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Contenu rédigé par Melimelomane
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Commentaires écrits par
Melimelomane (Valréas France)
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Intégrale Eisenstein
Intégrale Eisenstein
DVD ~ S.M.Eisenstein
Prix : EUR 40,49

5.0 étoiles sur 5 SA MAJESTÉ EISENSTEIN, 24 mai 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Intégrale Eisenstein (DVD)
En effet, les admirateurs de cet immense cinéaste, en prenant les initiales de ses prénoms : Sergei et Mikhailovich, ont souvent consacré cet artiste comme le roi des réalisateurs.
Certes il n'est pas le seul dans mon panthéon personnel. Il est accompagné par Carl Theodor Dreyer, Satyajif Ray, Akira Kurosawa, Serguei Paradjanov, Andrei Tarkovski, Theo Angelopoulos; cette liste n'ayant, heureusement, rien d'exhaustif...prise dans le marbre des émotions enfouies dans ma mémoire.
J'ai parfaitement conscience de la très grande subjectivité de ce choix, et de son côté réducteur, mais ce sont des cinéastes, qui ont tous imposé une vision, où le cinéma devient le creuset de l'Art Total. Comme dans le théâtre Kabuki dont s'inspira Eisenstein où dit-on « l'on entendait la lumière et voyait le son ».

Ce coffret majestueux comprend les grands chefs-d'œuvre : « Le cuirassé Potemkine », « Alexandre Nevsky », et les deux volets d' « Ivan le Terrible. »
Nous pouvons aussi découvrir ou revoir : « La Grève », « Octobre », « La ligne générale » qui bien que, considérés souvent comme des films de propagande au service du régime, témoignent du génie de leur auteur. Ils sont un véritable laboratoire où le cinéaste affine, en particulier, sa théorie dynamique du montage et de la correspondance plastique.
Enfin il y a les traces de son triste épisode américain vécu avec la Paramount où le cinéaste après moult propositions refusées alla tourner au Mexique. Seul inconvénient : la pellicule réalisée était aussitôt envoyée aux Etats Unis. Hélas, jugée comme politiquement incorrect, elle fut confisquée par le producteur qui en refusa l'accès au cinéaste ! De ce naufrage il nous reste les images, qui sont les magnifiques débris d'une œuvre ambitieuse, désarticulée, émasculée que révèle la tentative de : « Que viva Mexico. »

De retour en URSS, après une période délicate, où il doit subir les tracas du régime, Eisenstein attaque le tournage du « Pré de Besjine » Autre catastrophe, la pellicule est détruite lors de l'incendie des studios Mosfilm. Nous retrouvons toutefois dans ce coffret un témoignage de ce film dans le supplément du DVD d' « Octobre»: une reconstitution en partant des directives du cinéaste, reconstitution image fixe par image fixe, qui donne une idée de la somptuosité de l'œuvre achevée.

Concernant ses derniers chefs-d'œuvre la critique reprochait au cinéaste de privilégier l'esthétique à la narration. Narration qui était capitale pour la propagande, alors que la beauté, l'esthétique ne présentaient qu'un intérêt secondaire, voire inexistant. Eisenstein répondait à ces détracteurs: « Je suis prêt à payer le charme de l'excessif et du suraigu dans un domaine par des manques et des défaillances dans un autre. Toutefois, cela ne signifie aucunement que dans mes œuvres, la primauté audio-visuelle exprime une préférence donnée à la forme au détriment du... contenu, comme le pourrait s'imaginer quelque idiot."

Dans cette apothéose finale où l'artiste est en pleine possession de son génie, il est essentiel d'associer le musicien Prokofiev. Une association si forte, si intime que le réalisateur s'appuyait sur la musique pour effectuer certains montages.
Il faut souligner également la qualité exceptionnelle de la photo d'Edouard Tissé, compagnon de la première heure qui suivit le cinéaste sans omettre aucun opus.

Le deuxième épisode d'Ivan se termine par une explosion de couleurs durant le banquet et le défilé des Opritchniki, avant, un retour au noir et blanc, pour l'assassinat du Prince. Nous savons qu'Eisenstein envisageait de tourner un troisième épisode entièrement en couleur. Hélas, tracas politiques, maladie, cette conclusion ne vit jamais le jour.
Le cinéaste Pavel Scmyonovitch Lounguine, artiste talentueux auteur d'une prouesse cinématographique exceptionnelle: "L'Arche russe" tournée en un seul plan séquence. Réalisateur, aussi, de deux films aux qualités esthétiques rares: "Le retour" et "L'île" essaya avec "Tsar" de compléter la trilogie. Malgré les critiques élogieuses rencontrées sur Amazon, je ne cache pas ma déception face au manque de souffle épique! N'est pas Eisenstein qui veut.

Tous les films sauf « La Grève » ont été restaurés, et remastérisés, ce qui donne une image contrastée aux noirs profonds. Le son lui accuse son âge, sans pour autant éprouver nos oreilles.
Un coffret complet, digne de l'œuvre d'un des plus grands cinéastes de tous les temps !


Variations Goldberg (Pour Harpe)
Variations Goldberg (Pour Harpe)
Prix : EUR 10,64

4.0 étoiles sur 5 LA HARPE EST-ELLE VRAIMENT ADAPTÉE AUX GOLDBERG ?, 11 mai 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Variations Goldberg (Pour Harpe) (CD)
Je ne voudrais pas être le vilain petit canard qui désenchante les louanges des rubriques précédentes. Je trouve cependant que la harpe malgré un charme et une poésie incontestables ne rend pas totalement justice à ce chef-d'œuvre absolu du clavier. En effet, quand les basses sont sollicitées, leurs résonnances envahissent souvent l'ensemble du spectre au détriment des notes aigues et de ce fait la lecture perd en clarté, en lisibilité.
D'autre part la harpe ne possède pas la richesse, ni la profondeur des instruments à clavier. Ce qui engendre une vision, à mon sens, assez linéaire et peut contrastée.

