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Commentaires écrits par
Barclau "into the pit" (France)
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Ultraviolence
Ultraviolence
Prix : EUR 25,67

5 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le rêve américain est une belle illusion, 26 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ultraviolence (Album vinyle)
Ultraviolence est le disque que j’écoute le plus depuis qu’il est sorti. Rarement un album m’aura autant obsédé, et croyez-le ou non, j’en suis le premier surpris !
Quand "Born to die" est arrivé j’ai vomi dessus car j'espérais autre chose. La déception fût grande avec cette tentative de placement pourri, ptit truc hip hop par là etc...Tout sonnait falsifié alors que la matière était parfaite...et ma haine en fût exacerbée. A mon détriment. J’ai fini par me convaincre que les erreurs de Born To Die étaient des erreurs de producteurs. C’était bien le cas. Je revenais tout de même l’écouter par ci par là, regrettait ce petit passage, imaginant voire fantasmant un album qui aurait pu être à la place de celui qui fût.
Puis elle annonça vouloir arrêter la musique. J’y voyais un signe : elle avait été déçue, elle voulait proposer autre chose ! La suite me donnait raison, déjà avec "Paradise".
Puis arriva "Ultraviolence", l’album qui aurait pu être son premier, celui que son label voulut lui renvoyer à la gueule tant il semblait mauvais en terme de placement pub. Nouveau producteur, nouveau type aux manettes (et qui donc, Dan Auerbach quand même !!!). Tous les ingrédients réunis, manquait juste les chansons. Allait-elle nous pondre à nouveau des refrains aussi veloutés ? OUI ! et 14 fois ! Je fus pris dans un tumulte émotionnel alors que je voulais la haïr. Mais ses feulements de chatte prises par d’harassantes chaleurs (dixit ma femme qui déteste sa voix) ont fini par prendre le pouvoir. Ma tendre Leeloo a raison, on dirait une chatte qui se frotte sur un réverbère en nous suppliant. Mon dieu que nous sommes bassement libidineux, et mon dieu qu’elle l’a bien compris, avec ce qu’il faut de classe et de charme pour rendre l’affaire délicate.
Alors oui je sais, je perds dix points de crédit à la chroniquer, mais j’m’en fous j’en ai d’avance, et au pire j’irais en stage de redressement hein ! Pour "West coast" je veux bien faire ça. Dieu sait que j’attendais de la descendre, comme je le fais parfois trop systématiquement avec ce qui porte l’infâmante étoile jaune "mainstream". Je me fais à mon insu sergent de la police des goûts mais il fallut me rendre à l’évidence : je crois que West coast est le morceau que j’ai le plus écouté d’affilée. Impossible de m’en défaire. C’est bourré de phéromones voire trop, c’est le rêve américain. Je suis dans une cadillac, le vent chaud caresse mes tempes et fait griller ma cigarette un peu trop vite, je vois la danse des flammes tandis que Las Vegas s’allume. Une odeur de parfum haut de gamme, un peu trop pour mon pedigree prolo, m’envahit les nasaux habitués à l’humus et au fer forgé. Mais si sur son précédent je me sentais totalement exclu, attendant devant la porte d’entrée gardée par deux videurs, avec ce nouvel album les effluves sont trop fortes, et soit les armoires à glace me laissent passer soit je les déboîte. Je sais maintenant ce qu’est l’insupportable chant des sirènes, celui qui fait de "Brooklyn baby" un titre aussi beau et apaisant que violent dans les émois qu’il provoque. L’invitation de "cruel world" est une ode au saut dans le vide. Et le refrain de "Ultraviolence" ! Depuis quand n’ai-je pas été enveloppé à ce point ? C’est le luxe, avec ce qu’il faut d’accessibilité pour mélanger l’odeur des parfums Givenchy avec celle de travers de porcs à la texane. Ce n’est plus le rêve, mais le magnifique mensonge américain. Celui qui fait que leur variété passera toujours pour de la haute couture à côté de la nôtre.
"Shades of cool" avec sa ligne mélodique si simple est encre une preuve. Avant tout vient l’organe, cette voix qui vibre et fait vibrer des pieds à la tête avec tout ce qu’il y a entre. Un refrain cotonneux, au dessus d’une carte postale de New York sans aucune pollution avec décors en carton pâte. Bordel j’ai forcément repensé à Hope Sandoval, mais aussi aux ambiances étranges d’un Tueurs-nés, notamment ce morceau obsédant : History repeats itself. Mélange de folie et d’esthétique, rêve et réalité croisés comme bien sûr dans l’inévitable Lynch qu’on verra en toile de fond (mais vraiment de fond hein, juste pour l’image féminine qu’il aime développer).
Vous l’aurez compris, ce disque est un disque de fantasmes, d’années folles, d’interminables voitures et jambes suivies de violentes robes, de boucles blondes (fausses bien sûr) et regards azur dissimulant un alibi carnassier. C’est la femme d’Hitchcock, fatale dans tous les sens, la prédatrice. Celle qui foutra le bordel dans vos ménages et vos méninges.
Au delà de toutes ces considérations de gamin de campagne ayant imaginé un idéal américain aussi faux qu’un sabre laser, il y a aussi autre chose dans ce disque : Lana Del Rey a bien repris le pouvoir et prouvé qu’elle en avait à raconter, que la forme était primordiale et que par cette même occasion on pouvait se permettre beaucoup de libertés. Et dans certains textes elle en use bien plus que certains groupes du sacro saint underground qui ne sont pour la plupart qu’une bande de putes n’ayant simplement toujours par réussi à ouvrir leur propre maison close.
Je m’en vais avec mon disque en voiture, m’imaginer au fil de ce qui sera probablement ma centième écoute du disque, que les routes de campagne que je sillonne sont en fait celles des bords de mer floridiens. Mon kangoo deviendra une eldorado, la route s’élargira et les lignes deviendront jaunes. Peut être Lana fera t elle du stop on the way to the top hahaha !
Aucune réalité ne vaut un rêve ou un fantasme. Ou le contraire. Je sais pas, c’est peut être ça l’ultraviolence.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (5) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 1, 2014 4:42 PM MEST


