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Contenu rédigé par Melimelomane
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Commentaires écrits par
Melimelomane (Valréas France)
(TOP 500 COMMENTATEURS)   

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Stiffelio
Stiffelio
DVD ~ Placido Domingo
Proposé par Skyvo Direct
Prix : EUR 19,14

5.0 étoiles sur 5 INCOMPRÉHENSIBLE !, 30 mars 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Stiffelio (DVD)
L’ostracisme qui frappe cet opéra de Verdi est, à mon sens, totalement injustifié.
D’où peut venir un tel rejet ?
Il semblerait que l’histoire ait la vie dure et que cette œuvre souffre toujours de la censure qui s’abattit avec violence sur l’intrigue lors de sa Création à Trieste.
Jugez plutôt :
Nous sommes aux environs de Salzbourg, le pasteur Stiffelio est trompé par son épouse Lina, qui dans un moment de faiblesse a succombé au charme du jeune Raffaele. (Personnage sans consistance dans l’œuvre, elle-même). Le père de Lina, Stankar, vieux colonel de l’Empire, droit dans ses bottes soupçonne sa fille. (Encore un rapport père/fille tourmenté dans l’œuvre de Verdi) Pour sauver l’honneur filial, en réalité le sien, il tue l’amant. Stiffelio monte en chaire et s’appuyant sur la parabole de « la femme adultère » pardonne sans conviction à son épouse. Chœur final de rédemption. Fin de l’opéra.

Voici très abrégée la trame qui posa tant de problèmes au Maître de Busseto, au point que, sous le poids de la censure, lui si intègre, dut faire tant de concessions que l’intrigue perdit tous ses ressorts dramatiques. Il composa alors Aroldo, pâle reflet de l’original.

Encore de nos jours, débarrassé des castrations imposées par la censure, dans sa version originale, dont une copie fut retrouvée en 1968, Stiffelio reste dans l’ombre. C’est incompréhensible tant l’œuvre contient de passages admirables. La trame est serrée, fluide, s’appuyant sur une urgence musicale où verbe et musique se conjuguent harmonieusement. Les airs, les ensembles (magnifique septuor du I et merveilleux quatuor du II) s’intègrent parfaitement à l’ensemble, sans rompre le fil de l’intrigue. Du grand Verdi, malheureusement encore délaissé !
Seulement trois versions : deux en DVD, une en Blue Ray qui fait partie de la somptueuse intégrale « TUTTO VERDI »
Heureusement, elles sont toutes trois de grande qualité !

Concentrons-nous sur celle qui nous intéresse. Celle du Met de 1993, bâtie autour de la personnalité de Placido Domingo, pour fêter ses 25 années de participation à cette vénérable institution.

Avant de parler des interprètes quelques mots sur l’excellente mise en scène.
Sous la houlette de Giancarlo del Monaco et avec l’aide pour les décors et les costumes de Michael Scott. Le Métropolitain a sorti le grand jeu. Tout en gardant l’esprit austère et sombre de l’œuvre, les décors et les costumes restent somptueux. Un vrai bonheur pour les yeux qui doivent s’habituer à la pénombre acétique qui baigne la totalité de l’œuvre.
Le jeu des acteurs est remarquable nous faisant vivre avec intensité les affres de l’intrigue.

LES INTERPRÈTES :
Placido Domingo incarne, ici, un nouveau rôle verdien, un des plus exigeants. En pleine maturité, avec une voix qui se joue de tous les pièges de la tessiture souvent stratosphérique réclamée par l’auteur, il impose un Stiffelio bouleversant naviguant entre, largeur d’esprit, doute, jalousie colère aveugle, désenchantement enfin tolérance. Il nous fait visiter toute la palette des Souffrances et des Joies que traverse la condition humaine.

Pour faire face à ce torrent de vie Lina son épouse doit être chantée par une artiste de caractère. En réalité, en écrivant ces lignes je prends conscience que le rôle de Lina pose un problème quasiment insoluble. Elle doit tout à la fois assumer la faute de son adultère, tout en revendiquant son innocente ! Quelle ambigüité ! Quelle pirouette psychologique ! Ce n’est pas tout à fait le cas de Sharon Sweet qui possède une belle voix, chante avec conviction sans pour autant gérer cette ambigüité.
Stankar ne pose pas ce genre de problème, il avance tel un monolithe aveugle vers la vengeance de son honneur. Vladimir Chernov interprète ce rôle, peu de nuances, une voix qui parfois tient difficilement la note, mais une certitude dans son approche qui impose son personnage.

L’orchestre et les chœurs du Met sont sous la baguette, au combien attentive, de son chef, James Levine. Son dynamisme légendaire convient merveilleusement à cette partition.
Un petit mot sur l’ouverture : bien curieuse partition aussi longue qu’un mouvement de symphonie et qui dans sa relative insouciance ne laisse en rien présager le drame qui va suivre.

Une réalisation, en DVD de très bonne qualité, image 4/3 bien contrastée, son 5/1 bien équilibré , qui rend pleinement justice à ce chef-d’œuvre de Verdi injustement ignoré.


Falstaff
Falstaff
DVD ~ James Levine
Prix : EUR 22,00

5.0 étoiles sur 5 UN FEU D’ARTIFICE, 26 mars 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Falstaff (DVD)
« Il n’y a qu’un seul moyen de terminer votre carrière, mieux encore qu’avec Otello, c’est de finir victorieusement avec Falstaff. Après avoir fait résonner tous les cris et toutes les lamentations du cœur humain, de finir par une immense explosion d’hilarité ! C’est de les ébahir. »
Cette lettre écrite par Boito, le 9 juillet 1989 résume merveilleusement l’œuvre de Verdi tout en ouvrant la porte à l’ultime chef-d’œuvre du Maître de Busseto.
« Amen, ainsi soit-il ! Faisons Falstaff » répond le musicien.
Ainsi Verdi termine son œuvre par un feu d’artifice, qui est aussi son bouquet final !

Si tous les opéras du maître sont des « opéras de chef », celui-ci l’est plus encore que les autres, car il nécessite le don d’harmoniser de manière optimale le vif argent du chant, sa fluidité, avec l’extraordinaire liberté d’orchestration de la partition.