Il serait vain de comparer cette version aux interprétations pour piano où nous trouvons au sommet Gould, Yudina, Koroliov, Ziu Xiao-Mei, au clavecin Staier et Fisch. Cette liste n'est en rien exhaustive et teintée d'une forte subjectivité.

La technique de Sylvain Blassel est remarquable et son interprétation nous fait découvrir, au grès de quelques variations, des paysages où règne la poésie et la finesse d'estampes japonaises.
Pour autant est-il vraiment judicieux d'interpréter les Golberg sur harpe ? Je m'interroge encore après de nombreuses écoutes...
Les Goldberg étant universelles, pourquoi pas cette curiosité aux parfums si particuliers.


Bach, J. S. - Passion selon saint Matthieu
Bach, J. S. - Passion selon saint Matthieu
DVD ~ Bach
Proposé par Onlineshop der Berliner Philharmoniker
Prix : EUR 39,90

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 SUBLIME, 2 mai 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Bach, J. S. - Passion selon saint Matthieu (DVD)
Cette passion ritualisée par Peter Sellars nous donne un spectacle, d'une beauté, d'une grandeur, d'une noblesse qui touche le Cœur et l'Esprit. Un voyage au centre du chef-d'œuvre de Bach.
Sur instruments modernes : la philarmonie de Berlin, très allégée, est dirigée par un Simon Rattle totalement habité par cette partition.
Mark Padmore nous offre un évangéliste où se côtoient émotions et noblesse. Situé au centre de la scène de la philharmonie, il incarne aussi le Christ. Des gestes hiératiques, quelques cubes peints en blanc suffisent à évoquer avec retenue et tendresse le drame de la Passion.
Certes la musique du Cantor se suffit à elle-même. Peter Sellars ne nous impose pas une mise en scène, son travail se rapproche du mystère médiéval.
Il faut citer aussi Camilla Tilling, Magdalena Kozena, Thomas Quastthoff, tous merveilleux .

Ce Blu-ray est seulement édité par les Berliner.Il est maintenant disponible sur Amazon. Vous pourrez ainsi plus facilement partager ce moment de grâce!


Vepres Siciliennes [Blu-ray]
Vepres Siciliennes [Blu-ray]
DVD ~ Verdi
Prix : EUR 27,98

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 ENFIN UNE REALISATION DIGNE DES VÊPRES SICILIENNES», 30 mars 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Vepres Siciliennes [Blu-ray] (Blu-ray)
Après le succès de sa glorieuse trilogie ( Rigoletto, Trovatore et Traviata) la Grande Boutique se décide enfin à commander un opéra à Verdi. L'auteur va se confronter à l'opéra spectacle, avec figuration, ballets, airs à effets, car Paris ne concevait pas l'art lyrique sous une autre forme que cette structure d'apparat.
La conception de l'œuvre, les répétitions furent agitées. Verdi est troublé et fort mécontent de la paresse du librettiste, le pourtant célèbre Scribe, indésireux de s'arracher à sa routine. Le plus affolant étant la disparition pure et simple de l'héroïne, mademoiselle Sophie Cruvelli, partie se prélasser au soleil du midi pendant les répétitions.
Du fait de ces contingences, des atermoiements qui jalonnèrent la gestation des « Vêpres » ; nous ne sommes, peut-être pas, face au meilleur Verdi. A tel point que l'auteur, insatisfait de cette œuvre écrivit en 1882, 17 ans plus tard : « Dire que j'ai gâché des années de ma vie pour un opéra qui n'était pas mon genre. »
Pourtant, riches et émouvantes telles sont les Vêpres.
Surtout quand elles sont servies par l'intelligence et le talent visionnaire du metteur en scène Stefan Herheim.

Ce dernier n'est pas, loin s'en faut, un inconnu. Je me souviens de son somptueux Parsifal, donné à Bayreuth, dont nous attendons toujours la publication. Plus récemment, sa vision réjouissante de « Rusalka » le seul opéra de Dvorak resté au répertoire.
Dans « Les Vêpres » il nous offre, à mon sens, sa réalisation la plus aboutie !
Dès l'ouverture, certainement la meilleure avec celle de « La Forza », il nous conte, en un génial raccourci chorégraphique, l'histoire du français Montfort qui viole une sicilienne. Les ballerines, vêtues de blanc, vêtues de noir, ombre et lumière, retracent le crime, et telles les Erinyes antiques, vont hanter Montfort tout au long de l'œuvre, lui rappelant inlassablement son passé coupable. Le garçon né de ce viol grandit dans la haine de l'occupant français, sans connaître le nom de son véritable père.
Le socle de l'intrigue ainsi posé, le drame va se déployer.
À aucun moment Stefan Herheim ne perd le sens tragique. Voici quelques scènes fortes : pendant la lecture de la lettre où Montfort apprend qu'Henri est son fils, nous voyons l'enfant qu'il n'a jamais connu jouer à ses pieds. La scène des masques est très impressionnante : des cranes posés sur les visages. Le bourreau qui doit exécuter la sentence de mort, est un jeune enfant, arborant de petites ailes d'ange et portant fièrement une immense hache. Enfin l'apparition, au 5ème acte, de Jean Procida habillé d'une grande robe noire, transfuge de la camarde qui tue inlassablement, avant de brûler le drapeau français pendant que s'égrainent les dernières notes de l'opéra.
Une scénographie qui soutient et enrichit l'intrigue parfois, un peu lâche de Scribe.

LES INTERPRÈTES :
Antonio Pappano, à la tête des forces du « Royal Opera House » confirme qu'il est actuellement un des meilleurs chefs de fosse. Il connait son Verdi sur le bout de sa baguette et donne une vie intense aux géniales partitions de l'"auteur de Busseto : stupeur et tremblements, éclats et murmures.
Le rôle de Procida est gravé dans le marbre. Un véritable monolithe hanté par la vengeance. Erwin Schrott (mauvais Don Juan) n'a certes pas la voix de Boris Christoff, mais il incarne ce rôle, à la psychologie précaire, avec conviction.