White Light Generator
White Light Generator
Prix : EUR 18,00

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Perfection generator!, 9 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : White Light Generator (CD)
Tout du long ce disque n'aura eu de cesse de me renverser.
Imaginez: on commence par une belle ballade avec une voix caressée par une douce reverb, le genre qu'Elvis n'aurait pas renié dans ses heures inspirées. Guitare sèche, quelques notes de slide. Vache voilà un début qui est aussi audacieux que sobrement enchanteur!
Mais qui ne laisse rien présager de la suite. "No! part 1" commence par un beau riff mélodieux invitant à la tristesse. Et l'ensemble entre dans la danse avant la première minute. Pouah on dirait une version actuelle de l'immense "Hurricane" de Neil Young. Tout tient dans le parfait dosage de chaque élément, par exemple ce discret piano qui chapeaute la mélancolie, cette batterie parfaite qui co-compose le riff dans un subtil mix de limpidité et de puissance. Avant d'écrire j'ai écouté le titre à foison. Et la voix, quelle voix! Sans excès, belle, un timbre touchant. L'absence d'excès est probablement leur atout majeur, surtout qu'il est serti d'une ambition mordante, d'un panel émotionnel énorme. Tout fait sens, le son de guitare...L'enchaînement à "No! part 2" est limpide, fondu l'un dans l'autre, offrant déjà une troisième palette d'émotions à ce disque à peine entamé. Si les références sonores vont à Pink Floyd, elles sont en catimini, derrière ces chœurs célestes. Et puis cette maîtrise de la parcimonie offre toute sa splendeur au passage vers la seconde minute, d'une intensité rare. Accord lâchés, progression mélodique qui fait sensation, le titre flirte avec la dizaine de minute dans une construction très réfléchie faisant écho au titre précédent vers la septième minute. On sent un travail de fond et de forme énorme.
Un travail qui fait de "let's have an apocalypse now" un des meilleurs titres que je me sois mis sous les oreilles depuis un bout de temps. J'aurais du mal à décrire ce qui me passe par la tête à son écoute. Comme si Neil Young avait voulu composer "Song X" en pensant à "The lake" de Bathory et empruntant à Vangelis ses chœurs marins de "Conquest of paradise". Magnifique. Les guitares sont en puissance, envoyant des coups de rame électriques.
"Black light generator" est un morceau rock puissant, inspiré, aux couches sonores impressionnantes nourries de tout ce qui s'est fait jusqu'à présent. Obsédant!
Le disque est divisé en deux parties correspondant à des faces (pour ceux qui l'auront en vinyle ça fera plus sens, ce qui va vite être mon cas!!!). La "white side" commence par l'entêtant "Northern comfort". Un beau morceau qui montre aussi le sens de la formule de ce groupe hybride ne reniant justement jamais à sortir du confort, en témoignent ces vocalises féminines magnifiques qui feront penser à ces orchestres vocaux bulgares qui m'ont souvent obsédé (les mêmes qui ont du inspirer Kenji Kawaï quand il a composé les b.o de Ghost In The Shell). Ces rencontres font qu'on touche au miraculeux! "Wake me up when it's time to sleep" apporte une sérénité qui donne encore une nouvelle dimension à l'album. On se rapproche de certaines belles productions de chez Kscope. Une voie que le titre suivant perpétue dans une atmosphère un peu différente mais tout autant majestueuse dont les superbes harmonies vocales ne sont pas sans rappeler les meilleurs morceaux de Midlake (même si ce groupe est plus ancré dans la galaxie folk, ils partagent un sens proche de la beauté des harmonies).
Crippled Black Phoenix trouve toujours un moyen de rendre chaque morceau unique. Non seulement leurs mélodies sont profondes et ultra soignées, mais leurs arrangements sont très réfléchis, quasiment uniques pour chaque titre. Ainsi vont les magnifiques cuivres de "You'll be murdered". Y'en a beaucoup qui savent utiliser ces instruments à si bon escient, à part Jason Lytle? Ou le piano de "We remember you". La partie lead de guitare avec les chœurs renvoie à Gilmour dans une version plus saturée. C'est beau bordel. Tout comme cette montée finale qu'on pourrait qualifier de post-rock sans le côté chiant que ça pourrait induire. Tout sonne justifié au service des morceaux. Les longueurs servent une immersion encore plus profonde. Et pour finir, "a brighter tomorrow" étire le temps dans une très lente valse d'espoirs. Ethérée, vaporeuse, majestueuse, cette fin est on ne peut rêveuse et me rappelle ces nuages sur lesquels Sparklehorse m'envoie. Vous voyez un peu la constellation que parcourt le groupe?
Un groupe qui ne se refuse rien et à qui ça réussit particulièrement, navigant entre les étiquettes pourvu que ça sonne. Les définir? Inutile.
Ce disque fût une véritable expérience. Je l'ai écouté d'une oreille vierge (sans rien lire), ce qui a rendu la surprise totale, sans la pression de mes attentes. C'est ensuite que je me suis renseigné et que j'en ai mieux compris l'impact. Crippled Black Phoenix est ce que certains appellent un super-groupe (un terme qui ne veut rien dire) qui a vu passer une trentaine de types, membres de Mogwai, Iron Monkey, Electric Wizard.
Une liste de noms ne garantit rien bien sûr, mais cette vision particulière que développe se groupe hors dimensions (actuellement huit membres) s'explique probablement par leurs autres expériences. Chacun doit venir avec des idées et ambitions qu'il ne peut exprimer dans ses autres projets, ces rencontres donnent alors des explosions créatives. Je n'avais pas écouté de disque aussi stimulant et fusionnant de créativité depuis Jaga Jazzist, car même si les deux groupes n'ont rien à voir, j'y retrouve cette même effervescence jouissive sans limite.