Après la maladie qui l’a éloigné pendant quelques temps des pupitres c’est un vrai bonheur de retrouver James Levine à la tête du Met dans une œuvre qu’il affectionne particulièrement l’ayant déjà interprétée en 1992.
Il n’a rien perdu de sa fougue et son orchestre qui le suit aveuglément rend justice à cette partition inépuisable. Face aux luxuriances qu’héberge cette œuvre, l’orchestre caresse, éclate, scintille. Il nous emporte dans ce flot ininterrompu de sensualité de la première note jusqu’à la gloire de la fugue finale !

LA MISE EN SCÈNE :
Robert Carsen nous concocte une scénographie classique, qui suit l’intrigue avec lucidité, rendant pleinement justice au merveilleux livret de Boito. Il s’appuie sur des décors simples mais efficaces, des costumes sobres (sauf évidemment ceux de Sir John), privilégiant un jeu d’acteur parfaitement réglé. Les scènes se suivent nous emportant dans un tourbillon incessant où nous rencontrons : joie, humour, truculence, une once de tragédie pour terminer par un immense éclat de rire.

LES INTERPRÈTES :
Nous avons déjà évoqué tout le plaisir ressenti à l’écoute de l’interprétation de James Levine. Je crois qu’il côtoie légitimement les prestations mémorables de Toscanini, De Sabata, Karajan 1956, qui étaient en CD et dont les enregistrements datent malheureusement.

L’ensemble de la distribution est remarquable, comme souvent au Met.

Il est difficile d’analyser séparément « les joyeuses commères de Windsor » tant leur complicité, dans cette course folle est palpable sur scène. Dans le tourbillon qui les embarquent, un point est essentiel c’est la clarté de l’émission vocale pour que chaque phrase, chaque situation garde tout son sens.
Nous pouvons toutefois avancer que dans ce trio plein de vie et de goguenardise, Alice, incarnée par Angela Meade, est la meneuse de jeu.
C’est une véritable joie de la voir feindre l’émotion pâmée à la lecture de la lette de Sir John, la séduction affectée lors de son entrevue avec Falstaff, enfin c’est elle qui au 3ème acte descend dans les profondeurs de son spectre vocal pour apeurer le pauvre Sir John pendant la scène nocturne.

« Elle doit avoir le diable au corps » voilà ce qu’écrivait Verdi concernant le rôle de Mistress Quickly. C’est ce que nous ressentons à l’écoute de Stephanie Blythe qui allie finesse et rouerie, tout particulièrement, lors de son entrevue avec Falstaff. Il faut entendre toute la moquerie qu’elle insuffle dans « Votre Honneur » lorsqu’elle salue « le Seigneur » de ces lieux.

Entendre Alice et Mistress Quickly traiter Sir John de « grosse baudruche », « de baleine » ne manque pas de piquant étant donné l’embonpoint qui flatte leurs silhouettes. Mais nous sommes au théâtre où heureusement l’on peut se permettre quelques anachronismes …surtout si le talent est au rendez-vous !
Meg Page qui possède un rôle moins caractérisé est jouée par Jennifer Johnson Cano. Elle se glisse dans le trio des Commères avec une grande intelligence.

Ford est coincé dans son rôle de mari jaloux. Il est interprété par Franco Vassallo. Tel Buster Keaton, c’est l’Homme qui ne sourit jamais. Au 2ème acte, sa confrontation avec Falstaff est un grand moment de théâtre. Son déguisement en cow-boy texan accentue encore son étroitesse d’esprit d’où tout humour est totalement banni. Une belle voix de baryton qui donne à son solo vengeur toute la noirceur bêtifiante voulue par Verdi.

Il est délicat d’évoquer Fenton sans parler de Nannetta. Dans la fraicheur qui les distingue, ils sont le contrepied du conflit tortueux des adultes.
Fenton est chanté par Paolo Fanale, sa voix de ténor aux riches nuances distille avec fraicheur sa complainte amoureuse : « dal labbro il canto… »
Nannetta est incarnée par Lisette Oropesa. Déguisée en reine des Fées, elle va nous plonger dans le monde du rêve. Elle entonne de sa voix pure un chant féerique : «Su fil d’un soffio etesio ». Un joyau de l’opéra, une plage de magie où l’orchestre devient dentelle où l’émerveillement nous étreint !

Falstaff, cette figure surhumaine « du chevalier gras » est incarnée par Ambrogio Maestri.
Ce chanteur au physique et à la voix hors normes a endossé la peau de Falstaff. Nous le retrouvons dans toutes les distributions récentes. Imaginez qu’il a fêté au Met sa 200ème représentation, dans ce même rôle !
Cet Acteur/Chanteur est une force de la nature qui balaie tout sur son passage, distribuant au gré de la partition, avec un plaisir presque jouissif, le rire, la colère, la fanfaronnade, les clins d’œil appuyés, les roucoulades, la peur, enfin la tolérance.
Il incarne l’élégance d’un grand Chevalier débauché ! Sa voix ample et merveilleusement maîtrisée peut tout se permettre, toujours guidée par l’exigence de l’intrigue.
Certes il y eu de grands Falstaff avant lui : Taddei, Gobbi, Fischer-Dieskau, Bruson, pour ne citer que les plus grands. Ambrogio Maestri vient dignement prendre place à leurs côtés.

L’opéra du duo Boito, Verdi délivre un message qui se termine par cette phrase sans appel lancée par Falstaff : « le monde est une farce » qui accompagne la glorieuse fugue finale.

Une représentation exceptionnelle, d’une œuvre exceptionnelle servie par un Blue Ray de qualité irréprochable (son et images).
A thésauriser précieusement pour profiter de cette leçon de Vie.


