mais c'est surtout son Modern Jazz Quartet dont se souviennent les amateurs (des galettes comme Lonely Woman ou Django furent de gros succès critiques et publics). Des commentateurs avisés ont également souligné l'importance d'albums comme Grand Encounter pour la firme Pacific Jazz ou encore The Wonderful World of Jazz (paru chez Atlantic). Improvised Meditations and Excursions est un titre parfaitement assumé (excursions et méditation improvisées) et tient une place privilégiée dans la vaste discographie de ce pianiste d'une finesse incomparable, finesse ne rimant jamais avec simplisme. Les accords du pianiste sont d'une complexité et d'une légèreté qui confinent à la beauté. Son amour pour la musique baroque et de la Renaissance se fait ressentir ici. Mais pas seulement, un thème comme Love Me par exemple évoquera un Ravel et la coda somptueuse de September Song un Bartok!

L'album que voici (1) donc a été produit par la firme Atlantic (laquelle avait produit à la même époque tous ces disques maintenant incontournables, qu'ils soient de John Coltrane, Ornette Coleman, Roland Kirk, Ray Charles ou encore Art Farmer). C'est surtout un condensé de l'art du pianiste dans la formule reine du jazz : le trio de piano, contrebasse, batterie. Et de mémoire de jazzeux, c'est l'un des plus beaux, voire l'un des plus grands enregistrements sortis à cette époque. De le réécouter en 2014, l'on se pince pour le croire : ce disque n'a pas pris une ride ! La qualité instrumentale, la qualité de l'enregistrement, la qualité du répertoire, tout en fait une borne dans l'histoire musicale du jazz. Et de se le passer en boucle, vous verrez, ne sera pas un moindre mal. De multiples richesses se dévoilent au fil des écoutes. Entouré d'un contrebassiste différent selon les plages (George Duvivier sur Now's The Time, Smoke Gets in Your Eyes, Delaunay's Dilemma, September Song, et Percy Heath sur Love Me, Yesterdays, How Long Has This Been Going On) et de Connie Kay à la batterie, John Lewis livre ici sept pièces aussi savoureuses les unes que les autres. La qualité des intervenants est à ce point exceptionnelle (et bravo à l'ingénieur du son, et surtout à ce travail de remastérisation de 2013, car l'édition précédente (Improvised meditations & excursions sortie en 2010) présentait quelques défauts majeurs de remastérisation (2) au dire de quelques audiophiles américains. Avec celle-ci, il n'en est rien, bien au contraire.

Le confort d'écoute est optimum. Comme le dit le commentateur précédent, oui, il s'agit bel et bien d'un chef-d'oeuvre. Ces pièces sont si rares ! On admirera l'homogénéité de l'ensemble, la cohérence, et surtout la cohésion d'un trio classique au delà de tout soupçon. Celui-ci pourra même nous faire penser à Ahmad Jamal (avec Vernell Fournier et Israel Crosby), notamment sur Now's the Time et Smoke Gets In Your Eyes (sens de l'épure, de l'économie, et sens de l'espace). Quand on écoute ce trio débouler sur ces sept thèmes, les surprises ne manquent pas, on est parfois pris de vertige, ou de tournis ! C'est à la fois léger et d'une beauté sans nom! Du nectar ! Le swing qui innerve chaque thème est palpable, loin de toute redite. Le trio de Lewis prend des hauteurs le tout naturellement du monde (écouter cette intro magnifique sur Love Me, composition du pianiste, et déjà un classique à l'époque). Ainsi, John Lewis variant les plaisirs, au détour d'un accélération rythmique (le très rapide Now's the Time), d'une rupture harmonique de toute beauté (September Song ou encore la coda de Smoke Gets In Your Eyes), parvient à multiplier les plaisirs audiophiles (ainsi le dernier thème se termine sur un duo de toute beauté entre George Duvivier et le pianiste). Extra ! Les intro en solo absolu (magnifique ce préambule sur Smoke) révèlent une science extraordinaires des harmonies. Le genre de galette triée sur le volet, pour vous, mes chers amis amazonautes. Cinq standards donc et deux compositions de John Lewis (Delaunay's Dilemma et Love Me). On admirera aussi la flamboyance de Connie Kay à la batterie. Son drive impitoyable, son jeu essentiellement sur les cymballes est un pur régal! Seul petit bémol, mais il n'est rien en comparaison avec le contenu : cette édition japonaise tirée à mille exemplaires tient dans un boitier en plastique avec une pochette illisible (au dos du boitier, il faut un loupe pour y lire le texte d'origine)...

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(1) Il s'agit là du premier opus de John Lewis pour le label Atlantic.

(2) Il est clair que les édition Jazz Collectables présentent de sérieux soucis en termes d'enregistrement. A éviter donc.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 13, 2014 4:14 AM MEST


Le seul moyen de vivre. Lettres.
Le seul moyen de vivre. Lettres.
par Clarice Lispector
Edition : Broché
Prix : EUR 8,15

3.0 étoiles sur 5 le seul moyen de vivre? écrire..., 6 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le seul moyen de vivre. Lettres. (Broché)
Alors que la coupe du monde de football bat son plein et que, personnellement, je n'en ai rien à carrer, je vous propose, chers lecteurs, l'ouvrage d'une romancière brésilienne qui fut dans son pays une véritable icône. Clarice Lispector (L'Heure de l'étoile, Le Bâtisseur de ruines sont ses oeuvres les plus recommandées) est de ces écrivains qui vous hantent autant qu'ils sont hantés, nous confie-t-on en préambule de ce recueil de lettres. On la compare à Virginia Woolf, parfois à Marguerite Duras et même à Katherine Mansfield, la géniale nouvelliste néo-zélandaise (1)... Cet ouvrage est mon premier de la romancière brésilienne et je dois dire que j'y ai trouvé des moments savoureux et d'autres beaucoup plus anecdotiques... Egalement influencée par Carson McCullers (Le Coeur est un chasseur solitaire), Clarice s'entretient ici avec son fiancé, ses amis, puis avec l'un de ses deux fils. Au cours de quatre décennies riches en événements (des années 40 aux années 70), nous lisons des lettres plutôt personnelles mais dont la portée est universelle. Pudique et torturée, Clarice Lispector donne à lire un courrier intime, bourré d'intelligence et de sensibilité. Ce recueil, je ne suis pas sûr qu'il fut voulu par la romancière brésilienne. On peut trouver cela indécent... On y découvre surtout ses affres et incertitudes, ses recommandations, ses conseils aussi pour favoriser une qualité de vie. Mariée à un diplomate qu'elle va suivre durant quelques années jusqu'à son divorce au milieu des années 50, Clarice Lispector ne va pas tarder à dépérir loin de sa terre et des siens. La Suisse sera un repoussoir pour elle. Elle cueillera néanmoins ici et là d'éphémères moments de bonheur (Paris, Londres, Washington). Mais très vite, elle retournera dans ce pays qu'elle n'a jamais vraiment quitté.

