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Contenu rédigé par georges nuyssen
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Commentaires écrits par
georges nuyssen (France)
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David Oistrakh - Schubert Piano Trio No. 4 in D Op. 70 No. 1 Ghost
David Oistrakh - Schubert Piano Trio No. 4 in D Op. 70 No. 1 Ghost
Proposé par EliteDigital FR
Prix : EUR 28,95

1.0 étoiles sur 5 Lard et cochon à la fois, 1 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : David Oistrakh - Schubert Piano Trio No. 4 in D Op. 70 No. 1 Ghost (CD)
Eh bien si la réalité confirme le visuel de ce CD, on saura que pour "Entertainment Group International Inc." qui édite ça, Schubert ou Beethoven, désormais, c'est tout comme ! Des conneries on en a vu et lu mais là, je crois bien que c'est une première dans l'édition. On ne va pas chipoter, la musique après tout, c'est moche, ça grince, ça n'a aucune importance, n'est-ce pas ? Si David Oïstrakh avait pu imaginer qu'un jour son legs serait entre de telles mains...


Richard Clayderman - Plays Abba (Deluxe Hard Cover HQCD Made in Japan)
Richard Clayderman - Plays Abba (Deluxe Hard Cover HQCD Made in Japan)

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Plus que parfait !, 8 mars 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Richard Clayderman - Plays Abba (Deluxe Hard Cover HQCD Made in Japan) (CD)
Imaginez un peu, si on avait, par exemple, "Bill Evans plays Abba", ce serait dramatique (pauvre Bill Evans), ou alors si on avait "Richard Clayderman plays Chopin", ce serait tragique (pauvre Chopin), mais là, entre légumes de la même soupe, ce ne peut être que parfait. Une image du paradis. Ou de l'enfer, ce qui revient à peu près au même... J'attends le prochain "André Rieu plays Jean-Jacques Goldman" pour décider où se trouve le bonheur absolu.


Music for a while : Improvisations on Purcell
Music for a while : Improvisations on Purcell
Prix : EUR 20,99

30 internautes sur 31 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Somptueux gadget, 8 mars 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Music for a while : Improvisations on Purcell (CD)
Irrésistible ou insupportable ? Le nouveau disque de la brillante bande à Christina Pluhar va sans doute diviser les amateurs, une fois de plus (après Teatro d'amore, Via crucis, Los pajaros perdidos et Mediterraneo, pour la période récente).
Les "grounds" obstinés de Purcell, sa vocalité miraculeuse, sont autant de joyaux qui se prêtent à merveille aux interprétations les plus inventives, et l'Arpeggiata se présente ici comme un collectif à géométrie variable, chaque formation ou soliste mettant l'accent sur le caractère dominant de chaque pièce. Mais si le projet est louable, le résultat est tout de même mitigé. Alors 3 étoiles, dans l'Amazone ça veut dire : "j'aime". Malgré tout ?

D'abord, du beau et du bon. L'édition en livre-disque est belle (quoique le visuel, bof...), avec un livret magnifiquement détaillé. Une réalisation techniquement impeccable, dont on peut apprécier la prise de son, fine, précise, profonde, comme d'habitude certes mais on ne s'en lasse pas. Même si on n'a plus la surprise de la découverte, on apprécie sans réserve la qualité des instrumentistes qui oeuvrent ici (belle guitare fluide, contrebasse admirable, souffleurs parfaits). Quant au répertoire (Evening Hymn, O Solitude, Strike the Viol, etc.) c'est tout simplement du caviar : que des "bombes", qui sont l'expression du génie universel de Purcell.

Mais l'antienne éculée de "la rencontre du classique et du jazz" est vraiment pénible à lire... Surtout parce que ce n'est pas vraiment le cas ici ! Rien qui puisse sérieusement relever de la sphère du jazz dans ces improvisations mesurées, malgré la présence (toujours irradiante) de Gianluigi Trovesi. Il s'agit plutôt d'une couleur ou d'une atmosphère, voire d'ornementations "autres" que celles habituellement pratiquées. Pourquoi dès lors utiliser un discours publicitaire hors de propos ? Pour une vraie "rencontre" entre ces mondes, les élucubrations parfois géniales de Uri Caine (Mahler, Mozart, Schumann et d'autres chez Winter & Winter) valent le détour. Et le "Music for a While" en trio piano-basse-batterie de Bobo Stenson (avec Anders Jormin et Paul Motian, ECM) est inégalé. Cela dit, on s'en fout de la pub, rien n'empèche d'apprécier ce disque pour ce qu'il est, il y a bien de la matière à se réjouir au long de ces 76 minutes.