Falstaff [Blu-ray]
Falstaff [Blu-ray]
DVD ~ James Levine
Prix : EUR 26,19

5.0 étoiles sur 5 UN FEU D’ARTIFICE, 26 mars 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Falstaff [Blu-ray] (Blu-ray)
« Il n’y a qu’un seul moyen de terminer votre carrière, mieux encore qu’avec Otello, c’est de finir victorieusement avec Falstaff. Après avoir fait résonner tous les cris et toutes les lamentations du cœur humain, de finir par une immense explosion d’hilarité ! C’est de les ébahir. »
Cette lettre écrite par Boito, le 9 juillet 1989 résume merveilleusement l’œuvre de Verdi tout en ouvrant la porte à l’ultime chef-d’œuvre du Maître de Busseto.
« Amen, ainsi soit-il ! Faisons Falstaff » répond le musicien.
Ainsi Verdi termine son œuvre par un feu d’artifice, qui est aussi son bouquet final !

Si tous les opéras du maître sont des « opéras de chef », celui-ci l’est plus encore que les autres, car il nécessite le don d’harmoniser de manière optimale le vif argent du chant, sa fluidité, avec l’extraordinaire liberté d’orchestration de la partition.

Après la maladie qui l’a éloigné pendant quelques temps des pupitres c’est un vrai bonheur de retrouver James Levine à la tête du Met dans une œuvre qu’il affectionne particulièrement l’ayant déjà interprétée en 1992.
Il n’a rien perdu de sa fougue et son orchestre qui le suit aveuglément rend justice à cette partition inépuisable. Face aux luxuriances qu’héberge cette œuvre, l’orchestre caresse, éclate, scintille. Il nous emporte dans ce flot ininterrompu de sensualité de la première note jusqu’à la gloire de la fugue finale !

LA MISE EN SCÈNE :
Robert Carsen nous concocte une scénographie classique, qui suit l’intrigue avec lucidité, rendant pleinement justice au merveilleux livret de Boito. Il s’appuie sur des décors simples mais efficaces, des costumes sobres (sauf évidemment ceux de Sir John), privilégiant un jeu d’acteur parfaitement réglé. Les scènes se suivent nous emportant dans un tourbillon incessant où nous rencontrons : joie, humour, truculence, une once de tragédie pour terminer par un immense éclat de rire.

LES INTERPRÈTES :
Nous avons déjà évoqué tout le plaisir ressenti à l’écoute de l’interprétation de James Levine. Je crois qu’il côtoie légitimement les prestations mémorables de Toscanini, De Sabata, Karajan 1956, qui étaient en CD et dont les enregistrements datent malheureusement.

L’ensemble de la distribution est remarquable, comme souvent au Met.

Il est difficile d’analyser séparément « les joyeuses commères de Windsor » tant leur complicité, dans cette course folle est palpable sur scène. Dans le tourbillon qui les embarquent, un point est essentiel c’est la clarté de l’émission vocale pour que chaque phrase, chaque situation garde tout son sens.
Nous pouvons toutefois avancer que dans ce trio plein de vie et de goguenardise, Alice, incarnée par Angela Meade, est la meneuse de jeu.
C’est une véritable joie de la voir feindre l’émotion pâmée à la lecture de la lette de Sir John, la séduction affectée lors de son entrevue avec Falstaff, enfin c’est elle qui au 3ème acte descend dans les profondeurs de son spectre vocal pour apeurer le pauvre Sir John pendant la scène nocturne.

« Elle doit avoir le diable au corps » voilà ce qu’écrivait Verdi concernant le rôle de Mistress Quickly. C’est ce que nous ressentons à l’écoute de Stephanie Blythe qui allie finesse et rouerie, tout particulièrement, lors de son entrevue avec Falstaff. Il faut entendre toute la moquerie qu’elle insuffle dans « Votre Honneur » lorsqu’elle salue « le Seigneur » de ces lieux.

Entendre Alice et Mistress Quickly traiter Sir John de « grosse baudruche », « de baleine » ne manque pas de piquant étant donné l’embonpoint qui flatte leurs silhouettes. Mais nous sommes au théâtre où heureusement l’on peut se permettre quelques anachronismes …surtout si le talent est au rendez-vous !
Meg Page qui possède un rôle moins caractérisé est jouée par Jennifer Johnson Cano. Elle se glisse dans le trio des Commères avec une grande intelligence.

Ford est coincé dans son rôle de mari jaloux. Il est interprété par Franco Vassallo. Tel Buster Keaton, c’est l’Homme qui ne sourit jamais. Au 2ème acte, sa confrontation avec Falstaff est un grand moment de théâtre. Son déguisement en cow-boy texan accentue encore son étroitesse d’esprit d’où tout humour est totalement banni. Une belle voix de baryton qui donne à son solo vengeur toute la noirceur bêtifiante voulue par Verdi.

Il est délicat d’évoquer Fenton sans parler de Nannetta. Dans la fraicheur qui les distingue, ils sont le contrepied du conflit tortueux des adultes.
Fenton est chanté par Paolo Fanale, sa voix de ténor aux riches nuances distille avec fraicheur sa complainte amoureuse : « dal labbro il canto… »
Nannetta est incarnée par Lisette Oropesa. Déguisée en reine des Fées, elle va nous plonger dans le monde du rêve. Elle entonne de sa voix pure un chant féerique : «Su fil d’un soffio etesio ». Un joyau de l’opéra, une plage de magie où l’orchestre devient dentelle où l’émerveillement nous étreint !

Falstaff, cette figure surhumaine « du chevalier gras » est incarnée par Ambrogio Maestri.
Ce chanteur au physique et à la voix hors normes a endossé la peau de Falstaff. Nous le retrouvons dans toutes les distributions récentes. Imaginez qu’il a fêté au Met sa 200ème représentation, dans ce même rôle !
Cet Acteur/Chanteur est une force de la nature qui balaie tout sur son passage, distribuant au gré de la partition, avec un plaisir presque jouissif, le rire, la colère, la fanfaronnade, les clins d’œil appuyés, les roucoulades, la peur, enfin la tolérance.
Il incarne l’élégance d’un grand Chevalier débauché ! Sa voix ample et merveilleusement maîtrisée peut tout se permettre, toujours guidée par l’exigence de l’intrigue.
Certes il y eu de grands Falstaff avant lui : Taddei, Gobbi, Fischer-Dieskau, Bruson, pour ne citer que les plus grands. Ambrogio Maestri vient dignement prendre place à leurs côtés.