©copyright Pavillon 666 & Barclau
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 9, 2014 9:14 PM MEST


Celebration Of The Wake
Celebration Of The Wake

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Désespoir et vide cosmique, 9 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Celebration Of The Wake (CD)
Après l'intro un poil inquiétante mais basique nous arrive en pleine poitrine un "Chains of frost" au nom on ne peut plus cohérent. En pleine poitrine car c'est comme un pieu s'enfonçant lentement dans le cœur. Très beau, sombre, on atteint une vraie apothéose mélodique et contemplative. Le plus étrange est cette richesse confrontée à cette voix paradoxale, genre de grognement de fond de gorge, gargarisme de créature aux consonances porcines...étonnamment ça n'entache pas la beauté mortifère de la musique. Je dirais presque que c'est le contraire, comme si ça surélevait l'ensemble d'une saveur malsaine. Les arrangements sont comme les dorures d'un cadre de tableau, le tour qui magnifie le dedans sans intervertir les rôles. "Infinite halls" a une ambiance très noire, funéraire. Très proche d'une messe, le genre qui me ferait me lever tous les dimanches à 6h. "Angel of desolation" est mon coup de cœur du disque avec son intro comme jouée par un vampire agonisant, métaphore filée par le chant glauque à souhait. Tout y est, le côté romantique noir auquel tient le groupe, l'orgue macabre. Un titre d'une profondeur et d'une beauté comme j'en aimerais plus souvent, ça sent le cadavre d'une belle mariée dont les pleurs couleraient encore dans sa tombe, mêlés de quelques vers. "Leviathan" continue la marche avec son riff de guitare aigu (soutenu par de bons gros accords graves) entêtant, comme une litanie tandis que "Celebration of the wake" commence dans une tonalité moins obscure. La musique s'y fait cosmique (ben oui il fallait bien y venir) tout comme les paroles (sans partir dans un trip spatial hein!). La lenteur y revêt un autre sens, celui d'une longue dérivation dans des espaces infinis mais toujours aussi noirs.
Le trio (qui a splitté entre temps) est en fait la "rencontre" de trois esprits dont l'un réside en Pologne, l'autre en Norvège, et le dernier en Syrie. Difficile donc de les cataloguer géographiquement, si bien que leur label russe pourrait servir de liant dans toute cette histoire. Cosmic Despair offre ici un album noir, étrange, personnel, aussi bon que ceux de leurs compatriotes de style Abstract Spirit (dont la voix est parfois proche). On pourra aussi dire que Cosmic Despair fait honneur à ses références, notamment Colosseum ou Thergothon dont ils reprennent à leur façon un titre pour clôturer l'album, "The unknown Kadath in the cold waste". Cette version nous permet d'entendre la réelle différence qu'apporte le combo, bien que combo soit une mauvaise désignation pour ce projet principalement mis en place par Azathoth qui écrit quasi tout et Stormalv, rejoint par Sam aux claviers dont les arrangements participent grandement à la réussite du disque. Il ne me reste donc qu'à m'intéresser vivement à tous ces autres projets qui gravitent autour des membres, convaincu par leur réunion et par leur magnifique célébration.

©copyright Pavillon 666 & Barclau
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Lobotocracy
Lobotocracy
Prix : EUR 17,29

