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Contenu rédigé par Koryfée/Karine...
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Koryfée/Karine Fléjo (France)
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Les Montagnes bleues
Les Montagnes bleues
par Philippe Vidal
Edition : Broché
Prix : EUR 22,00

5.0 étoiles sur 5 Une épopée magistrale sur fond historique, 9 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Montagnes bleues (Broché)
Une épopée magistrale sur fond historique méconnu : la fronde des « nègres marron » au XVIIIème siècle en Jamaïque.
Si John Fenwick, important propriétaire d’une plantation de canne à sucre est encore de ce monde, il le doit à son esclave Christian. Tandis qu’il n’était encore qu’un enfant, ce dernier l’a en effet sauvé de la noyade. En signe de gratitude, les parents de John décidèrent alors d’extraire Christian de sa pénible condition et de lui offrir un toit, des vêtements et une vie loin des champs. Plus improbable encore pour ce nègre marron : le maître lui offre l’accès à l’instruction, aux côtés de son fils John. Lecture, écriture, philosophes latins et grecs n’auront bientôt plus aucun secret pour lui.
Une condition privilégiée qui lui vaut d’être tiraillé entre les siens qui le considèrent comme un traître, et les blancs qui acceptent mal qu’un esclave bénéficie de tels avantages.
Un statut qui va toutefois vaciller à l’issue d’une conversation compromettante qu’il surprend entre son maître John et le contremaitre de la plantation, Stanton. La plantation a en effet été ravagée par une violente tempête et la récolte anéantie. Pour John Fenwick, tous ces esclaves à nourrir – comme le Code l’y oblige, alors qu’ils sont réduits à l’inactivité, est une charge inenvisageable. Stanton lui propose alors une solution aussi radicale et cruelle qu’illégale : éliminer les esclaves cependant maquiller ces décès en accident. Mais voilà, cette proposition inhumaine a un témoin, Christian. Pour Stanton, une seule solution : l’éliminer. Mais John lui accorde un sursis : il l’aide à s’enfuir, tout en mesurant ses faibles chances d’en sortir.
C’est sans compter avec l’intelligence de Christian. Réfugié dans les montagnes bleues, au cœur d’un village constitué de nègres marron, ces esclaves fuyards regroupés en colonies, il va devenir le porte-parole des opprimés et leur donner les moyens, puisés dans sa connaissance des grands philosophes, d’accéder à l’autonomie, à l’agriculture irriguée, aux stratégies de défense militaire et, cause à laquelle il tient plus que tout : à la démocratie.
C’est un plongeon fascinant et émouvant dans le temps (début du 18ème siècle) et dans l’espace (la Jamaïque), que Philippe Vidal offre au lecteur. Une immersion dans ces colonies de nègres marron à un moment crucial de leur histoire, celui où tout va basculer. On nage dans le sillage du courageux et bouleversant Christian, en apnée tant les rebondissements sont multiples, touché d’accompagner ces personnes sur le chemin de la démocratie. Le combat de Christian n’aura pas été vain : il a conduit à un accord historique en 1739 entre les planteurs et les colonies de nègres marrons.
Une épopée magistrale à savourer sans modération!
Karine Flejo pour le blog Les chroniques de Koryfée


L'étonnant pouvoir des Couleurs
L'étonnant pouvoir des Couleurs
par Jean-Gabriel Causse
Edition : Broché
Prix : EUR 19,90