L’opéra du duo Boito, Verdi délivre un message qui se termine par cette phrase sans appel lancée par Falstaff : « le monde est une farce » qui accompagne la glorieuse fugue finale.
Une représentation exceptionnelle, d’une œuvre exceptionnelle servie par un Blue Ray de qualité irréprochable (son et images).

A thésauriser précieusement pour profiter de cette leçon de Vie.


Verdi : La forza del destino [Blu-ray]
Verdi : La forza del destino [Blu-ray]
DVD ~ jonas kaufmann Anja Harteros
Prix : EUR 21,99

7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 UNE INTERPRÉTATION DE RÊVE DANS UNE MISE EN SCÈNE QUI ALTERNE LE BON ET LE QUELCONQUE, 23 mars 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Verdi : La forza del destino [Blu-ray] (Blu-ray)
Le titre un peu long, résume assez bien ce que j'ai ressenti, à la vue et à l'écoute de cette « Forza del destino ».
En effet la scénarisation de Martin Kušej est difficile à juger alternant le bon : le jeu des acteurs et le quelconque : tout le reste de la didascalie.

Comme souvent chez les metteurs en scène contemporains, il déplace l'intrigue de nos jours. Après tout pourquoi pas ? Mais cette licence n'impose pas de retrouver la plupart des protagonistes affublés de jeans et de polos pathétiquement hors de propos.
Les moines sont épargnés, mais ils se retrouvent en bras de chemise. Ce qui n'est guère mieux !
Les chœurs sont couverts de fripes, quand ils ne sont pas carrément dénudés lors du réveil des troupes du campement militaire de Velletri. Cette nudité n'est aucunement justifiée par l'intrigue. Encore une concession au dicta des mises en scène « dans le vent ».
Je me souviens des premières scènes de nudité qui émaillaient « Le Grand Macabre » de Ligeti, en 1981 à l'Opéra Garnier, dans la scénographie de Daniel Mesguich, qui à l'époque avait engendré un scandale tel que certains critiques écrivaient que l'œuvre de Ligeti était un « pornopéra intellectuel».
Plus de trente ans ont ouvert les esprits, heureusement nous sommes loin de cette pudibonderie effarouchée, mais de là à banaliser la nudité'

Les décors n'arrangent rien. En étant indulgents nous pourrions évoquer un parti pris graphique, surtout dans la dernière scène où de nombreuses croix blanches suggèrent l'Hermitage de Donna Léonore.

Pourquoi alors se procurer le DVD ?
Pour le jeu des acteurs/chanteurs qui est exceptionnel.
Chaque attitude, chaque geste porte sens. Les différents affrontements entre Don Carlo et Don Alvaro témoignent d'une intensité rare. De même les rencontres entre Donna Leonora et Don Alvaro montrent la tension et la souffrance qui caractérisent leur destin.
Destin : le mot est lâché. Rarement une mise en scène aura permis de mettre en relief avec autant de force, le poids du destin inexorable du karma incontournable qui manipule ces petites marionnettes humaines qui survivent sous nos yeux !
Martin Kušej nous fait partager avec une singulière pertinence, le pesant message mortifère que véhicule «La Forza del destino ».

LES INTERPRÈTES :
Nous sommes face aux forces de l'orchestre et des chœurs de l'opéra de Bavière. A mon sens sous la baguette d'Asher Fisch l'orchestre sonne un peu sombre et manque d'électricité. Il suffit de comparer l'ouverture de l'opéra avec celle de Zubin Metha à Vienne pour s'en convaincre. (Toujours en DVD). Ce chef nous réserve cependant des passages d'une grande intensité, en particulier le 4ème acte qui est bouleversant !

Beaucoup, dont je fais partie, ont acheté cette publication pour la présence du phénomène Kaufmann. Ils ne seront pas déçus car il est au sommet de son art. De sa voix de bronze il envoûte le spectateur. Il émaille le rôle de Don Alvaro d'une infinité de nuances, sécrétant des aigus qui transpercent la salle, jusqu'à réduire sa voix à un simple souffle, un simple murmure. Une prestation magistrale accompagnée d'un jeu d'acteur étonnant.
Chaque prise de rôle de cet artiste hors norme, est une révélation !

Ludovic Tézier n'est pas en reste dans l'incarnation de Don Carlo di Vargas. De sa belle voix de baryton il assume l'obsession aveugle de ce personnage qui ne vit que pour venger sa famille. Un monolithe qui à lui seul incarne le Destin qui avance inexorablement vers la mort.
La Preziosilla de Nadia Krasteva est pleine d'entrain et de fraicheur. Son « Rataplan » est chanté avec finesse.
Vitalij Kowaljow dans le rôle du Padre Guardiano est bien palot, sa voix de basse se perd dans les profondeurs du spectre, son charisme, son autorité sont totalement inexistants. Un petit bémol dans cette distribution de rêve.

J'ai volontairement gardé pour conclure la prestation d'Anja Harteros dans le rôle de Donna Leonora. Cette artiste, lors de ces représentations est en état de grâce. Difficile de décrire la perfection du chant, difficile aussi d'analyser la perfection psychologique. Chacune de ses interventions est un miracle. Elle arrive même à voler la vedette à Jonas Kaufmann' ce qui ne doit pas arriver souvent !

En conclusion malgré une mise en scène qui ne s'appuie que sur la psychologie des personnages ignorant de ce fait, décors et costumes, c'est à mon sens, et de loin, la plus belle de toutes les « Forza del destino » qui existe en DVD ou Blue Ray. Celle qu'il faut se procurer ,en priorité, pour un enchantement des oreilles.
Certes j'ai toujours en mémoire les représentations prestigieuses avec Tebaldi, Corelli, Christoof et Bastianini, celle aussi de Caballe, Carrerras, Ghiaurov et Cappuccilli: des plateaux inaccessibles malheureusement desservis par une qualité technique balbutiante.

Faisons un rêve pour le temps qui nous concerne: la merveilleuse mise en scène de Stefano Poda et le plateau de Munich!!!