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Lobotomie métallique, 9 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Lobotocracy (CD)
Ce groupe a la délicatesse d'Attila. On se prend rapidement une rafale sonique si massive qu'elle semble physique. Bien sûr tout ça c'est la magie de la production (impressionnante), souvent un mince rideau de gonflette qui tombe vite en live. Pourtant la puissance du groupe ne se résume aucunement à son son, mais bien à ses riffs qui semblent avoir été façonnés par une presse industrielle de dix tonnes.
Je pourrais être comme ils ont été avec mes oreilles et balancer que ce disque est une simple brute épaisse, le genre qui coupe de la dentelle avec une hache de guerre. Tapant dans des registres divers, du moment que l'agressivité extrême mène la danse, Colossus mène sa bataille vaillamment. Un groupe dans la ligne de cette scène metal à la brutalité quasi bestiale (Nephalokia, The Walking Dead orchestra, les italiens de Nerve par ex) qui, je ne puis le cacher, participe aussi d'un certain sentiment de fierté! La France se révèle de plus en plus et quand sa sidérurgie flanche, sa scène brute de fonderie martèle et forge des brûlots hallucinants.
Pour le thème du disque pas besoin de jouer à la devinette. Et autant dire qu'il tombe à point avec toutes les polémiques actuelles, l'avancée de la technologie et de la surveillance. Les plus pessimistes brandiront Farenheit 451, 1984...Des bouquins qui sont en filigrane à travers les excellents textes questionnant nos capacités d'action ainsi que les possibilités de plus en plus minces de développer une personnalité. D'ailleurs Colossus ne manque pas de personnalité, avec ce mélange de "modern" qui tient avant tout dans la production, le tout nourri à la bonne vieille sauce death metal. En gros, un groupe qui regarde devant tout en gardant les pieds dans les racines. L'exécution est juste parfaite, millimétrée, donnant un aspect inhumain presque aussi oppressant que ces descriptions anticipées des travers de nos sociétés. Le chanteur n'hésite pas à explorer plusieurs registres. Chaque titre est d'une force incroyable, "The beyond chronicles" témoignera de la pluralité des influences mais surtout de la façon dont elles nourrissent un propos nouveau. On y entendra un peu de Nile, The Dillinger Escape Plan.
Parfois les gros riffs bien graves nous enverront carrément vers Cannibal Corpse (le départ de "The Combustion Point" par ex). Ce qui donne cet aspect moderne c'est bien leur capacité d'hybridation dont ils se servent à merveille pour offrir un album riche qui malgré sa violence frontale n'est pas lassant. Le monstrueux "The path of retalation" est un bel exemple de leur façon de faire passer une grosse dose de brutalité, en la cassant, en plaçant des breaks monstrueux, bref en construisant leurs morceaux très intelligemment. J'imagine que sur scène le tout sera d'une efficacité redoutable. "Endless torments" est mon morceau préféré du disque, avec son riff quasi épique et carrément martial vers une minute. "Worst clone award" fonce dans les territoires hardcore voire mathcore pour certains passages avant de lâcher les chiens pour une attaque en règle. Le disque finit sur le magistral "Seize my final breath" aux relents de Napalm Death, comme une volonté d'assurer une sorte de continuité, porter l'étendard d'un son et d'une scène et lui proposer de nouveaux buts.
Le tout est appuyé par un artwork magnifiquement travaillé. Chaque image est chargée de sens, se lit comme un texte. C'est vraiment agréable d'avoir un bel objet qui participe activement à l'expérience d'écoute.
"Lobotocracy" est une réussite qui vous labourera la tête et laissera de beaux dégâts à sa suite.

©copyright Pavillon 666 & Barclau
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Bliss
Bliss
Prix : EUR 9,99

5.0 étoiles sur 5 La folie c'est le bonheur, 9 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Bliss (Téléchargement MP3)
Bliss, ça veut dire bonheur. D'emblée je vous l'annonce: ce disque m'en a beaucoup procuré. D'abord musicalement, car cet album fait partie de ceux qui donnent envie d'écrire, de ceux qui méritent d'être décortiqués avec attention. L'objet est complexe et a plusieurs niveaux de lecture.
Commençons donc par la musique. 21 morceaux! Presque une heure et quart de musique. C'est conséquent, et il faut offrir du temps à ce disque pour profiter de ses subtilités. Vous pourrez aussi très bien écouter les titres à votre guise, dans n'importe quel ordre. C'est là une grande force. Au menu, et bien c'est un repas très complet, généreux, amuse-bouche, digestifs, plats principaux, dessert, enfin la totale. Mais attention, derrière le chocolat la douleur attend son heure. Et elle se manifeste rapidement, par la mélancolie, la violence, dans des formes très variées.
Chocolate Pain propose avec Bliss un album de rock indé au sens très élargi, qui lorgne près des frontières des genres. C'est ce qui le rend complexe. Aussi, le groupe a fait des choix risqués, au profit de sa vision. Notamment le fait d'insérer des phases de narration entre les morceaux, surtout au début, coupant ainsi le rythme de l'album. Risque que j'ai apprécié, parce que ça rend l'objet distinct, on a l'impression d'écouter une bande originale de film. La construction du disque est impressionnante de cohérence, on pourrait penser à un opéra rock sans la grandiloquence, à un album concept sans le pompeux, à une comédie musicale...mais en bien, voire un cabaret rock déglingué! J'y reviendrai.
Musicalement Chocolate Pain est épatant, envoyant dès "Feeling like a looser" un rock indé presque garage, avec un refrain aux relents punk. Et ça n'est que le début! "Who's the daddy?" est excellent, rythmique à la maîtrise parfaite, voix harmonisées, avec une sorte de second degré, voire d'hystérie, qui n'est pas sans rappeler le premier album de System Of A Down dans ses moments de roue libre. Les riffs sont impeccables. Pas possible de faire du titre par titre, car l'album est très dense, mais les compliments que je viens de faire sont transposables à chaque morceau.
"Sin Wave" amène une pointe de mélancolie, sans oublier cette schizophrénie vocale qui parcourt le disque, totalement en adéquation avec l'objet de l'album (j'y viens!). Le son, la production, rend le tout limpide, chaque élément est parfaitement audible. "The Box" est la continuité parfaite du précédent. C'est fou et beau à la fois, avec de bons passages hurlés, sans déconner, il sait gueuler fort, et appuie bien leur penchant pour la scène post-hardcore. "Addiction" fait aussi place à la mélancolie, celle d'un cœur arraché.
Le tout garde un côté foutraque du meilleur effet, bordélique, et puissant. On pourra penser à At The Drive In des premiers albums, notamment sur "Break the fuse".
"The parcel" est un bel intermède avec narration et passage piano/voix. Chapeau au chanteur qui sait faire vivre son histoire! Avec "The last tango", on met le cap sur un rock décalé à la Man Man, le genre qu'on retrouve chez Anti. Je pousserais jusqu'à dire qu'on pourrait avoir l'impression d'un morceau de Tom Waits sauce rock décadent, c'est pour dire! C'est presque un pléonasme, qui va aller au paroxysme...Car le tout sera poussé encore plus loin avec "Story of Max", sûrement le clou de l'album. Carrément théâtral, burlesque, on s'imagine dans un parc d'attraction où tout est défoncé, tenu en marche par une bande de créatures, une distorsion du monde à la Tim Burton. Le tout devient une fanfare malade, avec cuivres, chœurs, et une voix féminine qui part en jolies vocalises, avant de péter la soupape, et de chanter comme une forcenée. Quitte à péter les plombs, autant le faire à fond! Franchement, ça fout la chair de poule, on a l'impression d'avoir une camisole. Lisez le texte, tout est dit. Et ça ne s'arrange pas avec "The letter".
Si Chocolate Pain a des tendances noise, le groupe ne se prive pas d'émotion, comme le beau "Bro song" au piano et accompagné de violoncelle, ou le touchant "Life", résumant parfaitement toutes les sensations contradictoires que l'on vient de recevoir, qui font de cet album le parfait reflet de la complexité des sentiments humains.
Deuxième gros point fort, les textes. Là c'est le pompon, car c'est une véritable histoire qu'on lit, carrément un film, avec une construction presque en acte, la folie des morceaux en adéquation avec les errances mentales/morales des personnages. On pourrait alors presque parler de montage pour les morceaux. On se rend compte que chaque mélodie est le reflet des phrases, que chaque intonation fait sens avec ce qui est chanté. Une histoire touchante, révoltante, violente, de deux perdus, Syd et Max. Le tout se déroulant sur un scénario excellent. Le premier n'arrivant plus à vivre avec ses sentiments, se retire le cœur et le met dans une boîte pour pouvoir passer une soirée tranquille. Il y rencontre Max et Dawn...vous savez ce qu'il vous reste à faire pour connaître la suite. Le bonheur n'est pas chose aisée, chacun a ses façons de le vivre, de le fantasmer. C'est parfois triste ou pathétique, c'est humain. Bliss, que ce soit pour sa musique ou ses textes, est un remède aux clichés, une tentative d'expliquer et de faire ressentir la difficulté d'être, et parfois l'étonnante voire paradoxale simplicité du bonheur.
L'album forme un cycle qui se termine comme il commence, Chocolate Pain est de ces groupes qu'on attend et qui rendent les jours meilleurs. Le tout présenté dans un beau digipack avec un bien joli artwork. On a la bande originale, vivement le film! En attendant, merci pour ce grand moment!