L'aspect positif de l'ouvrage : une langue maîtrisée, sans fard, ni faux-semblant. Clarice Lispector dans un style alerte, précipité, et dépouillé par moments, se révèle une femme à part entière! Mieux, elle demeure avant tout une femme qui écrit! Sa critique des mondanités est superbe. Dans ses lettres, elle parle peu de son travail, ou de ses ouvrages. Dommage! Mais chez elle, écrire est un acte compulsif : "J'écris, confiera-t-elle, parce que je suis une désespérée, que je suis fatiguée, que je ne supporte plus la mutine que je suis pour moi-même. S'il n'y avait pas cette nouveauté toujours neuve qu'est l'écriture, je mourrais symboliquement chaque jour." Par ailleurs, elle ajoutait, presque effrayée : "Même la littérature ne me préserve pas. Je me sens désemparée. J'ai un tel besoin de protection. L'acte créateur est une douleur. Il faut un courage fou, effarant." D'où son besoin de s'entourer toujours, autant que faire se peut, de gens solides (ce seront des gens simples, fidèles à la romancière, n'ayant pas autant de questions existentielles dans leur vie, ou passant outre....). Etrange paradoxe.

Alors bien sûr, l'on découvrira de très belles lettres, comme celle adressée à Tania Kaufmann (2) le 06 janvier 1946 (page 110 et suivantes), autant de lettres révélant un être hyper sensible, un être fragile qui peut subir de vagues perturbations après ce qui pourrait paraître comme un événement insignifiant... Ce caractère à fleur de peau est prégnant au fil des pages. Un être sensible donc en proie à des luttes intérieures obsessionnelles et que seule l'écriture peut aider à évacuer. Torturée? L'incapacité qu'elle a parfois à maîtrises ses émotions, du moins, quand elle y parvient en public c'est plus difficile quand elle se retrouve seule dans le confinement de sa maison ou de sa chambre nous révèle un être dont le mal-être et la lucidité coexistent. Déjà si jeune (au début des années 40, elle avait à peine trente ans), sans tout comprendre, l'on ressent en elle ce qu'elle appelle "la nostalgie de soi", c'est significatif... Significatif d'une hyper sensibilité donc, d'une profondeur aussi, mais également d'une certaine forme humour dont elle joue et se joue. On y découvrira aussi une femme ne se prenant pas toujours au sérieux et faisant fi de ses tourments. Assez féministe au fond, alerte et compatissante à l'égard des femmes qu'elle croise, ces "femmes à l'air terne qui se cloîtrent chez elles et accomplissent leurs devoirs, en mettant au monde une douzaine d'enfants par an"... (sic), elle n'aura de cesse de militer à sa façon contre les mauvaises conditions de vie des femmes. Le quotidien est ainsi parfois truffé d'anecdotes plus ou moins dignes d'intérêt. On admirera surtout l'humanité profonde de cette auteure pas comme les autres. Au fil des pages, se dévoile une femme au tempérament vif et bien trempé. Mais fragile malgré tout. Certaines conditions humaines sont parfois difficiles à supporter. L'écriture et la lecture resteront pour elle (et on la comprend) un merveilleux exutoire. Pour âmes sensibles.

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(1) On ne manquera pas de lire La Garden-Party et autres nouvelles de Katherine Mansfield.

(2) Extrait : " Respecte-toi plus que tu ne respectes les autres, respecte tes exigences, respecte même ce qu'il y a de mauvais en toi. Respecte surtout ce que tu imagines de mauvais en toi. Pour l'amour de Dieu, ne cherche pas à faire de toi une personne parfaite. Ne copie pas une personne idéale, copie-toi toi-même. C'est le seul moyen de vivre. [...] Je jure par Dieu que s'il y avait un ciel, toute personne qui se sera sacrifiée par lâcheté sera punie et ira dans un enfer quelconque. A supposer qu'une vie fade ne soit pas punie par cette fadeur même. Prends pour toi ce qui t'appartient, et ce qui t'appartient c'est tout ce que ta vie exige; ça semble une morale amorale. Mais ce qui est véritablement amoral c'est d'avoir démissionné de soi."


Us Three [Ltd.Reissue]
Us Three [Ltd.Reissue]
Prix : EUR 25,08

4.0 étoiles sur 5 l'art du trio selon horace parlan..., 4 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Us Three [Ltd.Reissue] (CD)
De temps à autre, il est nécessaire de ressortir ces bonnes vieilles galettes parues chez Blue Note dans les années 60, surtout à l'heure de l'apéro, quand bien même le soleil se serait éclipsé... Us Three fut mon premier rendez-vous avec le pianiste Horace Parlan il y a une vingtaine d'années (1) quand je préférais fureter chez les disquaires plutôt que de m'asseoir sur les bancs de la fac... La collection Connoisseur series était un vivier, un puits de découverte sans précédent. Des albums de Wayne Shorter (Etcetera), de Booker Ervin (The In Between) ou encore de Clifford Jordan (Cliff Craft) firent mes délices. Cette galette sortie en 1960 pour le compte du label d'Alfred Lion et Francis Wolf fut pour le pianiste l'occasion de se faire davantage connaître, lui qui était souvent cantonné au rôle d'accompagnateur (il débute en 1957 aux côtés du contrebassiste Charles Mingus). Entouré pour cette session studio de George Tucker à la contrebasse et Al Harewood à la batterie, l'une des rythmiques les plus soudées de l'époque (que l'on réécoute par exemple cette petite perle, Doin' Allright du saxophoniste Dexter Gordon - Horace Parlan et Freddie Hubbard participaient alors à cet enregistrement Blue Note), le pianiste donne à entendre un classique archi bien rôdé. Ici, rien de révolutionnaire certes, mais dans l'art du trio de piano jazz, c'est un disque gorgé de swing, que ce soit sur up-tempo ou sur quelques balades. Horace Parlan, par son style incomparable régalera les amateurs d'un jazz de qualité (même si le pianiste était limité à la main droite pour avoir contracté tout jeune la polio). Comme vous l'entendrez, son jeu reposera essentiellement sur une main gauche puissante, jouant beaucoup sur les effets d'ostinatos.