Ouverture Coriolan/Symphonie N 5
Ouverture Coriolan/Symphonie N 5
Prix : EUR 14,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 FOUDROYANT !, 22 mars 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Ouverture Coriolan/Symphonie N 5 (CD)
Je rentre (tranquillement) à la maison et décide d’écouter France Musique. La chaine diffuse le 3ème mouvement de la 5ème de Beethoven. En quelques mesures mon attention est captée. Qui est le chef et l’orchestre qui jouent cette symphonie avec une telle force, une telle urgence ?
Le verdict tombe Klaus Tennstedt avec le philarmonique de Londres.
Quelques clics, quelque jours et me voici en possession du CD.
Quel choc !

Tennstedt chauffe le philarmonique de Londres à blanc. Chaque musicien joue cette partition comme si sa vie en dépendait. Il y a du Furtwängler dans cet investissement, dans cette fulgurance presque métaphysique. Le Furtwängler des années de guerre, avec Berlin. C’est dire le niveau atteint par Tennstedt avec Londres.
Nous sommes en 1990 l’enregistrement est de grande qualité, rendant parfaitement justice aux couleurs de l’orchestre : le poids, la densité des cordes, la beauté de la petite harmonie, la majesté, la vaillance des cuivres, en particulier celle des cors.

Le premier mouvement est un véritable coup de poing, heureusement suivi par l’andante qui apporte son lot de poésie, mais Tennstedt ne relâche pas pour autant la tension
La montée vers la lumière qui lie le troisième au quatrième mouvement est un des plus mystérieux, un des plus envoutant que j’ai eu le bonheur d’écouter ; avant l’explosion d’un final littéralement glorieux et foudroyant.
A mon sens une interprétation qui se situe au sommet de la discographie de la cinquième de Beethoven, là où l’air est si rare que bien peu s’y retrouve.


Verdi : Don Carlo. Vargas, Kasyan, de Ana, Noseda. [Blu-ray]
Verdi : Don Carlo. Vargas, Kasyan, de Ana, Noseda. [Blu-ray]
DVD ~ Verdi
Prix : EUR 41,05

4.0 étoiles sur 5 ENCHANTEMENT DE LA VUE, DÉCEPTION DES OREILLES, 15 janvier 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Verdi : Don Carlo. Vargas, Kasyan, de Ana, Noseda. [Blu-ray] (Blu-ray)
Grâce aux talents conjugués du scénographe Hugo de Ana accompagné aux lumières par Sergio Rossi et costumé par Cristina Aceti, nous sommes plongés dans l’époque de Philippe II, qui contrairement à son ancêtre Charles Quint, l’Empereur nomade, fixa sa résidence en Espagne et s'enferma dans son austère palais de l'Escurial qu'il avait fait construire, non loin de Madrid, dans la solitude de la Sierra de Guadarrama: un véritable désert.
Cette magnifique équipe nous abime dans la fastueuse période de « l’âge d’or espagnol » qui enfanta pendant deux siècles quelques génies universels qui couvraient toutes les expressions artistiques : Cervantès pour la littérature, Tomas Luis de Victoria pour la musique El Greco, Velasquez pour la peinture, pour ne citer que les plus connus.

Cette mise en scène est totalement imprégnée par la grandeur de cette époque.
Nous ne restons pas spectateur comme dans les reconstitutions dues au grand Franco Zeffirelli, nous sommes immergés dans la richesse et l’austérité de l’Escurial.
Nous contemplons une série de tableaux qui accompagne la sublime musique de Verdi !
Dans cette volonté de grandeur la scène de l’autodafé est particulièrement impressionnante. Elle ranime les souvenirs de la beauté de « L’Enterrement du comte d’Orgaz » toile d’El Greco ou encore pour les vêtements ecclésiastiques « la vierge des abandonnés » de Tomás Yepes.
Pour conclure j’ai rarement vu une mise en scène d’une telle beauté. Certes elle est très classique ! Mais par les temps qui courent où de nombreux metteurs en scène se servent des intrigues pour imposer une vision qui trahit l’auteur ; la vision de Hugo de Ana enchante les yeux au service du génial Verdi.

Et nos oreilles ?
Là, nous sommes nettement moins gâtés.

L’orchestre et les chœurs du « Teatro Regio Torino » sont loin d’être une référence : manque de couleurs de la phalange manque d’investissements pour ne pas dire de justesse des chœurs.
Par curiosité j’ai réécouté la version du Met avec Levine à la baguette, Domingo, Freni, Bumbry, Ghiaurov et Quilico. (dans une mise en scène qui sans être aussi passionnante que celle de Turin n’en est pas moins attachante).
La comparaison est cruelle !

Ramon Vargas s’essouffle dans le rôle de Don Carlo. Il n’en a ni la voix, ni la prestance.
Après la géniale incarnation de Grace Bumbry en Princesse Eboli, que dire de Daniela Barcellona ? Elle chante avec conviction et ce n’est déjà pas si mal quand nous comparons avec la prestation de Svetlana Kasyan en Elisabeth qui avec une voix au timbre peu agréable passe complètement à coté de la majesté et de la déchirure qu’implique le rôle de la Reine.
Reste Philippe II : Ildar Abdrazakov sait traduire la majesté et les faiblesses de son personnage. Mais où sont passés les géants Boris Christoff, et Nicolai Ghiaurov ?
Seul, à mon sens, Ludovic Tézier sort son épingle de ce jeu de rôles. De sa belle voix de baryton, au souffle impressionnant, il impose un Rodrigo plein de flamme et d’autorité.

S’il fallait conclure, je dirai que ce Don Carlo est un enchantement pour les Yeux, ce qui est loin d’être le cas pour les Oreilles.