©copyright Pavillon 666 & Barclau
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Amorphous
Amorphous
Prix : EUR 26,94

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Vivifiant!, 9 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Amorphous (CD)
Je découvre le groupe avec leur dernier et second album, et je dois dire que si la pochette m'a fait craindre le pire, c'est en fait très enthousiasmant. Le son est excellent, la dynamique parfaite. Dès "The infected enigma" on est happé dans leur metal polymorphe aux riffs ciselés et puissants sans négliger un aspect mélodique. On pense un peu à Soilwork. "A bleeding sunset" commence par une intro presque Hendrixienne pour s'emballer en puissance après. Idées fortes, chaque riff fait mouche en privilégiant l'efficacité. Le break mélodique après la seconde minute est très beau et parfaitement relancé. "Behold regression" nous montre le savoir faire étendu du groupe à l'aise dans beaucoup de registres, entre voix tirant parfois vers le post-hardcore ou le death à la suédoise, les riffs tantôt mélodieux, tantôt très power metal. "The veil fragments" fera office de véritable morceau de bravoure compactant toutes leurs ambitions. Chaque morceau explore un peu plus leurs possibilités, notamment "Hateseed" plus bourrin, "Shining Phoenix" avec sa construction parfaitement développée, aux textures réfléchies qui emprunte presque au progressif. Le dernier morceau nous fait quitter le disque tout en puissance.
Un très bon album bien revigorant. Une mise en place chirurgicale, technique sans faille, énergie forte, au delà des multiples étiquettes, on se prend avant tout un bon gros disque de metal qui en a dans la tronche et dans le caleçon.