Le problème tient plutôt dans l'inégalité des résultats. Si le CD commence assez fort avec 'Twas within a Furlong, recréé de manière très dynamique avec une contribution décisive de Vincenzo Capezzuto, et connaît ensuite quelques sommets, il sombre au moins dans deux ratages conséquents qui relativisent l'intérêt de l'ensemble. Pour la mort de Didon "When I am laid in Earth", on dirait un suicide au Temesta, lamentation défigurée par une Raquel Andueza hors de voix (il était temps que la reine meure, se dit-on...), c'est d'autant plus regrettable que par ailleurs l'air "Ah Belinda", moins ambitieux, passe très bien. Surtout, regrets éternels pour "Wondrous Machine" complètement en panne, pièce pour laquelle j'avais l'attente la plus gourmande (et donc la plus grosse déception à l'arrivée), l'arrangement prétentieux veut trop en faire et fout en l'air cette mécanique rutilante d'habitude invincible ; même Vincenzo Capezzuto ne peut rien faire pour sauver les meubles. Si on se souvient (entre autres) de la version dirigée par Diego Fasolis (Arts), la comparaison est sans appel. "Music for a while" est l'exemple d'une adaptation plus réussie, libre, un peu anecdotique mais tellement prenante. Philippe Jaroussky s'y montre plus à l'aise que dans ses enregistrements de jeunesse. Il livre d'ailleurs d'autres beaux moments au fil du programme.
Il reste que si l'ensemble s'écoute avec plaisir, aucune des versions présentes sur ce disque - vraiment aucune - n'arrive à la hauteur des très bonnes (et innombrables) interprétations des "originaux". Sans parler de l'Hallelujah en "bonus" final qui n'apporte rien sinon une impression un peu racoleuse (retour urgent à Leonard Cohen ou Jeff Bucley pour le plaisir d'écoute). Tout cela est élégant mais trop souvent superficiel, lisse, désespérément "mondialisé". D'ailleurs, les références contemporaines citées à titre d'exemples par Christina Pluhar dans sa présentation inquiètent un peu, à moins qu'elles ne révèlent quelque chose : la britannitude des Who comme écho de Purcell, passe encore, mais Klaus Nomi et... Arielle Dombasle, il y a des limites à l'horreur ! Où vas-tu Christina ?

Pourtant, entre la chapelle et la taverne Purcell aime parfois prendre le chemin le plus court. Merci au grand Dominique Visse qui donne ici un peu de consistance aux (d)ébats dans un truculent "Man is for the Woman made". Enfin du corps et de la rugosité. Moment trop court. Dans l'ensemble on reste hélas bien loin des premiers disques Alpha de l'Arpeggiata, notamment ceux avec Marco Beasley, le stupéfiant et subtil ténor dont on regrette l'absence ici.

Voilà donc un bel objet, très bien produit et réalisé, intéressant pour les amateurs de curiosités purcelliennes, mais qui va sans doute susciter des enthousiasmes délirants (du chiffre !) et des indignations outragées, les uns comme les autres allant bien au-delà de ses qualités réelles. Après tout, si ça pouvait permettre de se (re)pencher sur les trésors de Deller, Bowman, Gardiner, Hogwood, Christie et quelques autres, notamment les fabuleuses séries menées par Robert King pour Hyperion ("Complete Odes and Welcome Songs" et "Complete Sacred Music", en deux coffrets à prix éco), ce serait déjà bien.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (5) | Permalien | Remarque la plus récente : May 1, 2014 11:04 PM MEST


Britten: the Complete Works
Britten: the Complete Works

32 internautes sur 35 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Britten en grand format, 1 août 2013
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Britten: the Complete Works (CD)
La publication des œuvres complètes de Benjamin Britten (1913-1976) est un événement à saluer, d'une part en raison de l'importance, de la portée et de la beauté de la musique, et d'autre part car le soin apporté à cette édition, le niveau technique, le choix artistique des versions, le détail et la qualité de la présentation, sont à une altitude qu'on ne trouve plus que très rarement dans le paysage dévasté de l'édition phonographique actuelle.

Il serait inutile d'essayer de commenter ici les "œuvres complètes" de l'un des plus significatifs compositeurs du XXème siècle, à la production très large, accessible et diversifiée. Britten est une personnalité majeure de l'histoire de la musique, qu'il faut connaître et savoir apprécier si l'on prétend être intéressé ou touché par cet art en général. Mais si l'œuvre se situe donc au-delà du commentaire, celui-ci peut en revanche porter sur la qualité de l'édition qui lui est consacrée par Decca à l'occasion du centenaire de sa naissance.

Et là - une fois n'est pas coutume - on peut dire que Decca a fait les choses pratiquement au mieux. Le fonds propre de Decca, pour qui Britten lui-même avait enregistré la majeure partie de ses œuvres, est naturellement exploité de manière approfondie. Soulignons qu'avec Britten on tient un des premiers exemples (et un des plus forts) permettant d'entendre l'œuvre d'un compositeur "par lui-même". Bartók, Rachmaninov, Prokofiev, plus anciens, n'ont enregistré leurs œuvres que très partiellement, Stravinsky l'a fait de manière plus systématique mais sur le tard (même si c'est fort bien), Villa-Lobos ou Hindemith ont aussi laissé des témoignages importants mais avec "Britten par Britten" c'est l'ensemble de l'œuvre qui est documenté, au fur et à mesure de sa création et dans toute son étendue. Comme techniquement c'est plutôt haut de gamme, on imagine la valeur inestimable de cette entreprise alors innovante dans l'histoire du disque.
De ce fait, les amateurs apprécieront de retrouver Peter Pears, le chanteur attitré de Britten, largement présent tout au long du parcours. Les autres devront s'habituer à sa voix, disons, "spéciale"... C'est une question de goût mais historiquement et musicalement il reste incontestable.

Pour les œuvres qui excèdent le champ de compétences de Britten interprète ou celles qu'il n'a pas pu graver directement, Decca a fait appel à un fonds international issu d'une petite vingtaine d'autres labels (EMI, Virgin, NMC, Dutton, des indépendants), réunissant raretés et perles diverses dans de parfaites interprétations pour faire un tour (presque) complet de l'univers de Britten. Comme souvent dans le cas d'une création encore contemporaine, le catalogue raisonné de l'œuvre peut évoluer et pourra éventuellement être complété dans l'avenir, mais c'est bien la première fois qu'un tel panorama est donné à entendre : même les spécialistes auront des choses à découvrir dans ce coffret.