Puccini / Turandot [Blu-ray]
Puccini / Turandot [Blu-ray]
DVD ~ Puccini
Prix : EUR 38,30

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 GRANDIOSE, 23 décembre 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Puccini / Turandot [Blu-ray] (Blu-ray)
La petite ville autrichienne de Bregenz se situe sur la rive gauche du lac de Constance. Depuis 25 ans elle abrite un festival lyrique très original et très prisé. Et pour cause les opéras se jouent sur une époustouflante scène lacustre devant 7000 spectateurs.
Effet garanti !
Une production tous les deux ans
Heureusement nous possédons des témoignages de toutes les représentations depuis 2005.Après « Il Trovatore » de Verdi en 2005, 2006, mis en scène par Robert Carsen qui se perd dans un immense décor de machine à vapeur écarlate, nous avons pu apprécier une « Tosca » visionnaire suivie d'un autre Verdi : une « Aida » totalement chaotique et débridée scénarisée par Graham Vick. Un « André Chénier » souvent étonnant, précédera une mémorable « Flute enchantée » en 2014, 2015 mise espace par David Pountney.
Le Festival nous propose maintenant « Turandot » de Puccini pour les années 2015/2016 dans la vision de Marco Arturo Marelli. qui vient de nous offrir un magnifique Freischütz..

Sur un décor de muraille de Chine, aux courbes élégantes que nous retrouvons sur la couverture de la jaquette du Blue Ray, Marco Arturo Marelli va déployer dans ce grand espace une mise en scène intelligente et majestueuse qui nous plonge dans une Chine totalement onirique, une Chine réinventée à l'instar de la partition de Puccini.
Marco Arturo Marelli nous réserve une multitude de trouvailles qui vont enrichir le spectacle, dont la première et pas la moindre, se situe au tout début de l'opéra : le public se tait, nous attendons les accords initiaux. Silence. L'éclairage s'attarde sur un homme dont l'allure ressemble étrangement à celle de Puccini. Devant un petit bureau, il s'interroge, face à quelques feuilles de papier à musique restées vierges. L'artiste cherche l'inspiration, lorsqu' il voit une petite boite à musique. Il l'ouvre, elle égraine quelques notes aux fragrances chinoises qui illuminent le visage du musicien. Les premiers accords de l'opéra éclatent !

Il serait vain d'essayer de traduire par écrit toute les réussites visuelles de cette scénographie en perpétuel création. Un mot quand même sur l'immense disque lumineux qui s'élève au-dessus de la scène. Il servira de kaléidoscope où se succéderont images projetées de dragons et étoiles étincelantes.
Une réussite pour les yeux qu'en est-il des oreilles ?

LES INTERPRÈTES :
L'orchestre de Turandot est luxuriant. Le Symphonique de Vienne (qui est l'orchestre attitré du Festival) placé sous la direction de Paolo Carignani flamboie de tous ses feux. Sur un lit de cordes viennoises (c'est tout dire) éclatent les cuivres, frappent les percussions aux rythmes cardiaques.
Les chœurs de Prague ne sont pas en reste, dans une partition où Puccini leur donne un souffle exceptionnel.

Il faudrait citer tous les chanteurs tant leur investissement est total.
Riccardo Massi campe un Calaf vaillant et déterminé. C'est le rôle de ténor le plus lourd de Puccini. La voix de Massi reste conquérante donnant à l'air du III « Nissum dorma » noblesse et bravoure.
Liu est chanté par Guanqun Yu, une interprétation qui réunit dévouement, sacrifice et dignité. Une voix de soprano volontairement allégée qui contribue à préserver la pureté de son personnage.
Les chanteurs qui interprètent Ping, Pang, Pong offrent la respiration de cet opéra. Ils apportent, avec conviction, la note comique indispensable à ce drame pour lui éviter de verser dans un pathos univoque.
Je dois dire que j'ai été légèrement déçu par l'incarnation de Mlada Khudoley en Turandot. Certes, elle ne possède pas la voix puissante d'Eva Marton, entendue dans la remarquable interprétation du Met dirigée par Levine et splendidement scénarisé par Franco Zeffirelli. Mais je trouve aussi qu'elle manque de hauteur, de cruauté d'inaccessibilité, révélant un peu trop vite les failles de son personnage. Une Turandot un peu trop humaine !

Cet opéra, à mon sens le chef-d'œuvre de Puccini, a beaucoup de chances comptant de nombreuses réalisations de qualité.
Dans mon panthéon personnel, je garderais Levine/Zeffirelli évoqué plus haut, Gergiev/Pountney avec la fin apaisée de Luciano Berrio et ce témoignage grandiose de la scène lacustre de Bregenz


Bizet : Les Pêcheurs de Perles [Blu-ray]
Bizet : Les Pêcheurs de Perles [Blu-ray]
DVD ~ Patrizia Ciofi
Prix : EUR 45,06

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4.0 étoiles sur 5 UN ORIENT IMAGINAIRE, 21 décembre 2015
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Dans « Les pêcheurs de perles » Georges Bizet, face à une intrigue exotique très banale, compense cette pauvreté par une richesse mélodique permanente et une orchestration limpide et raffinée.
Sans parler de Leit motif Le « thème de la déesse » si caractéristique du génie de Bizet va irriguer l'ensemble de la partition imposant ainsi une belle unité.

LA MISE EN SCÈNE :
Le scénographe Fabio Sparvoli suit l'intrigue avec sobriété. Sa vision impose un Orient imaginaire.
Les personnages sont parés de riches costumes où chatoient ors et couleurs. Les décors, eux, évoquent un Orient en ruine ; un arbre desséché git sur le sol ondulé du premier acte, les vestiges d'une statue de Bouddha Khmer sont ensevelis dans les sables du deuxième acte, le trois se déroule devant l'évocation des ruines du temple d'Angkor envahi par la végétation. Il se termine par le rappel graphique de l'arbre Bo. Arbre sous lequel Bouddha reçu l'illumination.
Les scènes de groupes ne sont pas toujours traitées avec rigueur.
Petite parenthèse :
Aurais-je un problème avec les danseurs qui interviennent dans la scénographie d'un opéra ? Ici, ils représentent les esprits. Des esprits dont la chorégraphie souvent indigente n'apporte rien au déroulement de l'intrigue. La danse ne souffre pas la médiocrité.