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Fascinant!, 7 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'étonnant pouvoir des Couleurs (Broché)
Après avoir lu ce livre au style direct, léger et souvent drôle, vous ne choisirez plus vos couleurs par hasard.
Jean-Gabriel Causse est designer-coloriste, profession qui consiste à déterminer les couleurs qui seront la tendance de demain, à trouver les bonnes couleurs en cohérence avec le positionnement des marques et les attentes des consommateurs, et enfin, à travailler les couleurs en fonction de leur influence sur nos comportements. Et c’est ce dernier volet de son métier qu’il développe ici.
Le choix d’une couleur est tout sauf anodin. Dans cet ouvrage émaillé de nombreux exemples édifiants, l’auteur fait le point sur les études scientifiques et les expériences très sérieuses menées sur ce sujet. Et force est d’admettre que les influences psychiques ou physiologiques des couleurs, dans tous les domaines de notre vie, sont bien réelles. Et d’autant plus puissantes que nous n’en sommes pas toujours conscients, loin s’en faut.
Elles interfèrent partout. Dans notre perception du goût : on goûte un plat avec ses yeux bien avant de l’apprécier avec son palais! Prenons deux yaourts, l’un à la fraise, l’autre à l’ananas. Intervertissons les colorants alimentaires (rose fraise pour le yaourt à l’ananas et jaune ananas pour le yaourt à la fraise.) Les consommateurs ne se sont pas rendus compte du subterfuge lors du test, et furent convaincus avoir mangé pour le yaourt rose, un yaourt à la fraise et pour le jaune, un yaourt à l’ananas. Ils n’ont réalisé le subterfuge qu’après avoir été informés de la manipulation, preuve que « l’œil est sans conteste plus influent que le palais dans notre perception cognitive »! Et il en est de même pour l’odorat : plus un sirop à la fraise est rouge, plus il sent la fraise.
Le domaine des sens n’est pas le seul concerné. La créativité s’épanouira dans un environnement bleu, le vert conditionnera à aller de l’avant et mettra en confiance, un bureau avec une dominante chromatique incitera à une meilleure productivité qu’un bureau aux murs blancs. Ou encore : on a plus envie de sexe dans une chambre mauve! En effet, une étude portant sur 2000 personnes a cherché à déterminer s’il y avait un rapport entre la fréquence de leurs rapports sexuels et la couleur dominante de leur chambre. Le rouge arrive bien évidemment en tête (3.18 rapports par semaine), mais dépassé sur la ligne d’arrivée par le mauve (3,49 rapports). Largement distancés sont le blanc (2,02 rapports), le beige (1,97 rapports) et le gris (1,80). Alors, de quelle couleur sont vos rideaux?
Que ce soit dans le domaine de la décoration d’intérieur, la productivité, le marketing, la mode, la psychologie, l’apprentissage scolaire et professionnel, le désir sexuel, la créativité, les couleurs parlent. Et Jean-Gabriel Causse se propose de nous faire entendre ce qu’elles ont à nous dire. Afin de les choisir désormais en toute connaissance de cause et non plus par hasard. Afin d’éviter les choix et associations malheureux. Afin de tirer le meilleur parti, dans votre vie personnelle et professionnelle, de ces fascinantes informations. Un ouvrage passionnant!
Karine Fléjo pour le blog Les chroniques de Koryfée


L'élixir d'amour
L'élixir d'amour
par Eric-Emmanuel Schmitt
Edition : Broché
Prix : EUR 15,00

Aucun internaute (sur 1) n'a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un bijou d'intelligence, de finesse, de mordant, 4 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'élixir d'amour (Broché)
Adam et Louise se sont séparés après cinq ans d’amour fou. Une rupture difficile pour chacun. Louise s’est exilée à Montréal dans l’espoir que la distance physique entre elle et Adam aidera à mettre une distance dans son coeur et ses pensées avec celui qui continue à l’obséder. Adam, resté à Paris, ne peut pas davantage couper tout lien et lui propose d’engager une correspondance. Que devient l’amour quand le désir s’attenue voire s’efface? De l’amitié? « Seule la peau sépare l’amour de l’amitié. » Une cloison fine selon Adam. Une muraille pour Louise. Et d’engager une correspondance autour de l’amour, du désir, dans leurs vies présentes et passées. « L’amour relève t-il d’un processus matériel, chimique, d’un brassage de molécules reproductible par la science? Ou constitue t-il un miracle spirituel? » Autrement dit, existe t-il un filtre d’amour, un comportement qui peut induire de façon certaine l’amour? Oui, affirme Adam, psychanalyste de métier. Et le procédé s’appelle le transfert. Dubitative, Louise le met au défi de mettre sa théorie en pratique et de susciter l’amour chez une de ses patientes. Mais pas n’importe quelle patiente. Un jeu avec le feu de la passion s’engage alors entre eux et va bouleverser leurs rapports…
Éric-Emmanuel Schmitt nous livre une réflexion particulièrement brillante sur l’amour, le couple, le désir. N’y a t-il pas un glissement sémantique, un problème d’identité métonymique entre amour et désir? L’amour désigne en effet à la fois ce qui relève du désir charnel et du sentiment. Or « L’amour cultive la connaissance, le désir vénère l’inconnu. (…) Au contraire du sentiment qui cherche la permanence, les pulsions renaissantes ont l’appétit du changement. » Le secret de l’amour durable ne serait-il pas alors d’accepter que le désir ait un cycle de vie autre que celui les sentiments? Un bijou d’intelligence, de finesse d’esprit, de mordant.
Karine Fléjo pour le blog Les chroniques de Koryfée