Dans l'art du trio de piano, contrebasse, batterie, c'est certainement l'un des disques majeurs de l'époque, au même titre que toutes ces galettes de Barry Harris, Sonny Clark ou encore Wynton Kelly. On admirera également le jeu de Tucker, sa walking bass et surtout sa façon de pincer les cordes, un peu comme Jimmy Blanton et Ray Brown. Une présence indéfectible. D'écouter ses accélérations est toujours un plaisir. Sonorités boisées et veloutées, puissance dans les attaques, la contrebasse de George Tucker est un plaisir pour audiophiles. Avec Al Harewood (dont le jeu aux balais est un pur ravissement), Tucker était vraiment au sommet. Le soutien de la rythmique, sa qualité, son sens du tempo, sont autant de points d'ancrage pour le pianiste. A ce propos, la présence de Tucker est si belle ici, si puissante, que l'on pourrait croire davantage à un disque du contrebassiste que du pianiste. Enfin, peu importe. C'est aussi, la tentative (réussie) d'une recherche esthétique à trois. La sincérité de l'ouvrage, malgré ici et là, quelques clichés propres au style hard-bop, me fait dire que l'on tient une petite perle du jazz.

Le répertoire, quant à lui, est essentiellement constitué de standards (I Want to be Loved, Come Rain or Come Shine, The Lady Is A Tramp, Walkin') et de quelques compositions du pianiste (Us Three, Wadin', Return Engagement). Au total, sept pièces formant un bloc homogène. Une cohérence de toute beauté, teinté de swing, donc, mais de blues egalement (la version de The Lady is a Tramp est à ce titre significatif). Le genre de galette sans prise de tête, d'une saveur exquise, pour ne pas dire exemplaire. Le jeu de Horace Parlan est puissant, très roots, et derrière cette enveloppe musicale, on devine un vrai plaisir de jouer. Les lignes mélodiques sont claires, chaque thématique bien identifiable (le thème d'ouverture, Us Three). L'espace accordé aux solistes est extrêmement judicieux ici. C'est bien entendu un disque Blue Note et l'amateur reconnaîtra immédiatement la palette sonore du label (netteté de chaque instrument, l'aspect classique de l'enregistrement, le swing omniprésent...). Et même si comparé à d'autres disques du pianiste (Up And Down par exemple), celui-ci apparaît mineur, c'est malgré tout ce que l'on pourra en dire une musique qui fait admettre, sous le soleil des consonances évidentes du blues et du swing, les plus audacieuses dynamiques de jeu (Return Engagement), rappelant ici et là l'influence d'Ahmad Jamal et même de Bobby Timmons (sens de l'espace et de l'ellipse, triolets....).

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(1) Né en janvier 1931, Horace Parlan est toujours vivant à ce jour. Sa discographie est assez prolifique (on compte huit disques en leadeur chez Blue Note). On se souviendra aussi de ses albums parus chez Steeple Chase dans les années 70, notamment Trouble In Mind et Goin'Home, deux enregistrements en duo avec le saxophoniste Archie Shepp...


Anacapa
Anacapa
Prix : EUR 21,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 sentiments mitigés..., 3 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Anacapa (CD)
Comme beaucoup, j'ai découvert David Binney (1) il y a une dizaine d'années. Et Bastion of Sanity (paru chez Criss Cross en 2004) avait été un sacré coup de coeur... L'oeuvre colossale de ce saxophoniste californien présente une qualité d'écriture indéniable ainsi qu'un jeu à nul autre pareil. Sa technique n'est plus à démontrer. Dans le jazz contemporain, David Binney est une valeur sûre. Depuis Bastion of Sanity, ses disques essentiellement enregistrés en studio ne se ressemblent quasiment pas. Son goût pour le renouvellement et le dépassement en font un musicien singulier à plus d'un titre. Aliso, dans la lignée de Bastion of Sanity, s'inscrivait dans un jazz très efficace, très roots dans son approche (les quelques compositions de Wayne Shorter et John Coltrane le rappelaient sans équivoque). Third Occasion (publié chez Mythology records) sera plus axé sur des compositions obliques et des arrangements tirés au cordeau. Et justement, voilà, de mon point de vue, la dernière grande réussite du saxophoniste se situe là, avec Third Occasion... Depuis 2009, j'ai le sentiment (sauf exception) que le saxophoniste a perdu de sa superbe et que s'il essaie de se renouveler, son inspiration ne me paraît pas toujours au rendez-vous.. Les nouvelles formes instrumentales qu'il s'est choisies pour son collectif sont pour le moins torpillées par une limite en termes d'écriture... Ses trois derniers opus parus chez Criss Cross dont celui-ci en témoignent directement. Ils sont bien sûr intéressants, mais pas assez mordants, pas assez piquants et surtout beaucoup trop consensuels.