Le coffret, justement, est très beau. Un "packaging" de qualité, élégante et solide boîte capitonnée (à la manipulation pas très pratique) regroupant 66 disques, chacun sous pochette carton individuelle avec les titres, dans une belle déclinaison de couleurs et un design subtil, à l'image de la musique elle-même. L'œuvre est regroupée en quatre grandes catégories : opéras, scène, voix, instruments, chacune ayant droit à un livret détaillé (synopsis des opéras, index, informations techniques, etc.). Le tout est complété par des enregistrements historiques plus anciens (précieux doublons, ainsi on peut par exemple entendre l'irremplaçable Dennis Brain dans la "Sérénade" en 1944, en plus de la version stéréo moderne) et des raretés plus ou moins inédites.
Pour la première fois dans un même ensemble les 10 opéras sont réunis, de "Paul Bunyan" à "Death in Venice", les œuvres scéniques et les peu connues musiques de films, toute la production vocale sacrée et profane, les séries de folksongs, les œuvres orchestrales, concertantes, la musique de chambre, les quatuors à cordes (numérotés ou pas), les œuvres instrumentales solos, avec dans certaines catégories beaucoup d'œuvres rares, de jeunesse notamment, qui sont autant d'étonnantes découvertes.
Dans le coffret vient enfin se loger un splendide livre de 200 pages relié en dur, avec textes de présentation, photos rares, témoignages divers, toute l'iconographie originale des enregistrements Decca en 100 pages de pochettes, photos de studio, etc., et un index complet. Beaucoup d'informations, mais c'est tout en anglais, of course.

Il peut bien sûr manquer quelques œuvres ici ou là, transcriptions (Purcell notamment, qu'on peut heureusement trouver chez Hyperion), partitions non encore établies ou versions alternatives, mais c'est finalement assez peu de choses.
Seul défaut majeur : l'éditeur s'adressant sans doute principalement à un public anglophone, et l'intelligibilité des textes chantés chez Britten étant souvent parfaite, Decca n'a pas cru utile de reproduire par écrit les textes anglais des œuvres vocales ! Seuls sont imprimés les plus rares textes en langues "étrangères" (avec traduction anglaise), et c'est vraiment dommage.
Il manque également un index chronologique des œuvres (il est seulement alphabétique) et surtout un index des interprètes. On croise en effet dans ce parcours Richter, Rostropovitch, Baker, Deller, Fischer-Dieskau, Kremer, Zehetmair, nombre de chanteurs, d'instrumentistes et de chefs de premier plan, mais difficile de les trouver individuellement dans ce vaste continent.
Je regrette enfin que cet hommage à Benjamin Britten ne fasse aucune place à Kathleen Ferrier (qui a chanté le rôle de Lucretia pour lui et a créé la Spring Symphony notamment). Quelques traces historiques de cette artiste essentielle pour Decca et pour le compositeur auraient pu trouver leur place ici. Oubli peu élégant.
Il reste qu'à ce prix (à la sortie ça ne revient qu'à 3 euros par cd, plutôt stupéfiant), il est difficile de se priver d'un tel monument. Des mois seront nécessaires pour l'explorer, des années pour en assimiler toutes les richesses, mais c'est dès aujourd'hui une ouverture unique, à saisir, sur tout un pan de la culture humaniste du siècle dernier.
Alors, bravo !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (17) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 2, 2013 2:28 PM CET


Electrola Collection: Wie Einst in Schöner'n Tagen
Electrola Collection: Wie Einst in Schöner'n Tagen
Prix : EUR 10,07

4 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
1.0 étoiles sur 5 Encore un attentat !, 27 juillet 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Electrola Collection: Wie Einst in Schöner'n Tagen (CD)
La reparution longtemps attendue de ce disque important de Cathy Berberian (la plus intelligente, la plus spirituelle et la plus irremplaçable des cantatrices du siècle dernier) aurait dû être une fête. Le résultat offert par EMI est une pure honte. Que s'est-il passé ? Face à un tel "produit" on peut se poser la question suivante : faut-il se réjouir que, malgré tout, quelques bribes de patrimoine historique redeviennent accessibles après des années d'absence ou faut-il laisser éclater une légitime colère devant l'incompétence, la bêtise absolue, la rapacité, l'irresponsabilité des ordures dégénérées qui sont censées "gérer" ce patrimoine ?

De quoi s'agit-il dans le cas présent ? Un joyau parfaitement atypique, OVNI musical dépassant les frontières de la raison et du bon goût, est publié au milieu des années 70 sous forme d'un double LP. C'est la grande artiste Cathy Berberian qui en est l'initiatrice et l'interprète principale, entourée d'une équipe de virtuoses et amis (au piano, à la flûte et au violoncelle). Ces talents réunis délivrent là une anthologie unique de la musique de salon de la fin du XIXème siècle et de la "Belle Epoque", construisant un programme incroyable alternant raretés et "tubes", pièces chantées et instrumentales, oeuvres sérieuses, parodies, sucreries diverses, du chef d'oeuvre oublié à la pure galéjade, c'est une réjouissance permanente. Et comme tout cela est assemblé, construit, chanté, joué, enregistré avec le plus grand sérieux et la plus grande légèreté, vous imaginez le résultat : un vrai classique du "off", un indispensable de l'underground, une sorte de manifeste pré-punk en perruque et robe du soir, pour réconcilier intellectuels, despérados et aristocrates déchus autour d'une célébration artistique radicalement différente de tout ce qui existe.