L'art d'écouter les battements de coeur
L'art d'écouter les battements de coeur
par Jan-Philipp Sendker
Edition : Broché
Prix : EUR 19,00

5.0 étoiles sur 5 Une histoire d’amour empreinte de spiritualité orientale et d’humanité. Le roman de votre été!, 2 juillet 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'art d'écouter les battements de coeur (Broché)
« Il peut arriver dans la vie quelque chose comme un tournant catastrophique, lorsque le monde tel qu’on le connait cesse d’exister. Un moment qui fait de nous quelqu’un d’autre, en l’espace d’un battement de cœur. (…) Ces moments sont-ils la conclusion dramatique d’un long processus, une conclusion prévisible si on avait su lire les présages au lieu de les négliger? Et si ce tournant existe vraiment, en avons-nous conscience au moment où ils se produisent ou bien n’identifions-nous cette rupture que rétrospectivement? C’est ce que se demande Julia depuis la disparition aussi soudaine qu’inexpliquée de son père, Tin Win, avocat réputé de Wall-Street, quatre ans plus tôt. Enlèvement? Meurtre? Fuite délibérée? Comment imaginer qu’il ait abandonné femme et enfant? Plus elle se repasse en boucle le film de sa disparition, plus elle réalise à quel point la vie passée de cet homme qu’elle vénérait était un mystère. Les seuls renseignements lui viennent des services de l’immigration : né à Rangoon, son père est venu de Birmanie aux États-Unis en 1942 avec un visa étudiant. Après des études de droit à New-York, il est devenu citoyen américain.
Désireuse de percer le mystère de ses origines, Julia décide d’aller en Birmanie, dans le village où son père a grandi. Elle tombe alors sur un vieil homme, U Ba, au regard pénétrant. Plus troublant encore : il s’adresse à elle comme s’il la connaissait depuis toujours, comme s’il savait qu’un jour, elle serait venue à lui. A ses côtés, Julia va tourner les pages du passé de son père, de cet enfant devenu aveugle qui, du fait de son handicap, avait développé un sens extraordinaire : la faculté d’interpréter les battements de cœur. Et tout particulièrement ceux de Mi Mi, le philosophal amour de sa vie, auquel il a été arraché…
L’art d’écouter les battements de cœur est un conte philosophique d’une humanité, d’une sagesse et d’une sensibilité extraordinaires. D’emblée, le lecteur se glisse aux côtés de Julia et s’envole en Birmanie, pays où les traditions, le respect dû aux anciens et les superstitions sont si prégnants. Cette histoire d’un amour absolu, qui fait fi des handicaps physiques, du temps et de la distance, est aussi vibrante que belle et nous invite à regarder au delà des apparences. Car " les yeux sont les plus trompeurs de tous"…
Un roman qui se savoure et qui, à n’en pas douter, fera battre votre cœur au diapason du sien.

Karine Fléjo pour le blog Les chroniques de Koryfée


Quel effet bizarre faites-vous sur mon coeur
Quel effet bizarre faites-vous sur mon coeur
par Christine Orban
Edition : Broché
Prix : EUR 19,00

5.0 étoiles sur 5 Christine Orban dans la peau de Josephine : fascinant!, 30 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Quel effet bizarre faites-vous sur mon coeur (Broché)
Avec une empathie troublante, Christine Orban s’empare du personnage de Joséphine et nous fait partager ses passions amoureuses.