Par ailleurs, l'ajout de voix (choeurs, chants, onomatopées) semble, comme chez Steve Coleman dans ses derniers disques ou, à l'instar de Wayne Shorter dans Native Dancer, une des caractéristiques de ses derniers enregistrements, une de ses idées constantes, mais franchement, les résultats ne sont pas toujours à la hauteur... Au contraire, ils donnent le sentiment de nous perdre dans une mélasse ésotérique qui gâche un peu la fête... Anacapa sorti en mai 2014 ne déroge pas à cette tendance donc, à ce virage pris par Binney depuis Graylen Epicenter (on pourra toujours lire mon commentaire sur ce dernier...). Si l'album lorgne davantage vers un jazz rock de bon aloi, ce n'est pas pour me déplaire, bien au contraire : les lignes mélodiques sont parfois de toute beauté et les idées rythmiques sont souvent enthousiasmantes. Le sax alto de Binney est toujours aussi acéré, précis et techniquement, c'est irréprochable. Ainsi, dès l'ouverture, une ambiance très urbaine accroche les esgourdes. On se dit que la suite va être aussi surprenante. Hélas, le meilleur (Heart Shaped Mind) côtoie le pire (Waiting for The Blast), avec ces ajouts de synthétiseurs, ces nappes nauséabondes, ces sonorités années 80.... Ou quand le premier exemple représente ce que Binney sait faire de mieux : déployer de magnifiques couleurs; improvisation au sommet; lignes à la fois claires et obliques pour un résultat enthousiasmant et le deuxième, une version boursoufflée et insipide, pour ne pas dire peu inspirée.

Au final, un album sympa mais plutôt anecdotique, qui nous fait regretter le Binney d'il y a quelques années. Aucun thème pour vraiment en rattraper un autre. Et quand l'album se clôt par She Hates, Outro, l'on se dit que c'est bien dommage. Les musiciens qui l'accompagnent dans ce projet ont beau être talentueux (on les connaît tous, que ce soit Wayne Krantz et Adam Rogers à la guitare, Dan Weiss à la batterie, John Escreet au piano et fender), le résultat est là : mi-figue, mi-raisin. Encore une fois, la confusion en termes de projets artistique est à ce point étonnant venant de la part d'un artiste aussi important que Binney. Dans le même genre, et à leur manière, avec des degrés divers de réussite, Brad Mehldau s'y est essayé tout récemment (si vous avez aimé Mehliana:Taming the Dragon, vous aimerez sans doute Anacapa....). Dave Holland dans un tout autre registre (quelques interventions de Wayne Krantz, notamment sur Imagination Sets us Free me fait parfois penser à Prism avec Kevin Eubanks, mais sans toutefois s'en approcher en termes d'inspiration...). De toute façon, il n'y a pas de comparaison à faire, mais disons que cette tendance à faire dans la transversalité (punk, rock, variété, jazz) laisse parfois des sentiments mitigés... Ici, le projet (je le répète, histoire d'enfoncer le clou) est complètement torpillé par les voix (le final de Imagination sets us Free) et une limite claire en terme d'écriture. Ou alors, je suis passé à côté, ce qui est fort possible...

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(1) Son album South enregistré aux côtés de Chris Potter et Brian Blade était sorti en 2000 et avait fait l'effet d'une bombe! Succès à la fois critique et publique bien mérité.


Dna: Duo With William Parker
Dna: Duo With William Parker
Prix : EUR 12,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 ou l'art d'atomiser la note bleue..., 22 juin 2014
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Dna: Duo With William Parker (CD)
Quand il publie ce disque en 1999 pour le label Thirsty Ear, Matthew Shipp n'a pas quarante ans. Et à cette époque, faut bien le dire, le pianiste continuait à se poser comme l'antithèse absolue de l'école Marsalis. Évitant tout sens mélodique, caracolant contre le swing, et éludant autant de lignes thématiques bien identifiables si chères aux néoboppers, le pianiste le plus iconoclaste depuis Cecil Taylor possédait aussi ses détracteurs. Fin des années 90, deux pianistes semblaient dominer leur instrument (on ne parlait presque que de Keith Jarrett et de Brad Mehldau). Les autres étaient soit en marge (Shipp, Waldron, Burrell) soit des suiveurs (les jeunes loups comme Stephen Scott, Jacky Terrasson, Marcus Roberts et j'en passe ou encore des pianistes bien trop timides, ou si peu charismatiques pour trouver un plus large public : que l'on songe par exemple à l’extraordinaire Bill Carrothers). D'autres encore étaient bien trop ancrés dans cette tradition teintée de blues et de gospel (Tommy Flanagan, Hank Jones, Kenny Barron, John Hicks, Mulgrew Miller). Shipp rentrait dans la catégorie des hors-catégories... Piano percussif, boulets de canon sous les doigts du pianiste, frappes chirurgicales, réitérations de lignes bien senties, un peu à la manière de Mal Waldron... On aime ou on n'aime pas. Mais au delà des opinions et des goûts, force est de reconnaître une singularité propre au pianiste : un jeu différencié, un sens de l’improvisation hors pair, dans la lignée de Monk, Waldron ou Taylor. Mais Shipp ne plagie pas. Il joue avec sincérité ce qu'il entend dans sa tête. La prise de risque qui en résulte dans son jeu donne toute la mesure de son talent et du caractère peu confortable de sa démarche. Jamais Shipp ne fera dans la redite ou je ne sais quoi encore. Et cet album en duo avec son mentor, le contrebassiste William Parker, en témoigne admirablement.

Trente-deuxième album dans lequel il enregistre (en leadeur ou co-leadeur), DNA (ADN en français) est un petit bijou du jazz avant-garde. Cette session studio comporte huit pièces dont cinq sont totalement improvisées . Cinq pistes improvisées prises en sandwich par deux morceaux traditionnels, « When Johnny Comes Marching Home » et « Amazing Grace », un gospel que les aficionados connaissent fort bien. D’ailleurs, je serais presque tenté de vous conseiller d'abord l’écoute de cette pièce, car l’interprétation donne la pleine mesure du jeu direct et sans concession du pianiste. L’effet est à ce point magnifique. William Parker, maître de l'archet, triture le bois de sa contrebasse, le caresse, distend les cordes, dans des croquis et des esquisses picturales de toute beauté. Impression qui revient sur le thème d’ouverture, tonitruant et puissant en diable ! Lors d’une première écoute, force est donc de reconnaître que la musicalité n’est pas toujours évidente, mais les amateurs de Cecil Taylor et d’Andrew Hill comprendront que le jeu oblique des musiciens, les non-dits, l’espace, les raclures, les ratures font partie de cette science toute particulière, de ces échanges ombrageux (Cell Sequence, en notes suspendues, de milles résonances, que même un Duke Ellington, aussi paradoxal que cela puisse paraître, n'aurait pas renié)... Aussi, un temps de latence est souvent nécessaire entre deux écoutes, pour s'approprier une oeuvre pareille. Les oreilles découvriront alors avec ravissement qu'il y a là une cohérence, une logique interne, la pierre angulaire loin de tout artifice et clichés.