La Duchesse Hélène : avec une détermination sans faille, elle symbolise la victime de la tyrannie en place, l'intransigeance vengeresse au-delà de l'amour qu'elle porte à Henri. L'interprétation de Liana Haroutounian me semble en demie teinte, sa voix est souvent couverte par l'orchestre. Il faut attendre le 5ème acte pour qu'elle restitue toute la force et l'indécision du drame qui torture son personnage.

Henri est chanté par l'excellent Bryan Hymel, amoureux malheureux, fils révolté, son rôle réclame un aigu sans faille souvent sollicité, des contrastes vocaux perfides et une implacable virtuosité. Bryan Hymel s'acquitte avec vaillance de ce personnage typiquement verdien.

Guy de Montfort est le personnage le plus ambigu de l'opéra naviguant de la cruauté la plus abjecte à l'émotion d'une paternité retrouvée. Michael Volle malgré un timbre de baryton légèrement voilé sait faire évoluer son personnage, qui se révèle et se transforme au fil de l'œuvre.

L'opéra est donné dans sa version originale, c'est-à-dire en Français. Merci les Anglais !
Il faut avancer également que le ballet initial, d'une durée d'une demi-heure est escamoté pour le plus grand bien de la trame dramatique. Seule, à ma connaissance, la version néerlandaise de Christof Loy, par ailleurs totalement indigente, le restitue dans sa totalité. C'est curieusement le passage le plus intéressant de cette représentation.
Cette nouvelle réalisation des « Vêpres Siciliennes » est une vraie réussite, digne enfin de ce chef-d'œuvre totalement délaissé.


Macbeth
Macbeth
DVD ~ Giuseppe Verdi & Dmitri Tcherniakov
Prix : EUR 36,00

4.0 étoiles sur 5 TCHERNIAKOV FAPPE ENCORE!, 25 mars 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Macbeth (DVD)
Permettez-moi l’espace de quelques lignes d’être l’avocat de la défense de cette vision tant critiquée.
Passionné par cet opéra je possède quelques versions DVD, celle du Gran Teatre del Liceu, conduite par Bruno Campanellla, celle du Royal opera House dirigé par Antonio Pappano, qui ont la même scénographie conçue par Phyllida Lloyd. De belles versions classiques.
Celle de 2006 du Teatro Regio di Parma conduite par Bruno Bartoletti ; reprise dans l’étonnante intégrale Tutto Verdi.

L’extraordinaire version dirigée par Giuseppe Sinopoli, le chef est totalement habité par cette musique et servi par des chanteurs exceptionnels. A mon avis le premier choix, même si le DVD qui date de 1987 est loin des critères de qualités, tant sur le plan du son que de l’image, que nous pouvons exiger maintenant !

Mais revenons à la version de Paris, avec l’enfant terrible Tcherniakov à la mise en scène et Teodor Currentzis à la baguette.
Certes la scénographie de Tcherniakov peut dérouter. Finis les décors et les costumes d’époque : les héros, les rois, les monstres, les sorcières sont habillés comme vous et moi.
Ce saut dans le temps permet peut être un rapprochement avec notre époque.
Car le propos de Shakespeare, celui de Verdi est universel, les monstres, les despotes n’ont pas disparus les sorcières pas d’avantage. Nos hommes d’état actuels ne vont-il pas consulter des voyantes ?
Pérennité de l’Homme dans ses grandeurs et ses faiblesses. Vertige du POUVOIR !
N’est-ce pas notre triste pain quotidien ?
Je n’aime pas la provocation, telle celle de Richard Jones dans le Lohengrin qui détourné totalement le propos de Wagner .
Dans ce Macbeth je n’ai, à aucun moment, ressenti une quelconque trahison.
Tcherniakov est un véritable directeur d’acteurs : tous les chanteurs sont totalement impliqués dans cette vision. Pas un geste, une attitude qui ne soit travaillée pour essayer de nous faire partager l’évolution de la troublante psychologie mortifère des personnages.

LES INTERPRÈTES :
Une mention spéciale pour la direction de Teodor Currentzis qui enflamme la partition… et l’orchestre de l’Opéra de Paris. Depuis Giuseppe Sinopoli je n’avais jamais entendu pareille interprétation.

Les chœurs de l’opéra ne sont pas au diapason de l’orchestre : manque de cohérence et d’énergie.

Dimitris Tiliakos n’a peut être pas tout a fait la voix du rôle (Rénato Bruson !) mais il incarne de manière hallucinante la folie de Macbeth.
Lady Macbeth est incarnée par Violeta Urmana, actuellement une des seuls grandes interprètes de Verdi. Déjà vue dans la récente « Forza » je la préfère dans ce rôle où elle s’investit totalement (l’air de la folie.).
Le Banco de Ferrucio Furlanetto est impressionnant.

Gravé sur un Blue ray d’excellente qualité, son et images, nous ne sommes évidemment pas face à la version de référence mais devant une version, à mon sens réellement ancrée dans le drame shakespearien.
C’est déjà pas si mal !


Verdi: Nabucco [Blu-ray]
Verdi: Nabucco [Blu-ray]
DVD ~ Placido Domingo
Prix : EUR 26,19

8 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 SOBRE ET ÉMOUVANT, 25 mars 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Verdi: Nabucco [Blu-ray] (Blu-ray)
En voyant ce Nabucco mis en scène par Daniele Abbado et Boris Stetka, on ne peut s’empêcher de penser au drame de l’Holocauste.
Pas de Kalachnikovs, ni de militaires habillés en uniformes nazis. Le propos est plus subtil et la mémoire des ces horreurs est évoquée avec une grande retenue.
Au milieu de ruines, représentées par de simples blocs de pierres encore debout, quelques juifs émergent dépenaillés. Une vision qui réveille le souvenir des Ghettos .
À la fin de l’opéra, les hébreux vaincus, sont condamnés à mort. Nous assistons alors à la sélection arbitraire de ceux et celles qui vont périr. Sitôt choisies les victimes se déshabillent. Terrible réminiscence du rituel qui précédait le départ inéluctable vers les chambres à gaz.
Ce parti-pris, osé, mais frappé du sceau de l’Histoire, donne une résonance exceptionnelle à cette représentation.
D’autant plus que le reste de la scénographie est d’une haute tenue : de magistrales et gigantesques sculptures en fil de fer symbolisent les idoles païennes. Peut être un clin d’œil aux sculptures en fil de fer de Calder ?
Les éclairages d’Alessandro Carletti habillent la scène avec délicatesse.
Un ensemble sobre où la simplicité se conjugue avec justesse et majesté.