Tandis que Napoléon est exilé sur l’île d’Elbe, l’impératrice Joséphine, que ce dernier a répudiée après quinze ans de vie commune, décide de lui écrire, de consigner dans un cahier tout ce qu’elle a sur le cœur. Pour le repos de son âme. Pour tenter de comprendre comment leur philosophal amour a pu péricliter ainsi. Pour mettre des mots sur ses maux. Pour obtenir le pardon de celui qu’elle n’a jamais cessé d’aimer…

Car depuis ce jour où Napoléon l’a convoquée aux Tuileries pour lui annoncer sa décision irrévocable de divorcer, Joséphine n’est plus que géhenne." Combien de fois le mot divorce a t-il résonné dans ma tête depuis que tu l’as prononcé? Des milliers de fois. J’ai été battue, flagellée par un mot. Quand mon esprit sortira t-il du tourbillon dans lequel la douleur le retient prisonnier?"(P.17) Certes, depuis que Napoléon a découvert sa relation avec Hippolyte Charles, Joséphine vivait avec une épée de Damoclès au dessus de la tête. Un écart de conduite isolé toutefois, qu’elle n’a eu de cesse de regretter. Ce n’est cependant pas cette liaison adultérine que l’empereur toujours amoureux de sa femme, invoque, mais la raison d’état : il a besoin d’une descendance, or Joséphine ne parvient plus à enfanter. L’amour sacrifié sur l’autel de la gloire. L’État comme rival. Percluse de douleur, elle se retire à la Malmaison. Jamais plus elle ne recevra ses missives enflammées, jamais plus elle ne pourra l’étreindre dans le lasso de ses yeux. " Quelques secondes avant d’expirer, j’aimerais t’entendre me redire :" Douce et incomparable Joséphine, quel effet bizarre faites-vous sur mon cœur."

Dans ce roman rédigé sous la forme d’un journal intime destiné à Napoléon, Christine Orban se glisse avec sensibilité et finesse dans la peau, dans le cœur et dans la tête de Joséphine. Une osmose fascinante entre la romancière et l’impératrice, une immersion indiciblement juste et brillante dans l’univers de cette femme blessée et humiliée, émaillée de nombreux détails historiques. Le lecteur découvre alors l’impératrice, femme éperdument amoureuse et d’une ineffable bienveillance, loin des clichés réducteurs de femme légère et dépensière. Il entre dans son intimité et ne peut que constater que grâce au tour de force de Christine Orban, ce roman fait lui aussi un effet bizarre sur son propre cœur. Ou quand un destin singulier, un chagrin d’amour, recèle en lui des caractères universels qui toucheront chacun…

Un vrai coup de cœur!

P. 104 : L’attente est une présence différée, une présence envoûtante et obnubilante, chargée d’espoir, de souvenirs.

P.248 : Il y a des sentiments qui sont la vie même et qui ne peuvent finir avec elle.
Karine Flejo pour le blog Les chroniques de Koryfee


Le réveil du coeur
Le réveil du coeur
par Francois d' Epenoux
Edition : Broché
Prix : EUR 18,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un roman bouleversant, 25 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le réveil du coeur (Broché)
Quand Jean, quadra parisien, annonce à son père, affectueusement surnommé le Vieux, qu’il va être papa, la réponse de ce dernier est éloquente : " Je suis heureux pour vous. Inquiet pour lui." Quant à envisager de garder le petit lors de futures vacances, la réponse est tout aussi directe : " Plutôt mourir."
Car pour le Vieux, personnage un peu bougon, nostalgique, rebelle à la modernité, la vie s’est arrêtée à la période bénie des années 50. Depuis, il en est convaincu, le monde court à sa perte. Alors avoir envie de léguer ce monde-là à un enfant, voilà qui le dépasse…
Pourtant, la naissance de Malo va balayer bien des certitudes. Celles de Jean tout d’abord, que cette venue au monde va accoucher de lui-même. Elle va lui permettre d’expulser des désirs morts-nés et de faire enfin des choix de vie cohérents avec ses aspirations profondes. Une naissance qui va aussi chambouler le Vieux. Car connaître Malo, c’est l’aimer. Et le Vieux n’y échappe pas, se reconnaissant en ce petit être si touchant. Non seulement il l’adopte d’emblée dans son coeur, mais il accepte de le prendre un mois en vacances avec lui dans sa cabane en bois de Lacanau.
Dès lors, l’intelligence du coeur entre ces deux êtres va parler : des liens d’amour très forts et très profonds vont se tisser, chacun éveillant le coeur de l’autre à la vie, à l’espoir, à la tendresse. Au contact de son grand-père, plein d’une sagesse qu’il distille sous la forme de savoureux aphorismes, Malo apprend à observer ce qui l’entoure, à se poser dans ce monde où l’on court si souvent. Pêcher, bricoler, faire du vélo, reconnaître les arbres et les oiseaux, les poissons et les fleurs n’auront bientôt plus aucun secret pour lui. Quant au Vieux, la fraicheur de l’enfant, son enthousiasme, son appétit de vivre se révéleront contagieux. Et si le monde n’était pas si désenchanté qu’il le croyait?
Et si chacun avait le pouvoir de réveiller le coeur de l’autre?