©copyright Pavillon 666 & Barclau
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Theomorphic Defectiveness
Theomorphic Defectiveness
Prix : EUR 8,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Au delà de l'Oural le doom est roi, 9 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Theomorphic Defectiveness (Téléchargement MP3)
Après la descente cosmique par Station Dysthymia (dans lequel des membres d'Abstract Spirit étaient invités), c'est au tour d'Abstract Spirit de me lancer dans d'autres méandres avec leur quatrième coup de pelle.
C'est incroyable les ressources que l'on a pour se faire du mal, mais ce mal ou malaise m'est devenu agréable. Comme lire un Lovecraft en somme, parce qu'on aime sentir le sol de nos certitudes se dérober sous nos pieds.
C'en est difficile à décrire tant ça cumule d'étranges impressions à notre subjectivité. Je ne voudrais pas trop intellectualiser le disque en lui collant un sticker "impressionniste" sur la tronche, mais parfois je ne vois pas comment en parler. Peut être comme d'une de ces peintures qui décrivent à elles-seules un état du monde ainsi que l'état de pensée de l'artiste, probablement autant bouffé par son œuvre que par le monde...Allez savoir, ce que je sais c'est que ce disque, à l'instar de quelques autres de funeral doom que j'ai chroniqué ces derniers temps, propose un monde dans lequel on met nos propres projections pour une chute lente, une sorte de décrépitude.
"Theomorphic Defectiveness" entame notre âme avec son entrée imposante. La construction du titre tiendrait presque de la littérature tant elle semble suivre ses mouvements en fonction de son message, comme une illustration. Il y a une violence et une puissance que j'ai rarement trouvé dans le genre, non seulement due aux vocaux caverneux et agressifs, mais aussi au son tranchant. En d'autres termes, l'insécurité est permanente, la beauté écorche. Les thèmes développées sont somptueux, avec cette chape de son constante d'où sort cette impression de violence lourde. La lenteur magnifie le propos, ainsi que les incursions d'arrangements ponctuels très bienvenus, que ce soient les cuivres sonnant comme la symphonie de la fin du monde, les voix douces et désespérées.
Le second titre continue dans cette cavité sombre, déchirante. L'ambiance est très forte, suffocante avec ces quelques notes énigmatiques suspendues, d'une origine inconnue! La fin du morceau, avec ses voix claires, tient de la grâce macabre.
"Leaden Dysthymia" est très massif, grave. L'instrumental se concentre sur moins de six minutes intenses, avec encore une fois un cuivre (une trompette?) qui donne une dimension hallucinée. Parfois, il suffit juste d'un peu d'audace!
A chaque fois, un passage fait exception dans leur ensemble de déjà très grande qualité. Par exemple cette étrange messe doom peu après la seconde minute dans "Prism of muteness". Totalement mystique. On ressort un peu engourdis de cette dérive, voire hagard, d'autant que "March october" cover de Skepticism remplira la tâche de nous achever. Issu de l'album "Alloy" du groupe mythique, cette version est très orthodoxe mais gagne en intensité, et puis comment résister à cette fin ultime...Je n'ai pas pu, à vous d'essayer.
Je rejoins totalement l'avis précédent (de l'excellent site Aux portes du metal).

©copyright Pavillon 666 & Barclau
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The Art of Commitment
The Art of Commitment
Prix : EUR 19,28

2.0 étoiles sur 5 L'art de la redite, 9 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Art of Commitment (CD)
Si ce disque était sorti en 1995 j'aurais aimé. Mais là, la nostalgie évidente (et bien menée) tourne souvent en exercice rétrograde. Pas vraiment revival, on sent une intention d'être tourné vers l'avenir en regardant dans les 90's (ma période de prédilection), mais voilà souvent on frise l'anachronisme.
Bon, ne boudons pas non plus tout le plaisir. Les refrains accrochent bien notamment celui de "N.B.M.A", le chanteur a un excellent timbre qui emprunte forcément à Layne Staley. Et c'est peut être aussi là que le bât blesse. J'ai écouté jusqu'à l'overdose la scène 90's metal et ses transformations, aussi j'entends trop de résonances. Ici un riff typiquement Anthrax période "the sound of white noise", ici du Metallica, ici du Alice In Chains...
J'aime bien l'entrée de "Humans are pollution" et son couplet connoté thrash de la bay area, pour le coup savamment mélangé avec d'autres influences. Mais vite les structures très classiques lassent. Quand ce n'est pas la production qui gâche le reste. Par exemple les guitares sur le refrain de "the end of everything" qui sont trop imposantes. Ok on veut mettre de la puissance, de la tension. Mais pour ça il aurait peut être été judicieux de relever la batterie qui est totalement noyée. On finit par seulement la deviner sous ces couches totalement excessives de guitare dont le mix paraît parfois bâclé (tout comme le son qui semble surboosté et sans chaleur aucune). Et puis ce chorus insupportable comme les soli déclassés, tout participe à une impression d'anachronisme foutraque sur ce titre interminable (pourtant je suis amateur passionné de prog), impression qui se confirme sur le reste du disque. "Mirror/mirror" frôle le cliché, peut être pas autant que "Broken zero" et son solo pénible et inexpressif. "The art of commitment" flirte un peu trop chez Metallica en reculant encore plus dans le temps. On sent qu'ils adorent "Orion" , moi aussi, mais qu'ils l'ont très mal digéré...Ou mal régurgité...
Il m'est dur d'être dur, je cherche toujours à soulever des aspects positifs. Ici il y en a un gros: il y a une substance, un fond intéressant. Seulement la forme avec laquelle il a été travaillé est à mon goût (je précise) inadéquate. Pourtant les musiciens sont plus que bons, impliqués voire habités. Donc finalement au delà de tout, je m'auto-modère. Si ce que j'entends là est leur objectif, je vous souhaite bonne continuation sur votre chemin, et ne vous souciez de rien à part de vos envies.
On a droit à trois bonus, qui pour moi furent des malus...ceux qui aiment apprécieront la générosité. Je reconnais tout de même que "I am the enemy" (remix du premier morceau du disque) ouvre une perspective bien plus intéressante, dans les traces de Misery Loves Co. Une orientation probable à l'avenir?
Par acquis de conscience j'ai écouté l'album en entier, péniblement. Si sur le papier il y avait tout ce que j'espérais, sur le disque il y avait tout ce que je redoutais.
Un album qui trouvera sa place chez les nostalgiques les plus aveugles, et qui aurait pu paraître à sa place il y a vingt ans...