Evidemment, cette merveille n'est plus disponible depuis des lustres et n'avait même jamais été rééditée en CD. Mais en 2013, voilà qu'EMI republie cet incontournable enfoui dans son catalogue. Fausse bonne nouvelle, la joie est hélas de courte durée : le double album est réduit à 1 cd unique, et comme il faut tenir dans les 79 minutes du format, on supprime tout simplement huit titres du programme original ! Oui, huit titres exclus à tout jamais, et en fait un projet qui en ressort complètement défiguré. Imaginez que Gallimard publie un volume de Proust en supprimant quelques dizaines de pages au hasard pour rentrer dans un format de poche... On cauchemarde ! Accessoirement, l'ordre des morceaux (ceux qui restent) n'est même pas respecté. Là encore le parallèle avec la littérature est parlant : pourquoi ne pas publier les chapitres des romans dans le désordre, tant qu'on y est ?
Tout l'intérêt du programme conçu par Cathy Berberian résidait justement dans la juxtaposition de ces différentes pièces, dans la succession dans laquelle elle les donnait à entendre, racontant dans un ensemble aussi riche que fou l'histoire d'un genre, d'une époque, d'un monde perdus. Peut-être est-ce là une extrapolation un peu hasardeuse, mais il me semble que le point de basculement d'une civilisation de l'insouciance vers l'horreur, à la veille de la première guerre mondiale, apparaît en trame dans cet album plus que "léger", et c'est assez vertigineux. Mais tout ça n'a pas d'importance pour les crapules de chez EMI qui se drapent dans les beaux discours et brûlent sans vergogne ce qui fait notre héritage commun.
Le pire, c'est que même leur calcul économique est nul : si EMI avait respecté à minima l'album d'origine, en réalisant un double cd avec tous les titres, le texte de présentation et la reproduction des quelques photos sépia du livret, on peut imaginer que cela n'aurait représenté un surcoût de fabrication que de quelques misérables centimes par exemplaire, rien qui justifiait une telle amputation.

En conclusion, et comme on l'a déjà vu par exemple avec les coffrets de la période Vanguard d'Alfred Deller chez un autre éditeur, c'est la musique qu'on assassine, les artistes qu'on trahit, le public qu'on humilie. Artistiquement, les miettes du contenu qu'on peut ici entendre valent d'office 5 étoiles (ou même plus si affinités) mais les coupables du massacre, du charnier qu'est cette pseudo-réédition (qui telle quelle ne vaut donc rien) ne méritent pas moins que le bagne (ou "tchi-tchi", pour les amateurs !). Tout cela étant dit - vous l'aurez noté - en toute mesure et avec la plus grande modération, bien entendu.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : May 3, 2014 3:40 PM MEST


Edition Borodine
Edition Borodine
Proposé par Music-Shop
Prix : EUR 21,97

39 internautes sur 40 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Un compositeur du dimanche, c'est sacré !, 9 décembre 2012
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Edition Borodine (CD)
Très bonne idée, compte tenu de sa modeste quantité, que de publier l'oeuvre (presque) complète de Borodine. Ce pilier du "Groupe des cinq" (avec Moussorgksy, Balakirev, Cui et Rimsky-Korsakov) est l'un des génies russes les plus "mal" connus de son temps. Certaines de ses trouvailles mélodiques (Nocturne, Danses polovtsiennes) ont certes été popularisées, y compris par la variété, mais on connait souvent mieux ses airs (c'est vrai qu'ils sont aimés, ses airs...) que son nom.

Il faut dire que le père Borodine se qualifiait lui-même de "compositeur du dimanche". Il ne considérait pas la musique comme son activité principale et sa vie publique, officielle, a été nettement plus occupée par l'enseignement et la recherche dans le domaine de la chimie ! Quoi qu'il en soit, voici un ensemble assez remarquable (à ce prix là) qui documente tous les aspects de sa création.

D'abord le côté grandiose, symphonique, épique et même orientalisant de l'oeuvre : trois symphonies (2 CD) et un opéra (3 CD). Les symphonies, notamment la deuxième, comptent parmi les perles de ce répertoire russe du XIXème où les artistes se découvraient une vocation nationale exaltante. La troisième, inachevée, est un incroyable réservoir de rythmes enivrants et de mélodies capiteuses. L'interprétation retenue dans le coffret est celle de Mark Ermler, chef qui faisait un peu partie des murs du Bolchoi, une version propre, bien menée et bien captée (en numérique, Saison russe) mais qui n'a pas, loin s'en faut, le souffle épique et la grandeur de la vision qu'offrait, par exemple, Neeme Järvi (DG), sans même parler de l'inaccessible Evgueni Svetlanov (Melodiya).
Le poème symphonique "Dans les steppes de l'asie centrale" achève de tourner le regard vers l'orient, manière de s'éloigner des canons artistiques européens de l'époque. C'est l'excellent Loris Tjeknavorian (avec l'orchestre d'Arménie, disque ASV à l'origine) qui déboule dans la steppe avec une belle énergie, mais là encore la concurrence est rude et la comparaison avec - au hasard... - Svetlanov est cruelle.
Quant à l'opéra Le prince Igor, laissé inachevé par Borodine (C'est Rimsky et Glazounonv qui ont assumé l'héritage), il s'agit d'une des pierres angulaires de la musique russe en général. Immense fresque épique, médiévale, légendaire, truffée de scènes de genre mémorables et d'airs marquants, ses personnages sont magnifiques et parmi eux le peuple n'a pas le dernier rôle. Bonne pioche pour la version du coffret : le chef Emil Tchakarov, trop tôt disparu, avait entamé une éblouissante série d'opéras russes pour Sony, dans les années 80 (Boris Godounov, Eugène Onéguine, La dame de pique, La Khovantchina, La vie pour le Tsar) et son Prince Igor bénéficie donc de cet élan, avec une impeccable distribution, solistes, choeur et orchestre bulgares au meilleur niveau, excellent enregistrement qui ne démérite pas dans un paysage pourtant relevé (Ermler, encore lui, au Bolchoi et pour Melodiya, s'était surpassé dans les années 70 : introuvable aujourd'hui ?).