Un roman bouleversant sur trois générations, trois hommes dont les liens du coeur vont tisser une bien belle trame.
Ce roman a reçu le Prix 2014 de la Maison de la Presse.
A lire!


Et je prendrai tout ce qu'il y a à prendre
Et je prendrai tout ce qu'il y a à prendre
par Céline Lapertot
Edition : Broché
Prix : EUR 17,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Une très belle écriture au service d'un thème magnifiquement traité: la maltraitance infantile., 23 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Et je prendrai tout ce qu'il y a à prendre (Broché)
« Je suis ce que j’ai fait. Je suis née quand j’ai tué » tels sont les propos de Charlotte, dix-sept ans. On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans, disait Rimbaud. On est très sérieux au contraire, revendique Charlotte. Et pour cause : cette adolescente a basculé depuis longtemps dans le monde des adultes. La légèreté, l’insouciance ne sont plus de son univers depuis une éternité.
Alors elle rédige une longue lettre au juge. Car elle l’a décidé, l’écrit sera la voie de sa voix. Pour mettre des mots sur ses maux. Pour habiller de termes sur mesure le corps de ses émotions. Pour rompre le silence qui était sien depuis dix ans. Rassembler les lambeaux épars de son être et reconstituer celle qu’elle était. Jusqu’au drame. Jusqu’à l’assassinat de son père.
Charlotte a sept ans quand sa vie bascule. Son père violent et caractériel rentre du travail furieux. Une fois de plus. Une fois de trop. Et sa femme de servir de défouloir à ses cris et ses coups. Une épouse résignée et soumise. « J’ai vu le processus qui a réduit ma mère à l’état d’esclave et son cerveau à celui de la non-pensée. » Sauf que l’enfant n’entend pas adopter la passivité de sa mère. Les mains sur les hanches, la mine renfrognée, pour la première fois elle ose par son attitude défier son père. Dans le seul regard de ce dernier, elle réalise toutefois aussitôt qu’il ne tolèrera pas cet affront. Pire : ce qu’elle vient de faire légitime à ses yeux qu’il la casse et casse en elle toute velléité de rébellion à l’avenir. Les coups pleuvent. Et la sanction tombe : il en est fini de la jolie chambre d’enfant aux couleurs tendres, au lit garni d’un bon matelas et de draps douillets; désormais, Charlotte dormira dans la cave, les poignets enchaînés, au milieu des souris, des sacs de patates, dans un climat glacé et humide. Les jours, les semaines, les mois passent. Ce n’était que la première nuit de dix années à passer dans ces lieux sordides…
Certes, le personnel enseignant, les services sociaux auront des doutes face à son visage livide, ses cernes, son manque de concentration ou encore cette peur qui l’accompagne en permanence. Mais les moyens mis en œuvre pour essayer de comprendre ce que cache un tel comportement sont dérisoires. Et inefficaces. Comment penser en effet qu’une enfant puisse parler devant son bourreau? Comment penser qu’elle n’ait pas à redouter les représailles sitôt rentrée à la maison? Alors l’enfant se tait. Et la maltraitance perdure sous l’emprise de l’intelligence diabolique de son père. Mais Charlotte, pour aussi silencieuse qu’elle demeure, n’abdique pas : « J’étais intimement persuadée que je possédais la force pour ne pas prendre le même chemin que ma mère. »
Céline Lapertot nous offre ici un roman remarquable. A bien des titres. Le style est magnifiquement maitrisé, fluide, efficace : les mots claquent, les phrases cinglent, les pages frappent. En plein cœur. Par ailleurs, l’auteur aborde la maltraitance infantile, la maltraitance tout court, avec intelligence et finesse. Pas de pathos ici, rien de gratuit, mais au contraire un roman qui démonte avec brio le mécanisme de l’endoctrinement, de la soumission, de l’observation effrayée du silence. Et qui dénonce aussi cette autre agression, au moins aussi forte que les coups : la cécité et la surdité feintes et donc complices, de l’entourage (famille, amis, voisins, corps enseignant).
Magnifique.
A lire absolument!