LES INTERPRÈTES :
Parlant de médiocrité il faut aussi mentionner la prestation des chœurs du Théâtre San Carlo de Naples : des voix sans homogénéité, souvent en décalage, se perdant dans les pianissimi et déversant dans nos oreilles un sabir totalement incompréhensible.
L'orchestre, lui, sous la baguette de Gabriele Ferro est séduisant apportant à la riche partition de Bizet toute sa finesse et son éclat.

Les chanteurs sont tous excellents
Patrizia Ciofi est une merveilleuse Léïla. Une voix de soprano fluide et épurée qui sert avec raffinement la musique de Bizet.

Nadir est chanté par Dmitry Korchak. Il se sort avec vaillance d'un des airs les plus célèbres du répertoire lyrique : « la romance de Nadir ». Une voix de ténor bien timbrée qui pourrait afficher, me semble-t-il un peu plus de nuances.
Connaissant le talent de Patrizia Ciofi, la révélation de cette interprétation vient de Dario Solari, baryton uruguayen qui incarne un Zurga flamboyant, au français impeccable. Une voix puissante, une présence (comme son nom semble le suggérer) solaire.

Malgré quelques petites réserves évoquées plus haut, servie par un Blue Ray aux qualités techniques exemplaires, une interprétation qui rend justice à cette partition injustement délaissée du génial Bizet.


Tannhäuser (Bd) [Blu-ray]
Tannhäuser (Bd) [Blu-ray]
DVD ~ Wagner
Prix : EUR 32,65

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5.0 étoiles sur 5 BARENBOIM, WALTZ : UN DUO DE CHOC !, 18 décembre 2015
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Après l’épouvantable scénographie due à l’indigente arrogance du duo Sebastien Baungartner, Joseph van Lieshout, que nous ont infligée Eva et Katharina Wagner à Bayreuth, j’attendais avec impatience cette nouvelle production qui réunissait Daniel Barenboim et Sasha Waltz.
Enfin une réalisation « moderne » qui respecte l’intrigue et nous fait rêver !

Après deux Ring impressionnants, l’un avec les forces de Bayreuth, l’autre plus récent avec celles de la Scala, après un Tristan d’anthologie mis en scène par Patrice Chéreau et un Parsifal et des Maîtres chanteurs, à mon sens, loin du même intérêt, Daniel Barenboim s’attaque à Tannhäuser avec son orchestre de la Staatskapelle de Berlin.
Ce diable d’homme est un véritable magicien. En quelques années il a hissé cette phalange au sommet de la hiérarchie musicale. Il faut écouter son orchestre aux couleurs sombres (c’est une caractéristique de son empreinte) qui alterne murmures diaphanes et déluges telluriques, toujours au service de la partition.
Il donne au jeune Wagner toute l’ampleur des créations ultimes. Ce qui apporte noblesse et envergure à ce Tannhäuser. Il serait injuste d’oublier les chœurs qui participent avec vaillance à cette réussite.

Avant de parler des chanteurs je voudrais dire quelques mots sur le travail de Sasha Waltz. Cette artiste est une célèbre chorégraphe et il semble tout naturel qu’elle inclue des danseurs dans sa mise en scène.
Une mise en scène d’ailleurs entièrement chorégraphiée, car elle impose aux différents protagonistes une gestuelle hiératique qui accompagne et appuie l’intrigue avec pertinence créant ainsi des tableaux nourris de beauté.

Au début du 1er acte dans le Venusberg, l’antre de Vénus, ici symbolisé par un vortex géant les danseurs à demi-nus se prélassent lascivement, donnant à la scène de la bacchanale toute sa sensualité.
Au II, ils s’insèrent, de manière plus délicate lors du concours de chant, de la Wartburg, gênant parfois la vision des chanteurs ; avant de participer à un 3ème acte d’anthologie, en pèlerins habités par la foi!

Il faut souligner la pertinence des éclairages de David Finn qui sculpte les personnages et donne au dernier acte une ambiance mordorée avant de transfigurer la mort d’Elisabeth et de Tannhäuser.
Avec peu de moyens cet acte ultime est une pure merveille !

LES CHANTEURS :
Nous sommes en présence d’une distribution exceptionnelle, avec un léger bémol, à mon sens, pour la prestation de Tannhäuser. J’y reviendrai.

Venus est incarnée par Marina Prudenskaya. Une voix de mezzo-soprano chaleureuse servie par un jeu d’acteur étonnant. Elle m’avait déjà impressionné dans le rôle d’Azucena du Trovatore. Ici elle campe une Venus enjôleuse qui brusquement peut basculer dans la colère et la violence qui frisent l’hystérie. Quelle voix, quel tempérament !
Ann Petersen chante Elizabeth. Elle donne à son personnage toute la fraicheur et l’innocence souhaitées assumant avec une authentique tendresse son sacrifice final.
Wolfram est chanté par Peter Mattei. Grâce au bronze de sa voix de baryton il impose un chevalier noble et dévoué. Son « ode à l’étoile du berger » prise sur un tempo relativement lent, presque murmurée est un pur joyau.
René Pape en Landgrave impose sa présence. Un rôle un peu court pour ce magnifique chanteur.

Arrive le Tannhäuser de Peter Seiffert. Je peux difficilement cacher une légère déception lors de l’écoute des deux premiers actes : encore une voix de ténor métallique qui a des difficultés à tenir la note. Une présence un peu lourde qui impose mal le chevalier séducteur, le chanteur adulé de la Wartburg. Survient le troisième acte et tout bascule : la voix se chauffant, il est devenu Tannhäuser, se lamentant sur son sort, vociférant contre l’injustice il nous offre un acte ultime d’anthologie.

Couvert de toutes ces qualités aussi bien musicales que scénographiques nous sommes, à mon sens, en présence du Tannhäuser le plus abouti, le plus enchanteur de l’ère moderne.