L’INTERPRÉTATION :
Avant de parler des chanteurs, je voudrais rendre hommage aux chœurs et à l’orchestre de Royal Opera House. Ils sont placés sous la baguette flamboyante de Nicola Luisotti. Dans un bref extrait nous voyons le chef préparer ses chœurs : un somptueux mélange où la finesse se mélange à la vaillance. Un rythme implacable, une tendresse qui donne au célébrissime « Va pensiero »……………………………………..
La lumière baisse, les chanteurs se rapprochent, forment une grappe humaine serrée, craintive… puis ils chantent ou plutôt murmurent sur un tempo assez lent.
Frissons !

Zaccaria.
C’est la figure biblique tutélaire. Verdi lui réserve un des passages les plus beaux de tout l’opéra : au début de la deuxième partie Zaccaria entonne une prière accompagnée simplement par six violoncelles. Elégiaque !
Vitalij Kowaljow manque, peut être, de présence pour donner toute saon envergure à ce personnage digne de la statue du Commandeur.

Abigaïlle,
C’est avec Abigaïlle que Verdi impose une écriture, totalement nouvelle Avec ce personnage très contrasté, nous avons un avant goût des futures grandes héroïnes verdiennes. Voix poussée dans ses extrêmes, ambitus très important, saut de voix passant brutalement de l’aigu au grave, mélodie tournée systématiquement vers l’expression.
De sa voix ample aux vaillantes sonorités parfaitement maîtrisées Liudmyla Monastyrska incarne une Abigaïlle qui rend justice à la complexité de son rôle.

Venons-en au Nabucco de Placido Domingo. Il est évident que sa nouvelle carrière de baryton n’est pas tressée que de lauriers : un « Simon Boccanegra » où l’acteur sauve le chanteur, une prestation moyenne dans le merveilleux « Il trovatore » où règne Anna Netrebko.

Dans Nabucco, je dois reconnaître que j’ai été bouleversé, contre toute attente, par sa prestation.
Certes il ne faut pas s’attendre à l’ampleur, au bronze de Renato Bruson, le timbre navigue toujours entre baryton et ténor. Mais quelle présence, quelle conviction.
Il couvre toutes les facettes de ce drame humain : la brutalité, la douleur d’un père torturé, la folie mystique d’un pouvoir qui le submerge où souffle le vent de la folie. Il faut l’entendre lâcher « Non son più re, son Dio ! » .
Par un effort de lucidité, il reprend son destin en main et termine en imposant un pardon rédempteur.
Il campe ce personnage complexe en chanteur prestigieux, en acteur consommé. Il fait vivre toutes les facettes du héros qu’il interprète et sait nous faire partager sa colère, ses doutes et sa tendresse. Une incarnation forte et émouvante.
Cet homme m’étonnera décidément toujours !

Servis par des images et un son de grandes qualités, à mon sens un Nabucco qui fait date, et domine largement les éditions vidéo.


Gemma Di Vergy
Gemma Di Vergy
DVD ~ Gaeteno Donizetti
Prix : EUR 28,92

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 UN JOYAU DE PLUS, 18 mars 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Gemma Di Vergy (DVD)
Dans l’impressionnante production lyrique de Donizetti, environ 70 opéras, nous ne connaissons malheureusement qu’une dizaine de chefs-d’œuvre.
Grace au Festival de Bergame, sa ville natale, quelques nouveaux joyaux retrouvent la scène, pour le plus grand bonheur de nos yeux et de nos oreilles.
Poliuto en 2012, Gemma di Vergy en 2013 et Belisario l’année suivante.

Donizetti était doué, d’une étonnante facilité d’écriture :
« L’on trouve un sujet agréable, le cœur parle, la tête anticipe et la main écrit » disait-il. Le seul ingrédient qui manque à cette démarche qui parait si simple, que Donizetti n’évoque pas, vue sa modestie légendaire: le génie !
Donizetti n’en manquait pas. J’en veux, pour seule preuve, les résurrections que nous dévoilent le Festival de Bergame.

Revenons à Gemma di Vergy.
L’intrigue de cette œuvre tirée d’un drame d’Alexandre Dumas père « Charles VII chez ses grands vassaux » a été parfaitement décrite dans une précédente rubrique par Guy.
Sur cette tragédie de femme délaissée, répudiée Donizetti va écrire une partition où la tendresse domine la force et la colère.
Du grand Donizetti qui culmine dans les finals des deux actes où l’héroïne épanche sa douleur avec une grande noblesse. A noter aussi l’air plein d’ardeur sauvage de Tamas, l’esclave révolté, au premier acte: « Mi toglieste a un sole ardente. »

Le Festival de Bergame témoigne d’une volonté d’offrir l’écrin le plus beau, le plus prestigieux à ces reprises éphémères, heureusement gravées dans le marbre de l’objectif.
Une mise en scène due au talent de Laurent Gerber. Des costumes fastueux qui ne font guère penser au Berry mais bien au luxe de la Renaissance italienne. Les mânes de Piero de la Francesca, celles de Paolo Uccello sont très présentes dans ce spectacle. Nous devinons même en fond de décor, au 1er acte, sur toute la largeur, une reproduction de la Bataille de San Romano, le volet toujours à Florence, celui qui représente : « La défaite des siennois. »
Un éclairage intelligent et attentif met en valeur tous les attraits de cette somptueuse production.