Karine Fléjo pour le blog Les chroniques de Koryfée


Celui dont le nom n'est plus
Celui dont le nom n'est plus
par Rene Manzor
Edition : Broché
Prix : EUR 20,00

5.0 étoiles sur 5 Un thriller magistral, 16 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Celui dont le nom n'est plus (Broché)
Celui dont le nom n’est plus, de René Manzor : un thriller magistral!
Publié le 16 juin 2014

Celui dont le nom n’est plus, de René Manzor
Éditions Kero, mai 2014
Grâce à une plume parfaitement maîtrisée, René Manzor signe un roman aux frontières de l’amour et de la mort dont on ne sort pas indemne. Un thriller haletant et dérangeant dont vous n’oublierez plus jamais le nom…
Si Mc Kenna, vétéran de Scotland Yard a vu bien des cadavres dans sa carrière, ce qu’il découvre ce matin-là dépasse l’entendement. Le tueur a éventré la victime, prélevé tous les organes thoraciques et abdominaux, abandonnant sa carcasse évidée sur une table. Une alliance malsaine du monstrueux et du sacré. Car rien n’a été laissé au hasard : la dépouille a été préparée selon un rite funéraire précis. Juste à côté, une épitaphe écrite dans le sang de la victime : « Puissent ces sacrifices apaiser l’âme de Celui dont le Nom n’est plus… » Plus troublant encore, l’assassin est rapidement retrouvé et s’avère être une femme qui aimait le défunt comme son propre fils. Pourquoi tuer un être cher? La vieille femme, en état de sidération, est incapable d’expliquer son geste, et pour cause, elle ne s’en souvient même pas.
Et ce n’est que le premier meurtre d’une longue série obéissant toujours au même modus operandi. Chaque jour en effet, un nouveau corps est découvert dans des conditions similaires. S’agit-il des actes d’une secte satanique? Sont-ils au cœur d’un monstrueux trafic d’organes?
Mc Kenna, très éprouvé par le décès récent de sa femme, accepte à contrecœur de collaborer avec Dahlia Rhymes, criminologue américaine, spécialiste en meurtre rituel et satanique. Pour plaider la cause de ces criminels au visage de victimes, un avocat de renom, Nils Blake, en retrait de la vie active depuis une transplantation cardiaque, se laisse convaincre de reprendre du service. Tous trois sont animés par le désir de faire émerger la vérité. Tous trois vont voir leurs blessures ravivées et leur vie à jamais bouleversée.
Après Les âmes rivales, brillant premier roman, René Manzor transforme l’essai et nous revient avec un thriller époustouflant. Une intrigue admirablement menée, un savant cocktail de suspense, d’ésotérisme, de profondeur, de sensibilité, de complexité et des personnages indiciblement attachants. Avec cette question en fil rouge : jusqu’où peut-on aller par amour?… Jusqu’à un point que même l’esprit le plus perspicace n’avait pas envisagé. Attendez-vous à une chute vertigineuse!
P. 64 : La vérité se nourrit du partage. Le mensonge, du secret.
Karine Fléjo pour le blog Les chroniques de Koryfée


Dans la remise
Dans la remise
par Inès Benaroya
Edition : Broché
Prix : EUR 18,00

