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Contenu rédigé par Joannic Arnoi
Classement des meilleurs critiques: 70.478
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Commentaires écrits par
Joannic Arnoi (Paris, France)

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Et nos amours
Et nos amours
par Sean J. Rose
Edition : Broché
Prix : EUR 17,25

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 beaux débuts, 22 mai 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Et nos amours (Broché)
En 150 fragments, Et nos amours explore quatre destins ordinaires, quatre mémoires en éclats émoussés. Le roman s'ouvre avec Martin, qui a passé une jeunesse que certains diraient « dissolue », entre alcool, drogues, fêtes et séduction - car il a beaucoup séduit : des femmes surtout, et une en particulier, Hannah, qui a fini par renoncer. Il a aussi vécu un temps avec Pierre, critique littéraire, journaliste précaire, qui préfère les garçons. À l'heure des bilans, faute d'attendre Martin ou des jours meilleurs, Pierre s'est installé dans une vie plus tranquille d'enseignant, auprès (semble-t-il) de Yacine. Il y a également Hélène, fille de bonne bourgeoisie, traductrice anglomane, longtemps adonnée à des hommes mariés et plus âgés qu'elle, avant la venue de Vincent. Hélène a été un jalon amical dans la vie de Pierre, comme elle l'a été pour Marie, une enfant sans père devenue croqueuse d'hommes, au fil d'une existence aussi chaotique la nuit que morne le jour.
Et nos amours est une miniature douce-amère, sans nostalgie ni tragédie, insensible glissement dans l'âge adulte - celui qui porte le deuil de la jeunesse en la doublant avec des sentiments mêlés. Ce qui rend le roman très attachant est sa façon tranquille d'éviter tous les clichés que cette plongée pourrait susciter, les banalités à voix haute, la mise en scène. Au lieu de quoi, c'est une voix labile qui nous mène, au gré d'une langue syncopée, en phrases brèves, parfois sibyllines, qui évoquent Le jardin d'acclimatation d'Yves Navarre. Une vraie réussite.


Plus tard ou jamais
Plus tard ou jamais
par André Aciman
Edition : Broché
Prix : EUR 22,30

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Ruses de la mémoire, 22 mai 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Plus tard ou jamais (Broché)
En un lieu comme un autre de la Riviera italienne, dans un passé vieux de vingt ans, Elio revient sur l'été de ses dix-sept ans et la liaison qu'il vécut alors avec Oliver, un jeune universitaire américain reçu en résidence chez ses parents. Même si aucune étiquette ne vient frapper cette histoire, il s'agit sans doute d'un des plus beaux romans d'amour entre deux hommes qu'il m'ait été donné de lire ces dernières années.
Jusqu'à un certain point, Plus tard ou jamais pourrait se lire comme l'histoire, relativement linéaire, d'un amour d'été, avec son cadre (idyllique), sa galerie bigarrée de personnages secondaires (famille, domesticité, voisins), ses étapes, hésitations, revirements, et son terme annoncé. Cela pourrait se passer dans les années 1980, mais l'auteur a estompé l'ancrage du récit dans une époque précise. La villa familiale forme un havre paradisiaque, ouvrant sur d'autre coins égrenés dans les environs, notamment maints accès à la mer. Mais le narrateur a ménagé de nombreuses chausse-trappes, ellipses, modulations, qui brouillent les cartes (pour peu qu'on s'y attarde). La frontière entre rêveries et accomplissements est ténue et il suffit de quelques pages pour qu'elle se déplace. Et si Oliver (l'amant) garde l'essentiel de son opacité jusqu'au terme du roman, c'est un magnifique portrait de jeune homme, ignorant de lui-même malgré sa sagacité, qui se dégage d'Elio, dans le miroir de son moi ultérieur.


Les dix doigts des jours
Les dix doigts des jours
par Erwin Mortier
Edition : Broché
Prix : EUR 12,20

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Quand le regard d'un enfant est poésie, 22 mai 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les dix doigts des jours (Broché)
Le cadre est le même que dans les précédents livres d'Erwin Mortier : une famille de la Flandre rurale, où cohabitent plusieurs générations. Le titre français renvoie à l'état de conscience du personnage sur lequel est focalisé le récit : un petit garçon qui doit avoir dans les trois-quatre ans et qui, justement, ne sait pas encore compter plus que les doigts de la main. Le récit narre quelques jours d'un été ordinaire, mais qui ne l'est pas tant que ça. L'enfant, Marcus, est en convalescence après une longue maladie pulmonaire. L'arrière-grand-père décline et meurt. La famille accourt, y compris « les Français ». Le récit s'ouvre et se clôt sur une scène de sieste au soleil, Marcus et sa mère étendus sur une couverture. Bien entendu, d'innombrables notations ne pourraient être le fait d'un tout petit garçon, mais l'auteur s'est tout de même amusé à épouser régulièrement la compréhension de son personnage, notamment pour donner à certaines scènes une résonance surréaliste ou burlesque.
Au final, cela donne un très beau livre, magnifiquement traduit par Marie Hooghe, pour les amateurs de belle littérature.