L’orchestre et les chœurs du Festival de Bergame dirigé par Roberto Rizzi Brignoli sont à la hauteur de l’événement, ainsi que l’ensemble très homogène des chanteurs. Un véritable bonheur se dégage des acteurs qui redonnent vie à cette partition.
Je voudrais souligner la performance de Maria Agresta qui incarne Gemma. Elle nous ferait presque oublier la prestation de l’icône Montserrat Caballé.
Tamas, l’esclave est chanté par Gregory Kunde. Enfin une voix de ténor au timbre vaillant !
Seul bémol, le livret est en italien, anglais et japonais. Les sous-titres uniquement en italien et anglais. C‘est faire bien peu de cas de la vie du compositeur qui se déroula en partie en France.
Une très belle réussite d’un opéra de Donizetti injustement oublié.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : May 12, 2015 8:37 AM MEST


Der Fliegende Hollander [Blu-ray]
Der Fliegende Hollander [Blu-ray]
DVD ~ Wagner
Prix : EUR 18,33

5.0 étoiles sur 5 LE HOLLANDAIS : HOMME OU FANTOME ?, 9 mars 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Der Fliegende Hollander [Blu-ray] (Blu-ray)
Après la vision catastrophique de Bayreuth mise en scène par Jan Philipp Gloger, où la légende du Hollandais était totalement escamotée, voire galvaudée, j'attendais avec impatience cette nouvelle version, venue de Zurich.
Je n'ai pas été déçu. En effet je n'ai jamais entendu et vu un Hollandais aussi inquiétant, aussi « sinistre » (c'est le qualificatif utilisé par le chanteur Bryn Terfel, pour caractériser son personnage), aussi ambigu ! Est-il un revenant ? Quel est sa part d'humanité ?
Il est vrai que cette approche tourne le dos au grand large. pas de vaisseau à l'horizon. Toute la scénographie se concentre sur la malédiction du Hollandais. Malédiction qui ne peut être levée que si le Hollandais trouve l'amour. Mais peut-on aimer, vivre avec un revenant?
C'est la question que nous pose le metteur en scène Andreas Homoki tout au long de l'opéra. Question qui impose une vision sombre, inquiétante, d'un pessimisme profond où l'on ne croit pas une seconde que l'amour inconditionnelle, rédempteur de Senta pourra sauver le Hollandais pris dans les filets d'une personnalité cadenassée.
Cette approche nous plonge au cœur de la légende mise en musique par Wagner.

Un décor lambrissé : nous sommes dans le comptoir de Daland. Une carte d'Afrique trône sur le mur. La scène pivote, c'est le tableau d'une mer agitée. Seul témoignage maritime qui accompagne, tout le deuxième acte.
La lumière de Franck Evin joue un rôle capital : elle habille de reflets bleus les apparitions du Hollandais, qui magnétise les employés de Daland : grappe humaine qui tangue, s'effondre selon son bon vouloir. Images qui rappellent la motricité mécanique du « Metropolis » de Lang.
Après le chœur des matelots morts, l'histoire bascule, le monde déraille, la carte d'Afrique s'enflamme, les méfaits commis par les matelots de Daland sont punis, ses employés tués par des flèches empoisonnées. Le Hollandais voyant Senta écouter les souvenirs attendris, d'Erik, son prétendant, se sent trahi. Il s'enfuit, reprend la mer. Senta restée seule se donne la mort.

LES INTERPRÈTES :
Comparé l'orchestre de Zurich à celui de Bayreuth serait injuste ; d'autant qu'il ne joue pas tout à fait la même partition : Zurich ayant choisi la version originale qui se déroule sans entracte et dont l'orchestration est pleine d'aspérités.
Après une ouverture qui manque de folie l'orchestre de Zurich conduit par Alain Altinoglu impose une tension permanente s'appuyant sur de puissants effets orchestraux.
Les chœurs, très présents, sont magnifiques.
Anja Kampe incarne Senta. Elle propose une Senta déterminée qui veut absolument sauvée le Hollandais, elle est prête à se sacrifier. Sa voix ample conduite avec une grande finesse nous gratifie d'une ballade du Hollandais remplie de tendresse et d'espoir.
Dans le rôle de Daland nous retrouvons l'inoxydable Matti Salminen, déjà vu en 1985 à Bayreuth dans la production très classique due au talent d'Harry Kupfer. Trente ans plus tard, il campe un Daland, encore tout à fait crédible. La voix a perdu un peu de profondeur, le spectre est légèrement plus étroit, mais l'acteur est toujours aussi convainquant.
Il faut se procurer cette version pour l'incarnation étonnante de Bryn Terfel. Il est le Hollandais ! Un Hollandais fascinant, un rocher drossé par les tempêtes, un monolithe qui s'ouvre, un bref instant au contact de Senta. La voix est impressionnante, d'une puissance apparemment sans limite. Cette voix merveilleusement contrôlée incarne toute la douleur, tous les tourments du Hollandais, mais aussi sa colère et sa tendresse fugitive. Son visage est scarifié par trois traits de souffrance. Enveloppé dans un énorme manteau qui descend jusqu'au sol il impose une présence magnétique.

En conclusion une vision du premier chef-d'œuvre de Wagner, sombre, étouffante, où transpire, comme jamais, la malédiction du Hollandais Volant. Une réussite. A mon sens la meilleure version visuelle.


Der Ring Des Nibelungen [Blu-ray] [(tetralogia completa)]
Der Ring Des Nibelungen [Blu-ray] [(tetralogia completa)]
DVD ~ Wagner
Prix : EUR 62,51

6 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 UN RING DIGNE DE LA SCALA, 14 février 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Der Ring Des Nibelungen [Blu-ray] [(tetralogia completa)] (Blu-ray)
Monter le Ring est une entreprise unique, singulière !
Après la somptueuse réussite de la Fura dels baus sous la direction de Mehta ( 2008-2009) à Valencia : celle plus discutée de Robert Lepage (2010-2011) dirigée par James Levine et Fabio Luisi au Met, voici le Ring de la Scala mis en scène par Guy Cassiers et dirigé par Daniel Barenboim.