4.0 étoiles sur 5 Une plume sensible et délicate. À découvrir!, 13 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Dans la remise (Broché)
Du désir d’enfant.
Depuis plus de dix ans, Anna vit avec Bertrand un bonheur simple qui ne cesse de l’émerveiller. Un bonheur que rien ni personne ne semble pouvoir entacher, pas même l’annonce de la mort de sa mère, Ava. Pour Anna en effet, Ava est déjà si loin d’elle, si loin de ses préoccupations et de son cœur depuis des années, que son décès ne fait qu’officialiser ce qu’elle ressent.
Et pourtant. Pourtant, cet événement qu’elle considère à tort comme un non événement va faire vaciller sa vie. « En mourant, Ava lui laisse un héritage empoisonné. La mort va de pair avec la mémoire. » Les souvenirs affluent. La pension, le manque d’amour, cette Monique qui lui a ravi sa mère, son père parti quand elle avait six ans, ses origines juives, sa grand-mère Tina. Depuis combien de temps détestait-elle sa mère? Des années. Dès lors comment concevoir de devenir mère à son tour, de donner de l’amour à un enfant, quand on n’en a soi-même pas reçu? Tout comme Tina n’avait pas su aimer Ava, Ava n’a pas su aimer sa fille. Pour cette raison, Anna a jusqu’alors toujours refoulé son désir d’enfant. Pour ne pas reproduire ce qu’elle a enduré. Pour mettre fin à la malédiction familiale perpétrée par ces femmes incapables d’aimer leur progéniture.
Parallèlement à ce décès, un autre fait vient perturber Anna. Elle découvre la présence clandestine d’un enfant d’une dizaine d’années dans la remise de son jardin. Un enfant qu’elle n’ose pas approcher, dont elle ne parle à personne, pas même à Bertrand. Que fait-il là? D’où vient-il? Anna y voit plus qu’une simple coïncidence : sa présence dans la remise est un signe du destin. « Il n’est pas venu par hasard. Il est venu trouver un abri, la tranquillité, une famille peut-être, une mère. Il est venu pour elle. Il l’a choisie. Ce n’est pas un hasard. Il n’y a pas de hasard. » (P.85) Un enfant auquel elle va s’attacher en secret.
La conjonction de ces deux évènements va conduire Anna à l’introspection. Une voie solitaire mais nécessaire pour se retrouver, se trouver enfin. Et si ce désir d’enfant pouvait finalement s’exprimer?
Un premier roman très prometteur, une romancière à la plume sensible et délicate. A découvrir!
Karine Fléjo pour le blog Les chroniques de Koryfée.


Les dieux sont vaches
Les dieux sont vaches
par Gwendoline Hamon
Edition : Broché
Prix : EUR 18,00

3.0 étoiles sur 5 Un émouvant hommage, 9 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les dieux sont vaches (Broché)
Gwendoline Hamon nous raconte sa mère, son destin hors du commun et à travers elle, l’histoire de cette famille pas comme les autres, réunie, soudée autour de cette femme fascinante au moment de sa disparition, pendant ces soixante neuf jours où les dieux ont été un peu vaches…
Six ans après le décès de sa mère, Gwendoline Hamon s’autorise à évoquer celle qui n’est plus, « avec une volonté d’expier une culpabilité enracinée au plus profond de moi et de me délivrer d’une douleur.(-) Je sais que je ne suis pas responsable de mon histoire familiale, mais j’en porte le poids. »
Novembre 2008. De retour de New-York, Zélie apprend une terrible nouvelle : sa mère Caroline a un cancer en phase terminale. Le médecin ne lui donne que huit jours à vivre. Dix tout au plus. Après le séisme de cette annonce, Zélie se ressaisit. Hors de question que sa mère apprenne l’existence de cette épée de Damoclès au dessus de sa tête. Hors de question qu’elle mesure la gravité de son état. Et en fille responsable que l’on a fait grandir trop tôt, Zélie décide de faire ce qu’elle a toujours fait : être la mère de sa mère, veiller sur elle, la protéger, la rassurer, la cajoler. Il s’agit de faire de ces jours de vie en sursis les plus beaux jours de sa vie. Alors elle informe un par un tous les êtres chers, pour que tous contribuent à rendre le crépuscule de la vie de Caroline tendre, joyeux, pétillant, lumineux.
Tandis que le temps file entre ses doigts là où chaque minute restante est précieuse, Zélie repasse le film de son enfance sur l’écran de son esprit. La femme amaigrie et faible qu’elle a sous les yeux, ce petit oiseau tombé du nid, était jusqu’alors une femme fantasque, en quête d’absolu, attirée par les voyants étranges, les forces occultes. Une femme tantôt tendre tantôt cruelle, qui oscillait entre crises de larmes, crises d’angoisse, envolées lyriques et exaltation pour le paranormal. Une femme enfant qui n’a jamais assouvi son besoin viscéral d’être aimée, pas plus qu’elle n’a su verbaliser son amour pour sa fille. Du moins jusqu’ici. Ces derniers instants à son chevet lui permettront-ils d’atteindre le Graal maternel?
Avec ce roman autobiographique, Gwendoline Hamon rend un hommage très touchant et indiciblement tendre à sa mère. Une maman qui de fait continue à vivre sous les traits de sa plume…
Karine Fléjo pour le blog Les chroniques de Koryfée


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