L'autre versant de l'oeuvre est plus intime, romantique et occidental. La musique de chambre, réunie en 3 CD, comporte quelques chefs d'oeuvre et de nombreux essais inachevés. Dans les deux quatuors à cordes ou le quintette avec piano, par exemple, l'inspiration est d'une hauteur stupéfiante, avec des phrases fulgurantes, de grandes arches mélodiques qu'on croirait infinies, une élévation romantique assez fiévreuse que ne renieraient pas un Beethoven ou un Schumann ! C'est vraiment une musique à découvrir. L'interprétation est celle du Quatuor et du Trio de Moscou (et de leurs amis...) initialement publiée par Saison russe à la fin de ce label et qui avait hélas été diffusée de manière très confidentielle. C'est un plaisir d'enfin la (re)trouver ici, car elle est globalement excellente. On pourra bien sûr se référer au Quatuor Borodine lui-même (en 1978, chez Melodiya), plus profond et plus lyrique, ou prolonger avec l'intégrale tchèque récente publiée chez Praga en 3 CD séparés, un peu plus complète (mais pas du tout dans le même ordre de prix évidemment).
La musique pour piano est une rareté dans son ensemble, constituée de petites pièces souvent mineures mais plaisantes, une caractéristique des Russes d'alors. Marco Rapetti en donne en 1 CD bien rempli une presqu'intégrale originale seulement concurrencée par Pietro Galli (chez Cassiopée, épuisé ?).
Les romances (mélodies vocales), au nombre de 16, comptent parmi les pièces importantes de ce répetoire. Elles passent en revue tous les stades de l'âme russe, le violoncelle se joignant à la voix et au piano pour deux d'entre elles. Là encore, très bon choix de la version Serov, un disque qui s'inscrit dans une série fabuleuse menée par ce pianiste chez Delos (mélodies complètes en 5 CD de Chostakovitch, 3 CD de Prokofiev). Par rapport à la magnifique version de la basse Piotr Glouboky (Saison russe), celle-ci offre l'avantage de distribuer les différentes mélodies à différentes voix, ce qui brise la monotonie éventuelle.

En résumé, un très beau voyage au coeur d'une oeuvre majeure à réévaluer d'urgence, aussi bien pour l'histoire de la musique que pour le plaisir de chacun !

Le coffret est sobre, homogène et très économique ; il permet de thésauriser quelques grands crus à peu de frais et se montre évidemment plus cohérent que les grosses éditions disparates et curieusement lacunaires récemment consacrées par Brilliant à Rimsky-Korsakov et à Chostakovitch. Toutefois, la joie est loin d'être totale. En effet, le travail éditorial est tout de même un peu en deça du minimum syndical et c'est toujours regrettable.
D'une part, la présentation est beaucoup trop sommaire : aucun index, aucun texte chanté (ni traduction évidemment), pas de livret ni de résumé pour l'opéra, aucune analyse, strictement rien sur les interprètes (!) ni sur le sens et la portée de ces musiques, juste une vague notice biographique assez décousue, c'est trop peu. A croire que ce genre de publication ne s'adresse pas au grand public (ce qu'elle mériterait pourtant amplement) mais est réservée à des mélomanes connaissant déjà tout de Borodine et de la musique russe.
D'autre part, Borodine ayant finalement produit assez peu de pages de musique, il aurait été possible d'en proposer une "vraie" intégrale. Presque tout figure ici, mais il manque une oeuvre importante : la sonate pour violoncelle (qu'on trouvera dans l'intégrale de la musique de chambre chez Praga). Et quelques transcriptions sont absentes : la version instrumentale des Danses polovstiennes (présente dans de nombreux récitals d'orchestre, c'est un véritable poème symphonique qui ne fait pas doublon avec la scène de l'opéra et aurait eu sa place ici avec les symphonies), la version orchestrale de la Petite suite (Järvi l'avait enregistrée pour DG), et les variantes du célèbre Nocturne du deuxième quatuor, au piano (Galli) ou à l'orchestre (Järvi et d'autres) nous manquent également. Au total, ces manques représentent à peine la durée d'un CD, mais c'est dommage de ne pas être allé jusqu'au bout du projet.

Puisse cette édition, qui reste très recommandable, combler le déficit de notoriété qui accable encore aujourd'hui de manière incompréhensible ce génie éclectique qu'était Alexandre Borodine.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (5) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 4, 2014 3:50 PM MEST


Edition Chostakovitch (Coffret 51 CD)
Edition Chostakovitch (Coffret 51 CD)
Proposé par ___the_best_on_dvd____
Prix : EUR 68,91

27 internautes sur 30 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Trop de ventre mais manque de "Nez"..., 8 novembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Edition Chostakovitch (Coffret 51 CD) (CD)
Joli cube, apparemment attractif pour les curieux qui voudraient découvrir l'immense Chostakovitch comme pour les amateurs qui voudraient approfondir. Mais le procédé de Brilliant Classics consistant à recycler des enregistrements dont ils détiennent les droits semble trouver ici ses limites. En effet, ce coffret est une sorte de fourre-tout qui balaie en vrac et sans trop de discernement le fonds des licences détenues par l'éditeur, on ne sent guère d'intérêt pour le parcours humain et artistique de Chosta là-dedans, c'est business as usual, et tant pis pour la cohérence du projet !