©copyright Pavillon 666 & Barclau
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 9, 2014 12:08 PM MEST


Kaleidoscope
Kaleidoscope

5 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Horizon progressif, 29 janvier 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Kaleidoscope (Album vinyle)
Chronique délicate! Le trop plein d'adjectifs et superlatifs est blacklisté. Le tour de force de ce bien nommé "Kaleidoscope" est qu'il a principalement su toucher l'auditeur que je suis alors que le musicien et guitariste en moi furent stimulés en premier. En cela j'avance que Transatlantic est probablement un des plus grands groupes de rock progressif populaire depuis bien longtemps. Quoi??? Oui, vous avez bien lu, et alors que vous vous soulevez de votre chaise prêts à hurler au scandale, je persiste et je signe, mais j'explique!
D'abord ce disque est le reflet exact des personnalités qui composent le groupe: un disque positif. Pas besoin de fausse noirceur ou puissance pour se donner de l'importance. Non, "Kaleidoscope" est un disque de lumière, une lumière qui enveloppe. Aussi, l'album développe des thèmes et textures larges, magnifiques, et évite un écueil: faire de la musique pour musicien.
C'est en cela que je trouve cet album, ce groupe, populaire. Dans le sens d'il y a quarante ans, quand on ne tirait pas la musique vers le bas pour prétendre à un universalisme qui tient seulement d'une uniformisation insultante.
Mais voilà il faut admettre que le prog fait partie des genres souffrant avant tout de notre élitisme. Je suis coupable aussi, comme si cette musique devait être réservée. La faute à la perte d'authenticité d'une époque? On se prend pour les gardiens du temple? Je ne sais pas, mais ça ne sert pas la musique. Oui ce disque avant tout m'a fait poser des questions, sur cette scène, sur la possibilité de faire exister un tel album, son devoir, son pouvoir.
Remettons nous en contexte. Il y a quarante ans, entendre Yes à la radio (avant leur période fm) était courant. Voir Jethro Tull à la téloche, parler Genesis, discuter King Crimson, c'était banal. Aujourd'hui, ces groupes ne pourraient se former, Pink Floyd ne trouverait pas un café concert pour jouer Dark Side Of The Moon et aucun label ne produirait un l'album...pas possible de vendre des 4X4 avec une musique pareille!
Et bien Tansatlantic pense qu'on ne peut pas se moquer des gens comme ça, qu'on doit rester ouvert à tous, accessible, sans niveler vers le bas. Avant tout, c'est le public qui sera kaléidoscopique, attiré par cette musique de passionnés pour passionnés, même si forcément les musiciens seront émus par l'expressivité technique du groupe.
Et les morceaux dans tout ça? Comment vous décrire ce qui défit toute mesure? Deux possibilités, soit vous connaissez le groupe, et n'aurez comme principale surprise que le grand bonheur de les retrouver en si grande forme. Soit vous ne connaissez pas du tout, et alors bienvenu dans le voyage.
L'album s'ouvre sur "Into the blue", titre fleuve de 25 minutes qui ne connaît aucune perte, aucun moment superflu. La fluidité de la composition est magistrale, et dès le départ le thème très ouvert enchante. Puis la tension arrive vers la seconde minute, monte et monte jusqu'à cet énorme riff puissant à la si belle signature prog rock. Le chant démarre (Neal Morse) puis Roine Stolt ensuite et l'extase s'ensuit. Le point d'orgue pour ma part, c'est la reprise du riff inaugural vers la douzième minute avec harmonisations. L'apogée, qui nous amène vers une magnifique succession de leads très musicaux. La sortie de cette mini saga est dans le pur style Neal Morse, une échappée belle avec ce sentiment d'ouverture, d'avoir gagné quelque chose au passage. En fait, on se sent mieux.
Les trois morceaux qui suivent sont plus courts et sonnent comme des mains tendues vers les curieux que les longues compositions complexes pourraient rebuter. Un vrai kaléidoscope, oui. Avec une force unificatrice, la même qu'on trouve dans les meilleurs Genesis, dans The Yes Album (que j'écoute à foison). "Shine" ouvre la série des chansons "courtes" avec plus de 7 minutes. Ce morceau a une histoire: Neal Morse l'a écrit avant Momentum mais il y sentait un goût de Transatlantic, comme si l'envie de se réunir germait et que le temps était venu. Autour de cette chanson en quelque sorte, qui sonne comme la beauté et l'évidence réunies. Le reste des morceaux sont le fruit d'une écriture de groupe.
"Black as the sky" a ce magnifique côté nostalgique grâce aux claviers. Rythme entraînant, j'ose prononcer le mot "tube" car il n'y a rien de putassier, juste un caractère irrésistiblement accrocheur (comme je le pense du génial "Silent Sorrow" de The Flower Kings avec des claviers analogues). Le refrain est puissant, les passages instrumentaux très mélodieux ainsi que la fin du morceau offrant un thème épique magnifique.
"Beyond the sun" est une belle balade au piano avec pedal steel jouant des délais pour une belle réminiscence de Pink Floyd. Un morceau qui fait le pari de la pureté.
L'album s'achève comme il commence, sur une pièce d'orfèvre, le génial "Kaleidoscope". C'est parti pour une demi-heure d'enchantement, dont les cinq premières minutes sont déjà d'une richesse d'écriture impressionnante. Tout y passe, puissance sonore, puissance émotionnelle. La pièce garde tout du long cette alchimie entre efficacité, aventure et accessibilité, et se développe comme un scénario de film (le passage vers la treizième minute est très évocateur dans ses retournements). Transatlantic ne fait pas des enchaînements de plans, il s'exprime. Le groupe est une entité qui se décrit à travers ce genre de morceau, clôturant une quatrième épopée magique hors du temps. Un disque déjà dans mes incontournables.
La fusion du groupe tient de la magie, la dynamique et l'inventivité de Portnoy jouissent d'une liberté totale. La basse de Pete occupe le champ avec prestance. Et puis Stolt s'éclate tout au long du disque. On sent la complémentarité des quatre, l'esprit de Morse comme un guide à l'instar de l'entrain de Portnoy, bref on sent un groupe qui se fait plaisir tout en pensant au nôtre.
Notre cher combo ne cherche pas la surenchère vis à vis de son précédent chef d'œuvre et s'est concentré à livrer un album fort, cohérent, honnête, une offrande. Merci!