Sur les cinq pièces improvisées, Shipp se révèle agile sans être anxieux, subtil aussi, avec un sens du contraste des plus enthousiasmants, faisant preuve d’une autorité jamais démentie au piano, ponctuant du plus bel effet certaines idées nées de son subconscient (écouter la coda de Cell Sequence à partir du minutage 5'00)... Les pizzicato de Parker sont agiles et son jeu à l’archet pénètre tous les espaces appropriés. Son placement est délibéré et par moments, c’est presque de façon inconsciente qu’il donne des idées qui auront de quoi faire rebondir Shipp (notamment sur le merveilleux Genetic Alphabet). La musique est à la fois belle et effrayante (Cell Sequence, l'intro de Genetic Alphabet), sombre et lumineuse, soudaine et délibérée, les musiciens faisant preuve de responsabilité dans leur jeu en tout temps. Si cet album est un argument difficile dans l'art du duo de piano contrebasse, c'est parce qu'il est tout sauf conventionnel, tout sauf facile. Je dirais même qu'il possède un aspect baroque non négligeable (Genetic Alphabet). Pas le disque du siècle, mais un disque vers lequel je reviens régulièrement avec toujours plus de plaisir. Une borne malgré tout ce que l'on peut en dire. S’il est aussi une déclaration d’amour, c'est parce que du point de vue sonore, c'est brillant et d'une éloquence incomparable. Incorporant les couleurs de l'école classique française à son jeu de piano (on y entend du Fauré et même du Debussy dans Genetic Alphabet par exemple), Matthew Shipp reprend, a sa façon, l'idée du Troisième Courant (Third Stream): dans une version bostonienne et "noire", pour reprendre l'expression de Philippe Robert, avec cette avalanche de clusters tayloriens propres à atomiser la "note bleue". "Heurté, son jeu percussif se révèle entêtant et entêté mais n'en oublie pas pour autant les accents au pointillisme impressionniste. En duo avec William Parker, Shipp ne cesse d'explorer les marges de l'improvisation, générant une tension quasi-physique de l'écoute". L'idée de reprendre deux "traditionnels" qui ouvrent et ferment ce disque est en outre une excellente idée. Une oeuvre forte, musquée et marquée par une masse sonore rare et époustouflante ! Vous êtes maintenant prévenus !
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Last Dance
Last Dance
Prix : EUR 11,38

9 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 post-scriptum..., 19 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Last Dance (CD)
Voici donc sur amazon (et chez vous peut-être) le dernier opus de Keith Jarrett en duo avec ce géant de la contrebasse qu'est Charlie Haden… Il est peut-être trop tôt pour donner une évaluation... Mais après trois écoutes, je peux exprimer une certaine satisfaction, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, une certaine lassitude... Comme beaucoup, j’ai encore en mémoire leur album précédent... Last Dance issu de la même session ne surprendra pas plus que Jasmine (ECM, 2010), et, ce désir de poursuivre le dialogue semble, somme toute, relatif ici... Post-Scriptum, donc, comme un ajout à une correspondance sans lendemain... "Last" comme pour un ajout définitif... Mais était-ce bien nécessaire ? A toute fin utile, rappelons aussi que sont sortis cette année deux albums remarquables auxquels le mélomane averti prêtera une oreille attentive : le dernier disque du pianiste Enrico Pieranunzi (Stories, paru chez Cam Jazz) se clôturait sur une pièce en duo avec le contrebassiste Scott Colley. On y entendait là un très beau dialogue, fait d’empathie et de connivence, évitant tous les clichés du genre. Une belle réussite (1). Enfin, le contrebassiste Gary Peacock a gravé sur le label ECM un album qui mérite lui-aussi une attention toute particulière. Azure en duo avec la pianiste Marylin Crispell est certes plus éthéré dans son approche, mais n'en présente pas moins une singularité musicale étonnante, le répertoire tenant davantage de la création spontanée et de la libre circulation des idées, alors que celui de Keith Jarrett avec Charlie Haden donne le sentiment, sous l'apparence d'une beauté formelle de premier choix, de ressasser de vieilles histoires enfouies dans la conscience capricieuse du mélomane...

Le pianiste le plus médiatisé de la planète jazz livre donc ce disque composé de neuf standards, suite logique de son succès de 2010... L’opus précédent avait suscité des commentaires disparates et n’avait pas fait l’unanimité semble-t-il. A l’écoute de Last Dance, on est certes dans la même qualité musicale (dialogue épuré, au plus près du chant et de la mélodie, sens de l’intimité des deux convives, l’universelle promotion de deux égaux - sans mauvais jeu de mot... -, deux artistes appelés par la même vocation - servir la Musique -)… Mais, de mon point de vue, le résultat n'est guère convaincant et ne suscite pas plus d'enthousiasme... Last Dance est aussi joli que Jasmine, et au final sans réelle surprise... Malgré les qualités des instrumentistes, une démonstration un peu poussive se dégage au fil des plages... Et puis, il y a ce sentiment, cette impression que Charlie Haden a perdu de sa superbe. Quand on réécoute ses duos avec les pianistes John Taylor (Nightfall), Kenny Barron (Night And The City) ou mieux Hampton Hawes (As Long As There's Music), l'on se dit que le contrebassiste a clairement vieilli et que l'on peut craindre, vu le titre de cet album, que ce soit là son testament (2). Sa technique perce toujours, on la reconnaît, elle est foncièrement musicale, mais sa présence, sa rusticité et sa puissance me paraissent irrémédiablement diminuées ici. Respect quand même! On écoutera Last Dance avec déférence donc, mais on n'oubliera pas ses disques antérieurs, surtout la série de duos qu'il avait commis dans les années 70 pour le label A&M... Le malaise que je ressens entre ce jeu de regards et de postures est d'autant plus grand que Last Dance n'apporte vraiment rien d'exceptionnel et semble étrangement prémonitoire, comme un dernier signe (les amateurs savent que le contrebassiste est gravement malade depuis 2011)...