Le problème est qu'on ne comprend pas très bien à qui peut s'adresser réellement ce type de produit : si c'est juste pour "entrer dans l'univers du compositeur", ce qui serait très louable, il y a à la fois "trop" (arrangements divers, doublons, beaucoup de pièces mineures) et "pas assez" (l'opéra Le nez, l'oratorio Le chant des forêts - dans une autre veine, mais historiquement très important - sont des absences inexcusables), et si c'est pour approfondir une discothèque chostakovienne déjà sérieuse, l'apport inédit ou alternatif est inexistant et le nombre de vrais doublons à concéder est trop élevé.

Reste l'argument du prix, le CD fini au prix du CDR vierge, quand on y pense... Et des choix de sources souvent plutôt bons : l'excellente intégrale des mélodies vocales avec Youri Serov / Delos (qui aurait surtout mérité d'être éditée en un coffret séparé), les musiques de films de chez Capriccio, les symphonies par Barshai, le fonds "Saison Russe", Rostro dans l'opéra, etc. Les versions des quatuors, de la musique de chambre et pour piano sont en revanche moins bien "cotées". Quant à la présence de bonus historiques, c'est un peu bizarre (là encore, trop ou trop peu) dans la mesure où Oïstrakh et Mravinsky (par exemple) figurent déjà dans la partie "normale" du coffret...

Bref, tout cela peut faire un bon effet d'aubaine pour qui a de la place sur ses étagères et veut augmenter à vil prix sa discothèque mais ça ne forme pas un ensemble rigoureux et digne de l'auteur de "Lady Macbeth de Mzensk". Trop roboratif et pas assez nourrissant, le concept éditorial n'est pas vraiment satisfaisant. Il aurait peut-être mieux valu soit se limiter aux essentiels (les 15 symphonies, les 15 quatuors dans une bonne version, les 2 opéras achevés, les 6 concertos, la musique de chambre, le piano seul et quelques films, ballets et pièces vocales en complément, donc moins de 30 cd), soit tenter une vraie intégrale (difficile, beaucoup d'oeuvres n'ayant jamais encore été enregistrées). Le premier coffret paru en 2006 (en 27 cd) était franchement lacunaire mais la présente version enrichie notamment en oeuvres vocales n'est pas plus aboutie. Car en tout état de cause, on ne peut pas décemment proposer sans prévenir un set aussi large et copieux (51 disques tout de même) auquel il manque "Le nez", organe central (si j'ose dire) et fondateur de l'oeuvre dont on prétend ainsi rendre compte, ce n'est pas sérieux.

Dans un genre voisin, la nouvelle édition Borodine du même éditeur Brilliant semble à première vue plus pertinente, à la fois plus modeste et plus cohérente (mais la production quantitativement limitée de Borodine s'y prête...) même s'il y avait sans doute encore mieux à retenir pour les 3 symphonies.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 1, 2013 10:02 AM CET


Glenn Gould Bach Edition
Glenn Gould Bach Edition
Prix : EUR 110,16

128 internautes sur 133 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Comme ça, c'est fait !, 21 septembre 2012
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Glenn Gould Bach Edition (CD)
Enfin ! Même si ça semblait une évidence, trouver une édition complète des enregistrements de JS Bach par Glenn Gould était devenu impossible depuis des lustres. Cette parution monumentale et plus que soignée est donc (plus que) bienvenue.
Entendons-nous bien : le binôme "Bach + Gould", ça fait partie des lieux communs un peu trop rabâchés de l'histoire de la musique enregistrée, et chacun peut avoir sa propre (ou sale) "opinion" sur la pertinence et la validité des options du pianiste canadien appliquées à l'oeuvre pour clavier de JSB. Il ne s'agit pas ici d'en discuter, disons simplement qu'un interprète reconnu comme un génie (au sens d'un champion d'échecs ou d'un grand mathématicien ou d'un chamane) qui a passé les 40 dernières années de sa courte vie à étudier, jouer, enregistrer cette oeuvre avec précision, amour, obsession, a forcément laissé une empreinte de quelque intérêt, n'est-il pas ? Alors, devant une telle somme de vie, d'art et de talent, les "opinions", on s'en fout.
Signalons juste, pour les étourdis, que le choix instrumental de Gould n'est pas neutre. Bach au piano, d'accord, mais pas n'importe quel piano : un Steinway d'avant-guerre - nommé "CD318" - customisé, reconditionné, bridé, transformé, affiné jusqu'à en faire le vecteur unique d'une conception à la fois authentique et moderne de ce corpus. Absence de legato, lisibilité extrême, phrasés et tempos (tant pis pour les tempi) non orthodoxes mais jamais figés, quelques caractéristiques qui disent que l'interprète est un créateur, même lorsqu'il s'efface derrière le texte (plus ou moins sacré) qu'il restitue.
Et là-dessus la constance et la fidélité d'une maison de disques, 27 parutions en 25 ans à peine, c'était le bon temps (?), avec une qualité de prise de son remarquable et remarquablement adaptée aux choix du musicien.