PROLOGUE: L'OR DU RHIN
Après les remarquables réalisations citées plus haut, réussites imposant d'ailleurs des approches très diverses ; je ne cache pas une certaine déception concernant le Prologue de l'entreprise de la Scala.

LA MISE EN SCÈNE :
La mise en scène de Guy Cassiers est certainement responsable de ce relatif manque d'intérêt.
La scénographe n'arrive pas à trouver sa voie. A aucun moment il impose une vision de l'œuvre : quelques ingrédients classiques, une pointe de modernisme (les projections devenues maintenant un poncif outrageusement exploité).
La scène de la Scala, pourtant profonde est coupée par un mur qui sert d'écran à ces projections qui dans l'excellent petit livret fourni avec le Blue ray sont présentées comme « une projection de notre propre vie intérieure sur l'œuvre » Ambitieux n'est ce pas ? Mais totalement subjectif.

La gestuelle des chanteurs est inexistante, remplacée par la chorégraphie de danseurs sensés réfléchir la psychologie des personnages.
Nous savons que Wagner a toujours écarté les ballets de toutes ses créations, tournant ainsi le dos aux modes parisiennes.
Personnellement je trouve cette initiative étrange et considère qu'elle n'apporte rien : voir derrière les acteurs des danseurs gesticuler brouille le message. Le pire est atteint avec la chorégraphie de la flamme de Loge qui relève de gestes compulsifs dignes de l'ergotisme, il est vrai appelé aussi mal des ardents ou feu de Saint Antoine....similitude troublante.
Rare trouvaille: la masse des danseurs symbolise, à trois reprises, le casque d'invisibilité posé sur Alberich.

La descente au Nibelheim, le royaume souterrain d'Alberich ne distille aucun mystère. Quant au final, la majestueuse montée au Walhalla qui dans d'autres visions fascine : (le château humain de Valencia, la montée verticale du Met), ici rien de tel, une simple tombée de rideau, un bref instant retenu par la main de Loge resté seule en scène.
Les lumières de Enrico Bagnoli sont d'une rare finesse; elles compensent souvent le manque de créativité scénique.

Guy Cassiers a fait tomber les Dieux de l'Olympe, ou plutôt du Walhalla. Ils sons trop humains, bien trop humains. Or toute la Tétralogie repose sur l'ambigüité des liens qui se tissent entre les Dieux et les Hommes.

LES INTERPRÈTES :
Heureusement pour la plupart ils nous enchantent.
La prise de rôle de Wotan par René Pape, bien que moins impressionnante que celle de Bryn Terfel au Met, reste excellente.
Peut être est-ce dû à la présence des danseurs mais la plupart des interprètes sont engoncés, dans une gestuelle minimaliste y compris Wotan qui reste figé, passif.

Les héroïnes sont excellentes, en particulier les filles du Rhin et Erda, interprétée par Anna Larson.( Cette dernière n'a pas le vertige, elle chante son incantation juchée sur une colonne d'environ 10 mètres de haut.)
L'Alberich de Johannes Martin Kränzle est sombre, cruel et revanchard.
Le Loge de Stephan Rügamer intelligent, désabusé et rusé. Leur confrontation dans le Nibelheim est un vrai moment de chant et de théâtre.
Le Mime de Wolfgang Ablinger-Sperrhacke parle plus qu'il ne chante, son interprétation nuancée se situe à mi-chemin parlé et chanté, son expression n'est pas si loin du Sprechgesang de Schoenberg. J'ai osé.

Le Donner de Jan Buchwald, par contre, est très quelconque, voire médiocre : dans la scène finale, nous ne pouvons croire qu'il puisse dissiper les ténèbres ; encore moins frapper de son marteau mythique.

Daniel Barenboïm est à la tête de ce projet.
Depuis quelques années il est directeur artistique de cette mémorable institution.
C'est un grand wagnérien : sa Tétralogie à Bayreuth avec Harry Kupfer, son Parsifal avec le même metteur en scène, Tristan avec Chéreau. Souvent de mémorables versions.

Son nouveau Ring a gagné en profondeur ce qu'il a perdu en éclat.
L'orchestre de la Scala est plus sombre, plus dense, qu'il ne fut sous d'autres baguettes. Il nous réserve des moments où il murmure cette fabuleuse partition, à la limite du silence.
Une autre vision d'un grand wagnérien qui approfondit son approche!

En conclusion, peut être une légère déception concernant le Prologue due en grande partie à Guy Cassiers ; mais avant de se faire une idée précise de l'ensemble, attendons les autres journées.

LA WALKYRIE
Après une relative déception à la vue du Prologue, nous sommes ici face à une Walkyrie à mon sens, exceptionnelle !

LA MISE EN SCÈNE :
Guy Cassiers, aidés par des acteurs- chanteurs éblouissants, ressert, recentre son propos sur l'intrigue.
Tout d'abord, exit la gesticulation parasite des danseurs d'Anvers.
Quelques projections sobres et judicieuses, sont, ici, enrichies par des objets symboliques à forte signification : au premier acte, la cabane translucide, très graphique de Hunding, au deuxième un ensemble de sculptures équestres, un immense Gyroscope où défilent des lettres, des nombres, témoin du temps qui passe. Il s'arrête brutalement de tourner, aux mots définitifs de Wotan : « Une seule chose me tiens à cœur, la fin »
Au troisième acte une structure qui évoque la Chaussée des Géants d'Irlande sur laquelle chevauchent les Walkyries. Jusqu'à l'apothéose finale où Brünnhilde endormie s'élève lentement vers les flammes protectrices qui descendent des cintres, avant que la totalité de la scène ne s'embrase. Grandiose !
Il faut associer à cette réussite les lumières féeriques d'Enrico Bagnoli, qui, non seulement, entourent amoureusement les personnages, mais animent également les décors : la forêt lumineuse du II, l'embrasement final.