Bref, même si nombreux sont celles et ceux (j'en faisais partie) qui pensaient que c’était là un nouveau rendez-vous, une nouvelle rencontre, il ne fallait pas trop se leurrer. L’écurie ECM a en fait sorti la suite de Jasmine pour aider l'ex-compagnon d'Ornette Coleman et Carla Bley pour sa prise en charge de soins médicaux, extrêmement onéreuse aux Etats-Unis (2). De la part de Manfred Eicher, c'est sans aucun doute une telle entreprise louable, mais c'est aussi pour nous autres musiciens et mélomanes, le sentiment, à tort sans doute, que l’on nous ressort des fonds de tiroir (deux thèmes étaient déjà dans Jasmine; ainsi on retrouvera dans Last Dance deux prises alternatives de « Goodbye » et « When Can I Go Without You »). Peu importe, me direz-vous, nous sommes en présence de deux trapézistes qui lévitent à peine au dessus des mélodies, de ces standards que sont « My Old Flame », « Round Midnight », « Everything Happens To Me » ou encore « It Might As Well Be Spring ». D’ailleurs, au lieu de parler de lévitation, je parlerais plutôt de gravitation… Keith Jarrett est un pianiste sérieux, et s'il ne fait pas trop dans l’épure, ses notes finissent par agacer (en multipliant les gimmicks, que ce soit sur tempo lent ou rapide). Au risque de passer pour un indélicat gouailleur, je dirais que cet album, s'il ne présente guère d’intérêt, est surtout d'une complaisance malvenue… Quelques surprises néanmoins : L’interprétation de Dance of The Infidels (composition de Bud Powell) est très enlevée et donne à entendre une version très volubile. Jarrett restera bien entendu l'un des plus grands pianistes de ces cinquante dernières années et dans l'art de la balade, il nous a prouvé maintes fois son talent. Mais ici, c’est joli, d’un romantisme formel, pour celles et ceux qui préfèrent le confort plutôt que la prise de risque... Bref, nos papilles font parfois de la résistance...

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(1) Lire ma chronique sur le site. Le thème en question s’intitule « The Real You » et mérite à lui seul l’acquisition de cet album de Pieranunzi dont la configuration sur toutes les plages, sauf la dernière, est celle du trio.

(2) Charlie Haden souffre actuellement du post-syndrôme de la polio qu'il avait contracté à l'âge de 15 ans...
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Firefly
Firefly
Prix : EUR 19,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 lucioles pianistiques..., 18 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Firefly (CD)
Le tout dernier opus de la pianiste Eri Yamamoto, pianiste nippone remarquée il y a quelques années pour avoir enregistré aux côtés du contrebassiste William Parker, est une agréable surprise. La pianiste nous livre avec ce « Firefly » un bel enregistrement dans la configuration du trio tout acoustique. Capté « live » au Klavierhaus de New York en décembre 2012, la belle est entourée de ses fidèles : David Ambrosio à la contrebasse et Ikuo Takushi à la batterie. Pour celles et ceux qui s’intéresse à l’art du trio de piano jazz (piano, contrebasse, batterie), cet album paru chez AUM Fidelity en septembre 2013 mérite un sérieux petit détour. L’empathie et la cohésion du trio est un petit régal pour nos papilles auditives, surtout à partir de la deuxième moitié du disque (« Echo » apparaît ainsi comme un pur enchantement, un chef-d’œuvre de raffinement dans ce qui se fait de mieux aujourd’hui en terme de jazz tout acoustique). Dommage toutefois que l’ensemble n’est pas toujours du même niveau. Le trio rappellera bien sûr Bill Evans avec Scott La Faro et Paul Motian (le batteur possède ce jeu très coloriste) et c’est une ambiance très jazz que nous avons là, un sommet musical où règne une belle empathie et un jeu mélodique de premier choix.

De formation classique, Eri Yamamoto multiplie aussi les influences jazziques (de Bill Evans donc à Matthew Shipp en passant par Keith Jarrett et Paul Bley). Son sens du rythme et du tempo font merveille ici (« Playground » s’avère un tour de force, avec un sens de l’espace fort bienvenu). Dès le premier thème (« Memory Dance »), l’on mesure tout le talent de la pianiste, qui dans une mélodie douce et dansante, distille des accords savoureux, tantôt sombres, tantôt ensoleillés. C’est léger et quand la rythmique déboule, tout en nuance, dans cet art d’effleurer, par touches successives, par une ponctuation fine et sophistiquée, l’on mesure toute la cohésion d’un collectif qui se connaît parfaitement. L’ambiance du jazz club est palpable durant tout le set (même si le public est très discret). Minuit, New-York… La musique est ainsi profondément nocturne et urbaine. Cinématographique aussi. Climats de toute beauté.

Sans briller par une technique ostentatoire, la pianiste tente surtout de raconter sur son clavier des histoires simples, tantôt impressionnistes (« Firelfy ») , tantôt dansantes (« Around on the Way », « Memory Dance »). « A Few Words » propose une recherche, une exploration, une tout autre direction, laissant la musique déambuler là où elle le désire. Ce genre d’improvisation demande un sens de l’écoute et une sensibilité à fleur de peau. Le piano d’Eri Yamamoto ne s’inscrit pas toutefois dans la lignée de Cecil Taylor ou de Matthew Shipp. Pas tout à fait. Même si de ce dernier, elle s’en rapproche de par l’inspiration mélodique, elle reste beaucoup plus accessible. Sur « Around on The Way », le trio, à partir de simples ostinatos, laisse déambuler une musique sympathique, au gré des humeurs. Le contrebassiste propose une belle assise et fait preuve d’un jeu remarquable. C’est donc un jazz axé principalement sur l’inspiration et l’improvisation, déversant divers climats. Même si toutes les compositions sont de Yamamoto, et sont d’une singularité bienvenue, l’on regrettera parfois que le trio ne se lâche pas davantage, même si l’on voit ici et là un bel épanouissement harmonique (« Echo »). Le lyrisme est parfois présent, la cohésion et l’homogénéité du groupe ne fait jamais défaut, mais Yamamoto en tenant la bride (sens de l’épure) ne fait pas toujours exploser le chant intérieur. A écouter et savourer toutefois. 3,5 étoiles.