©copyright Pavillon 666 & Barclau


Destruction in Yr Soul
Destruction in Yr Soul
Prix : EUR 17,00

5.0 étoiles sur 5 Beautiful destruction, 2 janvier 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Destruction in Yr Soul (CD)
Ce qui commença comme une aventure solo pour Jordan Geiger (Minus Story) est devenu un vrai groupe avec toute l'énergie que cela suppose. Le projet avait retenu les attentions avec le très bon "Oh Ramona" mais cette fois-ci nous sortons de la chambre pour une aventure totalement différente sur la forme. Le fond reste cette étrange impression de douceur mélodique, surtout dû à la voix particulière qui pourra rappeler parfois Daniel Johnston.

Forcément on pense aux géniaux Flaming Lips dont le projet tire son nom, mais on pense aussi aux très bons Built To Spill. Une histoire de lignée donc, car Jordan en a lui-même une sacrée, entre Minus Story, son passage aux claviers dans The Appleseed Cast, (on retrouve d'ailleurs ici Taylor Holenbeck, pas de hasard) il y a de quoi faire! Bref, hautement référencé ça ne garantit rien.
Soyez rassurés, l'album en question est excellent, et je pense même que les filiations et références sont un plus sur la forme et l'esthétique, moins dans le fond qui reste avant tout très personnel. Ouf oui! Hospital Ships constituerait donc une sorte de branchage mais qui est avant tout guidé par sa propre sensibilité, errant ci et là, nous guidant à travers ses textes.
En huit morceaux "Destruction in yr soul" convainc par ses aspects ambigus, à la fois clairs et puissants mais poussés par une lame de fond sombrement habitée. Dès "Come back to life" nous sommes happés par la puissance en retenue, les possibilités harmoniques qui sont comme des promesses. Promesses tenues par la belle délivrance vers 2mn30, le retour à la vie explosif et orchestral. "Joan Of Arc" pousse la dichotomie avec son côté entêtant mêlant fond pop et forme granuleuse. Voix trafiquée, son presque brouillon, l'effet rappellera "The Soft Bulletin" pour ce mélange d'accessibilité et d'ambition artistique dans le travail sonore (ah ces grosses guitares fuzzées). "If it speaks" continue dans ce sillon, la basse accroche magnifiquement, le tout est beau, rugueux parfois et très dynamique. Comme si rien ne pouvait contenir le propos, cette sorte de saturation générale (légère) trahirait-elle un état d'esprit? On peut diverger là-dessus, ça n'en rend le disque que plus intéressant. Mais ça fonctionne surtout parce que le fond est là, les morceaux en dehors du travail de leur sonorité sont très bons. Imaginez-les épurés totalement et il restera toujours quelque chose de solide, quelque chose qui doit prendre racine profondément. Faîtes le test avec le merveilleux "Desolation Waltz" par exemple.
Coupant son disque en deux parties, Hospital Ships donne tout son sens au magnifique "Lost folk song", comme rescapée d'un passé qu'on a voulu noyer sous une couche de son. Le morceau n'en ressort que plus du disque tout en s'y intégrant parfaitement, sorte de partie immergée d'un imaginaire débordant, l'une cherchant le fond, l'autre à sortir la tête de l'eau.
Difficile de faire l'impasse sur un titre car ils ont chacun quelque chose à proposer notamment le bizarrement "sautillant" "All yr gold". Ce rythme qui prête à la joie, cette mélodie douce amère, la confusion nous hante à l'instar de l'impression que donne le titre sur la pochette. Une forme de mélancolie lucide hante peut être Jordan, qui préfèrerait s'en accoutumer que de la combattre ou d'y sombrer?
Ce qui m'a fait y revenir sans cesse c'est la mouvance des impressions, l'impossibilité d'y fixer quoique ce soit et au final on se dira "à quoi bon de toute façon?". Dérivons tranquillement sans trop se poser de questions, suivons "Servants" et son thème aux relents fin 60's (on pourra y trouver une légère accointance avec leurs contemporains Unknown Mortal Orchestra). Vers 2mn40 on fera un bon dans le temps dans une explosion qui tient toute sa valeur par son absence de limite et sa fin brute. Retour au calme? Tout dépend du point de vue. "Remaining light" nous ramène en tout cas au bord, saufs mais secoués, avec un petit goût de Grandaddy surtout dans la voix par moment. Pourquoi chercher une ressemblance? Pas tant pour expliquer le timbre volatil, mais surtout parce que Grandaddy développait aussi ce merveilleux sens du doute comme dans le magique "He's simple He's dumb He's the pilot". Niveau esthétique ce n'est pas le même univers, mais dans le fond et la façon d'appréhender la mélancolie, un certain sens du beau et la joie, le tout dans un tourbillon de confusion très humain, je trouve une similitude. Celle qui caractérise d'une certaine façon les grands disques, qui nous échappent autant que le font souvent nos propres sentiments. Destruction in your soul...

chronique parue sur A Découvrir Absolument
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