Angoisse : qu'est-ce que ça peut donner en 2012 quand l'industrie mourante prétend republier le tout de manière ostensiblement "intégrale". Humain, trop humain, on attend des merveilles, mais on sait qu'on peut craindre le pire (ex. le pauvre Alfred Deller chez Vanguard, ô douleur infinie !). Fin du suspense, les choses étant ce qu'elles sont, on est ici à peu près au mieux de ce qu'on pouvait espérer... Ce qui est déjà très bien !
Le contenant d'abord : une splendide boîte bleue, solide et toilée, recèle un vrai livre relié (192 pages) et 44 galettes (38 CD + 6 DVD) en pochettes cartonnées façon répliques de vinyles d'un assez bel effet. Par rapport aux précédentes parutions des séries "Original Jacket Collection", ces pochettes sont un tout petit peu plus fines, légèrement recadrées, et globalement mieux imprimées (contrastes, couleurs), c'est pas trop mal.
Le livre contient une introduction inédite en français (6 pages), l'essentiel des textes d'accompagnement des originaux (très intéressants mais en anglais), le détail technique (programme, dates, lieux) de chaque disque et de sublimes photos panoramiques de la star entre 1955 et 1980 qui mériteraient à elles seules une exposition tant elles rendent grâce à un pays, une discipline, un homme, du grand art. Tout cela est très bien mis en pages et imprimé. Rien à dire ? Si, deux remarques : d'une part, quelques erreurs dans dans les timings et infos des plages sur quelques derniers volumes (rien de grave) et d'autre part une énervante absence d'index général des oeuvres, particulièrement cruelle compte tenu du choix éditorial de l'intégrale.

Car il faut bien en arriver au contenu musical. Dans un tel projet, qui consiste à publier l'ensemble du travail d'une vie consacrée à enregistrer la musique d'un compositeur, deux options sont possibles : soit on essaie de produire une édition "raisonnée", en jouant sur la chronologie des sessions, le catalogue des oeuvres, les différents genres, etc., en recomposant des programmes rationnels disque par disque, soit on choisit une option plus "passionnelle" (ou affective) en republiant à l'identique TOUS les disques produits à l'époque, tel quels, sans se soucier des éventuels doublons ou des incohérences de programmes dues aux contraintes d'alors. C'est cette deuxième option qui a été choisie, elle est plus "facile" car son apparence objective stoppe toute contestation, et finalement assez juste car elle suit le cheminement effectif de l'artiste. Evidemment ça entraîne quelques désagréments, des doublons (le même enregistrement de la même oeuvre qu'on retrouve plusieurs fois : concerto BWV 1056, Toccata BWV 914), deux Beethoven - inutiles dans ce contexte - qui traînent là car il faut respecter les 33T d'origine, des cycles un peu éparpillés (pour reconstruire l'intégrale des Partitas ou du Clavier bien tempéré, il faut voyager !), etc., mais rien n'est vraiment contrariant face à la joie d'affronter ce monument brut et si riche. De plus, une dizaine de disques de raretés (plus ou moins essentielles) vient compléter la besace bien chargée.

Techniquement, une première écoute semble confirmer que le mastering est de qualité et ne trahit pas les excellentes prises de son Columbia en mono comme en stéréo. Artistiquement, je le répète, Gould dans Bach, c'est au-delà du bien et du mal, ça existe, c'est tout. Que celui qui aura passé un demi-siècle dans le culte et l'étude des partitions de JSB et qui aura usé ses doigts sur un clavier en conséquence se permette d'émettre un avis. Point.
Sur le répertoire, Glenn Gould, qui est mort relativement jeune, n'a pas eu le temps de tout enregistrer. Quelques dizaines de numéros de "BWV" manquent à son travail mais l'essentiel de l'oeuvre pour clavier de JSB est documenté ici, Partitas, Toccatas, Suites anglaises et françaises, concertos, sonates (musique de chambre), Inventions, Fugues et préludes divers, les deux Livres du "Clavier...", etc., jusqu'à l'Art de la Fugue (en partie, et à l'orgue ! avec aussi des prises inédites au piano). Et il y a le cas des Variations Goldberg. On connaît l'histoire, deux versions qui sont l'alpha et l'oméga du Bach Gouldien, son tout premier disque (1955), et son tout dernier (1981), des millions d'exemplaires diffusés, et surtout deux visions aussi différentes que possibles et aussi valides l'une que l'autre. Et bien ici, en plus, on a droit à un "précédent" de 1954, à un Live autrichien de 1959, aux chutes de studio de la mythique session de 1955, à un bidouillage stéréo (c'était l'époque) fait en 1968 à partir de l'original, et même à une interview tardive sur le sujet (50 minutes quand même), soit 7 CD consacrés aux emblématiques Variations. C'est trop, je sais, mais ça me rend heureux et je n'y peux rien.

Ah oui, il y a aussi les 6 DVD, c'est très séduisant mais franchement, malgré le talent de Bruno Monsaingeon et l'intérêt des documents de la TV canadienne, c'est plutôt dans les pistes sonores des CD que se situe la grandeur de cette oeuvre commune Bach/Gould. Dans un tel accomplissement, la rencontre sans limite entre deux créateurs à travers les siècles, l'image est en trop, forcément.

Cette boîte - à petit prix - est donc bien un objet commercial (réussi) mais c'est aussi plus que cela : une joie, un trésor, un mystère !
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Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ
Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ

6 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Gloire à Poncif Pilatus !, 31 juillet 2012
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Après les merveilles que le génial Michel Magne a produites pour Jean Yanne au début des années 70 (Tout le monde il est beau..., Moi y'en a vouloir des sous, Les Chinois à Paris) et déjà superbement publiées en CD, on découvre avec autant de surprise que de bonheur cette bande originale plus méconnue (même si le film eut un certain succès) signée Raymond Alessandrini. Datée de 1982, cette musique "utilitaire" offre un malin mélange de plusieurs sources d'inspiration : les grandes musiques de Peplum façon Miklos Rozsa, l'orientalisme "exotique" brassant musiques juives et arabes, et une sauce assez dégueu issue des années 80 (la décennie maudite, esthétiquement parlant).
Mais attention, qu'elles soient nobles ou inavouables, ces influences sont subtilement mises en forme par le compositeur, avec beaucoup d'humour, de doigté, de férocité parfois (on n'est pas chez Jean Yanne pour rien) et c'est forcément réjouissant, au premier ou au second degré, suivant les plages.