Live at the Village Vanguard
Live at the Village Vanguard
Prix : EUR 20,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 prometteur sur le papier, peu de surprises en réalité..., 15 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Live at the Village Vanguard (CD)
L’histoire musicale de ce trio pourrait fort bien se résumer dans ce disque paru il y a quelques semaines sur le label italien Cam Jazz... Souvenez-vous, dans les années 90, les trois musiciens rivalisaient d’ingéniosité pour s’établir dans le panthéon de la formule reine du jazz (piano, contrebasse, batterie). Moins exposé toutefois que le trio de Keith Jarrett, celui du pianiste Enrico Pieranunzi n’hésitait pas à réinventer les standards pour en donner une lecture oblique, quitte à en déchiffrer les plus oubliés. Doté d’une culture classique énorme et d'un jeu evansien à la fois subtil et mélodique, le pianiste romain, qui avait débuté aux côtés de Chet Baker, signait alors un travail remarquable. Et puis, disons-le sans détour : la rythmique de Pieranunzi avait de quoi rendre nostalgiques les fans de Bill Evans. La présence du contrebassiste Marc Johnson et celle du batteur Paul Motian nous le rappelaient sans équivoque (1). Ainsi, des albums très réussis comme Untold Story et surtout Night Gone By couronnaient les sommets discographiques d'un trio exceptionnel (d'ailleurs, à quand une réédition de ces deux pépites?)… Jusqu’à présent, sauf erreur de ma part, il n’existait aucune captation « live ». On connaît la suite : Joey Baron prit la place de Motian (dès The Chant Of Time paru chez Alfa Jazz en 1997), puis le pianiste se trouva un nouveau label (Cam Jazz) et devint un boulimique des studios (2), multipliant les rencontres et les formats les plus divers. Mais personnellement, je ne me suis jamais remis de cette séparation d’avec Paul Motian. Pire, quand le batteur nous quitta subitement un jour de novembre 2011 pour une ascension définitive vers des lieux célestes plus cléments, rejoignant ainsi Tony Williams, Elvin Jones et autres Max Roach, ce fut pour nous autres, musiciens et mélomanes, un immense chagrin…

Depuis cette disparition somme toute récente, il y a donc comme un vide. Alors, au fil des mois, des enregistrements posthumes nous parviennent régulièrement, portés par le vent des moissons discographiques (3)... On pourra s’en réjouir ou le déplorer car une perte aussi triste soit-elle ne mérite pas nécessairement la sortie d’un disque, quand bien même on comprendrait – c’est le cas ici – le plaisir qu’ont eu les musiciens lors de ces retrouvailles au fameux club new-yorkais (les 7 et 8 juillet 2010). En effet, à chaque nouvelle écoute de cet opus, j’ai le sentiment que l'essentiel y est presque banni. L’urgence, la beauté, et même la passion que je trouvais dans les enregistrements antérieurs du trio sont ici quasi-absentes. On trouvera bien sûr de beaux moments lyriques («Unless They Love You »), une belle empathie (« La Dolce Vita ») ainsi que des fulgurances (dès le thème d’ouverture par exemple, on tient une version très réussie de « I Mean You », la composition signée par Thelonious Monk) mais la magie semble ne plus opérer ou si rarement... Quant au répertoire, celui-ci est constitué de pas mal de reprises : quatre compositions personnelles du pianiste que l'on avait entendues précédemment (« Fellini’s Waltz », « Unless They Love You », « Pensive Fragments », « Tales from the Unexpected »), et quatre standards (outre le « I Mean You » de Monk, on trouvera « My Funny Valentine » de Rodgers & Hart, « Subconscious Lee » de Lee Konitz et enfin « La Dolce Vita » de Nino Rota).

Ces retrouvailles sous les meilleures auspices me paraissent donc ici peu convaincantes… Alors bien sûr, je peux me tromper et on ne manquera pas de réécouter cette galette qui est loin d’être médiocre (avec de pareils musiciens, ce serait un comble !). Il n’en demeure pas moins vrai que l’ensemble présente bien peu de surprises (« Tales from the Unexpected », « Unless They Love You »). Si les qualités propres de ce collectif ne sont pas tout à fait altérées, si les similarités avec le trio de Bill Evans (on ne manquera pas de penser aux sessions historiques de juin 1961 au Village Vanguard) sont évidentes, le pianiste, qui a longtemps étudié le répertoire de son aîné (musicalité, libération du chant intérieur) livre ici plus une jam session qu'un concert grandiose. Il y a en outre de la part de la rythmique un jeu qui est loin d’être passionnant. De la technique, les hommes en ont (merveilleuse version de « Subconscious Lee ») et malgré la qualité intrinsèque de chaque musicien, la magie ne prend pas réellement (la version de « My Funny Valentine » est assez banale par exemple). Lors d’écoutes successives, certes on redécouvrira un trio bien rôdé (les trois hommes se connaissent sur le bout des doigts, y a pas à dire) mais celui-ci ne donne pas toujours le sentiment de se libérer de ses propres repères rythmiques et harmoniques. Le constat est ainsi mi-figue, mi-raisin et la galette n’ajoute hélas pas grand chose à la discographie du trio. Le verdict est donc quasiment sans appel : on est en présence d’une bonne prestation scénique (sûr que j'aurais pris mon plaisir à les voir), mais soyons honnêtes, rien de bien exceptionnel dans cette captation live. L’ensemble est interprété de façon correcte, voire honorable. La prise de son (James Farber) est bonne et met en valeur le jeu de Motian, parfois au détriment du contrebassiste. Bref, cet album s’écoutera sans déplaisir mais sans passion non plus. Dommage pour moi et pour vous peut-être aussi...
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(1) Paul Motian fut le batteur de Bill Evans de 1959 à 1963 (écouter Portrait In Jazz, les sessions au Vanguard, Trio 64). Quant à Marc Johnson, il fut le dernier contrebassiste du pianiste (de 1978 à 1980).

(2) On notera toutefois quelques live réussis, comme le Live In Japan et le Live in Paris (tous deux sortis chez Cam Jazz). Lire les coms avisés de Thierry et de Philipelo.

(3) On ne manquera pas le précédent disque posthume de Paul Motian, l’excellent Further Explorations, une autre captation « live » en trio (avec le pianiste Chick Corea et le contrebassiste Eddie Gomez). Mais c’était au Blue Note de New-York quelques mois avant ce « live » au Vanguard. Le double album paru chez Concord records est toujours disponible sur le site (vous y trouverez mon commentaire).