Le jardin d'acclimatation
Le jardin d'acclimatation
par Yves Navarre
Edition : Poche

9 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 une réédition salutaire, 19 avril 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le jardin d'acclimatation (Poche)
Fin des années 70 ou début des années 80, Henri Prouillan, ancien ministre, voeuf, septuagénaire, se replonge dans son passé et les tragédies familiales. Peu à peu, les autres membres de sa famille émergent : Suzy, la soeur, veuve d'un dramaturge rive droite ; Luc, Claire, Sébastien, les enfants devenus grands. Par courts paragraphes, Yves Navarre nous insinue dans leurs pensées, fait surgir leur mémoire. Dès le début du livre, le petit dernier de la famille est dans toutes les pensées, Bertrand. Bertrand va avoir quarante ans. Il est retiré dans la maison de famille, à Moncrabeau. On le voit mener une vie hagarde sous le regard des gardiens de la propriété. Vingt ans auparavant, il était le soleil de la famille et ses phrases nourrissaient la vie de chacun au rythme de ses trouvailles. Il était promis aux plus belles réussites scolaires. Entretemps, il s'est passé un double drame. L'épouse d'Henri en est morte. Le livre est un chemin qui nous mène à la compréhension de ces événements révolus.
Jamais Yves Navarre n'a écrit aussi juste, aussi sec que dans ce livre-là. Ce fut un Goncourt justifié (une fois n'est pas coutume). Le portrait de Bertrand Prouillan en jeune homme produit aussi l'un des plus beaux personnages romanesques que je connaisse : je m'y suis attaché comme rarement dans ma vie de lecteur. Les lettres de Bertrand à Romain, un jeune acteur de la troupe de son oncle, situées à la fin du livre, sont le sommet de celui-ci, admirable correspondance imaginaire.
Cette réédition est donc une excellente nouvelle !


Un jour cette douleur te servira
Un jour cette douleur te servira
par Peter Cameron
Edition : Broché
Prix : EUR 21,00

11 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 une réussite indéniable, 1 juin 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Un jour cette douleur te servira (Broché)
Peter Cameron est un écrivain au statut paradoxal en France : largement traduit (par les éditions Rivages), disponible en poche, mais bénéficiant d'une notoriété très maigre. Sa production a un air de famille avec celle de Stephen MacCauley, même si elle donne moins dans la littérature de divertissement et s'empare de sujets plus graves.
"Un jour cette douleur te servira" est son dernier ouvrage publié (2007). Et c'est de loin son livre le plus réussi à mes yeux. Je l'ai dévoré en trois jours dans une sorte d'euphorie. Pour la première fois, le personnage central (et narrateur) est un jeune homme de dix-huit ans, James Sveck. Le titre renvoie au genre de maxime dont le héros a été abreuvé par son entourage, pour lui faire passer la pilule d'une existence décevante. Fils d'un businessman stylé et d'une galeriste, citadin new-yorkais de la tête aux pieds, James a un problème majeur avec le monde, et principalement avec ses contemporains. D'une intelligence et d'une clarté d'esprit stupéfiantes, il n'arrive pas à supporter la médiocrité et les mascarades qu'on voudrait lui infliger. La seule personne qui trouve grâce à ses yeux est sa grand-mère, ancienne artiste de 80 ans passés, qu'il visite régulièrement et chez laquelle il va se réfugier quand son moral est vraiment bas.
L'essentiel du roman se passe durant l'été 2003, alors que James vient de sortir du lycée (high school), travaille dans la galerie d'art de sa mère (très peu fréquentée) et devrait en théorie entrer dans un college assez prestigieux (Brown). Mais voilà : il n'en a pas la moindre envie. Son unique désir serait d'acheter une vieille maison dans le Midwest et d'échapper à la mascarade des études.
"Un jour cette douleur te servira" est aussi un roman satirique (très drôle) qui moque sans férocité les milieux « libéraux » (au sens américain) new-yorkais (mais aussi la province crasse). Le paradoxe de la retenue de James, de sa réticence foncière à socialiser, est d'autant plus puissant qu'il a grandi dans un univers on ne peut plus libre, aisé et ouvert d'esprit : le directeur de la galerie de sa mère est un trentenaire gay et noir, sa sœur vit l'amour libre avec un sociolinguiste prénommé Rainer Maria (et marié par ailleurs), etc.
Je rajouterai encore que la langue de l'auteur est d'une simplicité à proprement parler classique, ce qui figure assez bien l'esprit du personnage. Certains ont parlé de « antihéros », ce que je trouve abusif. James est avant tout décalé. Sa compréhension instinctive et son refus de la banalité, des à-peu-près et du suivisme le tiennent à l'écart, mais c'est sans le moindre snobisme.