Bien sûr, on écoutera en priorité le titre phare de l'album, "Jouez transistors, résonnez cassettes", chanté par Jean Yanne lui-même, sorte d'ode à la Nativité chaloupée sur un reggae somptueux, qui rappelle que si Gainsbourg voyait à juste titre le reggae comme une musique "révolutionnaire", on a droit ici à sa version "sacrée" (et sacrément drôle, émouvante aussi, bref du Yanne pur jus).
Ensuite, la Judée romaine antique de Jean Yanne et Raymond Alessandrini passe sans crier gare de Ben Hur à Nina Hagen et retour, avec des égarements disco-punk aussi nuls qu'hilarants, des envolées martiales qui rappellent la joie simple des jeux du cirque (Euh...) et quelques moments de musique pure très réussis qui auraient leur place dans toute anthologie de musique de cinéma (mais oui !).

En prime, un sens constant de l'anachronisme très Goscinnien vient titiller l'esprit et ravir le mélomane un peu pervers qui goûtera ces citations délicieusement idiotes de La Marseillaise, de Joyeux anniversaire ou d'Offenbach, entre deux choeurs magmaïens sortis des catacombes... Des collages qui s'ils étaient signés John Zorn (par exemple) susciteraient les justes éloges de toute la critique branchée.
Enfin, il faut le signaler, cette édition (limitée à 500 exemplaires ?) est assez soignée : durée de 60 minutes, matériel inédit, production fine et réussie, livret informatif et illustré, c'est du beau travail.

Allez, il reste 3 films de Jean Yanne à documenter par des B.O. (Chobizenesse, Je te tiens par la barbichette, Liberté Egalité Choucroute) : encore un effort !


Schubert: Lieder on Record (1898-2012)
Schubert: Lieder on Record (1898-2012)
Prix : EUR 28,90

26 internautes sur 27 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Le verre à moitié vide ?, 21 juillet 2012
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Schubert: Lieder on Record (1898-2012) (CD)
On devrait se réjouir et pourtant - une fois de plus quand il s'agit des gros coffrets EMI ! - cette publication, très séduisante au premier abord, montre des faiblesses inacceptables. Un des paradoxes de l'époque : on a accès ici à un véritable trésor, un survol de l'histoire des Lieder de Schubert au disque, entre 1898 et 2010, avec de multiples découvertes, curiosités, merveilles, le plus "exotique" (versions en français ou en russe, chanteurs s'accompagnant eux-mêmes au piano, arrangements d'orchestre, etc.) se trouvant évidemment dans les enregistrements les plus anciens. 213 oeuvres (soit près du tiers du corpus complet, tout de même), 91 chanteurs (parmi les plus grands), plus d'un siècle parcouru... Rien de renversant dans le concept de l'anthologie mais c'est assez complet, plutôt bien fait dans le choix, relativement soigné dans la technique ou la restauration sonore, et vraiment pas cher ! Si vous possédez déjà la fameuse anthologie de DFD ou l'intégrale Hyperion, ce coffret sera un excellent complément, divertissant et qui ouvre des horizons nouveaux.
Mais, après cette satisfaction générale, le tableau de fond est beaucoup moins réjouissant.
D'une part, les 3 "grands" cycles auraient mérité d'être traités de manière moins primaire : une simple intégrale (chacune excellente, mais pourquoi celle-là ?) par cycle, pas très enrichissant, ils auraient pu panacher au moins 2 versions modernes par cycle (il y a 2 parties au Voyage d'hiver, et deux ensembles distincts également au Chant du cygne, alors il suffisait d'y penser), c'est la comparaison qui est intéressante dans un tel coffret, pas le fait d'avoir une énième version complète de telle oeuvre. D'autre part, si le parti pris chronologique est intéressant, pourquoi alors le respecter d'une manière aussi floue et imprécise ? On progresse globalement dans le temps au fil des disques mais avec de nombreux va-et-vient énervants car inexplicables.
Mais surtout, le travail éditorial d'EMI est vraiment désinvolte, minable : aucun index permettant de retrouver rapidement tel ou tel Lied (certains figurent dans 3 ou 4 versions différentes, mais il faut explorer tout le livret pour les loger !), aucun index des interprètes. Et le sommet, c'est ce ridicule pdf des textes, mal mis en page, imprécis (rien sur les versions chantées en d'autres langues que l'original) redondant et faux : les fichiers correspondant aux CD 10, 11 et 13 sont simplement faux, ils donnent les textes d'oeuvres de... Delius !
Qui sont donc ces gens imbéciles et incompétents qui ont ainsi la main sur les trésors de notre patrimoine commun ? L'industrie du disque est morte, chantons...
Cela dit, la musique prime et on doit parfois rendre les armes : écoutez la plage 15 du CD1, "Der Leiermann" chanté en anglais par Harry Plunket Greene, dans un son parfaitement capté (le 10 janvier 1934) au studio Abbey Road de Londres. Indicible, on imagine dans l'instant que jamais l'intimité schubertienne, son humanisme désespéré, n'ont été portés à ce degré d'incandescence, avec une simplicité désarmante, dans une proximité vertigineuse qui tend à l'universel. Pour ces 2 minutes et 44 secondes d'éternité il sera beaucoup pardonné à bien des affreux, même aux nuls de chez EMI !
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