Stories
Stories
Prix : EUR 18,99

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 un deuxième essai convaincant..., 13 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Stories (CD)
En jazz, comme chacun sait, le mouvement est important. Tout comme le renouvellement, la fraîcheur et la spontanéité... Tout comme l'art et la manière de raconter quelques histoires personnelles et inoubliables, sans jamais tomber dans le simplisme... Mais tout mouvement, comme toute exploration, suppose aussi la recherche d'une émotion. L’émotion résulte toujours d’un brusque départ, d'un détour inattendu... Le pianiste Enrico Pieranunzi, le plus lyrique des pianistes (avec Keith Jarrett, Fred Hersch et Giovanni Mirabassi), l'a très bien intégré sans son art depuis ses débuts aux côtés de Chet Baker. Ces remarques impliquent que son nouveau trio ne désire rien d'autre si ce n’est de raconter et de surprendre l'auditeur au détour d'une belle mélodie, à la recherche de belles émotions, lesquelles sont parfois suspendues (les thèmes ne dépassent jamais les six-sept minutes). En ce sens, le pianiste dira toujours l'essentiel. Dans le trio de piano jazz contemporain, et d’avant-garde, on trouve ainsi quelques collectifs qui se distinguent de bien d'autres, parce que non seulement ils ont leur sonorité propre, mais aussi parce qu'ils savent, par un savant dosage entre équilibre harmonique et fulgurances mélodiques, nous emmener vers des horizons insoupçonnés. Le nouveau trio de Pieranunzi figure ainsi au sommet de par une grande qualité de jeu et d'interaction. Aux côtés du trio de Keith Jarrett, il est une excellente alternative. Sophistication mélodique, beautés harmoniques, explosion du chant intérieur, tout est là. Un trio arrivé à maturité et qui tient ainsi le haut du pavé dans cet art hyper risqué, que ce soit aux côtés du trio de Vijay Iyer (Historicity), Matthew Shipp (Root of Things), Fred Hersch (Alive At The Vanguard), Brad Mehldau (Ode), ou encore Craig Taborn (Chants).

Avec sa nouvelle rythmique, composée de Scott Colley (à la contrebasse) et Antonio Sanchez (à la batterie), le pianiste romain (1) signe avec Stories son deuxième essai studio, après Permutation (paru chez Cam Jazz en 2012). Et d'emblée, après maintes écoutes, Stories se révèle être un album abouti et très élégant. Dès le premier thème ("No Improper Use"), le pianiste romain surprend par un sens de l'épure qu'on ne lui connaissait pas (peu de notes, profondeur des ostinatos, tonalité dans les graves) mais très vite, au lieu de poursuivre dans cette voie, Pieranunzi joue ce qui a toujours fait son succès : lyrisme, chant mélodique, harmonies de toute beauté. Le classicisme de ce trio dépasse bien entendu la moyenne. Avec cette nouvelle rythmique, le pianiste semble même vouloir transcender l'art du trio. Scott Colley que l’on avait découvert aux côtés de Chris Potter et dans un sémillant premier album paru en 1997 (Subliminal, paru chez Criss Cross) et Antonio Sanchez dont j’avais admiré le jeu lors d’un concert à Marciac (2) sont deux formidables musiciens. La discographie de Sanchez par exemple le place parmi les plus grands batteurs du jazz contemporain. Le nouveau trio du pianiste romain s'avère ici convaincant de par un répertoire renouvelé et un climat plus ombrageux qu'à l'accoutumé, évitant les clichés de ce jazz italien trop ensoleillé, et de par une rythmique des plus savoureuses. La magie semble enfin au rendez-vous (dans l'album précédent, c'était moins évident). Cette seconde session en trio enregistrée aux Studios Avatar de New-York en février 2011 est donc un petit événement.

Dans la discographie abondante du pianiste, ce disque reste ferme dans ses intentions. Si l'on est loin de ses trios avec Marc Johnson et Paul Motian (Untold Story chez Ida records et surtout The Night Gone By chez Alfa Jazz), c'est quand même du très grand art ici : l'alchimie entre le contrebassiste et le batteur ne fait aucun doute sur la qualité d'inspiration des intervenants. Intensité ("Detras Mas Alla"), de belles émotions (le trio se surpasse sur "Blue Waltz", un thème marqué par le soleil d'Italie et un blues de toute beauté), énergie (Antonio Sanchez usant de la ride et délaissant enfin la cloche, donne à entendre un jeu fin et subtil, écouter son jeu sur le remarquable "Which Way Is Up"), balades savoureuses ("The Slow Gene", "The Real You" et la tendresse absolue de "Where Stories Are"). En somme, un grand disque de jazz, qui gagne en maturité au fil des écoutes. Le répertoire constitué de compositions toutes originales signées par le pianiste, est un bel exemple de renouvellement. Ce deuxième essai sous les meilleures auspices me paraît donc convaincant… Bien meilleur que le précédent opus du trio. L’ensemble présente quelques surprises ("Which Way Is Up" est un sacré tour de force et le duo entre le contrebassiste et le pianiste clôturant l'album est d'une beauté indicible) et l'on peut dire que le pianiste semble enfin avoir trouvé une belle maturité harmonique avec ses acolytes. Pas tant de surprise, certes, mais, l'on admirera la cohésion d'un collectif savant et sophistiqué. Les qualités propres de ce collectif ne sont pas du tout altérées, le classicisme pourra en rebuter certains (les similarités avec le trio de Bill Evans sont évidentes), mais le pianiste, qui a longtemps étudié le répertoire de son aîné (musicalité, libération du chant intérieur) livre ici une session mélodique, fort réjouissante, d'une rigueur implacable où enfin le triangle prend toute sa mesure et sa beauté. A suivre de très près.

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(1) Enrico Pieranunzi est sans doute avec Giovanni Mirabassi le pianiste le plus fidèle à l'art de Bill Evans (lyrisme, recherche du chant intérieur et d'un épanouissement harmonique à fleur de peau).

(2) Antonio Sanchez était alors aux côtés de Pat Metheny et de Christian McBride.
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