LES INTERPRÈTES :
Que dire de ce plateau qui frôle l'idéal ?
Il semblerait qu'après quelques années de disette, le retour des grands chanteurs wagnériens a sonné.
Avant de tomber dans un dithyrambe absolu, commençons par la relative faiblesse de cette distribution : Simon O'Neill n'est pas, à mon sens, un grand Sigmund, plus à l'aise dans les scènes intimes que dans celles qui réclament du panache.
Le rôle de Fricka a changé par rapport au Prélude, il est tenu maintenant, par Ekaterina Gubanova, nous gagnons en présence, en conviction.
Wotan, lui aussi a changé, ce n'est plus René Pape mais Vitalij Kowaljow. Après une légère déception à la lecture du livret, je dois reconnaitre que sa prestation est plus impressionnante que celle de Pape dans le Prologue : une voix qui emporte tout sur son passage, un jeu d'acteur passionnant, qui redonne Vie au Dieu Wotan, et nous gratifie dans la scène finale d'une tendresse bouleversante.

Que dire des Icônes, Waltraud Meir (Sieglinde) et Nina Stemme (Brünnhilde).
Rien, seul le silence de la plume peut définir l'incroyable émotion ressentie à l'écoute, à la vision de telles incarnations !

L'orchestre de la Scala, sous la direction de son chef Daniel Barenboim, est éblouissant distillant majesté et douceur, éclats et murmures.
Une grande réussite que, personnellement, je situe au sommet des réalisations récentes.
Ouvrons nos yeux, aiguisons nos oreilles pour un grand moment lyrique.

SIEGFRIED
Au fur et à mesure que les journées se succèdent le duo Guy Cassiers, à la mise en scène, Enrico Bagnoli aux lumières, nous offrent une vision de plus en plus aboutie.
Le premier acte se déroule dans une sorte d’athanor grillagé où Siegfried dans le mystère de sa forge flamboyante peut ressouder Nothung, son épée.
Le deuxième nous plonge dans une forêt enchantée où les troncs scintillent comme des perles.
C’est le retour des danseurs, qui contrairement au Prologue s’intègre idéalement au propos wagnérien : ils accompagnent la « seconde naissance de Siegfried » en l’entourant de signes ésotériques (les épées formant un pentagramme, avant de se transformer en étoile à cinq branches) ; celle dessinée par Léonard de Vinci.
Un accompagnement discret qui souligne la transformation de Siegfried, transformation qui ne s’achèvera que par la rencontre avec la FEMME : Brünnhilde
Le troisième nous réserve quelques beaux moments de théâtre en particulier l’apparition d’Erda, et l’éveil de Brünnhilde.

LES INTERPRÉTES :
Comme dans le Prologue et la Walkyrie l’orchestre dirigé par Daniel Barenboim est excellent : il éclate dans la fabrication de l’épée, il est abyssal au début de l’acte 2, il murmure avec les oiseaux, il nous enchante au réveil de l’héroïne.
Une petite remarque les deux premiers opus datent de 2010 ce dernier de 2012, j’ai le sentiment que la phalange de la Scala gagne encore en épaisseur, en profondeur et en finesse ?

Le Mime de Peter Bronder, contrairement à celui de Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, entendu dans le Prologue, chante plus qu’il ne parle, il nous brosse un panorama de toutes les formes de ruse.

Wotan change beaucoup dans cette production. Encore un nouveau visage : Terje Stensvold peut être le moins convainquant.
La Brünnhilde de Nina Stemme est à nouveau merveilleuse : souffle, justesse, tendresse etc.. les qualificatifs sont insuffisants !

Siegfried maintenant.
Pour moi une véritable catastrophe !
J’avais trouvé Lance Ryan convainquant dans la production de Valencia, il n’avait certes pas la voix d’un ténor héroïque, mais il donnait le change, en 2007, 2008.
Qu’est devenue sa voix en 2013 ?
Évaporée dans des rôles trop lourds. Lance Ryan n’a plus de medium, ses aigus sont serrés, chaque note tenue tremble, chevrote, émission nasale…
Un triste catalogue !
Pourquoi dans une production de cette qualité un tel Siegfried ?
Nous pouvons alors nous poser la question : QUI ?
Qui pour tenir ce rôle si exigeant ?
Mis à part le génial Kaufmann (fabuleux Parsifal) qui prudemment ne veut toujours pas aborder Siegfried…Personne.

Pour conclure, peut être suis-je trop sévère ? Car le public averti, connaisseur, de la Scala, sans lui faire un triomphe, l’a applaudi copieusement.
Je vous laisse forger votre propre opinion !

LE CRÉPUSCULE DES DIEUX

La troisième journée de la Tétralogie, le Crépuscule des Dieux, est peut être la plus délicate à scénariser.
Nous ne sommes plus au Walhalla, les Nornes le savent bien, le lien avec les Dieux est rompu.
Brünnhilde a été rejetée au rang des simples mortels, Siegfried a vaincu Wotan, en brisant sa lance d’un coup d’épée, mais il n’en reste pas moins humain. De plus son esprit aventureux et son inconscience vont le jeter dans le monde obscur des Gibichungen.
Il part à la recherche de sa part d’ombre, chère à Carl Gustav Jung :
« L’ombre est quelque chose d’inférieur, de primitif, d’inadapté et de malencontreux, mais non d’absolument mauvais. »
Cette quête va se révéler désastreuse car l’innocent Siegfried n’est pas prêt à découvrir cette part de lui-même que Wagner va masquer avec filtres et autres sortilèges.
Dans cette troisième journée, ce n’est pas uniquement le Crépuscule des Dieux que nous dépeint Wagner; mais aussi celui de l’Homme !

Le salut, comme souvent dans la psyché wagnérienne, viendra de la FEMME. : L’éternel féminin rédempteur !

LES SCÉNARISTISTES :
Le duo Guy Cassiers, à la mise en scène, Enrico Bagnoli aux lumières, nous offrent une magistrale réalisation habitée par les mystères de cette partition.
Pour illustrer cette tragédie humaine, ils vont s’appuyer sur un bas relief de Jef Lambeaux appelé : « Les passions humaines » où l’on voit la mort, au centre, dominer des corps entremêlés où se mêlent érotisme et souffrance: EROS et THANATOS.