Jonas Kaufmann : Manon Lescaut [Blu-ray]
Jonas Kaufmann : Manon Lescaut [Blu-ray]
DVD ~ Jonas Kaufmann
Prix : EUR 23,45

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 UNE MANON AVEC UN CHEVALIER DES GRIEUX POUR L'ÉTERNITÉ, 7 décembre 2015
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Il n'est pas nécessaire de déprécier la « Manon » de Massenet pour encenser celle de Puccini. La Manon de Massenet est plus frivole et par son insouciance, son inconstance fait souffrir cruellement le Chevalier Des Grieux. Celle de Puccini où Manon masque toutes ses faiblesses, sauf à la fin du II où elle dévoile sa cupidité dans le trio « des bijoux », garde l'image d'une femme, qui malgré un égoïsme aveugle, en particulier lors de l'abandon de Des Grieux à Paris au profit du confort offert par le riche Géronte, reste profondément amoureuse du chevalier.

« Puisqu'on ne peut éluder la question de l'adaptation, ni son pendant, la comparaison avec l'opéra de Massenet, reconnaissons un avantage certain au compositeur français. » tel est le sentiment de Piotr Kaminski que l'on ne peut taxer d'ignorance.
Dans sa volonté de resserrer l'intrigue Puccini et ses librettistes ont volontairement ignoré toute la face négative et psychologique de Manon pour préserver le caractère uniquement tragique de l'histoire.

Comme Verdi avec Nabucco Puccini marque l'histoire de l'art lyrique avec sa Manon Une façon d'intégrer les influences françaises et wagnériennes tout en amorçant une ère nouvelle. Un génie propre de l'orchestration conjugué à un sens mélodique inimitable. Certes les grands chefs-d'œuvre sont encore à venir, mais la première pierre de l'édifice est bien posée.
Je me demande par quel mystère une telle œuvre reste ignorée par les éditeurs et par les théâtres lyriques? Négligence, désaffection aveugle, manque de curiosité, de courage'
Il faut remercier « The Royal Opera House » pour son initiative !
Je note que cette mémorable institution nous gratifie depuis de nombreuses années de quelques productions exceptionnelles : « Faust », « Les Troyens » « Don Giovanni » « Parsifal » et maintenant cette « Manon Lescaut ».

LA SCÉNOGRAPHIE :
La mise en scène de Jonathan Kent est sobre et suit l'intrigue avec beaucoup de fidélité.
Muni d'un plateau tournant le décor s'adapte à la dramaturgie des différents actes, en particulier la chambre très clinquante, très nouveau riche de Géronte de Ravoir et le désert du IV aux parfums d'infini. Ces différentes atmosphères sont éclairées avec intelligence et finesse par Mark Henderson.
Il faut citer l'accoutrement que porte Manon au deuxième acte. Il signe le destin apparent de cette femme devenue une cocotte de luxe. Les actes III et IV n'arrangent rien.

LES INTERPRÈTES :
Une fois de plus la phalange du « Royal Opera House » se couvre de gloire sous la baguette de son chef Antonio Pappano. Il faut voir cet homme diriger : d'un air gourmand, il déguste la musique. Avec ses mains sans baguette il la façonne, la caresse, l'électrise, la contient, la concentre avant de la faire exploser ! Un véritable régal pour les couleurs raffinées et étincelantes de Puccini.
En dehors des deux héros, à mon sens il n'y a pas grand-chose à dire du reste de la distribution qui demeure assez anonyme. Que dire de la prestation de Maurizio Muraro en Géronte de Ravoir, une voix de basse sans présence. Même Lescaut, qui pourtant occupe un rôle important dans le déroulement de l'intrigue n'a pas l'impact souhaité. Une voix de baryton lisse et sans grain.

Arrivent nos deux héros. Avec eux il est nécessaire d'élaborer toutes les hyperboles, d'astiquer tous les superlatifs, car nous sommes confrontés à un miracle.
Manon est incarnée par Kristine Opolais. Outre le fait d'une plastique de rêve (ce qui ne gâche rien pour le rôle de Manon) cette femme possède une voix de soprano qui convient parfaitement au personnage qu'elle interprète. Déjà repérée en Rusalka j'avais remarqué ses dons d'actrice. Ici, c'est une Manon particulièrement sensuelle qu'elle impose au public. Elle oscille entre « Lolita », et « La Chatte sur un toit brûlant » et distille, avec une voix où la jeune femme un peu naïve se mélange avec la femme mure désenchantée, une Manon totalement déchirante. Les différents duos avec le Chevalier font déjà partie de l'Histoire du DVD. La mort de Manon est un moment bouleversant avec un Chevalier déchiré par le désespoir et une Manon totalement résignée.

Que dire du miracle Jonas Kaufmann ? Cet homme transfigure tous les rôles qu'il aborde. Au gré de sa fantaisie il butine dans le répertoire et coup sur coup affiche deux rôles de Puccini peu joués, l'un avec ce « Des Grieux » l'autre avec « La Fiancée du Far West. »

« Pourquoi se spécialiser » déclare-t-il « alors que les styles s'enrichissent les uns les autres, que la pratique du bel canto italien assouplit les lignes germaniques. Pourquoi se priver de la mélodie intimiste qui garantit la santé de la voix ' mieux qu'un mois de vacances'! ', la profondeur et le raffinement de la musicalité, à mettre ensuite au service du grand opéra'? »
C'est le credo d'une carrière menée avec une rare intelligence. Il n'en reste pas moins que nombre de mélomanes attendent avec impatience son Otello, son Tristan, son Siegfried'.

Pour dire l'impact stupéfiant de sa voix ; juste un exemple : avant sa première intervention, Edmond, un autre ténor, Benjamin Hulettil chante un madrigal : « Preparo un madrigale. » La comparaison est cruelle !
Jonas Kaufmann est un ténor dramatique. Il n'a peut-être jamais maîtrisé son art avec autant d'éclat. : sa voix aux reflets de bronze revêt la couleur sombre d'un baryton avec des aigus lumineux Son incarnation se fonde aussi bien sur cette voix d'airain au son rutilant qui fait trembler la salle, que sur un sens aigu de la nuance qui lui fait rechercher - et obtenir - sans cesse les raffinements les plus audacieux. Son Chevalier des Grieux, passionné et désespéré, fébrile et ardent, crée une intense émotion.
Sans oublier que doté d'un physique de jeune premier, il est également un acteur né !
C'est dire que chaque prise de rôle est une découverte passionnante.

Cette Manon en est une preuve flamboyante.


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