Qui suis-je ?
Qui suis-je ?
par Thomas Gornet
Edition : Broché
Prix : EUR 8,70

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 beau roman pour ados, 9 avril 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Qui suis-je ? (Broché)
Ce bref roman de Thomas Gornet est remarquable à plus d'un titre. D'abord, c'est un livre « à hauteur d'ado », qui épouse complètement le point de vue de l'un d'entre eux, sans jamais faire de clin d'oeil à des lecteurs adultes. De ce fait, on n'a jamais une longueur d'avance sur Vincent, le narrateur et héros. Ensuite, il y a beaucoup d'humour, car Vincent en est rageusement doté. Enfin, Thomas Gornet est un dialoguiste remarquable qui sait capter la langue des jeunes (sans non plus donner dans le vulgaire) et faire passer énormément de choses par cette entremise. Grâce à quoi, on évite l'introspection psychologisante et les explications. Tout est dans la suggestion, les petits détails qui font mouche. Un livre idéal pour son public, mais aussi pour les adultes. Un auteur à suivre.


Comme Un Garcon (Get Real)
Comme Un Garcon (Get Real)

6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 admirable, 2 mars 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Comme Un Garcon (Get Real) (DVD)
Comme un garçon est l'un des plus beaux films gay qu'il m'ait été donné de voir, avec ce sens du social qui fait la magie des films anglais. Il est question d'un garçon de seize ans, Steve, confronté à l'homophobie profonde de l'Angleterre provinciale et à son désir de braver la réprobation générale pour vivre pleinement ce qu'il est. Il vit une passion réciproque avec un garçon, John, qui serait prêt à tout sacrifier pour sauver sa respectabilité. Le film est porté à bout de bras par Ben Silverstone dans le rôle de Steve, drôle, subtil, touchant (sans parler de son regard craquant). Par la force des problèmes qu'il évoque et le caractère universel de ses références, ce film mériterait d'être vu par tous les publics, notamment dans les lycées, à des fins d'éducation civique...


F. est un Salaud
F. est un Salaud
DVD ~ Marcel Gisler
Proposé par dvdpromo
Prix : EUR 79,90

5 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 troublant, 2 mars 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : F. est un Salaud (DVD)
Ce film raconte la rencontre entre un post-ado naïf (Béni) et un chanteur de rock sombre et brutal (Fogi), à une époque qui pourrait être la fin des années 70 ou le début des années 80. Très vite, Béni s'offre à Fogi, qu'il sait être gai, sans que l'on sache s'il le fait par simple admiration de fan ou par inclination profonde. Leur histoire est celle d'un double enfermement : du chanteur dans une spirale d'autodestruction, de son amant transi dans la dévotion et l'acceptation des tendances dominatrices de son idole. Le film, réussi dans son projet, rebutera qui n'est pas fasciné par l'univers sombre de Fogi (drogues, pulsion de mort, violence). De très belles scènes, parfois à la limite du supportable. L'ensemble est complètement dominé par la figure de Béni, excellemment joué par le magnifique Vincent Branchet, qui réussit à rendre sensible toutes les contradictions et l'évolution de son personnage. L'interview de l'acteur, en bonus, est extrêmement touchante. A star is born ?


Presque rien
Presque rien
DVD ~ Jeremie Elkaim
Proposé par dvdpromo
Prix : EUR 49,90

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 déjà un classique du film gay ?, 5 octobre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Presque rien (DVD)
Presque rien est un film sec et âpre. Sur le thème éculé de l'amour de vacances, Sébastien Lifschitz rebat complètement les cartes et nous offre un film à la fois beau et peu amène. Les personnages sont loin d'être transparents : ni Cédric, un peu canaille, ni surtout Mathieu, qui lors des premières scènes émerge d'une tentative de suicide. Le cinéaste a semble-t-il voulu conserver de nombre zones de mystère dans la psychè des personnages, et c'est plutôt une bonne idée. Ça évite les blablas du film psychologique. La construction narrative est également loin des facilités du récit linéaire. À des lieux d'un cinéma gay mièvre et conformiste, Sébastien Lifschitz confirmait pour son premier long métrage qu'il est un cinéaste doué et prometteur.
À signaler une scène de sexe très explicite qui pourrait choquer.


My Own Private Idaho [Édition Collector]
My Own Private Idaho [Édition Collector]
DVD ~ River Phoenix

10 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Gus Van Sant, quand il racontait (encore) des histoires, 28 septembre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : My Own Private Idaho [Édition Collector] (DVD)
(...)
D''après moi, My Own Private Idaho est le film le plus réussi de la carrière de Gus Van Sant, même si c''est plus tard qu''il a reçu une consécration publique. On y retrouve le regretté River Phoenix, étoile filante du cinéma américain, dans un rôle de composition époustouflant. À la différence des récents opus du cinéaste, ce n''est pas un film centré sur une idée unique. Les scènes de théâtre (shakespearien) alternent avec le road movie et les moments d''onirisme. Loin des métaphores totalitaires d'Elephant, des ressassements de Last days ou de l'absurde de Gerry, My Own Private Idaho offre un tout autre cinéma, moins conceptuel, ouvert de tous côtés à diverses brises marines.


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