Dans le prologue et les précédentes journées cette frise apparaissait déjà. C’est un fil rouge, un leitmotiv graphique qui relit les différents opus de cette gigantesque fresque.
Dans cette dernière journée elle s’impose comme l’élément essentiel de cette scénographie. Elle descend sur le plateau sous forme de cubes en résine empilés dans lesquels sont inclus des fragments de la fresque : des bras, des jambes ; un véritable reliquaire transparent.
Au terme de l’opéra, une fois le Walhalla embrasé, dans le flot d’harmonies célestes qui s’élèvent de l’orchestre, la fresque de Jef Lambeaux descend lentement des cintres.
Silence…
Il est utile de citer également les projections, véritables vibrations graphiques qui accompagnent la musique ; les danseurs qui chorégraphient la scène où Siegfried porteur du heaume humain trahit Brünnhilde.
Beaucoup de trouvailles qui émaillent cette remarquable réalisation.

LES INTERPRÈTES
Daniel Barenboim
Je voudrais redire, ici, toute l’admiration que je porte à cet HOMME.
Grand chef d’orchestre, grand pianiste et HOMME DE PAIX !
Ici, bien plus encore qu’à Bayreuth, c’est SA Tétralogie.
Il la porte à bout de baguette, avec son orchestre de la Scala dont il a fait un instrument d’une finesse et d’une puissance impressionnante.
Nous sentons la communion qui existe entre le chef et son orchestre… Et nous la partageons.

Les Nornes et les Filles du Rhin sont excellentes,
Waltaud Meier que nous retrouvons dans le rôle de Waltraute, (Walkyrie qu’elle avait déjà endossée au Met). Son duo avec Brünnhilde est sublime.
La Gutrune d’Anna Samull manque cruellement de présence, sa voix à l’aigu métallique, n’est pas agréable à écouter.
Le Gunther de Gerd Grochowski est correct.
Mikhail Petrenko est un Hagen, sans pitié, sa voix énorme, son jeu agressif sculpte le portrait d’une véritable entité négative.
Un exemple : la scène où, dominant le fracas des trompes, il appelle la meute de son Frère, à se rassembler, possède un relief presque sauvage.

J’attendais avec impatience la Brünnhilde de Nina Stemme.
C’est Irène Theorin qui chante.
Déception ?
Un peu, je dois le reconnaitre, mais Irène Theorin, que ceux qui possèdent déjà la Tétralogie de « The Copenhagen Ring» de 2006 connaissent bien campe une Brunehilde noble et courageuse.
Elle manque de tendresse, de féminité ; qualités qu’aurait pu insuffler Nina Stemme.

Le Siegfried de Lance Ryan est toujours aussi affligeant pour les oreilles, tirant désespérément sur une voix qui a disparu.
Je dois reconnaitre à sa décharge, miracle de la représentation, magie de la musique, que le récit de son enfance, suivi de sa mort, à l’acte 3, sont dignes d’un grand artiste.

En conclusion, nous sommes maintenant face à 3 réalisations récentes de grande qualité : celle de Valencia, celle du Met et celle de la Scala.
Je ne me permettrais pas de donner un conseil, encore moins de proposer un choix. J’en suis parfaitement incapable…
De plus …réduire le Ring à une vision me semble absurde.

Les trois ; peut être, ?!!!..

Quelques lignes pour m’excuser, auprès d’éventuels lecteurs pour la longueur de cette rubrique, mais elle n’est le résultat que d’une passion que l’on espère partager.

Pour terminer je laisse la parole à Richard Wagner qui n’a, heureusement, pas écrit que des textes condamnables, ce dernier est tout simplement beau et résume parfaitement la Tétralogie :

« Elle a passé comme un souffle la race des Dieux ;…ce ne sont plus les biens, l’or ou les pompes divines, les maisons, les cours, le faste seigneurial, ni les liens trompeurs des sobres traités, ni la dure loi des mœurs hypocrites, mais une seule chose qui dans les bons et les mauvais jours nous rend heureux : l’Amour ! »
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Zaide
Zaide
DVD ~ Wolfgang Amadeus Mozart
Prix : EUR 30,00

4.0 étoiles sur 5 ZAIDE AVANT L'ENLÉVEMENT..., 4 février 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Zaide (DVD)
Le Zaide de Mozart n'est connu que par le menuet chanté par l'héroïne « Ruhe sanft... » Ce merveilleux menuet où déjà Mozart touche les cimes de son génie. Ces moments dont l'auteur a le secret, qui nous projettent dans un ailleurs où tout n'est que beauté.
Mis à part ce passage repris par toutes les cantatrices l'opéra est très peu enregistré, encore moins représenté.
Une raison peut expliquer ce manque d'intérêt : l'opéra est inachevé, pas d'ouverture, pas de final...et pourtant la partition nous réserve, des airs emplis de passion et de drame.

Seulement deux DVD. L'un tourné à Salzbourg avec l'achèvement dû à la plume de la compositrice israélienne Chaya Czernowin. Un mariage qui n'aboutit qu'au divorce !
L'autre est un film tourné par Peter Sellars suite aux représentations du festival d'Aix de l'an 2008.

Le scénographe nous propose, en partant de l'intrigue initiale, une réflexion sur "l'esclavage moderne" et " les rapports entre le monde occidental et l'Islam".
Cette approche fit un four lors des représentations du festival. Par les temps qui courent la résonance de cette vision serait peut-être différente.
Heureusement il nous reste le film (oui c'est un film conçu par Peter Sellars après le spectacle) ) pour témoigner de l'intelligence de la mise en scène, de la somptuosité des éclairages et de la qualité musicale, tant sur le plan de l'orchestre conduit par un Louis Langrée, très inspiré, que de celui des chanteurs. Tous excellents.
La partition initiale est complétée, cette fois ci, par de larges extraits de « Thamos, roi d'Egypte », musique aux violents contrastes et au dramatisme très Sturm un Drang qui s'intègre parfaitement.

Un avant-gout délicieux du futur « Enlèvement... »


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